Arsène Lupin contre Sherlock Holmes – Tome 1 : Jérôme Félix et Alain Janolle

Titre : Arsène Lupin contre Sherlock Holmes – Tome 1

Scénariste : Jérôme Félix
Dessinateur : Alain Janolle

Édition : Bamboo Édition (29/06/2022)

Résumé :
En Normandie, un vieil alchimiste aurait percé le secret de la transformation du plomb en or. Il n’en faut pas plus pour attirer la convoitise d’Arsène Lupin.

Mais ce que le gentleman-cambrioleur ignore, c’est que Sherlock Holmes est sur ses traces. Les bords de Seine vont bientôt devenir le témoin de l’ultime confrontation entre Holmes et Lupin. Et cette fois, ce sera une lutte à mort.

Critique :
Sherlock Holmes et Arsène Lupin se retrouvent une fois de plus ensemble !

Bien que je ne sois pas une fan de Lupin, je ne dis jamais non à une bédé qui me fait du pied.

Les premières pages de cette bédé sont consacrées au final tragique de l’Aiguille creuse, un final que les holmésiens n’apprécient guère, puisqu’il fait passer Holmes pour un salopard.

Pas d’édulcorant dans cette version-ci : Holmes braque son arme à feu sur Lupin et presse la détente. La drame a lieu, une fois de plus. Puis le récit va suivre les pas de Lupin…

J’ai apprécié les dessins de cet album, même si Holmes possède un visage que je n’ai guère apprécié. Il est hargneux, haineux, agressif. Cela ne lui ressemble guère. Par cela, il est plus proche du Sholmès caricatural de Maurice Leblanc (avec macfarlane et deerstalker) que du Holmes de son père littéraire, Arthur Conan Doyle.

Lupin, lui, est très élégant, raffiné, charmant et beau gosse. On sent bien que c’est lui le héros de cette série. Comme son original, il est le maître des déguisements. ♫ Le bel Arsène ♪

Le scénario ne manque pas d’intérêt, il est bien ficelé, intriguant au possible et mêle habillement des disparitions, un meurtre sans assassin, de l’alchimie, des codes secrets à casser… Bref, du suspense, des mystères, des secrets de famille, que demander de plus ?

Juste une chose : vivement la suite ! Oui, c’est à suivre et même si une partie du mystère est levé, il en reste encore sous la pédale pour un second album. Si le suivant est du même acabit que ce premier tome, cela me promet encore du plaisir littéraire, même si leur Holmes a plus du pit-bull hargneux que de l’homme élégant et maître de lui.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°21] Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

Omerta : R. J. Ellory

Titre : Omerta

Auteur : R. J. Ellory
Édition : Sonatine (02/06/2022) – 587 pages
Édition Originale : City of Lies (2006)
Traduction : Claude et Jean Demanuelli

Résumé :
Après Vendetta, le nouvel opéra mafieux de R. J. Ellory !

Écrivain à la dérive, John Harper vient d’apprendre une nouvelle qui le bouleverse : son père, qu’il n’a jamais connu et croyait mort depuis longtemps, est bel et bien en vie. Il se trouve dans un hôpital de Manhattan où l’on vient de le transporter, à la suite de graves blessures par balles.

John n’est cependant pas au bout de ses surprises : son père n’est pas n’importe qui, puisqu’il s’agit de Lenny Bernstein, l’un des pontes de la mafia new-yorkaise. Bien vite, John va découvrir que si son passé a été bâti sur des mensonges, son présent l’est tout autant. Pour démêler le vrai du faux, il va devoir se confronter à une énigme insoluble : quel genre d’homme est vraiment son père ?

Plongée saisissante au sein d’une mafia new-yorkaise agitée par les luttes intestines, Omerta est surtout un superbe roman sur la perte de l’innocence, l’apprentissage des désillusions et l’héritage lourd de conséquences qu’un père peut léguer à son fils. Un sommet d’émotion, par un des écrivains les plus talentueux du genre.

Critique :
Impossible de résister au dernier Ellory ! En plus, l’auteur avait pris la mafia pour sujet principal, ce qui me tentait encore plus. En commençant ma lecture, je me suis demandée pour quelle raison l’auteur situait l’action en 2004. Il devait y avoir une raison…

Puis, en mettant à jour sa fiche sur Livraddict, je me suis rendue compte que le roman datait de 2006… Ok, ce n’était pas un nouveau roman, mais un ancien que l’on publiait en français seulement maintenant et là, j’ai compris pourquoi l’écriture de l’auteur me semblait différente.

Désolée, mais dès le départ, je n’ai pas accroché du tout ! Ni au récit, ni aux personnages, ni à l’ambiance. Ou la malédiction des lectures foirées recommence (vu le nombre, je suis prête à le croire), ou bien il manquait un truc dans ce premier roman de l’auteur.

Après avoir lu un cinquième de ce roman, il ne se passait toujours rien dans ma vie de lectrice : pas d’émotions, de l’ennui, l’envie d’envoyer bouler les personnages, notamment la virulente tante Evelyne (avant qu’elle ne remonte dans mon estime lorsque j’en ai appris plus sur elle et compris sa colère) et ce pauvre John Harper qui ne savait pas où il venait de foutre les pieds, vu qu’il n’avait pas eu accès, comme moi, au résumé du quatrième de couverture.

Cette lecture m’a donné l’impression que ce n’était pas la plume d’ Ellory que je lisais. Mon ressenti était comme lorsque j’entends des chansons qui ne sont pas les originales, mais interprétées par d’autres chanteurs, des absolument pas connus.

Lorsque j’entends une telle horreur dans un magasin (ils paient moins de droits, je pense), je me dis toujours que si j’avais entendu telle quelle la première version, jamais je n’aurais aimé la chanson. Ben ici, ce fut pareil.

Même les dialogues m’ont semblés surfaits, mal joués, comme dans une série B. L’échange qu’aura John Harper avec les autres mafiosi était génial, mais peu réaliste, vu qu’il n’avait rien d’un acteur ou d’un mec au sang-froid exceptionnel.

Alors que les autres romans de l’auteur m’ont toujours fait vibrer ou apporté du plaisir de lecture, celui-ci m’a laissé de marbre, sauf dans son final, explosif, qui était jouissif, je l’avoue. Tout s’enchaîne, tout s’explique, les secrets de famille tombent, laissant entrevoir une vérité bien plus horrible que celle que je pensais.

