Le dernier templier – Tome 1 – L’encodeur : Miguel de Lalor Imbiriba et Raymond Khoury

Titre : Le dernier templier – Tome 1 – L’encodeur

Scénariste : Raymond Khoury & Miguel de Lalor Imbiriba
Dessinateur : Miguel de Lalor Imbiriba (Brésil)

Édition : Dargaud (2009)

Résumé :
Grande soirée de vernissage au Metropolitan Museum de New York où sont présentés les fabuleux trésors du Vatican.

Quatre cavaliers surgissent alors de nulle part, semant la terreur devant les caméras après avoir dérobé plusieurs objets!

L’un d’entre eux se révèle être particulièrement précieux, dissimulant certains secrets que l’on croyait enfouis à jamais…

Tess, une archéologue témoin de la scène, et Sean, un agent du FBI, vont mener une enquête dont l’issue s’avèrera décisive pour le monde chrétien!

L’ultime secret des Templiers sera-t-il enfin dévoilé ?

Critique :
Oui, je sais, les Templiers ont été mis à toutes les sauces, pire que s’ils avaient cuisinés dans l’émission « Top Chef », tout comme l’ultime secret du Christ et de tous les saints du paradis.

Lorsque j’avais lu le roman de Raymond Khoury, en 2006, j’avais apprécié le récit et ensuite, j’avais acheté les deux premiers tomes de la bédé, puis j’avais stoppé et étais passée à autre chose.

Me voici de retour avec les Templiers et de l’ésotérisme, sorte de retour aux affaires sans grand risque, sauf si la relecture se déroule mal.

Replongeons-nous dedans… Une première chose  : la couverture, elle en jette, non ? Quatre cavaliers Templiers sur des chevaux montrant les dents, le tout au milieu des gratte-ciels !

Les premières images nous plongent dans le temps, à Acre, en 1291, lorsque les Chevaliers du Christ perde la ville qui tombe aux mains des Sarrasins.

Les dessins sont agréables, dynamiques et les couleurs sont chaudes, dans cette partie, avant de redevenir plus sombres pour l’attaque du MET et d’osciller entre les deux selon les endroits où se déroulait l’action.

Pour l’action, on est gâté, ça bouge bien, on a de la baston, du mystère, du suspense et une belle touche d’ésotérisme avec nos amis les Templiers qui font encore parler d’eux, sans oublier la touche de religiosité avec le Vatican qui semble nous avoir quelques petits trucs (euphémisme, mais ici, je ne vise que ce qui est dans la bédé).

La relecture s’est donc bien passée alors ? Oui et non, parce que lorsqu’on creuse un peu, on se rend compte que les personnages sont horriblement creux et stéréotypés, chose dont je ne me souvenais pas, autant dans le roman originel que dans cette bédé.

L’agent Reilly du FBI est bôgosse et en plus, sympa à tout casser. Le genre de type avec qui on a vraiment envie d’aller boire un verre. Tess, l’archéologue, est mignonne, sympa et devient vite super pote avec notre bel agent.

Auparavant, j’aurais sans doute ça super chouette, mais 12 ans plus tard, je les ai trouvé fadasses, creux, manquant cruellement de profondeur, de charisme et un peu trop stéréotypés à mon goût.

Hormis ces bémols, j’ai tout de même l’intention de m’encanailler avec la suite de cette bédé afin de voir si la profondeur des personnages sera présente dans les autres tomes et pour découvrir quel est le secret ultime des Templiers, ce qu’ils ont caché dans le navire en revenant de Saint-Jean d’Acre ainsi que le message qu’ils ont laissé derrière eux et qui doit mener à un trésor, au minimum.

Une bédé ésotérique qui se laisse lire si on fait abstraction des personnages trop fades et qui a le mérite d’apporter du suspense, du mystère, de l’action et qui, finalement, fait passer une soirée lecture sans prise de tête.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°244], le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 50 page, le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021 et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°51].

Batman – Gotham by Gaslight : Eduardo Barreto, Mike Mignola et Brian Augustyn

Titre : Batman – Gotham by Gaslight

Scénariste : Brian Augustyn
Dessinateur : Mike Mignola & Eduardo Barreto (Uruguay)

Édition : Urban Comics DC Deluxe (2018)

Résumé :
Le légendaire Jack l’éventreur est l’ennemi public N°1 et sévit dans les rues de Gotham. Mais dans cet univers alternatif, le tueur en série va se heurter à une autre légende nocturne : Batman.

Pris dans une conspiration dont il est la victime, le Chevalier Noir nous entraîne à l’époque victorienne où l’obscurité de la nuit n’est troublée que pas la lueur fébrile et tremblante des réverbères de Gotham City.

Critique :
Batman vs Jack The Ripper ? Je demandais à voir… L’époque ne leur est pas commune (contrairement à celle avec Holmes) et l’endroit encore moins, sauf si Gotham a déménagée à Londres.

Ce comics avait été adapté en film, (en 2018 par Sam Liu – critique ici), mais très librement adapté et j’ai préféré faire la version bédé que celle du film sorti directement en vidéo à l’époque.

L’histoire commence par le meurtre de deux personne, en pleine campagne, durant un voyage en calèche et leur gamin est sauvé par un vol de chauve-souris.

