L’esprit des morts : Andrew Taylor

Titre : L’esprit des morts

Auteur : Andrew Taylor
Édition : Cherche Midi (09/06/2016)
Édition Originale : The american boy (2013)
Traducteur : Françoise Smith

Résumé :
Londres, 1819. Thomas Shield devient le professeur particulier d’un jeune Américain, Edgar Poe, et de son meilleur ami, Charles Frant, dont la mère, une femme séduisante et malheureuse, l’attire irrésistiblement.

Lorsqu’un homme est retrouvé mort et que tous les indices convergent vers la famille Frant, Thomas est emporté dans une spirale dont les conséquences risquent d’être lourdes pour lui.

Il décide alors de trouver le coupable mais le piège se referme au fur et à mesure qu’il cherche à s’en échapper. Quel est donc le lien entre ces macabres événements et le jeune Edgar Poe ? Thomas devra traverser bien des épreuves avant que la vérité soit enfin dévoilée…

Mêlant avec brio fiction et réalité, ce roman à l’intrigue haletante nous plonge dans l’atmosphère de l’Angleterre du XIXe siècle, où Edgar Allan Poe passa quatre années de son adolescence : l’agitation des rues londoniennes, les taudis de St Giles et Seven Dials, l’hypocrisie d’une bourgeoisie avide de pouvoir…

Un décor parfait pour un meurtre, des secrets de famille et une galerie de personnages loin d’être aussi respectables qu’ils voudraient le faire croire.

Critique :
La théorie de la relativité te dit que 15 minutes à attendre dans une administration passeront toujours moins vite qu’une heure à boire un verre avec des amis.

De fait, un pavé de 600 pages bourré d’action passera toujours plus vite qu’un court roman chiant de 100 pages.

Mais qu’en est-il de la longueur d’un pavé de 649 pages dans lequel on se fait chier comme un rat mort durant grosso modo les 50 premiers chapitres ??

Un calvaire ? Une horreur ? Une folie à lire ? Du masochisme ? Le tout à la fois, sans doute.

Certes, j’exagère un chouia en disant que je me suis faite chier car, rendons à César ce qui est à lui, les descriptions du Londres de 1819, la distinction nette entre les classes sociales, le racisme ambiant, le mépris pour les sans dents et les saloperies qui se passaient dans les public et private school sont très bien décrites.

Il en est de même pour le fait qu’on suspectera toujours plus vite un indigent ou un de l’Angleterre d’en bas qu’une personne bien née ou fortunée. Même dans les sans-grades, il y avait des grades et un valet de pied pourra se permettre de regarder un précepteur de haut si ce dernier tombe en disgrâce.

Rien que pour cela, le roman mériterait 5 étoiles. La recherche a dû être importante et le tout est amené de manière subtile. Les descriptions de quartiers miséreux est un vrai bonheur aussi.

Le problème est qu’entre le chapitre premier et le  chapitre 54, bon sang, il se passe peu de choses, c’est lent, laborieux et c’est avec un bonheur évident que l’on accueille la mort d’un personnage, pensant, erronément, que ça va bouger un peu plus.

Mais ça n’a pas bougé plus, hélas et plus d’une fois j’ai failli reposer le roman et l’oublier. J’ai persévéré, ça en valait un peu la peine pour les 30 derniers chapitres, mais sans que ce soit non plus un truc de fou.

Dommage car le roman avait tout pour me plaire, du potentiel, une écriture qui rendait justice à l’Angleterre de 1820, des personnages intéressants et une foulitude de petits détails sur la vie de cette époque-là.

Là, on va l’oublier.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2019-2020) – N°4 et Le pavé de l’été chez Sur Mes Brizées (Juillet 2019-Septembre 2019).

Placez votre main sur un poêle une minute et ça vous semble durer une heure. Asseyez vous auprès d’une jolie fille une heure et ça vous semble durer une minute. C’est ça la relativité.

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Sherlock Holmes – Tome 2 (manga) : Shotaro Ishinomori, Morihiko Ishikawa & Arthur Conan Doyle

Titre : Sherlock Holmes – Tome 2 (manga)

Scénaristes : Shotaro Ishinomori & Arthur Conan Doyle
Dessinateur : Morihiko Ishikawa

Édition : ISAN MANGA (22/09/2016)

Résumé :
Sherlock Holmes est de retour ! Retrouvez dans ce deuxième recueil l’adaptation de quatre nouvelles du plus célèbre des détectives.

Toujours supervisée par Shotaro ISHINOMORI et dessinée par Morihiko ISHIKAWA, ce livre contient les histoires suivantes :
— Un scandale en Bohême,
— L’Homme à la lèvre tordue,
— La Ligue des rouquins
— La Deuxième Tache

Critique :
La Granada voulait nous proposer tout le Canon en série télé avec Jeremy Brett dans le rôle titre et l’ambition de Shotaro Ishinomori est de nous fournir tout le canon en manga.

Collant au plus près aux récits canoniques de Conan Doyle, le mangaka prend tout de même quelques libertés dans certains cas, ce qui est stupide car cela ne rend pas justice à Holmes.

