Swastika night : Katharine Burdekin

Titre : Swastika night

Auteur : Katharine Burdekin
Édition : Piranha (21/10/2016)
Édition originale : Swastika night – 1937 (sous le pseudonyme de Murray Constantine)

Résumé :
Sept cents ans après la victoire d’Hitler, l’Europe est soumise à l’idéologie nazie.

Les étrangers servent de main-d’œuvre servile, les femmes de bétail reproducteur, le progrès technique est interdit dans une société exclusivement agraire.

Alfred, un jeune anglais en pèlerinage, est mis au courant par le chevalier von Hess de l’existence d’une chronique retraçant l’histoire de l’ancien monde…

Critique :
Il fallait avoir une sacrée paire de couilles pour publier une uchronie dystopique (une dystopie uchronique ?) sur les dangers du nazisme en 1937, alors que la Seconde Guerre Mondiale n’avait pas encore commencé et que certains pensaient toujours qu’elle n’aurait pas lieu.

Des couilles et une sacrée vision des choses qui pourraient se produire si cette idéologie gagnait toute l’Europe.

La guerre n’est pas encore déclarée que l’auteure avait déjà imaginé un conflit terrible, basant son récit sur une victoire des allemands.

Pire, ayant connaissance des faits, je reste sans voix devant la clairvoyance de la dame qui, même si elle remplace les Juifs par des chrétiens, parle déjà d’extermination totale. Et en plus, dans son récit, les Juifs n’existent quasi plus… Exterminés qu’ils furent par les allemands.

C’est là que le roman prend toute sa force car il ne s’agit pas ici d’une 36ème version parlant d’une fin alternative de la Seconde Guerre mondiale mais bien d’une anticipation terrible sur l’avenir de l’Europe et du monde si le nazisme triomphait.

Le roman fait froid dans le dos… Nous sommes 700 ans après Hitler (oui, le vilain moustachu a remis à zéro le compteur de Jésus-Christ), le saint empire hitlérien domine toute l’Europe, et quand je dis toute, c’est toute, même pas un village gaulois pour résister.

Nous sommes face à une dictature impitoyable où les femmes ont autant de droit que les chiens et dont leur rôle est celui de poules pondeuses, juste bonne à se faire engrosser par les hommes et à mettre au monde des garçons, qui leur seront enlevés à l’âge de 18 mois.

Parqués dans des camps, nous sommes soumises au bon vouloir des mâles et le viol n’est plus un crime depuis longtemps. Nous n’avons plus de pensées, plus de vie, plus d’allant, plus rien…

L’art et la culture n’existent plus, les livres c’est pareil, hormis la Bible d’Hitler et les manuels techniques, les gens ne savent plus lire, lire ne sert à rien. Ne reste que la musique, mais tous les grands compositeurs que nous connaissons sont devenus allemands ou autrichiens, sans exception.

De plus, on a beau être 700 plus tard, les technologies ne sont pas très avancées, comme si les Hommes en avaient peur, comme s’ils vivaient toujours à l’époque de 1940 avec ses aéroplanes et ses vieux camions de l’époque.

L’univers qui est décrit dans ses pages est tout bonnement impitoyable, horrible, donnant des sueurs dans le dos car tout le monde a oublié ce qu’il y avait avant l’avènement du nain de jardin moustachu et on a fait de ce dernier un Dieu, limite un Jésus puisqu’il a donné naissance à une religion, la sienne.

La religion hitlérienne a remplacé la pensée. Hitler est Dieu sauf pour les parias chrétiens qui ne font pourtant pas preuve de plus d’intelligence avec leur propre culte : la religion quelle qu’elle soit ne sert qu’à fabriquer du prêt-à-penser qui annihile l’intelligence.

Tout est effacé, on a réécrit l’Histoire, les faits ont été changés, tout est à la gloire des allemands et des nazis, les religions éradiquées et ce qui les remplace est une horreur sans nom, les chrétiens étant même considéré comme moins que des rats !

Ah, et le petit homme ventripotent que nous connaissons, moustachu, moche, avec du bide et une mèche de cheveux gras est devenu – propagande oblige – un grand blond magnifique (2,10m) aux yeux bleus, avec des cheveux blonds et longs digne d’une pub de chez l’Oréal, un être quasi divin, et pas sorti du ventre d’une femme.

On lui a écrit une légende, il fait l’objet de culte, on visite les lieux saints en Allemagne et les seuls à ne pas avoir été envahis sont les japonais, qui eux, tiennent sous leur coupe les américains.

L’histoire gravite autour d’Alfred, un anglais, le personnage principal avec Herman, l’ouvrier agricole l’allemand et Von Hess, le chevalier.

Malgré leurs différences et leurs divergences, ces trois là vont discuter ensemble et le chevalier fera de terrible révélations à nos deux hommes, plongeant dans le désarroi le plus total l’allemand qui voit ses croyances s’effondrer.

Trois personnages attachants, réalistes, avec leurs pensées conformes à ce qu’ils ont toujours vu et vécu, la rébellion étant à proscrire chez les soumis, d’ailleurs, ils n’y penseraient même pas. Pourtant, comme le personnage d’Orwell dans 1984, Alfred a déjà conscience qu’on lui a menti cherche à déjouer la supercherie.

On ne peut pas dire qu’il se passe des tas de choses importantes, dans ce roman, mais on s’en moque, la narration étant tellement forte que l’on blêmit lors des conversations entre Alfred et le chevalier (haut grade chez les allemands), en découvrant la vie des gens, la condition de la femme, de l’enfant, les pensées qui sont celles des humains de tout bord.

Loin d’être indigeste, ce petit roman de 230 pages est limpide, facile à lire, même s’il a tendance à vous foutre des claques régulièrement, et pas des petites.

Il y a un réalisme effroyable, dont des faits qui se remarquent depuis quelques temps chez les Chinois avec leur règle de l’enfant unique (plus de garçons que de filles et un déséquilibre, comme dans notre roman).

