Batman – Année 100 : Paul Pope et Jose Villarrubia

Titre : Batman – Année 100

Scénariste : Paul Pope
Dessinateur : Jose Villarrubia 🇪🇸
Traduction : Thomas Davier

Édition : Urban Comics – DC Classiques (2016)

Résumé :
Gotham City, 2039. Batman, une icône oubliée du passé, est recherché pour meurtre. Lancés à la poursuite d’une légende, le commissaire Gordon, petit fils de l’original, prend rapidement conscience des ramifications de l’affaire lorsque ses hommes se trouvent secondés sur le terrain par une unité d’élite, débarquée de Washington.

Critique :
Je ne vais pas y aller par quatre chemins : les dessins sont moches !

Batman est trapu, avec une bouche proéminente (toutes les bouches étaient horribles à voir), pas sexy pour deux sous et les coloris étaient fort sombres, tendant les détails plus difficiles à discerner.

Ce n’est pas un Batman en pleine forme que nous retrouvons, mais un Batman essoufflé après la course, blessé, grimaçant sous l’effort.

Nous sommes en 2039, dans un Gotham qui a bien changé… Ça pue le fascisme et le totalitarisme, ainsi que la mort des libertés individuelles.

Pour ceux qui le poursuive, Batman était une légende urbaine, il n’a jamais existé, ils ne savent donc pas après qui ils courent. Juste une sorte de terroriste, sans doute. Le genre de chose qu’il faut éliminer du système bien huilé de la dictature totalitaire, comme on expulserait un déchet.

L’homme Chauve-Souris est accusé de meurtre, mais ce que les flics ne savent pas, c’est qu’il en fut le témoin et que le policier a été assassiné par un autre policier.

Votre mission, si vous l’acceptez, bien entendu : trouver l’identité d’une mystérieuse entité et un désamorcer un complot. Le scénario était des plus correct et des plus intéressants. La criminalité existe toujours à Gotham et le justicier masqué aussi.

L’action est omniprésente, dès le départ, mais les dessins ont freinés ma lecture, ainsi que les tons sombres… Franchement, je n’ai absolument pas aimé cette vision alternative de l’univers Batman.

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°24).

1977 : Guillermo Saccomanno

Titre : 1977

Auteur : Guillermo Saccomanno 🇦🇷
Édition : Asphalte Noir (05/03/2020)
Édition Originale : 77 (2008)
Traduction : Michèle Guillemont

Résumé :
Buenos Aires, 1977. La dictature argentine mène sa « guerre sale » : la répression des opposants est massive et systématique. Toutes les nuits, des escadrons de la mort abattent des militants ou les emmènent vers une destination inconnue. Ils ne sont dès lors plus jamais revus.

Professeur de littérature dans un lycée, Gómez tâche de faire profil bas alors que le nombre de disparus grandit sans cesse autour de lui. Jusqu’au jour où l’un de ses élèves, Estéban, qu’il affectionne particulièrement, est raflé dans sa salle de classe même.

Rongé par l’insomnie et la paranoïa, Gómez passe ses nuits dans des bars interlopes en quête d’aventures avec des hommes de passage. Il va jusqu’à entamer une relation trouble et violente avec un policier fédéral qui l’effraie autant qu’il le fascine. Mais son conflit intérieur entre morale et survie va devenir intenable quand un jeune couple de dissidents se réfugie chez lui.

1977 est un roman essentiel sur la terreur institutionnalisée. En montrant combien il est difficile de conserver son humanité dans un climat totalitaire, Guillermo Saccomanno nous rappelle que l’Histoire se répète – et que les avertissements du passé sont hélas rarement entendus.

Critique :
1977 avait tout pour me plaire : un roman noir sur la guerre sale en Argentine.

Dictature (depuis le coup d’état de 1976), répression, assassinats, milices, rafles et un prof de littérature qui tente de ne pas se faire remarquer par les milices qui sévissent dans la ville.

Attention, je ne sous-entends pas que j’aime ces horreurs que des Hommes infligent à d’autres Hommes ! Jamais de la vie.

C’est juste parce que j’ai toujours apprécié l’Histoire et en apprendre plus sur les dictatures est toujours un bon moyen de contrer les gens qui, dans mon entourage (boulot), seraient tentés par un dictateur à la tête du plat pays. Imbéciles, va ! Lisez, nom de Dieu et choisissez les lectures qui vont vous éclairer.

Ce roman devait être, un de plus, qui allait m’éclairer, me donner matière à frémir, à me faire croiser les doigts que jamais nous ne sombrions dans une dictature.

Hélas, entre ce livre et moi, le coup de foudre n’a pas eu lieu, ce fut même une lecture froide, sans émotions, tant le style du récit m’a déplu dans sa manière d’être raconté.

Brouillon, chaotique, voilà comment je résumerais cette lecture. Une fois de plus, pour les dialogues, les tirets cadratins et les guillemets sont aux abonnés absents et c’est toujours plus complexe de s’imprégner d’un récit lorsque les dialogues ne sont pas bien mis en évidence. Et puis, ce récit qui part dans tous les sens, qui ne m’a pas passionné, qui m’a fait bailler d’ennui…

Dommage pour moi, car ce livre parlait de choses importantes : de la survie sous une dictature, de la morale qui fout le camp, de la paranoïa qui s’installe, de la peur d’être raflé à son tour, pour des motifs futiles, inventés, imaginés, iniques. Juste parce que certains ont du pouvoir et vous pas… Sous le règne de la terreur, il n’est pas facile de vivre, de faire confiance.