Hélas, je me suis ennuyée ferme durant plus de la moitié des 580 pages, ce qui a plombé toute cette lecture. Heureusement que je n’ai pas commencé ma découverte de l’auteur avec ce roman. Heureusement pour moi, j’ai eu assez de coup de coeur avec ses autres romans que pour être rassasiée, mais je n’aurais pas dit non à une fois de plus.

J’attendrai le vrai nouveau roman de 2023, avec impatience.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°20] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

Les Thés Meurtriers d’Oxford 03 – Flagrant Délice : H.Y. Hanna [Par Dame Ida, Critique d’Afternoon Tea]

Titre : Les Thés Meurtriers d’Oxford 03 – Flagrant Délice

Auteur : H.Y. Hanna
Édition : Autoédité (07/04/2022)
Édition Originale : Oxford Tearoom Mysteries, book 3: Two down, bun to go (2016)
Traduction : Diane Garo

Introduction BABELIO :
Un coup de fil sinistre au milieu de la nuit plonge la propriétaire de salon de thé Gemma Rose au cœur d’un nouveau mystère. Cette fois, son ami Seth est considéré comme le principal suspect d’un crime !

Un meurtre macabre commis dans le cloître d’un ancien collège d’Oxford révèle des rivalités amères au sein de l’université, mais Gemma découvre des indices inattendus dans son petit village des Cotswolds.

Pendant ce temps, sa vie amoureuse ne lui laisse pas de répit. Elle peine à choisir entre l’éminent médecin Lincoln Green et le séduisant inspecteur Devlin O’Connor… tandis que son salon de thé anglais pittoresque prend l’eau alors qu’elle se démène pour trouver un nouveau chef pâtissier.

Avec sa mère exaspérante et sa petite chatte tigrée espiègle, Muesli, qui la rend complètement folle – sans oublier les vieilles chouettes qui ne la lâchent pas d’une semelle -, Gemma doit résoudre son affaire la plus difficile à ce jour si elle veut empêcher la plus cruelle des injustices.

L’avis de Dame Ida :
Or donc voici le troisième volume des enquêtes de Gemma Rose, que j’attendais au tournant.

Gemma est réveillée en pleine nuit par un coup de fil d’un ami qui se voit accusé de meurtre et lui demande de lui rendre un petit service un peu en marge de la loi.

Dans cet opus, le moins qu’on puisse dire c’est qu’on se retrouve plongé en plein milieux de l’action d’emblée et sans attendre que le décor se pose, ce qui est le cas dans la majorité des romans.

Ici le meurtre a eu lieux avant même qu’on tourne la première page.

Cet élément scénaristique et le choix de l’auteure d’écrire ce roman à la première personne vient donner un véritable dynamisme au texte.

Elle nous embarque de manière active dans le cours de ses pensées, et nous transmets les informations à mesure qu’elle les reçoit, ce qui nous plonge de manière très active dans l’intrigue et nous donne le sentiment d’enquêter avec elle.

Elle y intègre également les petits cotés triviaux du quotidiens, et ses histoires de familles qui viennent s’ajouter à son emploi du temps, donnant quelque chose d’authentique à l’histoire…

Car oui, tout enquêtrice amatrice qu’on soit, on n’en a pas moins une vie ! Des parents, des amis, un chat, un job…

Et comme par ailleurs la prose est vivante, de bonne qualité, avec ce petit côté ironique et détaché propre à la « british upper-middle class » dont l’héroïne est supposée faire partie, la lecture du roman est particulièrement agréable.

Bonne surprise ! L’intrigue est honorable et gagne en complexité par rapport aux enquêtes précédentes. Le puzzle s’assemble pièces après pièces et finit par prendre tout son sens au moment de la révélation finale.

Toutefois, si la solution s’impose comme évidente, elle n’est jamais qu’une théorie possible au moment où mue par son intuition, Gemma fonce tête baissée contre l’ennemi, entraînant tous ses alliés dans son sillage, sans que quelqu’un ne lui demande l’once d’un début de preuve pouvant permettre à la théorie de tenir.

Cette petite facilité me semblera légèrement regrettable en ce sens qu’elle manque de crédibilité, même si on prend plaisir à suivre cette héroïne sympathique et ses amis au long des pages jusqu’à une scène de dénouement qui ne manque pas de comique.

Et puis… Voilà… J’attendais ce troisième roman au tournant pour voir si nous étions partis pour tourner en rond dans les histoires de cœur compliquées de l’héroïne hésitante entre deux hommes tel l’âne de Buridan mort de faim et de soif en hésitant entre commencer par boire son seau d’eau ou manger son seau d’avoine.

Alléluia !!!! Elle a fini par choisir !!! Qui ? Nan mais ça va pas ? Je ne vais quand même pas spoiler ça !!! Vous devrez lire ! Franchement, vous me prenez pour qui ?

Cela étant, même si ce mystère concernant ses inclinations pour la gente masculine est enfin élucidé et ne débouche pas sur un « coming out asexuel », ni sur un engagement à vie dans la frigidité et la névrose obsessionnelle, je dois avouer que cette question n’avait qu’un intérêt secondaire dans l’enquête même si les messieurs qui lui faisaient du charme ont pu prendre une part active à l’action. On est loin des obsessions d’Agatha Raisin.

Comme quoi, les anglais arrivent à séparer vie privée et vie professionnelle quand il le faut ?

Un petit bémol ? Oserai-je ?

Un truc me titille depuis le premier volume : le passé professionnel de Gemma dont on nous dit qu’elle vient de rentrer à Oxford après 8 ans passés à mener une brillante carrière dans une grosse boîte Australienne.

Sauf que tome deux, je réalise qu’elle a 29 ans, et que donc elle est partie à 21 ans. Et à 21 ans, à moins d’être une surdouée avec deux ans d’avance (et un tel détail s’annonce dans un background de personnage), tu ne sors au mieux qu’avec ta licence (bachelor en anglais). Et en outre, elle aurait étudié les lettres anglaises…

Or au tome trois on nous explique qu’elle aurait été compétente pour lancer une campagne marketing internationale…

Alors, OK, on nous dit qu’elle a gravi les échelons en Australie… OK, l’Australie fut un temps le nouvel El Dorado de celles et ceux qui avaient compris que le rêve Américain n’était plus qu’une grosse blague… Mais l’Australie n’est pas un pays sous-développé incapable de produire ses propres MBA ou autres Masters destinés aux futurs cadres du marketing !