Ceci est plus qu’un roman, c’était une vraie mise en garde en son temps, et elle vaut toujours pour notre époque ! Qui voudrait d’une telle société où les gens ne pensent pas par eux-même ?

Glaçant !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), Challenge British Mysteries chez My Lou Book et le Challenge « Polar Historique » de Sharon.

Société noire : Andreu Martin

Titre : Société noire

Auteur : Andreu Martin
Édition : Asphalte (13/10/2016)

Résumé :
Les triades ne sévissent pas qu’en Chine : elles se déploient aux États-Unis et en Europe.

Seule Barcelone se croit encore épargnée. À tort, selon l’inspecteur Diego Cañas. Il charge son indic Liang, un Sino-Espagnol né à Hong Kong, d’infiltrer pour lui la très discrète mafia chinoise.

Un mois plus tard, on retrouve au petit matin la tête d’une femme sur un capot de voiture.

Un crime atroce qui porte la marque des maras, ces gangs ultra-violents d’Amérique centrale.

Mais Cañas est convaincu que l’affaire est liée, d’une façon ou d’une autre, à son enquête sur les triades. Reste à le prouver à ses supérieurs…

Critique :
Les triades… Vaste programme ! Et contrairement à ce que certains pourraient penser : Non, une triade ce n’est pas un acte sexuel à trois !

La légende dit que la première Triade aurait été fondée par des moines bouddhistes du célèbre monastère  de Shaolin afin de se venger du massacre des leurs perpétrés par l’empereur de la dynastie Qing.

— De l’opium ? Non. Les Chinois détestent l’opium. Les Anglais l’ont introduit en Chine pour couler l’Empire. Ils ont provoqué deux guerres de l’opium. Non, pas ça.

La société noire dont nous parle ce roman fait donc référence aux triades chinoises et à leur main mise sur une partie de la population.

— Interpol a dit un jour que les triades ressemblent à un immeuble dans lequel les habitants d’un étage ne savent pas où se trouve l’escalier pour gagner les autres, a-t-il répondu.

Tout les pays sont gangrénés par les triades chinoises ! Tous ? Non, la ville de Barcelone résiste encore et toujours à l’envahisseur… Enfin, la ville croit qu’elle y a échappé, mais les vers sont déjà dans le fruit et ce n’est plus q’une question de jours avant que leurs tentacules ne se referme sur la ville et sur son port.

Quand on se fait éponger sa dette par des capitaux chinois, on se doute qu’il n’en ressortira rien de bon puisque les créanciers tiennent le pays par les couilles. Tout le monde se doute que c’est de l’argent sale, mais aux grands maux les grands remèdes et puis, on sait que les banques ne se gênaient pas pour accepter le fric des dictateurs ou mafiosi.

— Le gouvernement chinois a racheté la dette extérieure de l’Espagne, a repris Mora Mogán en changeant de ton. Tu le sais, ça ? Dans les cinq mille millions d’euros. Tu sais ce que ça veut dire ? Eh bien, qu’ils ont acheté l’Espagne, tout simplement ; ce sont donc eux qui commandent. On va pas aller mordre la main qui nous nourrit !

Les hommes écoutent généralement avec beaucoup plus d’attention quand on leur parle en leur serrant les couilles. 

— Cañas… On traverse une crise terrible qui est à deux doigts de foutre ce pays en l’air. Si nous pouvons nous en sortir moyennant pots de vin, commissions, requalifications, magouilles et tripatouillages, tu crois qu’ils ne vont pas le faire ? Si le trafic d’armes, de drogue, de femmes et d’enfants ou de n’importe quoi d’autre peut apporter des liquidités aux banques, tu crois qu’elles vont dire : “Non, s’il vous plaît, on veut seulement de l’argent propre” ? Putain, dans quel monde est-ce que tu vis ?

Voilà un roman noir comme je les aime : une construction narrative qui fait des allers-retours entre le présent (après le braquage) et le passé (avant le braquage), en proposant plusieurs points de vue différents selon le narrateur, avec des personnages forts, très réalistes, possédant des côtés obscurs assez prononcés et pouvant y sombrer très facilement après quelques coups durs.

Entre l’inspecteur Diego Cañas, obsédé par les triades chinoises et qui se débat avec les problèmes que lui cause sa gamine de 15 ans; avec Juan Fernández Liang, jeune homme sino-catalan qui se veut plus chinois que les chinois et qui rêve de se faire le max de fric, aidé de son ami de toujours, l’escroc misogyne et raciste qu’est Pardales; la tête de dragon que pourrait être monsieur Soong, sans oublier la plongé dans l’univers obscurs des triades chinoises et des mareros (gangs latinos), pas le temps de s’embêter.

La Chine a une frontière avec le Triangle d’Or et le Croissant d’Or. L’héroïne est là-bas, ils n’ont qu’à tendre la main. Ce serait bien la première mafia à tourner le dos au trafic de drogue alors qu’elle en a à sa portée. La mafia italienne a elle aussi commencé par résister au trafic de drogue aux États-Unis avant de finir par se lancer dedans à corps perdu. Trop d’argent en jeu, trop facile. Il suffit qu’ils se sentent un peu sûrs d’eux, forts et invulnérables…

Un roman noir qui dévoile tout un pan social peut reluisant de la cité de Barcelone, avec ses ateliers clandestins remplis de Chinois qui doivent bosser toute la sainte journée et même plus, afin de rembourser le voyage payé par les triades, leurs banques clandestines, le racket des commerçants chinois, des crimes atroces…

Un roman noir qui possède son propre rythme, ses propres codes, des personnages attachants ou du moins, déroutants, avec de l’humour noir, de l’action, un braquage qui ne sera pas à l’italienne ou à l’anglaise, des cadavres qui se ramasseront à la pelle, des têtes décapitées et déposées sur le toit d’une voiture et une atmosphère digne des meilleurs romans noirs avec ces ghettos, ces habitants désœuvrés et sa pègre.

