Le Choix : Paul J. McAuley

Titre : Le Choix

Auteur : Paul J. McAuley
Édition : Le Bélial’ Une Heure Lumière (11/02/2016)
Édition Originale : The Choice (2011)
Traducteur : Gilles Goulet

Résumé :
Ils sont amis depuis toujours, ils ont seize ans ou presque. Damian vit et travaille avec son père, éleveur de crevettes et cogneur d’enfants.

Lucas s’occupe de sa mère, ancienne passionaria d’un mouvement écologiste radical clouée au lit par la maladie dans la caravane familiale.

Le monde est en proie à un bouleversement écologique majeur — une montée des eaux dramatique et une élévation de la température moyenne considérable.

Au cœur du Norfolk noyé sous les flots et écrasé de chaleur, la rumeur se répand : un Dragon est tombé du ciel non loin des côtes.

Damian et Lucas, sur leur petit voilier, entreprennent le périlleux voyage en quête du mystérieux artefact extraterrestre, avec en tête un espoir secret : décrocher la clé des étoiles…

Critique :
Dans ce futur peut-être pas si éloigné que ça, l’écologie en a pris la gueule, les COP n’ont servi à rien, l’Homme a continué de polluer à mort.

Après une guerre, une apocalypse, la température qui augmente, une montée des eaux et toutes les joyeusetés qui vont avec, nous devons notre non extinction à des extras-terrestres.

Dire que les grands penseurs tels Calvin et Hobbes disaient que : « Parfois je me dis que la meilleure preuve qu’il y a des êtres intelligents ailleurs que sur Terre est qu’aucun d’entre eux n’a jamais essayé de nous contacter. » Loupé !

N’étant pas face à un pavé mais plutôt face à une grosse nouvelle, toutes ces péripéties nous serons racontées vite fait et bien fait.

L’auteur nous décrit la vie au Norfolk, où survivent des gens tant bien que mal, vivotant et se nourrissant de ce que la mer leur offre, rêvant de bacon et de viande de porc.

Les adultes qui ont connu le monde d’avant rêvent de pareils mets, mais les ados, qui n’ont jamais connu que ce Monde là, pour eux, ça reste abstrait.

Le futur décrit dans ces pages n’a rien de réjouissant, il nous pendrait même au nez, si nous ne changeons pas (mais sommes nous prêt à changer ? Telle est la question), bref, il est d’un réalisme à faire peur, exception faite de la présence des Jackaroo, les « E.T téléphone maison », que l’on ne verra jamais, d’ailleurs.

C’est un dragon tombé du ciel qui va entraîner les deux amis, Damian et Lucas dans une histoire qu’ils ne soupçonnaient même pas en se mettant en route, dans le petit voilier de Lucas.

Si la balade est bucolique jusqu’à l’endroit où a chuté le dragon, cette rencontre aura des répercussions sur le reste de leur vie car il est des mauvais choix que l’on pose parce qu’on les pense bons, parce que l’on veut partir de là, ne plus rester près d’un père qui distribue les baffes comme des politiciens les tracts, quelques jours avant les élections.

Le passage à l’âge adulte n’est jamais simple, jamais facile et nos deux garçons vont y passer sans avoir eu le temps de se retourner.

Le choix de l’un ne sera pas celui de l’autre et le choix de l’autre se fera en toute fin de cette novella.

Si j’ai aimé le récit, la manière dont il est écrit, présenté, si je me suis attachée aux deux ados, je me suis retrouvée à la fin de cette histoire de manière un peu abrupte car je n’aurais pas craché sur quelques pages en plus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

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Les fleurs ne saignent pas : Alexis Ravelo

Titre : Les fleurs ne saignent pas

Auteur : Alexis Ravelo
Édition : Mirobole Horizons Noirs (06/10/2016)
Édition Originale : Las flores no sangran (2015)
Traducteur : Amandine Py

Résumé :
Dans la liste des crimes les plus idiots au monde, le kidnapping contre rançon de la fille d’un parrain de la mafia figurerait en deuxième ligne, juste après le cambriolage d’un commissariat de police.

C’est pourtant le gros coup absurde qu’ont décidé de monter Lola, Diego le Marquis, Paco le Sauvage et le Foncedé, une bande de petits escrocs.

Bienvenue aux Grandes Canaries, une île paradisiaque où, derrière les plages magnifiques, se livre un duel inégal entre deux mondes : les apprentis-bandits vivant de larcins contre les barons en col blanc baignant dans la corruption et la politique.

Les fleurs ne saignent pas est un roman choral superbe, rythmé, qui fait le portrait d’une culture insulaire haute en couleurs et d’une société perdue dans le naufrage du capitalisme.

Critique :
Après avoir arpenté l’Inlandsis du Groenland, il me fallait une destination un peu plus chaleureuse, donc, cap sur les Grandes Canaries.

Là vous vous dites que le programme sera farniente sur la plage, boites de nuit mojitos, tapas, paella et tutti quanti.

On arrête de suite, l’auteur ne nous propose pas une carte postale de l’ile mais plutôt la réalité telle qu’elle est : crue, nue, pas belle à voir.

Rangez votre maillot et votre paréo et sortez votre débrouillardise en magouilles et compagnie afin de ne pas crever de faim puisque vous n’avez pas de boulot.

Ou alors, vous vous trouvez dans la catégorie sociale de ceux qui ont réussi, qui ont une grosse entreprise qu’ils font tourner, avec des milliers de gens à leur ordre, mais qui, pour gagner plus de fric et survivre, trempent aussi dans la magouille, les marchés publics, le blanchiment d’argent ou autres embrouilles.

Les Balkany n’ont pas le monopole et ils font mêmes petits joueurs face à deux entrepreneurs de l’ile, Isidro Padrón Alfonso et Marcos Perera, surnommés L’Enclume et Le Marteau.

