Aurel le consul – 05 – Notre otage à Acapulco : Jean-Christophe Rufin

Titre : Aurel le consul – 05 – Notre otage à Acapulco

Auteur : Jean-Christophe Rufin
Édition : Flammarion (06/04/20222)

Résumé :
La jeune Martha Laborne s’est évaporée à Acapulco. Mauvaise nouvelle pour le Quai d’Orsay : c’est la fille d’un homme politique français. La « Perle du Pacifique » était dans les années soixante le paradis des stars hollywoodiennes. Hélas, la ville aujourd’hui est livrée aux pires cartels mexicains de la drogue.

Aurel Timescu, notre calamiteux Consul, est envoyé sur place. Comme à son habitude, il est fermement décidé à ne rien faire. Son hôtel, le Los Flamingos, est hanté par les fantômes de Tarzan, d’Ava Gardner ou de Frank Sinatra. En suivant ces héros qui l’ont tant fait rêver dans son enfance, il va subir une complète métamorphose.

Un Aurel hédoniste, dandy et buveur de tequila se révèle. C’est bien malgré lui qu’il va se retrouver exposé à des intrigues meurtrières, à des dangers inconnus et au plus redoutable d’entre eux : la passion pour une femme exceptionnelle.

Critique :
Pour bien faire, j’aurais dû suivre l’ordre et lire les tomes précédents, compris entre le 2 et le 4. Je ne sais pas ce qu’il m’a pris, mais soudainement, j’ai eu une envie folle d’aller me dorer la pilule au soleil d’Acapulco.

Aurel Timescu, le plus calamiteux des Consuls y allait justement, alors, je me suis glissée dans la poche de sa veste en tweed. Il y faisait caliente, mais cela me permettait de voyager à moindre frais et avec un diplomate ! Même si ce n’est pas le diplomate qui fait rêver.

La mission d’Aurel est simple : ne rien faire !! Poser son cul dans un hôtel, siroter des cocktails, se baigner, mais surtout, surtout, ne rien faire pour chercher la fille de l’homme politique français qui a disparu. Coucouche panier, Aurel !

Ça tombe bien, Aurel n’est pas du genre à se fouler au boulot. Que du contraire, moins il en fait, moins on lui en demande, mieux il se porte ! J’avais la certitude que nous allions nous la couler douce, au Los Flamingos hôtel, en slash (tongs) et guayabera, à boire de la tequila ou des margarita.

Loupé, tout le monde est venu nous pourrir la vie avec des infos et des pistes sur la disparue dont nous n’avions rien à faire.

Aurel, c’est l’enquêteur improbable, le fainéant magnifique, celui qui ne fait pas de bruit, mais que tout le monde remarque. Celui qui voudrait passer sous les radars et qui n’y arrive pas. Aurel, je l’adore. Il n’est pas beau, il s’habille comme l’as de pique (et encore, en pire), mais il est tellement atypique qu’on l’aime de suite.

Les romans policiers de l’auteur semblent être avant tout là pour donner une touche d’humour, de légèreté, comme si l’on s’amusait follement, tout en enquêtant dans des pays (et des villes) où l’on n’a pas l’habitude d’aller. Ce serait réducteur de penser cela.

Sous ses airs d’amuseur local, l’auteur fait pourtant mouche et ne se prive jamais de parler de l’envers du décor, de nous montrer ce que les cartes postales ne montreront jamais : la violence, la pauvreté et autres sujets de société.

En fait, les enquêtes d’Aurel sont un mélange entre « Échappées belles » (à petites doses) et de « Envoyé spécial », le tout sous le couvert d’une enquête où notre Aurel fait le minimum du minimum.

Et malgré tout, je vous garantis que l’on ne s’ennuie pas du tout. Les personnages secondaires sont soignés, détaillés, ils prennent vie, ont leur importance. Aurel gagnera en profondeur, ressentira des émotions, craindra pour sa vie et se prendra pour Sinatra ou Johnny Weissmuller. Il aurait pu être ridicule, grotesque, mais non, il ne l’est pas, bien qu’il le frôle de peu. Il est surtout touchant, sans en avoir l’air.