Dommage aussi parce que la ville de Buenos Aires, ainsi que sa population, étaient des personnages à part entière de ce roman noir, de ce roman social, policier et historique. On sent bien que la plume de l’auteur est amère, qu’il fait une critique violente de ce régime et de ceux qui y participèrent…

Mais, la rencontre n’a pas eu lieu entre le roman et moi et croyez-moi que je le regrette amèrement car il faisait partie de ceux que j’avais sélectionné lors de la rentrée littéraire de 2020 (oui, j’ai énormément de retard) et dont j’attendais beaucoup.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°207] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°13).

Aurel le consul – 05 – Notre otage à Acapulco : Jean-Christophe Rufin

Titre : Aurel le consul – 05 – Notre otage à Acapulco

Auteur : Jean-Christophe Rufin
Édition : Flammarion (06/04/20222)

Résumé :
La jeune Martha Laborne s’est évaporée à Acapulco. Mauvaise nouvelle pour le Quai d’Orsay : c’est la fille d’un homme politique français. La « Perle du Pacifique » était dans les années soixante le paradis des stars hollywoodiennes. Hélas, la ville aujourd’hui est livrée aux pires cartels mexicains de la drogue.

Aurel Timescu, notre calamiteux Consul, est envoyé sur place. Comme à son habitude, il est fermement décidé à ne rien faire. Son hôtel, le Los Flamingos, est hanté par les fantômes de Tarzan, d’Ava Gardner ou de Frank Sinatra. En suivant ces héros qui l’ont tant fait rêver dans son enfance, il va subir une complète métamorphose.

Un Aurel hédoniste, dandy et buveur de tequila se révèle. C’est bien malgré lui qu’il va se retrouver exposé à des intrigues meurtrières, à des dangers inconnus et au plus redoutable d’entre eux : la passion pour une femme exceptionnelle.

Critique :
Pour bien faire, j’aurais dû suivre l’ordre et lire les tomes précédents, compris entre le 2 et le 4. Je ne sais pas ce qu’il m’a pris, mais soudainement, j’ai eu une envie folle d’aller me dorer la pilule au soleil d’Acapulco.

Aurel Timescu, le plus calamiteux des Consuls y allait justement, alors, je me suis glissée dans la poche de sa veste en tweed. Il y faisait caliente, mais cela me permettait de voyager à moindre frais et avec un diplomate ! Même si ce n’est pas le diplomate qui fait rêver.

La mission d’Aurel est simple : ne rien faire !! Poser son cul dans un hôtel, siroter des cocktails, se baigner, mais surtout, surtout, ne rien faire pour chercher la fille de l’homme politique français qui a disparu. Coucouche panier, Aurel !

Ça tombe bien, Aurel n’est pas du genre à se fouler au boulot. Que du contraire, moins il en fait, moins on lui en demande, mieux il se porte ! J’avais la certitude que nous allions nous la couler douce, au Los Flamingos hôtel, en slash (tongs) et guayabera, à boire de la tequila ou des margarita.

Loupé, tout le monde est venu nous pourrir la vie avec des infos et des pistes sur la disparue dont nous n’avions rien à faire.

Aurel, c’est l’enquêteur improbable, le fainéant magnifique, celui qui ne fait pas de bruit, mais que tout le monde remarque. Celui qui voudrait passer sous les radars et qui n’y arrive pas. Aurel, je l’adore. Il n’est pas beau, il s’habille comme l’as de pique (et encore, en pire), mais il est tellement atypique qu’on l’aime de suite.

Les romans policiers de l’auteur semblent être avant tout là pour donner une touche d’humour, de légèreté, comme si l’on s’amusait follement, tout en enquêtant dans des pays (et des villes) où l’on n’a pas l’habitude d’aller. Ce serait réducteur de penser cela.

Sous ses airs d’amuseur local, l’auteur fait pourtant mouche et ne se prive jamais de parler de l’envers du décor, de nous montrer ce que les cartes postales ne montreront jamais : la violence, la pauvreté et autres sujets de société.

En fait, les enquêtes d’Aurel sont un mélange entre « Échappées belles » (à petites doses) et de « Envoyé spécial », le tout sous le couvert d’une enquête où notre Aurel fait le minimum du minimum.

Et malgré tout, je vous garantis que l’on ne s’ennuie pas du tout. Les personnages secondaires sont soignés, détaillés, ils prennent vie, ont leur importance. Aurel gagnera en profondeur, ressentira des émotions, craindra pour sa vie et se prendra pour Sinatra ou Johnny Weissmuller. Il aurait pu être ridicule, grotesque, mais non, il ne l’est pas, bien qu’il le frôle de peu. Il est surtout touchant, sans en avoir l’air.

Aurel est comme les romans qui le mettent en scène : on dirait de la littérature faite pour l’amusement, on sent que l’auteur s’est amusé à écrire ce cinquième tome, qu’il a puisé dans sa carrière de diplomate, que les seconds rôles existent réellement, quelque part…

Mais sous le couvert de littérature amusante, l’auteur n’oublie pas d’aborder les problèmes du Mexique, les tensions sociales, les narcos, les assassinats, la violence terrible, la corruption, les flics qu’il vaut mieux éviter et le déclin de cette station balnéaire, devenue la cible des racketteurs. On est en tong, mais on n’oublie pas le principal.

Aurel, je vais revenir en arrière et je ne zapperai pas tes précédentes enquêtes. Si tu pouvais me chanter, avec ta belle voix de crooner « Strangers in the night », je serais ravie !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°206] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°12).