Au petit matin, sous une pluie qui tombe sans répit depuis le dimanche, on découvre une tête de femme sur le toit d’une Lexus garée rue Joan Güell, dans le quartier de Sants. Une tête volumineuse, les chairs flasques, les joues affaissées, un double menton évoquant un goitre, des lèvres entrouvertes et épaisses, un œil ouvert et une paupière tombante, des cheveux clairsemés collés au crâne, le tout d’une couleur céruléenne, irréelle.

Un roman noir qui nous explique les codes, la manière de recruter, d’agir, les origines des sociétés, les dessous des sociétés telles que les triades ou les maras, deux groupes qui ne gagnent pas à être croisés ! La misère n’engendrant rien de bon, les maras poussent dessus comme des mauvaises herbes sur du terreau enrichi d’engrais.

— Qu’est-ce que les mareros veulent obtenir par ce comportement ?
— Implanter la terreur, pour avoir le pouvoir. La police de là-bas ne sait pas comment les en empêcher. Les flics manquent de moyens et ils sont mal payés. Si les maras gagnent la première manche, elles gagneront probablement toutes les autres.

— De la misère, dit-il comme une sentence. Des ghettos, où les pauvres n’ont aucune issue valable. Tu as dû entendre dire que, au Guatemala, au Salvador, au Honduras, les riches sont très riches et les pauvres, très pauvres ? Eh bien, dans leur cas, pauvre, c’est extrêmement pauvre. Tu n’imagines pas. La misère la plus absolue, la faim, la vie dans la rue. Ils n’ont pas accès aux études, et ils n’ont aucun espoir de travail non plus. On appelle ça des desperados, aux États-Unis. Et surtout, ils sont remplis de rancœur, ils sont chargés de haine, ils savent qu’ils n’ont rien à perdre. Qu’ils sont nés en ayant déjà tout perdu. Ils viennent de quartiers imprégnés d’un machisme sauvage, où les hommes engrossent les femmes et se désintéressent de leurs enfants, car ils ne peuvent pas s’en occuper non plus, ils n’ont pas de quoi les faire vivre.

Un roman noir profond qui n’a qu’un seul défaut : un peu court… On aurait pu encore en dire bien plus !

Tant que je suis vivant, la mort n’existe pas, et quand la mort arrivera, je ne serai plus là. 

Il y a cinquante ans, tout le monde fumait. Et il n’y avait pas autant de gens qui mouraient du cancer. Aujourd’hui, beaucoup de monde en meurt, mais ce n’est pas seulement à cause du tabac. C’est à cause de ces saloperies qu’on mange, les colorants, les additifs, les graisses ajoutées, les OGM et toute cette merde. Et de la fumée empoisonnée qui sort des pots d’échappement. C’est ça qui provoque la plupart des cancers, mais l’industrie alimentaire est très puissante : même si on nous persuadait de manger sainement, on ne pourrait pas, et comme on ne va pas rester sans manger ni conduire nos petites voitures polluantes, ils s’entêtent à tout mettre sur le dos du tabac.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge du « Mois Espagnol » chez Sharon (Mai 2017).

 

J’ai été Johnny Thunders : Carlos Zanon

Titre : J’ai été Johnny Thunders

Auteur : Carlos Zanon
Édition : Asphalte (03/03/2016)

Résumé :
Barcelone, de nos jours. Ancien guitariste de rock, Francis revient dans le quartier où il a grandi, où il a noué ses premières amitiés et surtout où il a découvert le rock. Sauf qu’il a désormais la cinquantaine bien tassée et, sans le sou, il doit retourner vivre chez son père.

Francis a brûlé la chandelle par les deux bouts, avec pour seul principe de profiter de la vie, jusqu’à perdre plusieurs de ses proches dans la spirale de la toxicomanie.

Mais Francis a un plan en tête. Retrouver une vie normale, trouver un job qui va lui permettre de payer ses pensions alimentaires en retard, renouer avec ses enfants, rester à l’écart de la drogue – qu’il a arrêtée depuis peu -, mettre un peu de fric de côté…

Et aussi revoir sa petite soeur adoptive, afin qu’elle l’aide à se remettre en selle. Mais celle-ci fréquente un certain don Damiàn, le parrain du quartier, qui a la main sur tous les trafics…

Le retour à la réalité se révélera compliqué pour Francis, aux prises avec les démons de son passé, mais aussi avec la nostalgie d’une vie faite de musique, de passion, de sueur et d’excès.

Critique :
« Si à 50 ans t’as pas encore percé dans le rock, alors, t’as raté ta vie ! » Cette citation s’appliquerait à merveille à Francis, plus connu sous le nom de Mr Frankie, à l’époque où il était guitariste.

Enfin, niveau heure de gloire, à part avoir fait un concert avec Johnny Thunders à l’époque où il avait tout d’une loque imbibée d’alcool et de drogue et tenait à peine sur ses quilles.

Johnny Thunders ?? C’est bien beau tout ça, mais c’est qui, lui ? Wiki m’apprend qu’il a fait partie du groupe  The New York Dolls, qu’il quitta en 1975 en compagnie du batteur Jerry Nolan, pour fonder le groupe The Heartbreakers. Heu…

Heureusement que You Tube m’a rafraîchit la mémoire avec « Born to lose » que je connaissais, effectivement.

Frankie est un looser de première classe ! « Born to lose » pourrait s’appliquer parfaitement à lui. Il a 50 balais, est de retour chez son père, petit pensionné qui ne s’en sort déjà pas et traine un passé peu glorieux.

Frankie est un ancien junkie, un alcoolo, un type qu’a pas fait grand-chose de sa vie, même avec sa guitare, qui est divorcé avec deux fils qu’il n’a même pas vu grandir et une pension alimentaire qu’il est incapable de payer.

La Barcelone décrite dans ses pages n’a rien pour faire rêver ! Ses quartiers populaires sont hantés par des types louches, des dealers, des voleurs, des gangs, ou par des gens qui sont obligé de faire les poubelles des supermarchés pour bouffer.