Dois-je rappeler ce qu’une licenciée en lettre moderne de la Sorbonne peut espérer trouver comme job en France ? Même si elle a eu une mention très bien ? Même pas un job de secrétaire ! On a de très bons BTS d’assistantes de direction, trilingues, qui préparent mieux les candidates à l’utilisation des outils informatiques et au vocabulaire spécifique du commerce dans les langues étrangères…

J’ai d’ailleurs une copine qui a un tel BTS et qui rêve depuis 15 ans de passer cadre… mais nan… les nouvelles recrues sur ce niveau doivent toutes avoir un Master… On me dira que c’est très français cette obsession du diplôme… C’est vrai que chez nous avec une licence de lettres, soit tu poursuis ta formation pour espérer faire de l’enseignement (en primaire ou à la fac si tu décroches un doctorat et que tu as de bon appuis)… Soit tu passes les concours administratifs ou tu prends ce qu’on veut bien te donner à Pôle Emploi.

Oui la carrière de haut niveau dans le marketing juste avec une licence de lettres, fût-elle obtenue à Oxford, c’est extrêmement peu crédible. Mais pas seulement en France. En Angleterre aussi. D’autant que dans ce pays on ne rigole pas avec la conscience de classe.

Ou alors c’est qu’il s’est passé un truc… Un piston d’un tonton… Une intrigue à la « Working Girl »… Une histoire d’amour avec le fils du PDG… Ou alors peut-être qu’en Australie tout est encore possible, qu’on embauche un niveau de culture générale et pas un technicien maîtrisant déjà un sujet et immédiatement rentable…

Mais même si c’est vrai… il est de bon ton d’expliciter les choses pour ne pas laisser la lectrice dans une perplexité abyssale ! Parce que là ça laisse un goût de « pas crédible » et moi j’ai une vilaine obsession : je tiens à ce que le background des héroïnes soit crédible.

Mais… Je taquine le rectum des mouches ! Je l’avoue ! Car mis à part ce (gros… mais il appartiendra à chacun d’estimer à quel point c’est gros en fonction de sa sensibilité) détail, cette enquête m’a paru bien plus engageante que les deux précédentes et le plaisir était au rendez-vous.

Évidemment, je vais lire bientôt le tome 4 pour voir si l’auteure poursuit sur sa lancée !

 

Franck Sharko & Lucie Hennebelle – 05 – Pandemia : Franck Thilliez

Titre : Franck Sharko & Lucie Hennebelle – 05 – Pandemia

Auteur : Franck Thilliez
Édition : Pocket Thriller (06/05/2016) – 653 pages

Résumé :
Comme tous les matins, Amandine a quitté sa prison de verre stérile pour les locaux de l’Institut Pasteur.

En tant que scientifique à la Cellule d’intervention d’urgence de l’Institut, elle est sommée, en duo avec son collègue Johan, de se rendre à la réserve ornithologique de Marquenterre pour faire des prélèvements sur trois cadavres de cygnes.

Un sac avec des ossements est trouvé dans l’étang.

Critique :
Oui, cette année 2022 sera celle de Franck Thilliez et de ma mise à jour dans la lecture de ses différents romans, notamment ceux avec le duo Franck Sharko & Lucie Hennebelle.

Par contre, était-ce bien indiqué de lire un thriller parlant de pandémie, de virus qui mute, de grippe inconnue, alors que l’on vient de traverser une pandémie de SRAS COV2 et que tout n’est pas encore terminé ?? Là, ce n’était pas la meilleure idée que j’ai eue, mais j’ai bien vérifié sous le lit, pas de monstre grippal de caché dessous ! Ouf.

Une fois de plus, l’équipe de Sharko va affronter la crème de la crème des tueurs. Là, on est carrément sur du tueur étoilé, 4 étoiles au Guide Michelin des Assassins. Non seulement il a de l’audace, mais ses crimes sont d’un mauvais goût extrême, épicé de saloperies qu’on n’a pas envie de mettre à sa bouche.

Jamais d’assassin du dimanche, dans les enquêtes de Sharko ou de Colonel Moutarde (y aurait-il pénurie de Moutarde ?). Toute l’équipe va se démener pour attraper les assassins (oui, le chef coq épaulé de ses super cuisiniers), tousser beaucoup (saloperie de virus), descendre là où vous n’avez pas envie de descendre (laissez-moi remonter à la surface), voyager et malgré la qualité étoilée des assassins, vous pensez bien que notre Sharko va réussir à les trouver.

Dit ainsi, on pourrait penser que je me moque… Juste un peu, parce que pour le reste, le récit est plus qu’efficace, plus qu’addictif et il m’a remis en mémoire des moments peu agréables de notre existence, au plus fort de la pandémie Covid, les confinements en moins.

Ce thriller est un pavé qui ne se fait pas sentir. Il se dévore, l’écriture de Thilliez est toujours aussi efficace et les sujets traités des plus intéressants. Au prochain repas de famille, je pourrai parler des virus de la grippe, ainsi que de celui de la peste et étaler mon nouveau savoir Thilliesque, tout en tartinant ma viande de marinade.

Anybref, ce thriller policier fait le job : il m’a diverti, il m’a cultivé un peu plus, il m’a donné des frissons d’angoisses et comme il se passait, une fois de plus, vers la fin de l’année, il est parfait pour une lecture un jour où les températures montent. De plus, dans ce tome-ci, Lucie est redevenue un personnage plus calme et moins chiante que dans les deux précédents.

Le seul inconvénient, c’est qu’après la lecture d’un Thilliez, les romans suivants semblent un peu fade, manquer de pep’s, de goût, d’audace… Fatalement, après avoir dîné à la table d’un maître assassin étoilé, la cuisine habituelle semble fadasse.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°18] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

Francis Rissin : Martin Mongin

Titre : Francis Rissin

Auteur : Martin Mongin
Édition : Pocket (04/03/2021) – 672 pages

Résumé :
De mystérieuses affiches bleues apparaissent dans les villes de France, seulement ornées d’un nom en capitales blanches : FRANCIS RISSIN. Qui est-il ? Comment ces affiches sont-elles arrivées là ? La presse s’interroge, la police enquête, la population s’emballe. Et si Francis Rissin s’apprêtait à prendre le pouvoir, et à devenir le Président qui sauvera la France ?

Pour son premier roman, Martin Mongin signe un livre vertigineux. Un roman composé de onze récits enlevés, onze voix qui lorgnent tour à tour vers le roman policier, le fantastique, le journal intime ou encore le thriller politique, au fil d’une enquête paranoïaque sur l’insaisissable Francis Rissin. Avec une maîtrise rare, Martin Mongin tisse sa toile comme un piège qui se referme sur le lecteur, au cœur de cette zone floue où réalité et fiction s’entremêlent.