 

[SÉRIES] Columbo – Saison 5 – Épisode 4 : Question d’honneur

Titre original : A Matter of Honor (trad. litt. : « Question d’Honneur »)

Invités : 
Ricardo Montalban : (Luis Montoya) (VF : Jean-François Laley)
Robert Carricart : (Hector Rangel) (VF : Henry Djanik)
A Martinez : (Curro Rangel) (VF : Marc François)
Maria Grimm : (Nina Montoya)
Pedro Armendariz Jr. : (Lt. Sanchez)

Résumé :
Au Mexique, Luis Montoya est le propriétaire d’un ranch et un matador renommé pour son courage. Curro Rangel, le fils de son ami Hector, vient d’être blessé en affrontant un taureau en corrida.

Luis sait qu’à sa sortie d’hôpital, le jeune homme voudra encore affronter l’animal, et peut-être à sa perte. Le propriétaire demande alors à Hector de l’aider à tuer le taureau en duel dans l’arène.

Mais, juste avant de lâcher l’animal, Montoya tire une fléchette tranquillisante sur Hector. Le taureau libéré le charge et l’encorne.

Pendant ce temps Columbo fait du tourisme en ville. Il a un accrochage involontaire avec son véhicule. La police finit par s’en mêler et le chef de la police locale demande au lieutenant de l’aider pour élucider la mort d’Hector. Ils se rendent sur les lieux.

Divers indices poussent Columbo à explorer l’hypothèse du meurtre, mais il ne parvient pas à en comprendre le mobile.

Mon avis :  Faire la fiche d’un épisode de Columbo en plein Mois Espagnol, ça pourrait sembler bizarre, voire anachronique, puisque notre lieutenant à l’imper froissé exerce son activité à Los Angeles et que, au dernières nouvelles, la ville ne se trouve pas dans un des pays visé par un challenge lusophone.

Moi qui pensait qu’il n’était sorti que deux fois de sa ville (une fois pour aller à Londres et une autre pour une croisière), et bien, force m’a été constatée qu’il avait fait une troisième sortie et qu’il avait été promener son cigare et sa femme au Mexique !

Cela commence avec humour, puisque notre lieutenant a fait un accrochage avec une autre voiture, que les gens en rajoutent, pensant gruger un gringo américain, la police s’en mêle et lui explique qu’il l’a reconnu, parce que, dernièrement, il avait lu un article sur son enquête durant la croisière qu’il avait faite avec sa femme.

J’ai apprécié les ambiances mexicaines de cet épisode, la présence des taureaux, même si je suis contre la corrida où l’on met à mort la bête. Ce qui m’a plu, c’est la décoration de la maison de Luis Montoya et tout le décorum de cette hacienda où l’on entraîne les champions de demain (champions qui mourront, hélas).

Et puis, notre Columbo est perdu dans cet univers. Il ne connait rien aux corridas, aux entraînements de taureaux, malgré tout, il pose des questions et repère des petits détails qui lui semblent bizarres.

Dans cet épisode, nous ne saurons pas pourquoi Luis Montoya, le propriétaire, tue son employé Hector, par l’entremise du taureau. Hector était à son service depuis des années et si le fils d’Hector a été blessé par le taureau, ce n’est pas la faute de son père, ni celle du proprio…

En fait, jusqu’au bout, le téléspectateur sera laissé dans l’ignorance, ce qui ajoutera du mystère et permettra à Columbo de jouer un tour à sa manière au riche Montoya. Ce que l’on découvre alors, c’est le pourquoi du comment il a décidé de tuer son employé et ami, Hector.

La solution, Columbo la trouvera en regardant jouer les fils du chef de la police, il comprendra un peu mieux le milieu de la tauromachie, les codes, les trucs et astuces utilisés et, de ce fait, pourra coincer le coupable.

En voilà encore un qui se lamentera que sa route ait croisée celle du lieutenant, parce que sans lui, il s’en serait sorti facilement, puisque c’était le taureau qui avait tué Hector et que personne ne savait qu’il avait envoyé une fléchette tranquillisante sur son pauvre employé.

Encore un excellent épisode de Columbo et pour une fois, un que je ne connaissais pas du tout !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°202] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°01).

Commentaires (Wiki) :

  • C’est l’un des rares épisodes où il faut attendre la toute fin pour connaître le mobile.
  • C’est le premier épisode où un animal est responsable direct d’une mise à mort – aidé en cela par une flèche tranquillisante.
  • Lorsque Columbo rencontre le chef de la police, ce dernier lui dit qu’il le connaît pour avoir lu dans le journal à propos du meurtre pendant la croisière, dans l’épisode 29 (4-4) Eaux troubles.
  • Il s’agit du troisième épisode ne se déroulant pas aux États-Unis, après l’épisode SOS Scotland Yard (saison 2) et justement Eaux troubles (saison 4).
  • Au début de l’épisode, Luis Montoya – interprété par l’acteur Ricardo Montalban – visionne ce qui est supposé être une ancienne vidéo de lui-même comme jeune matador. C’est en réalité un extrait du film « Sang et Volupté » (1943), dans lequel l’acteur joue le rôle d’un torero. Un autre épisode utilise lui aussi la technique d’un film ancien précédemment joué par le protagoniste pour étoffer son rôle : « La Dame oubliée » (saison 5).
  • C’est le second épisode dans lequel on peut rapidement lire le prénom du lieutenant (Frank) lorsqu’il présente son insigne, ici à la police locale mexicaine. Une autre occasion se présente lors de l’épisode Poids mort de la saison 1.
  • A noter que la Peugeot 403 n’est pas la seule voiture française à apparaître dans cet épisode, puisqu’on aperçoit également une Renault Estafette en arrière-plan (8 min 50 s).
  • Dans cet épisode, Columbo se documente pour les besoins de son enquête sur le monde de la tauromachie. Des termes sont employés et definis tels que muleta, ganadero, tienta, pique, mano a mano, la queue et les deux oreilles

Les Enquêtes Secrètes de Sherlock Holmes – Jack l’Egorgeur : Olivier Trouilhet [Par Dame Ida, Cobaye Officielle de Dame Belette]

Titre : Les Enquêtes Secrètes de Sherlock Holmes – Jack l’Egorgeur

Auteur : Olivier Trouilhet
Édition : Planches des Saluts (30/03/2022)

Résumé :
Voilà trois ans que Sherlock Holmes a disparu dans les chutes de Reichenbach en affrontant le professeur Moriarty.

