Notre Mère la Guerre – Tome 01 – Première complainte : Maël & Kris

Titre : Notre Mère la Guerre – Tome 01 – Première complainte

Scénariste : Kris
Dessinateur : Maël

Édition : Futuropolis (2009)

Résumé :
Janvier 1915, en Champagne pouilleuse. Cela fait six mois que l’Europe est à feu et à sang. Six mois que la guerre charrie ses milliers de morts quotidiens. Mais sur ce lieu hors de raison qu’on appelle le front, ce sont les corps de trois femmes qui font l’objet de l’attention de l’état-major.

Trois femmes froidement assassinées. Et sur elles, à chaque fois, une lettre mise en évidence. Une lettre d’adieu. Une lettre écrite par leur meurtrier. Une lettre cachetée à la boue de tranchée, sépulture impensable pour celles qui sont le symbole de la sécurité et du réconfort, celles qui sont l’ultime rempart de l’humanité.

Roland Vialatte, lieutenant de gendarmerie, militant catholique, humaniste et progressiste, mène l’enquête.

Une étrange enquête. Impensable, même. Car enfin des femmes… c’est impossible. Inimaginable. Tout s’écroulerait. Ou alors, c’est la guerre elle-même qu’on assassine…

Critique :
Comment aborder la Der des Ders, la Grande Guerre, d’une autre manière ?

Comment nous faire traverser les tranchées, aborder le No man’s land, éviter les corps morts, patauger dans la boue, bref, comment nous faire revivre cela une fois de plus sans que cela fasse déjà-vu ?

Non pas que je sois blasée, c’est impossible, il y a tant à dire, mais je connais les gens, il le sont vite, eux, blasés.

Il suffisait d’y penser : nous faire entrer dans la Grande Guerre à reculons, à petits pas, puisque nous enquêterons avec le lieutenant de gendarmerie Roland Vialatte sur des meurtres de femmes commis non loin des tranchées, dont un dans une tranchée.

On a bien fusillé un soldat qui avait eu des mots avec la première victime, sans sa poser la question de savoir s’il était coupable ou non, fallait juste un exemple, un mort pour prouver aux autres que les chefs, c’étaient pas eux et qu’ils avaient intérêt à se tenir à carreau, nom de dieu.

Pas de bol, juste après avoir fusillé le coupable, d’autres meurtres de femmes ont eu lieu… Alors, on fait venir un gendarme pour enquêter, sans doute pour éviter d’en fusiller encore, des innocents à grande gueule.

L’album commence lui-même d’une manière non conventionnelle : un soldat chantonne ♫ Je suis petit oiseau, c’est la faute à Rousseau ♪ alors qu’il est blessé gravement par des balles, puis, on avance dans le temps (1935) et on passe sur le lit de mort d’un certain Roland qui nous raconter une histoire…

Le scénariste a fait en sorte de nous plonger de manière réaliste dans la Première Guerre Mondiale, avec ses soldats dont certains étaient fait de bric et de broc, sortis des prisons, ou alors des gamins encore humides derrière leurs oreilles…

Entre les gradés qui se planquent, qui ne risquent rien mais qui jouent avec la vie de leurs soldats, pour quelques arpents de terre Française, le froid, la boue, la pluie, le manque de sommeil, la folie qui guette chacun, le tout passera dans le récit, faisant de Roland un spectateur malgré lui, lui qui est resté à l’arrière pendant que d’autres mourraient devant.

Des dessins qui sont des aquarelles, ça donne une majesté à un récit qui n’avait besoin que de ça pour se sublimer encore un peu plus. J’ai même eu l’impression que, une fois de plus, l’enquête n’était qu’un prétexte pour dénoncer les imbécilités et les horreurs qui eurent lieu durant celle que l’on pensait être la dernière.

L’ambiance n’est pas aux tons chaleureux, vous vous en doutez, le tout est dans des gris froids, glacés. Normal, il fait un temps à ne pas mettre un Poilu dehors, ni même un casque à pointe.

Sans en faire des tonnes, avec peu de mots, mais des mots justes, qui claquent comme les balles des Fritz d’en face, les auteurs nous montrent toute la brutalité et les  abominations de cette guerre de tranchée, comme si vous y étiez.

Un premier tome qui met la barre très haut, des crimes toujours pas résolus, même si on a un poilu hautement bizarre qui m’a tout l’air d’être LE meurtrier, sauf si je me trompe et je parie que je me plante royalement.

Bon, le suspense est à son comble, les tripes sont nouées, pari réussi de me donner des sueurs froides et de faire passer des meurtres de femmes au second plan, quasi. Il ne me reste plus qu’à me jeter sur les tomes suivants.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

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La vie commence vendredi : Ioana Pârvulescu

Titre : La vie commence vendredi

Auteur : Ioana Pârvulescu
Édition : Seuil (06/05/2016)
Édition Originale : Viaţa începe vineri (2009)
Traducteur : Marily le Nir

Résumé :
Vendredi 19 décembre 1897 : on trouve un inconnu évanoui dans la neige, dans une forêt aux environs de Bucarest. Il est habillé bizarrement, ne porte ni barbe ni moustaches, s’exprime d’une drôle de façon.

Toute la ville est en effervescence : serait-ce Jack l’Éventreur, à la une de tous les journaux, un fou échappé de l’asile, un vrai faussaire ou un faux journaliste? Et s’il venait d’une autre époque ?

Un voyage dans le temps qui nous entraîne, à la suite de ce personnage mystérieux, dans la capitale roumaine à la fin du XIXe siècle, le siècle de la joie de vivre, où l’on croyait fermement à l’avenir et aux progrès de la science.

Un compte à rebours, en treize journées trépidantes, avant le réveillon du 31 décembre 1897.

Critique :
Si on ne sait toujours pas ce qui se passe dans cette putain de boite de cassoulet dans la nuit du 2 au 3 (Roland Magdane), maintenant, on sait ce qu’il se passa du 19 au 31 décembre 1897 à Bucarest (la capitale de la Roumanie, pour les fâchés avec les capitales).

Véritable immersion dans la vie roumaine de cette fin de 19ème siècle, l’auteur, qui connait son sujet, va nous entrainer dans bien des familles, grâce à de multiples personnages, du simple commissionnaire, à la jeune fille rêveuse en passant par un policier, un préfet de police ou des notables.

