Lincoln – Tomes 1 à 8 : Jérôme Jouvray & Olivier Jouvray

Titre : Lincoln – Tomes 1 à 8

    • Tome 1 : Crâne de bois
    • Tome 2 : Indian Tonic
    • Tome 3 : Playground
    • Tome 4 : Châtiment corporel
    • Tome 5 : Cul nu dans la plaine
    • Tome 6 : French Lover
    • Tome 7 : Le fou sur la montagne
    • Tome 8 : Le démon des tranchées

Scénariste : Olivier Jouvray
Dessinateur : Jérôme Jouvray
Couleurs : Anne-Claire Jouvray

Édition : Paquet (2004)

Résumé :
Pas très poli, ce Lincoln. La décence nous interdit de rapporter les premiers (gros) mots que cet apprenti cow-boy prononça, mais ce n’était pas joli-joli. Et après, ça n’a fait qu’empirer. Le genre à vouloir sans cesse bousculer l’ordre établi et à agacer les grands avec ses remarques lucides – et donc un tantinet pénibles.

Résultat : à dix-neuf ans, on l’a gentiment invité (à grands coups de pied aux fesses, pour être précis) à aller se faire pendre ailleurs.

Et voilà notre Lincoln parti sur les routes, avec sa gueule en biais, son mégot à la bouche et sa silhouette dégingandée, en train de ruminer contre le monde entier, de lancer des bâtons de dynamite dans les rivières pour faire exploser les poissons – c’est malin, tiens – et de jeter des os de poulet aux mendiants en les traitant de « feignasse ».

Bref, dans la famille cow-boy, on a vu mieux. Rien à voir avec Lucky Luke ou Blueberry, ça non.

Mais un jour, tout change : un petit bonhomme vêtu d’un poncho et d’un grand chapeau s’approche de Lincoln – lequel, toujours aussi aimable, l’accueille d’un sympathique « dégage ! »

Ce petit bonhomme, c’est Dieu en personne. Et Dieu est bien décidé à lui prouver qu’on peut prendre du plaisir à vivre sur terre. D’ailleurs, il lui propose l’immortalité. Il est comme ça, Dieu : quand il a une idée en tête, rien ne l’arrête. Évidemment, Lincoln râle un peu. Mais il se dit qu’après tout, ma foi, pourquoi pas ?

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Résultat : notre cow-boy se met à écumer les saloons, à piller les trains et à boire plus que de raison.

lincoln-20041006195446_t3Critique :
« Merde, putain, fait chier, dégage, fous-moi la paix » font partie des mots préférés de Lincoln, d’ailleurs, le premier mot qu’il prononça fut « Merde ».

Ou « Chier », on ne sait plus trop…

États-Unis, trou du cul perdu…

Lincoln est né à la fin du 19ème siècle dans des conditions peu enviables. Sa mère était une prostituée, son père, un client de passage…

Notre jeune ami a donc été élevé chez les prostituées et son nom était Crâne de bois…

Toujours à faire la gueule, solitaire, râleur, doté d’un esprit aiguisé, d’une propension à en vouloir à tout le monde et à d’y aller de ses petites phrases assassines, tant et si bien qu’il s’est fait foutre à la porte de son village à grands renforts de coups de pieds dans son cul.

Au fait, le m’appelle Lincoln, c’est pas mon vrai nom, d’ailleurs je l’ai jamais su car on m’a toujours appelé crâne de bois ! Si j’ai choisi Lincoln c’est parce que celui-là quand il l’ouvrait, ils devaient tous la fermer autour de lui. Ils ont même du le descendre pour le faire taire…

Alors qu’il pêchait le poisson à la dynamite (on a rien inventé de mieux), il rencontre un personnage peu commun : Dieu en personne !

— Dégage, lui grommellera Lincoln.

J’aime les bédés western, que se soit avec des cow-boys redresseurs de torts et droit dans leurs bottes comme Lucky Luke, mais aussi des moins conventionnels et plus politiquement incorrect comme Red Dust de « Comanche » ou le lieutenant Blueberry.

Ici, nous sommes face à l’opposé de tout ça avec Lincoln qui est un fainéant de première, un malpoli, un malotru, un gars qui en veut à la Terre entière et qui n’a qu’une idée en tête : amasser du fric en faisant des mauvais coups, Dieu à ses côtés ou pas !

La mission de Dieu ? Tenter de faire de Lincoln une sorte de super-héros Cow-Boy, tenter de lui faire changer d’avis sur la vie, mais il devra compter avec la personnalité tordue et manipulatrice de son protégé. Et son mauvais caractère, sa mauvaise foi, la gueule qu’il tire tout le temps..

Dieu : « Pourquoi tu fais cette gueule Lincoln ? » 
Lincoln : « T’es pas sensé tout savoir, toi ? »

— Est-ce vraiment si chiant que ça le paradis pour que tu viennes chercher des distractions ici-bas ?

Mais tiens, qui voilà qui ? Satan en personne ! Sûr qu’avec Dieu et le Diable à ses côtés, notre Lincoln va être emmerdé car ils ne vont pas lui foutre la paix, l’un voulant qu’il fasse quelque chose de bien de sa vie et l’autre pas.

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Corrosif, drôle, politiquement et catholiquement incorrect (la représentation de Dieu n’était pas admise chez nous avant), des dialogues truculents entre Lincoln et les deux êtres d’essence divine, ou entre Dieu et son ange déchu.

Je me suis marrée en découvrant Dieu représenté en petit bonhomme barbu affublé de vêtements pas très neufs et d’un chapeau, quand au Diable, sa barbichette, ses deux cornes et son sombrero lui vont comme un gant.

Certes, on ne hurle pas de rire à chaque case, mais on sourit, on rit et on pousse des « oh putain, excellent » tout en lisant ces six tomes à la suite.

Les dialogues sont soit avec de l’humour au premier degré, au second ou alors, avec de la philosophie, et pas celle de comptoir, mais en tout cas, ça vanne sévère à certains moments entre nos protagonistes et j’ai éclaté de rire avec quelques répliques ou situations improbables.

Si les deux premiers se passent dans le monde du far-west, nous monterons à New-York pour le 3ème et le 4ème tome, avant de redescendre à la frontière entre les États-Unis et du Mexique afin de franchir le Rio pour aller s’encanailler avec des révolutionnaires dont le chef est une personnalité peu habituelle (tomes 5 et 6), on distillera clandestinement de l’alcool dans le tome 7 et on ira faire la Grande Guerre dans le tome 8…

Durant tous les albums, Lincoln traine sa tête de six pieds de long, sauf lorsqu’il se saoule ou magouille, et là, on aurait tendance à voir apparaître l’ébauche d’un sourire carnassier.