L’auteur met en scène l’ile de Grande Canarie dans ce qu’elle a de plus sordide, ce décor que le touriste ne voit pas, celui des gens qui vivotent grâce à de petites combines et ceux qui s’enrichissent grâce à de grosses combines et des trafics en tout genre.

Ce sont les petits magouilleurs qui sont les plus sympathiques, même s’ils vous piquent vos valises à l’hôtel car nos amis restent encore avec une certaine morale, même lorsqu’ils décident de suivre un autre ami, Eusebio Le Gaucher, qui leur propose de kidnapper la fille de L’Enclume.

La connerie du siècle quand on est juste un petit voleur à la semaine. Encore plus con que de braquer une banque du sperme (et se faire payer en liquide), plus débile que braquer Madame Chirac avec ses pièces jaunes ou ceux du Télévie avec leurs pièces rouges. Le truc débile qui mériterait de figurer dans les « idées les plus connes du siècle ».

— Plus la mécanique est complexe, plus on a de chance qu’un ressort nous pète à la gueule. Et une simple vis peut tout foutre en l’air.

Ce roman noir n’a pas à proprement parler un rythme trépident, il prend son temps, se met en place, explore les portraits des différents personnages dont les psychés sont bien développées, que ce soit nos petits escrocs, nos deux bandits en cols blancs ou d’autres personnages qui y gravitent, telle des satellites.

La palette était copieuse niveaux personnages différents, on a eu des points de vue de chacun, on a suivi tout le monde à un moment donné, la chorale n’a jamais chanté faux et des tons rouge sang sont venus colorer les pages au fur et à mesure que tout partait en sucette. Quand on vous disait que c’était la connerie du siècle !

Lola, Diego le Marquis, Paco le Sauvage et Felo le Foncedé m’ont fait sourire, crisper les doigts sur les pages, exploser de rire à un moment donné, trembler. Oui ce sont des escrocs, mais des escrocs comme je les aime.

Il a du suspense dans ces 408 pages, même si on commence en douceur, mais à partir du moment où ça partira en vrille, plus un seul moment de répit à soi et les questions vont se bousculer, surtout celle de savoir comment ce kidnapping avec demande de rançon va se terminer.

Un roman noir bien écrit, qui met en scène des anti-héros, des bouffons, des escrocs du dimanche, mais qui parle aussi d’amitié, de fidélité, d’amour, de conditions sociales, de fric et de gens qui ne veulent pas toujours savoir l’origine de l’argent qu’on leur verse dans le portefeuille.

Un roman noir drôle, bourré de piments et d’une couleur qu’on ne voit pas tous les jours. Des comme lui, on en redemande car c’est une parenthèse agréable dans la littérature habituelle.

3,80/5

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le moi espagnol 2019 chez Sharon (Mai 2019).

Le loup en slip – Tome 01 : Wilfrid Lupano, Mayana Itoïz & Paul Cauuet

Titre : Le loup en slip – Tome 1

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Mayana Itoïz & Paul Cauuet

Édition : Dargaud (04/11/2016)

Résumé :
Le loup terrorise la forêt et ses habitants qui vivent continuellement dans la peur de se faire croquer les fesses. Jusqu’au jour où le loup descend dans la forêt…

Méconnaissable !

Le loup ne fait plus peur du tout, il n’a plus le regard fou ni les poils dressés ! Mais comment vivre sans la peur, quand la peur est devenue l’unique moteur ?

Critique :
Qui a dit que le loup en slip c’était QUE pour les tits n’enfants ? Qu’il ou elle se dénonce de suite où se sera privé de goûter durant toute la semaine.

Namého !

Que les étroits d’esprit passent leur chemin car ce livre risquerait de leur ouvrir les yeux et ça leur ferait mal.

Lecture à deux niveaux, les enfants n’y verront que des animaux de la forêt qui ont peur du loup et qui se protègent par tous les moyens possible et inimaginable : clôtures anti-loup, cours de self-défense, brigade de blaireaux armés contre le loup, dessins explicatifs pour monter aux autres tous les horribles attributs de ce méchant prédateur (regard fou, poils dressés, crocs menaçants,…).

Les adultes ayant un cerveau comprendront que la peur fait recette et qu’on a jamais eu autant d’agents de gardiennage, de flics et de militaires en rue (et ailleurs) depuis certains funestes événements… Le malheur des uns fait le business des autres et ça vaut pour tout.

Un loup, ça fout la pétoche, surtout que celui-là est réputé pour hurler la nuit et se promener avec des yeux fous, donc, on se protège de l’Autre qui est si différent de nous…

Mais comment peut-on continuer de vivre et de faire son business lorsqu’on se rend compte que depuis que le loup porte un slip, il a plus chaud ses fesses et est donc de bonne humeur ?

D’ailleurs, il n’a jamais mangé personne, la peur des animaux de la forêt était une connerie. Qui a dit une arnaque ? Presque… Tout à fait, même.

Mais comment continuer de faire son beurre quand on se rend compte que le moteur de toute la forêt, ce qui la fait avancer et vivre, ce prédateur horrible, est en fait un loup gentil ? Bon sang, les médias nous auraient-elles enfumé ?

Sur qui va-t-on dégoiser si ce loup est un type sympa, juste un peu loufoque avec son slip rouge à bandes blanches ? Ou est-ce un slip blanc à bandes rouges ?

Vous savez comme moi que lorsque les personnes qu’on aime critiquer se révèlent être inoffensives (ou innocentes), ça perturbe tout le monde. Les gens sont déçus et désappointés si leurs boucs émissaires préférés ne le sont plus.

Un album qui se lit trop vite, des animaux aux comportements terriblement humain et une double lecture que les enfants comprendront plus tard.

Pour eux, le coup des fesses du loup recouvertes par un slip les feront rire, ils apprécieront les dessins et l’atmosphère de mystère et de peur qui se dégage des premières pages.