Vienne, 1889… Bruce Wayne raconte ce rêve étrange qu’il fait à un docteur, un certain Freud. Mais ce n’est pas un rêve, c’est un souvenir plus ou moins fidèle d’un évènement réel. Ce qu’il voudrait savoir, notre homme c’est le rapport avec les chauve-souris.

Transposer l’univers de Batman à l’époque victorienne, fallait oser. Reprendre tous les personnages de son univers, Gotham comprise et les déplacer en 1889, c’était une idée qui valait la peine d’être exploité.

Si je ne suis pas tombée en pâmoison devant les dessins, je dois avouer tout de même qu’ils étaient plaisant et avaient un air rétro, comme si nous lisions un comics de 1889 dont les couleurs ne sont pas aussi vives que ceux de notre époque.

Par contre, je n’ai pas aimé les dessins représentant Batman, avec son masque ressemblant plus à celui d’un pingouin qu’à celui ultra sexy de la chauve-souris.

La ville de Gotham, aussi gangrenée par le crime et le vice que Londres est bien reproduite, mais ça fait tout de même bizarre d’y découvrir des fiacres et non des voitures ! Elle aussi a un charme rétro dû aux dessins, même si on a pas envie d’aller se frotter à sa pègre.

Comme toujours, notre Batman sauve les gens, se débarrasse des méchants mais quand des meurtres sordides de femmes ont lieu dans les ruelles sombres de Gotham, la presse titre « Bat-Man est-il le tueur ? » et le dire, c’est déjà le sous-entendre, c’est planter la graine de la peur, de la suspicion dans l’esprit des gens.

J’ai été surprise de la direction de l’histoire, du fait que Bruce Wayne ait dû résoudre cette affaire de cette manière (no spolier) mais la résolution était un peu faiblarde je trouve, surtout pour ce mobile aussi futile et un peu capillotracté à mon sens.

D’ailleurs, nous n’étions même pas à la moitié du récit que l’affaire Jack The Ripper était déjà pliée, résolue et au suivant ! Purée, rapide… Trop rapide, on a l’impression que l’on a survolé l’histoire, l’enquête, la résolution…

L’histoire suivante met en scène un mégalo qui veut dicter sa loi aux autorités de la ville de Gotham sous peine de la faire brûler. Il y a de l’action, de la baston, c’est rythmé et même si tout se règle dans les dernières pages, il y a tout de même un autre responsable que ce fou de Leroy.

Pas tout à fait conquise par cet opus de Batman.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°243] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Les somnambules : Chuck Wendig

Titre : Les somnambules

Auteur : Chuck Wendig
Édition : Sonatine (04/03/2021)
Édition Originale : Wanderers
Traduction : Paul Simon Bouffartigue

Résumé :
Un nouveau monde, le nôtre ?

Dans un petit village de Pennsylvanie, Shana surprend sa soeur, Nessie, quittant d’un pas résolu leur maison. Lorsqu’elle tente de l’intercepter, la petite fille ne réagit pas à sa présence. Mutique, absente, le regard vide, elle avance… Croyant à une crise de somnambulisme, Shana commence à la suivre.

Rapidement, elles sont rejointes par un deuxième errant, frappé des mêmes symptômes que Nessie. Puis un autre. Bientôt, ils sont des centaines à converger vers la même destination inconnue, tandis que leurs proches, impuissants, leur emboîtent le pas. Très vite, cette mystérieuse épidémie enflamme le pays.

Chuck Wendig tend à notre monde un miroir dans lequel se reflètent ses hantises les plus contemporaines : l’irruption de l’inconnu, la peur de l’autre, la défiance envers le gouvernement, la force rampante des discours religieux et extrémistes… Rappelant autant Le Fléau que The Leftovers,

Les Somnambules est un portrait humain mais sans concession d’une société au bord de l’extinction.

Critique :
Lève-toi et marche…

Lecteur/trice, prévois de bonnes chaussures parce que ce sera une longue marche et elle comportera des chausse-trapes, des dangers, des suprémacistes Blancs qui tenteront d’arrêter ta marche.

Prévois aussi un canapé confortable car la marche ne sera pas que longue en kilomètre parcourus mais aussi en pages avalées (plus de 1.100).

Que la taille et la longueur en te rebute pas, ami de la littérature car tu ne le sentiras pas passe, ou si peu. Tu seras si bien au coeur de ce mystère, de cette pandémie bizarre que tu ne verras pas les pages se tourner.

L’auteur aurait pu suivre une seule direction, se contenter de nous faire marcher, mais non, il a été intelligent, créatif et ce, bien avant l’apparition du Covid19.

Les réactions des gens face à ce phénomène, qu’ils ne comprennent, pas ressemble terriblement à nos comportements depuis 1 an de Covid. Entre les complotistes, les illuminés de Dieu, les écolos, les protecteurs, ceux qui ne savent pas, il y en aura pour tout le monde.

La différence c’est qu’il nous a pondu une pandémie qui fait passer la nôtre pour une peccadille, un tout petit caillou dans les rouages de la machine, alors que lui, il te jette un pavé (au propre comme au figuré) et il te skette (« casser », en patois wallon) la machine, divisant l’Amérique en plusieurs parties : les marcheurs, leurs bergers, les pros-somnambules et les antis avant de refragmenter ces morceaux en suprémacistes survivalistes et en infectés.