Dans « L’Homme à la lèvre tordue », Sherlock Holmes trouvait la solution en se lavant le visage au petit matin, dans le manga, les auteurs laissent sembler que c’est en lisant les albums avec les coupures de presse que Neville Saint-Clair écrivait à l’époque où il était journaliste qu’il découvre le pot aux roses.

Là où Holmes découvrait la solution par le fait de se laver le visage, ici, ça semble trop facile et enlève du mérite au détective jusqu’à ce que nous les retrouvions dans le fiacre en route pour la ville et qu’il dise à Watson que s’est en se lavant le visage que la solution lui est apparue. Ben désolé mais on ne nous l’a pas montré ainsi !

Dans « Un scandale en Bohême », tout est conforme, mais Irene Adler manquait de prestance, de présence, de sensualité, de beauté, de sexualité. En plus de ne pas avoir dessiner des attelages conformes, il me sabote les femmes, le dessinateur. Grrrr.

Quant à Holmes, sous ses déguisements, on ne distinguait rien, le mangaka a peut-être poussé le trait un peu loin, sans compter que Watson le reconnait lorsqu’il est déguisé en prêtre, hors, ce n’est pas en prêtre qu’il se déguisait, mais en déguisé en pasteur non conformiste !

Un pasteur n’est pas un prêtre et nous ne sommes pas chez les catho mais chez les Protestants.

Pour « La ligue des rouquins », l’auteur en divulgue trop en parlant du dépôt de 30.000 Napoléons là où Conan Doyle ne disait rien avant le dénouement final, laissant au lecteur un suspense intact, non dévirginisé. L’auteur fait prendre le métro à Holmes, hors, dans les aventures canonique, je ne me souviens pas l’avoir vu prendre…

Pour l’histoire de « La seconde tache », tout me semblait conforme à mes souvenirs mais il est dommage qu’ils n’aient pas inscrit le petit passage où Holmes parle des manières bizarres de nous les femmes :

— Et cependant les mobiles qui font agir les femmes sont impénétrables ! Vous souvenez-vous de cette femme de Margate que j’avais soupçonnée pour la même raison ? Elle n’avait pas de poudre sur le nez, voilà pourquoi elle s’était assise à contre-jour. Comment bâtir quelque chose sur ce sable mouvant ? Leurs actions les plus banales peuvent se rapporter à quelque chose de très grave, mais leur comportement extraordinaire dépend parfois d’une épingle à cheveux ou d’un fer à friser. Au revoir, Watson !

Bon, je ne vais pas tourner autour de la pantoufle persane, malgré ces quelques petits détails soulignés, ce tome comprenant trois aventures canoniques est agréable à lire, les dessins de Holmes et Watson sont corrects, même si Holmes a un visage assez rond alors qu’il est plutôt émacié, tout comme son corps, long et mince.

Au moins, il n’est pas dessiné en vieux bonhomme ou affuble de la macfarlane et du deerstalker, bien que je l’ai vu affublé de ces horreurs à la fin de « La ligue des rouquins » alors qu’il était à Londres.

Un tome correct, des dessins bien esquissés où les auteurs n’ont pas utilisé ces codes du manga qui consiste à dessiner les gens tout petits ou mal fichus lorsqu’ils s’énervent se trouvent dans des situations de gêne ou drôle.

Par contre, vu le prix du manga, il est plutôt à réserver aux collectionneurs ou aux fans absolus de manga.

Entre nous, s’ils veulent transcrire en manga les 60 aventures du canon holmésiens, au rythme de 3 enquêtes par tome, va falloir agrandir les biblios, braquer des banques et la collection sera terminée lorsque nous entrerons au home (EPHAD chez vous)…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

[SÉRIES] Witness for the Prosecution – Témoin à charge : D’après Agatha Christie (2016)

La célèbre nouvelle d’Agatha Christie Témoin à charge (The Witness for the Prosecution), brillamment filmée au cinéma en 1957 par Billy Wilder, avec dans la distribution Tyrone Power, Charles Laughton et Marlene Dietrich a été adaptée en série par la BBC.

D’ailleurs j’ai appris que ceux qui sont attachés à la version de Billy Wilder risquaient de rencontrer quelques difficultés pour s’immerger dans la nouvelle. N’ayant pas vu le film ni lu la nouvelle, j’étais vierge de tout.

Cette excellente production britannique, France 3 l’avait diffusée un soir de réveillon de Noël et je ne l’avais pas vue.

La faute est réparée car je viens de la visionner (seulement ??), alors qu’elle était sur mon DD depuis longtemps (comme plein d’autres). No comment.

L’histoire :
Londres, 1923. Une riche héritière, Emily French, est retrouvée morte dans sa demeure londonienne. Une enquête est alors ouverte pour découvrir qui est le meurtrier. 

Accablé par la pauvreté et la culpabilité, John Mayhew (Toby Jones) mène une existence grise et sans passion. Le cas de Leonard Vole (Billy Howle)accusé du meurtre de Emily French, change tout pour cet avocat épuisé.

Persuadé de l’innocence de Leonard, il se lance à corps perdu dans le procès pour l’innocenter. Son seul témoin est Romaine Heilger (Andrea Riseborough), la « femme » de Leonard, mais celle-ci est pleine de surprises.