C’est là que le bât commence à blesser.

En plus d’un récit qui s’écoule paresseusement, d’une enquête qui donne l’impression de ne pas avancer, la multitude de narrateurs ne servaient pas toujours l’histoire et la rendaient même parfois un peu difficile à appréhender car il fallait suivre, leur nom n’étant pas noté en début de chapitre et avec des noms roumains, il n’est pas toujours aisé de s’y retrouver.

Par contre, l’écriture de l’auteure est magnifique et j’ai pris plaisir à lire les mots qu’elle avait tamponnée sur les pages (Dany Boon, sort de ma tête) tant ils étaient délicieux pour l’esprit. Là, rien à dire, c’étaient des perles.

— Vous, Iulia, vous êtes comme une petite araignée qui, sentant qu’on l’approche ou qu’on la touche, replie instantanément ses pattes, se roule en boule — on pourrait la confondre avec une petite pierre noire. (…) Maintenant vous faites la même chose, mais, moi, je n’ai plus le temps d’attendre que vous vous détendiez. 

Découvrir la vie roumaine à cette époque était très agréable et j’ai apprécié tous ces petits moments de vie, même si, à la fin, ils ralentissaient le récit qui n’allait déjà pas très vite. Par contre, les petits moments de philosophie étaient du miel pour la gorge enrouée.

Revenons aux bémols car après les fleurs, je lance le pot…

Le roman nous promettait du mystère avec l’apparition mystérieuse d’un homme que l’on suspecte d’être Jack The Ripper, dixit le 4ème de couverture… Il devait être en campagne électorale, lui, parce que c’était juste de belles promesses.

Cet homme retrouvé dans la neige et dont personne ne sait qui il est, ni d’où il vient, a été suspecté un peu de tout, en passant pas faussaires et Martien ! Quant aux suspicions d’être le Ripper, elles ne durent guère et sont plus le fait des commères adeptes de ragots.

D’ailleurs, sur ce mystérieux homme qui semble comme tombé du ciel et qu’on a retrouvé dans la neige, nous en saurons peu, l’auteur ne lui ayant pas assez donné la parole et ce seront les dernières lignes du livres qui confirmeront ce que je suspectais, mais d’une autre manière.

Quant à la résolution de l’homme mort d’une balle et d’une disparition d’objet du culte, la résolution tombera un peu comme un cheveu dans la soupe et nous n’en saurons pas plus puisque une fois le nouvel an passé, nous n’en parlerons plus et irons vers le point final.

Au final, si j’ai aimé la description de le vie à Bucarest en 1897, si j’ai apprécié l’écriture de l’auteure et la manière dont elle décrit les lieux, dont elle fait parler ses personnages, dont elle les fait philosopher.

Dommage que l’enquête ait été fort diluée entre tout ce petit monde qui vaque à ses occupations et que le côté fantastique n’était pas assez mis en valeur, comme la promesse non tenue des 13 journées trépidantes qui, sans être somnolentes, auraient pu être abrégées quelque peu afin de donner plus de rythme au récit.

Lecture en demi-teinte, mais malgré tout, j’en retire du bon, comme quoi, tout n’est jamais perdu dans une lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

— Si j’achète une boîte de conserve, une boîte de cassoulet par exemple, à consommer avant le 2 janvier, qu’est-ce qui ce passe si je l’ouvre le 3 ? Franchement, entre nous ; qu’est-ce qui peut bien ce passer dans cette boîte dans la nuit du 2 au 3 ? Est-ce que les germes attaquent à minuit pile ? Tous les germes avec des montres chrono ! Qu’est-ce qui ce passe si j’ouvre la boîte à 1h du matin ? Est-ce que je peux encore sauver des haricots ? Si tous les haricots sont mort et que la saucisse bouge encore qu’est-ce que je fait moi ?

L’assassinat d’Hicabi Bey – Alper Kamu 01 : Alper Canigüz

Titre : L’assassinat d’Hicabi Bey – Alper Kamu 01

Auteur : Alper Canigüz
Édition : Mirobole (23/05/2014) / Livre de poche (03/06/2015)
Édition Originale : Oğullar ve Rencide Ruhlar (2004)
Traducteur : Célin Vuraler

Résumé :
Alper Kamu est un curieux petit garçon qui s’est promis de résoudre un meurtre commis dans son quartier à Istanbul.

Il a trouvé Ertan le Timbré à côté du cadavre encore chaud d’Hicabi Bey, policier à la retraite, la télévision allumée à plein volume, mais le cinglé du voisinage était plutôt là pour regarder l’équipe du Besiktas perdre en Ligue des champions.

Déjà tête à claques d’existentialiste, Alper le désormais détective va sécher la maternelle et balader son revolver en plastique Dallas Gold dans une mégapole bigarrée, pleine d’amantes fatales, d’épiciers lyriques et de directeurs sournois…

Critique :
Y’a plus d’jeunesse, ma bonne dame ! Regardez par exemple le jeune Alper Kamu… Non, je ne suis pas enrhubée et je ne suis pas en train d’ibiter un allemand qui barle, il se nomme bien Alper Kamu, le gamin !

Cinq ans, le gamin, et il te cause comme une sorte de Sheldon Cooper de 9 ans…

Son cynisme et son sens de la répartie sont toujours de sortie et il n’a pas peur de répondre aux adultes ou aux gosses plus âgés que lui.

Ma plus grande crainte, en entament ce policier où l’enquêteur a 5 ans, était de ne pas adhérer au personnage et, contrairement à ce que je pensais, je l’ai adoré, ce sale gamin plus intelligent que la moyenne.

Effectivement, ça ne fait pas très réaliste et on aurait plus l’impression de se trouver comme dans la série de « Détective Conan », avec un jeune homme coincé dans le corps d’un gamin suite à une malédiction.

Alors oui, Alper Kamu a beau être intelligent, ce n’est tout de même qu’un gosse de 5 ans qui ne va plus à la maternelle car sa place n’est pas là. Si ses amis lisent Petzi, lui, il se tape Dostoïevski, excusez- du peu. Ou Nietzche, pour se marrer.

