La loge noire : Jean-Pierre Croquet

Titre : La loge noire

Auteur : Jean-Pierre Croquet
Édition : L’Archipel (22/02/2017)

Résumé :
Angleterre, mai 1914. Alors que des menaces de guerre planent sur l’Europe, l’inspecteur Adey enquête sur une série de meurtres étranges, qui ne sont pas sans rappeler ceux de « l’automne de la terreur », où un certain Jack l’Éventreur sévissait dans les quartiers pauvres de Whitechapel.

Au même moment, un courtier du nom de Mark Bowen se rend à Londres pour acquérir la Kabbala denudata, un incunable essentiel de la tradition occulte.

Il est mandaté par Aleister Crowley, membre de la société secrète Golden Dawn, qui traîne une réputation de mage noir… et milite dans les mouvements séparatistes celtisants.

Mais lorsque Bowen arrive à la librairie de Geoffrey Bloom, dans le quartier mal famé de Soho, il découvre celui-ci égorgé. Et l’ouvrage convoité a disparu !

Coupable idéal, Bowen devient un homme traqué. Pour prouver son innocence, il devra retrouver l’assassin et découvrir quel secret cache la Kabbala denudata que convoite la mystérieuse Loge noire…

Critique :
Londres, mai 1914. Un serial-killer sévit dans les ruelles de ma ville préférée, rappelant un peu les sordides crimes de jack The Ripper, le tout sur fond de société secrète, de franc-maçonnerie et de tensions entre les pays.

Le genre de came que je ne pouvais pas laisser passer !

Et bien, entre nous, nous sommes loin de l’excellence came produite par Heisenberg ! On n’est même plus bas que de celle produite au départ par Jesse Pinkman.

Un peu comme si on avait utilisé de la pseudoéphédrine au lieu de la méthylamine pour la préparer et qu’on avait monté un peu trop haut dans les températures car le produit final est insipide, n’a pas la belle couleur bleue qu’il aurait dû avoir et ne m’a pas fait planer une seule seconde.

Pire, je n’ai même ressenti aucune émotion lors de la mort de personnages qui ne le méritaient pas et dont une scène aurait dû m’arracher des larmes au minimum.

C’est assez touffu, confus, brouillon, les personnages sont insipides, les Méchants sont loupés, ne fichant même pas la trouille, malgré leur folie, quand aux personnages principaux, on ne s’y attache pas une seule seconde, ce qui fait que s’ils avaient tous bu le bouillon de onze heure, ça ne m’en aurait même pas secoué une.

Quant à l’écriture, elle ne brillait pas par son originalité et je l’ai trouvée très plate et simpliste.

Anybref, une came qui n’avait pas la qualité que je pensais, qui ne m’a pas fait planer du tout, qui m’a fait bailler et qui ne restera pas longtemps dans mes étagères mais finira en don.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver),Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book etLe Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°58 – Le Marchand de Couleurs Retiré des Affaires – lire un livre dont le titre comporte le nom d’une couleur ).

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L’homme aux deux ombres : Steven Price

Titre : L’homme aux deux ombres

Auteur : Steven Price
Édition : Denoël (9 Novembre 2017)
Édition Originale : By Gaslight
Traducteur : Pierre Ménard

Résumé :
Londres, 1885. Une tête de femme est repêchée dans les eaux sombres de la Tamise.

En charge de l’enquête, le grand détective William Pinkerton se lance sur la piste du célèbre Edward Shade, mais ce dernier lui file sans cesse entre les doigts.

Pinkerton s’engouffre alors dans les bas-fonds londoniens : réverbères dans la brume, fumeries d’opium, égouts tortueux, séances de spiritisme.

Il y découvre un monde d’espions, de maîtres chanteurs, d’adeptes de sectes, de voleurs à la petite semaine et de tueurs sans pitié.

Grandiose, profondément évocateur, L’Homme aux deux ombres dresse le portrait saisissant de personnages au bord de l’abîme.

Plongé dans un univers de secrets et de faux-semblants, le lecteur découvre l’histoire du lien improbable entre William Pinkerton, détective de légende, et Edward Shade, l’homme le plus mystérieux de la capitale victorienne.

Critique :
Si vous avez envie de savoir à quoi pouvait bien ressembler Londres en 1885 et si le souffle de la grande aventure vous tente, faut pas hésiter et plonger la tête la première dans cette grosse brique !

Non seulement ce roman vous promènera dans une partie des bas-fonds londoniens, mais, en plus, il vous emmènera en Afrique du Sud pour un vol de diamant et aux États-Unis durant la guerre de Sécession.

Le tout grâce à deux personnages principaux dont je vais vous parler un peu.

Le premier, ce sera William Pinkerton… Oui, c’est bien le fils de l’autre, Allan, le fondateur de l’agence de détectives américaines.

William est à Londres et « Le fils de » suivait Charlotte Reckitt, une femme sensée le mener sur la piste de l’insaisissable Edward Shade, quand celle-ci est retrouvée découpée en morceaux et jetée dans la Tamise.

D’un autre côté, nous avons fait aussi connaissance avec Adam Foole et sa fine équipe composée d’un ancien taulard et une gamine aux doigts de fées. Adam est l’ancien amant de Charlotte Reckitt et qui voudrait bien savoir ce qui est arrivée à son ex copine pour finir en puzzle grandeur nature.

770 pages qui sentent bon la grande aventure car on passera des bas-fonds à quelques salons feutrés, on se baladera dans les égouts, sur la Tamise, on jouera les monte-en l’air, aussi, sans oublier que nous voyagerons aussi dans le temps et l’espace, passant de Londres à l’Afrique du Sud et à l’Amérique en guerre.

Au travers des yeux et les souvenirs des deux personnages principaux que sont William Pinkerton et Adam Foole, on suivra cette enquête au plus près, tout en faisant de courtes incursions dans leur passé, ce qui pourrait apporter de la lumière sur leur présent et sur leur moi profond.

Les personnages sont remplis de doutes, tout un affichant un air d’hommes sûrs d’eux, ils ne sont pas manichéens, possèdent des qualités, des défauts et sont assez complexes dans leur portrait brossé. Rien n’est jamais tout à fait noir ni tout à fait blanc, chez eux.

Si les personnages ont leur importance, le décor qui les entoure en a encore plus et l’auteur a su créer une atmosphère qui colle aux doigts, une atmosphère réaliste et il faudra compter avec le personnage de la ville de Londres.