Les adultes retrouveront tout ce qui fait notre vie actuelle : stigmatisation des minorités, racisme, rejet de l’autre, peur de l’autre, les médias quand elles font du mauvais boulot, la sécurité à tout prix, même au prix de la liberté…

Excellent, drôle, décalé, tellement contemporain, mais trop court !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

Choc – Tome 02 – Les fantômes de Knightgrave [2ème partie] : Stéphane Colman & Eric Maltaite

Titre : Choc – Tome 2 – Les fantômes de Knightgrave [2ème partie]

Scénariste : Stéphane Colman
Dessinateur : Eric Maltaite

Édition : Dupuis (08/04/2016)

Résumé :
La genèse d’un des méchants les plus mythiques de la bande dessinée franco-belge. Comment devient-on M. Choc ? Qui se cache derrière ce masque ?

Après le succès du premier tome « Les Fantômes de Knightgrave », Éric Maltaite et Stéphan Colman livrent ici la suite de la genèse d’un des méchants les plus mythiques de la bande dessinée franco-belge, avec une modernité et une noirceur qui confèrent à ce triptyque une saveur toute particulière.

Critique :
J’ai poursuivi ma relecture de la jeunesse et des origines de Monsieur Choc, à l’époque où il se nommait encore Eden Cole…

Enfin, on suppose que c’est lui qui est devenu le méchant casqué. Heaume sweet heaume.

Toujours composé de flash-back, la suite nous entraîne dans l’adolescence d’Eden et le grand ménage de monsieur Choc qui élimine la concurrence et se venge de tout ceux qui l’ont un jour maltraité.

À ce propos, il y a un des tueurs avec des grosses lunettes de soleil que j’ai l’impression d’avoir déjà vu dans une autre bédé…

Soit un Tif et Tondu, soit un Natacha, soit un Gil Jourdan. Cet homme était la caricature d’un dessinateur ou scénariste de l’écurie Dupuis (de l’hebdo Spirou) mais j’ai cette impression de l’avoir déjà vu.

Ruminant dans ma tête et fouillant le Net, j’ai enfin trouvé qui était ce personnage. Bon sang, mais c’est bien sûr : Maurice Tillieux himself ! Mais pas moyen de retrouver dans quel album sa tête apparaissait en tant que méchant.

Les auteurs poursuivent la genèse de monsieur Choc et on voit petit à petit apparaitre l’homme qu’il va devenir, on voit ses faiblesses, ses questions, les fantômes qui le hantent et là, pas de doute, Eden Cole deviendra Choc.

S’il se venge et dégomme la concurrence, il n’hésite pas non plus à remercier avec de l’argent ou la avec la vie sauve ceux qui l’ont aidé un jour dans sa vie.

Une fois de plus, on a tendance à apprécier le personnage, il est humain et sa jeunesse n’a pas été placée sous le signe du bonheur.

Les dessins sont très bien réalisés et on s’immerge à fond dans le Londres des petites ruelles grisâtres et de ses voleurs de larfeuille, on passera aussi à Rio et ses couleurs vives et on fera même un bout de chemin pendant la parade de la Saint-Patrick à New-York.

L’album est gros, consistant, j’ai fait quelques retours en arrière pour retrouver des images et me dire « Ah oui, tiens, je n’avais pas remarqué » parce que le plat est tellement copieux qu’on loupe des détails pourtant important.

Le seul bémol que certains pourraient reprocher, c’est qu’au départ c’était prévu en diptyque et que maintenant nous poursuivons sur un troisième album, les auteurs ayant sans doute déborder de l’histoire originelle pour nous donner plus.

Moi, je ne m’en plaindrai pas du tout car j’avais adoré cette série lorsque je l’avais lue dans l’hebdo Spirou et la relire est un véritable plaisir. C’est bourré de mystères, de suspense, de flics qui tournent en rond, de bandits magnifiques et de cadavres dans tous les placards.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2019 – décembre 2019) chez My Lou Book.

Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 7 – La Terre promise : Jul & Achdé

Titre : Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 7 – La Terre promise

Scénariste : Jul
Dessinateur : Achdé

Édition : Lucky Comics (04/11/2016)

Résumé :
« Jack la poisse » a un service à demander à son ami Lucky Luke : que celui-ci escorte sa famille de Saint-Louis à Chelm City. La petite troupe quitte la misère de la Pologne pour conquérir sa part du rêve américain.

Bien que le périple doive s’étirer sur 4500 kilomètres, traverser un désert et un territoire indien, le cow-boy justicier accepte sans sourciller.

Jack, dont le véritable patronyme est Jacob Stern, est bien soulagé de ne pas avoir à révéler à ses proches qu’il n’est pas avocat à New York, mais garçon vacher dans le Middle-West.

La mission s’annonce simple et sans encombre. Mais c’est compter sans le fait que Moïshé, Rachel, Hanna et Yankel sont juifs, et que la pratique quotidienne de leur religion est souvent incompatible avec la vie dans l’Ouest sauvage.

Critique :
Je ne pense pas qu’il serait possible, de nos jours, de refaire un film tel que « Rabbi Jacob » et donc, le pari de faire rire avec le judaïsme et l’immigration était un pari osé pour les auteurs.

Rien que pour cela, je saluerai l’idée et la prise de risques, sans compter que les auteurs ont été drôles sans jamais être irrespectueux.

Le judaïsme est décrit dans ses grandes longueurs, dans ce que l’on connait le plus, mais sans jamais être condescendant ou moqueur.

La famille juive des Stern est accompagnée de Lucky Luke comme escorte et c’est tout naturellement qu’ils lui expliquent pourquoi ils ne peuvent pas manger certains aliments ou voyager la nuit de vendredi à samedi.