Tout accuse le jeune homme, et cette femme, froide et désinvolte, ne confirme pas son alibi. Pourtant, il clame son innocence avec force.

Convaincu de la sincérité de son client, John Mayhew met toutes ses forces dans la bataille. Alors que tout semble perdu, un témoignage inattendu vient tout bouleverser…

Ce que j’en ai pensé :
La vache ! Quelle mini-série étouffante !

Dans le bon sens du terme, il va de soi car les scénaristes ont été assez loin dans la psyché des différents personnages, nous faisant entrer dans une certaine intimité qui était nécessaire pour parfaire le final qui lui était… Inattendu ?

Hé, c’est d’Agatha Christie, ça doit être inattendu, le final, ça doit clasher, nous trouer le cul et je vous jure que ça vous le troue, si vous n’aviez jamais lu la nouvelle (le final de la série s’éloigne fort du film et du livre).

La série commence par la rencontre entre deux personnages, sur fond de Première Guerre Mondiale avant de basculer dans les années un peu folles, celles des années 20.

Madame French est une dévoreuse de mecs, elle doit avoir le feu à un certain endroit et tous ces pompiers volontaires ont pour mission de lui éteindre ce qui enflamme sa broussaille mais rien à faire, le lendemain, elle en cherche un nouveau car c’est une femme riche et capricieuse.

Une qui n’aime pas trop ça, c’est sa bonne. Vu ainsi, on la dirait amoureuse de sa patronne ou trop protectrice, pire qu’une louve. Vous pensez bien que lorsque Leonard Vole est ramené par Emily French et qu’il revient les jours suivants, ça ne fait pas plaisir au Cerbère qu’est sa bonne.

Quand on découvre le cadavre de la cougar French, vous imaginez qui est en tête des suspects ?

Un Agatha Christie que je ne connaissais pas, comme quoi, je ne sais pas tout… Une fois de plus, la Reine du crime joue avec les codes du polar et nous retourne pour mieux nous surprendre, mieux nous époustoufler, mieux nous faire dire « oh putain ».

La BBC sait comment filmer les scènes extérieures pour leur donner leur cachet so british, poussant le vice jusqu’à nous montrer le temps merdique qu’il fait chez eux, faisant tousser John Mayhew comme un rachitique.

Le côté années folles (années 20) ajoute quelque chose de plus à cette mini-série qui avait déjà tout pour elle : les décors, les personnages, les acteurs, leur talent, leur manière de se glisser dans la peau de leur personnage et le scénario béton armé de madame Christie, même s’ils ont changé un peu le final, le rendant encore plus époustouflant et horrible.

Lorsque je suis arrivée dans les dernières minutes, ma mâchoire était décrochée et j’ai eu du mal à la remettre en place.

Les Anglais sont forts pour les séries d’ambiance !

et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Le Choix : Paul J. McAuley

Titre : Le Choix

Auteur : Paul J. McAuley
Édition : Le Bélial’ Une Heure Lumière (11/02/2016)
Édition Originale : The Choice (2011)
Traducteur : Gilles Goulet

Résumé :
Ils sont amis depuis toujours, ils ont seize ans ou presque. Damian vit et travaille avec son père, éleveur de crevettes et cogneur d’enfants.

Lucas s’occupe de sa mère, ancienne passionaria d’un mouvement écologiste radical clouée au lit par la maladie dans la caravane familiale.

Le monde est en proie à un bouleversement écologique majeur — une montée des eaux dramatique et une élévation de la température moyenne considérable.

Au cœur du Norfolk noyé sous les flots et écrasé de chaleur, la rumeur se répand : un Dragon est tombé du ciel non loin des côtes.

Damian et Lucas, sur leur petit voilier, entreprennent le périlleux voyage en quête du mystérieux artefact extraterrestre, avec en tête un espoir secret : décrocher la clé des étoiles…

Critique :
Dans ce futur peut-être pas si éloigné que ça, l’écologie en a pris la gueule, les COP n’ont servi à rien, l’Homme a continué de polluer à mort.

Après une guerre, une apocalypse, la température qui augmente, une montée des eaux et toutes les joyeusetés qui vont avec, nous devons notre non extinction à des extras-terrestres.

Dire que les grands penseurs tels Calvin et Hobbes disaient que : « Parfois je me dis que la meilleure preuve qu’il y a des êtres intelligents ailleurs que sur Terre est qu’aucun d’entre eux n’a jamais essayé de nous contacter. » Loupé !

N’étant pas face à un pavé mais plutôt face à une grosse nouvelle, toutes ces péripéties nous serons racontées vite fait et bien fait.

L’auteur nous décrit la vie au Norfolk, où survivent des gens tant bien que mal, vivotant et se nourrissant de ce que la mer leur offre, rêvant de bacon et de viande de porc.

Les adultes qui ont connu le monde d’avant rêvent de pareils mets, mais les ados, qui n’ont jamais connu que ce Monde là, pour eux, ça reste abstrait.

