Tranchecaille ‭:‬ Patrick Pécherot [LC avec Bianca]

Titre : Tranchecaille

Auteur : Patrick Pécherot
Édition : Gallimard Série noire (2008) / Folio Policier (2010/2015)

Résumé :
Chemin des Dames, 1917, l’offensive du général Nivelle tourne à l’hécatombe. Dans l’enfer des combats, un conseil de guerre s’apprête à juger le soldat Jonas, accusé d’avoir assassiné son lieutenant.

Devant l’officier chargé de le défendre défilent, comme des fantômes, les témoins harassés d’un drame qui les dépasse. Coupable ? Innocent ? Jonas est-il un simulateur ou un esprit simple ?

Le capitaine Duparc n’a que quelques jours pour établir la vérité. Et découvrir qui est réellement celui que ses camarades ont surnommé Tranchecaille.

Critique :
Ce polar historique, qui aura pour cadre les tranchées de la Première Guerre Mondiale, commence un peu à la Columbo…

Dès les premières lignes, nous assistons à l’exécution d’un soldat accusé d’avoir planté, non pas le bâton, mais la baïonnette dans le dos de son lieutenant.

Tout ça pour un uniforme trop grand… Tout ça pour une prise de bec qui a eu lieu entre lui et le nouveau lieutenant ? Purée, ça fait cher le tissu en trop et le froc qui descend lorsque l’on charge les tranchées des casques à pointes.

Ce polar historique ne commence pas comme un autre, n’a pas un terrain d’enquête habituel et sa manière de nous narrer l’enquête du capitaine Duparc n’est pas commune du tout.

En effet, la narration de l’enquête, les faits et gestes du capitaine Duparc, du soldat Jonas (l’accusé), ainsi que des autres protagonistes de l’histoire (témoins, gradés, soldats de l’unité et j’en passe) est racontée au travers de chapitres assez courts qui sont en fait des témoignages en direct ou rapportés, des interrogatoires menés par le capitaine (ou son greffier), des discussions qui ont lieu sur place ou ailleurs, a moyen de lettres, de scènes rapportées….

Déstabilisant au départ, ce récit, monté comme un journal de bord. Pourtant, une fois dans le bain, on se sent très vite à l’aise, même si nous sommes dans un endroit où je n’aurais pas aimé traîner à cette époque.

D’ailleurs, l’auteur ne se contente pas de nous conter l’enquête, dans les chapitres, il y a aussi des scènes de la vie quotidienne dans les tranchées, notamment les milliers de morts, pour quelques mètres de pris et dont les quotidiens titreront que c’était une percée importante.

Si je ne me suis attachée à aucun personnage, cela n’a pas entamé mon plaisir de lecture, puisque les 300 pages ont été avalées en une seule journée (sorry ma Bianca).

Cela était sans doute dû au fait que l’on ne sait jamais vraiment qui est le soldat Jonas, l’accusé : un vrai benêt ou un type intelligent qui jouait au con ? Un vrai traumatisé par ce qu’il a vécu durant les 3 années, ou un comédien ? Un soldat qui est vraiment crétin ou un qui se moque des gradés ? Un débile, un âne ? Ou un simulateur de génie ? Cet homme est une énigme à lui tout seul.

En tout cas, c’est addictif, cette enquête et elle n’a rien de banal.

Un polar historique sur fond de Première Guerre Mondiale, sous le régime de la censure, celui de la langue de bois, celui où la justice était arbitraire et inique puisque, pour un galonné assassiné, on veut exécuter un soldat, mais qu’on n’exécutera pas de galonné pour tous les soldats qu’ils ont envoyé à la boucherie.

Une LC avec Bianca réussie et que je ne regrette pas d’avoir faite, ce roman traînait depuis trop longtemps dans mes étagères et il ne méritait pas ça !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°213].

Les enquêtes de Frère Athelstan – 06 – Le Repaire des corbeaux : Paul Doherty

Titre : Les enquêtes de Frère Athelstan – 06 – Le Repaire des corbeaux

Auteur : Paul Doherty
Édition : 10/18 Grands détectives (2003)
Édition Originale : The House Of Crows (1995)
Traduction : Christiane Poussier et Nelly Markovic

Résumé :
En ce printemps 1380, l’heure n’est pas à la facilité pour le coroner de Londres, Sir John Cranston et son fidèle clerc, frère Athelstan.

Tandis que des paroissiens terrifiés prétendent qu’un démon rôde autour de St Erconwald en quête de victimes innocentes, le régent, Jean de Gand, fait appel à eux. Il a besoin d’argent pour poursuivre la guerre en France.

Mais les membres du parlement se montrent particulièrement rétifs – et l’assassinat de quelques représentants du comté de Shrewsbury n’arrange pas sa cause.

Il demande à Cranston de découvrir le criminel sinon il perdra toutes ses chances d’obtenir les taxes requises…

Critique :
Lorsque je suis malade, que je n’ai pas la forme, j’apprécie les lectures réconfort comme un Commissaire Montalbano ou un Frère Athelstan. Ce n’est pas la même chose, certes, mais je suis sûre de passer un bon moment.

J’avais le choix entre le soleil de la Sicile, sa bonne cuisine, la mer où l’on peut nager et le climat maussade de l’Angleterre, sa ville de Londres, en 1380, sa puanteur, le manque d’hygiène total, où l’on ne mange pas bien… Am Stam Gram et c’est Londres qui a été tirée au sort.

Pas grave, il y fait moche, on y pend les voleurs, on y éviscère les complotistes, les procès ne sont pas équitable, les rats sont de sortie, mais j’étais en excellente compagnie avec le frère Athelstan et le coroner Sir John Cranston.

Au programme, nous avons des disparitions de chats, un diable qui se promène dans la paroisse de St Erconwald et qui effraie tout le monde, un soldat de la Tour qui a disparu et des assassinats énigmatiques des représentants du comté de Shrewsbury.

