L’Expédition – Tome 2 – La révolte de Niangara : Marcelo Frusin & Richard Marazano

Titre : L’Expédition – Tome 2 – La révolte de Niangara

Scénariste : Richard Marazano
Dessinateur : Marcelo Frusin

Édition : Dargaud (29 aout 2014)

Résumé :
L’expédition de Marcus Livius, officiellement composée de déserteurs et officieusement placée sous les ordres du centurion Caïus Bracca, touche enfin au but après une éprouvante marche au cœur de l’Afrique.

Une marche lors de laquelle les hommes ont affronté nombre de dangers incroyables, ont été les témoins de douleurs atroces et ont perdu quelques compagnons.

Les légionnaires vont enfin découvrir cette civilisation riche et puissante, peut-être plus encore que ce qu’ils pouvaient imaginer !

Critique :
Il m’a fallu un certain temps avant de mettre la main sur la suite du tome 1 « Le lion de Nubie » mais une fois que ce fut fait, trainer pour la lire, je ne fis pas !

Allez hop, on rempile dans la Légion ! Engagez-vous, qu’ils disaient…

Je me demande si nos valeureux légionnaires ne préféreraient pas se faire taper dessus par des gaulois belliqueux qui résistent encore et toujours à l’envahisseur.

Nos hommes, des mercenaires, considérés comme déserteurs par Rome, accomplissent leur mission en secret, le tout pour la grandeur de Rome et si ça foire, ben, on n’en parlera pas.

Et ça a dû foirer puisque comme dans le premier album, on retrouve notre Marcus Livius en fâcheuse posture, sommé de tout raconter dans les détails la cause de sa désertion et sur cette fameuse expédition dont Caïus Bracca l’avait chargé, car ce dernier a avalé son extrait de naissance et n’est plus là pour témoigner.

Retour au récit de l’expédition… Nos légionnaires, face à ceux qu’ils considèrent comme des sauvages ou des sous-hommes, se comportent comme les grands con…quérants qu’ils sont, toujours prêt à apporter la civilisation à grands coups de glaive, s’attendant toujours à ce que les peuples asservis se prosternent devant eux qui représentent la Gloire de Rome.

Imbus d’eux-mêmes, ces hommes ont fait crisser mes dents, mais la réalité étant ainsi, je ne vais pas me voiler la face ou jouer ma vierge effarouchée : il en a été ainsi de tout temps et je ne serais pas surprise qu’il en fut toujours ainsi.

Mais puisque nos valeureux guerriers n’en font qu’à leur tête et rêvent de découvrir des richesses, ils n’ont pas écouté leur guide autochtone, Dubaku, et les voilà esclaves d’hommes Noirs, eux qui sont Blancs avec des fortes tendances suprémacistes puisque rien n’est plus grand que Rome.

Dans des tons moins sombre que le premier tome, cet album poursuit son exploration de ce qui se trouvait bien plus bas que l’Égypte et n’avait pas encore été découvert par l’envahisseur colonisateur, celui qui aime apporter les bienfaits de sa civilisation à des gens qui ne s’en sortaient pas si mal que ça avant sa venue.

Malgré tout, l’histoire a un peu du mal à décoller et elle est sauvée par les dessins superbes, même si certains romains se ressemblent un peu trop et qu’il nous faille un tatouage pour les différencier… Toujours un excellent travail sur les psychologies des légionnaires, dont certains sont en train de changer fameusement et révèlent leurs vrais visages. Et c’est sombre !

Ajoutons à cela quelques petits complots et toujours ce stupide Homme Blanc qui n’en fait qu’à sa tête car il ne veut pas devoir quoi que ce soit à son guide Noir ou aux esclaves présents sur le site de la mine. Ce sont des Romains, fallait pas s’attendre à un autre comportement.

La touche de mystère, présente lors du récit des guerres intestines qui ravagent le pays de Dubaku, notamment avec la disparition de la reine, trouve son dénouement à la fin de cet album mais relance le suspense pour la suite que je ne vais pas manquer de lire et de chroniquer.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Publicités

En lieu sûr : Ryan Gattis

Titre : En lieu sûr

Auteur : Ryan Gattis
Édition : Fayard Littérature étrangère (27/03/2019)
Édition Originale : Safe (2017)
Traducteur : Nadège T. Dulot

Résumé :
Los Angeles, 2008. Ex-addict et délinquant, Ricky « Ghost » Mendoza est déterminé à rester clean jusqu’à la fin de ses jours.

Rentré dans le rang, il force désormais des coffres-forts pour le compte de toute agence gouvernementale prête à payer ses services, des Stups aux Fédéraux.

Mais quand il découvre que la personne qui compte le plus pour lui croule sous les dettes, il décide de faire une embardée risquée : forcer un coffre et en prélever l’argent sous le nez du FBI et des gangsters à qui il appartient, sans se faire prendre – ni tuer.

Thriller au rythme haletant, le nouveau roman de Ryan Gattis projette le lecteur dans un Los Angeles sombre et incandescent, et pose la question la plus difficile qui soit : jusqu’où iriez-vous pour protéger ceux que vous aimez ?

Critique :
On aurait pu appeler ce roman « Ghostbuster » car notre Ricky « Ghost » Mendoza va se faire chasser par des chasseurs sachant chasser avec leurs chiens.

Ricky, ex-junkie est revenu dans le droit chemin et met ses talents de perceur de coffres-forts au service des agences gouvernementales de Los Angeles car il est doué dans son métier et est clean.

Mais voilà, quand un coffre est bourré de fric jusqu’à la gueule et que personne ne vous regarde, la tentation est grande de prendre le pognon et de jouer à Ricky ou la belle vie (les gens de ma génération comprendront l’allusion).