Le futur décrit dans ces pages n’a rien de réjouissant, il nous pendrait même au nez, si nous ne changeons pas (mais sommes nous prêt à changer ? Telle est la question), bref, il est d’un réalisme à faire peur, exception faite de la présence des Jackaroo, les « E.T téléphone maison », que l’on ne verra jamais, d’ailleurs.

C’est un dragon tombé du ciel qui va entraîner les deux amis, Damian et Lucas dans une histoire qu’ils ne soupçonnaient même pas en se mettant en route, dans le petit voilier de Lucas.

Si la balade est bucolique jusqu’à l’endroit où a chuté le dragon, cette rencontre aura des répercussions sur le reste de leur vie car il est des mauvais choix que l’on pose parce qu’on les pense bons, parce que l’on veut partir de là, ne plus rester près d’un père qui distribue les baffes comme des politiciens les tracts, quelques jours avant les élections.

Le passage à l’âge adulte n’est jamais simple, jamais facile et nos deux garçons vont y passer sans avoir eu le temps de se retourner.

Le choix de l’un ne sera pas celui de l’autre et le choix de l’autre se fera en toute fin de cette novella.

Si j’ai aimé le récit, la manière dont il est écrit, présenté, si je me suis attachée aux deux ados, je me suis retrouvée à la fin de cette histoire de manière un peu abrupte car je n’aurais pas craché sur quelques pages en plus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Les fleurs ne saignent pas : Alexis Ravelo

Titre : Les fleurs ne saignent pas

Auteur : Alexis Ravelo
Édition : Mirobole Horizons Noirs (06/10/2016)
Édition Originale : Las flores no sangran (2015)
Traducteur : Amandine Py

Résumé :
Dans la liste des crimes les plus idiots au monde, le kidnapping contre rançon de la fille d’un parrain de la mafia figurerait en deuxième ligne, juste après le cambriolage d’un commissariat de police.

C’est pourtant le gros coup absurde qu’ont décidé de monter Lola, Diego le Marquis, Paco le Sauvage et le Foncedé, une bande de petits escrocs.

Bienvenue aux Grandes Canaries, une île paradisiaque où, derrière les plages magnifiques, se livre un duel inégal entre deux mondes : les apprentis-bandits vivant de larcins contre les barons en col blanc baignant dans la corruption et la politique.

Les fleurs ne saignent pas est un roman choral superbe, rythmé, qui fait le portrait d’une culture insulaire haute en couleurs et d’une société perdue dans le naufrage du capitalisme.

Critique :
Après avoir arpenté l’Inlandsis du Groenland, il me fallait une destination un peu plus chaleureuse, donc, cap sur les Grandes Canaries.

Là vous vous dites que le programme sera farniente sur la plage, boites de nuit mojitos, tapas, paella et tutti quanti.

On arrête de suite, l’auteur ne nous propose pas une carte postale de l’ile mais plutôt la réalité telle qu’elle est : crue, nue, pas belle à voir.

Rangez votre maillot et votre paréo et sortez votre débrouillardise en magouilles et compagnie afin de ne pas crever de faim puisque vous n’avez pas de boulot.

Ou alors, vous vous trouvez dans la catégorie sociale de ceux qui ont réussi, qui ont une grosse entreprise qu’ils font tourner, avec des milliers de gens à leur ordre, mais qui, pour gagner plus de fric et survivre, trempent aussi dans la magouille, les marchés publics, le blanchiment d’argent ou autres embrouilles.

Les Balkany n’ont pas le monopole et ils font mêmes petits joueurs face à deux entrepreneurs de l’ile, Isidro Padrón Alfonso et Marcos Perera, surnommés L’Enclume et Le Marteau.

L’auteur met en scène l’ile de Grande Canarie dans ce qu’elle a de plus sordide, ce décor que le touriste ne voit pas, celui des gens qui vivotent grâce à de petites combines et ceux qui s’enrichissent grâce à de grosses combines et des trafics en tout genre.

Ce sont les petits magouilleurs qui sont les plus sympathiques, même s’ils vous piquent vos valises à l’hôtel car nos amis restent encore avec une certaine morale, même lorsqu’ils décident de suivre un autre ami, Eusebio Le Gaucher, qui leur propose de kidnapper la fille de L’Enclume.

La connerie du siècle quand on est juste un petit voleur à la semaine. Encore plus con que de braquer une banque du sperme (et se faire payer en liquide), plus débile que braquer Madame Chirac avec ses pièces jaunes ou ceux du Télévie avec leurs pièces rouges. Le truc débile qui mériterait de figurer dans les « idées les plus connes du siècle ».

— Plus la mécanique est complexe, plus on a de chance qu’un ressort nous pète à la gueule. Et une simple vis peut tout foutre en l’air.

Ce roman noir n’a pas à proprement parler un rythme trépident, il prend son temps, se met en place, explore les portraits des différents personnages dont les psychés sont bien développées, que ce soit nos petits escrocs, nos deux bandits en cols blancs ou d’autres personnages qui y gravitent, telle des satellites.

La palette était copieuse niveaux personnages différents, on a eu des points de vue de chacun, on a suivi tout le monde à un moment donné, la chorale n’a jamais chanté faux et des tons rouge sang sont venus colorer les pages au fur et à mesure que tout partait en sucette. Quand on vous disait que c’était la connerie du siècle !