Si l’humour est présent, c’est hélas par des clins d’oeils à un film connu (Rabbi Jacob) où les auteurs empruntent des répliques célèbres ou alors, des clins d’oeils à d’autre film, comme Star Wars, mais point de calembour maison, comme le faisait le regretté Goscinny, même si Morris ne lui laissait pas trop en faire.

[Lucky Luke] — Quel rêve épouvantable ! Je crois que je ne digère pas la carpe farcie…
[Jolly Jumper] — Méfie-toi du côté obscur de la farce, Luke !

— Comment ? Lucky Luke, vous n’êtes pas juif ?!
— Ben non.
— Lucky Luke n’est pas juif…Ça alors ? Et votre cheval non plus n’est pas juif ?
— Lui non plus, hélas…
— Bon ben, c’est pas grave ! Je vous prend quand même !

Alors oui, on sourit, mais j’aurais préféré des nouveautés, sans pour autant renier les connues, mais bon, on est loin des « Ming Li Foo est voué à la propreté, il vient d’essuyer des coups de feu ! » qui dans le genre, était tout à fait innovant.

Tout comme dans le précédent, « Les Tontons Dalton », cet album n’est qu’un florilège de bons mots connus mais rien de neuf sous le soleil. Dommage.

Je soulignerai juste un calembour d’humour noir fait par Moishé Stern sur les voyages inconfortables que les juifs ont l’habitude de faire… Fallait oser ! Celui sur l’étoile du shérif était plus subtil.

— C’est joli mais euh… tous les juifs d’ici sont-ils obligés de porter une étoile sur leurs vêtements ?
— Ce monsieur est le shérif de la ville, miss Hanna !
— Un juif shérif ?! C’est beau l’Amérique.

Avec des airs d’albums comme « La caravane » (très bon) ou de « La fiancé de Lucky Luke » (très mauvais) nous sommes face à une aventure où, une fois de plus, Lucky Luke doit escorter des gens et les protéger mais sans que l’histoire ne soit trépidante et si l’aventure est plaisante, on attend l’action un peu trop longtemps et elle n’arrive pas vraiment.

Si l’album ne brille pas par sa nouveauté et est très conventionnel, le fait d’avoir placé une famille juive ashkénaze sous la houlette de Lucky Luke est néanmoins neuve et méritait d’être mise en album, j’aurais préféré des nouveaux gags mélangés à des clins d’oeils.

Le juge Roy Bean les accuserait de casus belli, les condamnerait à 50 dollars environ d’amende et les ferait poursuivre par son ours, attachés tous les deux à un arbre, avant de leur faire payer pour qu’ils lui offrent une bière et de les obliger à nous sortir de nouveaux calembours pour l’album suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

 

Southern Bastards – Tome 3 – Retour au bercail : Jason Aaron & Jason Latour

Titre : Southern Bastards – Tome 3 – Retour au bercail

Scénariste : Jason Aaron
Dessinateur : Jason Latour

Édition : Urban Comics Indies (28/10/2016)

Résumé :
Pourtant, les habitants s’apprêtent à accueillir sa traditionnelle fête des anciens élèves, et avec elle, la vingtième rencontre des Runnin’ Rebs contre l’équipe de Wetumpka.

Un match dont le coach se voit déjà vainqueur. Mais comment fera-t-il sans son mentor et bras droit, le coordinateur de la défense, Ol’ Big ?

Critique :
Si j’avais trouvé des circonstance atténuantes au coach Euless Boss dans le tome 2, là, on voit encore plus son côté sombre et on commence à avoir la sueur froide qui coule entre les omoplates.

Coach Big aussi… Souvenez-vous, l’aveugle Noir du tome 2 qui aidait le jeune Boss à acquérir les tactiques et le talent pour être un bon linebacker afin d’intégrer l’équipe des Runnin’ Rebs.

Pour le coach Boss, le foot est tout ce qui compte et tous les moyens sont bons pour arriver au but, quitte à déclarer un suicide comme un meurtre et à accuser un joueur de Wetumpka, l’équipe adverse.

Vous imaginez les conséquences d’une telle accusation lorsqu’elle arrive dans les cerveaux embrumés de nos rednecks amateur de l’équipe des Runnin’ Rebs ? Wetumpka, c’est un peu les frères ennemis et on a pris plaisir ces dernières années à les écraser au ballon ovale.

Les auteurs étant Sudistes eux-mêmes, ils savent de quoi ils parlent, ils connaissent les habitants du Sud profond et s’ils les égratignent, les bousculent et ne les mettent pas sous leurs meilleurs jours, ce n’est pas pour être insultant, juste pour décrire une situation réelle et l’analyser.

L’un des deux expliquera même, en introduction de l’album, pourquoi la couverture d’un des épisodes avait un chien déchirant le drapeau confédéré.

Beaucoup de mystères dans cet album qui fait la part belle à la violence, qu’elle soit verbale, en action ou par omission (comme on dit) car laisser les crimes impunis est aussi grave que de les commettre et par leur silence, les habitants de Craw County et son shérif sont aussi coupable que Coach Boss.

Les auteurs développent un peu plus certains personnages secondaires et en introduisent de nouveau, si bien qu’on ne sait pas toujours quel fil rouge leur récit va suivre : le crime d’Earl Tubb commit dans le premier tome ou les magouilles de Boss ainsi que le portrait des différents habitants de cette petite ville d’Alabama.

Malgré les portraits sombres de quelques uns de ses représentants, les auteurs n’hésitent jamais à leur donner un soupçon de circonstances atténuantes ou de montrer leur fragilité, compensée par le roulement des mécaniques, les humiliations qu’ils font subir à d’autres et de l’utilisation de la violence à tour de bras.

Boss est devenu tel qu’il est suite à son enfance, de la violence de son père et à cause du système qui faisait qu’un jeune garçon tel que lui n’aurait jamais accès à rien, quoiqu’il fasse, même en travaillant dur pour acquérir sa place dans l’équipe.