Autant marqué par l’art de Lovecraft, de Borges ou de Bolaño que par la pensée de La Boétie ou d’Alain Badiou, Francis Rissin est un premier roman inventif et inattendu, au propos profondément politique.

Critique :
Il est certains romans, encensés par les critiques diverses, quelles soient des journalistes, des libraires, des blogueurs ou des membres de Babelio, que l’on a absolument envie de lire, afin de vivre les mêmes émotions que les autres, de se prendre une claque littéraire, de vibrer…

Tout le monde le disait, cette histoire était délirante, folle, géniale…

Hélas, la malédiction se poursuit : je suis à contre-courant de la majorité, une fois de plus.

Non, ce livre ne m’a pas paru génialissime ou autres superlatif ou laxatif. Le pavé fut indigeste et il m’est resté sur l’estomac. Le problème est survenu dès les premières lignes… Mais je n’y ai pas attaché d’importance, sur Babelio, Kittiwake prévenait qu’il ne fallait pas se fier au premier chapitre.

Moi, j’aurais dû, parce qu’il a été le déclencheur de ma Bérézina littéraire. Entre nous, la suite n’a pas été plus prometteuse et ce fut une lecture pire que sur des montagnes Russes.

D’ailleurs, j’en suis sortie barbouillée, avec l’envie d’aller balancer ce livre directement dans une boîte à livre. Il était passé 23h lorsque je l’ai terminé, avec la langue pendante, après avoir sauté des lignes, des paragraphes, des pages.

Francis Rissin est un personnage que l’on n’arrive pas à cerner. Son portrait va être fait par différentes personnes, le cercle se resserrant de plus en plus sur l’homme énigmatique qu’il est. Le tout en 11 chapitres.

Chaque chapitre est différent du précédent, puisque l’on change de narrateur, de témoin, donnant un espèce de charivari de genres littéraires, passant d’une sorte d’étude universitaire à une enquête policière, une dystopie, un récit journalistique, une analyse de l’exercice du pouvoir, une confession…

N’en jetez plus, la coupe est pleine. La narration m’a semblé erratique et je me suis perdue totalement dans ce récit qui semblait n’avoir ni queue, ni tête, me donnant l’impression étrange que je ne lisais plus le même roman, mais plusieurs. Quel bordel !

Finalement, Francis Rissin est comme les personnages de François Pignon ou François Perrin (personnages de fiction créés par Francis Veber), il est légion. Il est partout et nulle part. Il existe sans exister.

Désolée, mais ma préférence à moi (merci Julien Clerc) ira aux François Pignon et Perrin, qui ont au moins eu le mérite de me faire passer de bons moments, là où Rissin ne m’a fait aucun bien.

Je pense qu’avec un tel roman, ça passe ou ça casse. Pas besoin de vous faire un dessin, chez moi, ça a cassé, je ne me suis pas laissée embarquer par le récit, je n’ai pas vibré, me demandant plusieurs fois ce que je foutais dans ce roman qui, clairement, ne me parlait pas.

Ils en parlent mieux que moi : Gruz / Kittiwake / paroles / motspourmots

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°17] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

Nains – Tome 23 – Ararun et la rage bleue : Nicolas Jarry et Paolo Deplano

Titre : Nains – Tome 23 – Ararun et la rage bleue

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Paolo Deplano

Édition : Soleil (18/05/2022)

Résumé :
Tandis que le capitaine Ararun traque des assassins qui abandonnent derrière eux des cadavres dont la tête et les avant-bras ont été tranchés, les anciens démons du capitaine Antalya reviennent la hanter.

Dans sa soif de vengeance, l’elfe bleue risque de détruire tout ce pour quoi la garde s’est battue depuis sa création.

Critique :
Le duo d’enquêteurs formé par le Nain Ararun et l’Elfe Bleue Antalya m’avait bien plu, dans le tome 18 (Ararun du Temple), me faisant penser à Holmes et Watson en version super badass.

Holmes pour l’Elfe, qui est taiseuse, froide et le Watson serait pour le Nain, un cogneur sachant cogner et auquel il vaut mieux ne pas aller se frotter.

Rien n’a changé dans la ville d’Ysparh, où nos deux compères font partie de la garde. Les mestres, les puissants de la ville, font toujours ce qu’il leur plait, la population gronde et la tension monte, notamment avec l’arrivée de ces tueurs étranges qui semblent participer à des chasses à l’Homme.

Reprenant les codes de l’album 18 où nous découvrions le duo, l’auteur ne se contente pas de réchauffer la soupe. Non, il va plus loin et c’est l’Histoire de notre monde qui se déroule sous nos yeux : le peuple qui gronde, prêt à la révolte, par les armes s’il le faut, puisqu’on ne l’écoute pas, puisqu’on l’oppresse.

Le duo improbable, formé par le Nain et l’Elfe marche du tonnerre et même s’il semble en perdition dans ce récit, ce ne sera que pour mieux se reformer ensuite, une fois que notre cogneur aura pris la peine d’écouter sa partenaire, qui parle peu et qui gronde en silence.

Ararun est un personnage complexe, il défend la loi, la ville, appartenant à sa garde et pour lui, l’honneur n’est pas un vilain mot. C’est aussi un excellent enquêteur, remontant les pistes patiemment. Il a de la gouaille, le gosier en pente, mais c’est un ami loyal et fidèle.

Une fois de plus, c’est encore un excellent tome des Nains que nous propose les auteurs. Les Terres d’Arran ont beau faire partie d’un monde de fantasy, elles sont très proches de nos sociétés à nous, puisque nous y retrouvons tous les travers des Humains dans les récits, mais aussi nos qualités.

Les dessins de Paolo Deplano sont des plus réussis, que se soit dans les scènes d’action, dans celles plus calmes ou dans les décors majestueux de la ville. Les couleurs mettant bien en valeur l’album, lui donnant des tons lumineux ou sombres, selon ce qu’il se passe dans le récit.

Un bel album, comme toujours !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°16] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

Une libération : Nicolas Rabel

Titre : Une libération

Auteur : Nicolas Rabel
Édition : Pocket (21/08/2014) – 658 pages

Résumé :
Un vieil homme vient d’être assassiné dans une maison de retraite. Parmi les pensionnaires interrogés, Odette Dulac. Face au lieutenant de police, elle entame le récit de sa vie.