Parfois, il y avait quelques longueurs, une centaine de pages auraient rendu le rythme plus trépident, mais il aurait fallu pour cela sabrer dans tout le décor, et, ma foi, cela aurait été dommage.

Par contre, j’ai eu du mal au départ avec les dialogues car ils ne comportent ni tiret cadratin, ni guillemets. Heureusement qu’il y avait un saut de ligne, sinon, le roman aurait été indigeste.

Mon seul véritable bémol sera pour un petit manque de flamboyance dans le souffle dans la grande aventure épique : il a manqué un peu d’épices dans les personnages de l’équipe d’Adam Foole pour que je m’attache vraiment à eux.


Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) , le challenge US (2017-2018) chez Noctembule, le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book.

Oscar Wilde et le mystère de Reading : Gyles Brandreth [Saga Oscar Wilde 6]

Titre : Oscar Wilde et le mystère de Reading

Auteur : Gyles Brandreth
Édition : 10-18 (19/09/2013)
Édition Originale : Oscar Wilde and the murders at Reading Gaol (2012)
Traducteur : Jean-Baptiste Dupin

Résumé :
Tout juste libéré de la prison de Reading, ou il a été enfermé deux ans, Oscar Wilde se réfugie à Dieppe. Il croise la route d’un mystérieux étranger manifestement très intéressé par son histoire.

Jour après jour, Wilde entame le récit de son calvaire, des corvées endurées, de la censure… sans oublier le double meurtre qu’il lui a fallu résoudre.

Car dans une affaire si délicate, à quel saint se vouer, si ce n’est au détenu le plus célèbre de Reading Gaol ?

Critique :
Cela faisait un petit temps que ce roman trônait sur ma pile, plusieurs fois je l’avais pris en main, à chaque fois je l’avais reposé, repoussant sans cesse le moment fatidique de la lecture…

Pourquoi ? Parce que c’était le dernier qu’il me restait à lire de cette série consacrée aux enquêtes d’Oscar Wilde, et qu’en plus, c’était le volume consacré aux deux années que Wilde passa en prison, accusé du crime de sodomie.

À cette époque, et jusqu’à peu, la sodomie était un crime punissable d’emprisonnement en Angleterre, et même si depuis longtemps on n’enfermait plus les homosexuels, la loi existait toujours dans le code anglais jusqu’il y a peu.

Oscar Wilde, mon dandy flamboyant, mon amateur de bons mots, de bons champagnes, de mets capiteux, de fêtes, cet amateur d’indolence, ce brillant écrivain, réduit à des travaux forcés dans un bouge infâme où l’on n’a même pas le droit de parler !

 » … avant sa chute et son incarcération Oscar Wilde était un homme heureux. Le bonheur était, pour ainsi dire, l’essence même de sa personnalité. Oscar Wilde était une fête – c’était une fête d’être avec lui, une fête de le connaître. Il aimait la vie : il la savourait. »

Au matin du lundi suivant – le 27 mai 1895 – je fus confronté à toute l’horreur de ma situation. J’avais fréquenté les princes, dormi dans des draps fins, respiré des flagrances subtiles. J’avais bu les meilleurs champagnes, m’étais nourri de homard et de caviar frais. À six heures, ce jour-là, je m’éveillais dans ma cellule de Newgtate et fumai ma dernière cigarette.

Comme dans « On the brinks » de Sam Millar, l’auteur décrit avec force les conditions inhumaines des prisons anglaises (de sa cellule de Newgate à la prison de Pentonville, puis à Wandsworth et enfin à Reading Goal) et du comportement, inapproprié, de certains matons, dont le gardien Braddle, cancrelat de l’existence qui ne se sent fort que lorsqu’il rabaisse les plus faibles que lui.

« Mon séjour à Pentonville fut un enfer. Pendant quatre semaines, j’endurai la torture du moulin. Heure après heure, jour après jour, nous étions trente-deux malheureux anonymes, silencieux, sans visage, enfermés dans une gigantesque roue en bois où nous marchions, marchions, marchions – sans autre but que notre humiliation. »

En prison, le temps n’avance pas. Il tourne sur lui-même. Il parait évoluer en cercle autour d’un centre de douleur. En prison, il n’y a qu’une saison : la saison du chagrin… C’est toujours le crépuscule dans les cellules, comme c’est toujours le crépuscule dans les cœurs.

Si les 5 autres tomes étaient joyeux, celui-ci est assurément le plus sombre, le plus tragique, le plus triste, car nous savons qu’après ses deux ans d’emprisonnement, Wilde ne survivra pas longtemps et s’éteindra le 30 novembre 1900.

Le mercredi 20 novembre 1895, je fus transféré de la prison de Wandsworth à celle de Reading. De toutes mes journées de détention, celle-ci fut sans doute la plus humiliante. On m’emmena par le train. De deux heures à deux heures et demie ce jour-là, je dus rester debout sur le quai principal de la gare de Clapham Junction, en tenue de bagnard, menotté, de façon que chacun pût me voir. On m’avait arraché à ma cellule dans l’infirmerie de la prison de Wandsworth sans me laisser un instant pour me préparer. J’offrais le plus grotesque des spectacles. Quand ils m’apercevaient, les badauds éclataient de rire.

Au lieu de libations et de joyeusetés proférées par notre dandy anglais, nous aurons droit à un compte-rendu des joyeusetés qui se déroulaient dans les geôles anglaises, pourtant, jamais le récit ne sombrera dans le pathos et de temps en temps, il sera même éclairé par un geste de bonté de la part de l’un ou l’autre intervenant.

Et quand il levait les yeux sur sa congrégation de détenus, son regard ne suggérait ni mépris, ni inquiétude, n’évoquait ni rat, ni belette.

Cette fois-ci, l’enquête de Wilde sera plus discrète, les conclusions se dérouleront dans sa tête, avant qu’il ne nous raconte tout, et il faudra être attentif durant sa lecture car nous le savons tous, le diable se cache dans le moindre petit détail.

Pourtant, les leçons de mon Maître ont dû porter leurs fruits, parce que comme Wilde, j’ai déduis une chose que personne d’autre dans la prison n’avait compris ! Et nous avions raison, lui et moi. Normal, nous sommes les meilleurs.

Un tome plus sombre, moins joyeux, car voir le grand Oscar Wilde trainé dans la boue, vilipendé, voué aux gémonies, n’est jamais agréable.

— Je suis déjà mort, répliquai-je.
— Non, Wilde. C’est peut-être en enfer que vous vivez, mais vous vivez.

