Dreamcatcher : Stephen King [Défi CannibElphique]

Titre : Dreamcatcher

Auteur : Stephen King
Édition : Albin Michel (2001) / Le Livre de Poche (2003 – 2008)
Édition Originale : Dreamcatcher (2001)
Traducteur : William Olivier Desmond

Résumé :
Quatre amis se retrouvent annuellement pour une partie de chasse dans une forêt du Maine. Elle fut jadis leur terrain d’aventures, en compagnie de Duddits, l’enfant mongolien qu’ils avaient adopté comme un petit frère.

Et le théâtre, aussi, d’événements qu’ils se sont efforcés d’oublier.

Mais les mystères ressurgissent, sous la forme de présences étranges et menaçantes que l’armée a entrepris de surveiller de près.

Au point de vouloir éliminer tous ceux qui ont pu être au contact de la chose…

Critique :
♫ Pleased to meet you ♪ Hope you guess my name ♪ But what’s puzzling you ♫ Is the nature of my game ♪

Vous souvenez-vous Chevauchée des Walkyries de Wagner qui sortait plein-tubes des hauts-parleurs des hélicos dans le film Apocalypse Now ?

Repassez-vous cette scène et remplacez Wagner par les Stones avec leur magnifique « Sympathy for the devil » et remplacez les vietnamiens par des petits hommes gris !

Oui, des aliens, vous ne rêvez pas.

Aliens, qui, au lieu de sortir par votre ventre, comme dans le film, sortiront par votre trou du cul ! Là, j’en vois certain penser que des tas d’hommes politiques et banquiers ont dû sortir par le même chemin…

Mais je m’égare ! Alien en version anale, disais-je… Prévoyez les masques à gaz, les pets dans ce roman sont, paraît-il, super puant, genre pet de l’enfer. Multipliez votre plus horrible pet par 100 et vous aurez sans doute un aperçu de ce que furent ceux de certains personnages…

Le King a osé, le King a joué avec le feu (dangereux avec les pets) car dans ce roman fantastique, il mélange allégrement du X-Filles, du Alien de Ridley Scott, du Apocalypse Now de Coppola, nous avons même le fameux Kurtz, saupoudre avec du The Thing et de La Guerre des mondes, le tout assaisonné de trucs de survivalistes sans oublier les bons vieux codes du thriller et de l’épouvante.

Kurtz est intelligent, Kurtz est courageux, mais Kurtz est aussi le primate le plus barjot de la jungle. Pour dire : il répugne à Brodsky de marcher là où s’est posée l’ombre de Kurtz.

Perlmutter avait lu Au Cœur des ténèbres, avait vu Apocalypse Now et s’était souvent dit que le nom de Kurtz lui allait un peu trop bien. Il aurait parié cent dollars (une grosse somme pour un gars du spectacle aussi intermittent) que le nom du patron était Arthur Holsapple ou Dagwood Elgart, voire même Paddy Maloney. Mais Kurtz ? Peu probable. C’était presque à coup sûr par ostentation, par comédie, comme le colt-45 à crosse de nacre du général Patton.

Deux doigts de Patton, un de Raspoutine, ajoutez de l’eau, remuez et servez.

Une fois de plus, nous avons 4 amis qui se connaissent depuis l’enfance et qui sont devenus adultes, des trentenaires. Jonesy, Beaver, Henry et Pete, originaires du Maine, comme par hasard.

Le King nous les décrit, nous raconte leurs déboires et leur réunion annuelle dans un chalet en forêt pour chasser. Comme d’habitude, avec lui, on a l’impression d’être avec eux, de faire partie intégrante de leur bande.

Le récit ne se présente pas de façon linéaire mais est agrémenté de nombreux flash-back de leur enfance, de leur rencontre avec Duddits, un enfant mongolien, le tout mélangé dans le récit de ce qu’il se passe au chalet, durant leur semaine de congé et de retrouvailles, le tout agrémenté de passages avec d’autres personnages.

Effectivement, il y a quelques longueurs… Mais il y a aussi un concentré d’émotions dans leur rencontre avec Duddits à tel point que j’ai dû faire une pause dans mon récit afin de reprendre pied, tellement elle m’avait émue.

Ce pavé de 890 pages divisera sans doute les fans du King, il l’a sans doute fait, mais comme ma binômette de LC et moi arrivons après la bataille, je ne fais que supputer et déduire, n’ayant pas suivi les débats de l’époque.

Malgré les longueurs, j’ai été happée par le roman, pourtant, le coup des hommes gris aurait dû me faire fuir, moi qui ne suis pas trop pour ce genre littéraire. J’ai apprécié les personnages de la bande de Derry, j’ai vibré et hurlé avec eux, je les ai enjoints de courir plus vite, de fuir, pauvres fous…

Le King a un don et une fois de plus, il l’a mis au service de son roman, de ses lecteurs, parce que je ferai partie des gens qui l’ont apprécié car le King ne fait jamais que d’amplifier notre peur de l’Autre, qu’il soit du fin fond de l’espace, de son propre pays (Indiens), du pays voisin (♪ Mexicooooo ♫) ou d’un pays plus lointain.

Bon, d’accord, ces visiteurs-ci vous élargissent votre trou du cul de 30cm… ça donne d’excellentes raisons de les dézinguer… En plus, les créatures ressemblent à des Belettes ou à des fouines et c’est des sales bêtes, ça !

La chose ressemblait à une belette ou une fouine qui aurait eu les pattes amputées et une queue très longue, ensanglantée, qui faisait l’effet d’un cordon ombilical. 

Sur son épaule, telle quelque hideuse mascotte, se tient une sorte de belette sans pattes avec des yeux noirs énormes. Sa queue (mais c’est peut-être un tentacule) s’enroule autour du cou de l’homme.

Anybref, le King joue avec nos peurs primales, nous balance de l’épouvante et du sang à la figure, le tout sous le regard de l’armée qui ne dit pas son nom, d’une armée qui n’a pas les mains exempte de sang.

La vue de citoyens américains enfermés derrière des barbelés, apparemment, ne faisait qu’ajouter à l’inquiétude du troisième cuistot.

— Vous  devez sans  doute plaisanter », dit le gros bonhomme avant d’ajouter, d’un ton presque indulgent : « Nous sommes en Amérique, tout de même ».
— Ah bon ? Vous trouvez qu’on observe quelque chose qui ressemble à une procédure légale, vous ?