J’avoue que j’ai été bluffée quand au mobile de Ricky… Oui, il pique du fric à des dealers/gangs mais pas pour la raison que l’on pense et c’est là que réside le point fort du roman, en plus de nous proposer des personnages assez décalés et inhabituels puisqu’ici, exit les policiers, tout se joue entre gangsters et notre perceur de coffres.

L’auteur ne se prive pas de tirer à coup de bazookas sur les banquiers et les subprimes qui ont entrainé la faillite du système ainsi que de multiples expulsions des gens de leurs domiciles. Les coups sous la ceinture sont permis et certains risquent de grimacer, surtout si ce sont des banquiers ou autres gangsters en cols blancs.

Le récit est concentré sur quelques jours, même si Ricky fera quelques retours dans le passé pour nous éclairer sur le genre d’homme qu’il a été et celui qu’il est devenu, le tout sur des musiques mélancoliques et un vieil amour perdu.

Niveau peps, rien à dire, on n’a pas vraiment le temps de s’emmerder dans ces pages.

Là, vous vous dites que si je lance un compliment, c’est qu’un bémol va suivre et vous avez gagné ! Mon plus gros bémol ira à l’usage de mots argotiques spécifiques à l’américain ou au milieu, le tout sans renvoi en bas de page pour la définition et je peux vous dire que ce n’est pas toujours évident de comprendre le sens du mot dans la phrase.

Pour certains, ça coulait de source vu le contexte, mais pour d’autre, il m’aurait fallu interroger le moteur de recherche bien connu et c’est chose impossible dans les transports en commun et puis, zut, le traducteur ou l’éditeur pour faire en sorte que les mots soient expliqués afin que les lecteurs ne perdent pas de temps en recherche, ça casse le rythme de lecture.

Les frères Lehman vont finir aux chtar. Moi je dis que c’est bien. Ça leur apprendra à foutre la merde dans les prêts hypothécaires. Ils les ont tellement trafiqués et retrafiqués qu’on sait plus ce qu’y a dedans. Putain, prendre les gens pour des proies comme ça. Les dévorer. Prendre sa maison à une famille qui essaie de payer comme elle peut et appeler ça « faire des affaires ». Il y a rien de pire à mes yeux. Rien. Pas même tuer quelqu’un.

J’avais donc compris que le chtar c’était la prison, que le brelic était un révolver, mais que signifiait être keus ? C’est être mince… Un Homies ? Ben c’était un pote. Bader veut dire être triste et un marave, c’est un combat, une bagarre entre, au moins deux personnes qui ont un différend. Mais ne me demandez pas ce que veut dire quince…

Ce sera mon seul bémol. Pour le reste, c’est aussi noir que du café torréfié à partir de jus de chaussettes sales et c’est sans édulcorant ou sucre quelconque, même pas un nuage de crème pour adoucir le récit : brut de décoffrage, aussi violent qu’un coffre-fort qui te tomberait sur le pied alors que tu ne portes pas tes bottines de sécurité.

J’ai aimé l’ambiance noire qui se dégage de ces pages, le fait que la crise financière plane tel un vautour, prêt à bouffer tout le monde, sauf les trafiquants, j’ai aimé le personnage de Ricky Mendoza mais il m’a manqué quelques émotions en plus pour que le roman s’imprime durablement dans ma rétine et dans mes tripes.

Mais s’il ne me marquera comme certains romans noirs l’ont fait, je n’ai pas à me plaindre de la marchandise car il a fait son job : me divertir, faire monter mon adrénaline, mon rythme cardiaque et me surprendre.

Un bon p’tit café noir bien sombre et, comme le disait si bien Ricky : parce qu’il fait pas seulement sombre par ici, on est carrément dans une obscurité qui a mis des lunettes de soleil et un manteau noir pour aller traîner dans une cave. Genre, noir sombre.

N’oublie pas ta lampe de poche car le récit est sombre.

Je remercie NetGalley et les éditions Fayard d’avoir donné suite à ma demande de lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Vinland Saga – Tome 06 : Makoto Yukimura

Titre : Vinland Saga – Tome 06

Scénariste : Makoto Yukimura
Dessinateur : Makoto Yukimura

Édition : Kurokawa (2010)

Résumé :
Après des semaines de course-poursuite à travers l’Angleterre, l’armée d’Askeladd a finalement été rattrapée par celle de Thorkell.

Voyant Askeladd grièvement blessé, Thorfinn se précipite dans la bataille sanglante.

Pour sauver la tête de l’assassin de son père, le jeune Islandais en exil accepte de se battre en duel contre Thorkell.

De son côté, le prince Knut, traumatisé par la mort de son fidèle Ragnar, prend une décision qui bouleversera l’Europe.

Critique :
Oulà, mais je manque à tout mes égards, moi ! Cela faisait déjà si longtemps que j’avais abandonné le jeune Thorfinn combattant le grand guerrier Thorkell dans la neige et le froid de l’Angleterre !

Le tout en suspens, sans savoir si le petit teigneux allait arriver à prendre la main sur le grand baraqué face à lui et sur ce qu’il allait advenir d’Askeladd, blessé et du prince Knut le chouinard.

Pour Knut, bonne nouvelle, il est enfin allé s’acheter une paire de couilles et il va s’affirmer un peu plus au lieu de passer son temps à geindre à tel point que tout les guerriers le prennent pour une fille.

Ce tome fait la part belle au combat qui oppose le blondinet Thorfinn, excellent combattant, mais aussi petit roquet qui s’énerve très vite – Askeladd lui répète sans cesse – et le badass Thorkell, sans omettre de nous en apprendre un peu plus sur Thors le Troll, le père de Thorfinn, que Thorkell a bien connu lorsqu’ils se battaient au sein des Jomsvikings.