Le summum de l’humiliation. Rendez-vous compte, on réclamait de moi, Alper Kamu, fervent admirateur de Chostakovitch, que je m’époumone sur l’air de « Il était une bergère » ! Fort heureusement, mon comportement asocial et mes récurrentes éruptions colériques ont amené la maîtresse à penser que je devais être attardé, si bien qu’elle a fini par me laisser tranquille.

On mettra le réalisme de côté pour profiter pleinement de la causticité du gamin, de son esprit éclairé, de sa vision réaliste du monde et de l’enquête qu’il va réaliser suite à l’assassinat de son voisin, le vieux grincheux Hicabi, ancien flic et entouré de bien des mystères.

Je me suis toujours étonné qu’on puisse considérer les enfants comme des êtres beaux, innocents et naïfs. Quand je regarde ces gamins, je ne vois que les aspects les plus vils et violents de l’humanité. D’ailleurs, je ne me sens pas vraiment différent. Seulement, j’ai de la chance de savoir exprimer ma laideur intérieure de manière plus raffinée

L’enquête n’est aussi qu’un prétexte pour nous parler de la société Turque, de son administration corrompue (et tout le reste aussi), de la pauvreté de certains quartiers, de la délinquance, de la police… Disons ce qui est, l’auteur ne se prive pas de tirer à boulets rouges sur tout ça et il le fait bien.

Beau pays ! Un meurtre vient d’être commis mais il faut attendre la fin d’un match de foot pour que la police et le procureur lève le petit doigt. Mais effectivement, pourquoi paniquer puisque les criminels étaient sûrement occupés à la même chose !

J’ai passé un moment jubilatoire avec ce jeune héros qui n’a pas sa langue en poche et qui était présent avec sa gamelle lors de la distribution de cervelle ! Il est fin, rusé, malin, cynique et pour que son père ne soit pas muté ailleurs, il va mettre tout en oeuvre afin de négocier avec le directeur, un triple connard.

N’allez pas croire que l’enquête soit bâclée parce que c’est un enfant qui mène l’enquête ! Moi, je n’avais rien vu venir du tout !

En se promenant tranquillement dans ses rues et en posant des questions, notre jeune garçon va en apprendre plus que tous les flics réunis, et, tel un Sherlock Holmes en culottes courtes, tel un Hercule Poirot en short (shocking), Alper va assembler tous les bouts de ficelles pour en sortir un écheveau dont toutes les mailles vont venir se resserrer sur le coupable.

Voilà un roman policier drôle, intelligent, subtil, inattendu, caustique, le tout servi par un personnage hors norme, limite extra-terrestre, surtout lorsqu’on se rappelle qu’il n’a que 5 ans.

— Voir que nos institutions publiques sont dirigées par des fascistes aussi subtils que vous me redonne confiance en ce pays, monsieur.

Il était né laveur de voitures. Mais la vie l’avait condamné à devenir épicier, tout comme elle avait condamné de formidables maraîchers à être députés. Le système tue les talents.

Avec un final inattendu, à cent lieues de ce que l’on aurait pu croire, voilà un roman policier qui sort des sentiers battus grâce à un très jeune enquêteur, à d’autres personnages assez hauts en couleurs et une plume acide qui n’hésite pas à piquer le pays là où ça fait le plus mal.

Un petit détail qui m’a plu, ce sont les titres des chapitres, tous ayant une référence littéraire connue. Et puis, vous avouerez que les éditions Mirobole savent soigner leurs couvertures, c’est autre chose que l’édition de poche.

Mes deux seuls bémols – ben oui, il y en a – seront pour un chapitre fort onirique, suite à la consommation de champignons louches par Alper et le délire qui en a résulté.

Ce chapitre long et lourd (« Ainsi hallucinait Zarathoustra ») a été indigeste à lire, alors que je venais de dévorer tout ce qui précédait, sans oublier le petit bémol sur le fait que ce n’est pas très réaliste d’avoir un enquêteur de 5 ans qui s’exprime de la sorte.

Quatre ans de plus, et ça passait mieux, mais alors, Alper Kamu aurait été en obligation scolaire. En tout cas, ça change de tout ce que j’ai pu lire jusqu’à présent, et ça, ça compte énormément aussi. Comme quoi, tout est toujours possible en littérature policière.

Un roman policier qui défrise et où suivre les monologues d’Alper Kamu, ainsi que ses pensées, ses traits d’esprits, est bien plus intéressant que de savoir qui a tué Hicabi Bey, le vieux grincheux qui écoutait sa télé à fond la caisse.

Faudra que je teste la suite, si j’ai du temps devant moi, vu que ma PAL est comme Alper Kamu : hors-norme elle aussi !

Je m’appelle Alper Kamu et j’ai fêté mes cinq ans. À l’approche de mon anniversaire, j’ai passé le plus clair de mon temps posté à la fenêtre, à observer les gens au-dehors. Ils traversaient la vie tantôt accélérant, tantôt ralentissant, et émettaient toutes sortes de bruits, le regard sans cesse en mouvement. J’étais malade à l’idée qu’un jour je deviendrais l’un d’eux. Malheureusement, il n’y avait aucune autre issue possible ; le temps s’écoulait, inexorable, et je vieillissais vite.

Ce samedi était un jour de pluie ordinaire. Après un petit déjeuner tardif, mon père s’est plongé dans ses mots croisés et ma mère dans sa lessive. Comme tous les travailleurs de la classe moyenne, ils passaient leur semaine à attendre le week-end, et le week-end à s’ennuyer de leur travail. Ils ne verraient même pas arriver leur dernière heure-ou la victoire ultime du système.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Gil Jourdan – Tome 9 – Le gant à trois doigts : Maurice Tillieux

Titre : Gil Jourdan – Tome 9 – Le gant à trois doigts

Scénariste : Maurice Tillieux
Dessinateur : Maurice Tillieux

Édition : Dupuis (1966)

Résumé :
Quand Gil joue les espions, il se retrouve au Gomen, et plus précisément à Goménorhabad la capitale.

Il a pour mission de retrouver un célèbre physicien français, spécialiste de l’atome et empêcher l’émir Ben el Mehmed de créer une bombe nucléaire.

Malheureusement Gil est attendu par l’émir et sa police.

Critique :
Ce que j’apprécie le plus, dans les enquêtes de Gil Jourdan, ce ne sont pas ses capacités à résoudre des affaires, ni son sang-froid en toute circonstance mais les pitreries de son associé, Libellule ainsi que celles de l’inspecteur Crouton.