En 1940, à tout juste dix-neuf ans, l’Histoire la fait basculer dans l’âge adulte : elle entre dans la Résistance, une expérience inoubliable et douloureuse. Son interrogatoire tourne à la confession : Odette peut enfin chasser ses fantômes…

Critique :
Il ne fait pas toujours bon vivre, dans les maisons de repos (EPAHD), non pas à cause des quarts de biscuits qui vous sont donné pour votre goûter, mais pour une paire de ciseau plantée 8 fois dans le bide d’un résident.

Mais ce n’est pas par ce meurtre que le roman va commencer. D’ailleurs, le meurtre est accessoire, je trouve, il servira juste de déclencheur à Odette pour raconter son histoire, histoire qui commence avec son entrée dans la résistance, en tant que codeuse de messages.

Voilà un pavé que j’ai dévoré en deux jours et une matinée. Le genre de roman que l’on a du mal à lâcher, une fois commencé.

La période de la Seconde Guerre Mondiale est propice à bien des romans, vu la richesse de ce qu’il s’est passé : des horreurs, la plupart du temps (hélas), des actes de bravoure, de résistance, de collaboration, de débrouille, d’inventivité, de passivité, de courage, d’égoïsme, de partage…

Odette est un personnage sympathique, auquel on s’attache de suite. Elle n’est pas toute blanche non plus, mademoiselle ayant une aventure avec un Boche, tout en jouant à la Résistante. Les premières pages m’ont happée et je suis ressortie d’une longue apnée lorsque l’auteur est repassé au récit contemporain.

Dans le film « La grande Vadrouille », lorsque Stanislas Lefort et Augustin Bouvet (De Funès & Bourvil), déguisés en allemands, se font arrêter, un pêcheur, interprété par Paul Préboist, se marre et dit à son compère : V’là qu’ils s’arrêtent entre eux maintenant, ça doit pas marcher ben fort !

Et bien, dans ce roman, ce sont les Français qui arrêtent les Français ! À Paris, ville sous occupation Allemande, you risk on the two tableaux : avoir des emmerdes avec les Boches ou en avoir avec vos concitoyens, vos voisins… Et dans ce roman, you risk encore plus avec vos concitoyens qu’avec l’ennemi.

Comme pour une rafle célèbre, notre Odette ne verra jamais que des uniformes français et aucun vert-de-gris à la prison de Fresnes et lorsqu’un type avec l’accent du Nord la torturera pour la faire parler, il se trouvera même des excuses, le bougre de salopard !

Le récit fera la part belle à beaucoup de situations de l’époque, notamment des missions de Résistance, du marché noir (mais trop peu), des pénuries alimentaires, de la Libération de Paris, parlera des résistants de la 13ème heure, de la collaboration horizontale, sans remettre en cause les femmes ou les juger, parlera des actes de vengeance sordides, comme les tontes des femmes et des gens qui ont eu trop peur que pour résister.

Pas de manichéisme, les salauds n’étaient pas que les envahisseurs, parfois, c’était aussi le coiffeur de votre rue, votre voisine, une collègue, un voisin… La guerre change les gens et ce roman le montre bien.

La résolution du meurtre de la maison de retraite est accessoire, on se doute très bien de l’identité du coupable, ce que l’on veut savoir, c’est qu’elle était l’identité du mort et ce qu’il a bien pu faire pour se prendre des coups de ciseau dans le buffet. Entre nous, je râlais à chaque fois que l’on quittait le récit d’Odette pour revenir au présent. Ce n’est même pas une enquête, c’est juste une confession.

La plume est agréable, les actions sont décrites avec luxe de détails, ce qui aurait pu ralentir la lecture. Et bien non, les phrases se lisent toutes seules, l’action se déroulant devant mes yeux, comme au cinéma et c’est le cœur un peu gros que j’ai refermé ce roman, terminé. Cela faisait des années qu’il prenait les poussières dans mes étagères (2017)…

Un livre rempli d’émotions en tout genre, qui m’a emporté tel un tourbillon, me déposant à Paris, durant l’Occupation et la Libération, durant ces jours où les lois n’existaient plus, où tout le monde réglait ses comptes, à tort ou à raison, de vengeait des années de privation, se donnait bonne conscience, se dédouanait d’avoir eu peur et d’être resté immobile, jugeant alors les autres et se défoulant sur les femmes.

Un excellent roman, très bien documenté.

Une question restera pour toujours dans ma tête : mais qu’est-ce que j’aurais fait, moi ? Je ne pense pas avoir le courage d’Odette. Pourtant, au départ, cette jeune fille n’en avait guère, elle avait peur, n’osait pas et ensuite, c’est le premier pas qui coûte…

PS : C’était Blackat qui m’avait donné envie de le lire. Comme elle n’est plus de ce monde, je ne pourrai même pas la remercier pour cette belle lecture. Ni lui dire que je l’ai enfin lu !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°15] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

Absolution par le Meurtre – Soeur Fidelma 01 : Peter Tremayne [Par Dame Ida, Pseudo-Historienne à seize heures]

Titre : Absolution par le Meurtre – Soeur Fidelma 01

Auteur : Peter Tremayne
Édition : 10/18 Grands détectives (2004 / 2011)
Édition Originale : Absolution by Murder
Traduction : Cécile Leclère

Résumé :
En l’an de grâce 664, tandis que les membres du haut clergé débattent en l’abbaye de Streoneshalh des mérites opposés des Églises romaine et celtique, les esprits s’échauffent.

C’est dans ce climat menaçant qu’une abbesse irlandaise est retrouvée assassinée.

Amie de la victime sœur Fidelma de Kildare va mettre tout sur talent et son obstination à débusquer le coupable. Jeune femme libre et volontaire, Fidelma n’est pas une religieuse tout à fait comme les autres…

Avocate irlandaise célèbre dans tous les royaumes saxons, elle sillonne l’Europe pour résoudre les énigmes les plus obscures en compagnie du moine Eadulf.

Dans cette première enquête, leur collaboration sera mise à rude épreuve tandis que les meurtres se multiplient à l’abbaye.

L’avis de Dame Ida :
Absolution par le Meurtre est un roman policier historique dont le personnage principal deviendra un personnage récurrent repris par l’auteur.

Sœur Fidelma de Kildare, éminente juriste de son époque est en outre douée d’un véritable talent pour résoudre les énigmes ; talent qui sera mis à l’œuvre pour retrouver l’assassin de l’Abbesse Etain trouvée assassinée au moment où débute une rencontre entre les différents courants du christianisme se développant sur les îles de ce qui deviendra plus tard le Royaume Uni.

Et oui, nous sommes au VIIe siècle. Le Royaume-Uni est loin d’être unifié, que ce soit d’un point de vue politique comme du point de vue religieux.