Sorte de Fléau (Stephen King) en version moderne, la comparaison s’arrêtera là, sauf à comparer les portraits des personnages, tous très bien réalisés (même si ma préférence ira à ceux du Fléau), travaillés, possédant de la profondeur. Les portraits des suprémacistes sont moins travaillés mais je pense qu’il serait difficile de leur trouver des circonstances atténuantes.

Le scénario n’est pas conventionnel, il ira dans des directions inattendues et tant mieux car l’auteur a évité aussi que son récit ne s’enlise, ne stagne ou ne devienne redondant. Cela a augmenté mon plaisir de lecture et mon addiction.

La surprise était au rendez-vous tout au long de ma lecture et j’en ai eu pour mes sous, du début à la fin, sans que cela vire au grandguignolesque puisque son récit avait des points d’ancrage dans notre époque, même s’il a poussé le bouchon plus loin et que je croise les doigts que jamais pareil scénario apocalyptique ne se produise en vrai (vœu pieux, ça nous pend au nez).

L’autre point fort de ce roman, c’est son final qui est plus que réussi, contrairement à celui du Fléau (Stephen King) qui n’était pas à la hauteur des 1.500 pages lues. Chuck Wendig a réussi à donner au sien une dimension dantesque, un véritable combat pour la vie et à le faire de manière intelligente. Ça m’a troué le cul (pour parler vulgairement mais que tout le monde comprenne bien).

Si nous n’avions pas le choc des photos, ce lourd pavé possédait le poids des mots et c’est avec de l’acide que l’auteur a dû diluer son encre car entre les phrases, on discernait un peu de cynisme, de sarcasmes et quelques coups bas pour les sociétés humaines qui mènent le monde à sa perte (et le reste avec).

Un roman post-apo qui, malgré ses 1.100 pages, ne devient jamais ennuyeux ou ne semble trop long. Une lecture intense, au goût de prémonitions qui risquent un jour de passer en faits réels.

Hormis quelques libertés avec les sciences, la plupart des horreurs qui se déroulent dans ces pages sont hélas bien réelles et l’on a vu comment la peur durant une pandémie pouvait transformer les humains en pire que des bêtes.

Surtout que notre pandémie l’est aussi sur les réseaux sociaux avec toutes les conneries qui peuvent s’y raconter et contre ça, pas de médicaments pour guérir.

Un sacré roman post-apo, une lecture intéressante, hautement addictive, qui prend aux tripes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°240].

M.O.R.I.A.R.T.Y – T03 – Le voleur aux cent visages (1/2) : Jean-Pierre Pécau, Fred Duval et Gess

Titre : M.O.R.I.A.R.T.Y – Tome 3 – Le voleur aux cent visages

Scénaristes : Jean-Pierre Pécau & Fred Duval
Dessinateur : Gess

Édition : Delcourt Néopolis (24/06/2020)

Résumé :
La grande course autour du monde en ballon fait étape à Paris. C’est l’occasion pour Sherlock de capturer le voleur qui, à chacune de ces étapes, commet un vol extravagant.

Il découvre alors avec surprise que le malfrat, si brillant soit-il, souffre de troubles dissociatifs de la personnalité et abrite en lui de nombreux avatars. Alors que le jeune Freud s’apprête à le diagnostiquer, le voleur s’échappe.

Critique :
Je ne suis pas une mordue des aventures de Sherlock Holmes version steampunk et en plus, j’avais dit que je ne lirais plus cette saga puisqu’elle m’avait déçue…

Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ! J’étais curieuse et puisque l’on me prêtait l’album, en cas de déception, ce ne serait pas trop grave.

Si les dessins des dirigeables, des bâtiments sont bien exécutés, il n’en est rien de celui des visages de différents protagonistes. C’est une histoire de goût, mais ils n’étaient pas au mien, surtout en ce qui concernait les yeux, les bouches ou les expressions faciales.

On commence avec une enquête presque traditionnelle : des vols ont eu lieu à chaque escale de la course de dirigeables. Holmes et Watson mènent donc l’enquête, déguisé en pilotes. Le mystère concerne l’identité du voleur : d’après les témoignages, ce n’est jamais le même !

Bien que je n’ai pas aimé les dessins de Sherlock Holmes, en ce qui concerne les déductions, il était toujours très bon et notre pauvre Watson, tout comme moi, n’avons rien vu venir. C’est l’une des choses appréciables de ce troisième tome.

Le scénario est correct, l’enquête est bonne, on a de l’action, du rythme et des mystères. Je n’ai pas baillé durant ma lecture, même si j’ai soupiré devant ces personnages qui peuvent se déguiser avec tellement de brio que jamais personne ne remarque de supercherie.

Oui, je sais, Patrick Sébastien a un jour bluffé tout le monde, mais il lui était impossible de changer toute la morphologie de son visage comme y arrive deux personnages de ce roman.

Comme le scénario m’a emballé et que j’ai passé un bon moment de lecture malgré les dessins des visages qui étaient brouillons, mal exécutés, je laisserai tout de même une bonne note à ce tome 3 et je serai au rendez-vous pour la suite.

En espérant que ce ne soit pas comme pour les deux premiers tomes de la saga où le premier avait un scénario intéressant (et déjà des dessins de visages brouillons) qui m’avait donné envie d’aller lire le deuxième qui lui m’avait déçu avec son grand méchant qui voulait dominer le monde, la ville, le pays…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°239] et le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 64 pages.