Au parlement, qui n’est pas celui que nous connaissons de nos jours, le régent a rassemblé les communes : il a besoin de fric pour aller faire la guerre et s’enrichir un peu plus.

L’argent, sous le biais de taxes ou d’impôts, sont demandés aux riches (ah, tiens, pas con, ça !), qui, ensuite, les salopards, les récupère sur leurs serfs, leur demandant de travailler plus et de gagner moins (le contraire de la phrase à Sarko). Ben voyons ! Faut pas s’gêner !

Comme toujours, « C’est todi li p’tit qu’on spotche » (c’est toujours le plus petit que l’on écrase). Hélas, le plus pauvre, lui, il ne sait se retourner sur personne. Il bosse fort, il ferme sa gueule et surtout, il ne l’ouvre pas. Bizarrement, il y a un air de déjà vu…

Aux armes, les damnés de la terre. Ah, pardon, on me signale que le syndicalisme et le socialisme ne sont pas encore né. Anybref, le climat est plus tendu que la tcholle à Sifredi quand il tourne dans un film X. Les paysans voudraient vendre le fruit de leurs terres et ça grogne sur le régent qui pompe l’argent à tout va.

Ce que j’apprécie, dans les enquêtes de notre duo, c’est justement leur duo ! Entre Athelstan, effacé, homme de Dieu, sobre comme un moineau, intelligent et le coroner Cranston, grande gueule, assoiffé perpétuel, grand buveur, affamé non stop, gros, gras et aussi délicat qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine, ça marche à fond !

Une sorte de Sherlock Holmes, version robe de bure et un Watson version Depardieu hurlant qu’on lui apporte à boire. Détonnant, oui, mais un duo équilibré, qui s’apprécie, qui se respecte et qui se fait confiance.

L’époque troublé de 1380 est bien représentée aussi, sans pour autant que cela pèse sur le récit. La ville de Londres, sa crasse, ses miasmes, sa puanteur, ses déchets à l’air libre, tout ça est bien présent aussi et fait de la ville un personnage à part entière.

Les mœurs de l’époque sont présentes aussi, ce qui vous fait une immersion totale, les odeurs en moins (merci !). Le tout est parfaitement intégré au récit, ce qui en fait un ensemble homogène, équilibré.

Dans les romans, il y a toujours une enquête plus importante, plus longue, celle qui ne trouve sa résolution qu’à la fin, et des enquêtes, plus petites, qui semblent moins importantes, et que notre duo résout sur le côté, durant leurs pérégrinations.

Avant Athelstan, j’avais compris qui était le diable, j’avais résolu la disparition du soldat de la Tour, mais j’étais bien incapable de comprendre la disparition soudaine des chats, pourtant, les indices étaient bien là et je n’avais pas su les lire, comme je l’avais fait pour le diable et le disparu.

Pour les meurtres des représentants de Shrewsbury (un p’tit coucou à mon autre moine préféré, frère Cadfaël, pas à la même époque), je fus aveugle totalement et lorsque le coupable est révélé, j’en suis tombée de ma chaise. Excellent !

Une fois de plus, ce sixième opus des enquêtes de frère Athelstan est une réussite à tous les points de vue et il m’a remonté le moral.

Maintenant que j’ai passé un agréable moment en compagnie de mon duo de choc, à respirer l’horrible puanteur de la ville de Londres, à grogner devant les conditions de travail des pauvres gens, tandis que les nantis pètent dans la soie, je m’en vais aller soigner mon mal de gorge au soleil de Sicile et aller me faire exploser le ventre en mangeant avec le commissaire Montalbano !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°200].

Les Enquêtes Secrètes de Sherlock Holmes – Jack l’Egorgeur : Olivier Trouilhet [Par Dame Ida, Cobaye Officielle de Dame Belette]

Titre : Les Enquêtes Secrètes de Sherlock Holmes – Jack l’Egorgeur

Auteur : Olivier Trouilhet
Édition : Planches des Saluts (30/03/2022)

Résumé :
Voilà trois ans que Sherlock Holmes a disparu dans les chutes de Reichenbach en affrontant le professeur Moriarty.

Nostalgique, le docteur Watson se replonge dans ses publications des aventures de Holmes. Réalisant qu’il a beaucoup romancé la réalité, il décide de rendre hommage à son regretté ami en reprenant la plume pour dépeindre Holmes tel qu’il était vraiment.

En parcourant ses carnets remplis d’enquêtes inédites, son choix se porte sur les évènements survenus au cours de l’année 1888 lorsque le tristement célèbre Jack l’Égorgeur terrorisa Londres.

Watson nous fait ainsi découvrir Sherlock Holmes comme on ne l’a jamais vu, prétentieux, colérique, de mauvaise foi, radin, mauvais violoniste et piètre combattant, dans un affrontement sans merci avec l’ennemi public n°1.

L’Avis de Dame Ida :
Yes indeed ! C’est officiel maintenant. Quand Dame Belette, notre bien aimée hôtesse de ces lieux est débordée, il lui arrive parfois de me confier implicitement des missions périlleuses comme par exemple lui donner mon propre avis sur un livre qu’elle n’a pas encore eu le temps de lire… Pour l’aider à le positionner dans sa PAL.

Tout commence comme un pastiche de base : Holmes est supposé mort après sa chute dans les chutes du Reichenbach (alors que tout le monde sait qu’il a passé trois ans en cure dans un asile d’aliénés pour troubles délirants chroniques, ressassant en boucle l’histoire d’un complot planétaire imaginaire de brigands dirigé par un mort nommé Riarty que personne n’a jamais retrouvé ni vu – ça c’est mon hypothèse personnelle évidemment)…

Il y aurait d’autres thèses sur le grand hiatus, toutes plus honorables les unes que les autres pour cacher que Holmes est un peu zinzin… les solutions bonnes seulement à 7% n’aident jamais vraiment…), et Watson s’ennuie mortellement alors il ressort un vieux dossier sur lequel broder à la plume pour s’occuper.