Son immortalité accordée par Dieu lui conférant une assurance, il ne se prive pas pour tenter le diable (oups), mais jamais pour aider les gens, ou alors, à l’insu de son plein gré !

Je suis contente d’avoir entendu parler de cette série et d’avoir lu les 8 tomes car je suis entrée de plein pied dans une bédé mettant en scène l’anti-héros par excellence, celui que l’on devrait détester mais que l’on adore.

Que Dieu et le Diable se soient penché sur son cas et qu’ils fassent route avec lui, il s’en branle, s’en moque, s’en fout, lui, tout ce qu’il souhaite, c’est que ces deux-là lui lâchent la grappe et arrête de lui casser  les couilles. Mais ça, c’est pas gagné !

— Mon pote, j’ai rencontré pas mal de secoués ces dernières années et quand je te vois, je comprends mieux quand on raconte que tu as fait l’homme à ton image.

En tout cas, voilà une excellente série qu’il faut découvrir absolument !

PS : avec Lincoln, on dit merde à l’amour et on ne fête pas Saint-Valentin !! Mais de temps en temps, il baise…

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Le Mois du polar 2017 chez Sharon et le RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (5 albums lus lors du RAT : 48×5 = 240 pages).

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Tatouage : Manuel Vázquez Montalbán

Tatouage - Manuel Vázquez Montalbán

Titre : Tatouage [La première enquête de Pepe Carvalho]

Auteur : Manuel Vázquez Montalbán
Édition : Christian Bourgois Editeur (1990) / Points (2012)

Résumé :
Un policier, une enquête, un détective : Pepe Carvalho. Son rôle : découvrir l’identité d’un homme retrouvé noyé et défiguré par les poissons. Un seul indice pour l’aider à mener l’enquête, il porte un tatouage bien particulier où il y est inscrit : « Né pour révolutionner l’enfer ». Un gérant de salon de coiffure demande à Pepe d’enquêter et de découvrir son identité.

Pepe Carvalho a 37 ans. Il a bourlingué. Il vit à Barcelone et, en cette année 1976, l’Espagne s’éveille à la démocratie.

Critique :
♫ Il était minc’, il était beau, Il sentait bon le sable chaud, Mon légionnaire !
Y avait du soleil sur son front, Qui mettait dans ses cheveux blonds, De la lumière ! ♪

Si Gainsbourg s’est invité en chantant dans ma tête, c’est à cause du corps mort (pour les cormorans) que l’on vient de retrouver dans l’eau, juste vêtu d’un maillot : il était blond, il était beau, il sentait le cadavre dans l’eau et portait un tatouage : « Né pour révolutionner l’enfer ».

Était-ce vraiment un légionnaire ? On ne sait pas vu que son visage a été mangé par les poissons ! ♫ On l’a trouvé dans la mer. Il avait ses beaux yeux que les poissons dévorèrent. Dans le ciel, passaient des nuages. Il a montré ses tatouages ♪

Espagne post franquiste de 1976… Un détective, Pepe Carvalho est chargé, par le patron d’un salon de coiffure, de trouver l’identité du beau blond retrouvé mort. Et il le rétribue grassement, qui plus est ! Pouvait pas aller demander au commissariat directement ??

Puisque nous parlons de la police, elle a dû avoir vent d’un truc pas net puisque quelques jours après la découverte du corps, voilà que les flics arrêtent des tas de prostituées, qu’ils ferment les bars et le tout sans ménagement aucun. Anguille sous roche avec le tatoué (qui n’avait pas un Modigliani dans le dos, pourtant) ??

Une chose est sûre, Pepe ne s’entendrait pas avec Sherlock ! Déjà que Pepe est un fin gourmet, qu’il cuisine, qu’il ne mange pas n’importe quoi (Sherlock savait aller au resto aussi !) et surtout, qu’il ne considère pas que son estomac comme un simple appendice de son cerveau et puis, Pepe, il allume sa cheminée avec des livres…

Oui, vous avez bien lu ! Un Don Quichotte pour allumer une flambée en juillet, avouez que ce n’est pas banal !

Pepe est aussi gourmet en matière de femme et il fréquente Charo, sa maîtresse – une prostituée libérale. De plus, on apprend qu’il a aussi travaillé pour la CIA en Hollande.

Si vous êtes à la recherche d’un thriller ou d’un enquête où tout le monde court partout, laissez tomber les enquêtes de Pepe !

Lui, il vous les mitonne au court-bouillon et laisse mijoter le tout, sans pour autant que mon estomac littéraire crie famine puisque la découverte de la ville de Barcelone après les années Franco était un voyage fort divertissant mais pas de plus bucolique.

Surtout lorsque notre Pepe, toujours sur les traces du nom du beau blond en maillot, va devoir pousser jusqu’en Hollande.

Le passage avec deux de ses compatriotes, exilé là-bas pour gagner leur croûte péniblement est assez fort. On sent bien leur misère transparaître sous leurs paroles, eux qui ne retournent même pas au pays ce Noël-ci.

Et quand l’ancien collègue de Pepe essayera de l’embaucher pour surveiller ses compatriotes qui ne sont pas habitués à un pays si libertaire. Tout le mépris de l’homme pour ces pauvres immigrés qu’il aimerait sans doute renvoyer au pays de la paella suinte des pages.

Non, on ne lira pas les enquêtes de Pepe pour leur vivacité, mais pour avoir le droit de suivre son regard un peu désabusé, noir, sans concessions sur sa ville, son pays, ses habitants, les femmes adultères, les prostituées…

En tout cas, quand on Pepe commence une enquête, il va jusqu’au bout et tant pis s’il paye de sa personne.

Un bon roman noir au goût de mac-quereau avec un Pepe qui vous cuisine une enquête à petit feu, pour mieux imprégner les chairs de toute l’ambiance de Barcelone.

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et le Challenge « Le mois Espagnol » chez Sharon.

Mois espagnol

Les Tontons flingueurs : Georges Lautner [#LeFilmDeLaSemaine2016 – 14/52]

Les Tontons flingueurs est une comédie franco-germano-italienne réalisée par Georges Lautner en 1963, sur un scénario d’Albert Simonin et des dialogues de Michel Audiard, avec comme acteurs principaux Lino Ventura, Bernard Blier, Jean Lefebvre et Francis Blanche.