Le pauvre ne pouvait pas savoir que maintenant, il serait toujours considéré comme un Grand Auteur et que le monde se contrecarre de ses préférences sexuelles (enfin, ceux qui, comme moi, n’en tienne pas compte, Frigide doit l’avoir mis à l’index et ce n’est pas là qu’il faut le mettre).

Un tome où l’enquête se déroulera d’une autre manière, plus subtile, plus cachée, où nous apprendrons les faits au compte-goutte et où il faudra attendre les dernières pages pour avoir les ultimes conclusions et voir la pièce dans toute sa splendeur car nous sommes face à un Grand du crime, un criminel qui aurait fait le bonheur d’un Holmes car il était retors à souhait.

Le fil rouge du meurtre se mêle à l’écheveau incolore de la vie. Notre affaire est de le débrouiller, de l’isoler, de l’exposer dans toutes ses parties…c’est du moins ce que dit mon ami Conan Doyle.

Un tome qui, comme je le redoutais, ne clôt pas la série puisqu’un nouveau tome est sorti en septembre 2017 (je viens de l’apprendre maintenant) et que je pourrai donc retrouver mon Wilde aux côtés de Conan Doyle et oublier ainsi les conditions de détentions inhumaines qui furent celles des prisons anciennes.

C’est avec regret que j’ai terminé cette lecture et même si le récit était sombre, Wilde a su, même dans l’adversité, me l’égayer.

Je méprise les journalistes : ils passent leur temps à s’excuser en privé de ce qu’ils ont écrit en public. Et je n’ai pas beaucoup plus d’affection pour les éditorialistes. (Après tout, qu’y a-t-il derrière un éditorial sinon préjugés, bêtise, verbiage et coquecigrues ?).

Toute autorité est avilissante, Mr Wilde. Elle avilit ceux qui l’exercent et elle avilit ceux sur qui elle s’exerce.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver), Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°54 – L’Illustre Client – lire un livre dont le titre contient le nom d’un personnage célèbre), le Mois du polar (Février 2018) chez Sharon et Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book.

Les Enquêtes de Nicolas Le Floch – Tome 14 – Le Prince de Cochinchine : Jean-François Parrot

[Billet Bénévole de Dame Ida qui atteste une fois encore ne pas avoir reçu de tailleurs Chanel ou de salaire de la revue des Deux Mondes]

Titre : Les Enquêtes de Nicolas Le Floch – Tome 14 – Le Prince de Cochinchine

Auteur : Jean-François Parrot
Édition :

Résumé :
1787, Nicolas Le Floch de passage en Bretagne pour la naissance de son petit-fils retrouve son ami de jeunesse, Pigneau de Behaine, devenu évêque d’Adran.

Ce dernier est venu discuter une alliance entre le roi de Cochinchine et Louis XVI.

L’enquête du commissaire, pour meurtre, se trouve doublée d’affaires d’État où les intérêts du royaume sont fragilisés par les complots soutenus par la Triade.

Critique :
Or donc, lorsque fut venu le temps de procéder à mon bookshopping trimestriel avec une vieille amie (oh oui ! Elle a bien vingt ans de plus que moi… Comment ? Non ! Ce n’est la nouvelle doyenne des français ! Qui a dit ça ?), tandis que je furetais dans les rayons, je suis tombée sur le quatorzième volet tout chaud sorti du four, des enquêtes de Nicolas Le Floch, Commissaire au Châtelet dont j’ai eu le privilège de suivre la carrière assidument depuis ses débuts sous le règne de Louis XV…

Il va sans dire que je l’ai prestement ajouté à mon panier et que j’ai laissé ma PAL en souffrance souffrir un peu plus… Elle n’est plus à ça près la pauvre!

Élevé par le Chanoine Le Floch dont il portera le nom, il apprend qu’il est en réalité le bâtard et seul fils d’un Marquis de Ranreuil dont il hérite le titre.

Il lui faudra en revanche treize aventures pour éclaircir les mystères de la généalogie de sa branche maternelle qui lui réserveront des surprises assez conséquentes expliquant peut être à quoi il doit tous les petits coups de pouces qui ont fait de lui le Commissaire des « Affaires Extraordinaires » de la couronne.

Depuis que la petite vérole a emporté Louis XV, et a chassé la Du Barry de Versailles, le voilà au service de Sa Majesté Louis XVI depuis quelques volumes. Il semble que le compte à rebours avant le déclenchement de la Révolution française soit déjà bien avancé puisque cette aventure débute en 1787, soit deux ans avant la prise de la Bastille.

Le volume précédent évoquait déjà l’affaire du collier d’une reine à la réputation bien entamée.

Celui-ci évoque une insécurité croissante dans la capitale, et une détestation de plus en plus marquée du petit peuple pour l’aristocratie.

Une détestation qui est attisée en réalité par les spéculations discrètes d’une bourgeoisie toute aussi nuisible aux conditions économiques de vie du peuple que les abus des nobles… Bourgeoisie qui confisquera à son profit le pouvoir et qui laissera le peuple aussi pauvre qu’avant… Jusqu’à aujourd’hui.

Ainsi, Nicolas Le Floch s’est retiré en ses terres de Ranreuil avec son propre fils (né de sa liaison avec une ancienne périprostipute devenue Lady outre-manche et espionne pour le compte des français !), dont la femme vient d’accoucher de la troisième génération d’une lignée de Ranreuil où la bâtardise semble être devenue une tradition remontant à l’avant dernier règne.

Or, voilà que Nicolas qui se détend en folâtrant dans les vagues bretonnes échappe de peu à un attentat, et apprend en se réfugiant en son logis qu’un messager est venu lui apporter deux missives lui intimant de se rendre d’urgence à Paris…

Messager qui a pour tâche de l’escorter pour le protéger d’un nouvel attentat… et n’hésite pas à zigouiller un personnage fort suspect en chemin.

Une fois arrivé à Paris, Nicolas essaie de comprendre  pourquoi on l’avait mandé.

Vaine tentative puisque les signataires des deux billets qui avaient réclamé son retour semblent ne rien y comprendre et ne se souviennent pas d’avoir signé ou expédié quoi que ce soit.

L’ombre de Sartine, son ancien supérieur appelé depuis à de plus hautes et mystérieuses fonctions y serait-elle pour quelque chose?