Avec un roman noir qui a reçu le prix Dashiell Hammet entre les mains, où tous les ingrédients d’un petit noir corsé étaient réunis (bandits, voleurs, quartiers malfamés, bars louches, boites de nuit encore plus louches, magouilles et compagnies, nenettes super bien roulées, came, individus peu fréquentables, sexe, cocus, amants, drogues, pédophilie, musique et riff d’enfer, pauvreté, misère,…) assurément, la lecture ne pouvait qu’être bonne.

Elle le fut, assurément, au début, et puis, vers le milieu, j’ai décroché sévère, passant des lignes, des paragraphes, des pages., les personnages pourtant bien typés me laissant indifférente à leurs aventures merdiques, à leurs combines et même l’égoïsme crasse de Francis m’a laissée de marbre à ce moment là.

Sur la fin, là j’ai repris du poil de la bête et tout est repartit comme sur un bon rock endiablé.

Malgré tout, vu ce long passage qui m’a endormi pire qu’un reportage sur la vie sexuelle des escargots de Bourgogne, ma lecture qui s’annonçait palpitante et corsée me laisse un goût amer en bouche.

Je m’attendais à mieux comme roman noir social, ou alors, lui et moi on n’était pas fait pour se rencontrer et jouer ce morceau ensemble…

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge du « Mois Espagnol » chez Sharon (Mai 2017) – Auteur Espagnol.

L’Opossum rose : Federico Axat

Titre : L’Opossum rose

Auteur : Federico Axat
Édition : Calmann-Lévy (12/10/2016)

Résumé :
Désespéré, Ted McKay est sur le point de se tirer une balle dans le crâne lorsque le destin s’en mêle et qu’un inconnu sonne à sa porte. Et insiste. Jusqu’à lui glisser un mot sur le palier.

Un mot écrit de la propre main de Ted, et on ne peut plus explicite : Ouvre la porte. C’est ta dernière chance.

Ted ne se souvient absolument pas avoir écrit ce mot. Intrigué, il ouvre à l’inconnu, un certain Justin Lynch. Et se voit proposer un marché séduisant qui permettrait d’épargner un peu sa femme et ses filles : on lui offre de maquiller son suicide en meurtre.

Critique :
Ted McKay en a marre de la vie, le révolver est prêt, il va se tirer une balle dans la tête… Merde, on sonne ! Merde, on insiste, en plus !

Qui pourrait venir te faire chier quand tu ne veux pas être dérangé ? Le percepteur des contributions de Raymond Devos ? Les témoins de Jéhovah ?

Non, un type avec LA solution pour en finir plus proprement, mais avant, faut juste accomplir un petit truc… Heu, tu vas quand même le faire, Ted ??

Voilà un roman que je qualifierais de foutraque dans le sens où des tas de genres viennent se mélanger, harmonieusement, je précise, pour nous donner un roman inhabituel qui m’a fait passer un très bon moment de lecture.

Afin de mieux le vendre, les gars du marketing ont sans doute exagérés un brin (ou fumé la moquette) car ils nous disaient que pour la recette, on avait pris quelques ingrédients hitchcockiens, un peu de l’audace de Jules Verne, deux ou trois astuces du Mystère de la chambre jaune, quelques personnages façon Stephen King, l’atmosphère de Shutter Island, les scripts de Christopher Nolan, The Game et quelques épisodes de Lost.

Laissez tomber les phrases inventées par les gars du marketing, c’est pas ainsi qu’ils vendront des livres et entrez dans ce roman totalement détendu, puis laissez les tensions lentement gagner votre corps et votre cerveau patauger dans la semoule en tentant de comprendre avant le mot « fin » de quoi il retourne. Vous n’y arriverez pas.

Si au départ je me suis demandée où l’auteur comptait m’emmener, si j’ai eu peur à un moment donné qu’on n’ait rembobiné la K7 au point de départ,  j’ai vite compris qu’il n’en était rien et je me suis laissée faire.

De temps en temps, l’auteur me bousculait un coup, mais j’étais bien campée dans mon divan ! Et puis, soudain, le coup fut plus violent, plus fort, plus déstabilisant… Et à chaque fois, je le sentais me frapper plus fort, jusqu’à terminer avec la batte de base-ball. K.O.

Si l’écriture ne révolutionnera rien, le scénario, lui, en revanche, à dû être une prise de tête pas possible pour l’auteur afin d’arriver à nous produire une poupée gigogne où toutes les figurines devaient s’emboiter parfaitement, le tout présenté sous forme de toile d’araignée, sans que le lecteur y perde son fil d’Ariane.

Ou son fil de Ted McKay car c’est tout de même lui le personnage principal, lui qui nous emmène dans son histoire, et lui qui, tout comme nous, se prendra quelques révélations dans la gueule. Sacré Ted… Quel truc de ouf on vient de vivre, tout les deux !

Un roman psychologique que j’ai terminé avec la tête en vrac, des pétillements dans les yeux, car j’avais été menée dans un labyrinthe démoniaque jusqu’à ma rencontre avec le Minotaure et là, j’ai applaudis des deux mains parce que nom de dieu, qu’est-ce que c’était bon de perdre ses points de repères, ses certitudes, son latin.

Un roman bluffant, un roman que je n’aurais sans doute pas lu sans les critiques élogieuses de mes petits camarades (Yvan, Ju Lit, Pierre), un roman dont les 200 dernières pages (la moitié, quoi) ont été bouffées d’un seul coup, me faisant aller au lit à minuit alors que lundi, faut aller bosser…

Pas de regrets, le scénario hyper bien ficelé qui en valait la peine !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule et le Challenge du « Mois Espagnol » chez Sharon (Mai 2017) – Auteur Argentin.

Rien ne se perd : Cloé Mehdi

Titre : Rien ne se perd

Auteur : Cloé Mehdi
Édition : Jigal polar (01/05/2016)

Résumé :
Une petite ville semblable à tant d’autres… Et puis un jour, la bavure… Un contrôle d’identité qui dégénère… Il s’appelait Saïd. Il avait quinze ans. Et il est mort… Moi, Mattia, onze ans, je ne l’ai pas connu, mais après, j’ai vu la haine, la tristesse et la folie ronger ma famille jusqu’à la dislocation…

Plus tard, alors que d’étranges individus qui ressemblent à des flics rôdent autour de moi, j’ai reconnu son visage tagué sur les murs du quartier. Des tags à la peinture rouge, accompagnés de mots réclamant justice !