On est dans un système basé sur la force, pas sur l’intelligence et les faibles n’ont pas leur place ici, les soumis non plus, leur seule position acceptable étant la posture de soumission et le shérif l’illustre bien, cette posture du chien soumis.

Coach Boss avait la force, il est le maître de la ville, mais le cerveau, c’était Coach Big, le Noir aveugle et il n’est plus là pour le conseiller. Boss a toujours la force, mais sans l’intelligence tactique de l’autre, il risque de tout perdre.

L’introduction d’un nouveau personnage, celui de la couverture, laisse augurer que nous allons nous diriger vers des portraits de différents habitants de Craw County et du Sud profond, celui qui regarde toujours les gens de couleurs de travers et comme notre nouvelle arrivante est Black…

On n’a pas fini d’explorer la face sombre de l’Humain sudiste, avec cette série. C’est sombre, glauque, dérangeant, les dessins sont toujours survoltés, les traits grossier pour certains, mais la toile d’araignée est tellement ramifiée qu’il y a encore possibilité de passer de belles heures avec cette saga.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Sept – Tome 19 – Sept Cannibales : Sylvain Runberg & Tirso Cons

Titre : Sept – Tome 19 – Sept Cannibales

Scénariste : Sylvain Runberg
Dessinateur : Tirso Cons

Édition : Delcourt Conquistador (2016)

Résumé :
Ils sont sept. Riches. Influents. L’élite. Des mâles dominants avides de sensations fortes. Ils se jouent des valeurs hypocrites d’une société qui les adule. Ne vivent-ils pas dans un monde où la loi du plus fort s’impose ouvertement ?

Sept prédateurs, qui assouvissent leurs pulsions lors de gigantesques fêtes privées.

Comme chaque année, Alessandro, Markus, Martin, Doron, Paul, Sebastiaan et Denis s’offrent un week-end de rêves. Les sept amis en profitent pour décompresser, loin de leurs vies remplies, stressantes et bien propres.

Après la Toscane, l’an prochain, ce sera la Provence qui leur servira de cadre, Denis a déjà tout planifié pour qu’ils puissent laisser libre cours à leurs envies et leurs vices.

Mais le rituel va être perturbé. Car cette fois-ci, leur nouvelle proie n’entend pas se laisser mener à l’abattoir…

Critique :
Ils sont 7… et ont plus des sept mercenaires que des sept nains de Disney.

Nos 7 hommes sont des mâles Alpha, ils occupent tous des postes importants, viennent de pays différents, mais ont été dans la même université et sont donc amis depuis longtemps.

Nos sept hommes sont des prédateurs, rien ne leur résiste, ils sont toujours à la recherche de nouvelles sensations pour pimenter leurs vies qu’ils pensent trop classiques.

Et puis, lorsque personne ne se rend compte que vous avez tué des gens, vous ressentez l’ivresse de l’impunité et puisque vous pensez que tout est permis, il n’y a plus de limites à votre folie.

Si je n’ai pas été fan des dessins, je l’ai été du récit car sa construction nous fait remonter dans le temps, mélangeant agréablement les derniers faits de nos prédateurs, leurs anciens (un chaque année), ainsi que leur tout premier, celui qui les fit entrer dans un autre monde : celui des meurtriers et des chasseurs de gibiers bien différent de ceux qui chassent le sanglier infesté à la peste porcine (ou pas).

Cela ménage du suspense, ces retours en arrière et augmente le rythme cardiaque lors de la traque de l’élue de l’année, une informaticienne qui n’a pas trop envie de se faire bouffer par ces Hannibal Lecter en herbe qui avant vont la chasser dans un parc fermé.

Durant le récit, voit bien la montée de la violence, leur recherche, sans cesse, des sensations fortes au mépris de toutes les règles, des vies humaines prises et où les femmes ne sont que des objets sexuels, à chasser dans le sens premier du terme ou à faire passer à la casserole, au propre comme au figuré (le figuré avant le propre, sinon, ils allaient baiser un cuissot de viande).

Un thriller haletant, violent, où les hommes sont des bêtes sauvages, des mâles Alpha se croyant tout permis et pour qui la vie des autres ne compte pas.

Se croyant les plus forts, pensant qu’ils sont les meilleurs, ils n’avaient jamais pensé qu’une proie ne voudrait pas danser sur leur musique à eux et qu’ils allaient chasser une jolie biche qui avait tout d’une panthère.

Violent, horrible, sanglant, mais addictif.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

La vie commence vendredi : Ioana Pârvulescu

Titre : La vie commence vendredi

Auteur : Ioana Pârvulescu
Édition : Seuil (06/05/2016)
Édition Originale : Viaţa începe vineri (2009)
Traducteur : Marily le Nir

Résumé :
Vendredi 19 décembre 1897 : on trouve un inconnu évanoui dans la neige, dans une forêt aux environs de Bucarest. Il est habillé bizarrement, ne porte ni barbe ni moustaches, s’exprime d’une drôle de façon.

Toute la ville est en effervescence : serait-ce Jack l’Éventreur, à la une de tous les journaux, un fou échappé de l’asile, un vrai faussaire ou un faux journaliste? Et s’il venait d’une autre époque ?

Un voyage dans le temps qui nous entraîne, à la suite de ce personnage mystérieux, dans la capitale roumaine à la fin du XIXe siècle, le siècle de la joie de vivre, où l’on croyait fermement à l’avenir et aux progrès de la science.

Un compte à rebours, en treize journées trépidantes, avant le réveillon du 31 décembre 1897.

Critique :
Si on ne sait toujours pas ce qui se passe dans cette putain de boite de cassoulet dans la nuit du 2 au 3 (Roland Magdane), maintenant, on sait ce qu’il se passa du 19 au 31 décembre 1897 à Bucarest (la capitale de la Roumanie, pour les fâchés avec les capitales).