Les Disparues du tableau : Daria Desombre

Titre : Les Disparues du tableau – Andreï Yakovlev & Macha Karavaï 2

Auteur : Daria Desombre
Édition : du Masque (02/09/2020)
Édition Originale : ПОРТРЕТ МЕРТВОЙ НАТУРЩИЦЫ (2014)
Traduction : Julia Chardavoine

Résumé :
Macha Karavaï, étudiante en droit et stagiaire au sein de la police de Moscou, poursuit son travail d’enquête sur les anciens dossiers non résolus.

Avec l’aide de son responsable Andreï Yakovlev, elle se lance sur les traces d’un tueur en série qui assassine de jeunes femmes et laisse à leurs côtés une esquisse du peintre Ingres.

Le coupable semble vouloir recréer une oeuvre d’art.

Critique :
Chouette, j’allais à nouveau partir enquêter en Russie !

Non pas que j’ai de l’affection pour ses dirigeants, mais j’ai toujours eu un gros faible pour le pays et le duo d’enquêteurs que sont la jeune Macha Karavaï et son chef Andreï Yakovlev, me plaisent énormément.

L’avantage, avec cette auteure, c’est que les crimes ne sont jamais banals ! Sherlock Holmes aurait apprécié de se trouver face à pareil criminel qui élèvent le crime au rang d’art.

Les victimes n’apprécieront pas, bien entendu, la police va piétiner, s’arracher les cheveux et pour remonter la piste artistique du tueur en série, va falloir avoir de la culture (ben oui, elle est essentielle tout le temps) en peinture et notamment pour le célèbre peintre qui a laissé son nom dans une expression où on lui accole le mot « violon ».

La France a (« avait », merde l’adresse a changé) le 36, quai des Orfèvres et la Russie possède le 38, rue Petrovka.

Malgré mon inculture en peinture, je n’ai jamais perdu pied dans ce roman qui allie le rythme, le suspense et bien des mystères quant à l’identité du tueur des jeunes filles et son mobile.

Comme un tableau, au départ, on ne verra que des taches de couleurs qui ne semblent rien vouloir dire, mais au fur et à mesure que l’auteure trempe sa plume dans la palette et l’étale sur la toile de son roman, le tout commence à prendre forme et c’est avec un grand plaisir que j’ai remonté la piste, aux côtés de Macha et Andreï.

Nos deux personnages sont toujours aussi tintés de réalisme car comme nous ils ont peu, ils doutent, craignent que leur histoire d’amour n’aille pas plus loin, éprouvent de la jalousie… Leur histoire d’amour évite l’écueil de la guimauve et heureusement car je déteste les trucs mièvres.

Afin de mieux comprendre de quoi il était question en peinture, j’ai demandé à Google de me faire apparaître les toiles du maître, puisqu’il n’était pas question que je puisse aller les admirer au musée de Montauban ou à Saint-Pétersbourg, au musée de l’Ermitage. Cela permet de mieux comprendre la teneur du tableau et des motivations du criminel.

Si l’enquête était bien réalisée, ne manquait pas de suspense et de mystère, si le duo d’enquêteurs était toujours au top, que l’assassin avait de l’épaisseur, du talent, qu’il était « intelligent », que le scénario de l’enquête était instructif en ce qui concerne l’art, l’auteure n’a pas oublié de parler de son pays et de ceux qui souffrent, pendant que d’autres baignent dans le fric.

Ce n’est pas écrit noir sur blanc, c’est plus subtil que ça, mais si on lit entre les lignes, on est tout à fait capable de comprendre que tout le monde ne mange pas des sandwichs au foie gras en buvant du champagne, que tout le monde n’a pas les moyens de faire des études et que la classe moyenne n’a plus les moyens qu’elle avait avant.

Ce roman policier se laisse lire tout seul, avec addiction puisque l’on veut en savoir plus sur le meurtrier, ses mobiles. Les chapitres qui lui sont consacrés permettent de découvrir son enfance, de comprendre la genèse de son mal (pas de l’excuser), ses pensées…

Lorsque c’est bien fait, les changements de narrateurs donnent une autre épaisseur à un récit et c’est plus appréciable que le narrateur omniscient. Une fois de plus, l’auteure a réussi à le faire de manière intelligente en se mettant dans la tête des trois personnages principaux (même 4 puisqu’on a un passage avec une victime).

Une lecture que je conseille aux amateurs de romans policiers et qui souhaitent lire autre chose que leur came habituelle, de se dépayser et de se frotter à un tueur qui n’a rien d’un colonel Moutarde avec le chandelier dans la bibliothèque.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°238].

Sherlock Fox – Tome 1 – Le chasseur : Jean-David Morvan et Du Yu

Titre : Sherlock Fox – Tome 1 – Le chasseur

Scénariste : Jean-David Morvan
Dessinateur : Du Yu

Édition : Glénat – Tchô ! L’aventure (2014)

Résumé :
Le plus rusé des détectives ! Sherlock Fox est un renard, mais aussi un policier ! Dans la société que les animaux ont constituée, les instincts ont été remplacés par des règles de vie en communauté, afin que personne ne mange son voisin.

Mais l’enquête que Sherlock Fox doit mener va nous faire découvrir les dessous d’une société en apparence trop parfaite. Tout commence par la découverte d’ossements dans la rivière d’une forêt. Ces derniers, assez frais, semblent en effet prouver que la personne à qui ils appartenaient a bel et bien été dévorée…

Autre mystère : ce squelette ne correspond à aucune des races répertoriées ! Après enquête, Sherlock Fox découvre que ce cadavre faisait partie de la « marchandise » d’un camion, victime d’un accident peu de temps auparavant. Les questions se bousculent dans la tête de notre renard détective : qui organise la venue de ces camions ?