Il est composé d’une infinité de petits royaumes de cultures différentes et où le statut de la femme varie de manière étonnante, et le catholicisme romain est encore loin d’avoir la main mise sur le pays évangélisé par Saint Colomban (ou Colombus en latin), dont la légende veut qu’il soit le premier témoin des apparitions du monstre du Loch Ness… En effet, des églises locales se réclament de l’enseignement de ce saint qui différerait de celui de Rome.

Nous découvrons que si certains moines ou ascètes ont fait le choix de suivre la recommandation de Saint Paul et de rester célibataires et chastes, il ne s’agit pas encore d’une obligation pour les religieux qui peuvent vivre en couvant mixtes, et où les prêtres et les évêques peuvent se marier. Mais évidemment…

Être évêque ou abbesse à la tête d’une riche et influente communauté reste tout de même un privilège des personnes issues de la caste aristocratique.

Note de Dame Ida : En réalité l’obligation du célibat dans le clergé ne se mettra en place qu’entre le XIe et le XIIe siècle… Pour des questions économiques : le Vatican ne voulant pas entretenir les veuves et orphelins laissés par les prêtres, et au passage, rester le seul héritier de ce qu’ils laissaient. Et le mariage ne deviendra un sacrement de l’Eglise Catholique au XIIe siècle également !

Anybref, ce roman comportait un grand nombre d’ingrédients pour me faire kiffer grave la race de ma mémère :

De l’histoire et qui plus est de l’histoire religieuse (on ne se remet pas comme ça d’avoir été première en catéchisme en étant petite), des meurtres, une enquête… Un peu d’amour… Un contexte faisant évidemment penser, peut-être un peu trop, au fabuleux roman d’Umberto Ecco, le « Nom de la Rose »…

Ou aux enquêtes d’un autre moine anglais, Frère Athelstan, célèbre sur ce blog… Et qui pourrait être son grand frère spirituel pour ne pas dire son inspirateur (il est apparu en 1991 et elle en 2004), bien qu’il ait vécu cinq siècles plus tard.

Mais la magie n’a pas opéré sur moi malgré mes attentes.

Pourquoi ? Ah… Oui bonne question… Il faut que je me la pose, que j’analyse et que j’argumente.

Le haut moyen âge anglais est une période que je ne connaissais pas du tout. Aussi, bien que curieuse, je me suis retrouvée totalement perdue car sans références. Je devais compter intégralement sur l’auteur pour me guider. Pourquoi pas ? Après tout je ne demandais qu’à apprendre !

Mais voilà… Le roman est plutôt court. Beaucoup trop court en comparaison à son ambition de nous faire découvrir la face cachée de la lune. D’autant que le haut moyen âge anglais est une période éminemment complexe sur le plan religieux et politique, le pays étant divisé en de multiples petits royaumes plus ou moins antagonistes en fonction des périodes et ayant chacun leurs mœurs et où le paganisme cohabite encore avec le christianisme.

Entre les Saxons, les Pictes, les Irlandais, les celtes, les habitants des « Angles », et j’en oublie… Cela fait énormément d’informations à enregistrer et à intégrer.

Or quand elles tombent toutes en même temps comme une avalanche dès les premières dizaines pages (mention spéciale pour le passage où Fidelma se fait présenter TOUS les personnages forts nombreux présents pour le débat théologique qui s’annonce), un cerveau moyen est vite saturé.

L’auteur semble oublier ici, dans sa hâte de nous en dire le plus possible en un minimum de temps, que le lecteur n’est pas nécessairement historien et n’aborde pas son roman comme un livre de référence historique.

Et oui, le lecteur moyen qui ouvre un roman est d’abord là pour se distraire, même s’il n’est pas allergique quant à la perspective d’apprendre des choses.

Tout est question de dosage et d’équilibre dans un roman historique, et là pour un roman de moins de deux cents pages, allier action et une période aussi complexe de l’histoire relevait de la gageure.

Outre l’avalanche de données historiques, celles-ci étaient souvent amenées avec maladresse. Quand on rajoute tout un tas d’explications historiques dans les dialogues, ça peut rapidement avoir un aspect très artificiel soulignant que ledit dialogue n’a pas pour fonction de faire progresser l’action, mais de déployer les éléments culturels de contexte.

C’est un défaut que je repère assez souvent dans les premières pages de certains romans où les premiers dialogues sont là pour planter le décor, mais cherchent à en dire trop pour que cela puisse garder l’aspect d’un vrai dialogue naturel.

Cette maladresse est sans conteste liée à la petite taille du roman, et à certains moments les explications académiques qui nous sont exposées viennent briser le rythme de l’action et créer des longueurs m’amenant à me demander quelle place il restera à la résolution de l’intrigue.

Toutes ces informations auraient nécessité d’être davantage délayées dans l’action, de manière subtile pour ne pas assommer le lecteur. Mais pour ce faire, il aurait alors fallu que le roman soit plus long. Je doute que le « Nom de la Rose » ait été aussi plaisant à lire s’il avait été plus court.

En outre, que de personnages ! Ils sont fort nombreux ! Et si on ajoute toutes les informations historiques, religieuses, aux nombre de personnages à mémoriser là, c’est vraiment trop pour une mémoire déjà saturée.

D’autant que tous ces personnages ont des noms au sonorités barbares, exotiques ou originales, bien éloignées de nos habitudes, ce qui rend la mémorisation encore plus compliquée. Parfois j’étais complètement perdue et j’avais l’impression de lire un ouvrage de fantasy de l’ère hyperboréenne !

Et je passe sur les liens d’alliances, d’inimitiés ou familiaux complexes (les familles recomposées n’ont pas attendu le XXe siècle pour apparaître en Occident !!!) entre tous ces personnages qui sont évidemment à assimiler si l’on veut pouvoir comprendre les éventuels mobiles du meurtrier.

Effectivement, un meurtre a toujours un mobile… et débusquer tous les motifs pour lesquels on aurait pu vouloir la mort des victimes, et les liens possibles entre ces mobiles, c’est une nécessité incontournable de l’enquête.

Aussi le lecteur doit alors essayer de tous enregistrer… ou y renoncer et donc… renoncer à participer à l’enquête en essayant de devancer la sagacité de l’héroïne. Il est pourtant là le plaisir de la plupart des lecteurs de polars, non ?

Quand tout cela vous tombe sur la tronche en quelques dizaines de pages c’est tout de même beaucoup et une telle densité n’est pas forcément très heureuse.