Et bingo ! Ce vieux dossier concerne les meurtres commis à Whitechapel en 1888 par un certain Jack. Tout le monde se demandait depuis longtemps en effet pourquoi (Oui ! Franchement ! Pourquoiiiii !) Holmes n’était pas venu au secours de l’inspecteur Abberline pour coffrer ce grand criminel…

Et bien c’est parce qu’Abberline, frappé par la syphilis pour s’être investi trop profondément dans l’affaire des meurtres des périprostiputes de l’East End, a dû laisser la place à un Lestrade débordé et pas franchement futé qui ne pouvait rien faire sans Holmes.

Et peu à peu de fil en aiguille cachée dans une botte de foin, nous voilà embarqués dans la traque d’un Jack, rétrogradé au rang de simple égorgeur, alors qu’on se serait attendu à le voir promu par la postérité à celui d’éventreur, vu l’année énoncée. Mais peu importe ! Peu importe le gibier ! Ce qui prime c’est la chasse !

Une chasse étonnante… Ecrite dans un style que Watson nous annoncera plus dépouillé, plus recentré sur les faits et avec moins de fioritures stylistiques pour expliquer que nous n’y retrouverons pas la prose à laquelle le canon nous a habitués.

Evidemment, on comprendra vite que ce Jack, aux trousses duquel Holmes et consort se précipitent, n’est pas le fameux Éventreur. Les ripperologues distinguées que nous sommes savent bien qu’Elizabeth Stride (Long Liz ou Lucky Liz pour les cyniques) est la troisième victime de l’Éventreur, et qu’elle ne saurait être confondue avec l’Elizabeth Strike, trucidée en cinquième position, par l’Egorgeur pisté tout au long de ce texte…

Un texte concentré au format un peu bâtard de même pas une petite centaine de pages, qu’on ne saura s’il faut le qualifier de grosse nouvelle ou de petit roman… pétillant d’humour et de quiproquos, et où le personnage de Holmes nous semblera un peu différent de l’image policée qu’en donne habituellement le canon… Il paraîtra même quelque peu perché à certains moments.

Watson et Lestrade ne seront pas en reste… L’un est un satané gaffeur… L’autre est un idiot profond égratignant les expressions idiomatiques à qui mieux mieux, ravi d’avoir réussi en tout et pour tout au cours de l’année écoulée à réunir un chat perdu et sa maîtresse… Et passons sur Mrs Hudson, qui ne sera pas épargnée et qu’on nous présentera sourde comme un pot.

Généralement, je n’aime pas tellement voire pas du tout, que les pastiches ne respectent pas la psychologie des personnages canoniques. J’irais même jusqu’à dire que je déteste cela et mes précédentes critiques de pastiches vous ont déjà montré que je peux même être assez sévère et vindicative à ce sujet.

Et pourtant… Là… ça passe crème. Pourquoi ? Et bien parce que c’est clairement annoncé dès le départ avec une gaffe inaugurale (certes un peu grossière – l’impression de « déjà vu » en frappera plus d’un.e !) de Watson.

Dès le premier chapitre nous partons avec lui dans un pastiche comique, rigolo, marrant et iconoclaste (nan… ça n’est pas une insulte du Capitaine Haddock… Enfin si… Mais pas que… à la base ce n’est pas un gros mot !).

C’est quand le pastiche se prend au sérieux et ne remplit pas le cahier des charges qu’il mérite qu’on le charge. Quand on vous annonce du pastiche léger, sans honte et sans artifice on se laisse aller, on se laisse porter, et on s’amuse deux bonnes heures en sirotant un lapsang souchong entre deux shortbreads.

Enfin quand je dis léger… Je vais un peu vite… Certains gags pourront paraitre même un peu lourd, gras, gros ou grotesques. Certaines expressions, certains exemples, certaines métaphores n’auront pas grand-chose de victorien, fleurant bon l’anachronisme…

Et l’auteur n’a pas peur de jouer avec la vulgarité la plus trash si ça peut paraître drôle (Et oui… comment s’appelle la périprostipute de la page 30 ? Lily Lapipe ! Si… Si… il a osé ! Quant au médecin légiste il portera bien son nom pour ceux qui savent assez d’anglais pour le traduire… et je vous en passe quelques autres bien rigolotes pour ne pas spoiler). Bref, on ne fait pas dans la dentelle!

Puristes et mijaurées sont priés de passer leur chemin. Et quand on a compris que ces quelques pages sont sans autres prétentions que de divertir le lecteur, on passe l’éponge bien volontiers sur les libertés qu’a pris l’auteur avec le canon pour nous faire pouffer, pour nous faire nous gausser, pour nous faire ricaner, sourire, marrer, rigoler et se tordre les cotes.

Ce livre n’est pas sans me rappeler « Elémentaire mon cher Lock Holmes », un fameux film comique truffé de gags potaches mais bon enfant où Holmes n’est que le prête nom gaffeur et idiot d’un Watson qui résout les énigmes en voulant rester dans l’anonymat…

Evidemment les intrigues sont différentes, mais l’esprit est le même. Si vous avez aimé ce film, vous aimerez ce livre.

Anybref, j’ai passé un très bon moment de distraction en lisant ce pastiche qui n’est certes pas le chef d’œuvre du genre pour les sherlockiens diplômés et autres amateurs du canon, mais qui a le mérite de ne pas prétendre avoir des qualités qu’il n’a pas et qui assume résolument et avec une réussite certaine, sa dimension franchement comique.