— Quel coup monté ?
— C’est une magnifique histoire, Owen.  Comme dans tous les bons mensonges, elle intègre de grands pans de vérité.

Ce roman, écrit juste après son grave accident, ne fera pas partie de mes préférés, mais j’ai pris plaisir à le lire, même si j’ai survolé des paragraphes ou des chapitres entiers car ça digressait grave.

D’ailleurs, ne disait-on pas que les psychiatres finissaient par devenir aussi cinglés que leurs patients, sinon davantage ? 

Une fois de plus, le King frappe sous la ceinture de l’Amérique et le fait bien.

— […] Ce ne sera pas la pire mission à laquelle j’aurais participé, on s’est fait huit cents personnes à Haïti en une heure… c’était en 1989, et j’en rêve encore… mais cette fois-ci, c’est pire. Et de beaucoup. Parce que tous ces pauvres diables enfermés dans la grange, l’écurie et le corral… ce sont des Américains. Des types qui roulent en Chevrolet, font leurs courses au Kmart, et ne ratent jamais un épisode d’Urgences. L’idée d’abattre des Américains, de massacrer des Américains… ça me retourne l’estomac. Je ne le ferai que parce qu’il faut le faire si l’on veut régler cette affaire, et parce que n’importe comment la plupart d’entre eux mourraient, et de manière horrible en plus. Pigé ?

Si je l’aide à faire ça, peu importe que ce soit moi qui appuie ou non sur la détente, je serai maudit, maudit comme le type qui faisait entrer les Juifs dans les douches de Bergen-Belsen.

On l’aimera ou pas, ce roman…

PS : En ce qui concerne ma binômette de LC, la fée Stelphique, pas de chronique car la pauvre n’est pas arrivée à bout de ce pavé. Non pas qu’elle ne l’a pas aimé (même si elle a trouvé des longueurs à certains moments), mais le fait de devoir poser le roman pour en lire d’autres (les impératifs des SP), parce qu’on a la crève ou parce qu’on n’a plus envie, le rend encore plus long et je peux comprendre qu’ensuite, on n’en ait plus envie du tout. Je poste donc seule et ce 7 novembre, un roman que j’ai terminé depuis le 29 septembre (j’avais posté la chronique sur mon site pour qu’il compte dans deux challenges de septembre)…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°4 – La Vallée de la Peur – lire un livre du genre « Horreur »), Le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018) et Le Challenge « Pavé de l’été 2018 » chez Sur Mes Brizées (890 pages).

 

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Dies irae – Les larmes de sang : Marie Nocenti

Titre : Dies irae – Les larmes de sang

Auteur : Marie Nocenti
Édition : IS (24/08/2018)

Résumé :
Le 29 décembre 1890, le massacre des Sioux à Wounded Knee marque la fin des guerres indiennes.

De passage dans la région, John Parker va faire une rencontre qui va bouleverser sa vie. Malgré les préjugés, il épouse une Indienne et deux enfants naîtront de cette union heureuse.

Mais en cette fin du dix-neuvième siècle, ceux qui osent se mélanger sont encore l’objet de la haine et de l’incompréhension.

Leur bonheur bascule brutalement dans l’horreur quand sa femme est retrouvée morte. Ses assassins ne seront jamais retrouvés.

Devenus adultes, la vie des enfants de John sombre à nouveau dans la violence quand le destin met sur leur chemin les meurtriers de leur mère.

Déchirés entre deux cultures, rejetés par leurs peuples respectifs, ces jeunes métis, ni blancs ni indiens, vont devoir se battre contre les préjugés pour faire triompher la justice et trouver leur place dans la société.

Critique :
Émotions… C’est le mot qui me vient à l’esprit pour résumer ce roman qui m’a emporté très loin (non, je ne fais pas de la pub pour le blog Émotions de Yvan).

Dies iræ… Jour de colère en latin, pour ceux qui n’auraient pas fait leurs classes du temps de César.

Il est normal que le jour de colère nous donne des émotions en plein dans le cœur.

Colère devant le massacre de Wounded Knee, dont nous n’en saurons pas plus dans le roman, puisqu’il commence juste après, par la rencontre entre un Blanc avec plus de plomb dans la cervelle et d’empathie pour les Indiens que la plupart de ses semblables et une jeune Indienne au caractère fort et intrépide.

Émotions pour ces deux personnes que tout oppose mais qui, pourtant, finiront pas s’aimer et faire des enfants. Deux cultures que tout oppose, deux peuples aussi dissemblable que possible et qui, pourtant, arrivent à trouver un terrain d’entente puisque chacun fit des efforts pour l’autre.

Colère devant ces deux gosses qui n’arriveront jamais à trouver leur place au sein des autres, leur double culture faisant d’eux des parias, puisqu’ils n’appartiendront jamais entièrement à l’une ou à l’autre.

Colère devant le comportement de certains Hommes Blancs, ce qui donnera une multitude d’Émotions lors d’une scène particulièrement horrible et émouvante.

D’ailleurs, je porte plainte pour la police d’écriture un peu trop petite et qui est devenue illisible suite à l’arrivée d’eau dans mes yeux à cause d’une scène trop éprouvante et trop émouvante.

Voilà un roman, qui, comme les deux peuples opposés que sont les Blancs et les Indiens et les enfants nés de ces unions, va jouer sur l’ambiguïté des émotions, nous faisant passer de scènes plus tendres, plus douces, à celles plus violentes, plus dures, nous donnant une lecture qui, sans cesse, mêlera toutes ses sensations, pour mon plus grand plaisir.

J’aime quand un auteur sort le meilleur de sa plume, quand il m’accroche avec ses phrases, ses métaphores, ses descriptions de paysages ou ses conditions météorologiques qui, comme les Hommes sur ces Terres et à cette époque, ne sont jamais tendre.

Dès la première phrase, l’auteure m’a happée, m’emportant direct dans son histoire, dont les premières pages étaient jonchées des cadavres Indiens ensevelis dans la neige, me faisant vibrer avec ses personnages du ranch Parker, tous bien calibrés, détaillés, sans en faire trop.

Bref, le genre de personnes que l’on aurait envie de croiser dans la réalité et pas seulement dans un roman.