Une partie du voile se lève et le mystère est moins épais…

Mais il n’y a pas que de la baston pure dans ces 224 pages, ce serait trop facile, il y a aussi de la stratégie, car si le blondin est trop fougueux et aveuglé par la haine pour réfléchir, Askeladd a tout d’un Napoléon au sommet de sa forme, niveau stratégie. Ce dernier est fin, très fin.

Alors que je pensais aller dans une direction, l’auteur change son arc directionnel afin de nous entraîner dans de nouvelles péripéties et là je peux vous dire que je ne sais pas où je vais me retrouver…

Sûrement pas au soleil des Bahamas, je prédis même que je vais encore me geler les orteils dans la poudreuse anglaise, ces pauvres étant sous la domination des vikings et pas de Brexit en vue !

Peut-être bien qu’on se dirige vers une guerre des trônes… et à ce jeu là, soit on gagne, soit on meurt.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2019 – décembre 2019) chez My Lou Book.

Bernard Prince – Tome 6 – La loi de l’ouragan : Greg & Hermann

Titre : Bernard Prince – Tome 6 – La loi de l’ouragan

Scénariste : Greg
Dessinateur : Hermann

Édition : Le Lombard (1973) / Le Lombard (1998)

Résumé :
Par une tiède soirée, le Cormoran aborde le rivage enchanteur de Tago-Tago, l’île aux mille parfums. Dans un bar, en pleine bagarre, Jordan rencontre El Lobo qui vient d’acquérir aux cartes, une pêcherie de perles.

Bernard Prince, Jordan, Djinn décident de l’accompagner.

Sur place, la pêcherie est loin d’être aussi rentable que prévu car elle est menacée par une murène géante, empêchant les plongeurs de pêcher les perles…

Critique :
♫ Comme un ouragan, la tempête en moi, a balayé le passé. ♫ Allumer ma vie, c’est un incendie, qu’on ne peut plus arrêter. ♪

Mes excuses à tout ceux et celles qui vont chantonner ces paroles hautement intellectuelles durant toute une partie de la journée.

Dans une aventure de Spirou et Fantasio, la murène dont on parlait était en fait le surnom d’un bandit, un voleur (Le repaire de la murène, tome 9), mais ici, dans Bernard Prince, nous sommes face à une grosse bêbête pas commode du tout.

Elle attaque les plongeurs, elle les dévore… Oui, quand murène fâchée, elle toujours faire ainsi.

Une fois de plus, on a le souffle de la grande aventure, celle avec un grand A, le tout mâtiné d’exotisme.

Un vieil ami à Barney Jordan a gagné au jeu un tiers d’une exploitation d’huitre perlière, mais à cause du gros serpent de mer pas commode, les perles, on les enfile car impossible de plonger, sauf à vouloir jouer à Jonas dans le ventre de la murène, puisqu’on n’a pas de baleine.

L’inconvénient, ou l’avantage, dans les albums de Bernard Prince, c’est que les gentils gagnent toujours, ne se font pas tuer et que bien souvent les méchants sont punis, par la justice ou par la grande faucheuse, qui, comme ici, fera intervenir son bras armé qu’est la nature en déclenchant un ouragan qui va dicter sa loi.

Je ne spolie rien, tout est dans le titre…

On comprend bien les motivations du méchant, elles sont claires, elles sont habituelles (de toute façon, il n’y en a pas 36.000) et on comprend encore mieux la manière de réfléchir des autochtones qui, avec de l’alcool et de beaux discours, deviennent aussi enragé qu’une murène affamée.

Avec Prince, au moins, on ne sort pas les flingues pour tirer sur la foule en délire, pas de balle en caoutchouc ou autre matière lancée à bout portant, juste la bonne vieille technique de la pèche au moules et hop, tout rentre dans l’ordre.

Alors oui, c’est assez simpliste, c’est bourré de bons sentiments, comme Bernard Prince qui plonge pour sauver de la noyade le mec qui lui tirait dessus avant (moi, pour ma part, hein… *sifflote*) et qui va leur filer un coup de main pour mater la bestiole.

Et oui, même si le dessin de Bernard en maillot ne nous rend pas rêveuse et qu’il ne lui rend sans doute pas justice sur ce qu’il a dedans, je peux vous assurer qu’il en a des grosses pour oser aller affronter la bête dans son antre. Bon, l’eau devait être froide, aussi, et ça a dû rétrécir… Je ne vous apprend rien, messieurs.

Sur cette tirade un peu limite, un peu coquine, très en-dessous de la ceinture, je vous rend l’antenne, tout en vous conseillant, si un jour vous tombez sur la saga de Bernard Prince, de la découvrir et d’être indulgent avec, car elle correspond à ce qui se faisait dans les années 70 (60+10) en matière de bédé jeunesse où le Bien devait triompher du Mal en toute occasion.

Malgré tout, elle reste assez en avant sur son temps dans le politiquement pas toujours correct puisque nous avons un jeune garçon qui voyage en mer avec deux hommes, sans aller à l’école et un marin d’eau salée qui carbure à l’alcool et ne dit jamais non à une bonne bagarre.