L’idée ne manque de traverser la tête de notre héros. Dans ses tentatives pour éclaircir ce mystère, voià qu’il retrouve un de ses très vieux amis devenu évêque pour les Missions Etrangères, en charge de négociations pour le Roi de Cochinchine qui a laissé son propre fils encore bien jeune venir en France en signe de confiance à l’égard de la France…

Et voilà que Nicolas se trouve accusé du meurtre du messager qui l’avait escorté et qui s’avérait ne pas être qui il prétendait…

Une mésaventure qui vaudra à notre héros de visiter les geôles de la Bastille dont il sortira d’une façon assez rocambolesque.

Et qu’a donc à voir tout cela avec l’intrusion au sein des Missions Étrangères où le petit Prince de Cochinchine a failli être enlevé en même temps que fut dérobé le sceau de son père ?

Quelle est donc cette mystérieuse secte amanite qui ourdirait ses complots dans l’ombre ? Et que vient donc faire la Hollande dans ce bouillon de plus en plus obscur?

Ce que j’en ai pensé… ? Bon… Ben je suis un peu embêtée.

D’abord parce que je suis fan depuis le début du beau Marquis (celui de Ranreuil ! Pas celui de Sade !). C’est toujours avec impatience que j’attends le prochain volume de ses aventures (un peu comme on attend une nouvelle saison du Sherlock de la BBC !).

Certes, j’y ai retrouvé avec plaisir le style ampoulé que l’auteur emploie pour que son livre fleure bon le XVIIIème siècle…

Certes, j’y ai retrouvé le talent avec lequel il parvient à mêler la grande histoire à ses petites histoires, nous dressant un tableau assez fidèle et précis de la situation sociale et politique de l’époque…

Certes, c’est toujours avec tendresse que je retrouve ses personnages récurrents à la psychologie finement campée, comme on retrouve de vieux amis, et qu’il sait faire évoluer et vieillir au fil des années (allez savoir pourquoi mais j’ai une grande affection pour « La Paulet », mère maquerelle monstrueuse – rien à voir avec celle du film qui est jolie et classe – au langage fleuri et qui écorche les expressions métaphoriques de la langue française d’une façon plus que comique)…

Certes, j’ai regretté qu’il nous parle un peu moins cuisine (les précédents volumes étaient généreux en descriptions de recettes d’époque)…

Mais…

Mais j’ai eu un peu de mal à adhérer à l’intrigue… Ou du moins à ces deux intrigues dont on se demande quand elles vont (ou pas !) finir par se mêler et prendre du sens l’une par rapport à l’autre pratiquement jusqu’à la fin.

Ménager son suspens est une chose… Mais à force de le ménager on maintient là le lecteur dans une inconfortable perplexité qui m’a un peu gâté mon plaisir.

Durango – Tome 13 – Sans pitié : Yves Swolfs

Titre : Durango – Tome 13 – Sans pitié

Scénariste : Yves Swolfs
Dessinateur : Yves Swolfs

Édition : Alpen Publishers (1998) / Les Humanoïdes Associés (2006) / Soleil Productions (2008)

Résumé :
À Nortonville, Durango coule des jours heureux auprès de la belle Célia, jusqu’au jour où Louie Holledigger et sa bande de malfrats débarquent en ville. Ils s’attaquent à une ferme et massacrent les membres de la famille qui l’habite.

« Crazy Louie » est recherché, mais seul un homme de l’envergure de Durango serait en mesure de l’arrêter.

Est-ce l’appel du révolver, ou la soif de justice qui le pousse à venger cette famille ? Ignorant les implorations de Célia, Durango se lance à la poursuite du meurtrier…

Critique : 
On aurait pu arrêter la série Durango à l’album précédent, nous laissant sur l’image de notre gaucher préféré coulant des jours heureux à Nortonville dont il venait de liquider la vermine qui la gangrenait.

Et je dis bien « arrêter la série » car l’auteur aurait sans doute vite tourné en rond avec un personnage tel Durango restant dans la même ville. Les scénarios ne sont pas légions pour un homme tel que lui.

Ben pas de bol, l’auteur l’a fait sortir de se torpeur, tout en nous signalant qu’il avait continué à s’entrainer au tir, on ne sait jamais.

Pour faire sortir notre tueur blond sexy, il fallait une bonne raison et l’auteur ne s’est pas foulé à nous en pondre une : un bandit voleur de banques n’était pas assez fort, alors, il a ajouté à Louie Holledigger le fait d’être un tueur sadique d’enfant, doublé d’un pédophile.

Les dessins sont toujours superbes, les couleurs chatoyantes dans des tons jaunes ocres, mais le scénario est banal : une simple chasse à l’homme dans le plus pur style western spaghetti, sans rien de plus.

Louie Holledigger n’a rien de neuf dans le paysage, on en a déjà croisé des comme lui, dans les autres albums, des tueurs avec plus de charisme, plus de présence, plus d’épaisseur.

Ici, on a l’impression de se trouver dans un album « de plus », juste pour faire un de plus, l’album transition qui fera repartir Durango sur les routes à la poursuite d’autres salauds.

J’apprécie toujours autant de retrouver mon tueur sexy blond, mais j’aurais aimé une aventure avec plus de profondeur, en apprendre un peu plus sur ce qui a fait de Durango un tueur impitoyable envers les salauds et pas rien que les quelques cases aperçues dans cet opus.

Alors oui, on ne s’embête pas dans cet album même si le scénario n’est guère épais, on croise des salauds de toute première classe, mais sans épaisseur véritable, on prend plaisir à revoir Durango ressortir sa pétoire pour faire des cartons sur des enfoirés de leurs mères, mais, selon moi, on aurait pu aussi très bien s’arrêter à « L’Héritière ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Frère Athelstan – Tome 2 – Le donjon du bourreau : Paul Doherty

Titre : Le donjon du bourreau [Deuxième des riches et navrantes aventures de frère Athelstan]

Auteur : Paul Doherty (Paul Harding)
Édition : 10-18 (2000) / 10-18 (2013) – Nouvelle couverture

Résumé :
Décembre 1377. Le dominicain Frère Athelstan a des problèmes avec ses ouailles. Le Mal rôde dans le cimetière dont il a la charge et plusieurs corps ont été mystérieusement déterrés.

Mais Sir John Cranston, le coroner de Londres, dont il est l’assistant, le réquisitionne pour élucider une autre affaire aussi étrange.

Le gouverneur de la Tour de Londres, Sir Ralph Whitton, vient d’être assassiné. Il avait reçu un étrange message quatre jours auparavant et craignait pour sa vie.