C’est à ce moment-là que pour faire exploser le silence, les gens du quartier vont s’en mêler, les mères, les sœurs, les amis…

Alors moi, Mattia, onze ans, je ramasse les pièces du puzzle, j’essaie de comprendre et je vois que même mort, le passé n’est jamais vraiment enterré ! Et personne n’a dit que c’était juste…

Critique :
Si « Inspecteur la bavure », avec Coluche dans le rôle, était très drôle, quand un policier commet une bavure, c’est tout de suite moins drôle, surtout s’il a confondu le crâne d’un gamin de 15 ans avec une citrouille à exploser…

C’est ce qui est arrivé à Saïd, 15 ans, récidiviste au casier déjà chargé, lors d’un contrôle d’identité. Un flic a pété les plombs et bardaf, ce fut l’embardée. Il ne fut pas condamné.

[…] l’erreur est humaine à ce qu’on raconte. Le seul problème c’est qu’elle est tolérée pour certains et pas pour d’autres, et toujours les mêmes.

Ce fait divers horrible, Mattia, notre narrateur de 11 ans ne l’a pas vécu, il n’était pas né, et ensuite, ce fut une chape de plomb sur cette affaire. Mais ça l’intrigue, surtout depuis que des tags « Justice pour Saïd » éclosent sur tous les murs.

L’auteure nous a écrit un roman terriblement noir avec pour narrateur un jeune garçon qui a vu son père interné en HP (pas Harry Potter) où il a fini par se suicider, où il a vu sa famille se disloquer et sa mère le confier à un jeune homme de 24 ans, Zé, lui même au passé plus que lourd qui vit avec une copine aux tendances plus que suicidaires.

L’ambiance est lourde, plombée, dans cette citée qui a vécu des émeutes et la mort d’un de ses enfants. Certes, ce n’était pas un enfant de coeur, mais sa mort était purement gratuite et le coupable n’a pas été châtié, ce qui fait que la rancœur est toujours là.

Un air de déjà-vu, non ? Quand une bavure est l’étincelle qui fait exploser les barils de poudre… Terriblement contemporain.

Les portraits des personnages sont forts, réalistes, et les détails sur leur passé seront distillés avec parcimonie, divulgués au fur et à mesure des découvertes de Mattia, notre jeune garçon qu’on aurait envie de serrer dans nos bras tant il est émouvant à se protéger derrière des murs érigés dans sa tête.

Quitte à terminer ses jours dans une prison, autant choisir soi-même la nuance des briques et la qualité du ciment.

Mattia voudrait être invisible, mais pourtant, il est très présent dans ces pages, à tel point qu’une fois le roman refermé, il vit toujours parmi nous et on aimerait presque que l’auteure nous donne de ses nouvelles, de temps en temps.

Toute sa vie n’est que souffrance, celle des autres aussi : les gens de la cité, sa sœur, sa mère, dans la famille de Saïd,… Pourtant, malgré cette ambiance plombée et triste dans laquelle évolue nos personnages, on se trouve face à un récit enthousiasmant, si je puis dire, tant il apporte des émotions fortes à son lecteur.

On pourrait dire que ce roman, c’est un semi-remorque d’émotions qu’on se prend dans la gueule, ce sont des vies disloquées, éparses, des gens blessés qui tentent de panser leurs plaies vaille que vaille, en comptant sur la présence de certains pour les soutenir, pour les aider à avancer dans le chemin de la guérison.

« À 19 heures on passe à table. Gabrielle invite les travailleurs sociaux à se joindre à nous. Titre du documentaire : « La famille dysfonctionnelle dans la vie quotidienne ». Ça pourrait même faire une bonne émission de télé-réalité. J’imagine le pitch : Un meurtrier passionné de poésie, une dépressive suicidaire et un enfant perturbé tentent de vivre ensemble au-delà de leurs différences, mais les services sociaux s’en mêlent. Zé, Gabrielle et Mattia parviendront-ils à faire illusion et à déjouer la menace ? »

Il y a des tas de messages importants dans ses pages, des messages sur lesquels on devrait méditer afin de trouver des solutions pour que cela n’arrive plus à l’avenir…

Un roman noir fort, sombre, rempli d’émotions à l’état brut, de vies éclatées, de vies suicidées, de vies en lambeaux, des personnages réalistes, flamboyants, qui tentent de s’en sortir comme ils peuvent, eux que la vie a fracassé et laissé en miettes.

Un roman qui m’a emporté et qui m’a laissée sans voix, sans mots pour exprimer ce que je ressens vraiment après sa lecture. Pas grave, d’autres en parlent mieux que moi.

PS : cette citation m’a fait penser à quelqu’un qui a été mis sous le feu des projecteurs pour suspicions d’emploi fictif…

C’est ça qui est fou chez lui, sa capacité à réciter les pires conneries sans avoir la décence de paraître gêné.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

Le bazar des mauvais rêves : Stephen King [LC avec Stelphique]

Titre : Le bazar des mauvais rêves

Auteur : Stephen King
Édition : Albin Michel (12/10/2016)

Résumé :
Un recueil de nouvelles auscultant les paradoxes de l’Amérique et abordant des thèmes tels que les souffrances individuelles et collectives, la vieillesse et la mort, la culpabilité, etc

Critique :
Le King reste toujours le King ! Qu’il écrive des histoires fantastique ou d’épouvante pour me faire dresser les cheveux sur la tête ou qu’il écrive « à la manière de », rien à faire, on retrouve sa patte bien à lui.

20 nouvelles, des plus courtes, des plus longues, sur tout les sujets que l’on pourrait penser car ici, les histoires ne servent pas qu’à nous faire peur ou à nous empêcher de dormir le soir.

Le King s’est fait plaisir et le plaisir transparaît dans son écriture car l’animal s’est essayé à plusieurs sortes de récits dans lesquels on n’a pas l’habitude de le voir.