Aurel est comme les romans qui le mettent en scène : on dirait de la littérature faite pour l’amusement, on sent que l’auteur s’est amusé à écrire ce cinquième tome, qu’il a puisé dans sa carrière de diplomate, que les seconds rôles existent réellement, quelque part…

Mais sous le couvert de littérature amusante, l’auteur n’oublie pas d’aborder les problèmes du Mexique, les tensions sociales, les narcos, les assassinats, la violence terrible, la corruption, les flics qu’il vaut mieux éviter et le déclin de cette station balnéaire, devenue la cible des racketteurs. On est en tong, mais on n’oublie pas le principal.

Aurel, je vais revenir en arrière et je ne zapperai pas tes précédentes enquêtes. Si tu pouvais me chanter, avec ta belle voix de crooner « Strangers in the night », je serais ravie !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°206] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°12).

 

Commissaire Montalbano – 06 – La démission de Montalbano : Andrea Camilleri

Titre : Commissaire Montalbano – 06 – La démission de Montalbano

Auteur : Andrea Camilleri
Édition : Pocket (2013)
Édition Originale : Gli arancini di Montalbano (1999)
Traduction : Serge Quadruppani

Résumé :
N’écoutant que son devoir, un berger, de son téléphone portable, alerte la police : il vient de découvrir dans un bunker abandonné le cadavre d’une femme.

Comme toujours dans les récits de Camilleri, il ne faut pas se fier aux apparences, ce berger a sans doute quelque mobile caché, et c’est tant mieux.

Ainsi commence l’une des histoires auxquelles le commissaire Montalbano nous convie ici, entre dégustation d’arancini et de rougets, méditation sur la plage et accès de mauvaise humeur météorologique.

Une fois de plus, Montalbano se régale à mener l’enquête au sein des pittoresques habitants de Vigàta, ce bourg imaginaire de Sicile orientale rendu bien réel pour des millions de lecteurs sous la plume d’Andrea Camilleri.

Critique :
Comme promis, après le mauvais temps de la ville de Londres en 1380, je me suis envolée pour le soleil de Vigàta, en Sicile. Pas de chance, lors de la première nouvelle, il pleuvait !

Le format des nouvelles va comme un gant au commissaire Montalbano, ne donnant jamais l’impression qu’on n’en a pas eu assez.

La première nouvelle n’est pas une enquête à proprement parler, c’est un mystère mystérieux qu’on a soumis à la sagacité du commissaire. Plus un épisode de la vie qu’autre chose.

Par contre, ensuite, nous avons des vrais petites enquêtes, dont pour certaines, j’avais trouvé la solution avant le commissaire. Ok, je ne chanterai pas trop fort, il me dépasse pour tout puisque lui, il trouve toujours la solution.

Ce qui est plaisant, dans les Montalbano, ce sont les personnages, hauts en couleurs (ah, Catarella !), les descriptions de la vie de tous les jours, les petits mystères que le commissaire veut toujours résoudre et qui, bien souvent, commencent de manière très bizarre, comme avec cet homme qui conserve tout… Oui, tout !

La traduction du titre en français est différente de l’originale puisque en V.I (version italienne), on parle d’arancini (boules de riz panées, farcies de mozzarella et de sauce bolognaise et cuitent dans la friteuse) et c’est un met que j’adore (je m’en suis faite péter lors de mon voyage en Sicile).

En fait, la démission de Montalbano n’en est pas vraiment une… Dans une des nouvelles, on a un meurtre violent, beaucoup de sang, éviscération et cannibalisme… Heu, on est dans un Montalbano, là ? Notre commissaire va briser le 4ème mur et sonner les cloches à son auteur. Oui, moyen. La seule qui m’a moins plu.