Nostalgique, le docteur Watson se replonge dans ses publications des aventures de Holmes. Réalisant qu’il a beaucoup romancé la réalité, il décide de rendre hommage à son regretté ami en reprenant la plume pour dépeindre Holmes tel qu’il était vraiment.

En parcourant ses carnets remplis d’enquêtes inédites, son choix se porte sur les évènements survenus au cours de l’année 1888 lorsque le tristement célèbre Jack l’Égorgeur terrorisa Londres.

Watson nous fait ainsi découvrir Sherlock Holmes comme on ne l’a jamais vu, prétentieux, colérique, de mauvaise foi, radin, mauvais violoniste et piètre combattant, dans un affrontement sans merci avec l’ennemi public n°1.

L’Avis de Dame Ida :
Yes indeed ! C’est officiel maintenant. Quand Dame Belette, notre bien aimée hôtesse de ces lieux est débordée, il lui arrive parfois de me confier implicitement des missions périlleuses comme par exemple lui donner mon propre avis sur un livre qu’elle n’a pas encore eu le temps de lire… Pour l’aider à le positionner dans sa PAL.

Tout commence comme un pastiche de base : Holmes est supposé mort après sa chute dans les chutes du Reichenbach (alors que tout le monde sait qu’il a passé trois ans en cure dans un asile d’aliénés pour troubles délirants chroniques, ressassant en boucle l’histoire d’un complot planétaire imaginaire de brigands dirigé par un mort nommé Riarty que personne n’a jamais retrouvé ni vu – ça c’est mon hypothèse personnelle évidemment)…

Il y aurait d’autres thèses sur le grand hiatus, toutes plus honorables les unes que les autres pour cacher que Holmes est un peu zinzin… les solutions bonnes seulement à 7% n’aident jamais vraiment…), et Watson s’ennuie mortellement alors il ressort un vieux dossier sur lequel broder à la plume pour s’occuper.

Et bingo ! Ce vieux dossier concerne les meurtres commis à Whitechapel en 1888 par un certain Jack. Tout le monde se demandait depuis longtemps en effet pourquoi (Oui ! Franchement ! Pourquoiiiii !) Holmes n’était pas venu au secours de l’inspecteur Abberline pour coffrer ce grand criminel…

Et bien c’est parce qu’Abberline, frappé par la syphilis pour s’être investi trop profondément dans l’affaire des meurtres des périprostiputes de l’East End, a dû laisser la place à un Lestrade débordé et pas franchement futé qui ne pouvait rien faire sans Holmes.

Et peu à peu de fil en aiguille cachée dans une botte de foin, nous voilà embarqués dans la traque d’un Jack, rétrogradé au rang de simple égorgeur, alors qu’on se serait attendu à le voir promu par la postérité à celui d’éventreur, vu l’année énoncée. Mais peu importe ! Peu importe le gibier ! Ce qui prime c’est la chasse !

Une chasse étonnante… Ecrite dans un style que Watson nous annoncera plus dépouillé, plus recentré sur les faits et avec moins de fioritures stylistiques pour expliquer que nous n’y retrouverons pas la prose à laquelle le canon nous a habitués.

Evidemment, on comprendra vite que ce Jack, aux trousses duquel Holmes et consort se précipitent, n’est pas le fameux Éventreur. Les ripperologues distinguées que nous sommes savent bien qu’Elizabeth Stride (Long Liz ou Lucky Liz pour les cyniques) est la troisième victime de l’Éventreur, et qu’elle ne saurait être confondue avec l’Elizabeth Strike, trucidée en cinquième position, par l’Egorgeur pisté tout au long de ce texte…

Un texte concentré au format un peu bâtard de même pas une petite centaine de pages, qu’on ne saura s’il faut le qualifier de grosse nouvelle ou de petit roman… pétillant d’humour et de quiproquos, et où le personnage de Holmes nous semblera un peu différent de l’image policée qu’en donne habituellement le canon… Il paraîtra même quelque peu perché à certains moments.

Watson et Lestrade ne seront pas en reste… L’un est un satané gaffeur… L’autre est un idiot profond égratignant les expressions idiomatiques à qui mieux mieux, ravi d’avoir réussi en tout et pour tout au cours de l’année écoulée à réunir un chat perdu et sa maîtresse… Et passons sur Mrs Hudson, qui ne sera pas épargnée et qu’on nous présentera sourde comme un pot.

Généralement, je n’aime pas tellement voire pas du tout, que les pastiches ne respectent pas la psychologie des personnages canoniques. J’irais même jusqu’à dire que je déteste cela et mes précédentes critiques de pastiches vous ont déjà montré que je peux même être assez sévère et vindicative à ce sujet.

Et pourtant… Là… ça passe crème. Pourquoi ? Et bien parce que c’est clairement annoncé dès le départ avec une gaffe inaugurale (certes un peu grossière – l’impression de « déjà vu » en frappera plus d’un.e !) de Watson.

Dès le premier chapitre nous partons avec lui dans un pastiche comique, rigolo, marrant et iconoclaste (nan… ça n’est pas une insulte du Capitaine Haddock… Enfin si… Mais pas que… à la base ce n’est pas un gros mot !).