Moi, ça m’a réduite d’emblée à une position passive et de renoncement à tout comprendre ou à essayer de mener l’enquête aux côtés de Fidelma. Je l’ai suivie passivement… En spectatrice peu certaine de comprendre ce qu’elle lisait. C’est une posture qui m’a été assez peu agréable, peu stimulante. Et comme j’ai tendance à m’endormir facilement quand je lis, j’avoue avoir régulièrement piqué du nez.

Par ailleurs, je suis parfois assez perplexe avec certaines approximations utilisées par les auteurs ou les traducteurs quand les romans sur fond historique.

La vulgarisation auprès du grand public encourage assez ce phénomène qui m’avait heurtée il y a quelques années quand dans un livre de Christian Jacq sur l’époque pharaonique j’ai lu qu’il faisait « prendre leur douche » à ses personnages là où un bain ou une toilette aurait été plus compréhensibles, ou faisait intervenir une « gynécologue » là où un médecin ou une sage-femme aurait été moins anachroniques.

Là, je ne sais trop quoi penser de la fonction « d’avocate » attribuée à Sœur Fidelma. Le mot « lawyer » en anglais peut se traduire de différentes manières, et dans le cas présent, le terme de « juriste » m’eut paru plus indiqué car le mot « avocat » peut nous renvoyer à des représentations très différentes de ce à quoi peut correspondre le parcours de Fidelma dans son contexte historique particulier.

La profession d’avocat ne s’est développée sous la forme que nous lui connaissons en France qu’aux alentours du XIIIe siècle… Peut-être existaient ils ailleurs avant ? Mais certainement pas tout à fait comme nous les voyons aujourd’hui.

Et quand on nous parlera du « divorce » d’un roi chrétien, on pourra être interloqués si nous restons sur l’idée que l’Eglise ne reconnaît pas le divorce. Le terme de « répudiation » (séparation demandée par le mari, et validé par les autorités) n’aurait-il pas été plus judicieux que le divorce (prononcé par une autorité tierce, extérieure au couple) ?

Alors oui, quand on sait qu’alors le mariage n’était pas encore un sacrement chrétien à l’époque, mais un simple arrangement financier entre familles, peut être comprend-on mieux… Mais ça n’est pas expliqué.

En fait tout au long du roman j’aurais l’impression que l’auteur soit va trop loin dans ses explications (trop lourdes ou maladroites au moment où il les donne), ou alors qu’il n’en donne pas assez pour que je puisse comprendre clairement de quoi il parle.

Sans oublier les mots moyenâgeux en langues anciennes locales, liés aux fonctions ou statuts parfois non expliqué, ou insuffisamment expliqués…

Je ne saurai trop à qui attribuer ces approximations (à l’auteur ? à la traductrice ?), mais quoi qu’il en soit, le résultat est que j’imagine que d’autres approximations ont pu m’échapper étant donné que je ne connais rien à cette époque particulière, et que je peux avoir été induite en erreur dans les subtilités de ce qui me sera expliqué sur le contexte historique.

De fait, je ne suis pas sûre de ce que je croirai avoir appris de ma lecture et n’en serait pas franchement satisfaite pour l’édification de ma culture générale. Et ça c’est un peu décevant.

L’intrigue est honorable mais n’a pu que souffrir dans son développement des défauts inhérents au trop faible nombre de pages et au déséquilibre entre son traitement et la présentation du contexte historique.

En outre, je me demande même si l’héroïne est si sympathique que cela. Elle est parfois un brin pète-sec et limite imbue d’elle-même face à certains personnages à qui elle va reprocher la même chose.

Comme elle a beaucoup investi le champ du savoir, la question de savoir qui a le plus grand savoir va revenir sur le tapis à chaque rencontre décisive et j’ai trouvé ça limite pénible. Je sais que c’est dur d’être reconnue en tant que femme de tête et encore plus à cette époque…

Mais les concours de quéquettes qui m’ennuient déjà quand ils opposent des hommes, me navrent carrément quand ils impliquent aussi des femmes qui acceptent de s’approprier les défauts des hommes. Mais l’auteur étant un homme, il a peut-être oublié que les femmes et qui plus est quand elles sont instruites, évitent de se vautrer dans leurs travers ?

Bon elle n’a pas que des mauvais côtés évidemment, mais en même temps l’auteur la rend tellement surhumaine que forcément ça n’en est pas totalement crédible parce que… je me sens jalouse.

Ce livre est la première aventure de Sœur Fidelma. Peut-être ne s’agit-il que d’un tour de chauffe et que l’auteur a pu poursuivre son œuvre en s’appesantissant moins sur le contexte ou du moins en équilibrant mieux l’intégration des éléments historiques au développement de l’intrigue ?

Anybref, avant de mettre ma note, je rappelle que celle-ci n’est jamais représentative que du plaisir que j’ai pu prendre (ou pas) à lire un livre, ce qui signifie que quelqu’un d’autre pourrait tout à fait avoir envie de donner une autre note que la mienne en fonction du plaisir qu’il ou elle aura pu y trouver.

Ne vous arrêtez pas à mon avis si le sujet peut vous intéresser. Au contraire, lisez le livre et venez me dire en quoi vous seriez d’accord ou non avec moi.

Mais moi vous l’aurez bien compris… je n’ai pas eu ici le plaisir escompté en me lançant dans cette lecture.

 

Commissaire Montalbano – 07 – L’excursion à Tindari : Andrea Camilleri

Titre : Commissaire Montalbano – 07 – L’excursion à Tindari

Auteur : Andrea Camilleri
Édition : Pocket Policier (2010)
Édition Originale : La gita a Tindari (2000)
Traduction : Serge Quadruppani et Maruzza Loria

Résumé :
Chaque nouvelle enquête sur un crime effroyable attise un peu plus la mélancolie de notre Commissaire Montalbano. Ici, le meurtre d’un couple de vieillards de Vigata, sa ville légendaire, le trouble plus qu’il ne le voudrait.

Existe-t-il un lien avec cette affaire, l’exécution d’un jeune don juan de village ? Et qu’en est-il du mystère qu’entretient Mimi Augelo, son adjoint, autour d’informations prétendument secrètes ?

Critique :
Lire une enquête de Montalbano, c’est avoir l’assurance que l’on va passer un bon moment de lecture, de détente, d’amusement, de bonnes bouffes…

Les enquêtes de Montalbano, pour moi, ce sont des romans policiers doudous, de ceux qui mettent le moral en hausse, qui rendent heureux.