Un roman western différent des autres, un roman magnifique, qui emporte son lecteur dès les premières paroles et l’entraine dans vingt années qui, malheureusement, passeront trop vite.

Un récit bouleversant par moment, émouvant par d’autres, tendre, dur, violent, âpre, car vous le savez, dès qu’il y a la présence des Hommes, la dualité est là aussi : ils peuvent faire du bien, mais aussi le mal, entrainant par là même une dualité dans nos ressentis : colère ou apaisement.

Un roman que j’ai pris plaisir à dévorer, un roman dont on sent bien que l’auteure s’est documentée pour coller au plus juste dans les rites Indiens (Sioux) et dans l’Histoire de cette époque, lui donnant un réalisme qui a ajouté du plaisir à la lecture.

Un roman qui a été trop court, une fois de plus et dont les mots me manquent pour en parler mieux : putain, qu’est-ce qu’il était bon, ce roman.

Je remercie les Éditions IS pour l’envoi de ce roman car ils ont déposé un bol de crème devant un chat affamé de ce genre de mets littéraire.

Les indiens peuvent vivre dans la pauvreté, mais une pauvreté digne, pas dans cette misère dégradante, humiliante qu’ils subissent au quotidien. Il reste tant de chose à faire, tant de combats à mener pour retrouver l’honneur et la dignité qui vont de pair avec de bonnes conditions de vie.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (392 pages).

 

Mais qui êtes-vous M. DB Cooper ? Le premier hold-up aérien de l’histoire : Jon Marcello

Titre : DMais qui êtes-vous Mr D.B Cooper ? Le premier hold-up aérien de l’histoire

Auteur : Jon Marcello
Édition : Independently published (2018)

Résumé :
D. B. Cooper, en 1971, réussit le premier braquage aérien de l’histoire des Etats-Unis et probablement du monde. De plus, Cooper a réussi le crime parfait, car derrière ce pseudo, le vrai coupable et la cagnotte courent toujours.

Jon Marcello, sur la base des renseignements à disposition sur D. B. Cooper a écrit un roman mettant en scène les motivations, la préparation et la réalisation d’un des casses les plus fameux de l’histoire de la criminalité.

Fait exceptionnel, le FBI, devant l’impossibilité de boucler l’enquête a fini par s’associer, pour les aider, avec des civils passionnés par cette affaire.

D. B. Cooper est aux USA une figure de légende, des passionnés fêtent le Cooper’s day.

Un crime parfait, un mode opératoire inédit, le magot toujours dans la nature, une trame passionnante pour un roman.

Critique :
Loin du battage médiatique de la rentrée littéraire de septembre 2018, je vais vous parler d’un roman tout récemment publié, qui sortira – hélas – sans tambours ni trompettes car noyé dans la masse des têtes de gondole à Venise…

Pourtant, il mériterait aussi de recevoir les acclamations de la foule en délire car, pour un premier roman, le style est affûté, drôle et bien plaisant à lire.

De plus, ce roman qui se présente en deux parties est court et se lit sur une après-midi pluvieuse, d’une seule traite, avec un petit sourire aux lèvres et le coeur tambourinant.

La plume de Jon Marcello, je la connais bien, je pourrais même dire que je l’ai souvent lue et qu’elle a toujours réussi à me chatouiller (en tout bien tout honneur, bien entendu), à me faire rire ou à m’émouvoir. Jean-Louis, si tu nous lis… (private joke)

De plus, il m’a fait l’insigne honneur de me nommer « préfaceuse » de son roman ! Non, le mot n’existe pas encore, mais Robert Larousse m’a promis de l’ajouter en fin d’année.

Exercice toujours périlleux que de critiquer le roman d’un gars que l’on « connaît », que l’on préface, avec qui on a fait une grande croisière sur le Pacific Princess et qui, en se tortillant, vous fait fait sa demande de préface pour son nouveau bouquin sur Dan Cooper (réécriture de la première partie et ajout de la seconde).

Avant ce roman, pour moi, Dan Cooper, c’était un pilote canadien, un héros de bande dessinée sous le scénario et la plume de Albert Weinberg. Point barre.

Un homme, en 1971, pris le pseudo de Dan Cooper pour braquer un Boeing 727, à cette époque bénie où l’on montait dans des avions comme on prend un ascenseur : pas de fouille des bagages, pas de papiers d’identité, bourbon servi dans l’avion… Le bonheur, quoi.

L’auteur s’est donc piqué au jeu de donner une identité et un passé à ce cambrioleur magnifique, cet Arsène Lupin qui déroba 200.000$ et qui court toujours puisque personne ne sut jamais qui il était.

Dans quelle société vivons-nous ? pensa Silver. Une civilisation qui ne soigne que les riches, les pauvres ont seulement le droit de souffrir et de mourir en silence. La sélection naturelle est toujours en marche.

Sans exagérer, sans en faire des tonnes, l’auteur nous plante le décor de sa vie, avec humour, avec toute sa verve (oups) et ses érections matinales (celle de Silver/Cooper, par celles de l’auteur – enfin, j’espère).

[…] une forte érection gênait ses mouvements. Jamais de caleçon pour dormir et contenir ce qu’il appelait la fierté de sa journée. Dormir nu était une habitude qu’il avait conservée. Il appréciait, au petit matin, sentir sa puissance de mâle s’épanouir.

C’est frais, envolé, ça se lit tout seul et on se prend au jeu de Silver/Cooper qui monte son plan de manière minutieuse, sérieuse, sans rien laisser au hasard, mentant aussi sa femme afin qu’elle ne se rende compte de rien.

Un parachutiste expérimenté peut sauter à 150 nœuds (env. 275 km/h). (Je ne sais pas vous, mais les renvois en bas de page, ou pire en fin de livre, m’ont toujours ennuyé. Alors, pour une fois je peux les voir où je veux… bise) Retour à l’action…

Voilà donc un court roman qui non seulement a fait que je me suis couchée moins bête au soir mais qui, en plus, m’a diverti à tel point que je ne l’ai pas lâché, même pour aller me faire un café (dans sa première partie) ! Après, il me fallait du café pour calmer mon rythme de lecture effréné.

Pourtant, le suspense était illusoire puisque la préface de l’auteur nous expliquait en peu de mot que le casse avait été réussi. Malgré tout, j’ai dévoré cette première partie comme une affamée.