Lola, Diego le Marquis, Paco le Sauvage et Felo le Foncedé m’ont fait sourire, crisper les doigts sur les pages, exploser de rire à un moment donné, trembler. Oui ce sont des escrocs, mais des escrocs comme je les aime.

Il a du suspense dans ces 408 pages, même si on commence en douceur, mais à partir du moment où ça partira en vrille, plus un seul moment de répit à soi et les questions vont se bousculer, surtout celle de savoir comment ce kidnapping avec demande de rançon va se terminer.

Un roman noir bien écrit, qui met en scène des anti-héros, des bouffons, des escrocs du dimanche, mais qui parle aussi d’amitié, de fidélité, d’amour, de conditions sociales, de fric et de gens qui ne veulent pas toujours savoir l’origine de l’argent qu’on leur verse dans le portefeuille.

Un roman noir drôle, bourré de piments et d’une couleur qu’on ne voit pas tous les jours. Des comme lui, on en redemande car c’est une parenthèse agréable dans la littérature habituelle.

3,80/5

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le moi espagnol 2019 chez Sharon (Mai 2019).

Le loup en slip – Tome 01 : Wilfrid Lupano, Mayana Itoïz & Paul Cauuet

Titre : Le loup en slip – Tome 1

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Mayana Itoïz & Paul Cauuet

Édition : Dargaud (04/11/2016)

Résumé :
Le loup terrorise la forêt et ses habitants qui vivent continuellement dans la peur de se faire croquer les fesses. Jusqu’au jour où le loup descend dans la forêt…

Méconnaissable !

Le loup ne fait plus peur du tout, il n’a plus le regard fou ni les poils dressés ! Mais comment vivre sans la peur, quand la peur est devenue l’unique moteur ?

Critique :
Qui a dit que le loup en slip c’était QUE pour les tits n’enfants ? Qu’il ou elle se dénonce de suite où se sera privé de goûter durant toute la semaine.

Namého !

Que les étroits d’esprit passent leur chemin car ce livre risquerait de leur ouvrir les yeux et ça leur ferait mal.

Lecture à deux niveaux, les enfants n’y verront que des animaux de la forêt qui ont peur du loup et qui se protègent par tous les moyens possible et inimaginable : clôtures anti-loup, cours de self-défense, brigade de blaireaux armés contre le loup, dessins explicatifs pour monter aux autres tous les horribles attributs de ce méchant prédateur (regard fou, poils dressés, crocs menaçants,…).

Les adultes ayant un cerveau comprendront que la peur fait recette et qu’on a jamais eu autant d’agents de gardiennage, de flics et de militaires en rue (et ailleurs) depuis certains funestes événements… Le malheur des uns fait le business des autres et ça vaut pour tout.

Un loup, ça fout la pétoche, surtout que celui-là est réputé pour hurler la nuit et se promener avec des yeux fous, donc, on se protège de l’Autre qui est si différent de nous…

Mais comment peut-on continuer de vivre et de faire son business lorsqu’on se rend compte que depuis que le loup porte un slip, il a plus chaud ses fesses et est donc de bonne humeur ?

D’ailleurs, il n’a jamais mangé personne, la peur des animaux de la forêt était une connerie. Qui a dit une arnaque ? Presque… Tout à fait, même.

Mais comment continuer de faire son beurre quand on se rend compte que le moteur de toute la forêt, ce qui la fait avancer et vivre, ce prédateur horrible, est en fait un loup gentil ? Bon sang, les médias nous auraient-elles enfumé ?

Sur qui va-t-on dégoiser si ce loup est un type sympa, juste un peu loufoque avec son slip rouge à bandes blanches ? Ou est-ce un slip blanc à bandes rouges ?

Vous savez comme moi que lorsque les personnes qu’on aime critiquer se révèlent être inoffensives (ou innocentes), ça perturbe tout le monde. Les gens sont déçus et désappointés si leurs boucs émissaires préférés ne le sont plus.

Un album qui se lit trop vite, des animaux aux comportements terriblement humain et une double lecture que les enfants comprendront plus tard.

Pour eux, le coup des fesses du loup recouvertes par un slip les feront rire, ils apprécieront les dessins et l’atmosphère de mystère et de peur qui se dégage des premières pages.

Les adultes retrouveront tout ce qui fait notre vie actuelle : stigmatisation des minorités, racisme, rejet de l’autre, peur de l’autre, les médias quand elles font du mauvais boulot, la sécurité à tout prix, même au prix de la liberté…

Excellent, drôle, décalé, tellement contemporain, mais trop court !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

Choc – Tome 02 – Les fantômes de Knightgrave [2ème partie] : Stéphane Colman & Eric Maltaite

Titre : Choc – Tome 2 – Les fantômes de Knightgrave [2ème partie]

Scénariste : Stéphane Colman
Dessinateur : Eric Maltaite

Édition : Dupuis (08/04/2016)

Résumé :
La genèse d’un des méchants les plus mythiques de la bande dessinée franco-belge. Comment devient-on M. Choc ? Qui se cache derrière ce masque ?