PS : Evidemment on ne pourra pas pardonner (mais si! je déconne!) à l’auteur la bourde honteuse et invraisemblable, que dis-je, l’hérésie dramatique de la page 50, où Holmes ose tremper sa tartine (déjà la tartine, c’est belge ! Pas anglais !) dans son thé !

Un bon anglais ne saurait commettre de pareil sacrilège ! Même si le toast est à la marmelade et chante « God Save The Queen » et Rules Britania en même temps ! En Grande Bretagne, voire dans tout le Commonwealth, on ne fait pas trempette ! C’est mal ! C’est tabou ! C’est un coup à se voir déchoir de sa nationalité ! Epicétou ! 😀

 

Le Loup des Ardents : Noémie Adenis

Titre : Le Loup des Ardents

Auteur : Noémie Adenis
Édition : Robert Laffont La bête noire (23/09/2022)

Résumé :
1561, Sologne. L’hiver s’abat sur Ardeloup. Nuit et jour la neige tombe, transformant implacablement le village en prison.

Puis un mal mystérieux se répand parmi les habitants. Certains ont des hallucinations terrifiantes, d’autres hurlent qu’ils brûlent alors qu’ils sont glacés.

Cette maladie qui imprime sa marque noire sur le corps des mourants est-elle l’œuvre d’un démon ou celle d’un assassin ? Bientôt, la superstition embrase les esprits. Il faut un coupable avant qu’il ne reste plus personne pour enterrer les morts…

Critique :
Qu’est ce qui est blanc, froid, qui tombe en hiver et se termine par « cile » ?? Non, pas d’idée ? Ben la neige, imbécile !

C’est l’hiver, il neige à mort, il fait froid à se cailler les miches, nous sommes en 1561, à Ardeloup, petit village paumé en Sologne, entre les villes de Vierzon et de Romorantin.

Aymar de Noilat, médecin, allait vers la ville de Romorantin, la neige l’a surpris et il est resté à Ardeloup, où on a eu très vite besoin de ses connaissances et de sa science, vu l’épidémie qui a commencé à y sévir, emportant les habitants après d’atroce souffrance.

Vous vous souvenez du confinement de mars 2020 ? Il n’était rien comparé à ce que vont vivre les habitants du village : la nourriture manque, le bois pour se chauffer aussi, la neige est épaisse, monte très haut, il fait caillant et on a du mal à se déplacer. En 1561, pas Netflix, pas de livres (ils ne savent pas lire), rien ! Juste la peur…

Parlons-en, justement de la peur ! Elle dévore les cœurs, elle obscurcit les esprits et les gens ne tardent pas à chercher un bouc émissaire. En ce temps-là, le diable est Number One (avec une punition divine), mais comme il est difficile de le citer à comparaître, faut chercher plus simple : une sorcière !

Ben voilà, c’est facile, c’est rapide, pas besoin d’aller voir plus loin. La logique déserte alors les cerveaux et le médecin aura beau apporter sa science, des preuves, du bon sens, rien n’y fera !

On pourrait se dire qu’en ces temps obscurs, les gens ne sachant pas lire, étant pauvres, rustres et frustes, sans éducation, c’est malheureusement normal qu’ils se tournent vers la facilité et le bouc émissaire… Oui, mais non…

Certaines personnes, lors de la pandémie de la covid en 2020 (alors que nos populations sont éduquées, que la majorité sait lire) ne se sont pas privées de désigner des boucs émissaires. Des sales caricatures ont refait surface, comme dans les années 1930 et que des accusations, sans fondements, sans logique, ont été balancées, répétées, hurlées,… ♫ Non, non, rien n’a changé ♪

Impossible d’avoir une conversation sensée avec ces personnes, quelque soit l’époque, comme l’a constaté le médecin Aymar. Lorsque l’on veut noyer son chien, on l’accuse d’avoir la rage et dans le cas du Mal des Ardents, les gens sont capables de voir des liens où il n’y en a pas et de mentir, aussi, pour arriver à leurs fins. Glaçant, mais moins que durant notre ère (ou celle des années 30, et encore après).

Le médecin, Aymar de Noilat, sera notre narrateur, témoin impuissant de ce qui se déroule sous ses yeux, impuissant à soigner les gens, ne comprenant pas le mal dont ils souffrent. C’est le Mal des Ardents, mais ils ne savent pas encore comment il se déclenche. Nous, lecteurs, en 2022, nous connaissons les méfaits de l’ergot du seigle, mais eux sont dans le noir total.

Le coup de force de l’autrice, c’est d’être arrivée à donner une présence immense à la jeune Loïse, une petite fille taiseuse qui subit la mauvaise humeur des gens chez qui elle vit, qui se tape tous les sales boulots.

La gamine n’a pas beaucoup de dialogues, sa présence est en arrière-plan, elle ne dit rien, elle observe. Pourtant, elle m’a fait un grand effet et son personnage était lumineux, avec peu. Chapeau d’avoir réussi à lui donner pareille densité !

Ce polar historique se démarque des autres par sa conception : pas d’enquêteur pour chercher le coupable d’un crime puisqu’il n’y a pas de meurtres, juste des gens touchés par un mal violent, implacable, un tueur contre qui l’on ne sait pas lutter en 1561. Le médecin tentera de sauver les gens, avec l’aide de Loïse, qui préparera ses plantes pour soigner et de sauver la personne accusée de sorcellerie.

Un roman court, qui va à l’essentiel, qui ne fera pas l’impasse sur les décors et les ambiances, afin que les lecteurs se sentent bien dans le froid et la neige. Ce froid, je l’ai ressenti dans tous mes os, à tel point que j’ai terminé la lecture avec un plaid sur les épaules (note pour moi-même : j’aurais dû le lire un jour de canicule).