Adaptation du roman « Grisbi or not grisbi » d’Albert Simonin, c’est le troisième volet d’une trilogie consacrée au truand Max le Menteur démarrée avec « Touchez pas au grisbi » suivi par « Le cave se rebiffe » également adaptés à l’écran.

Au fil des décennies ayant suivi sa sortie, Les Tontons flingueurs est devenu un film culte.

1. Résumé :
Sur son lit de mort, le Mexicain fait promettre à son ami d’enfance, Fernand Naudin, de veiller sur ses intérêts et sa fille Patricia. Fernand découvre alors qu’il se trouve à la tête d’affaires louches dont les anciens dirigeants entendent bien s’emparer. Mais, flanqué d’un curieux notaire et d’un garde du corps, Fernand impose d’emblée sa loi. Cependant, le belle Patricia lui réserve quelques surprises !

2. Fiche technique :

  • Titre : Les Tontons Flingueurs
  • Réalisation : Georges Lautner
  • Scénario : Albert Simonin et Georges Lautner, d’après le roman Grisbi Or Not Grisbi, d’Albert Simonin
  • Dialogue : Michel Audiard

3. Distribution :

  • Lino Ventura : Fernand Naudin
  • Bernard Blier : Raoul Volfoni
  • Francis Blanche : Maître Folace, le notaire de Louis « le Mexicain »
  • Sabine Sinjen (VF : Valérie Lagrange) : Patricia, la fille de Louis « le Mexicain »
  • Claude Rich : Antoine Delafoy, le petit ami de Patricia
  • Robert Dalban : Jean, le majordome
  • Jean Lefebvre : Paul Volfoni, le frère de Raoul
  • Horst Frank : Théo
  • Venantino Venantini (VF : Charles Millot) : Pascal
  • Mac Ronay (VF : André Weber) : Bastien
  • Charles Régnier (VF : Michel Dupleix) : Tomate

Ce que j’en ai pensé :
J’ai enfin pu regarder ce film en entier ! Depuis le temps que je ne voyais que le début, ou la fameuse scène de la cuisine, mais jamais je n’avais regardé ce chef-d’œuvre en entier !!

Ce fut enfin réparé en février 2016 (voyez le retard de ma chronique) en visionnant le film en NB (qui a volé la couleur ? dirait un djeun’s) car la colorisation ne lui va pas bien.

Ici, nous débarquons chez les truands… Le Mexicain va mourir et il charge son ami, Fernand Naudin, de veiller sur ses affaires et sur sa fille et notre brave Lino Ventura va se rendre compte qu’il est tombé chez de bien curieux bonshommes.

Toute la force du film se trouve dans sa brochettes d’acteurs et dans ses dialogues pas piqués des hannetons !

Qui ne connait pas au moins une réplique culte sans même trop savoir où elle se situe dans le film ?? Tout le monde, quasi.

Et bien, je vous jure, quand on replace les dialogues dans leur contexte, on se marre encore deux fois plus !

Ici, tout vole : les répliques, les balles, les saloperies, les coups tordus, les embrouilles, les doubles-jeu… Ma seule critique sera pour le bruitage des balles, il est à mourir de honte ou de rire, mais cela ajoute un charme suranné au film.

Pour le reste, la recette reste la même : on prend deux factions de margoulins qui trempent dans la vente d’alcool, le jeu, les putes, on fait mourir le chef, celui qui prenait les bénefs, on nomme un cave (un qui n’y connait rien) à la tête de l’organisation et on fait en sorte que A fasse croire au nouveau chef que c’est B qui veut sa peau.

Bref, diviser pour régner ! Foutre la merde… ça donnera quelques belles scènes d’anthologie et des dialogues aux petits oignons !

C’est en faisant la fiche du film que je me suis rendue compte que certains acteurs, étrangers, avaient été doublé ensuite. À cette époque, on faisait dans l’international… Et tant mieux parce que le boche a une tête d’assassin et l’italien a tout du bon porte-flingue.

Par contre, je ne savais pas que Claude Rich jouait dans le film et là, il m’a fait jouir tant ses répliques étaient excellentes aussi. Magnifique !

Je n’en dirai pas plus parce que tout le monde connait, ou en a entendu parler…

C’est un excellent film qui a gagné ses lettres de noblesse au fil de ses retransmissions et je l’ai encore visionné dernièrement, quand il est passé à la télé.

J’ai encore ri plus car maintenant, je connaissais tout par cœur, quasi.

Un film à voir et à revoir sans modération. Ne nuit pas à la santé. Que du contraire… Il vous enrichira niveau vocabulaire argotique.

BILAN - Coup de coeur

Rural Noir : Benoît Minville

Rural Noir - Benoït Minville

Titre : Rural Noir

Auteur : Benoît Minville
Édition : Gallimard – Série Noire (2016)

Résumé :
Adolescents, Romain, Vlad, Julie et Christophe étaient inséparables ; ils arpentaient leur campagne et formaient un « gang » insouciant.

Puis un été, tout bascule. Un drame, la fin de l »innocence.

Après dix ans d’absence, Romain revient dans sa Nièvre désertée, chamboulée par la crise, et découvre les différents chemins empruntés par ses amis.

Évoquant à la fois La guerre des boutons de Louis Pergaud et la tradition du « country noir » américain, oscillant entre souvenirs de jeunesse et plongée nerveuse dans la réalité contemporaine d’une « France périphérique » oubliée de tous, Rural noir est un roman à la fois violent et tendre ; évoquant l’amitié, la famille, la culpabilité.

rural-noirCritique : 
Rural Noir, ce pourrait être le nom donné à une nouvelle série qui explorerait le Roman Noir dans ce qu’il a de « rural ». Une collection rien que sur la cambrousse, la vraie…

Parce que si la banlieue c’est pas rose, la banlieue c’est morose, faut pas se leurrer non plus, la campagne n’est pas toujours aussi bucolique que les citadins pourraient le croire.

Ce Roman Noir explore deux périodes d’une bande de copains, sorte de Club des Cinq sans le chien et dans sa version un peu moins sage puisque nos ados de 14 ans picolent un peu, fument et ont, pour certains, déjà fourré leurs doigts là où il ne fallait pas… enfin, si, c’est là qu’il fallait les mettre… Bref, vous voyez ce que je veux dire.

La première période correspond bien entendu à une époque où Romain, Vlad, Julie avaient 14 ans et Chris, le plus jeune, 12 ans. Ils forment une bande, un « gang » et cet été là, un événement viendra foutre en l’air leurs vacances.

