Drenaï – 10 – Loup Blanc : David Gemmel

Titre : Drenaï – 10 – Loup Blanc

Auteur : David Gemmel
Édition : Milady Fantasy (21/01/2015) – 600 pages
Édition Originale : White Wolf (2004)
Traduction : Rosalie Guillaume

Résumé :
Skilgannon le Damné a disparu des pages de l’histoire. Il a quitté les terres de Naashan, emportant avec lui les légendaires Épées de la Nuit et du Jour. Les assassins envoyés à ses trousses par la Reine Sorcière furent incapables de le retrouver.

Trois ans plus tard, loin de là, une foule déchaînée se rassemble autour d’un monastère. Elle est accueillie par un prêtre désarmé. Mais en quelques terrifiantes secondes, la situation bascule, et la rumeur se répand à travers les terres de l’Est : Skilgannon est de retour.

Il doit maintenant voyager à travers un royaume hanté par les démons en direction d’un temple mystérieux et de la déesse sans âge qui y règne. Toujours poursuivi par des tueurs et une armée d’ennemis face à lui, le Damné se lance dans une quête pour ramener les morts à la vie.

Mais il ne voyage pas seul. L’homme qui marche à ses côtés est Druss la Légende.

Critique :
Dans ce roman, David Gemmel fait du Gemmel, comme d’habitude. Ce n’est pas une critique, juste une constatation.

Je veux dire par-là que la trame ressemble aux autres : un guerrier compétent, torturé par son passé, en rédemption, qui a du sang sur les mains, qui n’a peur de rien.

Olek Skilgannon, qui n’a pas hésité à massacrer tous les habitants d’une ville (femmes et enfants compris), sur les ordres de sa reine, est aussi un homme respectueux des femmes (il ne viole pas les femmes, est respectueux, pas de #metoo avec lui). Hé, il a des valeurs.

Il vivait tranquille, peinard, puis les gens du village ont commencé à accuser les prêtres de tous les maux : famine, maladies et autres trucs. L’effet de meute a commencé et on a assisté à des passages à tabac de prêtres qui avaient soignés les gens durant une épidémie. Même dans la fantasy, l’humain reste le même.

Alternant les récits au présent avec ceux du passé qui éclairent la vie de quelques protagonistes (Skilgannon en tête), on suit nos personnages, fuyant l’avancée des envahisseurs, le récit se portant sur plusieurs d’entre eux.

Outre le guerrier aux épées de légendes, on croisera aussi un vieux guerrier de 50 ans, armé d’une hache mythique, elle aussi : Druss la légende. Comme Skilgannon, il est sans pitié sur un champ de bataille, a du sang sur les mains, mais respecte les femmes. Druss, je l’adore.

Les personnages sont comme souvent dans les romans de Gemmel : des guerriers terribles avec des codes moraux. Uniquement chez les héros, bien entendu, les autres, ce sont des crapules finies.

Autre chose, dans l’univers de Gemmel, on a toujours une quête qui paraît impossible à réussir ou une citadelle à défendre… Ici, ce sera la quête impossible. Comme je vous le disais, Gemmel fait du Gemmel, il y a une marque de fabrique reconnaissable entre toutes. Bizarrement, cela ne m’a jamais dérangé.

La première moitié du récit est assez lente, l’auteur pose ses décors, installe ses héros, les figurants, déroule son récit, nous propose des combats épiques (sa marque de fabrique aussi) et raconte le passé (et le passif) des personnages principaux.

La marque reconnaissable de Gemmel, c’est qu’il est aussi capable de captiver ses lecteurs dès les premières lignes.

Son style d’écriture est sans fioritures, simple, sans être simpliste. Il sait décrire le monde qu’il a créé, les différents peuples qui l’habitent (on retrouve des inspirations du nôtre) et habiller ses personnages, faisant en sorte qu’on ait l’impression de déjà les connaître.

Mélangeant habilement l’action au présent, les escarmouches, les souvenirs du passé, les événements qui se déroulent ailleurs, mettant un brin d’humour, Gemmel nous balade dans son monde imaginaire sans que l’on souffre de l’ennui.

On marche aux côtés de grands hommes, et même si ce sont des guerriers sans pitié et que Skilgannon ait massacré, avec son armé, une ville entière, on sent la rédemption sous la cuirasse, les remords, l’envie de changer les choses.

Nos guerriers, surtout Druss, ne sont pas avares de petites pensées philosophiques. Pas de la grande philosophie, pas de celle de comptoir non plus. Juste des pensées claires, nettes, précises, véridiques, poussant même le vice à se livrer à des discussions plus poussées.

Mon bémol ira pour le Grand Méchant qui est méchant jusqu’au bout des ongles (oups, il aime couper des doigts) : il aime torturer les gens, les faire souffrir longtemps, les faire hurler, mutiler, assassiner, frapper, battre,… Bref, rien pour équilibrer le portrait, ce qui est dommage.

David Gemmel applique, une fois de plus, la recette qu’il a mis au point et qu’il reproduit dans tous ses romans. Comme d’autres… Et bizarrement, ça marche à tous les coups ! Ses univers et ses personnages sont riches, c’est ce qui fait toute la différence. Les femmes dans ses romans sont fortes, ce ne sont pas des petits choses fragiles et c’est toujours appréciable.

J’étais resté quelques années sans lire du Gemmel, je m’y étais remise dans le cadre du Mois Anglais en 2020 et à chaque mois de juin, j’ai sorti de ma biblio ses romans que je n’avais pas encore lus. Cela m’a fait un bien fou.