À qui livrent-ils leur marchandise ? Dans quel but ? Mais surtout… quelle est cette nouvelle race inconnue ?

Une nouvelle série palpitante signée Tchô! l’aventure… en grand format, scénarisée par le prolifique Jean-David Morvan et sublimement mise en image par un dessinateur chinois virtuose, Du Yu !

Critique :
♫ Le plus grand des détectives, Oui c’est lui, Sherlock Holmes le voici ♫ Il habite Baker Street ♪ Et poursuit Moriarty le méchant…

Vous voici avec la chanson du générique de la série « Meitantei Hōmuzu » ou « Meitantei Holmes » qui mettait en scène un univers où les personnages étaient des animaux.

Holmes et Watson étaient des chiens (madame Hudson aussi) et ça faisait notre bonheur sur Club Dorothée.

Je pensais retrouver cet univers avec Sherlock Fox mais il n’en fut rien car si le commissaire Ney Quitsou est surnommé Sherlock Fox en raison de son aptitude à résoudre les crimes, à enquêter sans relâche et parce qu’il est un renard.

La comparaison avec le détective de Baker Street s’arrêtera là, même si notre commissaire a tous les attributs du parfait enquêteur de terrain, qu’il utilise une loupe, examine les indices et explique le chemin de ses déductions en arrêtant le/les coupable(s).

La société dans laquelle évolue les personnages est une société animalière mais pas dans le sens où nous avons l’habitude de la voir. Ici, elle n’en a pas toujours été ainsi.

Avant, les animaux étaient des animaux, avec leurs instincts propres à leurs races, mais ils ont évolués, ils se sont organisés en société, en ville et ont banni les instincts les plus vils, comme se manger les uns les autres (zoophagie).

Clairement, c’est un album à ne pas mettre dans les mains des enfants car nos animaux ont aussi supprimé le fait de ne copuler QUE pour la reproduction. Maintenant, ils le font pour le plaisir, entre toutes les races et en pleine rue si besoin est.

De plus, l’ambiance générale de l’album est fort sombre, autant dans les couleurs que dans le scénario. Nous explorons les bas-fonds, nous remontons faire des arrestations dans la haute société, nous avons de la zoophagie (aussi taboue que le cannibalisme ou l’anthropophagie) et une société qui, sous ses airs évolués, ne l’est peut-être pas tant que ça (comme les nôtres).

Mon plus grand bémol sera pour le fait que l’enquête n’est pas résolue dans ce premier tome (qui date de 2014) et que le deuxième tome n’est jamais paru. On reste donc sur sa faim à la fin et ça, c’est quelque chose qui me désole car j’avais envie de savoir ce qu’il allait se passer ensuite, qui était coupable et de revenir dans cet univers spécial qui m’a plu.

Une bédé policière et animalière fort sombre, au scénario qui promettait bien des choses, qui ne ressemblait pas à ce que nous connaissions dans l’anthropomorphisme, mais comme le tome 2 n’est jamais paru, nous ne saurons jamais le fin mot de l’enquête et nous ne suivrons plus les enquêtes du commissaire Ney Quitsou.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°237], le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 64 pages, le Challenge bd « Des histoires et des bulles » chez Noctembule (Avril 2021 – Avril 2022) – N°13 Les personnages sont des animaux et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°48].

Au bal des absents : Catherine Dufour

Titre : Au bal des absents

Auteur : Catherine Dufour
Édition : Seuil Cadre noir (10/09/2020)

Résumé :
Claude a quarante ans, et elle les fait. Sa vie est un désert à tous points de vue, amoureux et professionnel ; au RSA, elle va être expulsée de son appartement.

Aussi quand un mystérieux juriste américain la contacte sur Linkedin – et sur un malentendu – pour lui demander d’enquêter sur la disparition d’une famille moyennant un bon gros chèque, Claude n’hésite pas longtemps.

Tout ce qu’elle a à faire c’est de louer la villa « isolée en pleine campagne au fond d’une région dépeuplée » où les disparus avaient séjourné un an plus tôt. Et d’ouvrir grands les yeux et les oreilles. Pourquoi se priver d’un toit gratuit, même pour quelques semaines ?

Mais c’est sans doute un peu vite oublier qu’un homme et cinq enfants s’y sont évaporés du jour au lendemain, et sans doute pas pour rien.

Une famille entière disparaît, un manoir comme premier suspect. Entre frissons et humour Au bal des absents est une enquête réjouissante comme on en lit peu.

Critique :
Est-il possible, dans un roman fantastique, de faire du social, de tirer à la kalach sur Pôle Emploi, le chômage, les formations à la con (qui ne mènent à rien), sur le RSA, sans que le tout ne soit un gloubi-boulga immangeable ?

Pardon, j’oubliais de dire que l’auteure fait aussi une belle déclaration d’amour aux livres du King et s’amuse avec les films d’horreur et  d’épouvante, qu’ils soient kitschissimes ou cultissimes.

Oserais-je dire que c’était presque un roman feel-good même s’il m’a fait dresser les poils des bras ? Ou était-ce tout simplement un roman fantastique d’épouvante (mais pas trop) qui se serait accouplé avec un roman social, à tendance noire (parce que le social chez les friqués, c’est pas un roman noir) et dont l’humour, noir, bien entendu, servirait à graisser les rouages ?