Débarquant dans l’état du Gomen qui a tout d’un pays du Moyen-Orient dirigé par un dictateur, Gil Jourdan doit retrouver un scientifique détenu par l’émir Ben el Mehmed, sorte de dictateur tout puissant dont la police est entièrement à ses ordres.

Sauf que ici, le dictateur est plus burlesque que méchant, amateur de bons mots et au niveau de la casse des voitures, il est champion du monde. Enfin, pas lui, le pauvre est juste entouré d’incapables.

— Une question simple : qu’avez vous en main ?
— ?
— D’homme à homme.
— Une mitraillette ?
— Bravo ! Et à quoi cela sert-il ?
— ?
— Parlez-moi comme à un père… une mitraillette c’est pour ? C’est pour ?
— Pour tirer ?
— ALORS TIREZ, AHURI ! VOUS VOYEZ BIEN QU’IL SE SAUVE !

On pourra trouver fort de café le fait que Jourdan, poursuivit par les flics, monte dans le taxi où se trouvent ses amis, qui étaient censés être en France, mais ce petit arrangement nous offrira encore plus d’humour et de situations cocasses, malgré le fait que nous avions déjà dépassé tous les quotas dans le burlesque.

Non, on ne lit pas cette bédé pour faire sérieux mais pour se marrer un bon coup, pour découvrir un serpent se plaignant de tous ces motards qui empiètent sur son espace, pour rire aux dépens d’un dictateur (c’est pas souvent que ça arrive) et de son chef de la police et voir, une fois de plus, les Bons triompher des Méchants qui étaient plus bêtes que malfaisants.

Gil Jourdan est un enquêteur qui reste souvent de marbre, qui ne montre pas ses émotions (tiens, un air de déjà-vu) et qui, pour contrebalancer son sérieux légendaire, est entouré d’un acolyte au rire tonitruant et d’un inspecteur pas toujours des plus éveillé.

Cette aventure fait partie des plus drôles et c’est un vrai bonheur pour les zygomatiques de la relire une fois de plus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Bernard Prince – Tome 01 – Le général Satan : Hermann & Greg

Titre : Bernard Prince – Tome 01 – Le général Satan

Scénariste : Greg
Dessinateur : Hermann

Édition : Dargaud (1969) / Le Lombard (1999)

Résumé :
Cet album inaugurant les aventures de Bernard Prince, se divise en 2 histoires.

Dans la première, « Les Pirates de Lokanga », Prince, accompagné de Djinn, accepte d’acheminer la cargaison d’un avion accidenté dans la jungle africaine.

Cette mission lui donne l’occasion de rencontrer Barney Jordan. La nature de la cargaison demeure mystérieuse mais suscite bien des convoitises.

Dans la seconde, « Le Général Satan », Bernard Prince et Jordan Barney sont contraints par les autorités asiatiques de ravitailler en armes et en vivres « le fort des mille nuages ».

Ce fort, qui est la clé de tout le système de sécurité côtier, est bloqué par un aventurier puissant, « le Général Satan ».

Critique :
Oui, en hiver, mon plaisir est de ressortir mes vieilles bédés, celles que j’ai déjà relues 36 fois mais que ça fait longtemps que je ne l’ai plus fait…

Puisque Bernard Prince a le même scénariste que Bruno Brazil, autant sortir les deux héros aux cheveux blancs en même temps et bouffer de l’aventure à gogo.

De l’aventure où, années 70 et journal de Tintin oblige, on a les Bons qui triomphent toujours des vilains Méchants pas beaux qui proviennent toujours de pays imaginaires mais dont les noms sont synonymes de bien réels.

Bernard Prince n’est pas un héros lisse comme un Tintin, il n’hésite pas à enfreindre les lois, à se battre, à tenir tête aux caïds du coin, même s’il rechigne à abattre des guerriers locaux (nommés « sauvages ») armés de lances et bourrés jusque la gueule de substances qui leur donne de l’ardeur au combat.

Le capitaine Haddock sera joué par un ivrogne, le capitaine Barney Jordan, un roux flamboyant au caractère volcanique, s’emportant facilement, surtout si on touche à Djinn, le jeune Hindou dont Prince est le tuteur.

Tiens, en 1969, nous avions deux hommes pour s’occuper d’un enfant, qui n’allait pas souvent à l’école et qui baroudait dans toutes les mers avec un ancien flic d’Interpol et un alcoolique notoire…

Pas sûr que dans l’hebdo Spirou, aux mains du très catholique Jean Dupuis, pareille série aurait passée…

Aux dessins, nous retrouvons aussi un habitué de ma biblio puisqu’il s’agit de Hermann qui m’avait enchanté dans la série « Comanche ».

On retrouve ses traits caractéristiques, sa patte est reconnaissable aux personnages et dans les décors aussi, sauf que dans ce premier album, Bernard Prince n’a pas encore sa jolie bouille de bô gosse… Faudra attendre un peu, les filles !

Niveau aventures exotiques, on est servi, niveau mystères et suspense, on en bouffe un max, que ce soit pour découvrir la cargaison à récupérer dans la première histoire ou comment livrer les armes à un fort sans se faire arraisonner par les pirates qui tiennent un siège devant…

Pas de soucis, tel l’aventurier solitaire, Bernard Prince s’en sortira toujours vainqueur, tel Bob Morane. On est dans de la bédé pour jeunes, ici, publiée au journal Tintin, donc…

On a beau avoir deux mecs sur un bateau avec un gamin qui ne va pas à l’école, le sang ne coule pas, même chez les morts, la rédemption de certains méchants est possible et tout se termine toujours bien pour nos trois amis car ils vivent en Théorie et là, tout fonctionne.

Cette première aventure n’est pas la meilleure, les auteurs mettent tout en place, on se cherche un peu et on n’a pas encore donné un grand rôle à Barney, le futur joyeux luron bougon du trio.

Mais tout ceci laissait présager quelque chose de bon et je peux vous assurer que certains albums volent très haut niveau scénario, humour, rebondissement, suspense, mystère et aventures de malades !

Petit Plus : Il existe d’ailleurs au sujet des origines de Djinn une incohérence : présenté par Greg en 1966 comme un orphelin de Karachi, donc Pakistanais, il est par la suite présenté comme « un enfant perdu de Calcutta », donc Indien.