Un roman sombre, noir, qui ne s’éternise pas. Un roman court (290 pages) qui va droit au but et qui offre quelques heures de lecture remplie de mystères, notamment avec cette ombre qui rôde dans la neige froide…

Un polar historique qui a des relents nauséabonds qui n’ont rien à envier à notre époque où l’on érige des bûchers sur le Net et où les tribunaux sont les réseaux sociaux. Je me demande si nous ne sommes pas pires que ceux qui vivaient dans les siècles obscurs.

PS : Qu’est ce qui est blanc, froid, qui tombe en hiver et se termine par « ire » ?? La neige, imbécile, je viens de te le dire ! (ok, je sors).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°193].

Moriarty – Tome 08 : Ryosuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi

Titre : Moriarty – Tome 08

Scénariste : Ryosuke Takeuchi
Dessinateur : Hikaru Miyoshi
Édition Originale : Yûkoku no Moriarty, book 8 (2019)
Traduction : Patrick Honnoré

Édition : Kana Dark (21/08/2020)

Résumé :
La suite des aventures des frères Moriarty, qui proposent leurs services aux pauvres qui souhaitent se venger d’injustices commises par des riches.

Critique :
Oui, je sais, en juin 2020, j’avais dit que j’arrêterais de lire cette série et je l’ai fait. Les tomes suivants sont sortis et je les ai snobé.

Si j’ai repris avec le tome 8, c’est parce que l’on me l’a prêté, ainsi que le suivant.

N’ayant pas dépensé un euro, je me suis dit que je risquais pas grand-chose en les lisant, si ce n’est des soupirs et un peu d’énervement. Rien de mortel.

Mes anciennes récriminations portaient, notamment, sur le fait que les mangakas aient incorporé, tel quel, l’univers de James Bond, reprenant les noms des personnages de la saga, sans rien changer, sans rien adapter, alors que lors de leur reprise de l’univers de Sherlock Holmes, ils avaient su faire preuve de créativité en prenant le personnage de Moriarty et en le changeant totalement.

Le principe du départ de cette série de mangas, bien que déstabilisant, était neuf, intelligent, bourré d’inventivité, nous montrant un prince du crime différent du vieux croulant, croisé brièvement dans le canon holmésien.

Nous étions face à un jeune homme, hautement intelligent, qui se battait pour rétablir l’ordre, pour abolir les classes sociales, n’hésitant pas à commettre des meurtres s’il le fallait.

Comme Deadpool, il ne faisait assassiner que les crapules. Pas déontologique, certes, on ne peut pas faire justice soi-même, mais je n’allais pas pleurer sur les assassinés ou les punis.

Las, avec l’arc narratif consacrés aux meurtres de Whitechapel, plus l’arrivée de James Bond (qui n’est d’autre que Irene Adler, cheveux coupés) et de tout l’univers qui va avec, j’ai décroché et bien que j’aie au presque 2 ans pour digérer le tout, les aigreurs d’estomac sont toujours présentes lors de ma lecture.

Autant où je suis pour les clins d’œil à un ou plusieurs univers, autant où le pompage de l’entièreté de cet univers ne me plaît pas, puisqu’il n’y a aucune créativité, aucun remodelage, aucune adaptation.

Ce qui me hérisse aussi, c’est le langage de Holmes, qui est châtié : il prononce des mots tels que « merde » ou « fait chier » qui sont indignes de son personnage. Nous sommes à l’époque victorienne, pas dans les années 2000.

Dommage, une fois de plus, parce que dans ce huitième tome, Holmes a un meilleur rôle, il se fait manipuler par le prince du crime, et non pas à son insu.

C’est bien trouvé, bien mis en scène et on est toujours en balance avec le personnage de Moriarty et de ses sbires. Il n’est pas tout noir, comme dans le canon holmésien, mais tout en teintes de gris et le manichéisme n’est pas vraiment de mise.

Moriarty a beaucoup de facilités (trop facile ?) pour mettre au point ses plans, a des hommes fiables et, tel un parrain de la mafia, il fait tourner tout ce petit monde qui lui est dévoué, notamment ses deux frères.

De plus, Holmes aura une belle discussion avec William Moriarty qui est des plus intéressante et qui n’est pas exempte de vérité au sujet des génies méconnus qui n’ont jamais pu étudier, car appartenant aux classes sociales dites « basses ».

Alors oui, je lirai le tome 9 puisque je l’ai en prêt, mais je n’achèterai pas les suivants parce que la série est partie dans une direction qui ne me botte pas.

Sauf si je peux les emprunter, afin de satisfaire me curiosité quand à la direction de cette série. On peut râler et continuer d’être curieuse.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°188].

Sherlock Holmes et l’affaire des noyades bleues : Jérôme Hohl

Titre : Sherlock Holmes et l’affaire des noyades bleues

Auteur : Jérôme Hohl
Édition : Astrid Franchet (16/11/2021)

Résumé :
Londres 1903. Sherlock Holmes est au plus mal. Watson est appelé au célèbre appartement de Baker Street, dans lequel le détective a provoqué un incendie.

Un accident selon Holmes, qui ne semble plus maîtriser son addiction aux psychotropes, surtout depuis une malheureuse affaire de prise d’otage dans laquelle il a échoué et qui a contribué à brouiller les deux amis. La réputation de Holmes est sévèrement entachée.

Mycroft, son frère, et Watson vont essayer de réveiller l’enquêteur en lui. Une affaire de mystérieuses noyades tombe à point nommé. Et si Sherlock et Watson entreprenaient le voyage sur le continent pour démontrer au monde que Sherlock Holmes est toujours le plus brillant des détectives ?

Critique :
Comme je l’ai souvent dit, le format court va mieux aux enquêtes de Sherlock Holmes, que le long.

Il vaut mieux une petite nouvelle qui frétille, qu’un long roman qui roupille.