Ce n’est pas de la grande littérature, mais j’apprécie les héros torturés qu’il met en scène, j’aime certaines de leurs valeurs (pas les massacres), leurs pensées, leur philosophie, la psychologie de certains.

Et puis, avec Gemmel, c’est l’évasion et le souffle de la grande aventure assurées.

#MoisAnglais2022
Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book). Dernière fiche…  Et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

Blackwood – Tome 01 : Nicolas Jarry et Kan-J

Titre : Blackwood – Tome 01

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Kan-J

Édition : Soleil – Celtic (2008)

Résumé :
Lord Julian Blackwood passe ses journées à poursuivre et à tuer les morts levés, des morts qui reviennent à la vie la plupart du temps pour se venger. Il ne les tue pas par plaisir, mais seulement parce qu’ils n’ont pas le droit de venir dans le monde des vivants.

Lors d’une des ses interventions musclées, le valet de Lord Redstone requiert ses services pour une mission. Mais Blackwood n’est pas intéressé par l’argent. Il refuse de rendre service à Redstone. Très vexé par ce refus, Redstone kidnappe Deirdre, la femme de Blackwood, pour le contraindre à accepter.

Critique :
Nicolas Jarry n’est pas un inconnu pour moi et j’apprécie souvent ses scénarios, donc, je ne risquais pas grand-chose à découvrir ce diptyque.

Déjà, j’avais flashé sur la couverture et son personnage. Lors de ma lecture, j’ai apprécié les dessins dans un style manga. Ils avaient du dynamisme, notamment la manière de représenter les scènes d’actions. Les couleurs sont assez sombres, mais ce n’est pas gênant.

Heureusement qu’il est signalé que l’action se déroule en Angleterre, plus précisément à Londres, au XVIIe siècle, car il aurait été difficile, au vu des décors, des personnages et des lieux, de déterminer le siècle ET le lieu. Peut-être que le siècle ne voulait pas être genré…

Bizarrement, on aperçoit une locomotive qui ne semble pas appartenir à ce XVIIe siècle, mais puisque nous sommes dans le fantastique, tout est permis, je suppose.

Nous faisons la connaissance avec Lord Julian Blackwood. Son job est spécial (inédit pour le Pôle Emploi) : il passe ses journées à poursuivre et à tuer les morts levés. Quésako ? Ce sont des morts qui reviennent à la vie, la plupart du temps pour se venger. Notre chasseur les tue parce qu’ils n’ont pas le droit de venir dans le monde des vivants.

À l’aide de flash-back, le scénariste nous montre un morceau de la jeunesse de Julian Blackwood et de sa sœur, au moment où ils se retrouvent orphelins. Les personnages sont tourmentés, sombres et cachent quelques secrets…

C’est ce qu’on appelle un tome d’introduction. Normal, c’est le premier (c’est un diptyque, donc, on clôture le tout au second). Malgré tout, il m’a semblé que l’on survolait les personnages, sans entrer plus dans les détails (peut-être est-ce plus approfondi dans le suivant, mais je ne le saurai qu’en le lisant).

Le scénario n’est pas très novateur, avec des morts qui ne veulent pas quitter le monde des vivants, c’est archi-vu. L’intérêt reposait donc dans le fait que les auteurs auraient pu nous proposer un univers novateur, un récit qui ne soit pas conventionnel.

Hem, bien que n’étant pas une grande connaisseuse dans l’univers de morts-vivants, je n’ai rien lu de transcendantal ou du franchement nouveau.

Un homme se la joue justicier, nettoyeur des morts levés, défenseur des pauvres gens, pourfendeurs des trépassés… Un homme qui a joué avec Faust lui confie une mission qu’il ne peut refuser (le chantage pousse les gens à accepter toutes les missions).

Conventionnel, quand tu nous tiens… Pas de véritables surprises, pas de sursaut devant de l’inédit, bref, classique au possible.

Une fois la dernière page tournée, il reste quelques mystères qui, je l’espère, seront dissipés dans la suite et fin.

Une lecture en demi-teinte, sans pour autant être loupée ou affreuse (j’ai connu bien pire).

PS : une fois de plus, je me demande si les dessinateurs se renseignent bien sur les manières d’atteler un ou plusieurs chevaux… Parce qu’avec ce que j’ai vu, il est impossible pour un cheval (ou plusieurs) de tirer un attelage (ou charrette) sans une bricole, sans un collier ou sans un goreau (plusieurs systèmes). Quand à la sangle des chevaux sellés, elle se trouve au milieu du ventre ! Purée, la faute…

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°233], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 47 pages) et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Elfes – Tome 31 – Ylanoon : Jean-Luc Istin et Kyko Duarte

Titre : Elfes – Tome 31 – Ylanoon

Scénariste : Jean-Luc Istin
Dessinateur : Kyko Duarte 🇪🇸

Édition : Soleil (20/04/2022)

Résumé :
Suite à l’immense raz-de-marée qui a dévasté les côtes des terres d’Arran, les elfes bleus érigent leur nouvelle capitale sur les ruines de la cité d’Ennlya. Mais d’étranges massacres jettent l’opprobre sur les différentes communautés.

Pour Lanawyn et sa jeune apprentie Ylanoon commence alors une enquête sanglante au plus profond d’une forêt sombre où se tapit la mort incarnée.