Bref, Bernard Prince, c’est de l’Aventure, de la détente, les beaux dessins d’Hermann (cocorico, c’est un belge) et mon seul bémol pour cet album concernera sa fin un peu abrupte ou en quelques cases on résout tout le problème et où un ouragan avait déjà tout résolu aussi…

♪ Comme un ouragan,
qui passait sur moi,
l’amour a tout emporté.
Dévastée nos vies,
des rêves en furie,
qu’on ne peut plus arrêter. ♫

Juste par pur sadisme…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

 

Les Dossiers Cthulhu – Tome 2 – Sherlock Holmes et les monstruosités du Miskatonic : James Lovegrove [Par Dame Ida]

Titre : Les Dossiers Cthulhu – Tome 2 – Sherlock Holmes et les monstruosités du Miskatonic

Auteur : James Lovegrove
Édition : Bragelonne (20/02/2019)
Édition Originale : The Cthulhu Casebooks, book 2 : Sherlock Holmes and the Miskatonic Monstrosities (2017)
Traducteur : Arnaud Demaegd

Intro :
Le roman commence sur les chapeaux de roues s’ouvrant sur une confrontation d’Holmes et de Watson avec une créature sortie du cerveau dérangé de Lovecraft.

On apprend ainsi que nos compères n’ont cessé de lutter contre les armées des Grands Anciens depuis le précédent volume qui avait conduit les locataires du 221b Baker Street à se frotter à eux.

Watson nous explique comment bon nombre d’aventures du canon ne sont que librement inspirées d’aventures autrement plus fantastiques lors desquelles ils avaient lutté contre des créatures maléfiques auxquelles personne n’aurait cru !

Mais il faut bien vendre du papier alors il a transformé la vérité pour la rendre plus acceptable à ses lecteurs ! On pourra saluer l’effort de l’auteur à ce propos. Retrouver des affaires du canon et leur donner une fin alternative adroite souligne son talent imaginatif.

Bref, voilà qu’à peine remis de cette séquence inaugurale Holmes et Watson sont invités à se préoccuper de l’état étrange d’un pensionnaire inconnu de l’asile s’aliénés de Londres qui couvre les murs de sa chambre/cellule d’incantations étranges. Or, cet homme sans identité disparaît dans des circonstances spectaculaires.

Et qui d’autres qu’Holmes et Watson aidés par Mycroft toujours omniscient même sur ces questions, pourraient éclaircir ce mystérieux mystère ? Comme dirait l’autre… la partie reprend !

Ce que j’en ai pensé :
Ben je suis bien embarrassée ! Je deviens difficile avec le grand âge… ça doit être ça…

Le fait est que si j’avais kiffé grave la race de Mémère avec le premier volume, le second m’a paru plus déconcertant.

En effet lors du premier roman j’avais apprécié comment l’auteur avait respecté l’usage lovecraftien de ne distiller les éléments de fantastique qu’au compte gouttes et très progressivement faisant lentement monter le suspens nous séparant de la confrontations aux horreurs cthulesques.

Le monde holmesien et lovecraftien s’entre-mêlaient adroitement et avec délicatesse… comme lorsqu’on incorpore des blancs en neige dans la pâte d’un gâteau dans le Meilleur Pâtissier.

Or là on est plongé d’emblée dans l’horreur ! Pas d’entre deux… pas de doute dans un flirte délicat entre rationalité et fantastique… on est bel et bien dans un monde parallèle peuplé de créatures venues d’on ne sait trop où (enfin si on sait mais on préférerait ne pas le savoir!) et Holmes n’est plus un banal détective consultant très doué mais un maître es arcanes occultes.

Même si on retrouve assez bien le caractère de notre détective et de notre docteur préférés on ne peut pas dire qu’ils soient animés par les motivations canoniques habituelles.

Même si l’auteur explique rapidement la mutation de nos héros pendant la quinzaine d’années séparant les deux volumes le contraste est trop rude pour une amoureuse du canon. Et même si elle aime bien Lovecraft !

On commence avec un Holmes plus très canonique… puis… Une partie du livre est davantage construite comme certaines nouvelles d’exploration de Lovecraft mais avec le suspens en moins.

C’est un peu comme si l’auteur avait hésité entre écrire un pastiche holmesien et écrire un pastiche lovecraftien sans parvenir à trancher, et essayait de faire un peu des deux pour satisfaire tout le monde mais au risque de décevoir davantage tant l’affaire est abâtardie et perd de son caractère.

Malgré tout l’intrigue générale n’est pas mauvaise du tout et le rebondissement final vaut d’avoir lu le livre jusqu’au bout et donne réellement envie de lire la suite même si Holmes n’est plus vraiment canonique.

Il suffit juste d’accepter de se laisser glisser corps et âme dans le magma poisseux dégoulinant de monstres à tentacules sortis des abysses cyclopéennes de la folie lovecraftienne.

 

Le Spectre de la rue du Puits [Melchior l’Apothicaire 02] : Indrek Hargla

Titre : Le Spectre de la rue du Puits [Melchior l’Apothicaire 02]

Auteur : Indrek Hargla
Édition : Babel Noir (2015)
Édition Originale : Rataskaevu viirastus (2010)
Traducteur : Jean-Pascal Ollivry

Résumé :
Tallinn, 1419. Le gardien d’une tour est retrouvé mort alors qu’il avait, la veille, déclaré avoir vu un spectre.

Quelque temps plus tôt, une prostituée était découverte noyée dans un puits après avoir rapporté le même témoignage.

Rue du Puits, une maison qu’on dit hantée concentre des haines ancestrales, à deux pas de la boutique de Melchior l’apothicaire.

Ce dernier arpente les ruelles de la Vieille Ville jusqu’au cimetière des dominicains, à la recherche de la vérité.

Critique :
— Je s’appelle Grote…

Désolé, mais c’était trop tentant, surtout lorsqu’on a un mort qui se prénomme Tobias Grote et qu’à chaque fois qu’on lit son nom dans le roman, on a envie de pouffer de rire, repensant au personnage des gardiens de la galaxie.

Je vais direct éliminer ce que j’ai sur le cœur au sujet de ce polar historique : un mort que l’on retrouve avec, sur le visage, une expression de terreur indicible.