L’écriture est agréable et le roman possède des personnages intéressants, dont un  principal, Silver/Dan Cooper qui est réaliste, attachant, intelligent et qui avait pensé à tout sauf à l’après hold-up : comment dépenser l’argent du butin quand les billets ont été marqués ?

Là, il lui faudra descendre dans les bas-fonds new-yorkais et la seconde partie du roman fera la part belle à l’après-casse et à cette recherche de comment blanchir cet argent sale.

À l’instar d’Heisenberg dans « Breaking bad », il est plus facile de fabriquer de la meth ou de réclamer une rançon de 200.000$ que de blanchir son argent.

Là aussi, niveau suspense, j’ai été servie et mon petit coeur a battu tant l’auteur a bien réussi à gérer et à distiller avec harmonie cette angoisse du lecteur qui voit Silver/Cooper tenter le tout pour le tout afin de blanchir l’argent de son vol audacieux.

Certes, ce roman ne sera pas le prochain Goncourt, ni le roman de l’année, mais pour un premier roman dont l’auteur a été poussé par ses petits camarades de galère à prendre la plume, je trouve que ce n’est déjà pas si mal !

On a édité des daubes, on en a vendu des tonnes (hélas) alors que son roman, qui est plus que correct, mériterait plus de lumière car il en vaut la peine. Un essai réussi pour lui.

Disponible sur Amazon ou au bar à mojitos du coin.

PS : L’auteur m’a promis, en tant que préfaceuse de cette œuvre, que je recevrais 200.000$ à chaque commande de son roman. Donc, lâchez-vous !

3,80/5 Sherlock

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Amityville – La maison du diable : Jay Anson

Titre : Amityville – La maison du diable

Auteur : Jay Anson
Edition : France loisirs (1979)
Édition Originale : The amityville horror (1979)
Traducteur : Jacques de Roussan

Résumé :
Amityville, banlieue de New York, 13 novembre 1974. Dans une maison bourgeoise, un jeune homme, dans un accès de démence, tue à coups de fusil ses parents, ses frères et ses sœurs.

À son procès, il affirme avoir été possédé par une voix qui lui a ordonné de tuer.

Quelque temps plus tard, cette maison est mise en vente à un prix défiant toute concurrence.

La famille Lutz l’achète malgré la tragédie qui s’y est déroulée. Ils n’y resteront que vingt-huit jours.

Petit plus : Pour en savoir plus sur cette maison, voici quelques sites.

Critique :
Quand une connaissance m’avait demandé si j’avais déjà lu « Amityville, la maison du diable », qui parlait d’une maison hantée et que les faits étaient véridiques, j’avais éclaté de rire.

Encore un truc débile pour faire vendre des livres…m’entendais-je encore dire, alors que je tremblais en lisant le livre.

J’avais 16 ans à tout casser. Un peu plus, mais guère moins… Oui, ça fait un sacré bail, je vous en conviens.

Ah ça, on peut dire que c’était une connaissance qui ne me voulait pas que du bien, en me prêtant son livre.

Foutredieu, j’ai claqué des dents, vérifié que ma porte était bien fermée, sursauté au moindre craquement du parquet (parquet en bois dans les chambres, quand j’habitais chez mes parents),… La trouille, je vous le dis !

Surtout que, si ce truc est une arnaque, elle est bien faite puisque, en avant propos du livre (où en annexe, je sais plus) on vous explique que tout cela est vrai…

Stephen King fut responsable de quelques uns de mes tremblements… Mais ce qui ressemblait à la maladie de Parkinson, point de vue tremblement, c’est ce fichu livre qui me l’a donné !

J’aurais bien fait comme Joey, dans la série « Friends » qui avait mis un livre qui lui fichait la trouille dans le congélateur (« Shinning », de King)… Mais Friends n’existait pas encore… Sinon, j’aurais fait pareil !

Âmes sensibles, cardiaques, abstenez-vous de la lecture de ce livre. Sinon, je vous garantis que vous allez trembler et défaillir lors de votre lecture.

Même adulte, j’oserais plus le relire… ce qui est dommage, parce que c’était bien, l’histoire. Brrr… j’en frissonne encore.

 

L’Arbre-Monde : Richard Powers

Titre : L’Arbre-Monde

Auteur : Richard Powers
Édition : Le Cherche Midi (06/09/2018)
Édition Originale : The Overstory
Traducteur : Serge Chauvin

Résumé :
Dans ce nouveau roman, Richard Powers embrasse un sujet de la nature et de nos liens avec elle.

Les destins des protagonistes de ce récit (un psychologue, un étudiant, un concepteur de jeux électroniques, un photographe amateur, une botaniste visionnaire) s’entrelacent autour de ce qui est peut-être le premier et le dernier mystère du monde : la communication entre les arbres. Richard Powers explore le drame écologique et notre lente noyade dans le cyber world, et nous rappelle que sans la nature notre culture n’est que ruine de l’âme.

« Le roman le plus excitant que vous lirez sur les arbres. Ce roman ambitieux s’élève au-dessus de la canopée de la littérature américaine et redessine le paysage de la fiction environnementale. » The Washington Post

Critique :
Cela vous est déjà arrivé de terminer une lecture groggy à cause des multiples informations que vous y avez glanées ?

Remplie d’émotions en tout genre dont vous ne saviez pas trop quoi en faire tant l’analyse était difficile ?

Prise entre deux sentiments car vous aviez aimé une grande partie du roman tout en trouvant certains passages trop longs ?

C’est ce qui vient de m’arriver avec ce roman que j’ai reçu juste après mon inscription sur Net Galley : ma première demande en tant que petite nouvelle fut acceptée directe…

Ce roman, je ne vais pas vous le détailler mais plutôt vous donner mes impressions de lecture, ce que j’ai ressenti durant ma prise de contact avec ce roman dont je ne savais pas grand-chose, si ce n’est qu’il était plébiscité par la blogosphère.

La première histoire que je découvris me fit découvrir les multiples vies qui se déroulèrent autour d’un arbre : un châtaignier. Comme un film… des images passées au rythme de 24 par seconde.

Au départ, les images se succèdent à leur rythme et puis, tout à coup, on assiste à un défilement rapide de la vie des personnages et de l’Amérique, avant de revenir à un rythme normal. Pantelante, je fus, pour la première histoire, la meilleure, à mon sens.