Critique :
— Je suis quasiment sûr que nous avons affaire à un serial killer.
— Pardon ?
— Je crois que nous avons affaire à un serial killer.
— Un quoi ?
— Un serial killer.
— Un ?
— Un serial killer. Un tueur en série.
— Ah… Un serial killer. (1)

Nos deux enquêtrices ne le savent pas encore, mais il y a fort à parier qu’elles aient affaire à un serial-killer. On vient de retrouver des Elfes Bleus, assassinés, la tête décapitée, déposée entre leurs mains.

On ne leur a pas volé de biens et lorsqu’elles apprennent que des Humains ont eu droit au même traitement, là, elles sont sûre que ce n’est pas une affaire de vengeance ou de race.

Oui, dans les Terres d’Arran, la race est importante et elles existent. Un Elfe n’est pas un Nain, ni un Orc, encore moins un Humain. Par contre, entre les Humains et les Elfes, ce n’est pas le grand amour, nos semblables rendant responsables les longues oreilles de bien des maux : les goules étaient menées par une Elfe et le raz-de-marée fut provoqué par une Elfe.

Dans cet album, une fois de plus, les dessins de Kyko Duarte m’ont enchanté. Les visages sont expressifs, les décors sublimes, pareil pour les couleurs. Bref, un régal pour les yeux.

Le scénario, lui, s’apparente totalement à une enquête policière truffée de fausses pistes. Une sorte de Whodunit, mais pas en huis clos. L’immensité de la forêt, ses dangers, la neige, l’assassin tapi dans l’ombre (ou les, on ne sait pas encore), les tensions entre Humains et Elfes, rien n’est mis en oeuvre pour établir un climat serein.

Comme je vous le disais, il y a des nombreuses fausses pistes dans cet album. Trop ? Oui et non… Dommage que les fausses pistes se terminent si abruptement. On pourrait même dire que la résolution arrive comme une sorte de miracle puisque, au bon moment, on signale à une des Elfe la présence d’un tueur dans la ville, emprisonné.

Moi, j’avais déjà compris, grâce à une case dans l’album où le dessinateur insiste un peu trop lourdement sur un détail de la déco. À ce niveau

Comme je suis perverse (et que j’ai fait mes classes en lisant Agatha Christie), j’ai suspecté tout de suite la bonne personne, la plus improbable, bien entendu, celle qui était la valeur sûre pour donner un choc aux lecteurs.

Non, vous ne saurez pas si je me suis trompée ou si j’avais visé juste. Lisez l’album et trouvez-vous même le ou la coupable (vais-je devoir utiliser le « iel » pour ne pas spolier dans mes chroniques futures ??).

Posez-vous aussi la question : alors que cet album porte le titre de la jeune Elfe Bleue, Ylanoon, comment cela se fesse-t-il qu’elle ne soit pas plus mise en avant et que la star soit Lanawyn, déjà mise en avant dans d’autres albums ? Tandis qu’il y a encore tant à découvrir sur la jeune Ylanoon…

Un bon tome de transition. Je me demande toujours ce que la suite nous réserve…

(1) Extrait du film « La cité de la peur », sorti en 1994, écrit par les Nuls (Alain Chabat, Dominique Farrugia et Chantal Lauby) et réalisé par Alain Berbérian.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°205], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 60 pages) et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°11).

Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 03 – L’hiver de la sorcière : Katherine Arden [LC avec Bianca]

Titre : Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 03 – L’hiver de la sorcière

Auteur : Katherine Arden
Éditions : Denoël Lunes d’encre (2020) / Folio SF (2021)
Édition Originale : Winternight, book 3: The Winter of the Witch (2019)
Traduction : Jacques Collin

Résumé :
Moscou se relève difficilement d’un terrible incendie. Le grand-prince est fou de rage et les habitants exigent des explications. Ils cherchent, surtout, quelqu’un sur qui rejeter la faute. Vassia, avec ses étranges pouvoirs, fait une coupable idéale.

Parviendra-t-elle à échapper à la fureur populaire, aiguillonnée par père Konstantin ? Saura-t-elle prévenir les conflits qui s’annoncent ?

Arrivera-t-elle à réconcilier le monde des humains et celui des créatures magiques ? Les défis qui attendent la jeune fille sont nombreux, d’autant qu’une autre menace, bien plus inquiétante, se profile aux frontières de la Rus’.

Critique :
J’attendais avec impatience que l’on termine la lecture de cette trilogie, tant je voulais connaître la suite des mésaventures de la jeune Vassia.

Dans le tome deux, nous l’avions laissée en fâcheuse position. Le suspense était présent et il est toujours préférable de ne pas traîner dans la lecture des trilogies dont l’histoire se suit.

Je ne ferai pas durer le suspense plus longtemps : je n’ai pas été déçue de ma lecture, ni du final gigantesque que nous a offert l’autrice.

J’avais apprécié le folklore Rus’, ses légendes, ses contes, ses tchiorti, ses démons et regretté qu’ils soient moins présent dans le deuxième tome. Chouette, ils étaient de retour, en force, dans le dernier tome, qui se trouve être aussi le plus mature, le plus sombre.

Vassia n’est plus la petite fille que nous avons rencontré dans le premier tome, ni la jeune fille rebelle du deuxième, qui était encore un peu capricieuse, un peu gamine, qui manquait de maturité. Ici, elle a grandi dans sa tête, elle sait ce qu’elle veut, elle sait ce qu’il faut faire, sera moins téméraire, réfléchira un peu plus aux conséquences de ses actes, même si elle aura de nombreux doutes et se demandera si la voie qu’elle est en train de suivre ne causera pas sa perte.

L’autrice a bien mené sa barque, en tout cas, et le niveau n’a pas baissé au fil des tomes, que du contraire, les personnages ont grandi, pris de l’ampleur, ont changé, nous ont montré une facette inattendue de leur personnalité profonde. Deux personnages surtout m’ont surpris là où je ne les attendais pas.