Il me semblait que lors de la mort, tous les muscles se relâchaient et que donc, hormis la rigor mortis qui commencera quelques heures plus tard, le visage du décédé ne pouvait donner qu’une impression d’apaisement et pas de terreur.

— Je n’ai jamais vu pareille expression sur un mort. D’habitude, ils ont un visage apaisé, et un peu figé, tu vois ce que je veux dire. Mais Grote… c’était comme s’il avait vu un spectre.

— Il avait le visage raidi par la peur, et ce n’était pas l’effet de la douleur, j’en suis certain. Quand quelqu’un fait une chute pareille, la douleur est si intense qu’elle est impossible à supporter. Mais là, cette tête, cette bouche ouverte, ces yeux écarquillés de peur… quelle horreur ! Dieu miséricordieux !

Nous sommes en 1419, à Tallin, en Estonie et si les voyages forment la jeunesse, vu mes lectures dépaysantes, je n’aurai jamais besoin de crème anti-rides.

L’auteur prend le temps de planter le décor, même si c’est le deuxième tome, ce qui fait qu’un lecteur qui, comme moi, prendrait la série à rebrousse-poil, n’aura pas l’impression de tomber comme un cheveu dans la soupe et pourra découvrir le petit monde où Dieu et le diable sont très présents dans les esprits des gens et où la médecine en est encore à ses humeurs.

Melchior est un apothicaire qui est compétent et s’il n’a pas le niveau d’un Sherlock Holmes, il a tout de même su dénouer la pelote de nœud qu’étaient ses morts un peu étranges et comprendre aussi ce que les morts avaient voulu dire par le fait qu’ils avaient vu un spectre.

Étant en 1419, les gens étaient fort susceptibles de croire à de telles calembredaines que celles d’histoires de spectre ou de personnes mortes revenant hanter le lieu où elles avaient perdu la vie et notre apothicaire Melchior va voir son enquête s’emberlificoter dans des racontars dont on ne saura plus trop où est la vérité et où est le mensonge.

Parce qu’entre les morts de maintenant, ceux d’il y a quelque temps et ceux d’il y a septante ans (70), il y a moyen d’y perdre son latin… Ou sa vertu, sachant qu’un moine était monté comme Rocco Siffredi… Son spectre reviendrait-il nous hanter car cet homme n’a pas trouvé la paix ? Est-ce que Satan l’habite encore ?

— C’est ainsi que le récit de ses fautes anciennes s’était répandu parmi les frères ; sans doute ces histoires avaient-elles aussi pris leur essor lorsque les frères avaient vu, quand ils étaient au sauna, que le membre viril du jeune Adelbertus était long et épais, du genre dont les femmes raffolent, de sorte que tous les frères qui le voyaient détournaient le regard et disaient en pensée une prière de remerciement, eux qui, plus modestement équipés, risquaient moins d’être en permanence induits en tentation.

— On dit que ce qu’elle vit alors la réjouit fort, et que toutes les histoires qui circulaient à propos d’Abelardus étaient véridiques. C’était comme un arbre gigantesque qui s’était mis à pousser sous son habit de moine, et en voyant cela la femme l’avait saisi entre ses mains

Si le diable n’est pas responsable des morts, il se cachera dans les petits détails qui m’ont échappés et l’explication finale aura des relents d’ignominie pure et d’horreur, mais l’élément fantastique n’y sera pas.

Je ne conseillerai pas les enquêtes de Melchior à des amateurs de thriller car le rythme est assez lent au départ, l’auteur nous expliquant, aux travers des récits ou des pensées de ses personnages, une partie de l’histoire de la ville et du pays, ce qui donnera à la lecture un air de leçon d’histoire sans que cela ne devienne saoulant.

Une enquête plaisante, un dépaysement certain, une société médiévale que l’on découvre avec avidité (ce qui me permettra de me coucher moins bête au soir) avec la religion omniprésente, la politique aussi, la torture, les exécutions et des personnages aux caractères bien détaillés, restants réalistes dans leurs paroles, bien que je ne me sois pas trouvée dans cette ville à cette époque.

Un polar médiéval qui prend son temps et dont le final aura plus tendance à choquer le lecteur par son côté glauque au lieu de lui donner une bonne claque de par son inventivité, à la manière d’un roman de la mère Agatha Christie. Il reste assez classique dans son mobile, même si on a une pointe d’inventivité qui aurait pu être exploitée un peu plus.

Une découverte que je ne regrette pas, mais je ne pense pas avoir le temps de revenir à Melchior l’apothicaire, ou alors, d’ici quelques années.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Sept – Tome 19 – Sept Cannibales : Sylvain Runberg & Tirso Cons

Titre : Sept – Tome 19 – Sept Cannibales

Scénariste : Sylvain Runberg
Dessinateur : Tirso Cons

Édition : Delcourt Conquistador (2016)

Résumé :
Ils sont sept. Riches. Influents. L’élite. Des mâles dominants avides de sensations fortes. Ils se jouent des valeurs hypocrites d’une société qui les adule. Ne vivent-ils pas dans un monde où la loi du plus fort s’impose ouvertement ?

Sept prédateurs, qui assouvissent leurs pulsions lors de gigantesques fêtes privées.

Comme chaque année, Alessandro, Markus, Martin, Doron, Paul, Sebastiaan et Denis s’offrent un week-end de rêves. Les sept amis en profitent pour décompresser, loin de leurs vies remplies, stressantes et bien propres.

Après la Toscane, l’an prochain, ce sera la Provence qui leur servira de cadre, Denis a déjà tout planifié pour qu’ils puissent laisser libre cours à leurs envies et leurs vices.