Après le succès du premier tome « Les Fantômes de Knightgrave », Éric Maltaite et Stéphan Colman livrent ici la suite de la genèse d’un des méchants les plus mythiques de la bande dessinée franco-belge, avec une modernité et une noirceur qui confèrent à ce triptyque une saveur toute particulière.

Critique :
J’ai poursuivi ma relecture de la jeunesse et des origines de Monsieur Choc, à l’époque où il se nommait encore Eden Cole…

Enfin, on suppose que c’est lui qui est devenu le méchant casqué. Heaume sweet heaume.

Toujours composé de flash-back, la suite nous entraîne dans l’adolescence d’Eden et le grand ménage de monsieur Choc qui élimine la concurrence et se venge de tout ceux qui l’ont un jour maltraité.

À ce propos, il y a un des tueurs avec des grosses lunettes de soleil que j’ai l’impression d’avoir déjà vu dans une autre bédé…

Soit un Tif et Tondu, soit un Natacha, soit un Gil Jourdan. Cet homme était la caricature d’un dessinateur ou scénariste de l’écurie Dupuis (de l’hebdo Spirou) mais j’ai cette impression de l’avoir déjà vu.

Ruminant dans ma tête et fouillant le Net, j’ai enfin trouvé qui était ce personnage. Bon sang, mais c’est bien sûr : Maurice Tillieux himself ! Mais pas moyen de retrouver dans quel album sa tête apparaissait en tant que méchant.

Les auteurs poursuivent la genèse de monsieur Choc et on voit petit à petit apparaitre l’homme qu’il va devenir, on voit ses faiblesses, ses questions, les fantômes qui le hantent et là, pas de doute, Eden Cole deviendra Choc.

S’il se venge et dégomme la concurrence, il n’hésite pas non plus à remercier avec de l’argent ou la avec la vie sauve ceux qui l’ont aidé un jour dans sa vie.

Une fois de plus, on a tendance à apprécier le personnage, il est humain et sa jeunesse n’a pas été placée sous le signe du bonheur.

Les dessins sont très bien réalisés et on s’immerge à fond dans le Londres des petites ruelles grisâtres et de ses voleurs de larfeuille, on passera aussi à Rio et ses couleurs vives et on fera même un bout de chemin pendant la parade de la Saint-Patrick à New-York.

L’album est gros, consistant, j’ai fait quelques retours en arrière pour retrouver des images et me dire « Ah oui, tiens, je n’avais pas remarqué » parce que le plat est tellement copieux qu’on loupe des détails pourtant important.

Le seul bémol que certains pourraient reprocher, c’est qu’au départ c’était prévu en diptyque et que maintenant nous poursuivons sur un troisième album, les auteurs ayant sans doute déborder de l’histoire originelle pour nous donner plus.

Moi, je ne m’en plaindrai pas du tout car j’avais adoré cette série lorsque je l’avais lue dans l’hebdo Spirou et la relire est un véritable plaisir. C’est bourré de mystères, de suspense, de flics qui tournent en rond, de bandits magnifiques et de cadavres dans tous les placards.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2019 – décembre 2019) chez My Lou Book.

Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 7 – La Terre promise : Jul & Achdé

Titre : Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 7 – La Terre promise

Scénariste : Jul
Dessinateur : Achdé

Édition : Lucky Comics (04/11/2016)

Résumé :
« Jack la poisse » a un service à demander à son ami Lucky Luke : que celui-ci escorte sa famille de Saint-Louis à Chelm City. La petite troupe quitte la misère de la Pologne pour conquérir sa part du rêve américain.

Bien que le périple doive s’étirer sur 4500 kilomètres, traverser un désert et un territoire indien, le cow-boy justicier accepte sans sourciller.

Jack, dont le véritable patronyme est Jacob Stern, est bien soulagé de ne pas avoir à révéler à ses proches qu’il n’est pas avocat à New York, mais garçon vacher dans le Middle-West.

La mission s’annonce simple et sans encombre. Mais c’est compter sans le fait que Moïshé, Rachel, Hanna et Yankel sont juifs, et que la pratique quotidienne de leur religion est souvent incompatible avec la vie dans l’Ouest sauvage.

Critique :
Je ne pense pas qu’il serait possible, de nos jours, de refaire un film tel que « Rabbi Jacob » et donc, le pari de faire rire avec le judaïsme et l’immigration était un pari osé pour les auteurs.

Rien que pour cela, je saluerai l’idée et la prise de risques, sans compter que les auteurs ont été drôles sans jamais être irrespectueux.

Le judaïsme est décrit dans ses grandes longueurs, dans ce que l’on connait le plus, mais sans jamais être condescendant ou moqueur.

La famille juive des Stern est accompagnée de Lucky Luke comme escorte et c’est tout naturellement qu’ils lui expliquent pourquoi ils ne peuvent pas manger certains aliments ou voyager la nuit de vendredi à samedi.

Si l’humour est présent, c’est hélas par des clins d’oeils à un film connu (Rabbi Jacob) où les auteurs empruntent des répliques célèbres ou alors, des clins d’oeils à d’autre film, comme Star Wars, mais point de calembour maison, comme le faisait le regretté Goscinny, même si Morris ne lui laissait pas trop en faire.