Dans le cas de ce roman, la taille est parfaite, ni trop courte, ni trop longue.

Le rythme est bien géré : on prend son temps de développer l’histoire, de mener l’enquête, de suivre les pistes, d’étoffer le récit de détails historiques, de donner de l’épaisseur aux personnages, le tout sans se perdre dans des choses inutiles.

L’enquête est bien menée, remplie de mystères et pas simpliste du tout, puisque j’ai été surprise des révélations découvertes par Holmes. Là, je suis ravie.

Évidemment, j’ai deux bémols à faire (sinon, ce ne serait pas moi) : le premier concerne les personnages de Holmes et Watson. Non, pas de panique, ils sont canoniques.

Mais nom de Zeus, à l’époque victorienne comme à l’époque édouardienne, ils n’utilisaient pas leurs prénoms pour l’un de l’autre ! Qu’on laisse les prénoms de Sherlock et de John pour notre époque contemporaine. Ici, dans le récit, l’auteur commence avec les prénoms puis passe définitivement aux noms de famille, avant de revenir de temps en temps aux prénoms.

L’autre bémol, plus important, est sur le fait que les auteurs nous ressortent encore et toujours Vous-Savez-Qui ! Alors, je peux comprendre (et admettre) qu’on utilise ce méchant canonique avant 1891, mais pas ensuite. Il est tombé dans le gouffre, qu’on l’y laisse pourrir et qu’on ne l’en ressorte plus, merci ! J’apprécierais que les auteurs nous en inventent des autres, les méchants ne manquent pas dans la vie réelle…

Ces bémols ne sont que le reflet de mon opinion, ils n’engagent que moi et ne sont pas rébarbatifs, c’est juste l’expression de ma pensée. Ils n’entravent rien au plaisir de lecture, si ce n’est une mini exaspération de ma part.

Le point fort du roman est que l’enquête est cohérente, pas simpliste, possédant un rythme ni trop lent, ni trop rapide et que les personnages de Holmes et Watson ne s’écartent pas de leurs originaux.

Holmes est comme nous le connaissons, dépressif, en proie à ses démons intérieurs, passant d’un état exalté à celui de plus apathique, intransigeant avec les autres et face à un Watson qui ne sait plus quoi faire pour le garder dans le droit chemin. Leur amitié à pris un coup, mais elle est toujours présente.

Anybref, ceci est un très bon pastiche holmésien, l’Historique de l’époque est présent, sans recouvrir le récit, les décors de la ville de Colmar sont bien restitués, sans que cela empiète sur le récit, l’auteur intégrant bien tous les ingrédients à son gâteau, sans forcer sur le sucre et le gras.

Une lecture qui m’a agréablement surprise et j’espère qu’il y aura une suite, de la même qualité scénaristique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°187].

Loveday et Ryder – 05 – Feu d’artifice mortel : Faith Martin [LC Bianca]

Titre : Loveday et Ryder – 05 – Feu d’artifice mortel

Auteur : Faith Martin
Édition : HarperCollins Noir (02/02/2022)
Édition Originale : Ryder and Loveday, book 5: A fatal truth (2020)
Traduction : Benjamin Kuntzer

Résumé :
5 novembre 1961 : la famille Hughes se prépare à célébrer la nuit de Guy Fawkes avec pétards et feux d’artifice. Tous sont rassemblés dans le jardin, quand le cabanon dans lequel sont entreposées les fusées s’embrase, causant la mort du patriarche, Thomas Hughes, enfermé à l’intérieur.

L’autopsie conclut rapidement à la mort par asphyxie et le coroner, Clement Ryder, classe l’affaire sans suite.

Mais le lendemain, Duncan Gillingham, un journaliste ambitieux, publie dans l’Oxford Tribune un article accusateur : la justice aurait bâclé le dossier. Selon lui, la famille cacherait la vérité et le décès serait suspect.

Pour calmer l’opinion, l’inspecteur Jennings confie l’enquête à la jeune policière Trudy Loveday. Très vite, celle-ci se tourne vers Clement Ryder. Ils n’auront pas trop de leurs forces réunies pour tenter de percer les mystères du clan Hughes…

Critique :
En 1605, Guy Fawkes avait foiré son complot visant à faire péter le parlement anglais… Son fantôme ne loupa pas son coup, ce 5 novembre 1961, puisqu’il fit sauter le cabanon de jardin.

Oui, la conspiration des poudres, version 1961, a fait péter une cabane au fond du jardin (♫), réduisant en morceaux son proprio, Thomas Hughes.

Chouette, voici une nouvelle enquête d’un duo que j’apprécie tout particulièrement : la policière Trudy Loveday et le coroner Clement Ryder.

Pourtant, à bien y regarder, ceci n’est pas un meurtre, juste un accident malheureux dû à l’imbécilité humaine : les feux d’artifices pour célébrer la Bonfire Night n’étaient pas conservés dans des caisses métalliques et, à cause des feux de joie allumés, sous grand vent, un brandon a malencontreusement allumé le feu (♪).

Désolée, après vous avoir collé du Laurent Gerra dans la tête, je vous y fourre à présent du Johnny…

Nous sommes en novembre, mais un journaliste décide de nous la faire « Oui mais ! » (cherchez, vous trouverez). Et ce n’était pas un accident ? Et s’il y avait des squelettes dans les placards de la famille Hugues ? Avec des « si », on mettrait Paris en bouteille et Loveday & Ryder sur l’affaire.

Ce cinquième tome est un peu plus calme que les précédents, nos deux enquêteurs pensant juste qu’ils sont en train de perdre leur temps à chercher un loup où il n’y en a pas. Oui, la famille Hugues n’est pas exempte de casseroles (eux beaucoup casseroles), mais de là à dire que c’est un meurtre, hein ho, faudrait pas pousser bobonne dans les orties.