Mais le rituel va être perturbé. Car cette fois-ci, leur nouvelle proie n’entend pas se laisser mener à l’abattoir…

Critique :
Ils sont 7… et ont plus des sept mercenaires que des sept nains de Disney.

Nos 7 hommes sont des mâles Alpha, ils occupent tous des postes importants, viennent de pays différents, mais ont été dans la même université et sont donc amis depuis longtemps.

Nos sept hommes sont des prédateurs, rien ne leur résiste, ils sont toujours à la recherche de nouvelles sensations pour pimenter leurs vies qu’ils pensent trop classiques.

Et puis, lorsque personne ne se rend compte que vous avez tué des gens, vous ressentez l’ivresse de l’impunité et puisque vous pensez que tout est permis, il n’y a plus de limites à votre folie.

Si je n’ai pas été fan des dessins, je l’ai été du récit car sa construction nous fait remonter dans le temps, mélangeant agréablement les derniers faits de nos prédateurs, leurs anciens (un chaque année), ainsi que leur tout premier, celui qui les fit entrer dans un autre monde : celui des meurtriers et des chasseurs de gibiers bien différent de ceux qui chassent le sanglier infesté à la peste porcine (ou pas).

Cela ménage du suspense, ces retours en arrière et augmente le rythme cardiaque lors de la traque de l’élue de l’année, une informaticienne qui n’a pas trop envie de se faire bouffer par ces Hannibal Lecter en herbe qui avant vont la chasser dans un parc fermé.

Durant le récit, voit bien la montée de la violence, leur recherche, sans cesse, des sensations fortes au mépris de toutes les règles, des vies humaines prises et où les femmes ne sont que des objets sexuels, à chasser dans le sens premier du terme ou à faire passer à la casserole, au propre comme au figuré (le figuré avant le propre, sinon, ils allaient baiser un cuissot de viande).

Un thriller haletant, violent, où les hommes sont des bêtes sauvages, des mâles Alpha se croyant tout permis et pour qui la vie des autres ne compte pas.

Se croyant les plus forts, pensant qu’ils sont les meilleurs, ils n’avaient jamais pensé qu’une proie ne voudrait pas danser sur leur musique à eux et qu’ils allaient chasser une jolie biche qui avait tout d’une panthère.

Violent, horrible, sanglant, mais addictif.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

La vie commence vendredi : Ioana Pârvulescu

Titre : La vie commence vendredi

Auteur : Ioana Pârvulescu
Édition : Seuil (06/05/2016)
Édition Originale : Viaţa începe vineri (2009)
Traducteur : Marily le Nir

Résumé :
Vendredi 19 décembre 1897 : on trouve un inconnu évanoui dans la neige, dans une forêt aux environs de Bucarest. Il est habillé bizarrement, ne porte ni barbe ni moustaches, s’exprime d’une drôle de façon.

Toute la ville est en effervescence : serait-ce Jack l’Éventreur, à la une de tous les journaux, un fou échappé de l’asile, un vrai faussaire ou un faux journaliste? Et s’il venait d’une autre époque ?

Un voyage dans le temps qui nous entraîne, à la suite de ce personnage mystérieux, dans la capitale roumaine à la fin du XIXe siècle, le siècle de la joie de vivre, où l’on croyait fermement à l’avenir et aux progrès de la science.

Un compte à rebours, en treize journées trépidantes, avant le réveillon du 31 décembre 1897.

Critique :
Si on ne sait toujours pas ce qui se passe dans cette putain de boite de cassoulet dans la nuit du 2 au 3 (Roland Magdane), maintenant, on sait ce qu’il se passa du 19 au 31 décembre 1897 à Bucarest (la capitale de la Roumanie, pour les fâchés avec les capitales).

Véritable immersion dans la vie roumaine de cette fin de 19ème siècle, l’auteur, qui connait son sujet, va nous entrainer dans bien des familles, grâce à de multiples personnages, du simple commissionnaire, à la jeune fille rêveuse en passant par un policier, un préfet de police ou des notables.

C’est là que le bât commence à blesser.

En plus d’un récit qui s’écoule paresseusement, d’une enquête qui donne l’impression de ne pas avancer, la multitude de narrateurs ne servaient pas toujours l’histoire et la rendaient même parfois un peu difficile à appréhender car il fallait suivre, leur nom n’étant pas noté en début de chapitre et avec des noms roumains, il n’est pas toujours aisé de s’y retrouver.

Par contre, l’écriture de l’auteure est magnifique et j’ai pris plaisir à lire les mots qu’elle avait tamponnée sur les pages (Dany Boon, sort de ma tête) tant ils étaient délicieux pour l’esprit. Là, rien à dire, c’étaient des perles.

— Vous, Iulia, vous êtes comme une petite araignée qui, sentant qu’on l’approche ou qu’on la touche, replie instantanément ses pattes, se roule en boule — on pourrait la confondre avec une petite pierre noire. (…) Maintenant vous faites la même chose, mais, moi, je n’ai plus le temps d’attendre que vous vous détendiez. 

Découvrir la vie roumaine à cette époque était très agréable et j’ai apprécié tous ces petits moments de vie, même si, à la fin, ils ralentissaient le récit qui n’allait déjà pas très vite. Par contre, les petits moments de philosophie étaient du miel pour la gorge enrouée.

Revenons aux bémols car après les fleurs, je lance le pot…

Le roman nous promettait du mystère avec l’apparition mystérieuse d’un homme que l’on suspecte d’être Jack The Ripper, dixit le 4ème de couverture… Il devait être en campagne électorale, lui, parce que c’était juste de belles promesses.