J’avoue avoir eu peur à un moment donné, quand Vassia affrontera l’Ours une nouvelle fois, car cela se terminait un peu trop vite à mon goût. Femme de peu de foi, que j’étais (chat souvent échaudé craint l’eau froide, en même temps) : le final sera vraiment à la hauteur de toute la trilogie !

En plus d’être addictif, de posséder des personnages intéressants, ni tout à fait blancs, ni tout à fait noirs (pour certains, ont hésitera jusqu’au bout), de parler de religion sans rien oublier de tout ce qu’elle peut impliquer (apaisement, haine, domination, pouvoir, superstitions), le récit se base aussi sur des le folklore Rus’ et sur des faits historiques. La bataille qui a lieu est véridique.

Certains des personnages évoluant dans ce récit ont existé. Voilà de quoi ajouter de la valeur à cette trilogie qui n’en manquait pas.

Une trilogie fantastique qui met bien en valeur le folklore de la Rus’, ses démons, ses croyances, la nouvelle foi qui progresse rapidement et qui relègue les anciennes croyances, celles du monde de l’invisible, aux rangs des fadaises à ne plus pratiquer. Le récit n’est jamais ennuyant, toujours intéressant et les personnages prendront de l’épaisseur en évoluant dans l’histoire.

Avec un final plus que réussi, qui amène les personnages là où ils le souhaitaient (et qui est leur place légitime), on peut classer cette saga dans les réussies et dans celles que je ne regrette pas d’avoir lues. Je suis même un peu triste de laisser les personnages poursuivre leur vie sans moi.

Merci à ma copinaute Bianca de m’avoir proposé cette trilogie en LC. Elle non plus n’est absolument pas déçue de cette découverte.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°199].

Elfes – Tome 26 – Raïken-Kahlaal : Nicolas Jarry, Giovanni Lorusso et Kyko Duarte

Titre : Elfes – Tome 26 – Raïken-Kahlaal

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateurs : Giovanni Lorusso et Kyko Duarte

Édition : Soleil (29/01/2020)

Résumé :
Athé’non, fils du roi d’Elsémur est un elfe brisé. Hanté par la mort de son âme-soeur, il vagabonde, volant pour se payer ses feuilles de Kicha, une drogue puissante qui l’apaise.

Après un larcin de trop, il doit combattre dans une arène pour le bon plaisir d’un roi humain.

Il lui faudra trouver la force de surmonter son addiction et dompter sa souffrance comme autrefois il a dompté le Raïten-Kalhaal…

Critique :
Athé’non est un elfe Bleu, un guerrier, il était sur les murailles de Kastennroc, la forteresse légendaire et imprenable. Il a combattu les goules, quand d’autres sont restés cachés.

Maintenant, il vit comme un vagabond et consomme des feuilles de Kicha, une drogue. ♫ Besoin de rien envie de Kicha ♪ (*)

Si Athé’non avait assommé le gamin, après son larcin, il ne serait pas retrouvé dans cette belle merde, prisonnier dans les arènes d’un roi humain et obligé de se la jouer « à la gladiateur » ou de jouer « au gladiateur ».

Mais s’il avait assommé le gamin, témoin de son larcin, nous n’aurions pas eu droit à ce super récit.

Le voici donc esclave des geôles de la ville de Kasatell, version fantasy de Rome, avec son cirque, ses jeux, ses combattants, ses tigres, son roi suprémaciste (il veut exterminer tout ce qui n’est pas humains), dictateur, qui a trouvé le moyen de se débarrasser des prisonniers tout en contentant son peuple avec du « panem et circenses » (plus « circenses » que « panem »).

Ce dictateur se sent très fort, entouré de ses gardes, se délectant des esclaves qui meurent dans l’arène ou qui succombent à ses pièges pervers. Il se sent invincible, perché sur son trône. Attention, ne jamais oublier que du plus haut que l’on soit assis, ce n’est jamais que sur son cul…

Athé’non est un personnage emblématique, même s’il est au bout de sa vie et qu’il n’a plus envie de rien : il a perdu l’amour de sa vie, dans d’atroces circonstances, alors il est dans une passe sombre. Pourtant, il va devoir se sortir les doigts du cul et fissa !

Le récit se composera du récit au présent et de flashbacks où notre Athé’non se souviendra avoir échoué au rituel le plus important, celui face à la bête immense qu’est le Raïken-Kahlaal. Il a eu peur, tout simplement et à sa place, on aurait pissé dans notre maillot !

Les récits mettant en scène des anciens guerriers qui sont tombés au fond du gouffre, c’est toujours intéressant lorsque c’est bien fait. Dans ce cas-ci, la réussite est totale, tant du point de vue du scénario que des dessins, qui sont somptueux.

Notre elfe ne va pas se relever d’un coup, comme par miracle, il lui faudra un électrochoc, afin de survivre à ces jeux du cirque où il ne doit en rester qu’un seul vivant. Jusqu’au dernier moment, les jeux ne sont pas fait, on ne sait pas ce qu’il va arriver à notre Athé’non.

C’est un récit noir, sombre, glauque de par ces jeux du cirque où l’on impose aux esclaves de se battre jusqu’à la mort pour tenter de gagner la vie. Ce sont des jeux cruels, où l’on divise les joueurs pour qu’ils s’entretuent eux-mêmes, ou pour leur éviter de faire preuve de solidarité, d’unir leur force.