Les suspects sont nombreux et les deux limiers devront chercher dans le passé de la victime pour comprendre ce meurtre étrange commis dans une pièce fermée de l’intérieur et gardée par des soldats dévoués.

Critique :
Après avoir arpenté le Londres de Jack ou de Sherlock Holmes, j’ai eu envie de changer d’époque.

Ni une, ni deux, j’ai encodé une nouvelle date dans ma DeLorean : direction Londres en décembre 1377 ! Putain, ça caille !

Mince, je me suis trompée de date ou la machine a bugué parce que j’ai atterri près de Chypre, en juin 1362, sur un bateau immobilisé sous la canicule…

Bon, vaut mieux ne pas s’attarder, des galères barbaresques viennent d’assaillir le petit navire et ce fut « pas de quartier ».

Après ce petit détour, me voici bien arrivée  à Londres, en pleine période de l’Avent (décembre). C’est la bonne date, la Tamise est gelée, il y a de la neige, tout le monde se gèle les miches et l’intro sous le soleil était courte mais horriblement intense.

Pataugeant dans la neige, mon fidèle destrier me conduit à Southewark, chez le frère Athlestan est bien et malgré qu’il soit un homme d’église, notre rencontre se déroule on ne peut mieux. C’était ma première fois avec lui…

Dans la littérature policière, les duos atypiques sont légions car non seulement les opposés s’attirent, mais en plus, un tandem disparate emmènera mieux l’attelage qu’une paire de même caractère, le fougueux entraînant le calme qui lui même tempérera les ardeurs du plus nerveux.

Un duo composé d’un homme d’église et d’une homme de loi n’est pas une nouveauté non plus, puisque notre bon vieux frère Cadfael enquêtait aux côtés de Hugh Beringar dans une Angleterre médiévale elle aussi.

On aurait pu dire, en poussant un lourd soupir « Rien de neuf sous le soleil », mais je vous rassure de suite, il n’y a rien de commune entre les deux !

Si Cadfael a connu le monde et est devenu moine ensuite dans une congrégation, le Frère Athelstan est un frère prêcheur (un prêtre), a sa propre paroisse, en sort quand il veut et son ami le coroner qu’il assiste, Sir John Cranston, a tout d’un Gérard Depardieu éructant, jurant comme un charretier, malmenant tout le monde, rotant, pétant sans vergogne, buvant comme un soiffard (ou un trou) et bouffant comme quatre.

— Si vous rudoyez un peu les suspects, avait-il un jour proclamé, ils ont moins de temps pour concocter leurs mensonges. Car, comme vous le savez, mon frère, la plupart des criminels sont des menteurs.

Oui, comme je le disais plus haut, le duo est atypique, mais pas besoin de fouetter cette belle paire – dont l’un est empâté – car si Sir John s’arrête à toutes les chapelles que sont les auberges, frère Athelstan tente de modérer sa consommation de boissons alcoolisées.

Une chose m’a frappée (aie) : l’auteur connait l’Histoire d’Angleterre sur le bout des doigts et met ses connaissances à profit pour nous décrire une ville de Londres comme si nous y étions (ou comme si lui l’avait arpentée avec les voyages Thomas Cook).

Ses descriptions sont criantes de vérités, sans pour autant devenir longues à lire et les moeurs de cette époque troublée sont racontées aux travers des actions ou réflexions de nos personnages, le tout sans devenir lourd ou ennuyant.

Avec des mots savamment recherchés, utilisant un langage riche (définitions de certains mots en bas de page, sinon, ouvrez le dico), il nous dépeint des lieux, des situations, le fonctionnement de la Tour de Londres, la vie à cette époque, la dichotomie dans la population (les riches d’un côté, les très pauvres de l’autre) et ça te donne une putain d’atmosphère.

— Malheur à cette ville ! Malheur à ses officiers corrompus ! Malheur à ceux qu’ils servent, à ceux qui, vêtus de soie, se vautrent sur leurs couches luxurieuses, à ceux qui se gorgent de bonne chère et de vins capiteux. Ils n’échapperont pas à la tempête qui se lève ! Comment peuvent-ils commettre le péché de gloutonnerie quand leurs frères humains meurent de faim ? Telle est la question à laquelle ils devront répondre !

N’ayons pas peur des mots, j’en ai bavé de plaisir.

La Tour se dressa devant eux. Remparts abrupts, tourelles, bastions, merlons et créneaux, tout était recouvert de neige. Masse de pierre taillée, l’imposante forteresse semblait avoir été bâtie non pour défendre Londres, mais pour la réduire à l’obéissance.
— Quel endroit sinistre ! marmonna Cranston. Le Donjon du Bourreau.
Il jeta un coup d’œil perplexe à Athelstan.
— Nos vieilles connaissances, la Mort et le Crime, y rôdent.

De plus, la manière de parler des personnages, certaines tournures de phrases, des réflexions, ou les jurons sont d’époque et vieillis en fût de chêne ! Le tout sans devenir pompeux ou lourd à lire.

Si j’ai une aversion pour les gens du clergé (et si des gens du clergé me lisent, tant pis), j’ai pourtant un gros faible pour le frère Athelstan qui est un prêtre qui se soucie de ses ouailles, qui s’énerve de temps en temps, qui jure, même, aussi, et qui a des sentiments pour la veuve Benedicta, même si le tout reste platonique, l’auteur ne nous faisant pas entrer dans l’intimité des nuits du frère Athelstan…

Quant à son ami, le coroner Sir John Cranston, cette grande gueule qui se fait tout petit devant sa femme, ce grand engoufreur de nourriture devant l’Éternel (qui est le berger de frère Athlestan), ma foi, son côté impétueux me plaît bien.

— Et bien, il vous ressemblera comme deux gouttes d’eau : pas un cheveu sur le crâne, rougeaud, buvant tout son saoul, pétant et rotant sans cesse, braillant continuellement et faisant de grands discours sans queue ni tête !

L’enquête sur des morts atroces survenues dans la Tour de Londres est remplie de mystères puisque nous avons le principe de la chambre close, et quand bien même j’avais deviné la méthode pour assassiner le gros porc qui y dormait, et de ce fait, avait le coupable, je n’ai pas boudé mon plaisir car le tout est entraînant et un véritable bonheur de fin gourmet à lire.