Véritable immersion dans la vie roumaine de cette fin de 19ème siècle, l’auteur, qui connait son sujet, va nous entrainer dans bien des familles, grâce à de multiples personnages, du simple commissionnaire, à la jeune fille rêveuse en passant par un policier, un préfet de police ou des notables.

C’est là que le bât commence à blesser.

En plus d’un récit qui s’écoule paresseusement, d’une enquête qui donne l’impression de ne pas avancer, la multitude de narrateurs ne servaient pas toujours l’histoire et la rendaient même parfois un peu difficile à appréhender car il fallait suivre, leur nom n’étant pas noté en début de chapitre et avec des noms roumains, il n’est pas toujours aisé de s’y retrouver.

Par contre, l’écriture de l’auteure est magnifique et j’ai pris plaisir à lire les mots qu’elle avait tamponnée sur les pages (Dany Boon, sort de ma tête) tant ils étaient délicieux pour l’esprit. Là, rien à dire, c’étaient des perles.

— Vous, Iulia, vous êtes comme une petite araignée qui, sentant qu’on l’approche ou qu’on la touche, replie instantanément ses pattes, se roule en boule — on pourrait la confondre avec une petite pierre noire. (…) Maintenant vous faites la même chose, mais, moi, je n’ai plus le temps d’attendre que vous vous détendiez. 

Découvrir la vie roumaine à cette époque était très agréable et j’ai apprécié tous ces petits moments de vie, même si, à la fin, ils ralentissaient le récit qui n’allait déjà pas très vite. Par contre, les petits moments de philosophie étaient du miel pour la gorge enrouée.

Revenons aux bémols car après les fleurs, je lance le pot…

Le roman nous promettait du mystère avec l’apparition mystérieuse d’un homme que l’on suspecte d’être Jack The Ripper, dixit le 4ème de couverture… Il devait être en campagne électorale, lui, parce que c’était juste de belles promesses.

Cet homme retrouvé dans la neige et dont personne ne sait qui il est, ni d’où il vient, a été suspecté un peu de tout, en passant pas faussaires et Martien ! Quant aux suspicions d’être le Ripper, elles ne durent guère et sont plus le fait des commères adeptes de ragots.

D’ailleurs, sur ce mystérieux homme qui semble comme tombé du ciel et qu’on a retrouvé dans la neige, nous en saurons peu, l’auteur ne lui ayant pas assez donné la parole et ce seront les dernières lignes du livres qui confirmeront ce que je suspectais, mais d’une autre manière.

Quant à la résolution de l’homme mort d’une balle et d’une disparition d’objet du culte, la résolution tombera un peu comme un cheveu dans la soupe et nous n’en saurons pas plus puisque une fois le nouvel an passé, nous n’en parlerons plus et irons vers le point final.

Au final, si j’ai aimé la description de le vie à Bucarest en 1897, si j’ai apprécié l’écriture de l’auteure et la manière dont elle décrit les lieux, dont elle fait parler ses personnages, dont elle les fait philosopher.

Dommage que l’enquête ait été fort diluée entre tout ce petit monde qui vaque à ses occupations et que le côté fantastique n’était pas assez mis en valeur, comme la promesse non tenue des 13 journées trépidantes qui, sans être somnolentes, auraient pu être abrégées quelque peu afin de donner plus de rythme au récit.

Lecture en demi-teinte, mais malgré tout, j’en retire du bon, comme quoi, tout n’est jamais perdu dans une lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

— Si j’achète une boîte de conserve, une boîte de cassoulet par exemple, à consommer avant le 2 janvier, qu’est-ce qui ce passe si je l’ouvre le 3 ? Franchement, entre nous ; qu’est-ce qui peut bien ce passer dans cette boîte dans la nuit du 2 au 3 ? Est-ce que les germes attaquent à minuit pile ? Tous les germes avec des montres chrono ! Qu’est-ce qui ce passe si j’ouvre la boîte à 1h du matin ? Est-ce que je peux encore sauver des haricots ? Si tous les haricots sont mort et que la saucisse bouge encore qu’est-ce que je fait moi ?

Durango – Tome 17 – Jessie : Yves Swolfs et Iko

Titre : Durango – Tome 17 – Jessie

Scénariste : Yves Swolfs
Dessinateur : Iko (Giuseppe Ricciardi)

Édition : Soleil (15/06/2016)

Résumé :
Durango se remet d’une blessure au bras chez son ami Larry Haynes, shérif de la petite bourgade tranquille de Hanckok.

Seul le braquage d’un fourgon contenant un bon paquet de dollars a récemment troublé cette sérénité. Ni les coupables ni le butin n’ont été retrouvés.

Un matin, un différend bruyant opposant Maxwell, tenancier du saloon et maison de passe de la ville, à Jessie, une nouvelle fille qui a été surprise en train de fouiller dans le bureau du patron, attire l’attention de Haynes.

La jeune inconnue est une menace pour ces escrocs sans scrupules. Simultanément, Franck, à la tête d’une bande d’outlaws, sillonne la région, à la recherche d’un magot disparu.

Critique :
Changement de dessinateur pour le moins bénéfique ! Non pas que je détestais ceux de Girod, mais je n’avais pas aimé son trait lors de sa reprise dans le tome 14 « Un pas vers l’enfer ».

Ici, Giuseppe Ricciardi (dit « Iko ») nous donne l’impression que c’est le trait de Swolfs dans cet album.

Les couleurs sont chaudes et les ambiances telles qu’on les trouvait dans les premiers albums car ici, nous revenons aux poncifs qui font de Durango ce qu’il est : un tueur.