Si la première histoire m’a embarqué de suite et les autres aussi, sans même que je m’en rende compte, j’étais ailleurs, plongée dans des récits aussi disparates que différents, mais avec un fil rouge : les arbres.

D’ailleurs, une des couvertures du roman en V.O illustre bien ces différentes nouvelles avec tout ces morceaux d’arbres superposés afin de n’en former qu’un seul…

Et, comme tous ces arbres, les histoires sont toutes différentes l’une des autres, jamais je n’ai pu deviner sur quelle sorte de récit j’allais tomber ni où il allait m’emmener.

La première partie du roman, intitulée « Racines », pourrait être parfait à côté de votre lit, afin de lire une « nouvelle » chaque soir, avant de s’endormir.

Cela permettrait de découvrir, à son rythme, ces différents personnages aussi disparates l’un de l’autre, avant de les quitter pour mieux les retrouver dans la deuxième partie, « Tronc » où ils vont interagir tous ensemble, toujours sur le fil rouge des arbres, de leur protection.

Là, on se rend compte que ce que l’on pensait être des récits différents sont en fait les racines d’un tronc commun, ou chacun sera les branches reliées à l’arbre.

L’étonnement fut au rendez-vous. Non seulement j’ai été enchanté de revoir certains personnages (que je pensais avoir quitté à tout jamais) mais je fus aussi émerveillée de les voir évoluer, changer, profondément.

Ce fut une réelle délectation, sans compter que j’ai appris une foultitude de choses sur les arbres et je me suis couchée moins bête au soir (dommage que j’oublie !) et que depuis, je ne regarderai plus les arbres de la même manière.

Je me suis crispée chaque fois que je lisais qu’on abattait des arbres… Je ne sais pas pour vous, mais moi, voir un arbre tomber, ça me fait le même effet qu’à Idefix (le chien d’Obélix pour les cancres du fond qui n’écoutent pas) : je hurle à la mort ! Dans le flot de mes émotions, la rage a tenu sa part du lion.

Le respect aussi a fait partie de mon ressenti car sans contestation aucune, l’auteur a potassé son sujet et la somme des informations récoltées à de quoi vous faire un bourrage de crâne tant il faut ensuite prendre du recul et du repos afin de tout analyser, emmagasiner, assimiler, régurgiter…

Les personnages sont attachants, émouvants, ils évoluent, grandissent, vieillissent et c’est toujours un bonheur de voir ce qu’ils deviennent au fil des pages.

Mon seul bémol sera pour la longueur du roman car à un moment donné, j’ai un peu décroché, surtout dans la dernière partie, « Cime » ou j’avoue avoir sauté certains paragraphes.

Ce qui est dommage car si le départ était génial, la fin du voyage était moins plaisante, trop longue et j’ai refermé le roman mitigée car vous le savez, ce sont les dernières émotions qui marquent le plus, celles que l’on retient.

Un grand roman écologique, un roman nature writing qui nous plonge dans une aventure sur plusieurs époques, qui fait évoluer ses personnages, interagir entre eux, un roman avec des éco-terroristes qui tentent de changer le monde, des bûcherons qui changent la face des forêts et des arbres dont on aimerait qu’ils se révoltent, comme les Ent du Seigneur des Anneaux.

Un roman que je ne regrette pas d’avoir lu, malgré les longueurs finales, un roman qui m’a bien rempli le cerveau, qui m’a fait me poser des questions et donner envie de me promener en forêt pour m’imprégner de la majesté des arbres.

Je remercie Net Galley et l’éditeur, Le Cherche Midi, pour cette confiance accordée directement et pour l’envoi de ce titre.

Le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (484 pages).

 

Des voleurs comme nous / Tous des voleurs : Edward Anderson

Titre : Des voleurs comme nous / Tous des voleurs

Auteur : Edward Anderson
Édition : Manufacture de livre éditions (2013) / Points Roman noir (2014)
Édition Originale : Thieves like us (1937)
Traducteur : Emmanuèle de Lesseps

Résumé :
Oklahoma, 1929. Bowie et deux compagnons, condamnés pour braquages et meurtres, s’évadent d’un pénitencier. Ils ne tardent pas à se remettre à dévaliser les banques selon une technique parfaitement au point, du Texas jusqu’en Floride, tentant de survivre à la Grande Dépression qui ravage le pays.

Dans leur fuite, Bowie rencontre la belle Keechie qui, à défaut de réussir à le remettre dans le droit chemin, le suivra jusqu’au bout de sa course tragique …

Raymond Chandler disait que Tous des voleurs est une des meilleures histoires sur la pègre, « bien meilleure et infiniment plus honnête que « Des souris et des hommes » de John Steinbeck. »

Il juge ce roman comme « la meilleure histoire de truands jamais publié ». Il est « avec ses dialogues crus, rapides et percutants est un excellent roman noir ».

Critique :
Les oldies, c’est mon péché mignon… Mon petit morceau de chocolat noir, amer et fort en goût.

Les romans noirs ayant pour thème la pègre, des bootleggers, des braqueurs de banques, le tout dans une Amérique au temps de la Grande Dépression, c’est un plaisir de fin gourmet.

Je possédais ce roman noir depuis longtemps, j’en étais même arrivée à oublier son existence (j’ai de quoi, vu tous les livres possédés) et c’est grâce à mon Dealer De Lignes que j’ai fait des fouilles dans ma biblio en ligne pour me rendre compte que je l’avais.

Comme si je n’avais rien de plus urgent à lire, je me suis décidée à la déguster sur une après-midi, délaissant quelque peu mon Oliver Twist et, passant de voleurs à des autres, je me suis régalée avec cette petite friandise noire et amère.

L’auteur manie la plume avec brio et ses dialogues sont crus, percutants, sans fioritures, à la mesure des personnages principaux, trois amis, trois braqueurs de banque, récemment évadés de leur prison où ils bénéficiaient d’un régime de faveur.

Pour nos trois amis évadés (Bowie Bowers, Chicamaw et T-Doub), les politiciens, les banquiers, les assureurs, les avocats, sont des voleurs comme eux, sauf qu’eux, au lieu de manier les flingues, ils manient leur langue, et ça marche !