Montalbano, il enquête à la Maigret, en prenant son temps, en s’arrêtant pour se restaurer, refusant de bouffer de la merde. Il se promène, réfléchit, grommelle, vocifère sur ses hommes, ourdi des plans pas catholique pour éviter que Mimi Augelo, son adjoint, reste à sa place.

Deux affaires tombent dans les bras de Montalbano : un jeune assassiné devant chez lui et la disparition d’un couple de personnes âgés, après une excursion à Tindari. Pour nous, l’assassinat semble le plus important, et pourtant, notre commissaire épicurien va plus bosser sur la disparition de cet étrange couple qui ne parlait à personne.

Cela semble banal comme affaire, cette disparition, on se dit que Montalbano a sans doute raison de la traiter par en-dessous de la jambe, sans vraiment y aller à fond. Mais comme souvent, il n’en est rien et sous ces affaires qui semblent banales, se cachent toujours des faits de société, bien plus importants que l’on aurait pu le penser.

Le truc en plus ? La traduction de Serge Quadruppani est bien exécutée, elle donne de la couleur aux mots, aux phrases, nous immergeant totalement dans le petit village de Vigata, nous donnant l’impression que nous sommes avec Montalbano et ses hommes, pirsonnelement en personne (les initiés comprendront).

De l’humour, des crimes, des enquêtes, des mystères, de la bonne bouffe, des tracasseries, des réflexions pleines de philosophie, c’est ça, l’univers de Montalbano.

Le seul bémol dans l’histoire, c’est qu’il est impossible d’aller manger à la trattoria San Calogero de Vigata puisque le patelin n’existe pas ! À quand, en Sicile, un label « Montalbano » afin de désigner les petits restaurants comme il les apprécie ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°13].

Les enquêtes de Frère Athelstan – 08 – La Chambre du diable : Paul C. Doherty

Titre : Les enquêtes de Frère Athelstan – 08 – La Chambre du diable

Auteur : Paul C. Doherty
Édition : 10/18 Grands détectives (2005)
Édition Originale : The Devil’s Domain (1998)
Traduction : Christiane Poussier et Nelly Markovic

Résumé :
En cet été 1380, l’agitation familière des rues de Londres est troublée par l’annonce d’une macabre nouvelle : un prisonnier, capturé en mer quelques jours plus tôt, vient d’être empoisonné dans son cachot de Hawkmere Manor.

L’homme était français, et, pour prévenir les représailles de ses compatriotes, Jean de Gand, le régent de la couronne, décide en hâte de mander sir John Cranston et son fidèle clerc, le frère Athelstan, pour enquêter.

Mais les suspects sont légion et le pire est à craindre… Complots, amours arrangées et vin amer nous plongent au coeur d’un Moyen Âge délicieusement inquiétant.

Critique :
Lorsque j’ai envie d’une chouette lecture, je sais que je peux faire confiance au duo d’enquêteurs mis en scène par Paul Doherty : le frère Athelstan et le coroner du roi, sir John Cranston.

Attention, la série de romans les mettant en scène sont de véritables romans noirs !

Le contexte social est présent, avec les miséreux vivant dans la crasse, la promiscuité, mangeant du pain noir et dur, buvant de l’eau croupie, le tout dans un monde où l’hygiène est absente à tous les étages.

A contrario, les riches et les puissants sont très riches (et très puissants), se moquent bien des petites gens qui crèvent la dalle, passent leur temps à chasser, s’amuser et le régent du royaume, Jean de Gand, n’a pas encore compris que si ses sujets avaient moins l’estomac dans les talons, ils penseraient moins à ourdir des complots ou à se révolter.

L’Angleterre et la France sont à couteaux tirés, les guerres entre les deux pays font rage, avec quelques accalmies de temps en temps. On se bat surtout sur la mer, à coup d’attaques de bateaux, de pillages de leur marchandise ou carrément en mettant à sac des villes, tuant tout ce qui y respire. Ambiance…

Les enquêtes de nos deux compères sont toujours un bon prétexte pour nous donner une petite leçon d’Histoire, nous expliquer les mœurs de l’époque, faire de la politique, de l’espionnage, jouer avec les fausses informations afin de dérouter l’ennemi.

Pas de panique pour les allergiques au genre, le tout est parfaitement intégré au récit, l’auteur réussissant le subtil équilibre entre les données historiques et l’enquête policière. Il sait planter ses décors, installer ses personnages, mettre les ambiances qu’il faut, là où il faut, afin de vous plonger dans un Londres du Moyen-Âge, mieux que si vous y étiez (ouf, pas d’odeurs dans le roman, ni de risque de marcher sur un truc dégueulasse ou de se prendre la vidange d’un pot de chambre sur la tête).

Comme d’habitude, plusieurs enquêtes se croisent dans le roman. La plus importante concernant des meurtres par empoisonnement d’officiers français, des marins prisonniers, attendant que l’on paie leur rançon. Belle énigme, belle utilisation d’un poison que je ne connaissais pas (mais qui m’intéresse fortement, tiens).

À côté, quelques énigmes secondaires, qui, à première vue, ont l’air simple, voire fantaisiste, comme toujours, mais qui ne le sont jamais. Des fantômes dans le cimetière, ça prête à sourire. Détrompez-vous !

Une femme abandonnée qui se donne la mort, c’est bête, surtout pour elle qui risque de finir enterrée à minuit, à un carrefour, mais non, une fois de plus, il y a autre chose de caché derrière tout cela et qui permet à l’auteur de nous montrer une autre facette de l’époque trouble et dangereuse dans laquelle nos deux amis, Athelstan et Cranston, naviguent.

Mon seul bémol sera pour ce qu’il se passait à la fin dans le précédent roman (Le jeu de l’assassin) : un personnage important recevait l’ordre de déplacement, un ordre qui ne souffrait d’aucun retard. Notre compère faisait ses bagages, quittait l’endroit où il vivait. Suspense terrible. Ben non, au début de ce nouvel opus, il est de nouveau dans ses quartiers, un contre-ordre étant intervenu, lui faisant faire demi-tour avant même que l’on remarque son départ. Heu, un peu facile, non ?

Ce mini bémol n’en est un que parce qu’il donne l’impression que l’auteur a fait du suspense pour rien…

Une fois de plus, la série « Athelstan/Cranston » ne m’a pas déçue, me proposant une belle enquête, avec recherche des indices et travail des petites cellules grises. Je n’avais pas trouvé le modus operandi des meurtres… En tout cas, il me plaît bien (sourire carnassier), ce modus operandi…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°012].