Se remettant de sa blessure chez son ami shérif, son séjour est obscurci par l’affaire d’un braquage de fourgon qui contenait un sacré paquet de pognon et qui, à ce jour, n’a pas été retrouvé.

Oukilé l’argent ? Vous le saurez un peu plus tard et c’est là que l’engrenage va se mettre en branle, entrainant notre tueur blond dans une enquête où le Mauser va faire entendre sa voix caractéristique.

Lorsque le chef des bandits est entré en jeu, je l’ai regardé à deux fois, pensant à une hallucination (il y avait du soleil dehors) ou à un abus de café… Je connaissais cette tête !

Après avoir passé en revue mon boulanger, boucher, kiné, pharmacien, je me suis rendue compte que, ce visage, je l’avais croisé dans un film… avec la belle Claudia Cardinale et un joueur d’harmonica : Henry Fonda (Once Upon A Time In The West) !

On reste dans un scénario « basique » dans le sens où notre Durango va aider une fois de plus une jolie fille, même si celle-ci n’est pas une innocente petite femme et qu’elle retournera sa veste quelques fois.

D’ailleurs, elle ne sera pas la seule, à la retourner, tant le fric peut faire tourner les têtes et rendre les gens fous.

Malgré tout, j’ai pris du plaisir à découvrir ce tome 17 que je ne possédais pas encore (sorti il y a 2 ans, shame on me) car on revenait vraiment aux premières histoires de notre Blondin.

Sans pour autant révolutionner l’affaire, ce scénario tient la route, le méchant est cynique, envoûtant, tel Kaa vous susurrant « Aie confiance », a les épaules solides et reste toujours d’une froideur à toute épreuve.

Un portrait réussi, même si c’est « copié sur le personnage de Franck (Henry Fonda). Un Méchant froid a toujours plus d’envergure qu’un sanguin qui hurle à tout bout de champ.

Y’a plus qu’a espéré qu’on aura un tome 19 et que nous ne devrons pas attendre 2020 pour revoir notre tueur aux yeux verts.

Ou alors, quitte à attendre autant, faudra nous livrer un scénario qui s’éloigne un peu de ceux que l’on connait et proposer du neuf pour notre Durango, avec un peu plus de subtilité dans certains personnages. J’aime quand ils évoluent ou qu’ils ont des part d’ombre (ou de lumière).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019)Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (46 pages).

 

L’étrange incident : Walter Van Tilburg Clark

Titre : L’étrange incident

Auteur : Walter Van Tilburg Clark
Édition : Actes Sud L’Ouest, le vrai (02/06/2016)
Édition Originale : The Ox-Bow Incident (1940)
Traducteur : Camille Guéneux

Résumé :
Lorsque, un jour de printemps, la nouvelle d’un vol de bétail et de l’assassinat du jeune et populaire cow-boy Kinkaid se répand, les hommes de Bridger’s Wells forment une milice pour venger ce crime.

Mais est-ce vraiment dans l’intention de rendre justice à l’un des leurs et de reprendre le bétail volé ? En moins de 24 heures, cette affaire en apparence simple dévoilera la psychologie complexe d’une communauté isolée et livrée à elle-même.

Huis-clos au grand air, ce western, déjà traduit par Gallimard en 1947, que nous publions dans une version révisée, rend palpable la vie des cow-boys au milieu du XIXe siècle dans une vaste région d’élevage au sud-ouest des États-Unis.

À travers le récit d’un témoin direct des agissements de ce groupe violent, Walter Van Tilburg Clark dresse le portrait d’hommes égarés et dénonce justice expéditive et tyrannie de la majorité.

Critique :
L’effet de la meute… Tout le monde en a au moins fait une fois les frais dans sa vie ou pire, a hurlé avec la meute et ne se souvient plus trop bien du pourquoi du comment.

Maintenant, avec les réseaux sociaux, il est facile et rapide de rameuter la meute et de la faire hurler sur n’importe qui à propos de n’importe quoi, généralement une chose que cette personne à dite ou à faite et qui nous met en rage, alors qu’on devrait laisser couler.

Ici, un jeune garçon arrive tout affolé parce qu’on a tué un cow-boy du rancher Dew : Kinkaid. De plus, ces derniers temps, bon nombre de vaches ont été volées.

La goutte d’eau qui fait déborder le vase et monter la pression est le fait qu’on ait tué ce cow-boy et volé une soixantaine de bêtes. 28 cavaliers vont se mettre sur la piste des voleurs et assassins, le tout sans aucune accréditation aucune du shérif, au mépris de toutes les règles et avec l’intention de les pendre haut et court.

Les suiveurs, tel un troupeau de vaches mené par celle qui est dominante, suivront les meneurs. La raison du plus fort est toujours la meilleure et la majorité l’emportera toujours sur la minorité…

— […] Nous ne sommes pas des Indiens qui se contentent d’une misérable et lâche vengeance. Nous voulons la justice, et la justice ne s’obtient ni par la hâte ni par la colère.

Sherlock Holmes se méfiait des émotions et il avait raison : les émotions telles que la haine, la rage, la colère, vont aveugler ses hommes et les mener à une expédition que bon nombre n’auraient jamais accompli si ont leur avait donné le temps de réfléchir et s’ils n’avaient pas eu peur de passer pour des lâches, pour des mauviettes, devant les autres.

La plupart des hommes ont peur par-dessus tout d’être pris pour des lâches, et la lâcheté physique est pire à leurs yeux que la lâcheté morale. On peut cacher la lâcheté morale sous un tas d’arguments bruyants, mais même un animal sent quand un homme a peur. Si la rareté fait le prix d’une chose, le courage moral est alors d’une qualité cent fois supérieure à celle du courage physique.