Passant d’une planque à une autre, toujours en cavale, en recherche d’une banque à braquer, de voitures à acheter, incendier, nos trois amis nous ferons partager leur haut fait d’armes (braquages ou meurtres), comptabilisant les banques mises à sac comme d’autres comptent leurs livres lus sur l’année et nous emmenant avec eux dans ces places fortes à dévaliser.

Le seul personnage qui va évoluer sera Bowers, qui, de cerveau de la bande et de plus dangereux, sera le plus calme avec des envies de se retirer des affaires et le moins dépensier, le plus « tête froide » alors que l’indien Chicamaw est un alcoolo agressif et T-Doub un gamin fou.

Il est malheureux qu’Anderson n’ait pas trouvé son public lorsqu’il publia son roman car il est génial du début à la fin, les dialogues sont ciselés aux petits oignons, brut de décoffrage, réalistes et l’action est distillée comme il faut, avec des temps de repos entre deux braquages et deux changements de planque.

Anderson m’a même donné l’impression, un peu comme Dickens dans son « Oliver Twist » de se faire le porte-parole des sans-grades, des laissés-pour-compte, de ceux qui n’ont pas vécu le rêve Américain et qui ont dû passer de l’autre côté de la ligne rouge afin de s’en sortir, sans pour autant devenir des stars comme John Dillinger, même si la presse en a rajouté beaucoup sur nos trois braqueurs afin de vendre ses feuilles de choux.

Un roman noir profond, serré comme un petit café, avec des personnages qu’on se surprend à apprécier, malgré leur profession peu recommandable. Un roman qui nous conte une cavale qui a tout d’une « sans issue » et qui ne pourra se terminer que tragiquement.

Une pépite à découvrir pour tous les amateurs de noir bien serré.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (240 pages).

Au loin : Hernan Diaz

Titre : Au loin

Auteur : Hernan Diaz
Édition : Delcourt (29/08/2018)
Édition Originale : In the Distance (2018)
Traducteur : Christine Barbaste

Résumé :
Le jeune suédois Håkan Söderström débarque en Californie, seul et sans le sou. Il n’a qu’un but : retrouver son frère Linus à New York.

Il va alors entreprendre la traversée du pays à pied — remontant à contre-courant le flot des migrants qui se ruent vers l’ouest. Les caravanes se succèdent et les embûches aussi.

Trop souvent, la nature et les hommes essaieront de le tuer. Håkan croise ainsi la route de personnages truculents et souvent hostile : une tenancière de saloon, un naturaliste original, des fanatiques religieux, des arnaqueurs, des criminels, des Indiens, des hommes de lois…

Håkan devient peu à peu un héros malgré lui, et sa légende de géant grandit, tandis que se joue à distance l’histoire de l’Amérique.

Håkan n’a plus d’autres choix que de se réfugier loin des hommes, au cœur du désert, pour ne plus être étranger à lui-même et aux autres.

Critique :
♫ Loin, plus loin que l’au delà ♪ Où l’horizon se noie ♪ Dans le ciel et la terre. ♫ Loin, au bout de l’espérance ♪ Trouver la délivrance ♪ Et du feu et du fer ♪

Si j’ai choisi cette chanson de Michel Sardou, c’est parce que Håkan Söderström a fait un long voyage et est allé très loin, dans les terres d’Amérique, mais aussi à l’intérieur de lui-même.

Venant de Suède avec son frère Linus, il a loupé le bateau et c’est retrouvé dans les rues de San Francisco en lieu et place de New-York ! Bon, en ce temps-là, les rues de San Francisco n’étaient pas celles que nous connaissons grâce à la série.

Pour retrouver Linus, Håkan va devoir traverser tout le continent et à cette époque des pionniers et de la Frontière, la Road 66 n’existait pas encore pour traverser le pays d’Ouest en Est.

Oui, nous sommes au 19ème siècle, et bien avant la guerre de Sécession.

Håkan n’a rien d’un héros ou d’un personnage qui en impose : il est timide, parle mal l’anglais, est renfermé et il va lui arriver des aventures, qui, sans être extraordinaires (il n’était pas coincé dans une armoire Ikea), n’en seront pas moins fondatrices de sa personnalité suite aux rencontres qu’il va faire.

On choisi ses copains, dit-on souvent, mais le pauvre Håkan ne va pas toujours ses protecteurs ou ses emmerdeurs, ce sera souvent le fruit du hasard ou d’une maladie. Certains seront enrichissantes, d’autres malveillantes.

Au travers de ses rencontres et de son périple pour tenter de rallier New-York, c’est une partie de la Fondation de l’Amérique que nous allons vivre aux côtés de différents pionniers et de tout ce que cette longue route pouvait comporter comme dangers, qu’ils proviennent de la Nature, des animaux ou du bipède appelé Homme.

Je vous disais que Håkan n’avait rien d’un héros, pourtant, il a souvent fait acte de bravoure, dont une fois pour défendre les pionniers d’un convois d’émigrants dans lequel il se trouvait. Là, Håkan, dit « Hawk » va écrire sa légende.

En ce temps là, on n’a pas Fesse de Bouc, ni Touitteure, encore moins InstaKilo ou Snapchien, pourtant, le téléphone Arabe fonctionne à plein régime et vous savez comme moi que les histoires se déforment plus vite qu’un canard sex-toy laissé en pleine canicule…

Ce pauvre Håkan qui grandit plus vite que son ombre acquiert alors une réputation de tueur impitoyable et il devra se débrouiller seul pour survivre sans les Hommes.

Voilà un roman qui mélange habillement le western au roman d’aventures, le roman noir à la quête de soi et qui pose un scénario pour le moins inhabituel puisque Håkan va traverser l’Amérique dans le sens opposé des migrants !

Avec peu de dialogues, l’auteur parvient à nous faire vivre le périple d’Håkan comme si nous y étions et sans nous donner d’autres indications du temps qui passe que les saisons qui se suivent, il nous balade durant un long moment en compagnie de ce personnage qui n’a rien d’un héros mais qui reste touchant, humain, réaliste. Un homme qui a préféré la solitude à la vie sociale.

Assurément, un grand roman porté par une plume magnifique et une traduction qui lui rend hommage.

Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (334 pages).