Mais avant que l’on apprenne ce qu’il s’est passé, nous aurons droit aux bêtises d’une bande d’ados, à leurs chamailleries, leurs bagarres, les petites jalousies, les premiers émois amoureux, les doigts qui vont là où…

On se retrouve dans cette bande de gamins… Surtout si l’on a grandi à la campagne et que l’on occupait ses mois de vacances à sillonner la région en pédalant ferme sur des vélos qui n’avaient rien de moderne.

L’autre période, c’est maintenant. Romain, quand il avait 19 ans, avait planté un beau matin son jeune frère, Chris, 3 mois après la mort de leurs parents et 10 ans après, il fait son grand retour dans le bled où tout à bien changé.

Beaucoup de tensions et de secrets, dans ces 245 pages qu’on ne lâche pas avant de les avoir toutes avalées.

Si les deux frères sont heureux de se retrouver, il y a de la colère dans le cadet, colère qu’il aimerait diriger vers son aîné, mais qu’il garde en lui. Il a morflé, le cadet, lorsque son aîné est parti sans un mot, sans une parole.

Quant à leur copain Vlad, le Captain du gang, il a bien changé et pas dans le bon sens.

Toute la ruralité est exprimée dans ce roman : plus aucune industries à fermer, les agriculteurs qui comment à manquer d’air, les commerces qui ont fermés, les cafés aussi et la drogue qui circule de plus en plus. Au moins une petite entreprise qui ne connait pas la crise.

Une ambiance lourde dans ce récit, oppressante, comme un soir d’été caniculaire où l’orage menace d’éclater dans le ciel. On aimerait que ça éclate, mais on sait que lorsque cela arrivera, des mots seront dit et ils feront mal à la chair, à l’âme, au coeur.

Heureusement qu’il y a les passages dans le passé pour adoucir un peu tout ça, même si on sait que l’on va au devant de révélations terribles pour que tout ait éclaté de la sorte ensuite.

Si les personnages principaux sont bien esquissés et que l’on peut se retrouver dans cette bande de gamins, leurs portraits adultes sont tout aussi réussis et les personnages secondaires ne sont pas en reste non plus.

L’écriture de l’auteur est bien dosée, ni trop dure, ni trop douce, pas coupée avec de la mauvaise encre ou du marshmallow. C’est du brut noir de noir que tu avales.

Un roman noir avec une sacrée dose d’amitié, de fraternité, l’histoire d’un gars qui est parti du mauvais côté, mais que ses amis ne renient pas, même si les aléas de la vie les ont séparé.

C’est rempli de valeurs qui me sont chères, ce sont mes racines, c’est bourré de violence larvée à laquelle on lâche la bride de temps en temps. Il y a de la nostalgie, des regrets, des pardons qui ne viennent pas, des vieilles rancœurs, des vengeances…

Rural Noir, c’est à la vie, à la mort, à l’amitié, à la fraternité. C’est la cambrousse mais tu évites la bouse de vache à tes chaussures. Quoique, on marche bien dedans, mais c’est une autre merde. C’est la Blanche…

Bon sang, vous êtes encore à me lire alors qu’il faudrait plutôt allez lire ce roman !! Filez l’acheter !

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (245 pages – xxx pages lues sur le Challenge).

BILAN - Coup de coeur

L’homme qui n’aimait pas les armes à feu – T3 – Le mystère de la femme araignée : Lupano & Salomone

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Titre : Le mystère de la femme araignée – L’homme qui n’aimait pas les armes à feu 3

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Paul Salomone

Édition : Delcourt – Conquistador (2014)

Résumé :
Vous souvenez-vous de Tim Bishop, le petit jeune qui en pinçait pour Margot de Garine ? Le gaillard est toujours sur la piste de la belle, même si ses sentiments ont changé. Ne l’a-t-elle pas abandonné, ficelé à un rocher au milieu de nulle part ?

De leur côté, Byron Peck et Knut Hoggaard sont aussi remis sur selle et filent vers le Canyon de Chelly. D’ailleurs, tout le monde semble se diriger vers ce lieu emblématique de la culture navajo.

Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour la fortune/l’honneur/la vengeance (rayer les mentions inutiles) ?

Petit Plus : Wilfrid Lupano continue sa relecture personnelle de l’Histoire des USA dans Le secret de la femme araignée.

Comme à son habitude, le scénariste du « Singe de Hartlepool » mêle habilement, avec pas mal de poudre, farce et critique acerbe.

Couv_260974Critique : 
Toujours sous le couvert d’une bonne dose d’humour noir, l’auteur poursuit les aventures de nos deux compères, Byron Peck – l’avocat bon chic bon genre – et de Knut Hoggaard et ses pauvres borborygmes.

On va de surprises en surprises avec un certain personnage et on rit jaune devant l’imbécilité des lois et règlements : tout ce qui vit dans la réserve est Navajo (même un Noir) et tout ce qui vit hors de la réserve, est américain, même un Navajo…

— Au dernier recensement de la réserve, l’agent du bureau des affaires indiennes m’a enregistré en tant que Navajo. C’est la loi pour tout ceux qui vivent dans a réserve.
— Hein ? Mais c’est idiot !
— Ouaip. Et les Navajos qui vivent en dehors de la réserve sont considérés comme des citoyens américains. Va comprendre.

De l’humour, mais pas que… L’auteur ne se prive pas pour aborder le cas de ces charmantes religieuses si douces et si bonnes pour les petites filles navajos dont elles avaient l’éducation.

Voyez-vous, lorsque ces gamines disaient un mot de Navajo, elles étaient récompensées non pas par un Mars ou un Bounty, mais par le piquet ou le four…

Oui, liées à un piquet, en plein soleil ou enfermée toute une journée dans une petite cabane exposée en plein cagnard. Quelles braves femmes, n’est-il pas ??

Sans compter les lois qui interdisent à une personne Noire de posséder une arme à feu. Libres, oui mais pas avec les mêmes droits que l’homme Blanc.

Un retour dans l’Ouest, sur les pistes poussiéreuses, avec des attaques de trains et des chevauchées dans le soleil couchant et un final qui laisse présager encore quelques aventures épiques dans les tomes suivants.

Dommage que le tome 4 ne soit pas encore sorti.

Une saga western qu’il est extrêmement plaisant de découvrir.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, Le « Challenge US » chez Noctembule, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (48 pages – 4477 pages lues sur le Challenge).