C’est quand le pastiche se prend au sérieux et ne remplit pas le cahier des charges qu’il mérite qu’on le charge. Quand on vous annonce du pastiche léger, sans honte et sans artifice on se laisse aller, on se laisse porter, et on s’amuse deux bonnes heures en sirotant un lapsang souchong entre deux shortbreads.

Enfin quand je dis léger… Je vais un peu vite… Certains gags pourront paraitre même un peu lourd, gras, gros ou grotesques. Certaines expressions, certains exemples, certaines métaphores n’auront pas grand-chose de victorien, fleurant bon l’anachronisme…

Et l’auteur n’a pas peur de jouer avec la vulgarité la plus trash si ça peut paraître drôle (Et oui… comment s’appelle la périprostipute de la page 30 ? Lily Lapipe ! Si… Si… il a osé ! Quant au médecin légiste il portera bien son nom pour ceux qui savent assez d’anglais pour le traduire… et je vous en passe quelques autres bien rigolotes pour ne pas spoiler). Bref, on ne fait pas dans la dentelle!

Puristes et mijaurées sont priés de passer leur chemin. Et quand on a compris que ces quelques pages sont sans autres prétentions que de divertir le lecteur, on passe l’éponge bien volontiers sur les libertés qu’a pris l’auteur avec le canon pour nous faire pouffer, pour nous faire nous gausser, pour nous faire ricaner, sourire, marrer, rigoler et se tordre les cotes.

Ce livre n’est pas sans me rappeler « Elémentaire mon cher Lock Holmes », un fameux film comique truffé de gags potaches mais bon enfant où Holmes n’est que le prête nom gaffeur et idiot d’un Watson qui résout les énigmes en voulant rester dans l’anonymat…

Evidemment les intrigues sont différentes, mais l’esprit est le même. Si vous avez aimé ce film, vous aimerez ce livre.

Anybref, j’ai passé un très bon moment de distraction en lisant ce pastiche qui n’est certes pas le chef d’œuvre du genre pour les sherlockiens diplômés et autres amateurs du canon, mais qui a le mérite de ne pas prétendre avoir des qualités qu’il n’a pas et qui assume résolument et avec une réussite certaine, sa dimension franchement comique.

PS : Evidemment on ne pourra pas pardonner (mais si! je déconne!) à l’auteur la bourde honteuse et invraisemblable, que dis-je, l’hérésie dramatique de la page 50, où Holmes ose tremper sa tartine (déjà la tartine, c’est belge ! Pas anglais !) dans son thé !

Un bon anglais ne saurait commettre de pareil sacrilège ! Même si le toast est à la marmelade et chante « God Save The Queen » et Rules Britania en même temps ! En Grande Bretagne, voire dans tout le Commonwealth, on ne fait pas trempette ! C’est mal ! C’est tabou ! C’est un coup à se voir déchoir de sa nationalité ! Epicétou ! 😀

 

Apache Junction – Tome 1 – Les loups au crépuscule : Peter Nuyten

Titre : Apache Junction – Tome 1 – Les loups au crépuscule

Scénariste : Peter Nuyten
Dessinateur : Peter Nuyten

Édition : BD must (01/09/2017)

Résumé :
1875, après la mort de Cochise, les Chiricahuas menés par le chef Black Wolf s’échappent de la réserve de San Carlos. Poursuivis par l’armée US comme par les Féderales mexicains, ils convoitent une cargaison d’armes.

Réalisé par Peter Nuyten dans un style très proche du Blueberry de Jean Giraud, Apache Junction est un western superbement dessiné et bien documenté en 3 albums qui forment un récit complet.

Critique :
C’est par le plus grand des hasards que j’avais appris l’existence de cette série western en trois volumes.

Ni une, ni deux, lorsque je suis tombée dessus en librairie, je l’ai ajoutée à mon panier et je me suis empressée de la lire.

La première chose qui frappe (aie), c’est le style des dessins : assez proche d’un Blueberry, période Apache.

Le personnage principal, Roy Clinton (le courrier de Fort Apache), a des petits airs de Blueberry, le nez cassé en moins (et pas la tête de Belmondo). Il pourrait être son cousin.

En plus d’être gâté par de beaux dessins réalistes (les décors sont détaillés aussi, magnifiques), le lecteur ne sera pas en manque de lecture, que ce soit dans les explications de départ (resituer le conflit entre l’armée US et les Apaches) ou dans les phylactères.

L’auteur ne propose pas un scénario binaire avec les gentils soldats, les gentils colons et les vilains Indiens. Non, non, pas de ça dans cette bédé ! Les colons ne sont pas d’une seule teinte et les Apaches non plus, chacun se battant pour sa terre, pour sa famille, pour son peuple ou pour le fric (les Blancs).

Roy Clinton est même réaliste, il sait que les Indiens ne font pas confiance aux Blancs parce que ces derniers les ont trop souvent trompés au fil du temps. Il n’est pas au point de tenir avec eux, mais il les comprend, tout en faisant ce qu’il faut pour rester en vie. On peut comprendre les revendications des autres et tenir à sa vie, c’est normal.

Il y a peu d’action dans ces pages, une grande partie étant l’attente dans la ferme de l’attaque (ou pas) par les Apaches et les soldats du fort qui, d’un autre côté, sont sur la piste de ces mêmes Apaches.

Malgré tout, il y a beaucoup de tension durant ces 40 pages et vu la biographie de fin de bédé, on remarque que l’auteur a fait des recherches sur le sujet afin de ne pas raconter de bêtises.