Les planches finales sont magnifiques et la suite nous laisse présager des aventures encore plus sombres, glauques, noires, sans possibilité de lumière, vu que les terres d’Arran sont aussi mal barrées que nous.

Un excellent album, une fois de plus.

(*)  Sur l’air de « Besoin de rien, envie de toi » de Peter et Sloane

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 66 pages).

Lanfeust de Troy – Tome 9 – La forêt noiseuse : Christophe Arleston et Didier Tarquin

Titre : Lanfeust de Troy – Tome 9 – La forêt noiseuse

Scénariste : Christophe Arleston
Dessinateur : Didier Tarquin

Édition : Soleil (03/11/2021)

Résumé :
12 ans se sont écoulés. Lanfeust a repris son métier de forgeron et propose ses services de village en village. Sous cette couverture, il est en fait un agent au service du Conservatoire d’Eckmül…

Rien ne va plus dans le monde de Troy. Les sages, relais de la magie, disparaissent un à un. Lanfeust lui-même a perdu son pouvoir. Qui est cet être mégalomane qui plonge villes et villages dans le chaos ?

Et quid de cet arbre gigantesque d’où semblent provenir tous les maux qui les accablent ? Lanfeust et Hébus, à nouveau réunis, partent au Delpont enquêter sur ces étranges disparitions…

Critique :
Chouette, le retour de Lanfeust ! Et Lanfeust de Troy, en plus. Oui, j’avais envie de remettre les pieds à Eckmül sans pour autant entamer une relecture du cycle.

21 ans après la parution du tome 8, Arleston et Tarquin nous offrent un tome 9.

Lanfeust n’est plus un gamin, ni un jeune homme, et je me demande si je ne le préférais avec son ancien look que le nouveau.

Hébus, le troll, est devenu un sage à Eckmül, ce qui le change de sa vie antérieure. Oui, le monde de Troy a bien changé…

La peur est toujours qu’un nouveau tome ne soit pas à la hauteur et n’arrive pas à la cheville de l’ensemble du cycle. D’un côté, on a envie de se plonger dedans et de l’autre, on renâcle un peu.

Les dessins de Tarquin sont toujours aussi agréables à regarder. Ils ne varient pas (ou si peu) et les codes habituels se retrouvent dans les cases. Rien à redire sur les couleurs, tout est impeccable.

Troy a un problème, plusieurs problèmes : les mages qui relaient la magie meurent tous prématurément, leurs remplaçants n’arrivent jamais à bon port et les gens changent de pouvoir ou le perde totalement.

C’est une catastrophe ! Que se passe-t-il ? Afin d’en savoir un peu plus, il faut aller enquêter discrètement et régler les emmerdes. Pour cette mission, il faut envoyer Lanfeust, devenu forgeron itinérant après avoir sauvé le monde.

On prend presque les mêmes et on recommence des aventures. Ce sera une mission pour Hébus, Lanfeust, aidés par les deux jeunes, Aspette et Atastrophe. Un jeune fille apprentie forgeronne et un jeune apprenti sage. Une fille qui n’a pas froid aux yeux et un jeune garçon qui a vite peur.

Un nouveau duo à l’ancienne, comme du temps de C’ian et Cixi (une fille qui n’avait pas froid aux yeux, ni ailleurs, face à sa sœur, bien plus prude).

Les auteurs n’ont pas oublié de mettre au point un méchant bien méchant, avec un pouvoir magique vachement difficile à contrer. Bref, il y avait de quoi faire durer l’affaire sur deux albums au minimum, ou plus.

Ben non, moi qui avait l’angoisse de ne pas avoir la fin de l’histoire et de devoir attendre la publication du tome suivant, j’ai été étonnée de voir que l’histoire se terminait avec ce tome.

Devoir attendre pour lire la suite m’aurait frustrée, mais que cet album se termine aussi vite me frustre encore plus (jamais contente!).

L’humour manque un peu à l’appel, je trouve. Les anciens albums de Troy possédait cet humour potache qui me faisait pouffer de rire à tout bout de champ, sans oublier qu’en retournant les albums, on découvrait des phrases cachées, même dans les formules magiques.

Ici, nous aurons juste droit à un détournement de la chanson Alexandrie, Alexandra. En ce qui concerne notre monde, nous aurons les petits oiseaux qui relient tout le monde ensemble en leur donnant des nouvelles de ce qui se passe de par le monde, en ce compris des théories complotistes.

Cette série m’a habitué à mieux, beaucoup mieux, et à des cycles plus longs qu’un one-shot. L’histoire prend du temps à se mettre en place (ce qui est normal) et ensuite, tout se précipite un peu trop rapidement, comme si Lanfeust avait juste eu affaire à un méchant normal, de petite envergure, alors que celui mit au point par les auteurs avait de quoi lui en faire voir un peu plus longtemps.

Maintenant, pour ceux ou celles qui prennent la série en route, pas de problème, on explique vite fait bien fait les principes de magie sur Troy et on peut se permettre de lire cet album sans devoir attendre pour lire la suite.

Apparemment, à ce que j’ai compris, les albums qui suivront seront tous en one-shot.

Oui, j’ai des bémols, oui, j’aurais aimé que l’histoire dure plus longtemps, oui, il y avait matière à faire plus, mais malgré tout, j’ai pris du plaisir à retrouver mon Lanfeust et ce cher Hébus.