Lire un Montalbano, c’est une lecture reposante, agréable, une sorte de doudou pour les moments où l’on n’a pas le moral, pas envie de lire autre chose.

Montalbano, il a un caractère entier, c’est un personnage hors norme, mais l’auteur a fait en sorte qu’il partage la vedette avec ses adjoints, dont certains sont pirsonnellement en pirsonne plus grave que d’autres. Catarella bien entendu. Mimi est le dragueur de ces dames et Fazio a le complexe de l’état civil.

L’autre avantage de Montalbano, c’est qu’il ne court pas, qu’il prend le temps de réfléchir en mangeant à toutes les bonnes tables du coin, faisant honneur à la cuisine sicilienne et notamment aux poissons.

Le plus gros bémol de cette série, c’est que le village de Vigàta n’existe pas, donc, la tratoria San Calogero non plus et santa madonna, jamais je ne pourrai aller y déguster les mets exquis que le commissaire s’enfile !!!

Là-dessus, pour noyer mon chagrin, il ne me reste plus qu’à me suicider en dégustant une pizza Buitoni à la bactérie E.coli, le tout recouverte de lazagnes hennissante de chez Findus (viande en provenance de Veviba, à Libramont ?) et en dessert, je me ferai une overdose de Kinder Surprise et autres Choco-Beurk de l’usine Ferrero d’Arlon, parfumés à la salmonelle.

Si avec tous ces scandales alimentaires, je ne trépasse pas, alors c’est que je suis costaude !

Un conseil, mangez du Montalbano, c’est bien plus sain ! Encore un roman qui chante la Sicile, avec des petites enquêtes intelligentes, surprenantes, agréables à lire, amusantes et remplie de poésie.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°201].

Loveday et Ryder – 05 – Feu d’artifice mortel : Faith Martin [LC Bianca]

Titre : Loveday et Ryder – 05 – Feu d’artifice mortel

Auteur : Faith Martin
Édition : HarperCollins Noir (02/02/2022)
Édition Originale : Ryder and Loveday, book 5: A fatal truth (2020)
Traduction : Benjamin Kuntzer

Résumé :
5 novembre 1961 : la famille Hughes se prépare à célébrer la nuit de Guy Fawkes avec pétards et feux d’artifice. Tous sont rassemblés dans le jardin, quand le cabanon dans lequel sont entreposées les fusées s’embrase, causant la mort du patriarche, Thomas Hughes, enfermé à l’intérieur.

L’autopsie conclut rapidement à la mort par asphyxie et le coroner, Clement Ryder, classe l’affaire sans suite.

Mais le lendemain, Duncan Gillingham, un journaliste ambitieux, publie dans l’Oxford Tribune un article accusateur : la justice aurait bâclé le dossier. Selon lui, la famille cacherait la vérité et le décès serait suspect.

Pour calmer l’opinion, l’inspecteur Jennings confie l’enquête à la jeune policière Trudy Loveday. Très vite, celle-ci se tourne vers Clement Ryder. Ils n’auront pas trop de leurs forces réunies pour tenter de percer les mystères du clan Hughes…

Critique :
En 1605, Guy Fawkes avait foiré son complot visant à faire péter le parlement anglais… Son fantôme ne loupa pas son coup, ce 5 novembre 1961, puisqu’il fit sauter le cabanon de jardin.

Oui, la conspiration des poudres, version 1961, a fait péter une cabane au fond du jardin (♫), réduisant en morceaux son proprio, Thomas Hughes.

Chouette, voici une nouvelle enquête d’un duo que j’apprécie tout particulièrement : la policière Trudy Loveday et le coroner Clement Ryder.

Pourtant, à bien y regarder, ceci n’est pas un meurtre, juste un accident malheureux dû à l’imbécilité humaine : les feux d’artifices pour célébrer la Bonfire Night n’étaient pas conservés dans des caisses métalliques et, à cause des feux de joie allumés, sous grand vent, un brandon a malencontreusement allumé le feu (♪).