Inclassable, ce roman est tout bonnement inclassable, sauf à la caser dans les putain de romans qui réussissent à faire passer un excellent moment de divertissement, tout en ayant un fond et de l’épaisseur, autant dans son scénario que dans son personnage principale.

Claude, femme de 40 ans, émarge du RSA et la voilà qu’elle se retrouve à jouer les détectives privées dans une maison perdue dans le trou du cul de la France pour rechercher ce qui a pu arriver à une famille de touristes américains, disparue un beau jour…

Inclassable je vous dis, même avec un point de départ ultra conventionnel. Déjà, Claude n’est pas une femme banale, elle a du caractère, de la hargne et jamais je ne regarderai ma binette de jardin de la même manière.

Ce roman policier, roman noir, fantastique (dans les deux sens du terme) est à découvrir car sous le couvert du divertissement et de l’épouvante, il parle d’une société à double vitesse : celle qui laisse les plus démunis sur le côté, celle qui enfonce les demandeurs d’emploi au lieu de les aider, celle qui nous étouffe sous la paperasserie, celle des plans sociaux, des dégraissement, des start-up nation (je cause bien le dirigeant de multinationale, hein ?)…

L’angoisse est bien dosée, jamais trop exagérée et souvent suggérée (votre esprit est votre pire ennemi dans cette lecture). Malgré tout, j’ai frémi de peur mais toujours avec le sourire aux lèvres car Claude est une enquêtrice drôle qui manie aussi bien l’humour sarcastique que la binette de jardin.

Jamais le roman ne devient désespérant et malgré les ennuis, les coups du sort, le peu d’argent possédé par Claude (qui lui fait développer des combines pour manger, boire ou se laver gratuitement), jamais on a la sensation d’une ambiance plombée.

Plume trempée dans l’encrier du cynisme, additionnée d’humour noir, l’écriture est incisive, mordante, désopilante et laisse peu de moment de répit au lecteur. Mais l’encre n’est pas aussi noire que le café corsé, il y a de la lumière dans ce roman social, de l’espoir.

PS : Ok, peu d’espoir qu’un jour, les sites de l’administration arrêtent de buguer quand on a besoin d’eux, peu d’espoir aussi qu’au bout du fil (si on arrive encore à y trouver de la vie), une personne compatissante et professionnelle nous réponde que « oui, le site c’est de la merde, mais pas de soucis, on va tenir compte de votre inscription et vous aider ». Ça arrive parfois, mais c’est comme les apparitions de la Sainte Vierge : très rare !

Une lecture comme j’aimerais en faire plus souvent. Addictif à tel point que j’ai tout dévoré d’un coup. Un roman à lire car le plus horrible dans tout cela, c’est notre société à la « marche ou crève ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°2XX].

La chair de sa chair : Claire Favan

Titre : La chair de sa chair

Auteur : Claire Favan
Édition : HarperCollins (03/03/2021)

Résumé :
Moira O’Donnell c’est, derrière le feu des boucles rousses et l’énergie inépuisable, une femme qui lutte pour garder la tête hors de l’eau. C’est une vie d’adulte démarrée trop tôt.

Ce sont trois gamins livrés à eux-mêmes et autant de boulots cumulés pour les nourrir. Ce sont des pères absents : le premier, incarcéré le plus longtemps possible, croit-elle, et le second, suicidé. C’est une culpabilité sans fin.

Moira O’Donnell, c’est la solitude d’une mère de famille dure au mal qui se bat, tombe et renaît. Pour ses enfants. Et avec eux. À la vie, à la mort. Chaque semaine, elle achète un ticket de loterie en rêvant à une vie meilleure.

Mais les services sociaux ont d’autres projets pour elle… Et un problème n’arrivant jamais seul, l’équilibre précaire qu’elle pensait avoir créé vire bientôt à la tragédie.

Critique :
Il y des jours comme ça… Vous ouvrez le dernier roman d’une auteure que vous appréciez (mais si j’ai loupé son avant-dernière publication) et rien ne se passe…

Pas de déclic, pas de plongée spectaculaire dans son récit, mais l’horrible impression de regarder un film (série) mal joué ou pire, mal doublé…

Oui, j’ai souvent tendance à visualiser mes lectures comme si je regardais un film, même si mes décors intérieurs ne changent jamais (petit budget).

On secoue sa tête, on se dit que cela va passer, qu’il faut juste un peu de temps avant de s’immerger dans ce roman qui commence directement par de la sombritude (néologisme offert gratuitement), de la violence conjugale et des déboires à ne plus en finir pour cette jeune mère de famille, Moira.

Pendant que la locomotive du récit partait d’un côté, mon wagon a pris un autre aiguillage et ce n’est que vers la moitié du récit que j’ai récolé au train, commençant à m’imprégner des personnages, de leur vie de merde, même si à certains moments, cette horrible impression d’avoir des mauvais acteurs devant moi est revenue au galop pour quelques situations.

Zéro empathie pour Moira, que j’avais souvent envie de baffer tant elle se comportait de manière bipolaire : tout un coup faisant tout pour ses enfants et puis, après, s’amusant tous les soirs à aller boire des verres avec les collègues du boulot, laissant son aîné, Peter, seul à la maison.