Certes, pour savourer ce genre de roman, faut aimer :

  • Les whodunit L’époque
  • Une enquête qui va piano
  • Les descriptions détaillées des ruelles traversées ou des lieux

Arpenter ces venelles de Londres, juchée sur la croupe du cheval de frère Athelstan fut une belle aventure que je compte bien réitérer, après avoir acheté les autres romans de la collection, puisque, pas de bol, celui que j’avais acheté pour le tester – en seconde main – était le tome 2 et que je ne possédais que celui-là.

Anybref, avec ce polar historique, j’ai eu ma dose car c’était de la bonne came littéraire !

PS : Entre nous, si j’adore les romans se passant sous l’époque victorienne, je n’aurais pas eu envie, par contre, d’y vivre, mais là, j’ai encore moins envie de vivre sous cette époque moyenâgeuse !! Z’ont pas la wifi, connaissent pas les mojitos et pour trouver une café digne de ce nom, faut même pas essayer !!

— Le seul et vrai spectre, c’est la peur. Elle brise l’harmonie de l’intelligence et trouble l’âme. Elle crée une atmosphère de danger et de sourde menace. Notre assassin se révèle à la fois extrêmement habile et subtil : il parvient exactement à ses fins.

Challenge« Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

Le rat géant de Sumatra : Rick Boyer

Titre : Le rat géant de Sumatra

Auteur : Rick Boyer
Édition : Mycroft’s Brother (2003)

Résumé :
Selon les holmésiens du monde entier, il s’agit de l’un des meilleurs pastiches de Sherlock Holmes publié, depuis les histoires que sir Arthur Conan Doyle nous a livrées. On y retrouve le détective et son fidèle Watson opposés au rat géant de Sumatra, débarqué en Angleterre par un mystérieux personnage qui se révèle être une vieille connaissance de Sherlock Holmes.

Publié aux Etats-Unis en 1976, ce livre a été réédité aux Etats-Unis en 1998 dans un recueil de quatre aventures intitulé A Sherlockian Quartet.

La traduction, par un spécialiste holmésien, restitue parfaitement le style du docteur Watson, biographe officiel de Holmes. Une qualité rare en la matière.

Critique :
Tout ceux et celles qui ont lu « Le vampire du Sussex » connaissent cette phrase célèbre de Sherlock Holmes au sujet d’une certaine Matilda Briggs…

« Matilda Briggs n’est pas le nom d’une jeune fille, Watson, dit Holmes d’une voix lointaine. C’est le nom d’un navire dont le destin est associé à celui du Rat géant de Sumatra. Une histoire à laquelle le monde n’est pas encore préparé ».

Et on la trouve où, cette fameuse histoire du rat géant ? me demandez-vous.

Nulle part dans le canon holmésien car elle n’existe pas, elle fait partie de ce que les holmésiens ont nommé les Untold Stories, c’est à dire les histoires citées par Watson dans le canon holmésien, mais jamais écrites par Conan Doyle.

Lorsque j’avais acquis ce petit roman (175 pages, texte sur deux colonnes), j’avais eu une petite appréhension que les louanges faites à ce pastiche n’étaient pas parvenues à éteindre, échaudée que j’étais après avoir lu du grand n’importe quoi réalisé par d’autres auteurs qui avaient eu aussi brodé sur ce fameux rat géant.

Ma lecture initiale m’avait presque faite pleurer de plaisir tant le roman était fin, tant il n’avait pas sombré dans un gouffre abyssal de conneries ou de rats ayant la taille d’un poney.

Cette relecture fut tout aussi plaisante que la première fois, preuve qu’il était bon, ce petit pastiche, même s’il était cher (>20€).

L’auteur respecte tous les codes du canon holmésien et une fois de plus, cette untold stories pourrait très bien être intégrée aux véritables récits du Watson de Conan Doyle tant on s’en approche.

Richard Boyer, l’auteur, joue avec les codes, les utilise à bon escient, fait des références à des autres affaires, nous offrant un Sherlock Holmes et un Dr Watson proche des véritables, tout en ajoutant son style à lui.

Cherchez pas la petite bête, tout y est ! Et pour les lecteurs des aventures de Sherlock Holmes, il ne leur sera pas difficile d’éventer une ruse du détective puisqu’il l’avait déjà faite dans une certains histoire de malédiction canine (et rien à voir avoir avec un dentiste maudit).

Et bien justement, Le Rat Géant, c’est un peu comme avec Le Chien des Baskerville qui contentait une partie fantastique avec malédiction et chien géant sorti des Enfers, et qui se terminait par une explication rationnelle et logique.

L’auteur a bien manié son récit, mêlant habillement le caractère fantastique et mystérieux de l’enquête, tout en lui donnant un final réaliste et sans rien emprunter au fantastique, ce qui aurait été un peu trop facile.

Et si au départ on se demande où est l’histoire avec le rat, Holmes ayant une histoire d’enlèvement à résoudre, pas de panique, il arrivera bientôt, le mélange des deux enquêtes étant harmonieux et bien réalisé.

Du suspense, des rebondissements et un méchant bien travaillé et qui, comme tous les méchants de la terre, ne peut résister à l’envie de se vanter et d’exposer tous ses griefs à l’encontre de Holmes. Comme tous les méchants, en fait… Faudrait faire une étude psychologique sur cette propension qu’ont les Méchants à un peu trop causer.

Anybref, notre détective de Baker Street n’est pas tombé de la dernière pluie, il est loin d’être un imbécile et à plus du rusé renard que d’un lapereau de deux semaines.

L’auteur a aussi brillamment mit en avant la formidable amitié qui lie Holmes et Watson (et rien de plus, on se calme les filles !) et, tel dans l’aventure des « Trois Garrideb », nous avons un Holmes un peu ému à l’idée d’avoir fait prendre de grands risques à son ami. Un grand moment.

Le récit est digne d’un grand cru, vieilli en fût de chêne, il est A.H.O.C (Appelation Holmésienne d’Origine Contrôlée) et ne contient pas de sulfites.

A consommer sans modération parce qu’un pastiche écrit avec un tel savoir, se déguste avec sagesse.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

Le témoignage du pendu : Ann Granger [Lizzie Martin & Ben Ross – Tome 5]

Titre : Le témoignage du pendu – Lizzie Martin et Ben Ross – Tome 5

Auteur : Ann Granger
Édition : 10-18 (02/06/2016)

Résumé :
Un homme destiné à la corde dirait n’importe quoi pour sauver sa vie. Mais que faire si son témoignage était vrai ?