Petit Plus 2 : Hermann et Greg ont d’abord publié sept récits complets, de 4 à 6 pages chacun, dans le Journal de Tintin en 19662. Ces récits mettaient en scène le héros comme inspecteur d’Interpol, jusqu’à ce qu’il hérite d’un bateau, le Cormoran ; ce changement de cap de la série, du genre policier à celui de l’aventure, aurait été dicté par des raisons éditoriales, Le Journal de Tintin ayant déjà un détective avec le personnage de Ric Hochet.

Petit Plus 3 : La série est clairement inspirée par celle de l’Epervier bleu, créée par Sirius en 1942, puisque Eric, dit l’épervier bleu, y est flanqué d’un acolyte roux dénommé Larsen et de Sheba, un enfant indien portant turban (série que j’ai lue aussi, quand j’étais gamine, chipée dans la biblio paternelle).

Petit Plus 4 : Des récits à suivre sont parus ensuite, et ont été publiés en albums. Le hors-série « Bernard Prince d’hier et d’aujourd’hui » regroupe les premiers récits ainsi que des histoires courtes pré-publiées dans des Tintin « hors-série » (parfois scénarisées par Hermann lui-même, d’ailleurs).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Mycroft Inquisitor – Tome 2 – La Bête d’écume : Christophe Arleston, Dominique Latil & Jack Manini

Titre : Mycroft Inquisitor – Tome 2 – La Bête d’écume

Scénaristes : Christophe Arleston & Dominique Latil
Dessinateur : Jack Manini

Édition : Soleil Productions (1997)

Résumé :
Mycroft d’Aquilée est inquisiteur privé. Bien qu’il n’en ait pas l’allure, ce Sherlock Holmes des étoiles est un redoutable adversaire pour les criminels. On ne se méfie pas assez des petits vieux !

Évidemment, ses tarifs sont assez élevés. Mais ne raconte-t-on pas que certains de nos plus éminents gouvernants ont parfois recours à ses services ? Surtout lorsqu’il s’agit des Mondes des Confins…

Depuis bientôt mille ans, l’homme est maître des étoiles et de la galaxie. Des millions de vaisseaux de ligne relient chaque jour entre eux les innombrables mondes connus : planètes de la Fédération, colonies indépendantes, mondes laissés aux indigènes intelligents.

Mais si la technologie évolue régulièrement et de façon spectaculaire, ce n’est pas le cas de l’homme.

Depuis la plus haute antiquité, il se livre toujours aux mêmes activités : le commerce, l’étude, la recherche des plaisirs, et parfois le crime…

Écume est un véritable paradis : un océan magnifique, une luxuriante forêt primitive… C’est là que se bâtit un complexe touristique destiné à devenir le havre des plus fortunés de la Galaxie.

Pourtant, tout se passe mal : un ingénieur disparaît, des traces d’une bête étrange apparaissent… Mycroft se retrouve mêlé à une des affaires les plus intrigantes de sa longue carrière d’inquisiteur privé…

Critique :
Nouvelle enquête et donc, nouvelle planète pour notre duo de choc : l’inquisiteur Mycroft d’Aquilée et sa bombasse d’assistante, Morgane.

Dans les Confins, sur une nouvelle planète, on construit un complexe hôtelier de luxe et un ingénieur à disparu alors qu’il prenait un bain dans un lagon qui invite au barbotage.

Mycroft est partant, de toute façon, tant qu’on le paie grassement, lui, il y va.

Si les paysages sont de rêves, le reste l’est un peu moins : disparitions inquiétantes, tentatives d’élimination ou juste pour faire peur à nos deux enquêteurs et on parle en plus d’une créature monstrueuse qui hanterait les lieux.

Aucun humains ne l’a vue, mais les autochtones, les Indoles, l’ont vue, eux. Les Indoles sont des créatures bleues qui aiment les couleurs vives et qui sont utilisées comme main d’œuvre bon marché par les constructeurs du futur complexe. Hé oui, on a beau aller à l’autre bout de l’univers, l’Homme reste toujours le même.

Dans ce deuxième tome, la qualité de l’enquête et son originalité sont toujours bien présentes, nos deux amis vont avoir fort à faire pour dépatouiller toute cette affaire qui pue le souffre.

Notre belle Morgane va même se trouver un beau mec pour jouer à la bête à deux dos avec et là, je n’ai qu’une chose à dire « quelle souplesse ».

Mycroft est toujours aussi cynique, toujours aussi fouille-merde et son jeu préféré est toujours d’étudier les relations entre les invités lors d’un dîner mondain. Effectivement, ça gâche souvent les petits-fours de son associée qui elle, aimerait manger en paix.

Une fois de plus, l’enquête et sa résolution finale sont bien troussées, on ne la voit pas venir, même si on devine quelques pistes. Le tout est de relier tous ces petits détails insignifiants entre eux.

Mycroft est champion là-dedans, c’est pour cela qu’il coûte aussi cher.

Une relecture toujours aussi agréable puisque, une fois de plus, j’avais tout oublié.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Bruno Brazil – Tome 1 – Le Requin qui mourut deux fois : Greg & William Vance

Titre : Bruno Brazil – Tome 1 – Le Requin qui mourut deux fois

Scénariste : Greg (Louis Albert)
Dessinateur : William Vance

Édition : Dargaud (1969 – 1975) / Le Lombard (1985 – 1995 – 2000)

Résumé :
Au départ d’un simple accident de roulage, un des plus importants engrenages d’alerte entre en mouvement.

En effet, le seul rescapé est un ancien aventurier du troisième Reich, considéré comme mort depuis un quart de siècle, lors du naufrage d’un bateau qui transportait des richesses.

Immédiatement, Bruno Brazil est envoyé sur les lieux du naufrage afin de récupérer cette fortune de guerre évaluée à quinze milliards de dollars…

Critique :
C’est parce que je râlais (à voix haute) d’avoir lu tout ce qui vous m’intéressait que mon bouquiniste préféré me proposa la saga de Bruno Brazil.

Je lui devais déjà la découverte de Comanche, Bernard Prince et Buddy Longway, entre autre.

Bruno Brazil s’ajouta donc aux séries qu’il me conseilla et ce fut sans aucun regret que je la découvris.