Ne pas y aller aurait été perçu comme un acte de lâcheté, alors, tout le monde y est allé sans écouter une seule fois la voix de la raison. Un meurtre avait été commis, du bétail volé, il fallait des coupables, des boucs-émissaires pour passer sa rage dessus…

Ce western sombre met du temps à se mettre en place, la première moitié du roman servant à mettre en place les deux protagonistes principaux, Art Croft et son ami Gil  Carter, ainsi qu’une partie de ceux qui composeront cette bande de joyeux lyncheurs, occupés à attendre au carrefour que le posse comitatus (*) soit au complet.

[…] il suffisait de se mettre assez en colère pour ne pas avoir peur d’être dans son tort. Et c’était bien ce qu’ils étaient tous en train de faire. Chaque fois qu’un nouveau cavalier arrivait, ils le dévisageaient, comme s’ils le haïssaient, comme s’ils trouvaient qu’il commençait à y avoir trop de monde. Et il continuait d’en arriver ! Chaque minute qui passait rendait l’intervention de Davies plus ardue.

La seconde partie fait monter la pression, on sait qui sont les meneurs, on sait qui sont les hommes pas très chaud pour cette justice expéditive et une fois les hommes trouvés, là, on atteint des sommets niveau battements du cœur.

L’effet de meute joue en plein et l’auteur fustige cela en poussant loin la psychologie des personnages, leurs idées, leurs pensées, leurs dialogues, leurs actions. Muet, on assistera à l’horreur de l’acte au petit matin blême, dans un froid piquant, ne sachant pas trop quelle position adopter tant l’ambiance est malsaine et oppressante.

— Vous vous moquez pas mal de la justice, lui lança Martin. Ça vous est bien égal de pendre des innocents ou des coupables ! Vous n’en faites qu’à votre tête. Quelqu’un s’est fait voler quelque chose et il faut qu’un autre en subisse les conséquences. Vous ne voyez pas plus loin que ça.

Un lecture que j’ai terminée sur les genoux, dégoutée de l’Humain, le souffle court une fois la pression retombée, avant que l’auteur ne me repique avec une discussion entre Croft et Davies, le plus modéré de l’histoire expliquant que tout le monde avait déjà trouvé qui rendre responsable de tout ceci, oubliant déjà que personne ne les avait obligé à aller rendre justice eux-même et qu’ils y étaient parti avec cette volonté de pendre des hommes…

On peut se sentir terriblement coupable sans avoir rien fait, quand les gens qui se trouvent avec vous ne vous font pas confiance.

Il démontra que c’était tout aussi vrai quand ce mépris de la loi vient d’un chef ou d’un peuple. Il se propage alors comme une maladie, dit-il, et devient infiniment plus meurtrier, quand la loi est dédaignée par des hommes qui prétendent agir au nom de la justice, que quand elle est simplement inefficace, ou même quand ceux qui sont élus pour l’administrer sont des hommes malhonnêtes.

Un western noir rempli d’émotions à l’état brut, une piqûre envers la société américaine qui n’interdit le lynchage qu’en 1946 et un livre qui malgré son âge (édité en 1940), a toujours des relents de réalisme tant cet effet de meute est toujours présent, les lynchages se faisant médiatiquement, maintenant, avec toutes les conséquences graves qui peuvent en découler.

— Pas si directement que ça, me répondit-il, pas si ouvertement. Nous le faisons, parce que nous sommes dans la meute, parce que nous avons peur de ne pas être acceptés dans la meute. Nous n’osons pas montrer notre faiblesse à la meute. Nous n’osons pas résister à la meute.

L’Homme sera toujours un prédateur pour l’Homme, ne s’attaquant pas au plus faible, mais à celui qu’il jalouse, qui lui fait de l’ombre… Tout en se donnant moult justifications pour expliquer son geste.

— Il y a une différence : nous avons des raisons.
— C’est la même chose, dit-il durement. Cela nous rend-il meilleurs ? Pires, dirais-je. Les coyotes, du moins, ne se donnent pas d’excuses. Nous nous imaginons vivre d’une façon supérieure, mais comme eux nous continuons à chasser en bandes comme les loups, à nous terrer tels des lapins. Tous leurs plus vilains traits.
— Il y a une différence, dis-je. C’est nous qui soumettons les loups et les lapins.
— Vous parlez de pouvoir, dit-il amèrement.
— Sur vos loups, et sur les ours aussi.
— Oh ! Nous sommes intelligents, fit-il du même ton. Nous ne les soumettons que pour exercer notre pouvoir. Oui, nous avons su leur inspirer la crainte à tous, excepté à ces pauvres choses domestiquées que l’on a privées d’âme. Nous sommes les coqs des tas de fumier, les brutes de ce monde.
— Nous n’allons pas chasser le lapin ce soir, lui rappelai-je.
— Non, mais notre propre espèce. Un loup ne le ferait pas, pas même un coyote galeux. C’est ça que nous faisons maintenant, chasser notre propre espèce. Le gibier a cessé de nous exciter.

[…] Ce que chacun de nous désire le plus passionnément est la puissance. Si on osait, on laisserait tomber la meute. Mais on n’ose pas, alors on s’en sert, on la manipule pour qu’elle nous aide à perpétrer nos petits massacres. Nous nous sommes rendus maîtres des chevaux et du bétail. Maintenant il nous faut dominer notre prochain, faire de l’homme un animal domestique. Le tuer pour nous en nourrir. Et plus la meute est petite, plus la part de chacun est grande.

[…] Je vous dis qu’elles sont pires que des loups. Elles ne se débarrassent pas des impotentes, elles se débarrassent des meilleures. Elles s’associent pour faire tomber celles qui ne veulent pas se mêler à leurs sales ragots, celles qui ont plus de beauté, de charme, d’indépendance, de tout ce qu’elles n’ont pas. 

(*) Le posse comitatus est le droit donné à un shérif ou à un autre officier de police d’enrôler des hommes pour l’assister dans le maintien de la paix ou dans la poursuite et l’arrestation de hors-la-loi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).