Lorsque l’inspecteur Ben Ross est appelé à la prison de Newgate par un homme condamné à mort, il ne s’attend pas à accorder le moindre crédit à sa parole.

Mais le récit d’un assassinat dont il a été témoin il y a plus de dix-sept ans est si convaincant que Ben ne peut s’empêcher de se demander si ce qu’il a entendu est vrai.

S’il est trop tard pour sauver la vie de l’homme, peut-il encore enquêter sur un crime passé inaperçu pendant toutes ces années ?

Critique :
Lorsque sa dernière heure est arrivée, un futur pendu de la prison de Newgate raconta à l’inspecteur Ben Ross qu’il y a 16 ans, il fut le témoin d’un crime dans une maison isolée du petit village de Putney, non loin de Londres.

Ben mon colon, tu pouvais pas en parler plutôt à la police ???

Autant chercher une aiguille dans une botte de foin vu le peu d’indication qu’il donna à l’inspceteur Ben Ross et dû aussi au fait que le village de Putney, en 16 ans, s’était sans doute bien agrandi.

Va-t-en retrouver une maison isolée sur la lande si tout le monde s’est mis à construire autour. Va-t-en retrouver une mort suspecte si tu ne connais pas le nom du mort.

Heureusement, après avoir fait du remue-ménage jusque bien haut dans la hiérarchie avec cette confession tardive à laquelle personne ne croit, notre Ben pourra compter sur Lizzie, son épouse, pour mener une enquête discrète, avec l’aide de sa bonne et de son ami le cocher (qui a un nouveau cheval).

J’élèverai une protestation sur le fait que notre cocher préféré ait envoyé son vieux cheval Nelson chez l’équarrisseur !! (Note pour plus tard : en menacer ma vieille bique quand elle est chiante).

Comme si ça ne suffisait pas, d’un autre côté, un homme vient déclarer que sa femme et leur enfant ont été enlevé… Mais dit-il la vérité, ce contribuable qui répète un peu trop souvent qu’il paie ses impôts ? Niveau personnage détestable, c’est un portrait réussi que nous avons là.

Ceci n’est pas le meilleur tome des enquêtes de Lizzie Martin et Ben Ross : l’enquête principale est assez simple à résoudre, l’enquête secondaire aussi et notre chère Lizzie est un peu en retrait pour cette enquête.

Malgré tout, j’ai passé un agréable moment à suivre des personnages que j’apprécie, même s’ils ressemblent un peu au couple Thomas et Charlotte Pitt.

Ce que j’ai apprécié le plus, ce sont les descriptions de la ville de Londres, ses mœurs, sa bouffe (composée de tourtes à la viande), les explications diverses sur les droits des femmes (quels droits ??), leur position dans la société où tout les droits sont pour les hommes, même lorsqu’il sont en tort…

Avec subtilité, l’auteure nous en parle, le tout étant glissé dans les conversations, les pensées des personnages, sans que cela soit redondant. Si cette enquête manque de mystère et de suspense, on se rattrape avec l’apprentissage des mœurs de la société victorienne, que j’adore lire mais où je n’aurais pas voulu y vivre.

L’inconvénient de lire les avis de mes petit(e)s camarades, c’est que l’on se fait une opinion avant la lecture et cela peut porter préjudice à ce que l’on ressent durant cette lecture. Dans ce cas-ci, les avis étaient mitigés et j’ai eu quelques craintes en entamant ma lecture. Je n’aurais pas dû.

Ce n’est certes pas leur meilleure enquête, mais elle se lit avec plaisir au soleil, tout en emmagasinant des infos sur la société victorienne qui ne faisait pas la place belle à la femme alors qu’elle était dirigée par une femme !

Challenge« Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

La mort a ses raisons : Sophie Hannah [Les nouvelles enquête d’Hercule Poirot 2]

Titre : La mort a ses raisons [Les nouvelles enquête d’Hercule Poirot 2]

Auteur : Sophie Hannah
Édition : Le Masque (07/09/2016)

Résumé :
100 ans après la création de l’enquêteur culte Hercule Poirot par Agatha Christie, Le Masque publie une nouvelle aventure inédite de ce héros mondialement connu.

Hercule Poirot et l’inspecteur Catchpool n’ont jamais rencontré lady Athelinda Playford.

C’est donc empreints de curiosité qu’ils se rendent dans le comté de Cork pour prendre part à une réception organisée par cette dernière en son domaine de Clonakilty. Aucun d’eux ne sait pourquoi il a été invité.

Mais lors du dîner et à la surprise générale, lady Playford annonce avoir modifié les clauses de son testament : elle a décidé de déshériter ses deux enfants en faveur de son secrétaire qui n’a plus que quelques semaines à vivre.

Critique :
— Non, Hercule Poirot n’est pas mort ! Vous avez vu son hommage chez Jean-Pierre Foucault ? Non ! Alors Hercule Poirot n’est pas mort ! Hercule, si tu nous regarde… Les lecteurs sont formidables (avec la voix d’Alain Chabat imitant Jacques Martin).

Damned, un Hercule Poirot que je n’avais pas lu ! Comment diantre cela se faisait-il ? Impossible pourtant !

Ouf, mon honneur est sauf, c’est un Hercule Poirot pastiche ! Heu, il m’avait semblé que la mère Agatha l’avait tué pour ne pas qu’il lui survive ?

Oui, mais ses héritiers ont donné la permission à Sophie Hannah de le faire revivre. Moi je dis « Génial », même si c’est le détective du 221b Baker Street mon préféré, j’ai toujours adoré lire un Poirot.

Dès le départ, on est plongé dans les affres de la famille de lady Athelinda Playford et le repas familial pris en son domaine de Clonakilty n’a rien d’un souper tranquille où tout le monde papote gentiment. Dès le départ, les piques fusent, les méchancetés volent et elles volent bas.

Comme chez la mère Agatha, nous avons des personnes réunies dans un lieu « clos » qui, ici, en l’occurrence, est la propriété assez grande de lady Athelinda (auteure de livre policier pour enfants) et une dizaine d’invités, qu’ils fassent partie de la famille ou pas, et, comme en dessert, un meurtre !

Dans la troupe des invités, nous avons quelques personnages bien trempés, dont la fille de lady Athelinda, Claudia, qui a un horrible sale caractère et qui en veut à la terre entière; son fiancé qui est assez cynique et totalement in love d’elle; Dorro, la belle-fille qui est à baffer avec ses interventions à l’emporte-pièce et son mari, Harry, son mari et vicomte de Playford qui est mollasson.