Il y a de la profondeur dans ce scénario, du suspense, des secrets inavoués (que l’on connaîtra avant la fin de ce premier tome) et notre ami Roy Clinton en a un fameux à nous avouer.

Une belle découverte d’une bédé western dont je ne connaissais pas l’existence (merci au site Bedetheque), que j’ai eu du mal à trouver en librairie et qui coûtait plus cher que les autres. Bon, ça valait le coup ! Maintenant, il me faut acheter les deux autres…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°183], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 40 pages), Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°109], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Pays-Bas).

Sherlock Holmes et la Bête des Stapleton : James Lovegrove

Titre : Sherlock Holmes et la Bête des Stapleton

Auteur : James Lovegrove
Édition : Bragelonne (02/02/2022)
Édition Originale : Sherlock Holmes and the Beast of the Stapletons (2020)
Traduction :

Résumé :
1894. Voilà cinq ans que le monstrueux chien des Baskerville et son maître, le naturaliste Jack Stapleton, sont morts. Sir Henry Baskerville vit heureux dans son manoir ancestral avec son épouse Audrey et leur fils.

Du moins jusqu’au jour où l’on retrouve sur la lande le corps exsangue d’Audrey. Une nouvelle créature démoniaque hanterait-elle le Dartmoor ?

Lorsqu’on les appelle à la rescousse, Sherlock Holmes et le Dr Watson sont confrontés à une véritable créature de cauchemar. Il semblerait que Jack Stapleton ait survécu et qu’il soit décidé à se venger…

Critique :
Sherlock Holmes qui retourne sur les terres des Baskerville, non pas pour traquer le chien maudit, mais une autre créature qui a tué l’épouse de Sir Henry Baskerville.

Le côté fantastique est présent puisque l’animal qui persécute ainsi la famille, suçant le sang des animaux ou de l’épouse, est d’une taille gigantesque.

Une sorte de grosse mite (gaffe à la prononciation) aux yeux rouges. Une phalène, pour être exacte.

Si l’enquête m’a bien plu, il y a néanmoins quelques petits détails qui m’ont déplus…

Le premier est que Watson, suite à un soucis avec un chien dans le parc, refuse de partir avec Holmes enquêter sur la mystérieuse bestiole dans le Dartmoor. Dans la version du Chien, Holmes ne partait pas, mais c’était pour mieux enquêter incognito là-bas. Ici, notre brave Watson restera la cul dans le sofa. C’est Holmes qui lui racontera tout à son retour. Bof, ça craint.

Un autre soucis est qu’il n’est pas nécessaire d’être Columbo, Hercule Poirot ou même Holmes pour comprendre le truc derrière l’animal gigantesque. Pire, le coupable que l’on nous donne n’est pas crédible pour deux sous. Niveau mystères insondables, il y avait bien mieux dans « Le démon de Noël ».

Heureusement, Holmes se doute qu’il y a une mite dans le pâté et repart pour le Dartmoor, trop tard seulement pour empêcher la seconde tragédie d’arriver. Mes déductions étaient bonnes et lorsque Madame Barrymore relatera l’enlèvement, un détail me donne de suite la nom du complice. Putain, trop facile !

Si les deux premières parties étaient intéressantes malgré le fait que j’avais déjà compris le truc et l’astuce, la troisième est plus lente et à mon sens, il était tout bonnement inutile de faire traverser l’océan à Holmes, Watson, Baskerville, le caporal Grier et le docteur Mortimer pour poursuivre le kidnappeur.

Une course-poursuite sur la lande sauvage et désertique aurait été très bien. Le voyage en bateau est ennuyeux, il ne passe presque rien, si ce n’est une tentative de meurtre et le fait que Watson n’ait pas compris qui était le complice.

Anybref, pour le suspense, on repassera !

Pour le plongée dans l’époque victorienne, l’auteur fait le minimum syndical avec le côté raciste des Anglais et la ségrégation raciale qui existait, encore et toujours, entre les Blancs et les Noirs (le caporal Grier est Afro-américain). C’est lors de la traversée, sur le bateau, que c’est le plus flagrant avec quelques connards, bien dans leur époque, qui ne se priveront pas de faire des commentaires horribles.

Le final est un peu trop poussé, trop exagéré, trop exotique (nous sommes au Costa Rica) et le lien entre le complice et un célèbre grand méchant bien connu des Holmésiens, est un peu too much. Il n’y avait pas besoin d’en rajouter, ni de faire de ce personnage un vilain pas beau.

Le point fort du roman c’est que le Holmes et Watson sont presque semblables aux originaux, avec la touche de l’auteur en plus, bien entendu. Canoniquement parlant, on est dans le bon, c’est ce que j’apprécie le plus.

Par contre, j’avais été plus bluffée par la résolution de leur précédente enquête, celle avec le Démon de Noël qui réservait quelques surprises inattendues. Malgré tout, comparé aux nombreux pastiches holmésiens que j’ai déjà lus dans ma vie, celui-ci se trouve dans les tiroirs du haut.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°1XX].

Agatha Christie – Tome 02 – Mort sur le Nil (BD) : François Rivière, Solidor et Agatha Christie

Titre : Agatha Christie – Tome 02 – Mort sur le Nil (BD)

Scénariste : François Rivière (d’après l’œuvre d’Agatha Christie)
Dessinateur : Solidor

Édition : Emmanuel Proust (05/11/2002)

Résumé :
Linnet Ridgeway n’aurait jamais dû épouser le fiancé de sa meilleure amie… Car sa lune de miel va virer au cauchemar… Elle est retrouvée assassiné dans la cabine du luxueux paquebot qui descend le Nil.

Les petites cellules grises d’Hercule Poirot se mettent alors en branle : tous les passagers ont en effet de bonnes raisons d’en vouloir à la richissime héritière.