Cet homme retrouvé dans la neige et dont personne ne sait qui il est, ni d’où il vient, a été suspecté un peu de tout, en passant pas faussaires et Martien ! Quant aux suspicions d’être le Ripper, elles ne durent guère et sont plus le fait des commères adeptes de ragots.

D’ailleurs, sur ce mystérieux homme qui semble comme tombé du ciel et qu’on a retrouvé dans la neige, nous en saurons peu, l’auteur ne lui ayant pas assez donné la parole et ce seront les dernières lignes du livres qui confirmeront ce que je suspectais, mais d’une autre manière.

Quant à la résolution de l’homme mort d’une balle et d’une disparition d’objet du culte, la résolution tombera un peu comme un cheveu dans la soupe et nous n’en saurons pas plus puisque une fois le nouvel an passé, nous n’en parlerons plus et irons vers le point final.

Au final, si j’ai aimé la description de le vie à Bucarest en 1897, si j’ai apprécié l’écriture de l’auteure et la manière dont elle décrit les lieux, dont elle fait parler ses personnages, dont elle les fait philosopher.

Dommage que l’enquête ait été fort diluée entre tout ce petit monde qui vaque à ses occupations et que le côté fantastique n’était pas assez mis en valeur, comme la promesse non tenue des 13 journées trépidantes qui, sans être somnolentes, auraient pu être abrégées quelque peu afin de donner plus de rythme au récit.

Lecture en demi-teinte, mais malgré tout, j’en retire du bon, comme quoi, tout n’est jamais perdu dans une lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

— Si j’achète une boîte de conserve, une boîte de cassoulet par exemple, à consommer avant le 2 janvier, qu’est-ce qui ce passe si je l’ouvre le 3 ? Franchement, entre nous ; qu’est-ce qui peut bien ce passer dans cette boîte dans la nuit du 2 au 3 ? Est-ce que les germes attaquent à minuit pile ? Tous les germes avec des montres chrono ! Qu’est-ce qui ce passe si j’ouvre la boîte à 1h du matin ? Est-ce que je peux encore sauver des haricots ? Si tous les haricots sont mort et que la saucisse bouge encore qu’est-ce que je fait moi ?

Bernard Prince – Tome 01 – Le général Satan : Hermann & Greg

Titre : Bernard Prince – Tome 01 – Le général Satan

Scénariste : Greg
Dessinateur : Hermann

Édition : Dargaud (1969) / Le Lombard (1999)

Résumé :
Cet album inaugurant les aventures de Bernard Prince, se divise en 2 histoires.

Dans la première, « Les Pirates de Lokanga », Prince, accompagné de Djinn, accepte d’acheminer la cargaison d’un avion accidenté dans la jungle africaine.

Cette mission lui donne l’occasion de rencontrer Barney Jordan. La nature de la cargaison demeure mystérieuse mais suscite bien des convoitises.

Dans la seconde, « Le Général Satan », Bernard Prince et Jordan Barney sont contraints par les autorités asiatiques de ravitailler en armes et en vivres « le fort des mille nuages ».

Ce fort, qui est la clé de tout le système de sécurité côtier, est bloqué par un aventurier puissant, « le Général Satan ».

Critique :
Oui, en hiver, mon plaisir est de ressortir mes vieilles bédés, celles que j’ai déjà relues 36 fois mais que ça fait longtemps que je ne l’ai plus fait…

Puisque Bernard Prince a le même scénariste que Bruno Brazil, autant sortir les deux héros aux cheveux blancs en même temps et bouffer de l’aventure à gogo.

De l’aventure où, années 70 et journal de Tintin oblige, on a les Bons qui triomphent toujours des vilains Méchants pas beaux qui proviennent toujours de pays imaginaires mais dont les noms sont synonymes de bien réels.

Bernard Prince n’est pas un héros lisse comme un Tintin, il n’hésite pas à enfreindre les lois, à se battre, à tenir tête aux caïds du coin, même s’il rechigne à abattre des guerriers locaux (nommés « sauvages ») armés de lances et bourrés jusque la gueule de substances qui leur donne de l’ardeur au combat.

Le capitaine Haddock sera joué par un ivrogne, le capitaine Barney Jordan, un roux flamboyant au caractère volcanique, s’emportant facilement, surtout si on touche à Djinn, le jeune Hindou dont Prince est le tuteur.

Tiens, en 1969, nous avions deux hommes pour s’occuper d’un enfant, qui n’allait pas souvent à l’école et qui baroudait dans toutes les mers avec un ancien flic d’Interpol et un alcoolique notoire…

Pas sûr que dans l’hebdo Spirou, aux mains du très catholique Jean Dupuis, pareille série aurait passée…

Aux dessins, nous retrouvons aussi un habitué de ma biblio puisqu’il s’agit de Hermann qui m’avait enchanté dans la série « Comanche ».

On retrouve ses traits caractéristiques, sa patte est reconnaissable aux personnages et dans les décors aussi, sauf que dans ce premier album, Bernard Prince n’a pas encore sa jolie bouille de bô gosse… Faudra attendre un peu, les filles !

Niveau aventures exotiques, on est servi, niveau mystères et suspense, on en bouffe un max, que ce soit pour découvrir la cargaison à récupérer dans la première histoire ou comment livrer les armes à un fort sans se faire arraisonner par les pirates qui tiennent un siège devant…

Pas de soucis, tel l’aventurier solitaire, Bernard Prince s’en sortira toujours vainqueur, tel Bob Morane. On est dans de la bédé pour jeunes, ici, publiée au journal Tintin, donc…

On a beau avoir deux mecs sur un bateau avec un gamin qui ne va pas à l’école, le sang ne coule pas, même chez les morts, la rédemption de certains méchants est possible et tout se termine toujours bien pour nos trois amis car ils vivent en Théorie et là, tout fonctionne.