BILAN LECTURE - Veux la suite

Mois du Polar - Février - SharonCHALLENGE - Il était une fois dans l'ouest - BY Cannibal Lecteur

L’homme qui n’aimait pas les armes à feu – T2 – Sur la piste de Madison : Lupano & Salomone

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Titre : Sur la piste de Madison – L’homme qui n’aimait pas les armes à feu 2

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Paul Salomone

Édition : Delcourt – Conquistador (2013)

Résumé :
Pourquoi Margot de Garine a-t-elle quitté son époux, Maître Byron Peck? Comment le Danois Knut Hoggaard, alors encore en pleine possession de ses moyens intellectuels, est-il entré dans la vie de Margot et de Byron ?

Surtout, que contiennent ces mystérieuses lettres, pour lesquelles cet improbable trio est prêt à s’entretuer ?…

Deuxième volet de la poursuite infernale au cœur de l’Arizona.

Couv_217918Critique : 
Sur la piste, elle m’a dit « Sonne »…

Non, non, non, le Madison de cet album rien à voir la route du même nom dans le roman et le film, ici, on parle d’un Grand Homme, le père de la constitution des États-Unis, excusez du peu.

Dans le tome 2, on apprend comment notre Byron Peck, éminent avocat de Los Angeles, en est arrivé à sillonner les routes à bord d’un chariot avec son Hercule qui ne lâche plus que des borborygmes.

Dans ce tome 2, on quitte les pistes de l’Ouest profond direction Los Angeles pour nous expliquer comment tout cela a commencé et nous montrer les personnages tels qu’ils étaient avant que tout cela n’arrive.

Byron Peck est un avocat qui ne recule devant rien pour gagner un procès, Margot de Garine, son épouse, ne rêve que d’argent et de mener un encore plus grand train de vie et Knut Hoggaard n’était pas encore cet homme diminué que l’on a vu dans le premier tome.

— Désormais, son sort est entre les mains du seigneur…
— Et du diable ! Et comme à mon avis aucun des deux n’en veut chez lui, nous avons toutes les chances de le garder encore quelques temps avec nous.

— C’est d’autant plus appréciable que souvent, les bonnes nouvelles arrivent en groupe.
— LHA SoloOop !
— M. Hoggaard n’allait pas nous quitter pour quelques malheureux litres de sang.

Beaucoup de profondeur dans ce tome, avec notre Byron Peck qui va ressentir une peur atroce et dont les dessins vont nous montrer sa descente aux enfers, barricadé dans sa maison qui va commencer à sentir le puma puisque notre avocat ne se lave plus.

C’est aussi une partie de l’Histoire Américaine que nous allons explorer aussi avec son fameux deuxième amendement, celui qui permet à quiconque de porter une arme à feu.

— C’est ce pays qui est souffrant, Hamilton ! Ce pays magnifique, plein de promesses qui, d’un côté, défend la liberté, le droit, et de l’autre… qui permet à n’importe quel aliéné de se balader avec une arme à feu !

Les dialogues sont toujours aussi savoureux, Margot est toujours aussi calculatrice et, telle une araignée veuve noire, tissera sa toile afin de dévorer toutes ses proies.

— Ne le prenez pas mal, Madame de Garine, mais je crois que vous êtes la personne la plus répugnante qu’il m’ait été donner de rencontrer.

Le dessin est chaleureux grâce à ses couleurs et bien que ce tome soit un peu moins « fou » que le premier, il permet, grâce à ses flashbacks de poser les bases de l’histoire et tous les différents enjeux selon les personnages.

Il est à noter que pour certains, la situation a bien mal tourné et notre naïf Tom Bishop en fera l’amère expérience.

— Toi comprendre moi ? Toi vouloir quoi ? Argent ? Nous pas argent ! Nous vouloir papiers toi avoir volés ! Voler pas bien ! Grand manitou pas content dans le ciel ! Grand manitou Trèèèèèès Fâché !
— Je suis très triste pour lui, mais hélas, je suis Navajo, et les Navajos ne croient en aucun grand Manitou.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, Le « Challenge US » chez Noctembule, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (48 pages – 4477 pages lues sur le Challenge).

CHALLENGE - Il était une fois dans l'ouest - BY Cannibal Lecteur

Mois du Polar - Février - Sharon

Viens avec moi : Castle Freeman Jr.

 

Viens avec moi - Castle Freeman Jr.

Titre : Viens avec moi

Auteur : Castle Freeman Jr.
Édition : Sonatine (2016)

Résumé :
Dans les fins fonds désolés du Vermont, la jeune Lilian est devenue la cible de Blackway, le truand local. Son petit ami a préféré fuir, elle a décidé de rester.

Bien résolue à affronter celui qui la harcèle. Alors que le shérif se révèle impuissant, Lilian se tourne vers un étrange cénacle.

Sous la houlette de Whizzer, ancien bûcheron en chaise roulante, quelques originaux de la région se réunissent chaque jour dans une scierie désaffectée pour disserter en sirotant des bières.

Devant la détermination de la jeune femme, Whizzer décide de l’aider en lui offrant les services de deux anges gardiens peu ordinaires : un vieillard malicieux, Lester, et un jeune garçon, Nate, plus baraqué que futé.

Avec eux, Lilian se met à la recherche de Blackway dans les sombres forêts qui entourent la ville pour s’expliquer avec lui.

De bar clandestin en repaire de camés, la journée qui s’annonce promet d’être mouvementée, l’affrontement final terrible.

vermont moulinCritique : 
On pourrait résumer en disant que c’est l’histoire de deux gars qui vont aider une bonne femme qui a bien des soucis avec l’espèce de caïd de la région :  Blackway.

Rien que son nom, ça sent déjà l’homme malfaisant, l’homme que tout le monde craint, l’homme qui pense que tout lui est dû et que si vous n’êtes pas d’accord pour lui donner ce dont il a envie, et bien, il le prendra à l’insu de votre plein gré.

Une fois de plus, je viens de plonger dans un infâme trou du cul du Vermont nommé « Est Connardville » par le regretté Kevin qui est parti la queue entre les jambes à cause justement de Blackway.

Dans le couple que formait Kevin avec Lilian, c’était elle qui portait la paire de… la paire de vous devinez quoi ! Notre Lilian nationale, elle en a marre des agissements de Blackway, du fait qu’il la suive, qu’il lui ait bousillé sa bagnole et bien d’autres saloperies encore dont je tairai la chose.

Le shérif, ne sachant pas appliquer la loi, lui conseille de s’adresser à ce que je nommerai « une bande de paumés » qui passent leur journée à boire et à bavasser dans le vieux moulin de Whizzer.

Elle s’en ira régler son affaire avec Lester, un vieux qui a dû voir Napoléon perdre à Waterloo – morne plaine – et le jeune Nate qui lui, ne pourra pas revendiquer le surnom de Futé, juste celui de Bison car il est baraqué et sait se battre.