Comme dans tous ses autres romans, l’auteur nous dresse un portrait sans concession de la société anglaise de années 60 (fin 50, début 60), ces années où les femmes avaient peu de droit, étaient mères au foyer, ou secrétaires, où les machines à laver commençaient à arriver chez les ménagères et où la phallocratie était reine ! Ou roi, pour ne pas froisser le machisme de certains.

On me signale d’ailleurs que cette maladie extrêmement contagieuse est toujours présente dans nos sociétés et qu’il n’existe pas encore de vaccin…

Anybref, ces enquêtes ne sont pas à découvrir pour le tempo du récit, qui n’a rien d’un 24h chrono, notre duo prenant leur temps, explorant plusieurs pistes, ainsi que la personnalité des différents suspects. Ce sont des tranches de vie des années 60 qui se déroulent sous nos yeux, comme si nous regardions une vieille série policière, et moi, j’adore.

J’ai eu beau triturer mes méninges, impossible de déduire ce qui allait se produire lors du final, impossible aussi pour moi de trouver si l’un ou l’autre des interrogés étaient coupables ou innocents, même de savoir à coup sûr si c’était un accident ou bel et bien un meurtre.

Je me suis laissée porter par leurs pérégrinations dans cette famille, assistant à tous les interrogatoires et je n’a rien vu venir. Ce qui me fait toujours plaisir.

Pour le moment, je n’ai pas été déçue des enquêtes de ce duo atypique, mais qui fonctionne bien et j’ai encore l’intention de suivre leur aventures, avec ma copinaute Bianca, je l’espère, parce que, une fois de plus, nous sommes raccord sur nos impressions de lecture.

Vous en voulez la preuve ? Elle se trouve ici !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°185].

Sherlock Holmes et les Romanov : Pascal Malosse

Titre : Sherlock Holmes et les Romanov

Auteur : Pascal Malosse
Édition : De l’Antre (01/06/2021)

Résumé :
En ce début de XXème siècle, la Côte d’Azur est l’incontournable destination de villégiature de l’aristocratie européenne.

Anglais, Russes, Italiens, Prussiens viennent s’enivrer à la douceur de la vie niçoise. Hélas, dans l’ombre des palais édifiés pour le bonheur de ces illustres visiteurs, un complot se trame : un groupe anarchiste fourbit ses bombes meurtrières.

Sous le soleil de la Baie des Anges, le célèbre détective londonien, plus habitué au « smog » de la capitale britannique, ne risque-t-il pas de perdre sa légendaire sagacité et d’échouer à empêcher un terrible attentat contre la famille impériale russe ?

Critique :
Lorsque j’entre dans une librairie pour acheter un titre bien précis, le hasard me fait souvent tomber sur de l’inattendu.

Ce fut le cas pour ce petit pastiche holmésien, dont je ne connaissais pas l’existence et qui est venu frapper mon regard qui errait sur les étagères du rayon « polar ».

Pour être court, il l’est ! C’est le format d’une nouvelle, guère plus, ce qui est parfait pour une enquête de Sherlock Holmes : ni trop court, ni trop long.

Le caractère des personnages est assez conforme aux originaux, sauf que Watson appelle à un moment donné son ami par son prénom. Sinon Watson est comme d’habitude : il ne voit rien, comme le lecteur.

Holmes se fendra de quelques déductions, ne dira rien sur l’enquête en cours et se réservera le côté de la surprise.

L’enquête n’a rien d’exceptionnel, elle est correcte. La vie des Romanov est menacée par des anarchistes et Holmes doit trouver qui leur en veux, tout en déjouant un possible attentat.

Peu de détails sur les décors, peu de détails sur l’Histoire aussi. Le roi étant George V, nous pouvons en déduire que nous sommes entre 1910 et 1914, puisque la Première Guerre Mondiale n’a pas éclatée.

C’est un petit polar historique qui se lit assez vite, qui est plaisant, sans pour autant casser trois pattes à un tsar de Russie. Nous apercevrons juste la famille royale, rien de plus, ce qui est dommage pour ceux ou celles qui auraient aimé qu’ils soient plus présent (comme moi). La diplomatie est une chose obscure…

Une petite enquête honnête, correcte, agréable à lire, sans pour autant avoir un final à couper le souffle. Malgré tout, ce petit pastiche ira dans l’étagère des « bons pastiches » et non dans les daubes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°168] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 74 pages).

Petits meurtres en campagne ‭– 01 – Les ‬Enquêtes de Lady Hardcastle ‭:‬ T.E Kinsey [LC avec Bianca]

Titre : Petits meurtres en campagne ‭– 01 – Les ‬Enquêtes de Lady Hardcastle

Auteur : T.E Kinsey
Éditions : City (2021) / City Poche (2022)
Édition Originale : Lady Hardcastle Mysteries, book 1: A Quiet Life in the Country (2016)
Traduction : Karine Forestier

Résumé :
Veuve excentrique au passé secret, Lady Hardcastle quitte Londres pour s’installer à la campagne. Accompagnée de Florence, sa femme de chambre qui pratique avec assiduité les arts martiaux, elle compte y trouver le repos, loin de la vie trépidante menée dans les colonies de l’empire britannique.

Mais la campagne peut vite se révéler pleine de surprises, notamment lorsque les deux compères découvrent un cadavre pendu à un arbre. Suicide ? Lady Hardcastle, curieuse de nature, n’y croit pas et elle décide de prendre les choses en main. D’autant que les policiers locaux n’ont pas l’air très futés.

Lady Hardcastle et Florence plongent dans les nombreuses rivalités et les intrigues de leur village d’adoption. Et tout se complique lorsqu’un autre meurtre est commis… Pour les deux détectives amateurs, le tea time attendra, car une chose est certaine : la vie à la campagne n’a rien d’un long fleuve tranquille !