Cette première aventure n’est pas la meilleure, les auteurs mettent tout en place, on se cherche un peu et on n’a pas encore donné un grand rôle à Barney, le futur joyeux luron bougon du trio.

Mais tout ceci laissait présager quelque chose de bon et je peux vous assurer que certains albums volent très haut niveau scénario, humour, rebondissement, suspense, mystère et aventures de malades !

Petit Plus : Il existe d’ailleurs au sujet des origines de Djinn une incohérence : présenté par Greg en 1966 comme un orphelin de Karachi, donc Pakistanais, il est par la suite présenté comme « un enfant perdu de Calcutta », donc Indien.

Petit Plus 2 : Hermann et Greg ont d’abord publié sept récits complets, de 4 à 6 pages chacun, dans le Journal de Tintin en 19662. Ces récits mettaient en scène le héros comme inspecteur d’Interpol, jusqu’à ce qu’il hérite d’un bateau, le Cormoran ; ce changement de cap de la série, du genre policier à celui de l’aventure, aurait été dicté par des raisons éditoriales, Le Journal de Tintin ayant déjà un détective avec le personnage de Ric Hochet.

Petit Plus 3 : La série est clairement inspirée par celle de l’Epervier bleu, créée par Sirius en 1942, puisque Eric, dit l’épervier bleu, y est flanqué d’un acolyte roux dénommé Larsen et de Sheba, un enfant indien portant turban (série que j’ai lue aussi, quand j’étais gamine, chipée dans la biblio paternelle).

Petit Plus 4 : Des récits à suivre sont parus ensuite, et ont été publiés en albums. Le hors-série « Bernard Prince d’hier et d’aujourd’hui » regroupe les premiers récits ainsi que des histoires courtes pré-publiées dans des Tintin « hors-série » (parfois scénarisées par Hermann lui-même, d’ailleurs).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Mycroft Inquisitor – Tome 2 – La Bête d’écume : Christophe Arleston, Dominique Latil & Jack Manini

Titre : Mycroft Inquisitor – Tome 2 – La Bête d’écume

Scénaristes : Christophe Arleston & Dominique Latil
Dessinateur : Jack Manini

Édition : Soleil Productions (1997)

Résumé :
Mycroft d’Aquilée est inquisiteur privé. Bien qu’il n’en ait pas l’allure, ce Sherlock Holmes des étoiles est un redoutable adversaire pour les criminels. On ne se méfie pas assez des petits vieux !

Évidemment, ses tarifs sont assez élevés. Mais ne raconte-t-on pas que certains de nos plus éminents gouvernants ont parfois recours à ses services ? Surtout lorsqu’il s’agit des Mondes des Confins…

Depuis bientôt mille ans, l’homme est maître des étoiles et de la galaxie. Des millions de vaisseaux de ligne relient chaque jour entre eux les innombrables mondes connus : planètes de la Fédération, colonies indépendantes, mondes laissés aux indigènes intelligents.

Mais si la technologie évolue régulièrement et de façon spectaculaire, ce n’est pas le cas de l’homme.

Depuis la plus haute antiquité, il se livre toujours aux mêmes activités : le commerce, l’étude, la recherche des plaisirs, et parfois le crime…

Écume est un véritable paradis : un océan magnifique, une luxuriante forêt primitive… C’est là que se bâtit un complexe touristique destiné à devenir le havre des plus fortunés de la Galaxie.

Pourtant, tout se passe mal : un ingénieur disparaît, des traces d’une bête étrange apparaissent… Mycroft se retrouve mêlé à une des affaires les plus intrigantes de sa longue carrière d’inquisiteur privé…

Critique :
Nouvelle enquête et donc, nouvelle planète pour notre duo de choc : l’inquisiteur Mycroft d’Aquilée et sa bombasse d’assistante, Morgane.

Dans les Confins, sur une nouvelle planète, on construit un complexe hôtelier de luxe et un ingénieur à disparu alors qu’il prenait un bain dans un lagon qui invite au barbotage.

Mycroft est partant, de toute façon, tant qu’on le paie grassement, lui, il y va.

Si les paysages sont de rêves, le reste l’est un peu moins : disparitions inquiétantes, tentatives d’élimination ou juste pour faire peur à nos deux enquêteurs et on parle en plus d’une créature monstrueuse qui hanterait les lieux.

Aucun humains ne l’a vue, mais les autochtones, les Indoles, l’ont vue, eux. Les Indoles sont des créatures bleues qui aiment les couleurs vives et qui sont utilisées comme main d’œuvre bon marché par les constructeurs du futur complexe. Hé oui, on a beau aller à l’autre bout de l’univers, l’Homme reste toujours le même.

Dans ce deuxième tome, la qualité de l’enquête et son originalité sont toujours bien présentes, nos deux amis vont avoir fort à faire pour dépatouiller toute cette affaire qui pue le souffre.

Notre belle Morgane va même se trouver un beau mec pour jouer à la bête à deux dos avec et là, je n’ai qu’une chose à dire « quelle souplesse ».

Mycroft est toujours aussi cynique, toujours aussi fouille-merde et son jeu préféré est toujours d’étudier les relations entre les invités lors d’un dîner mondain. Effectivement, ça gâche souvent les petits-fours de son associée qui elle, aimerait manger en paix.

Une fois de plus, l’enquête et sa résolution finale sont bien troussées, on ne la voit pas venir, même si on devine quelques pistes. Le tout est de relier tous ces petits détails insignifiants entre eux.

Mycroft est champion là-dedans, c’est pour cela qu’il coûte aussi cher.

Une relecture toujours aussi agréable puisque, une fois de plus, j’avais tout oublié.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).