Cette saga d’heroïc-fantasy a enchanté une grand partie de ma vie et j’ai toujours pris plaisir à la relire. Alors, je serai au rendez-vous pour le tome 10, si tome 10 il y a…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°177] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

Ring Shout – Cantique rituel : P. Djèli Clark

Titre : Ring Shout – Cantique rituel

Auteur : P. Djèli Clark
Édition : L’Atalante – La Dentelle du cygne (21/10/2021)
Édition Originale : Ring Shout (2020)
Traduction : Mathilde Montier

Résumé :
Macon, 1922. En 1915, le film Naissance d’une nation a ensorcelé l’Amérique et gonflé les rangs du Ku Klux Klan, qui depuis s’abreuve aux pensées les plus sombres des Blancs. À travers le pays, le Klan sème la terreur et se déchaîne sur les anciens esclaves, déterminé à faire régner l’enfer sur Terre.

Mais les Ku Kluxes ne sont pas immortels. Sur leur chemin se dressent Maryse Boudreaux et ses compagnes de résistance : une tireuse d’élite à la langue bien pendue et une Harlem Hellfighter.

Armées de fusils, de bombes et d’une épée imprégnée de magie ancestrale, elles chassent ceux qui les traquent et renvoient les démons du Klan tout droit en enfer ; alors qu’un complot effroyable se trame à Macon et que la guerre contre le mal est sur le point de s’embraser.

Critique :
La fantasy a ses codes et dans ce court roman, l’auteur s’en affranchi, les bouscule, afin de nous offrir de a fantasy qui en est sans vraiment en être…

Années 20, Géorgie, sud des États-Unis, le KKK et une bande de gonzesses qui leur tiennent tête…

Où est le côté fantasy, se demande-t-on en commençant la lecture ?

Rassurez-vous, il est bien présent, avec les Ku Kluxes et je ne vous dirai rien de plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de frémir.

Je vous laisse aller voir sous les cagoules et les taies d’oreillers ce qui se cache. Non, revenez, bande d’inconscients ! C’est trop dangereux !

De la fantasy qui se passe dans notre Monde, au temps de la ségrégation raciale, avec des KKK, ce n’est pas banal et c’est ce qui m’a attiré vers ce roman, en plus de son auteur, dont j’ai déjà lu deux novellas et aimé.

L’auteur arrive, en 170 pages, à créer un univers réaliste, auquel on adhère sans problème, à donner de l’épaisseur à ses personnages et à nous offrir un récit abouti, avec un début, un développement et une fin.

C’est de manière très habile aussi qu’il mélange le côté fantasy (et ses codes), le fantastique, les Multivers avec des faits historiques, de la violence raciale, de la résistance et des films existants (Naissance d’une nation).

Si on se laisse emporter par le récit et ses personnages, on s’y croirait totalement. C’est ce qui m’est arrivé… J’ai été emportée par le récit et ces filles badass qui n’ont pas leur langue en poche. Girl power !

Comme dans « Les Tambours du dieu noir », certains personnages parlent un phrasé indigène, issu de la culture Gullah et qui doit se lire phonétiquement afin d’être compris. Un beau travail de la part de la traductrice qui n’a pas dû avoir si facile que ça.

Une très bonne novella fantasy qui, tout en respectant certains codes, s’affranchi des autres en nous proposant un univers réaliste, dans l’Amérique des années 20.

Sous la couvert de chasse aux monstres du KKK, c’est une partie de l’Histoire de l’Amérique que l’auteur nous conte et il le fait brillamment. Ne se contentant de pondre une histoire horrifique pour ficher la trouille à ses lecteurs, l’auteur lui a insufflé de la profondeur, de l’épaisseur, du réalisme et de belles réflexions.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°118].

Les 5 Terres – Tome 1 – De toutes mes forces : Lewelyn et Jérôme Lereculey

Titre : Les 5 Terres – Tome 1 – De toutes mes forces

Scénaristes : Lewelyn (groupe)
Dessinateur : Jérôme Lereculey

Édition : Delcourt Terres de légendes (11/09/2019)

Résumé :
Ce n’est un secret pour personne : le vieux roi Cyrus, héros de la bataille de Drakhenor, est mourant. Son neveu Hirus, jeune tigre brutal et ambitieux, et successeur désigné du roi, rêve d’imposer sa loi au reste des 5 Terres.

Mais comme toujours chez les félins, rien n’est simple, et le trône est l’objet de toutes les convoitises, tandis que dans les royaumes voisins, on observe la situation, prêt à fondre sur Angleon au moindre faux pas…

Critique :
« Le lion ne s’associe pas avec le cafard », comme le disait si bien Amonbofis, dans le film.

Dans cette bédé où les personnages sont anthropomorphiques, il est interdit de mélanger les classes et les races.

Autrement dit, les amours inter-races sont interdits. Au moins, dans GOT, le Cerf Baratheon avait épousé la Lionne de chez Lannister !

Justement, en parlant de GOT, cet album est dans la même veine : un roi se meurt et on va se disputer le trône, magouiller pour l’obtenir, se trucider, se venger, se faire des coups bas, des coups de putes, se planter des poignards dans le dos, le bide…

Il y a 5 terres, dirigées par 5 grandes famille : les félins, les ursidés, les cervidés, les reptiles et les primates. Ouh, ça va saigner ! La marmite est en train de bouillir et le couvercle peut péter à tout moment. Bisounours, passez votre chemin !

Je ne vais pas vous raconter des carabistouilles, j’ai été plus que conquise par ce premier album que j’avais acheté et pas encore lu (shame on me, sans la chronique de Dionysos, du Bibliocosme, je l’aurais oublié dans ma blbio).