De plus, moment orgasmique, le King s’adresse à nous, lecteur, au début de chaque histoire afin de nous en raconter la genèse, ce qui lui a donné l’idée de l’écrire, ou des moments de sa vie à lui qui ont fait que cette nouvelle est née.

C’est orgasmique parce que en le lisant, j’avais l’impression qu’il ne s’adressait qu’a moi seule ! Comme si lui et moi avions un petit aparté devant une bonne tasse de café (pour moi) et une autre boisson pour lui. Le pied !!

Mile 81 m’a collé la frousse, je l’avoue, car elle avait un petit air de Christine et j’en ai eu des sueurs froides. Le petit dieu vert de l’agonie m’a aussi collé des frissons sur la fin, quant à Nécro, elle m’a emportée et  je me suis surprise à rêver du même pouvoir durant un moment.

Par contre, beaucoup d’émotions avec Batman et Robin ont un accrochage que j’ai adorée, il en a été de même avec Sale Gosse qui est terriblement émouvante elle aussi, tout comme  À la dure où j’avais deviné le truc, mais malgré tout, ça m’a retourné.

La Dune m’a emballée, elle aussi, et le final m’a fait me décrocher ma mâchoire parce que je ne m’attendais pas à ça du tout ! Excellent ! Une mort avait tout d’un récit de Elmore Leonard et j’ai adoré le fait que le King s’essaie à l’exercice d’écrire à la manière de…

Une qui est terrible aussi, c’est Ur, avec la Kindle de couleur rose ! Depuis, je regarde ma Kobo d’un autre œil, même si elle ne vient pas de la même boite et est de couleur noire. On n’est jamais trop prudente !

Je ne les citerai pas toutes, il n’y en a qu’une que j’ai zappée, c’est Église d’ossements, sinon, j’ai pris mon pied avec les récits du King, récits qui se veulent différents et qui explorent aussi bien les gens qui tirent le diable par la queue que les problèmes d’alcoolisme, de la morale, de la vie après la mort, de l’apocalypse, du base-ball (magnifique Billy Barrage) et bien d’autres.

La plume du King, que ce soit celle des années 2000 ou celle antérieure, qu’il écrive selon son genre ou tente de rendre hommage au style des autres, cela reste malgré tout sa patte bien à lui et ses talents de conteur sont toujours aussi en forme.

En peu de pages, il arrive à donner vie à différents personnages et à nous donner un morceau de leur vie, même si, à la fin, le lecteur est toujours frustré que cela se termine.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Pourquoi je l’ai choisi :
*Chut, c’est un secret….Ma binomette fait de mauvais rêves en lisant le King, alors la gentille fée que je suis, aime bien lui tenir la main, surtout que dans un Bazar, on a tôt fait de se perdre…*Oui, on adore se faire des LC Kingiesques !!!!!

Synopsis :
«J’ai écrit ces nouvelles rien que pour vous.
Mais attention ! Les meilleures ont des dents…»
Stephen King

Un homme qui revit sans cesse sa vie (et ses erreurs), un journaliste qui provoque la mort de ceux dont il prépare la nécrologie, une voiture qui dévore les badauds… 20 nouvelles pour la plupart inédites, précédées chacune d’une introduction du maître sur les coulisses de leur écriture.

Ce que j’ai ressenti : …Des cauchemars, à dévorer des yeux…
J’aime beaucoup l’incipit de ce synopsis, et finalement, ce qui rend cette lecture si intime avec cet auteur grandiose, ce sont toutes ses introductions qu’il nous livre juste avant, ces petits plaisirs de lecture délicieuses et qui accompagnent merveilleusement nos pires peurs…

En effet, on apprend que le King était stressé de venir au Grand Rex devant ses fans, pendant que nous , nous trépignions d’impatience, de cette venue exceptionnelle à Paris…*ah ♫souvenir, ♫souvenirs♫*

Des jolis clins d’œil, des infos inédites, des instants partagés, cela rend cette ballade dans ce Bazar plus immersive dans l’imaginaire de cet écrivain génialissime !

Si je ne devais me rappeler que d’une seule, je choisirai Ur… J’aimerai bien justement trouvé ce Kindle rose et lire tous les inédits réels et fictifs de Stephen King justement !!!! Je pense que c’est le plus joli pouvoir qu’il est donné à un objet, et cette nouvelle m’a, non seulement plu, mais donné envie de découvrir Hemingway…  Et sincèrement si je l’avais eu, moi je me serai contentée de garder jalousement ce secret, et de partager mes lectures d’un autre monde, avec ma binomette chérie (mais qu’elle est chou, ma Stelphique ! ©Cannibal)

Qui a dit qu’au Bazar des Mauvais Rêves, on ne pouvais pas rêver tout court ???!!!

Stephen King nous régale toujours de mettre en scène Objet ou Personnages exceptionnels, pour toujours repousser plus loin les limites de nos peurs.

Que ce soit la voiture dévoreuse de Mile 81, Une Dune de sable devin , ou les enfants de Sale Gosse ou de Billy Barrage, son imagination nous emmène toujours plus loin.

D’un rien, il refait un monde rempli d’ombres et de prédateurs à l’image de À la dure et Une mort ou Un Bus est un autre monde.

Tout est fait pour qu’on ne voie plus le quotidien comme il se doit, mais comme il pourrait devenir (Premium Harmony, Morale, Après vie, Nécro, Le tonnerre en été).

Il est aussi un fin connaisseur de la nature humaine et de ses travers, et nous donne tout en douceur des reflets de notre société malade (Batman et Robin ont un accrochage, Feux d’artifice imbibés, Hermann Wook est toujours en vie, Tommy, Le petit dieu vert de l’agonie).

Bref, vous l’aurez compris, c’est un grand panache de bonnes nouvelles et de jolis moments de lecture…

Et là, je suis juste agréablement surprise de savoir que le King écrit de la poésie ! (Église d’ossements) !!Il est donc parfait cet auteur à mes yeux !!! Je vous l’avais bien dit !!!!