Le pitch ? Aux États-Unis, dans un accident mortel de la circulation, le survivant se révélera être « Kurt Schellenburg » un ancien nazi du service de « récupération et répartition des métaux précieux et bijoux ».

La nouvelle défraiera la une des chroniques et le Colonel L, cerveau des « services » (l’organisation la plus secrète de défense international) va saisir l’enquête et la confier à un de ses meilleures Agent : Bruno Brazil.

Notre nazi avait quitté l’Europe en 1945, à bord d’un U-Boot (le « U-753 »), en direction de l’Amérique du Sud (il n’était pas le seul, en réalité), avec, à son bord une fortune avoisinant les 15 milliards de $.

L’U-Boot sombrera en mer au large de Costa Negra, à Caraguay. C’est le moment d’enfiler nos palmes et nos combinaisons de plongée, les amis ! Sus à l’or !

Brazil et Hawk, un collègue de la maison, vont devoir aller enquêter sur ce mystérieux trésor au Caraguay. Le trésor existe-t-il ou est-ce une fumisterie? Qui mène le jeu derrière ces règlement de compte ?

Brazil, c’est un classique BD d’espionnage pas un maître du genre : Greg (il a écrit les scénarios de Brazil sous le pseudonyme de « Albert Louis »).

En 1967, Greg est à son apogée de la création de scénario et il est rédacteur en chef du journal de Tintin. Ce n’est pas un débutant : Comanche, Achille Talon, Bernard Prince, Luc Orient, Olivier Rameau…

Aux crayons, nous avons Vance qui nous propose des dessins réalistes et détaillés. Ses dessins sont très froids, ce qui colle très bien à des histoires d’espionnage. Mon seul bémol sera pour les couleurs dans les tons orangés, bleus ou gris, ce qui donne un air épuré aux murs et différents décors.

Ce que j’adore dans ces albums, c’est le cynisme du Bruno Brazil, qui pourrait nous faire penser à XIII, en moins compliqué à comprendre.

Au début, il n’a pas encore toute sa fine équipe, mais quand il les aura tous recrutés, on pourra dire que ce sera une sacrée brochette de personnages hauts en couleur et fort en gueule.

Le scénario est tout de même basique avec un héros beau, grand, qui sait se battre, sans peur, qui n’a pas froid aux yeux et qui, parfois, pourrait paraître trop « super-héros », style James Bond mais avec des cheveux blancs (alors qu’il est jeune).

Sans compter des trucs qui tombent toujours bien, un hélico qui arrive un peu trop vite vu la distance qu’il devait parcourir, une teinture noire qui s’applique dans un phomaton en trois minutes et sans laisser de trace sur les mains et un Bruno Brazil qui résout toute l’affaire, avec les explications qui semblent venir du ciel.

Je vous jure ! Pile au moment où Kurt va expliquer l’énigme du « U-753 », Brazil va rapidement l’interrompre pour expliquer de fond en comble la solution de cette énigme qu’il avait trouvée facilement.

Super intelligent qu’il est, le Bruno, mais à l’époque, tous les héros de bédé étaient ainsi et bizarrement, cela ne nuira pas au personnage. Je peux confirmer ayant relu la saga plusieurs fois.

Niveau Méchants, et bien, pas de surprises non plus, ce sont ceux des années 60-70, autrement dit, manichéen à souhait et sans distinction aucune. Les Bons gagnent toujours et les Méchants pas.

Ce premier épisode allie donc l’élégance de Bruno Brazil, son cynisme, ses petites réparties cinglantes, son humour noir, du manichéisme et de l’aventure avec un grand Z.

« Le requin qui mourut deux fois », c’est une aventure explosive, le tout sans GSM, ordinateurs et autres GPS. À l’ancienne.

Anybref, cela à beau être une histoire classique d’espionnage des années 60, c’est toujours plaisant et divertissant de la ressortir de ses étagères.

25 ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, ces histoires exploitaient l’horreur nazie et les réseaux d’exfiltration nazis (Odessa, par exemple).

Même si la série possède ses petits défauts, elle n’en reste pas moins une série imaginée par deux grandes pointures. Je n’ai jamais regretté de l’avoir incorporée dans ma biblio.

Toujours un plaisir de la relire même si on ne flirte pas avec l’excellence de certaines autres sagas.

PS pour Sharon : j’avais écrit une chronique pour cette bédé en août 2012 et l’avais postée sur Babelio. Ayant relu la bédé, j’ai retravaillé ma chronique, ajouté des choses, supprimées d’autres et je reposterai plus tard cette version sur Babelio (qui conservera la première date de publication !).

PS pour tous : joyeuses fête commerciale qu’est la Saint-Valentin ! Moi, je ne la fête pas, les restos sont hors de prix ce jour là et les menus pas tentant… Mais à la maison, mesdames ou messieurs, sortez le grand jeu…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

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Le chant des revenants : Jesmyn Ward

Titre : Le chant des revenants

Auteur : Jesmyn Ward
Édition : Belfond (07/02/2019)
Édition Originale : Sing, Unburied, Sing (2017)
Traducteur : Charles Recoursé

Résumé :
À treize ans, Jojo essaie de comprendre : ça veut dire quoi, être un homme ? Non pas qu’il manque de figures masculines, avec en premier chef son grand-père noir, Pop.

Mais il ya les autres, plus durs à cerner : son père blanc, Michael, actuellement en détention ; son autre grand-père, Big Joseph, qui l’ignore ; et les souvenirs de Given, son oncle, mort alors qu’il n’était qu’un adolescent.

Et Jojo a aussi du mal à cerner sa mère, Leonie, une femme fragile, en butte avec elle-même et avec les autres pour être la Noire qui a eu des enfants d’un Blanc.

Leonie qui aimerait être une meilleure mère, mais qui a du mal à mettre les besoins de Jojo et de la petite Kayla au-dessus des siens, notamment quand il s’agit de trouver sa dose de crack. Leonie qui cherche dans la drogue les souvenirs de son frère.

À l’annonce de la sortie de prison de Michael, Leonie embarque ses enfants et une copine dans la voiture, en route pour le pénitencier d’état.