Durango – Tome 17 – Jessie : Yves Swolfs et Iko

Titre : Durango – Tome 17 – Jessie

Scénariste : Yves Swolfs
Dessinateur : Iko (Giuseppe Ricciardi)

Édition : Soleil (15/06/2016)

Résumé :
Durango se remet d’une blessure au bras chez son ami Larry Haynes, shérif de la petite bourgade tranquille de Hanckok.

Seul le braquage d’un fourgon contenant un bon paquet de dollars a récemment troublé cette sérénité. Ni les coupables ni le butin n’ont été retrouvés.

Un matin, un différend bruyant opposant Maxwell, tenancier du saloon et maison de passe de la ville, à Jessie, une nouvelle fille qui a été surprise en train de fouiller dans le bureau du patron, attire l’attention de Haynes.

La jeune inconnue est une menace pour ces escrocs sans scrupules. Simultanément, Franck, à la tête d’une bande d’outlaws, sillonne la région, à la recherche d’un magot disparu.

Critique :
Changement de dessinateur pour le moins bénéfique ! Non pas que je détestais ceux de Girod, mais je n’avais pas aimé son trait lors de sa reprise dans le tome 14 « Un pas vers l’enfer ».

Ici, Giuseppe Ricciardi (dit « Iko ») nous donne l’impression que c’est le trait de Swolfs dans cet album.

Les couleurs sont chaudes et les ambiances telles qu’on les trouvait dans les premiers albums car ici, nous revenons aux poncifs qui font de Durango ce qu’il est : un tueur.

Se remettant de sa blessure chez son ami shérif, son séjour est obscurci par l’affaire d’un braquage de fourgon qui contenait un sacré paquet de pognon et qui, à ce jour, n’a pas été retrouvé.

Oukilé l’argent ? Vous le saurez un peu plus tard et c’est là que l’engrenage va se mettre en branle, entrainant notre tueur blond dans une enquête où le Mauser va faire entendre sa voix caractéristique.

Lorsque le chef des bandits est entré en jeu, je l’ai regardé à deux fois, pensant à une hallucination (il y avait du soleil dehors) ou à un abus de café… Je connaissais cette tête !

Après avoir passé en revue mon boulanger, boucher, kiné, pharmacien, je me suis rendue compte que, ce visage, je l’avais croisé dans un film… avec la belle Claudia Cardinale et un joueur d’harmonica : Henry Fonda (Once Upon A Time In The West) !

On reste dans un scénario « basique » dans le sens où notre Durango va aider une fois de plus une jolie fille, même si celle-ci n’est pas une innocente petite femme et qu’elle retournera sa veste quelques fois.

D’ailleurs, elle ne sera pas la seule, à la retourner, tant le fric peut faire tourner les têtes et rendre les gens fous.

Malgré tout, j’ai pris du plaisir à découvrir ce tome 17 que je ne possédais pas encore (sorti il y a 2 ans, shame on me) car on revenait vraiment aux premières histoires de notre Blondin.

Sans pour autant révolutionner l’affaire, ce scénario tient la route, le méchant est cynique, envoûtant, tel Kaa vous susurrant « Aie confiance », a les épaules solides et reste toujours d’une froideur à toute épreuve.

Un portrait réussi, même si c’est « copié sur le personnage de Franck (Henry Fonda). Un Méchant froid a toujours plus d’envergure qu’un sanguin qui hurle à tout bout de champ.

Y’a plus qu’a espéré qu’on aura un tome 19 et que nous ne devrons pas attendre 2020 pour revoir notre tueur aux yeux verts.

Ou alors, quitte à attendre autant, faudra nous livrer un scénario qui s’éloigne un peu de ceux que l’on connait et proposer du neuf pour notre Durango, avec un peu plus de subtilité dans certains personnages. J’aime quand ils évoluent ou qu’ils ont des part d’ombre (ou de lumière).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019)Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (46 pages).

 

Les spectres de la terre brisée : S. Craig Zahler

Titre : Les spectres de la terre brisée

Auteur : S. Craig Zahler
Édition : Gallmeister Americana (23/08/2018)
Édition Originale : Wraiths of the Broken Land (2013)
Traducteur : Janique Jouin-de Laurens

Résumé :
Mexique, été 1902. Deux soeurs kidnappées aux États-Unis sont contraintes à la prostitution dans un bordel caché dans un ancien temple aztèque au coeur des montagnes.

Leur père, John Lawrence Plugford, ancien chef de gang, entame une expédition punitive pour tenter de les sauver, accompagné de ses deux fils et de trois anciens acolytes : un esclave affranchi, un Indien as du tir à l’arc, et le spectral Long Clay, incomparable pro de la gâchette.

Le gang s’adjoint également les services d’un jeune dandy cultivé, ambitieux et désargenté, attiré par la promesse d’une rétribution alléchante.

Peu d’entre eux survivront à la sanglante confrontation dans les badlands de Catacumbas.

Un western impitoyable qui balaie tout sur son passage, comme un film de Tarantino au volume poussé à fond.

Critique :
Si vous cherchez un western tranquille et gentillet, évitez absolument ce dernier titre sorti des écuries prolifiques de Gallmeister car vous risqueriez la crise cardiaque tant la violence est omniprésente et sans concession aucune.

« Une assemblée de chacals » était déjà brut de décoffrage, mais malgré tout, j’ai trouvé ce roman plus brutal et il n’y avait pas un goût de betteraves ou de pommes pour adoucir ce tord-boyaux bourré de poudre de revolvers et de dynamite.

On pourrait lui reprocher le fait de ne pas donner des masses d’indications sur ses personnages principaux, cette troupe d’hommes hétéroclites. Ils seront esquissés au plus près, détaillé à la serpe et vous n’en saurez pas des masses sur le dandy Nathaniel Stromler qui accompagnera la famille Plugford (John Lawrence, le père et ses deux fils : Stevie l’alcoolo et Brent le rancher), un Noir affranchi, un Indien et un tireur d’élite aussi sombre que la nuit.

Pourtant, malgré le peu de détails que l’on aura sur les différents personnages, la plume de l’auteur arrivera tout de même à leur donner de la consistance, de la présence, comme si nous avions chevauché avec eux, partageant la même quête pour retrouver les deux filles enlevées.

Ce que j’ai aimé, chez l’auteur, c’est que les femmes ne sont pas des faibles créatures et les deux sœurs Plugford nous le démontreront à plusieurs reprises, même s’il faudra attendre plus longtemps pour Yvette.