Critique :
La première chose qui fait mal aux yeux, dans cette bédé, ce sont les couleurs !

Les tons jaunes criards de la première planche m’ont déjà donnée envie de faire demi-tour. Je pensais que cela s’estomperait ensuite, mais peine perdue, le jaune sera la teinte dominante.

D’accord, nous sommes en Égypte, les tons se devaient d’être chauds, mais là, c’est loupé.

Par contre, j’ai bien aimé le Poirot : pas trop rond comme j’ai déjà vu dans certains adaptations, pas une tête de crétin non plus. Un bon point pour cette adaptation dont je me souviens encore parfaitement du modus operandi et du nom de la personne coupable. No spolier !

Bizarrement, les visages de quelques personnages masculins sont allongés (Simon Doyle et le colonel Race). Pour le reste, nous sommes dans de la ligne claire, à la manière de « Blake & Mortimer », pour les citer en exemple.

Les paysages de l’Égypte sont bien représentés, ainsi que l’ambiance délétère qui règne sur cette croisière qui ne semble pas s’amuser.

Le couple Ridgeway/Doyle se fait persécuter par l’ancienne fiancé de Doyle, Jacqueline de Bellefort. La jeune Cornélia est persécutée par sa cousine Marie qui l’a prise sous son aile et la jeune Rosalie Otterbourne est persécutée par sa mère, vieillissante et acariâtre.

Non, ce n’est pas la croisière s’amuse ! Plutôt la croisière se fait occire… Pas moins de trois personnes perdront la vie sur ce joli bateau.

Ce qui m’avait fasciné, dans le roman, c’est qu’en plus de tomber de haut lors de la résolution de cette affaire, c’est que la reine du crime avait bien caché ses indices et fait en sorte que tous les personnages aient une chose à se reprocher, ait commis un acte dont ils/elles n’ont pas envie de parler, ne sont pas des agneaux mais des voleurs…

Cela a bien été retranscrit dans la bédé, même si, en 48 pages, il faille faire des sacrifices. Au moins, le plus important était présent.

Les explications finales sont présentes, sans être brouillonnes, bien que, dans le roman, elles soient plus longues. Ici, elles sont données à la dernière page et il semble que Poirot se dépêche de nous les donner avant que la dernière case n’arrive. Suivez bien les explications.

Finalement, cette adaptation bédé n’était pas si mal que ça. J’ai connu bien pire, dans cette série éditée par E.P. Dommage pour les couleurs horriblement criardes, elles aussi.

PS : exceptionnellement, à 14h, j’aurai de nouveau une fiche sur une adaptation bédé de l’œuvre d’Agatha Christie, sans couleurs criardes, cette fois-ci !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°157], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°39] Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 48 pages).

Si vulnérable : Simo Hiltunen

Titre : Si vulnérable

Auteur : Simo Hiltunen
Édition : Fleuve Noir (08/02/2018)
Édition Originale : In wolfskleren (2016)
Traduction : Anne Colin du Terrail

Résumé :
La violence est-elle héréditaire ?

La famille Virtanen est unie, bien sous tous rapports. Les parents ont un emploi stable, leurs deux filles mènent une scolarité brillante. Ils sont sociables, serviables, avenants. Tous leurs voisins s’accordent à le dire. Pourtant, un jour, le père tue ses enfants, puis son épouse, avant de se donner la mort.

Pour Lauri Kivi, chroniqueur judiciaire dans l’un des plus grands quotidiens d’Helsinki, cette tragédie n’est pas sans en rappeler d’autres de même nature. Il décide d’investiguer. Il étudie les cas, traque les similitudes, interroge sans relâche et découvre enfin que sous leur aspect lisse, ces familles cachaient aux yeux de tous de terribles drames. Enfant, Lauri lui-même a été marqué par la violence de son père et cette enquête réveille ses démons intérieurs. Pire, des rapports troublants semblent le lier à l’une des victimes.

Et si ces tueries familiales n’étaient pas le résultat d’une soudaine folie meurtrière mais le fait d’un tueur en série ?

Critique :
La violence est-elle héréditaire ? Bonne question… Vous avez trois heures pour y répondre.

Il est des drames qui nous laissent souvent sans voix, ou qui nous donnent, au contraire, l’envie de hurler : les crimes familiaux.

Qu’est-ce qui peut bien se passer dans la tête du père ou de la mère qui décide d’assassiner ses enfants, avant de se suicider ensuite ? (quand ils y arrivent, parfois, ils se loupent).

Ce polar va lentement, il prend le temps de nous immerger dans la société finnoise, qui, vu sous cet angle, ne fait pas rêver : alcool, misère, femmes qui semblent sans droits, maltraitées, enfants battus…

Et les enfants battus reproduisent le même schéma, dans cette histoire, ou alors, sont en lutte permanente pour garder leur violence sous le boisseau. Ou ce roman s’est focalisé sur une frange de la population afin de donner de la matière à son récit, ou alors, la Finlande n’est pas ce que l’on croit.

Le personnage principal n’a rien d’un héros, que tu contraire : Lauri Kivi est journaliste aux affaires judiciaires d’un grand quotidien. Il est froid, renfermé, a vécu une enfance merdique et malheureuse, semble détaché de tout. Son comportement m’a laissé plus d’une fois sans voix. Difficile de s’attacher à lui, même si on comprend son attitude.

C’est en voulant écrire un article sur les familles touchées par des crimes familiaux, afin de mettre en avant les dommages collatéraux, que le récit va l’entraîner dans une tout autre histoire.