Là, dans ce lieu de perdition, il y a le fantôme d’un prisonnier, un garçon de treize ans qui transporte avec lui toute la sale histoire du Sud, et qui a beaucoup à apprendre à Jojo sur les pères, les fils, sur l’héritage, sur la violence, sur l’amour…

Critique :
Souvenez-vous, Mini-Mir était réputé pour faire le maximum… Et bien dans ce roman noir, je suis tombée sur une mère qui en faisait le minimum, pour le même prix.

Si je commence par un brin d’humour, c’est pour faire le vide en moi et tenter de reprendre pied après cette lecture qui n’était pas de tout repos tant les personnages qui gravitaient dans ces pages étaient sombres et certains l’étaient même tellement qu’on aurait aimé les bazarder de suite, comme les parents de Jojo et Kayla.

Ce n’est pas que Léonie n’aime pas ses gosses, mais elle les aime mal, elle est égoïste et ne pense même pas à leurs besoins vitaux comme boire et manger. Par contre, elle pense toujours à ses besoins vitaux à elle qui sont le crack sous toutes ses formes.

Si Kayla, 3 ans, n’avait pas son grand frère Jojo, 13 ans, pour s’occuper d’elle ainsi que leurs grands-parents maternels, ils seraient mort de faim depuis longtemps. Quant au père, Michaël, en taule depuis 3 ans, il n’a même vu sa gamine naître.

Double péché du père, pour sa famille à lui, c’est qu’il était Blanc et qu’il a fait deux enfants avec une Noire. Si les enfants peuvent compter sur les grands-maternels, ceux du côté de leur père ne veulent même pas les voir car ce sont des grands racistes.

On va finir par croire que j’ai un faible pour les romans noirs qui se déroulent dans le Sud des États-Unis, là où la ségrégation et la haine raciale sont toujours présentes.

Les temps ont beau avoir changé, les lois aussi, dans le fond de leur cœur, de leurs tripes, de leurs cervelles, les Blancs estiment toujours que les Noirs sont justes bons à être des esclaves.

L’auteur l’illustre par des petits détails, sans s’appesantir dessus, mais lors d’un contrôle policier, on est atterré par la violence développée par le policier Blanc envers cette famille Noire. Limite si je n’ai pas été traumatisée par le comportement qu’il a eu envers Jojo, juste parce que celui-ci est café au lait.

Le roman est prenant, il nous tient à la gorge, les personnages des enfants sont touchants, surtout Jojo, protecteur de sa petite sœur et même son grand-père, qui pourtant est un homme dur, est touchant lui aussi car il s’occupe bien de ses petits-enfants et aime profondément son épouse, Philomène.

On sent que Léonie, la mère des gosses, aimerait être une bonne mère, mais il lui est impossible de ne pas s’énerver pour rien sur les enfants ou de les traîner avec elle sur une longue distance pour aller récupérer leur père à la sortie de prison, sans penser à nourrir ses enfants…

La touche fantastique des morts qui hantent toujours certains lieux ne m’a pas dérangé, c’était bien amené, bien utilisé et cela a donné un petit plus à ce roman noir qui avait déjà tout pour lui.

Avec une écriture qui sait si bien faire passer les émotions ou les ressentiments, l’auteur donne la voix à plusieurs de ses personnages, nous faisant voir parfois une partie de la même scène mais avec d’autres yeux.

Un roman noir choral qui nous offre des portraits réussis de ses personnages, dont celui d’une famille Noire qui n’a pas été épargnée par les épreuves, qui nous décrit une Amérique toujours aussi raciste, ou les droits des uns ne sont pas équitables à ceux des autres, comme dans la prison ferme de Parchman, où le papy de Jojo a fait quelques années, pour des peccadilles, alors que les Blancs devaient faire des horreurs pour y être incarcérés.

Un roman noir puissant, qui prend à la gorge, émouvant, touchant, un portrait d’une Amérique au vitriol, où la drogue fait marcher les gens à son pas et détruit des enfances, ces enfants qu’on a eu par accident, qu’on a voulu garder ensuite mais dont on ne s’occupe que de temps en temps.

Un roman noir magnifique.

#LeChantDesRevenants #NetGalleyFrance

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Sherlock Lupin & moi – Tome 6 – Les ombres de la Seine : Irene Adler

Titre : Sherlock Lupin & moi – Tome 6 – Les ombres de la Seine

Auteur : Irene Adler
Édition : Albin Michel Jeunesse (02/01/2019)
Édition Originale : Sherlock, Lupin & Io – Le ombre della Senna (2014)
Traducteur : Béatrice Didiot

Résumé :
Automne 1871. La guerre contre la Prusse est enfin finie, et Irene et sa famille retrouvent avec bonheur leur appartement parisien.

Évidemment, c’est aussi l’occasion pour la jeune fille de retrouver ses deux acolytes, Arsène Lupin et Sherlock Holmes. Le trio d’enquêteurs se reforme vite, un nouveau mystère les attend.

Le cousin d’Arsène, Fabien d’Andrésy vient de se volatiliser, après, semble-t-il, une sortie dans les bas-fonds parisiens.

Essayant de glaner quelques informations dans une taverne mal famée, les trois amis se retrouvent au cœur d’une guerre entre bandes rivales.

Les retrouvailles promettent d’être mouvementées !

Critique :
Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé mais Paris libéré !

Non, nous ne sommes pas à la fin de la Seconde Guerre Mondiale mais à la fin de celle qui laissait présager que ce ne serait pas fini, niveau contentieux, entre la France et l’Allemagne et que les matchs retours seront sanglants et meurtriers.

Nous sommes en 1971 et les casques à pointes ont gagné la guerre Franco-Allemande (ou franco-prussienne), l’annexion de l’Alsace-Moselle ne sera pas au menu de cette enquête de notre jeune trio, mais on se consolera en descendant dans les bas-fonds parisiens.

Ça me change de mes traditionnels bas-fonds londoniens que j’ai arpenté en long et en large (et malgré tout, je n’ai pas tout vu) et ça me change aussi du Paris traditionnel que je visite car ce genre de quartiers, je n’y mets pas les pieds, sauf accompagnée de Sherlock, Lupin et Irene, bien entendu.

On a beau être dans de la littérature jeunesse, on ne prend pas les jeunes lecteurs pour des cruches, dans ses pages, et on ne leur épargne pas la vérité non plus : la pauvreté, la misère, les mendiants qu’on a éclopés pour qu’ils rapportent plus, c’est une réalité à laquelle le jeune lecteur va être confronté.