Par contre, on a l’impression, lorsqu’on lit les chapitres, que tout est agencé à la manière d’un film, rendant la lecture très visuelle. Tout est prétexte à faire des scènes d’action violentes et aucune torture ou autre saloperie ne nous sera épargnée. Ici, tout le monde est noir dans son âme et la fin justifie tous les moyens.

Si les 100 premières pages m’avaient parues un peu longues, les 300 suivantes sont passées telle l’express de 23h brûlant tous les signaux, faisant ronfler la chaudière au risque de la faire exploser.

Petit bémol : à force de faire des scènes d’action et d’avoir un rythme fou, le fond est sacrifié sur l’autel de la forme. La profondeur des actions de vengeance est inexistante et les dialogues sont très typés westerns violents. Quant à l’humour, il est aussi noir qu’un café serré fabriqué au pétrole brut.

Ce qui donne, finalement, l’impression que le chien se mord la queue et qu’a force de s’amuser dans l’écriture de son western sombre, l’auteur a oublié de nous monter une véritable intrigue. L’action c’est bien, mais un scénario, c’est mieux.

Attention, je ne dis pas que ce roman a une intrigue sur ticket de métro, mais on a un sentiment de vacuité, un sentiment de manque, un vide. Nom de Zeus, il ne manquait pourtant pas grand-chose pour en faire un excellent roman comme l’assemblée de chacals, sans pour autant perdre de vue le côté violent des personnages et de leur expédition vengeresse.

Malgré ce petit bémol, ce fut une lecture jouissive de par son côté très visuel des scènes d’action.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (400 pages).

 

Les larmes de la liberté / Fuir la colline aux esclaves : Kathleen Grissom [LC avec Bianca]

Titre : Les larmes de la liberté / Fuir la colline aux esclaves

Auteur : Kathleen Grissom
Édition : Pocket (01/02/2018)
Édition Originale : Glory over Everything : Beyond The Kitchen House (2016)
Traducteur : Isabelle Allard

Résumé :
Philadelphie, 1830. Pour sauver un jeune garçon victime de marchands d’esclaves, James, va devoir affronter les secrets de son passé.

Orfèvre respecté de la bonne société de Philadelphie, James devient l’amant de Caroline, jeune femme malheureuse dans son mariage. Quand celle-ci tombe enceinte, James est rattrapé par son passé.

Mais avant d’avoir pu avouer ses origines à Caroline, il est appelé au secours par Henry, un ancien esclave qui lui a autrefois sauvé la vie. Son fils Pan a disparu. Tout porte à croire qu’il a été enlevé et vendu.

Pour retrouver Pan, James doit retourner sur les lieux de son enfance, la colline aux esclaves…

Critique :
Le premier opus, « La colline aux esclaves » m’avait retourné les tripes, me procurant des émotions en grand.

J’avais un peu peur de ne pas ressentir la même chose dans sa « suite » puisque je ne serais plus en compagnie du personnel de la plantation du capitaine Pyke à Tall Oaks puisque nous allions suivre la destinée de James et celle de Suckey, dont on avait fait connaissance dans le précédent volume.

Niveau émotions, elles furent différentes mais toujours au rendrez-vous car le personnage de James – qui s’est enfui de la plantation et apprend à se débrouiller seul – est émouvant dans le fait qu’il refuse sa condition de Nègre (sorry pour le mot, mais à cette époque de 1830…) puisqu’on lui a toujours dit qu’il appartenait à la classe Blanche.

Son secret, il va falloir le préserver, le protéger, car si les gens qu’il fréquente à Philadelphie apprennent ses origines négroïdes, il peut dire adieu à sa vie sociale, à sa position, à tout.

Bien que nous soyons dans le Nord et que les Noirs soient un peu mieux traité que dans le Sud, ils sont toujours esclaves et exclus de la Société. Nous ne sommes pas dans le monde des Bisounours et même si la liberté a une meilleure saveur dans le Nord que dans le Sud, il s’avère que les Noirs occupent toujours les places les plus basses dans la société.

Une trame prenante, plusieurs récits qui s’entrechoquent, car en plus de découvrir la vie de James, nous aurons celle du jeune Pan, enlevé par des marchands d’esclaves et celle de Suckey, qui n’a rien à envier à ses semblables.

Les conditions de vie déplorables et inhumaines des Noirs en ces temps reculés est bien décrite, et quelques scènes sont assez éprouvantes, comme ces colonnes d’esclaves, enchaînés et tirés par des cavaliers hargneux maniant le fouet en cuir avec violence et plaisir.

Ce roman est différent du premier, mais il m’a permis d’avoir des nouvelles des personnages qui évoluaient dans le premier et ces nouvelles m’ont fait plaisir pour certains et j’ai été peinée pour d’autres.

James est un personnage intéressant, émouvant et qui va évoluer au fil du temps, apprenant à considérer les Noirs comme des êtres vivants, des êtres humains et non comme des animaux. On ne peut pas trop lui en vouloir, on l’a élevé dans cette mentalité et en changer prend du temps.

Il va vivre des aventures stressantes, éprouvantes et devra renaître différemment pour pouvoir avancer sur le chemin de l’acceptation de soi et des autres. L’auteur amorce ces changements de manière subtiles ou brusques, tout dépend du moment et des événements, mais le tout est amené de manière réaliste.

Le récit est, une fois de plus, éprouvant pour l’âme et le cœur, il tord les tripes, donne envie de hurler, d’entrer dans le roman et d’en liquider quelques uns.

Mon cœur s’est serré plusieurs fois, dont une fois de trop car j’aurais aimé une autre destinée pour un personnage, mais il est vrai que nous aurions franchi alors les limites du réalisme pour entrer dans l’ère des Bisounours et que cela aurait enlevé cette part de réalité au récit.

Un roman qui m’a ému, comme son précédent, mais d’une autre manière car l’auteur, tout en restant dans le même sujet qu’est l’esclavage, a su renouveler son récit tout en gardant ce qui avait fait la recette du premier.

Un roman fort, profond, émouvant, dont on ne sort pas vraiment indemne. J’ai donc demandé à Bianca, ma complice de LC, de nous mettre des Oui-Oui et des Petzi au menu de nos prochaines LC.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).