Alors que je m’attendais à ce que le scénario prenne un certain chemin, il m’a surpris en choisissant une autre voie. Bien vu, au moins, j’ai été surprise.

Ne vous attendez pas à lire un thriller trépidant qui court dans tous les sens, comme je le disais plus haut, l’auteur prend le temps de poser les personnages, d’inclure des flash-back de l’enfance de Lauri et d’un autre enfant (dont nous connaîtrons l’identité plus tard), de poser les fondations de son récit, de nous montrer que les dégâts collatéraux dans les familles de l’infanticide sont immenses (mis au ban de la société, montré du doigt…).

Les personnages sont travaillés, ni tout à fait blanc, ni tout à fait noir, pas de manichéisme. L’auteur a esquissé ses personnages tout en finesse, les dotant de caractères ambigus et nous offrira des émotions fortes durant les confrontations entre Lauri Kivi et son paternel malade, atteint d’Alzheimer. Cela demande une force incroyable que de pardonner à celui qui vous a battu.

Le final est lui aussi travaillé, il ne débarque pas comme un cheveu dans la soupe, l’auteur ayant pris soin de lui donner de l’épaisseur, sans qu’il ne devienne trop lourd.

Il clôt aussi son roman de manière à ce que les lecteurs/lectrices ne restent pas sur leur faim, frustrés de ne pas avoir le fin mot de l’histoire, même si pour certaines choses, nous aurons la liberté de choisir la voie prise par certains personnages.

Un polar finlandais qui prend le temps, qui ne se presse pas et qui met en scène la vie sociale finlandaise, qui ne fait pas rêver du tout. C’est un polar social où les petites gens vivent dans l’alcool, l’excès de religion (à géométrie variable), le non respect des femmes et où l’on ne sait pas toujours les drames qui peuvent se jouer dans les familles qui semblent respectable.

Il m’aura juste manqué l’attachement au personnage de Lauri Kivi… Une broutille comparé à la densité de ce roman fort sombre.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°134],Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°16] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Finlande).

 

L’assassinat du père Noël : Didier Convard, Eric Adam et Paul (d’après Pierre Véry)

Titre : L’assassinat du père Noël

Scénaristes : Didier Convard et Eric Adam (d’après Pierre Véry)
Dessinateur : Paul

Édition : Glénat (2010)

Résumé :
Il était une fois Mortefond, charmant village de Lorraine qui s’apprête à fêter la Noël. Le père Cornusse joue comme chaque année le rôle du Père Noël, tandis que Catherine, sa fille, rêve d’un prince charmant et que les hommes du village rêvent à elle.

Prosper Lepicq, un étranger au village, se joint à la population locale pour la fête. Mais après la messe, on découvre le corps du Père Noël, assassiné !

Qui parmi ce panel de personnages truculents a bien pu commettre le meurtre, dans ce bourg isolé et apparemment paisible ?

Voici, par les facétieux Adam et Convard, l’adaptation très libre d’un roman de Pierre Véry, datant de 1934 et adapté au cinéma en 1941 par Christian Jaque.

Un album flirtant entre le merveilleux et le policier, magnifiquement dessiné par Paul, dont le graphisme original, poétique et pictural, ne cesse de s’affirmer.

Critique :
Le père Noël est une ordure, tout le monde le sait !

Depuis un certain film et aussi, par expérience personnelle : qui n’a pas, un matin du 25 décembre, été déçu par les cadeaux du père Noël, regrettant que le cadeau le plus coûteux ne se trouve pas au pied du sapin, que l’homme en rouge se soit planté alors que vous aviez bien précisé ce que vous vouliez…

Moi j’ai déjà eu des envies de meurtre, lorsque j’étais petite et que je n’étais pas dans le secret de l’affaire… Alors, ce titre, il m’a tout de suite parlé !

Lorraine, années 30, dans le petit village paumé (mais qui a tout de même une gare desservie !) nommé Mortefond, la nuit du 24 décembre est festive, tout le monde se déguise en personnages de contes de fées et l’un d’eux est déguisé en père Noël.

Qui a osé assassiner le père Noël après sa tournée de cadeau et de beuverie à toutes les maisons ? Qui a osé voler la relique de Saint-Nicolas ? Prosper Lepicq (mais pas Youpla Boum), jeune étranger en vacances au village, va se transformer en Sherlock Holmes Hercule Poirot et enquêter.

On sent que cette bédé est une adaptation d’un roman ancien, notamment dans certains dialogues et comportements horriblement romanesque (un homme aime une femme qui en aime un autre et tout cela reste très gentleman, très fleur bleue, bref, années 30). Cela prête à sourire, en effet, mais au moins, c’est d’époque.

De prime abord, les dessins ne m’ont pas emballés, ce qui ne m’a pas empêché de profiter de cette lecture rafraichissante et amusante.

Nous sommes face à une véritable enquête menée par Prosper Lepicq, avec indices visibles (faut les voir, je les ai loupés) et le suspense est gardé jusqu’au bout puisque ce n’est qu’une fois le procès entamé que nous découvrirons la trombine de la personne coupable de ce crime immonde.

Cette histoire est pourvue de quelques surprises, que je dévoilerai pas afin de ne pas divulgâcher. Surprises qui, bien entendu, ajoutent du piment à cette histoire qui n’en manque pas.

La plaidoirie de l’avocat, au procès, sera grandiloquente, faite d’effet de manche afin d’attendrir tout le monde, mais elle est très belle à écouter, à regarder et on se surprend à pencher d’un côté de la balance, plus que de l’autre. Je ne dirai rien de plus.

Ça m’a fait plaisir d’assassiner le Père Noël et d’enquêter sur son meurtre avec Prosper.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°133], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°15] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 72 pages).