Hormis Nigel qui m’a inspiré de la sympathie, j’ai eu aussi un peu de mal avec Bruce, le psychiatre. Pas au début, mais ensuite, quand tout va trop vite, quand on dirait que le train est en train de mal négocier un virage et que ça tangue… Non, désolée mais là aussi ça sentait le factice, les acteurs qui surjouaient.

Souffrirais-je d’une nouvelle forme de variant, le fameux Covid Littéraire qui vous ôte le goût et l’odorat lors de vos lectures et vous donne la sensation que ce que vous lisez est insipide ? Pitié, non…

Ce variant fut en plus doublé d’une fulgurance qui m’a fait comprendre directement ce que l’auteure nous cachait et qu’elle nous révèlerait plus tard… Parce que cette révélation, ça ne m’a pas aidé à remonter dans le train, que du contraire ! Ce qui aurait dû me tacler ensuite, plus loin dans le récit, était découvert et fini les surprises.

Un sociopathe a deux visages, celui qu’il montre à ses proches, gentil, prévenant et le réel, sournois, rusé, méchant, froid, cruel, prêt à tout pour réussir, violent… Un Janus au double visage et qu’il est difficile de percer à jour.

Si dans d’autres romans de l’auteure, je m’étais laissée emporter par ses personnages, ici, il n’en fut rien et croyez-moi que ça ne me fait pas plaisir d’écrire une chronique pour dire que mon ressenti fut plus que mitigé.

En peu de temps, deux romans de deux auteures que j’apprécie et qui m’ont souvent emmenées dans des lectures coups de cœur, se sont révélés être des lectures à côté desquelles je suis passée royalement et ça me désole. Mais ce n’est que partie remise, jusqu’au prochain roman.

Une chose que je ne peux pas reprocher à l’auteure, c’est sa capacité à descendre dans la noirceur humaine, dans le côté obscur de la Force. Son histoire est noire de chez noire, sans lumière pour éclairer et malgré ma lecture mitigée, elle restera gravée dans ma mémoire tant son final était glacial. Vite, lisons un Tchoupi !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°235].

Lëd : Caryl Férey

Titre : Lëd

Auteur : Caryl Férey
Édition : Les arènes Equinox (14/01/2021)

Résumé :
Norilsk est la ville de Sibérie la plus au nord et la plus polluée au monde. Dans cet univers dantesque où les aurores boréales se succèdent, les températures peuvent descendre sous les 60°C.

Au lendemain d’un ouragan arctique, le cadavre d’un éleveur de rennes émerge des décombres d’un toit d’immeuble, arraché par les éléments. Boris, flic flegmatique banni d’Irkoutsk, est chargé de l’affaire.

Dans cette prison à ciel ouvert, il découvre une jeunesse qui s’épuise à la mine, s’invente des échappatoires, s’évade et aime au mépris du danger. Parce qu’à Norilsk, où la corruption est partout, chacun se surveille.

Et la menace rôde tandis que Boris s’entête…

Critique :
L’agence de voyage Caryl Férey est spécialisée dans les voyages de l’extrême.

Avec elle, c’est Voyage En Terre Inconnue et non Échappées Belles dans un joli département de France.

Comme l’agence Ian Manook, elle vous emporte à la rencontre d’autres peuples, d’autres cultures méconnues, dans des régions où vous n’irez sans doute jamais en vacances. L’auteur, lui, avant d’écrire son roman, l’a visitée avant vous, prenant les risques pour vous.

Norilsk est en Sibérie, au bout du monde, là où s’échouent les gens qu’on ne veut plus voir, que l’on veut punir, que l’on veut exiler ou bien les travailleurs de l’extrême, pénétrant dans la mine de nickel pour en extraire ce précieux métal, au mépris de toutes les règles de sécurité. Norilsk, qui avait était Norillag, un camp du Goulag…

Business is business et la main-d’œuvre est corvéable à merci, n’ayant pas plus de prix pour les patrons, les actionnaires qu’une crotte sur le trottoir. Ici, les conditions humaines sont en dessus de tout et les conditions climatiques totalement extrêmes.

Comme souvent, dans les romans de Caryl Férey, les meurtres ne sont là que pour parler d’un pays, d’une culture, de ses habitants, pour dénoncer des exactions politiques, des mafias, des gangs, des citoyens lambda…

Le système Russe n’en sort pas grandi, mais l’auteur ne fait que dénoncer ce qui est vrai, sans fioritures, décrivant ce peuple slave qui a souffert, qui souffre toujours, qui a une capacité de résilience énorme, qui a morflé durant des siècles, qui morfle encore, dont les dirigeants successifs, certains étant des dictateurs fous, ont commis des horreurs et où celui qui est assis sur le trône en commet toujours, n’ayant aucune considération pour les droits des femmes, des homosexuels, des minorités ethniques, des étrangers.

Ce polar à lire sous une tonne de polaire vu la température (-64° durant les premières pages) ne possède pas une intrigue tarabiscotée, ni de résolution finale à la Agatha Christie, mais une ligne claire, facilement compréhensible.

Sous cette simplicité apparente, il y a du travail de documentation phénoménal, des décors grandeur nature, des personnages marquants, cassés par la vie, cherchant juste à survivre dans cette ville plus polluée que nos pays en entier.