Le trou du cul du Vermont, le caïd local que tout le monde craint, la criminalité tellement apparente qu’elle fait partie du décor, des bars glauques sans vitres, une recherche du fameux Blackway en demandant poliment – oups – à ses acolytes et une vendetta locale qui a tout de l’opération de la dernière chance qui va mal tourner car nos énergumènes n’ont rien de L’agence tous risques.

Cela aurait pu donner quelque chose de super, les ingrédients étant là.

Ajoutons à cela des chapitres qui se mélangent entre le trio qui cherche Blackway et les zozos qui sont restés au moulin, en train de discutailler sur des lieux communs, sur leur patelin, les mœurs de certains, racontant leurs souvenirs embrumés – tout en éclusant des bières –  leurs conversations étant enflammées, humoristiques mais… lourdingues !

Et bien, c’est loupé ce roman ! Certes, j’ai aimé ce portrait peu flatteur de l’Amérique profonde avec ses paumés marginaux, ses sociétés qui n’existent plus car elles ont toutes fermé, sa consanguinité, ses truands…

J’ai aimé l’enquête du trio afin de remonter la piste de Blackway, la visite de la ville m’a enchanté, ses mœurs aussi – même si je n’irai jamais en vacances chez eux – mais j’en reviens à la chose qui m’a énervé prodigieusement : les DIALOGUES !

Leur redite, leur « quoi ? » à tout bout de champs, comme s’ils étaient des crétins congénitaux, ces pages de dialogues courts où, à la fin, je ne savais plus qui parlait, m’a pompé l’énergie et a rendu ma lecture très difficile à certains moments.

Lilian aussi, m’a pompé l’air ! Voilà une femme qui veut qu’on lui résolve son affaire, qui veut trouver Blackway, qui se plaint quand ses deux aidants ne se bagarrent pas et qui s’offusque quand ils le font – à leur manière – et que Lester bousille le genou d’un homme à terre. Hé, oh, tu sais ce que tu veux ??

— Vous saviez à quoi il servirait. On peut pas faire peur à Blackway. Vous le saviez. Vous l’avez dit vous-même. Blackway a pas peur. Il marche pas au bluff. On vous avait prévenue : quand vous commencez avec Blackway, vous devez être prêt à aller jusqu’au bout.

Un roman noir qui manque de corps, de charpente, de dialogues un peu plus travaillés, même si ce sont des bouches de loosers qui les prononcent. Sérieusement, si j’avais été à la table de ces gars là, je me serai levée et j’aurais fichu le camp de suite.

Plus de pages n’auraient pas fait de mal à ce roman ultra court (185 pages) afin de lui donner une meilleure charpente sur laquelle les dialogues de ces piliers de comptoirs auraient pu venir s’arrimer sans faire tanguer tout le récit de par leur courtes phrases et leurs répétitions à gogo.

Étoile 2,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le « Challenge US » chez Noctembule, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (185 pages – 893 pages lues sur le Challenge).

BILAN - Minion tasse dépité - OK

rat-a-week1-copie Mois du Polar - Février - Sharon

Châtié par le feu : Jeffery Deaver

Châtié par le feu - Deaver

Titre : Châtié par le feu

Auteur : Jeffery Deaver
Édition : Ombres Noires (2015)

Résumé :
Hermosillo, Mexique. Alonso Maria Carillo, dit aussi Cuchillo, « le Couteau », jouit d’une réputation de parrain cruel et très efficace. On ne lui connaît qu’un seul vice : une passion pour les livres rares. Il en possède des milliers, qu’il collectionne compulsivement et conserve avec amour.

Aussi, lorsque Carillo est visé par un contrat, les deux hommes chargés de l’assassiner, Evans et Diaz, pensent que ce sera un jeu d’enfant. Un bel autodafé devrait remettre Cuchillo dans le droit chemin.

Biblio romanCritique : 
Voici donc la preuve que l’on peut faire de bonnes nouvelles avec un début, une fin non ouverte et un développement au milieu !

Ceci est la troisième nouvelle écrite sur commande « autour du monde de la littérature » et éditée chez « Ombres Noires » que je lis.

Si « La Cavale de l’Étranger » m’avait déçue sur le fait que l’histoire promettait beaucoup et que le final avait été décevant, ici, ce ne sera pas le cas car nous sommes face à une nouvelle d’une efficacité redoutable !

Court, mais bon, rempli d’interrogations durant toute la lecture : est-ce que Diaz et Evans, les deux hommes chargés de liquider l’homme à la tête du cartel – Alonso Maria Carillo – ne sont pas en train de se tromper de cible ??

Où est le vrai ? Ou est le faux ? Pas de meurtres sanglants, entre ces pages, mais plus un suspense à la Alfred Hitchcock, la musique de « Psychose » en moins. Quoique, vu mon emballement cardiaque, elle devait résonner dans le fond de ma tête.

En peu de pages, tout est dit, tout y est, les personnages sont attachants, travaillés en peu de mots, pas de développements inutiles, pas de fin où on se demande si l’auteur n’est pas en train de se foutre de notre gueule ou a fait face à une pénurie de papier subite pour ne pas avoir mis plus de pages.

Suspense, mystère, interrogations, odeur des livres rares (aah, la bibliothèque d’Alonso Maria Carillo…), vraies ou fausses pistes, adrénaline, tensions palpables, chaleur mexicaine perceptible et jeu de jambes magistral de la part de certains personnages.

— Il fait toujours une chaleur pareille, ici ? demanda P. Z. Evans en plissant les yeux à cause du soleil.
Ses Ray-Ban aux verres teintés ne lui étaient d’aucune utilité.
— Non.
— Heureusement.
— En général, il fait encore plus chaud, répondit Alejo Diaz avec un accent chantant.
— Sans déconner.
C’était le mois de mai et il faisait trente-six degrés. Ils se trouvaient sur Zaragoza Plaza, une place pittoresque où trônaient les statues de deux hommes austères ; des généraux, avait appris Evans. Il y avait aussi une cathédrale.
Et puis ce soleil… brûlant comme une nappe de pétrole en feu.

Excellent ! 128 pages de plaisir pur qu’on referme avec regret car c’est déjà fini.

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le « Challenge US » chez Noctembule, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (128 pages – 708 pages lues sur le Challenge).