Maintenant allez zou, piochez votre nouvelle préférée avant que des dents ne se referment sur vous…

Ma note Plaisir de Lecture fee clochette 8/10

Le bazar des mauvais rêves : Stephen King [LC – Impressions de lecture 2/2]

Exercice périlleux que de donner ses impressions de lecture sur des nouvelles !! Si j’avais dans l’idée de les présenter de manière traditionnelle et de couper les nouvelles en deux parties, Stelphique a eu une idée folle : donner nos impressions en DEUX mots pour chaque nouvelle.

Autrement dit, je devait faire dans le court, le très court et éviter de faire ma bavarde, comme habituellement… J’vous jure, ma binômette Stelphique me lance de ses défis, parfois ! Et moi, dès qu’on parle de challenge, je lève la tête et je frétille de la queue…

 

Le bazar des mauvais rêves : Stephen King [LC avec Stelphique – Intro]

— Belette, si je te dis « Bazar », tu me réponds quoi ?
— Bordel ? Celui que je fous dans mon bureau… Mes piles de livres qui trainent…
— Non, moins terre à terre. On oublie le « brol » comme vous dites à Bruxelles.
— Quand j’étais gosse, je croyais que le Grand Jojo disait « bazar » dans sa chanson « Jules César », mais en fait c’était « falzar »… Ça aurait pu marcher… Dire que durant des lustres j’ai cru que le mec il mettait pas de bazar pour qu’on voit ses belles jambes
— Mais de quoi tu parles ??
— Allez, je vous la chante ! ♫ Jules César ♪ On l’appelait Jules César ♫ Il mettait pas d’falzar ♪ Pour qu’on voie ses belles jambes ♫ Ses jolies jambes ♪ Ses jambes de Superstar ♪
— Oh mon dieu… La Belette Cannibal a encore pété un plomb… Yvan, reviens, je vais la faire arrêter de chanter ! Bon, je vais dire « Bazar » et « King » et je chante pas du Elvis, s’il te plait !
— Oh non, pas « Bazaar » de Stephen King ! J’ai jamais osé le lire. J’ai une peur panique de cette boutique dont l’enseigne est aussi originale qu’alléchante : le bazar des rêves !
— Ok, je te pardonne sur cette erreur… Mais moi je te parlais de son recueils de nouvelles, Le Bazar des mauvais rêves !! Regarde ta liste de nos LC et tu le trouveras noté à « mars ».
— Oups, j’ai encore foiré, on dirait ! Mais grâce à moi, des milliers de gens connaissent le Grand Jojo et son répertoire de chansons, certes, peu profondes, mais terriblement entrainantes !!

La Vallée des ombres : Xavier-Marie Bonnot

Titre : La Vallée des ombres

Auteur : Xavier-Marie Bonnot
Édition : Belfond (03/11/2016)

Résumé :
René Vasseur est une machine, un être au cuir épais qui a fait la guerre, qui a changé de nom. René Vasseur est un légionnaire. Après vingt ans d’absence, la haine au coeur, il revient dans son village natal, au fond d’une vallée industrielle dévastée par la crise.

Peu à peu, surgissent les ombres du passé : la femme qu’il a aimée, l’ennemi d’enfance devenu flic, l’ami qui a basculé dans le grand banditisme, son père, ancien patron de la CGT locale, tyrannique et désabusé… Et le drame qui a bouleversé sa vie : la mort de son frère, Rémy, dix-huit ans, assassiné lors des grèves de décembre de 1986.

René est-il venu venger son frère ? Pourquoi ne l’a-t-il pas secouru alors qu’il en était capable ? Pourquoi a-t-il rejoint la Légion ?

Critique :
♫ Dans la vallée, oh oh, enclavée, lalilala, dans la vallée, ho ho, des rancœurs de pierre près des tombeaux ♪

(Pardon de vous avoir remis cette chanson dans la tête).

Dans la vallée (non, on ne chante plus), des usines qui ne tournent plus à plein régime…

Dans la vallée, le chômage qui, comme la petite bête, monte, monte, monte.

De la vallée, les jeunes s’en sont exilés afin de trouver du travail… Là où leurs ancêtres (♫) bossaient comme des forçats, ceux qui ont encore un job voient leurs avantages se réduire comme peau de chagrin.

Ces avantages sociaux que les anciens avaient acquis au prix de grandes grèves, de sueur, de sang et de larmes. À cette grande époque ou le mot « syndicat » voulait encore dire quelque chose.

Et puis, comme dans tous les villages (ou les petites villes) où tout le monde se connait, on nage dans les secrets lourds et ténébreux. Tout le monde sait tout, mais tout le monde se tait, sauf que les rancœurs ou les haines sont comme des braises sous la cendre, une légère brise et le feu repart de plus belle, encore plus destructeur.

♫ Comme ces jours de peine où l’homme se traîne à la limite du règne du mal et de la haine ♪

René Vasseur a quitté la vallée (de Dana, lalilala) enclavée, laissant le village de Pierrefeu dans son dos, mais aussi son père, son meilleur ami Brahim, sa copine Samia, son frère Rémy, mort durant une grève et sa mère, qui était morte après.

Au départ, on ne saura pas pourquoi René est parti en coup de vent, mais ce jeune homme un peu frêle et toujours en butte aux coups et aux railleries des autres s’est engagé dans la Légion. Des combats, il en a fait, des batailles dégueu, il en a vu.

Là, notre homme revient au bled, il a 40 ans et à la Légion, à cet âge là, tu es pensionné. Et quand tu reviens au bled après 20 ans de silence, on ne peut pas dire qu’on va sortir les cotillons et les flonflons pour ta pomme ! Que du contraire, on te regarde comme un étranger.

La force de ce roman est dans son écriture, dans ses personnages tourmentés, forts, ni tout blancs, ni tout noirs, dans René, homme taciturne qui se souvient de son enfance, du poids de l’Histoire avec un grand-père paternel qui avait pris le maquis et qui est mort d’une balle dans la nuque, dénoncé par des gens du village, sans aucun doute.