Les dessins sont superbes, les couleurs magnifiques et c’est une riche idée que d’avoir donné des visages d’animaux aux personnages afin de pousser un peu plus loin le concept des différentes races, qui sont en adéquation avec l’animal, bien entendu.

Ce premier album possède déjà bien des arcs narratifs différents : dans l’entourage du roi mourant, dans la garde royale, chez les Ours, chez les reptiles dans le désert. Bref, tout comme la saga bien connue, l’intrigue ne va pas tourner autour d’une seule famille, mais autour d’une galerie de personnages, tous plus différents les uns que les autres.

Comme dans les bonnes sagas, les personnages cacheront une partie de leur jeu, auront des secrets, ne dévoileront pas tout et avanceront masqué.

Une bonne chose aussi, pour le moment, pas de manichéisme en vue et déjà de belles surprises. Rien n’est figé, rien n’est sûr, tout est possible. La fin de ce premier tome rebat déjà les cartes, les dés sont jetés, alea jacta est, cliffhanger de dingue ! Il me faut le tome 2 de suite !

Les 5 Terres, c’est un univers impitoyable ♫, comme le chantait la célèbre chanson de la non moins célèbre série des années 80 (que je n’ai jamais vue).

PS : Lire la chronique tout aussi enchantée que le mienne chez Le Bibliocosme.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°116], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°107], et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages).

Le Chien du Forgeron : Camille Leboulanger

Titre : Le Chien du Forgeron

Auteur : Camille Leboulanger
Édition : Argyll (19/08/2021)

Résumé :
Approchez, approchez ! Alors que tombe la nuit froide, laissez moi vous divertir avec l’histoire de Cuchulainn, celui que l’on nomme le Chien du Forgeron ; celui qui s’est rendu dans l’Autre Monde plus de fois qu’on ne peut le compter sur les doigts d’une main, celui qui a repoussé à lui seul l’armée du Connacht et accompli trop d’exploits pour qu’on les dénombre tous.

Certains pensent sans doute déjà tout connaître du Chien, mais l’histoire que je m’apprête à vous narrer n’est pas celle que chantent les bardes. Elle n’est pas celle que l’on se raconte l’hiver au coin du feu. J’en vois parmi vous qui chuchotent, qui hésitent, qui pensent que je cherche à écorner l’image d’un grand homme.

Pourtant vous entendrez ce soir l’histoire du Chien. L’histoire derrière la légende. L’homme derrière le mythe.

Approchez, approchez ! Venez écouter le dernier récit d’un homme qui parle trop…

Critique :
Pour ma dernière lecture de 2021, j’avais envie de légèreté, de fraicheur, de ne pas me prendre la tête, alors je me suis tournée vers un genre que j’affectionne : la fantasy (même si j’en lis moins).

Délaissant les grosses machines anglo-saxonnes, je me suis tournée vers un auteur français dont les différentes critiques élogieuses de son roman m’avaient donné envie de le lire.

Direction les peuples Celtes, pas au temps d’Astérix, mais aux VIIIe et VIIe siècles avant J.-C (qui n’est pas Jules César, merci).

Un conteur entre dans un bar et, en échange du remplissage régulier de son gobelet, va conter aux personnes présentes la légende de Cuchulainn, dit aussi Le Chien du Forgeron, cet héros légendaire, invaincu, dont l’aura continue de briller.

Oui, mais le conteur va leur proposer de leur raconter la véritable histoire, pas la légende que tout le monde connait.

Ce qui lui importe, c’est de parler de l’homme derrière la légende, quitte à choquer son auditoire qui est loin de s’imaginer que la vie de ce héros n’est guère flatteuse et que derrière les lumières que l’on fait briller, il y avait surtout un garçon avec ses blessures, ses fêlures, ses rêves, ses croyances, son égo démesuré et sa soif de victoires.

Derrière le mythe, il y a un homme et son portrait n’a rien de reluisant !

La plupart des auteurs/autrices, cherchent à rendre leurs personnages sympathiques, d’autres pas du tout. Ce qui fut le cas de Camille Leboulanger avec le personnage mythique de Cuchulainn.

Sincèrement, ce garçon n’a rien pour lui, on n’a absolument pas envie de l’aimer, de s’attacher à lui, par contre, on lui collerait bien des fessées pour tenter de brider son égo grandissant.

En grandissant, Setanta, qui ne n’a pas encore encore acquis les surnoms de Cuchulainn ou de Chien du Forgeron, ne va pas s’améliorer, que du contraire, il est détestable et malgré tout, on s’attache à sa personnalité, on a envie de suivre son parcours, parce que l’on sait qu’il n’est pas le seul responsable de ce merdier.

La faute est imputable à des hommes qui décident de donner à marier, à d’autres seigneurs, leurs sœurs ou filles, afin de monter des coalition, des alliances, en se foutant pas mal de l’avis de la femme. Ici, le féminisme est banni, les femmes sont sans droits, soumises à l’autorité des mâles, hormis quelques unes, qui résistent encore et toujours au patriarcat galopant.

Si le Chien du Forgeron n’attire pas les sympathies, s’il est un véritable boulet en société, ne comprenant rien aux règles (ou s’en moquant royalement), un gros macho de première catégorie (un beauf), nombriliste, lourd et ne comprenant que la force brute, le conteur aux cheveux blancs, lui, est un régal pour le lecteur.

Sa verve m’a enchantée et jamais son récit n’est devenu lourd ou ennuyeux, même si l’action n’est pas présente tout le temps. De plus, il y a une palette de personnages qui gravitent autour de Cuchulainn et dont certains auront leur importance dans le récit, forgeant le caractère du guerrier ou au contraire, le laissant faire.