BILAN - Coup de coeur

rat-a-week Mois du Polar - Février - Sharon

Un prisonnier modèle : Paul Cleave

Prisonnier modèle, un - Paul Cleave

Titre : Un prisonnier modèle

Auteur : Paul Cleave
Édition : Sonatine (2016)

Résumé :
Joe Middleton s’est tiré une balle dans la tête. Par malheur, il s’est raté et a atterri à l’hôpital, escorté par une horde de policiers qui se demandent déjà s’ils n’auraient pas mieux fait de l’achever discrètement. Peut-être en effet auraient-ils dû.

Un an plus tard, Joe est toujours derrière les barreaux d’un quartier de très haute sécurité, accusé d’une série de meurtres plus horribles les uns que les autres. En attendant son procès, qui doit s’ouvrir quelques jours plus tard, il s’apitoie sur les vicissitudes de sa vie de détenu et tente encore de se faire passer pour un simple d’esprit auprès des différents experts en psychiatrie.

Mais pour ceux qui connaissent mieux Joe sous le nom du Boucher de Christchurch, seule une mort rapide est souhaitable.

À commencer par son ex-complice qui compte bien le faire abattre avant son entrée au tribunal ; Raphael, le père d’une de ses victimes, qui veut plus que tout au monde voir Joe payer ses crimes ; ou encore Carl Schroder, l’ancien policier qui a arrêté le tueur en série…

Critique : 
Quel plaisir de retrouver Joe Middleton, notre fameux Joe-Le-Lent, Boucher de Christchurch de son état.

Non, il ne découpait pas des côtelette à la boucherie Sanzot ! Joe, c’est tout simplement premier serial-killer qui m’avait fait rire.

Ici, on rigole moins… Joe est en prison – c’est sa place – et il n’a pas changé d’un iota : il pense toujours qu’il peut berner les gens, que lui seul a des droits et qu’on ne les respecte pas, que tout ceci est une erreur et qu’il va sortir libre de la prison avec sa ligne de défense imparable qui est « Je ne se souviens de rien ».

C’est bien connu, en prison, il n’y a que des innocents et niveau mauvaise foi royale, Joe n’est pas le seul champion du monde, la concurrence est rude avec Kenny-Le-Père-Noël.

— C’est dingue les trucs qui nous font paraître coupables, lui dis-je. Merde, le fait que tu te sois fait prendre dans une bagnole volée en costume de Père Noël avec un gamin enfermé dans le coffre, ça veut rien dire.
— Exactement, convient Kenny.
— Et le fait que c’était en avril n’a pas aidé. Ça t’a fait sortir du lot.
— Exactement. Alors quoi, c’est un crime maintenant de porter un costume de Père Noël à Pâques ?
— Ça devrait pas l’être. Tu crois que c’est un crime d’être déguisé en lapin de Pâques à Noël ?
— Et comment je pouvais savoir que ce gosse était dans le coffre ?
— Tu pouvais pas.
— Et je volais pas la bagnole, je croyais que c’était la mienne. Elle ressemblait à la mienne. Et il faisait noir. L’erreur est humaine.
— Les choses paraissent différentes dans le noir, dis-je.
— C’est ce que je veux dire. Ce gamin, il croit que c’est moi qui l’ai enlevé, mais comment il pourrait le savoir vu que je lui avais bandé les yeux ?
— Très juste. 

Surprise je fus lorsque j’appris qu’on avait écrit une suite de « Un employé modèle ». Que pouvait-on dire de plus ? N’allait-on pas tourner en rond et perdre le bénéfice d’une super lecture lors du premier opus ?

Vu les critiques élogieuses de mes potes blogueurs, j’ai ouvert le roman confiante, mais méfiante tout de même… Joe-Le-Lent aurait pu les payer pour qu’ils vantent la suite des ses aventures. Mdr

La suite est tout simplement jubilatoire, comme la première, mais dans un tout autre registre.

Paul Cleave a toujours une plume remplie d’humour noir et de cynisme.

Le roman, lui, est composé d’une recette imparable qui comprend : du suspense, du mystère, des bons mots, des situations cocasses, des rebondissements, des changements de narrateurs, une pincée de roman noir, du social, des embrouilles,…

Quant aux personnages, ils sont travaillés, on les connait, on a suivi leur parcours, ils ont leur force, leurs faiblesses. Pas de dichotomie entre les bons et les méchants, personne n’étant tout blanc ou tout noir. Quant à la mère de Joe, elle mérite l’Oscar du personnage le plus à l’Ouest !

Sans oublier que dans tous les romans de Paul Cleave interagissent entre eux, les personnages de l’un se retrouvant cité dans un autre, ou passant faire un petit coucou dans un autre… C’est une véritable toile d’araignée où tout se tient à merveille.

Il n’est pas nécessaire de les avoir tous lus pour comprendre, mais cela ajoute du piment pour le lecteur qui l’a fait, bien que ma mémoire passoire m’ait fait oublier des tas de petits détails.

Un employé Modèle possédait SA scène culte (dans le parc), les hommes doivent s’en souvenir, de cette perte horrible. Et bien, la suite en possède une autre qui m’a donné envie de vomir tout mon quatre heures et mon midi aussi. Beurk !

Les gardiens de prison sont forts devant un Joe emprisonné, mais ils feraient moins les mariolles et les durs devant un Joe en liberté ! Mais bon, ça risque pas.

« Bon appétit », me lance Adam, ce qui, je suppose, signifie Va te faire foutre en latin.
Je déballe le sandwich et ouvre le pain. Il y a des poils pubiens entre une tranche de fromage et une tranche de viande, suffisamment pour tricoter un pull à une souris – ce qui est ironique, car la dernière fois qu’Adam m’a apporté un sandwich, il y avait une souris crevée dedans. Je le remballe et veux le rendre à Adam, qui ne le prend pas.
« C’est soit ça, Middleton, soit tu crèves la dalle.
— Alors je crèverai la dalle. »
De la même manière que j’ai crevé la dalle après le sandwich au Mickey.

Une chose m’a fait réfléchir avec le comportement des gardiens de prisons et de certains flics…

A-t-on le droit de rabaisser un prisonnier accusé de multiples meurtres en lui faisant des saloperies ? Ne se met-on pas à son niveau en faisant cela ? Les flics auraient-ils bien fait s’ils avaient descendu Joe par « accident » lors d’une fausse tentative d’évasion ? S’ils l’avaient fait, cela aurait évité bien des drames.

Mais si on cautionne ce genre de comportements, n’est-ce pas la porte ouverte à tout et n’importe quoi, dont la déshumanisation de ceux qui se doivent d’être droit ? Vaste débat.