Critique :
Le romans policiers cosy mystery ont le vent en poupe. Tant mieux pour les fans du genre.

Bien que j’apprécie en lire de temps en temps, ce que je cherche surtout dans ce genre de littérature, c’est qu’il y ait de la profondeur ou de l’humour.

« Les détectives du Yorkshire » restent en haut de l’affiche pour leur profondeur dans les scénarios et les personnages.

Quant aux « Enquêtes de Lady Hardcastle », elles se classeront dans le registre de l’humour, de la fraicheur et des bons moments de lecture.

Pas trop de manichéisme dans les personnages (comme j’ai déjà eu la blague dans un autre cozy) principaux ou les secondaires. Lady Hardcastle est une femme assez libre, veuve, qui a vécu des aventures un peu folles avec sa dame de compagnie, Florence Armstrong.

Non, non, pas des aventures sexuelles ! M’enfin ! Des aventures à la Bob Morane, mais en moins violentes ou rocambolesques. L’auteur nous divulguera un petit peu de leurs passés respectifs, sans trop nous en dire. Juste ce qu’il faut pour piquer notre curiosité et l’assouvir un peu.

En 1908, une lady, veuve, qui mange avec sa dame de compagnie, ça fait un peu grincer les dents chez certains, mais ça passe pour une excentricité.

Le socialisme commence à émerger en Angleterre et il est encore considéré comme un gros mot. Le clivage entre les aristocrates et les petites gens est toujours en cours, les domestiques révèrent notre Lady à cause de son statut et considère l’inspecteur comme un moins que rien, puisqu’il ne possède pas de titre de noblesse, lui.

Autre temps, autre mœurs. L’auteur a bien représenté ce clivage entre ceux du tiroir d’en haut et ceux des tiroirs d’en bas, bien que Lady Hardcastle ne se comporte jamais comme une peau de vache avec les domestiques. Elle sait leur parler, les flatter.

C’est une excentrique (elle aime le cinéma, oh my god, shocking !) et son personnage est une bouffée d’air frais tant ses petites réparties ne sont jamais dénuées d’humour. Sa dame de compagnie n’est pas en reste non plus.

Leur duo fonctionne très bien et si la résolution ne froissera pas trois poils de moustache à Poirot, je n’avais tout de même rien vu venir. Avec les deux enquêtes, il y avait moyen de se perdre dans les mobiles exact ou les suspects. Pourtant, nous avons eu des indices.

Anybref, voilà une lecture distrayante, amusante, remplie de fraîcheur, d’humour, de bonnes répliques. Le tout dans une époque où les clivages entre les classes sont toujours présents et où les droits des femmes sont quasi inexistants.

Je remercie Bianca de m’avoir proposé cette LC car c’est une réussite. Suivez le lien et vous saurez tout !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°161].

Retour de flammes – Tome 2 – Dernière séance : Laurent Galandon et Alicia Grande

Titre : Retour de flammes – Tome 2 – Dernière séance

Scénariste : Laurent Galandon
Dessinateur : Alicia Grande

Édition : Glénat (24/02/2021)

Résumé :
Paris, 1941. Le pyromane détruisant les pellicules de films allemands et l’assassin de Victoire courent toujours.

À travers son exploration des milieux interlopes du spectacle sous l’Occupation, le commissaire Engelbert Lange voit resurgir de vieux démons.

Hanté par le fantôme de sa mère qui l’avait abandonné pour tenter une carrière de comédienne et espionné de près par la Gestapo, pas facile de garder la tête froide pour résoudre cette double-enquête digne d’un film de Clouzot…

À travers ce polar historique bien ficelé et dessiné par la prometteuse Alicia Grande, Laurent Galandon nous fait arpenter les rues d’un Paris occupé où le cinéma peut aussi bien servir à contester le pouvoir qu’à le maintenir.

Critique :
C’était la dernièr’ séquence ♪ C’était la dernièr’ séance ♫ Et le rideau sur l’écran est tombé ♫ (*)

Et oui, avec ce second album, les réponses seront données, mais ce sera aussi la dernière séance, celle où la projection s’arrête.

Le passé du commissaire Lange est révélé et je comprends mieux pourquoi il avait tant de haine envers le monde du cinéma. À sa place, nous aurions fait de même.

Le scénariste évite aussi le manichéisme des acteurs/actrices tournant pour la Continental, firme allemande, juste pour les cachets juteux qu’ils reçoivent : lorsque le producteur Greven (un allemand) veut quelqu’un ou quelque chose pour ses films, il ne recule devant rien et bien des acteurs/actrices n’ont pas eu le choix de refuser.

Pourtant, il n’est pas tout à fait noir, plutôt en nuances de gris, comme bien des personnages de ce diptyque, ce qui les rend terriblement réalistes.

Les choses s’accélèrent dans ce tome, l’enquête fait de grands pas et j’ai été scotchée par la résolution, tant je n’avais rien vu venir !

Le scénariste est aussi allé un peu plus loin qu’une résolution à la « Colonel Moutarde avec le briquet dans la cabine de projection ». C’est plus profond que ça, plus réfléchi dans l’esprit du Commissaire Lange, qui, contrairement à son nom, laissera passer ce que d’autres auraient retenu.

Cela le rend plus humain aussi. Et sa partie de bras de fer avec Greven était très bien menée aussi, bravo l’ami !

♫ La lumière s’éteint déjà et le film est terminé… ♪

Ces deux bédés, qui se déroulaient dans le milieu du cinéma et à Paris sous l’Occupation de 1941, étaient véritablement bien menées. Comme quoi, ceux qui disent du mal des bédés (que ce sont pour les enfants), se trompent lourdement.

(*) Eddy Mitchell – La dernière séance

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°150], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°32] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 62 pages).