[Lucky Luke] — Quel rêve épouvantable ! Je crois que je ne digère pas la carpe farcie…
[Jolly Jumper] — Méfie-toi du côté obscur de la farce, Luke !

— Comment ? Lucky Luke, vous n’êtes pas juif ?!
— Ben non.
— Lucky Luke n’est pas juif…Ça alors ? Et votre cheval non plus n’est pas juif ?
— Lui non plus, hélas…
— Bon ben, c’est pas grave ! Je vous prend quand même !

Alors oui, on sourit, mais j’aurais préféré des nouveautés, sans pour autant renier les connues, mais bon, on est loin des « Ming Li Foo est voué à la propreté, il vient d’essuyer des coups de feu ! » qui dans le genre, était tout à fait innovant.

Tout comme dans le précédent, « Les Tontons Dalton », cet album n’est qu’un florilège de bons mots connus mais rien de neuf sous le soleil. Dommage.

Je soulignerai juste un calembour d’humour noir fait par Moishé Stern sur les voyages inconfortables que les juifs ont l’habitude de faire… Fallait oser ! Celui sur l’étoile du shérif était plus subtil.

— C’est joli mais euh… tous les juifs d’ici sont-ils obligés de porter une étoile sur leurs vêtements ?
— Ce monsieur est le shérif de la ville, miss Hanna !
— Un juif shérif ?! C’est beau l’Amérique.

Avec des airs d’albums comme « La caravane » (très bon) ou de « La fiancé de Lucky Luke » (très mauvais) nous sommes face à une aventure où, une fois de plus, Lucky Luke doit escorter des gens et les protéger mais sans que l’histoire ne soit trépidante et si l’aventure est plaisante, on attend l’action un peu trop longtemps et elle n’arrive pas vraiment.

Si l’album ne brille pas par sa nouveauté et est très conventionnel, le fait d’avoir placé une famille juive ashkénaze sous la houlette de Lucky Luke est néanmoins neuve et méritait d’être mise en album, j’aurais préféré des nouveaux gags mélangés à des clins d’oeils.

Le juge Roy Bean les accuserait de casus belli, les condamnerait à 50 dollars environ d’amende et les ferait poursuivre par son ours, attachés tous les deux à un arbre, avant de leur faire payer pour qu’ils lui offrent une bière et de les obliger à nous sortir de nouveaux calembours pour l’album suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

 

Southern Bastards – Tome 3 – Retour au bercail : Jason Aaron & Jason Latour

Titre : Southern Bastards – Tome 3 – Retour au bercail

Scénariste : Jason Aaron
Dessinateur : Jason Latour

Édition : Urban Comics Indies (28/10/2016)

Résumé :
Pourtant, les habitants s’apprêtent à accueillir sa traditionnelle fête des anciens élèves, et avec elle, la vingtième rencontre des Runnin’ Rebs contre l’équipe de Wetumpka.

Un match dont le coach se voit déjà vainqueur. Mais comment fera-t-il sans son mentor et bras droit, le coordinateur de la défense, Ol’ Big ?

Critique :
Si j’avais trouvé des circonstance atténuantes au coach Euless Boss dans le tome 2, là, on voit encore plus son côté sombre et on commence à avoir la sueur froide qui coule entre les omoplates.

Coach Big aussi… Souvenez-vous, l’aveugle Noir du tome 2 qui aidait le jeune Boss à acquérir les tactiques et le talent pour être un bon linebacker afin d’intégrer l’équipe des Runnin’ Rebs.

Pour le coach Boss, le foot est tout ce qui compte et tous les moyens sont bons pour arriver au but, quitte à déclarer un suicide comme un meurtre et à accuser un joueur de Wetumpka, l’équipe adverse.

Vous imaginez les conséquences d’une telle accusation lorsqu’elle arrive dans les cerveaux embrumés de nos rednecks amateur de l’équipe des Runnin’ Rebs ? Wetumpka, c’est un peu les frères ennemis et on a pris plaisir ces dernières années à les écraser au ballon ovale.

Les auteurs étant Sudistes eux-mêmes, ils savent de quoi ils parlent, ils connaissent les habitants du Sud profond et s’ils les égratignent, les bousculent et ne les mettent pas sous leurs meilleurs jours, ce n’est pas pour être insultant, juste pour décrire une situation réelle et l’analyser.

L’un des deux expliquera même, en introduction de l’album, pourquoi la couverture d’un des épisodes avait un chien déchirant le drapeau confédéré.

Beaucoup de mystères dans cet album qui fait la part belle à la violence, qu’elle soit verbale, en action ou par omission (comme on dit) car laisser les crimes impunis est aussi grave que de les commettre et par leur silence, les habitants de Craw County et son shérif sont aussi coupable que Coach Boss.

Les auteurs développent un peu plus certains personnages secondaires et en introduisent de nouveau, si bien qu’on ne sait pas toujours quel fil rouge leur récit va suivre : le crime d’Earl Tubb commit dans le premier tome ou les magouilles de Boss ainsi que le portrait des différents habitants de cette petite ville d’Alabama.