Désolée, après vous avoir collé du Laurent Gerra dans la tête, je vous y fourre à présent du Johnny…

Nous sommes en novembre, mais un journaliste décide de nous la faire « Oui mais ! » (cherchez, vous trouverez). Et ce n’était pas un accident ? Et s’il y avait des squelettes dans les placards de la famille Hugues ? Avec des « si », on mettrait Paris en bouteille et Loveday & Ryder sur l’affaire.

Ce cinquième tome est un peu plus calme que les précédents, nos deux enquêteurs pensant juste qu’ils sont en train de perdre leur temps à chercher un loup où il n’y en a pas. Oui, la famille Hugues n’est pas exempte de casseroles (eux beaucoup casseroles), mais de là à dire que c’est un meurtre, hein ho, faudrait pas pousser bobonne dans les orties.

Comme dans tous ses autres romans, l’auteur nous dresse un portrait sans concession de la société anglaise de années 60 (fin 50, début 60), ces années où les femmes avaient peu de droit, étaient mères au foyer, ou secrétaires, où les machines à laver commençaient à arriver chez les ménagères et où la phallocratie était reine ! Ou roi, pour ne pas froisser le machisme de certains.

On me signale d’ailleurs que cette maladie extrêmement contagieuse est toujours présente dans nos sociétés et qu’il n’existe pas encore de vaccin…

Anybref, ces enquêtes ne sont pas à découvrir pour le tempo du récit, qui n’a rien d’un 24h chrono, notre duo prenant leur temps, explorant plusieurs pistes, ainsi que la personnalité des différents suspects. Ce sont des tranches de vie des années 60 qui se déroulent sous nos yeux, comme si nous regardions une vieille série policière, et moi, j’adore.

J’ai eu beau triturer mes méninges, impossible de déduire ce qui allait se produire lors du final, impossible aussi pour moi de trouver si l’un ou l’autre des interrogés étaient coupables ou innocents, même de savoir à coup sûr si c’était un accident ou bel et bien un meurtre.

Je me suis laissée porter par leurs pérégrinations dans cette famille, assistant à tous les interrogatoires et je n’a rien vu venir. Ce qui me fait toujours plaisir.

Pour le moment, je n’ai pas été déçue des enquêtes de ce duo atypique, mais qui fonctionne bien et j’ai encore l’intention de suivre leur aventures, avec ma copinaute Bianca, je l’espère, parce que, une fois de plus, nous sommes raccord sur nos impressions de lecture.

Vous en voulez la preuve ? Elle se trouve ici !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°185].

Nouvelle Babel ‭:‬ Michel Bussi [LC Bianca]

Titre : Nouvelle Babel

Auteur : Michel Bussi
Édition : Presses de la cité (03/02/2022)

Résumé :
« La méthode, calme et systématique, du tueur terrifia les trois enquêteurs. Qui était cet assassin progressant à visage découvert ?

Déjà, leurs tabletas se connectaient aux bases de données planétaires de reconnaissance faciale. Plus personne ne pouvait rester anonyme dans le monde actuel. Dans quelques secondes, ils connaîtraient l’identité de ce monstre. La suite du film fut plus sidérante encore. »

2097. Sur une île privée paradisiaque inaccessible, de paisibles retraités sont assassinés…

Trois policiers, un journaliste ambitieux et une institutrice nostalgique s’engagent dans une folle course contre la montre pour préserver l’équilibre d’un monde désormais sans frontières, où la technologie permet aux humains d’être à la fois ici et ailleurs.

Critique :
Imaginez un Monde où la téléportation serait possible. Quel gain de temps ! Fini d’en perdre dans les transports entre deux points.

Imaginez : vous avez fini votre journée de travail, vous appuyez sur le bouton « casa » de votre TPC et hop, vous voici transporté de suite chez vous !

Ok, depuis 2020, une partie de la population a déjà testé ce miracle, sauf que nous l’avons appelé « télétravail »… Tout est dans la sémantique. Ok, je sors.