Plus les autres que je ne citerai pas mais qui sont tous bien campés en peu de mots et dont certains ont une présence plus que d’autres tant leur personnalité est exécrable. J’adore.

L’enquête est telle qu’aurait pu nous écrire la mère Agatha, la résolution n’est pas simple et la solution est plus recherchée qu’on ne pourrait le penser de prime abord. Comme dans le canon Herculéen, on réunira tout le monde, personnel compris, pour tout expliquer et arrêter celui ou celle, ou ceux qui ont tué.

Donc, faut l’acheter et le lire ? me direz-vous, la bave aux coins des lèvres… Essuyez déjà la bave, merci.

Si vous êtes à la recherche d’un bon whodunit où la solution finale est complexe et les personnages bien trempés, alors, lisez-le. Mais si vous voulez lire du Poirot dans le texte, refaites-vous le canon, c’est-à-dire les écrits de madame Christie !

Pourquoi ? Parce que j’ai trouvé mon Hercule Poirot différent de l’original. Soit l’auteure n’a pas voulu copier l’original et c’est tout à son honneur, mais moi, j’aurait aimé avoir du vrai Poirot et pas un truc qui en a la couleur mais pas le goût.

Hercule Poirot donne l’impression d’être en retrait dans cette enquête, il doute, ce qui n’est pas dans ses habitudes, les explications viennent plus souvent des suspects que trouvé par notre génial petit détective belge, il ne passe pas ses journées à se lisser la moustache, à nous bassiner avec ses tenues, est moins orgueilleux que d’habitude, ne nous parle pas de ses petites cellules grises…

Bref, j’ai eu l’horrible impression d’être en train de déguster une canette de la célèbre boisson gazeuse qui avait la couleur de l’alcool mais qui n’en était pas. J’avais le flacon, mais pas l’ivresse attendue.

Un excellent roman policier whodunit pour ceux ou celles qui aiment ça, des personnages qui ne sont pas en retrait mais qui volerait presque la vedette de notre détective aux big moustache, un détective belge qui n’est pas « copie conforme » et qui manque d’épaisseur, au sens propre comme au figuré car sur la couverture, on dirait qu’il a perdu son ventre…

Faudra que je lise le premier pour découvrir si là aussi notre bon vieux Hercule Poirot est en retrait ou pas, et s’il est plus copie conforme ou toujours en version Canada Dry©.

PS : Autre chose qui m’a exaspéré, mais ça ne comptera que pour mon esprit tordu… La servante se nomme Phyllis et, pas une seule fois dans tout le roman, un des personnages ne colle LA conjonction qu’il faut pour nous donner un beau « Si Phyllis…. ».

Challenge« Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

Soul of London : Gaëlle Perrin-Guillet

Titre : Soul of London

Auteur : Gaëlle Perrin-Guillet
Édition :Fleur sauvage éditions (01/04/2016)

Résumé :
Londres, 1892.
Un climat de peur.
Un flic qui boîte et un jeune orphelin.
Tous deux face à un meurtre…
… dont il ne fallait plus parler.

Jouant avec un côté « Sidekick », Soul Of London nous plonge dans une atmosphère londonienne fort bien documentée. Ce nouveau thriller, de Gaëlle Perrin, se révèle être aussi distrayant qu’angoissant.

Critique :
Arpenter les ruelles de Londres de manière littéraire et à l’époque victorienne a toujours été un de mes plaisirs… Si en plus il y a des meurtres, alors, je suis aux anges.

C’est donc le coeur léger que j’ai ouvert ce polar historique se déroulant en 1892 et je dois dire que le voyage était plaisant, même si peu éclairé puisque je me suis baladée dans les tunnels obscurs du métro londonien et que je suis passée dans des lieux fort peu fréquentables.

Le personnage principal qu’est l’inspecteur Henry Wilkes est un policier qui aime son travail, qui aime les gens, qui aimait arpenter les petites rues avant son accident qui le laissa avec une patte folle, l’obligeant à se déplacer à l’aide d’une canne.

Et, contrairement au Dr House, cette claudication est source de moquerie et de mépris dans son poste de police de la Division D… Notre pauvre Henry n’a malheureusement rien de sexy…

Les deux enquêtes ne se veulent pas révolutionner le monde, ni être trop glauque (nous avons des trépanations) ou avec un final abracadabrantesque : elles sont simples, claires et nous réservent leurs lots de surprises, même si j’avais trouvé le nom d’un coupable.

Avec une écriture sans fioritures, simple, l’auteure nous transporte dans le Londres d’après Jack The Ripper, dans le Londres où Sherlock Holmes est un personnage fictif qu’on lit dans le Strand…

Les quartiers mal famés sont bien représentés, même s’ils manquent un peu d’odeurs et d’émanations putrides… Là où certains auteurs arrivent à vous faire ressentir des odeurs en vous décrivant un quartier pouilleux, ici, c’est plus sobre, ça manque d’effluves puant.

À la limite, vu les lieux et les situations sociales décrites, l’auteure est à deux doigts de nous conclure un roman noir puisque nous passons des bas-fonds, aux pubs miteux, on se balade sur les docks où les hommes accomplissent des travaux lourds, on nous parle des quartiers rasés pour faire passer le métro, sans oublier les orphelinats et aux travaux obligatoires qui s’y déroulent (main d’œuvre gratos !), et j’en passe !

Par contre, malgré tout ça, malgré le fait que j’ai passé un bon moment de lecture, que les personnages avec lesquels j’ai arpenté les rues étaient des plus agréables, bien travaillés, que les quartiers et la misère y étaient bien décrite, j’ai trouvé que le roman manquait d’un tout petit peu de pep’s.

Comment vous dire ? C’est comme quand mon mojito manque de rhum ! Ça a le goût du mojito, mais on ressent bien qu’il manque un petit truc pour en faire un mojito du tonnerre.

Et ce petit truc tenait dans les réflexions un peu bateau que certains personnages principaux tenaient, ainsi que dans des descriptions narratives comme la cliente qui était belle à en rester sans voix.

Un petit bémol narratif qui est une affaire de goût, bien entendu, et qui ne remet pas en question le plaisir que j’ai eu de boire ce mojito… oups, pardon, le plaisir que j’ai eu d’arpenter les ruelles de Londres ainsi que ses tunnels de métro avec Henry Wilkes et son jeune Billy.

Challenge« Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon,  le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.