Ce roman de fantasy est un petit bonbon acidulé, un de ceux qui fait du bien par où il passe et qui nous conte le mythe de Cuchulainn d’une autre manière. Même si, comme moi, vous ne connaissiez pas le mythe, la légende de ce guerrier formidable, même si vous n’êtes pas calé en histoire des Celtes, en mythologie, ce récit risque de vous ravir tant il est bien achalandé.

C’est aussi une page importante d’Histoire que l’on découvre dans ce récit, ainsi que la vie dans des places fortes aux temps des Celtes. Il y a une complexité dans le pouvoir politique, la hiérarchie est importante et le moindre battement d’aile de papillon peut déclencher des tempêtes plus tard. Le tout est parfaitement intégré au récit, sans donner l’impression d’assister à une leçon d’école.

Le manque de dialogues, qui d’habitude m’énerve, ne m’a absolument pas empêché de prendre du plaisir dans ma lecture, tant j’avais l’impression d’être dans cette taverne à écouter un conteur et à faire en sorte que son verre soit toujours rempli.

Bref, c’est de la fantasy qui pourrait plaire à des lecteurs peu familiers du genre (ou aux allergiques) puisque la part de fantastique est minime (mythologique, surtout), que l’on se trouve dans un monde qui est le nôtre, à une époque lointaine où les valeurs n’étaient pas les mêmes que maintenant.

Pas de droits pour les femmes, des hommes guerriers, des lois différents et des commandements personnels pris par chacun et jamais renié, même jusqu’au boutisme.

C’est une histoire classique, celle d’un homme qui est monté sur un piédestal et qui a chuté un jour parce qu’il cherchait la gloire personnelle, parce qu’il voulait être adulé, être le plus fort, parce qu’il méprisait les autres et ne comprenait rien à rien…

Tout compte fait, Cuchulainn devient sympathique parce qu’il n’a pas compris les règles du jeu, qu’on lui a donné de mauvaises règles, qu’on ne l’a jamais arrêté, tel un enfant roi et qu’on n’a jamais pris la peine de demander son avis à sa mère, elle qui ne voulait pas se marier, ni avoir des enfants…

Un très bon roman de fantasy à découvrir, même pour les non familiers du genre, car c’est l’histoire de la vie. Le cycle éternel…

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°104].

Nains – Tome 21 – Ulrog de la forge : Nicolas Jarry et Pierre-Denis Goux

Titre : Nains – Tome 21 – Ulrog de la forge

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Pierre-Denis Goux

Édition : Soleil (27/10/2021)

Résumé :
Suite à son refus de servir les intérêts du grand maître de Forge, Ulrog, fils ainé de Redwin, est accusé de trahison. S’il veut sauver sa tête : il doit acquérir une place au conseil de son ordre en remportant le tournoi du meilleur forgeron d’Arran.

Pour y parvenir, il a besoin d’un combattant exceptionnel capable de maîtriser son art. Il partira en quête de Jorun, son propre frère.

Critique :
Être « le fils de » n’est pas toujours un cadeau (sauf en politique). Et chez les Nains, être le fils de Redwin de la Forge n’est pas une sinécure ! Ulrog en sait quelque chose et son frère Jorun aussi.

L’ordre de la Forge fait partie de mes préférés, avec celui des Errants. En règle générale, j’y ai toujours trouvé de la profondeur scénaristique et mon quota d’émotions.

Une fois de plus, on se retrouve avec deux frères que tout oppose, qui ne se sont plus parlé depuis les lustres, deux frères dont l’un est talentueux et l’autre ne sait pas gérer sa colère et l’un a besoin de l’autre, absolument besoin !

On choisit ses copains, mais rarement sa famille, c’est bien connu. Pourtant, si Jorun est une sacrée tête de mule, un guerrier sans peur, possède un sale caractère et la haine envers les Terres d’Arran entières, il sait aussi écouter le murmure des talions et le plaisir d’un combat avec un adversaire digne de lui.

Oui, mais nous sommes au pays des Nains, dans l’Ordre de la Forge et quand un puissant veut le pouvoir absolument, il est prêt à tout pour l’obtenir, même à tricher, à se faire forger une arme par trois forgerons et à oublier que son fils est une brute épaisse sans diplomatie, sans distinction, bref, un chien enragé qui pourrait mordre la main de celui qui le nourri.

Les dessins de Pierre-Denis Goux sont excellents, dynamiques, rempli de détails, avec des décors somptueux et des combats dont les différents cadrages nous donneront l’impression d’être au cœur de l’action.

Depuis toujours, une grande partie des histoires, des personnages, des différentes sagas et des différents peuples sont liés ensemble et il serait temps que je relise toute la saga afin de bien tout remettre dans ma mémoire avant qu’un clash final n’arrive (ou juste pour  le plaisir de relire tous les albums).

Une fois de plus, c’est un bel album sur la fraternité, les liens du sang, que nous offrent les auteurs. Depuis le premier tome où l’on a découvert Redwin marmouse, ils l’ont fait évoluer, l’ont doté d’une famille, leur ont fait vivre des aventures palpitantes, remplies d’émotions et je me demande quelle sera l’étape suivante car là, on a un membre de la fratrie qui n’est pas content et je sais que quand lui n’est pas content, vaut mieux se barrer fissa !

Mais moi, je veux être aux premières loges pour voir comment tous les scénarios développés précédemment vont se conclure (si conclusion il y a), car je sens que l’heure est proche…

Un excellent album de l’Ordre de la Forge !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°XX] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 60 pages).