Une suite aussi jubilatoire que le premier tome, mais dans un registre différent, des retournements de situation, des chocs pour le lecteur, du suspense, du rire, de la peur, des petites subtilités, des questions que l’on se posera, pas de jugements, une intrigue complexe, de haut-vol, un puzzle dont les pièces se mettront en place lentement mais sûrement et des personnages qu’on prend plaisir à retrouver.

Un conseil : ne faites jamais confiance à Joe-Le-Lent… Ni à Mélissa X ! Mais plongez sans crainte dans cette suite délectable que le beau Paul Cleave nous a rédigé de sa petite plume acérée et jouissive.

J’ai un jour donné un coup de pied dans les couilles à un sans-abri et menacé de lui foutre le feu dans cette rue – même si, évidemment, je plaisantais. Je ne suis pas sûr qu’il ait saisi la plaisanterie – c’est le problème avec les gens, ils ne comprennent pas l’ironie.

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (565 pages – xxx pages lues sur le Challenge).

Mois du Polar - Février - Sharon

L’homme qui n’aimait pas les armes à feu – T1 – Chili con carnage : Lupano & Salomone

Titre : Chili con carnage – L’homme qui n’aimait pas les armes à feu 1

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Paul Salomone

Édition : Delcourt – Conquistador (2011)

Résumé :
Début du XXe siècle, Arizona… Maître Byron Peck, citoyen britannique et avocat d’affaires, escorté de son acolyte, l’effrayant Monsieur Hoggaard, parcourt le désert de pierre aride et brûlant en quête d’un mystérieux papier qui pourrait changer le cours de l’histoire des Etats-Unis d’Amérique à jamais.

Dans le même but, la dangereuse Margot de Garine s’associe à une bande de mexicains sans foi ni loi… Et ils seront sans pitié !

Critique : 
C’est dans le mensuel « Lanfeust Mag » que j’avais découvert cette série, au moment où le catalogue Delcourt était venu s’additionner à celui des Éditions Soleil (ou le contraire) et que le tome 2 avait été publié dans mon mensuel préféré.

Le fait d’avoir, à l’époque, commencé par le tome 2, m’a gâché la surprise lorsque j’eus enfin la possibilité – il y a quelques jours – de découvrir les premières images du 1…

Ben oui, je savais pourquoi ce grand échalas de maître Byron Peck – un gentleman anglais, avocat aux États-Unis – sapé comme un prince, cheveu gominé et moustache fine se promenait dans un chariot aux côtés d’un colosse norvégien et je savais aussi pourquoi cette force de la nature ne s’exprimait plus que par geignements ou borborygmes (Knut Hoggaard).

Plus de mystères pour moi en ce qui concerne les documents importants, hélas… Trop de savoir tue le mystère…

Ceci étant dit, pour le lecteur qui découvre pour la première fois ce western déjanté, tout le mystère de la chose lui sera hermétique et il découvrira au fil des pages une partie de ce qui s’est passé avant tout cela !

Byron Peck est un avocat sans scrupules… même s’il s’est un peu assagi, il ne s’embarrassera pas de balancer le cadavre d’un hors-la-loi hors du chariot. Le tout avec des dialogues bourré d’humour noir et de cynisme.

— Décidément, ces hors-la-loi sont bien tous les mêmes. Pour dévaliser les banques et tuer des innocents, ils ont la forme. Mais dès qu’il s’agit de faire quelques kilomètres dans le désert avec une balle dans le ventre, il n’ y a plus personne.

— Oh, je sais bien ce que vous pensez, Monsieur Hoggaard. Et vous avez raison : à présent qu’il est mort, il n’y a plus qu’à espérer que ses informations étaient bonnes. De toute façon, nous ne sommes plus très loin. Nous serons bientôt fixés. Et si d’aventure l’homme a menti, nous pourrons toujours repasser par ici pour manquer de respect à son cadavre. Par principe.

Quant à son acolyte, il a tout de l’homme de Néandertal mal dégrossi et passe son temps à hurler son fameux « Lha soloop! ».

— Avant son « accident », Monsieur Hoggaard, c’était un garçon étonnant : une sorte de viking hirsute et rugueux, éructant sa joie de vivre, et qui ne dessoulait jamais… Une force de la nature ! Et un humour, avec ça ! Irrésistible ! Tiens, un jour, à Los Angeles, un passant lui demande le plus court chemin pour se rendre au cimetière. Eh bien, Monsieur Hoggaard l’a poussé aussi sec sous les roues d’un attelage !

Espionnant une hacienda remplie de bandits mexicains où Margot de Garine, une belle dame vient de débarquer, nos amis vont se retrouver dans des situations pas possibles pour notre plus grand plaisir.

Le tout sera de ne pas se faire descendre… Et de retrouver ces fichus documents hyper importants !

— Nous sommes d’incorrigibles bons vivants, monsieur Hoggaard. D’ailleurs, l’expérience a prouvé que nous faisons de mauvais morts.

Beaucoup d’humour dans cette bédé qui a tout du western classique au départ avec les ingrédients habituels : un duo improbable, un jeune premier naïf (Tom Bishop) totalement in love d’une femme fatale, une poignée de bandits mexicains, une attaque de train, un navajo un peu demeuré et un document secret dont je ne vous dirai rien de plus, juste que la nation en dépend !

Avec tous ces ingrédients classiques du western et d’une enquête privée, l’auteur y ajoute un sérieux grain de folie, d’humour, de déjanté, de fraicheur, de mystère, de bons mots, de cynisme, une belle plante et une leçon pour se pays où tout le monde a le droit d’être armé.

Je tiens à remercier la chambre des représentants de l’État du Texas qui, au moment où ce livre part à l’impression, vient d’autoriser le port d’armes à feu sur les campus universitaires.
Voilà les tueurs de campus bien attrapés : ils vont devoir se rabattre sur les écoles primaires pour faire des carnages.
On autorisera donc le port d’arme à l’école primaire. Les tueurs devront alors s’en prendre aux crèches.
Qu’à cela ne tienne, on armera les assistantes maternelles et les enfants en bas âge.
Etc etc.

Un pari osé de nous sortir un western aussi déjanté mais le pari est réussi car jamais ils n’ont sombré dans le lourd ou le grotesque, ni au niveau du scénario, ni au niveau des dessins qui ne manquent jamais de tons chauds.

C’est fin, très fin et ça se mange sans faim.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, Le « Challenge US » chez Noctembule, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (48 pages – 4477 pages lues sur le Challenge).

CHALLENGE - Il était une fois dans l'ouest - BY Cannibal LecteurMois du Polar - Février - Sharon