Que les allergiques à la SF n’aient pas peur du nouveau roman de Bussi, il est accessible à tout le monde puisque l’action se passe dans les années 2090, que les frontières n’existent plus, les nations non plus, les villes pareil, tout le monde peut vivre où il veut et se téléporter partout. Il y a juste des règles de taux d’occupation, ce qui est normal, trop de monde dans un endroit minuscule et ce serait le bordel.

La société qu’il nous présente est utopique, on en rêverait tant ça à l’air simple, facile, sans prises de tête. Plus de guerres, plus d’armement, presque plus de crimes. Putain, le rêve !

Ah, pardon, on vient de trouver 10 corps assassinés sur une île, plus un chien. Pourquoi le chien a-t-il été tué aussi ? Parce que l’auteur aime assassiner les animaux, le méchant (il a épargné le chat, merci à lui).

Bon, trêve d’amusement, les enquêteurs envoyés sur place ne comprennent pas, nous non plus et il faudra lire tout le roman pour que toutes les questions trouvent leur réponse. Nous avons beau être dans de la science-fiction où les téléportations sont possibles, il n’en reste pas moins qu’il faut enquêter sur ces assassinats et qu’il y en aura d’autres.

Lorsque je lis un roman de Michel Bussi, je me demande où je vais me faire avoir… Un peu comme lorsqu’on signe un papier à la banque, chez l’assureur, lorsqu’on va voter : la question se pose toujours. Quand va-t-on se faire entuber royalement ?? La seule différence, c’est qu’avec la littérature, on est content lorsque ça arrive…

Zut, je ne me suis pas faite avoir, j’avais deviné la couille dans le pâté. Cela ne m’a pas empêché de lire ce roman à grande vitesse, tant il était addictif et bien mis en scène. Les personnages, en grande partie, m’ont plu, sauf les méchants, bien sûr ! Et puis, l’avantage, c’est qu’ils peuvent évoluer, ils ne font pas du sur-place, leurs réactions sont naturelles et réalistes.

Comme souvent, dans le roman, on retrouvera des vérités implacables, des phrases qui font mouches, qui sont si vraies et que personne ne veut écouter. En ces temps où tout le monde se replie sur son pré carré, voir une Terre avec une seule langue, une seule monnaie et peu de politiciens, cela fait du bien. Attention, le populisme n’est jamais loin, il ne meurt jamais.

Le côté science-fiction et l’enquête sur les meurtres sont aussi l’occasion pour l’auteur pour nous parler de propagande, de mensonges, de magouilles, d’images ou de reportages que l’on veut nous faire avaler, afin de mieux nous manipuler. Et je ne vise pas les pubs pour les produits de consommation…

L’Humain réagit toujours aux émotions, plus souvent celles de la colère que celles de la joie. Une image violente aura toujours plus de vues qu’une avec des chatons. Les gens seraient prêts à renoncer à leurs libertés pour un peu de sécurité, même si les caméras n’ont jamais empêchées des agressions, des vols ou pire, des attentats.

L’auteur joue avec les peurs des gens, comme d’autres le font, mais  pas dans le but de nous mettre en garde, de nous divertir ou de fournir de la matière à leur roman. Jusqu’où certains sont-ils prêts à aller afin de nous prouver qu’ils avaient raison et nous tort ? Jusqu’où certains sont-ils prêt à aller pour renforcer nos peurs et nous offrir plus de sécurité ? Jusqu’où sont-ils prêts à mentir ? À se parjurer ?

Non, non, ce thriller de science-fiction n’est pas qu’un énième roman de pur divertissement.

C’est surtout un roman intelligent qui, sous le couvert de nous divertir, nous pousse à réfléchir, à ne pas croire tout ce que l’on voit (Saint-Thomas avait raison, nous devrions prendre exemple sur lui), à ne pas avaler les couleuvres, ni à prendre des vessies pour des lanternes.