Je me suis attachée à Boris, le flic bourru, à Sacha qui pratique le béhourd et joue au mineur la semaine, à Gleb, artificier dans la mine, homosexuel cachant sa liaison avec le beau Nikita, mineur de fond aussi. J’ai aimé Dasha, jeune fille cherchant le passé de sa babouchka…

Lëd est un polar noir, dur, violent, brut de décoffrage mais possédant une certaine poésie dans ses personnages, cabossés, vivant dans un lieu qui n’accorde aucun répit, autant la Nature que la pollution extrême qui y règne, bossant pour une société pour qui vous n’êtes rien, dans un monde où la corruption est un sport national, obligatoire pour survivre ou juste pour s’enrichir sur le dos des plus faibles que vous.

Un roman noir de l’extrême où les crimes mystérieux ne servent qu’à dénoncer les systèmes pourris du pays, la corruption, le stalinisme, le communisme, les goulags, les mines de nickel, la pollution, la minorité des Nenets qui disparaît lentement mais sûrement, le racisme, l’homophobie (là-bas, on en meurt), la virilité poussé à son paroxysme par une société qui veut des hommes, des vrais, les horreurs de l’Histoire,…

Un superbe roman, une fois de plus. J’ai peur du suivant car je me demande dans quel pays, société, culture, l’auteur va nous emmener.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°2XX] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°46].

Si ça saigne : Stephen King

Titre : Si ça saigne

Auteur : Stephen King
Édition : Albin Michel (10/02/2021)
Édition Originale : If It Bleeds (2020)
Traduction : Jean Esch

Résumé :
« If It Bleeds », le nouveau livre de Stephen King. Un recueil de 4 longues nouvelles, dont une suite, indépendante à « L’outsider »

Les nouvelles sont :
– Mr. Harrigan’s Phone (Le téléphone de Mr Harrigan)
Au sujet d’un téléphone hors du commun…

– The Life of Chuck (La vie de Chuck)
Le monde est au bord du gouffre lorsque…

– If It Bleeds (Si ça saigne)
Une bombe explose dans un collège. Devant le flash info, Holly Gibney qui est perturbée par un détail…

– Rat
Un auteur n’arrivant pas à écrire un roman part dans un chalet en pleine forêt pour écrire un roman…

Critique :
Le King est de retour dans un format où il excelle (comme Conan Doyle) : celui de la nouvelle !

Jamais évident de faire une nouvelle équilibrée afin que les lecteurs n’aient pas l’impression qu’on les a amputé d’une partie de l’histoire.

Le King y arrive toujours sans mal, nous donnant assez à lire pour ne pas que l’on se sente floué.

La première nouvelle avait un délicieux air rétro, comme si nous étions dans les années 50/60 alors que nous étions dans les années 2000 avec l’arrivée du premier smartphone de la marque à la pomme mordue.

Je me suis attachée aux personnages, autant au jeune Craig qu’au vieux monsieur Harrigan et ses théories sur l’Internet qui étaient tout à fait justes. Le plaisir de lecture était bien présent et j’ai aimé cette histoire de téléphone qui… No spolier !

Le King aurait pu aller plus loin dans l’horreur, mais il est resté dans le registre du fantastique. Je n’ai pas frissonné de peur mais j’ai apprécié cette nouvelle qui avait un début, une fin et un beau développement. Je ne me suis pas sentie grugée.

La deuxième histoire m’a laissé perplexe avec un commencement apocalyptique où le monde semble s’écrouler et où l’on va ensuite rejoindre la jeunesse de Chuck, voir le jour où il dansa dans la rue et tout savoir sur le mystère de la chambre sous la coupole.

Cette nouvelle m’a donné l’impression de se finir abruptement, sans que j’aie vraiment compris le rapport entre le côté apocalypse du départ et une partie de la jeunesse de Chuck… Puis en réfléchissant j’ai compris que j’étais face à une métaphore et la nouvelle a alors pris tout son sens.

La troisième met en scène une ancienne copine, Holly Gibney de l’agence de détective Finders Keepers. Cette nouvelle fait suite au roman « L’outsider » que je n’ai pas encore lu et malheureusement, j’ai eu droit à quelques révélations… Cette longue nouvelle m’a emporté, j’ai frémi, j’ai eu peur, le suspense était maîtrisé et j’ai tellement serré les fesses que lorsque tout se calme, j’en avais encore les mains moites.

La quatrième nouvelle parle, une fois de plus, de l’écrivain et de l’angoisse de la page blanche. Un thème qui revient souvent chez le King car c’est une situation qu’il a connue.

Cette dernière nouvelle du recueil a des airs de pacte faustien et comme on le sait, il y a toujours un prix à payer, même si on n’y croit pas. J’ai apprécié les ambiances de tempêtes, les questionnements de l’auteur, son entêtement à écrire un roman et l’arrivée, une fois de plus, de ses vieux démons.

Par contre, j’aurais aimé en savoir un peu plus sur ses problèmes d’avant, sur le pourquoi du comment il a failli brûler sa maison en voulant foutre le feu à son roman…

Quatre nouvelles qui avaient un début, une fin et un développement, qui ne m’ont pas laissées sur ma faim, comme le font souvent les histoires sous forme de nouvelles. Par contre, n’ayant pas lu les anciens recueils de nouvelles du King, je ne puis dire si celles-ci sont mieux ou dans la lignée des anciennes, même si je me suis laissée dire que c’était un cran en-dessous.

Faudra que j’aille vérifier !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°232] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°45].