Malgré les portraits sombres de quelques uns de ses représentants, les auteurs n’hésitent jamais à leur donner un soupçon de circonstances atténuantes ou de montrer leur fragilité, compensée par le roulement des mécaniques, les humiliations qu’ils font subir à d’autres et de l’utilisation de la violence à tour de bras.

Boss est devenu tel qu’il est suite à son enfance, de la violence de son père et à cause du système qui faisait qu’un jeune garçon tel que lui n’aurait jamais accès à rien, quoiqu’il fasse, même en travaillant dur pour acquérir sa place dans l’équipe.

On est dans un système basé sur la force, pas sur l’intelligence et les faibles n’ont pas leur place ici, les soumis non plus, leur seule position acceptable étant la posture de soumission et le shérif l’illustre bien, cette posture du chien soumis.

Coach Boss avait la force, il est le maître de la ville, mais le cerveau, c’était Coach Big, le Noir aveugle et il n’est plus là pour le conseiller. Boss a toujours la force, mais sans l’intelligence tactique de l’autre, il risque de tout perdre.

L’introduction d’un nouveau personnage, celui de la couverture, laisse augurer que nous allons nous diriger vers des portraits de différents habitants de Craw County et du Sud profond, celui qui regarde toujours les gens de couleurs de travers et comme notre nouvelle arrivante est Black…

On n’a pas fini d’explorer la face sombre de l’Humain sudiste, avec cette série. C’est sombre, glauque, dérangeant, les dessins sont toujours survoltés, les traits grossier pour certains, mais la toile d’araignée est tellement ramifiée qu’il y a encore possibilité de passer de belles heures avec cette saga.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Sept – Tome 19 – Sept Cannibales : Sylvain Runberg & Tirso Cons

Titre : Sept – Tome 19 – Sept Cannibales

Scénariste : Sylvain Runberg
Dessinateur : Tirso Cons

Édition : Delcourt Conquistador (2016)

Résumé :
Ils sont sept. Riches. Influents. L’élite. Des mâles dominants avides de sensations fortes. Ils se jouent des valeurs hypocrites d’une société qui les adule. Ne vivent-ils pas dans un monde où la loi du plus fort s’impose ouvertement ?

Sept prédateurs, qui assouvissent leurs pulsions lors de gigantesques fêtes privées.

Comme chaque année, Alessandro, Markus, Martin, Doron, Paul, Sebastiaan et Denis s’offrent un week-end de rêves. Les sept amis en profitent pour décompresser, loin de leurs vies remplies, stressantes et bien propres.

Après la Toscane, l’an prochain, ce sera la Provence qui leur servira de cadre, Denis a déjà tout planifié pour qu’ils puissent laisser libre cours à leurs envies et leurs vices.

Mais le rituel va être perturbé. Car cette fois-ci, leur nouvelle proie n’entend pas se laisser mener à l’abattoir…

Critique :
Ils sont 7… et ont plus des sept mercenaires que des sept nains de Disney.

Nos 7 hommes sont des mâles Alpha, ils occupent tous des postes importants, viennent de pays différents, mais ont été dans la même université et sont donc amis depuis longtemps.

Nos sept hommes sont des prédateurs, rien ne leur résiste, ils sont toujours à la recherche de nouvelles sensations pour pimenter leurs vies qu’ils pensent trop classiques.

Et puis, lorsque personne ne se rend compte que vous avez tué des gens, vous ressentez l’ivresse de l’impunité et puisque vous pensez que tout est permis, il n’y a plus de limites à votre folie.

Si je n’ai pas été fan des dessins, je l’ai été du récit car sa construction nous fait remonter dans le temps, mélangeant agréablement les derniers faits de nos prédateurs, leurs anciens (un chaque année), ainsi que leur tout premier, celui qui les fit entrer dans un autre monde : celui des meurtriers et des chasseurs de gibiers bien différent de ceux qui chassent le sanglier infesté à la peste porcine (ou pas).

Cela ménage du suspense, ces retours en arrière et augmente le rythme cardiaque lors de la traque de l’élue de l’année, une informaticienne qui n’a pas trop envie de se faire bouffer par ces Hannibal Lecter en herbe qui avant vont la chasser dans un parc fermé.

Durant le récit, voit bien la montée de la violence, leur recherche, sans cesse, des sensations fortes au mépris de toutes les règles, des vies humaines prises et où les femmes ne sont que des objets sexuels, à chasser dans le sens premier du terme ou à faire passer à la casserole, au propre comme au figuré (le figuré avant le propre, sinon, ils allaient baiser un cuissot de viande).

Un thriller haletant, violent, où les hommes sont des bêtes sauvages, des mâles Alpha se croyant tout permis et pour qui la vie des autres ne compte pas.

Se croyant les plus forts, pensant qu’ils sont les meilleurs, ils n’avaient jamais pensé qu’une proie ne voudrait pas danser sur leur musique à eux et qu’ils allaient chasser une jolie biche qui avait tout d’une panthère.

Violent, horrible, sanglant, mais addictif.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).