En ces temps-là, il y avait déjà des gens riches qui aidaient les plus démunis, mais quand bien même on irait éplucher les patates pour la soupe populaire comme nos trois amis, au soir, tel Jack London et eux, nous rentrerions dans nos maisons douillettes pour manger plus qu’à notre faim, là où d’autres dormiront à la belle étoile ou sous les ponts de Paris.

Parlons-en des dessous des ponts de Paris ! Faudra que je vérifie si le système est toujours en place sous le pont d’Austerlitz (morne plaine)…

Ce sixième tome prend son temps pour s’installer, nous berce d’une douce langueur avant de nous jeter dans la Seine ainsi que dans les ruelles tortueuses fréquentées par la pègre. Cours, Irene, cours !

Un tome bien plus sombre que les premiers, bien plus mature aussi, avec un final qui m’a laissé sur le cul tant il était inattendu dans tous les sens du terme : on est dans de la littérature jeunesse et même s’il y avait des indices dans le texte d’Irene, j’étais loin de m’imaginer pareille fin du roman. Violent.

Non, on n’épargne plus les jeunes de nos jours et c’est tant mieux…

Une série qui continue de m’enchanter, un trio qui devient plus mature, des questions qu’Irene se pose sur l’amour que lui porte ses deux amis et des aventures toujours plus palpitantes, comme on en aurait rêvé de vivre à leur âge.

La Nuit divisée : Wessel Ebersohn [Yudel Gordon – 2]

Titre : La Nuit divisée [Yudel Gordon – 2]

Auteur : Wessel Ebersohn
Édition : Rivages Noir (1993/2016)
Édition Originale : Divide the Night (1981)
Traducteur : Nathalie Godard

Résumé :
Weizmann, petit commerçant qui tient une épicerie, vient de tuer une jeune Noire qui, selon lui, tentait de pénétrer dans sa boutique.

Or, cette jeune Noire est la huitième personne de couleur que Weizmann abat dans des circonstances analogues.

Et selon la rumeur publique, le petit commerçant laisserait, certaines nuits, la porte de son magasin ouverte pour mieux piéger ses « victimes »…

Critique :
Un roman noir se déroulant en Afrique du Sud nous fait toujours entrer dans une autre ambiance qu’un autre, comme si nous pénétrions dans une autre dimension, poussant une porte que l’on aurait aimé ne jamais ouvrir.

Pourtant, je la pousse toujours dès qu’il s’agit de Wessel Ebersohn et de son détective psychologue, Yudel Gordon.

Avec ce roman-ci, je pense que j’ai vraiment poussé une porte ultime et été le témoin d’actes dont j’aurais mieux aimé ne jamais apprendre l’existence.

N’étant pas un lapereau de l’année, je me doutais qu’elles avaient lieu, je les suspectais, l’Humain étant le champion du monde toute catégories au niveau de la cruauté et des pièges tendus aux autres.

Le premier chapitre ne nous laisse que peu de possibilités de fuite : on assiste, impuissant, à l’entrée d’une gamine Noire crevant de faim dans le piège tendu par le commerçant Johnny Weizmann : la porte de sa réserve entrouverte et la vue, pour les estomacs affamés, de paquets de biscuits.

Deux balles tirée à bout portant pour cette gamine. Pas de sanction pour l’enfant de salaud de Weizmann, si ce n’est de consulter un psychologue parce que là, ça en fait un peu de trop, de trophée de chasse humain.

Un enfant de salaud, en effet… Oui, papa Weizmann était un salaud de la pire espèce et penser que son fils, flingueur de pauvres hères, en est un aussi, c’est un pas qu’il ne faut pas franchir trop vite.

Chez l’auteur, rien n’est jamais tout à fait blanc, ni tout à fait noir et au fil du récit, on fait la part des choses, on comprend le pourquoi, même si on ne pardonne pas. Le problème est né ailleurs, les conséquences se font sentir depuis lors.

Yudel, pressentant que le commerçant va récidiver et ne le voyant plus arriver à ses séances va mener son enquête et elle ne sera pas de tout repos, l’auteur en profitant pour nous faire visiter une partie de la mentalité de l’Afrique du Sud qui ne laisse pas indemne tant la violence est banalisée et la population Noire sans droits aucun, si ce n’est de se taire et de ne rien dire. Raser les murs, aussi. Et pire encore.

Dans une société où seuls les Blancs ont le droit de s’armer, où seuls les Blancs ont des richesses, des possessions et donc, des choses à perdre lors d’une cambriolage, il est est autorisé par la loi de tirer à vue sur un cambrioleur, qu’il soit menaçant ou en fuite et si vous vous trompez de cible, pour les policiers, si la personne tuée ou touchée est Noire, et bien, on classera l’affaire.

Pousser la porte d’un roman de Ebersohn comporte toujours un risque, en plus de celui de devenir accro à ses romans, ses ambiances, son personnage atypique d’enquêteur psychologue : ici, nous ne sommes pas dans le monde des Bisounours, si dans de la SF, mais ceci est la réalité d’une société et il est un fait que le roman est glaçant.

Le lecteur prend un risque en le lisant, mais dites-vous bien que l’auteur en a pris encore plus pour l’écrire car toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire.

L’histoire se déroule en 1978… On sent, malgré tout, que le système horrible qui était en place se gangrène, qu’il n’est plus tout aussi puissant qu’avant, que le reste du Monde a porté un regard sur les émeutes de Soweto qui eurent lieu en 1976 et que l’Afrique du Sud telle qu’elle était commence à vaciller sur son piédestal.

La bête est blessée, mais avant d’agoniser, elle donne toujours des coups de crocs, de griffes et tente, malgré tout, du survivre car perdre son statut de tout puissant Homme Blanc fait peur et entraîne que la vie ne sera jamais plus comme avant.

La Nuit Divisée est un roman noir glaçant qui décrit une société pourrie de l’intérieur et un système inégalitaire qui n’a que trop duré. Tout à son enquête, Yudel Gordon nous laisse entrevoir la vie et le mode de raisonnement de certains de ses compatriotes, qu’ils soient Blancs tout puissant ou Noir et sans droits.

Un roman noir percutant et pour l’instant, le meilleur de la saga.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).