Le père de René est aussi un homme fort, il était syndicaliste et il en a mené, des grèves, ce communiste pur et dur. Pourtant, il y a de la fragilité dans cet homme qui a perdu son père alors qu’il n’était qu’un petit garçon et qui a senti peser sur ses épaules le poids de la Légion d’honneur de son père, reçue à titre posthume.

Et puis, il y a des flics ripoux, des salauds qui ne sont forts que planqué derrière leur uniforme ou derrière les autres, parce que une fois seul, ils se chient dessus.

Sans oublier les vieilles rancœurs qu’on a laissé couver, telle des braises sous la cendre, et des vengeances que l’on voudrait accomplir envers ceux qui ont tabassé votre frère, le laissant mort sur le béton.

Un roman rural noir, mais pas trop rural, un roman rempli de flash-back, une histoire qui ne se dévoile que petit à petit, des souvenirs trop grands pour être gardés en soi, une histoire d’amitié, de haine, de vengeance que l’on voudrait accomplir mais dont on sait qu’elle nous laissera des séquelles.

Ça se lit tout seul, ça se dévore, ça se déguste comme un mojito bien frais sur une terrasse (ou du petit-lait pour ceux qui n’aiment pas boire), et ça donne des frissons durant la lecture car certains rebondissements sont des véritables chocs.

Une fois de plus, je viens de sonder l’âme noire des Hommes et croyez-moi, c’était pas beau à voir, mais tellement beau à lire.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

Sherlock Holmes – Tome 3 – Sherlock Holmes et l’Énigme du Jodhpur : Manunta & Seiter

Titre : Sherlock Holmes – Tome 3 – Sherlock Holmes et l’Énigme du Jodhpur

Scénariste : Roger Seiter
Dessinateur : Giuseppe Manunta

Édition : Le Verger (02/08/2016)

Résumé :
Port-Saïd, avril 1892. Le paquebot Jodhpur est en route pour Bombay, avec à son bord Irène Adler et Sherlock Holmes, qui retrouve peu à peu la mémoire après les événements de Retrouvailles à Strasbourg.

Le mari d’Irène a disparu aux Indes depuis de longs mois, et le célèbre détective lui a promis de l’aider à le retrouver. Dans le sillage de Sherlock Holmes, le crime et l’aventure ne sont jamais loin…

Critique :
Hop, on quitte Strasbourg pour aller chercher un peu d’exotisme à Bombay, toujours en charmante compagnie puisque Irene Adler voyage avec Sherlock Holmes que tout le monde croit mort dans les chutes.

Depuis le temps, tout le monde devrait savoir qu’il n’y est pas vraiment tombé… Mdr

Anybref, cette fois-ci, c’est Sherlock qui renvoie l’ascenseur à Irene puisque c’était le deal : elle l’aidait pour son enquête à Strasbourg et lui, il l’aiderait pour tenter de résoudre la mystérieuse disparition de son mari, aux Indes.

Non, Sherlock ne se tape pas les Indes pour rapporter du curry à madame Hudson ! Il enquête, messieurs, dames ! Avec Irene Adler, en plus ! Disons-le de suite, elle a des atouts que Watson ne possède pas…

Et bien oui, nos deux petits coquins se font passer pour mari et femme : les Hansson (♫ Mmmbop ♪). Mais je rassure les puritains qui passeraient dans le coin, ils ont réservé une confortable suite de deux cabines !

Damned, ils font chambre à part ! Mais Irene dort avec une jolie nuisette qui ne cache pas grand-chose de son corps. Je dis ça et je dis rien, Holmes n’avouera jamais ce qu’ils font de leurs nuits car c’est un gentleman. Les paris sont ouverts quand à savoir si oui ou non ils… Ou si l’un(e) voudrait et pas l’autre.

— J’ai une question à vous poser. Quelles sont exactement vos relations avec Irene ? Êtes-vous intimes ?
— Vous êtes sérieux ? Vous penser qu’un gentleman va répondre à une telle question ?

Cette fois-ci, le dessin de Sherlock Holmes m’a plu, avec ses cheveux plus court, il fait plus gentleman qu’avec ses cheveux longs et bouclés. Quant aux couleurs, elles sont chatoyantes et c’est un plaisir de les regarder.

Niveau scénario, ce n’est pas un branquignol qui est aux commandes : comme dans le tome 2, il se tient, on poursuit le mystère de la disparition du mari d’Irene aux Indes et on sent qu’on vient de mettre la main dans un nid de vipères avec ces compagnies du chemin de fer qui veulent être les seules à posséder l’affaire, quitte à magouiller en coulisses, ou plus, si possibilités.

— Tenez Irene. Le bijou est pour vous.
— Mais… Mais je ne peux pas accepter. Ce bracelet a bien trop de valeur !
— Pour vous remercier de m’avoir aidé à redevenir Sherlock Holmes et en témoignage du plaisir que me procure votre compagnie.
— Un plaisir partagé, soyez-en assuré, Sherlock !

L’affaire de la disparition de monsieur Norton ne sera pas résolue dans ce tome-ci, mais pas de panique, on ne glandouillera pas car nous aurons aussi une enquête sur un vol avec violence qui a eu lieu sur le bateau et des retrouvailles avec le Méchant de service qui ne rêve que d’une chose : tuer Lucky Luke !

Pardon, je voulais dire « qui ne rêve que d’une chose : tuer Sherlock Holmes ! ». Autant Jo Dalton était hilarant et plus bête que méchant, autant John Clay est un salopard de première.

Les auteurs nous offrent donc un album avec leur version personnelle du Grand Hiatus, version personnelle qui se tient.

Par ailleurs, nous avons droit à un récit où l’on ne s’embête pas, c’est rempli de mystères, de magouilles, de rebondissements, de situations dangereuse, de déductions et moi je dis « Vivement le prochain épisode » !

— Puis-je vous aider ? [Irene Adler]
— Vous le proposez de remplacer Watson ?… Je vous promets d’y réfléchir.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017),  le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), Challenge British Mysteries chez My Lou Book, le Challenge « Polar Historique » de Sharon et le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park.