Un roman différent des autres, certes. Un roman qui ne manque ni de profondeur, ni de justesse, ni de références à notre époque actuelle.

Le résumé ne m’aurait jamais laissé présumer que j’allais entrer dans un roman aussi intéressant, aussi poussé, aussi intelligent.

Merde, j’ai été eue, alors ?? Une fois de plus… Merci monsieur Bussi !

Une LC plus que réussie avec ma copinaute Bianca. Allez, téléportation à la prochaine LC, dans le Yorkshire, cette fois-ci.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°163].

[SÉRIES] Les petits meurtres d’Agatha Christie – Saison 1 – Épisode 9 – Un cadavre sur l’oreiller (2011)

Résumé : Après une nuit très arrosée, le commissaire Larosière se réveille avec le cadavre d’une femme dans son lit. Il n’a aucun souvenir de ce qui a pu se passer et réalise avec horreur qu’il est désormais le suspect numéro un d’une affaire de meurtre.

D’autant plus que la jeune fille est une prostituée, qui travaillait dans une maison close où le commissaire avait ses habitudes.

Tandis que Larosière est emprisonné, Lampion se démène pour prouver l’innocence de son patron. Le commissaire réussit à s’évader et trouve refuge à l’Oiseau bleu.

C’est de là qu’il va diriger l’enquête de Lampion pour confondre le véritable meurtrier. Il n’hésite pas non plus à profiter des attentions des femmes de la maison…

Distribution :

  • Antoine Duléry : le commissaire Jean Larosière
  • Marius Colucci : l’inspecteur Émile Lampion
  • Valérie Sibilia (Pandora)
  • Juliet Lemonnier (Valentine)
  • Stéphan Wojtowicz (Deville)
  • Vernon Dobtcheff (Anatole Deschanel)
  • Bruno Slagmulder (Théodore Deschanel)
  • Mata Gabin (Esméralda)
  • Mathilde Bisson (Ninon)

Ce que j’en ai pensé :  Une fois de plus, il n’y avait rien à la téloche, pas même un bon vieux Columbo de derrière les fagots et donc, j’ai parcouru ma box pour voir ce qu’elle avait enregistré (selon mes demandes)…

Bingo, il y avait un épisode de cette série dont, mon mari et moi, n’avions plus aucun souvenir. Chouette, on allait regarder ça avec plaisir et tenter de trouver le/la coupable.

Lancement du générique et bardaf, on voit le titre du roman dont cet épisode a été adapté. Zut alors, c’est celui qui nous avons vu il n’y a même pas 15 jours… Oui, ceci est l’adaptation de « Un cadavre dans la bibliothèque » que j’avais vu, deux semaines auparavant, avec Miss Marple

Puisque nous aimons tous les deux ce duo (et les autres trios d’après), nous avons décidé de revoir cette adaptation, puisqu’elle serait différente de celle avec Miss Marple.

Les bases sont les mêmes : un cadavre dans un endroit pas vraiment adapté. Ce n’est plus la bibliothèque d’un vieux manoir, c’est dans le lit du commissaire Larosière que l’on retrouve cette jeune fille morte.

L’alcool n’est pas bon pour la santé, ni pour la mémoire et notre commissaire, qui était rentré, pété mort soul, ne sait même pas s’il n’aurait pas pu tuer cette jeune fille.

Si dans la version Miss Marple, le rythme était lent, dans celui-ci, ça bouge plus et la version est un plus coquine puisque la jeune fille assassinée bossait dans un bordel et que l’inspecteur Lampion va devoir aller y enquêter et qu’il en profitera pour quêter avec…

Si vous connaissez ses préférences, vous comprendrez que cela ajoute du croquant à l’histoire.

Le commissaire Larosière, quant à lui, emprisonné, aura bien du mal à s’habituer à la pitance pitoyable des gardés à vue et en profitera pour s’évader et se réfugier dans le bordel, puisqu’il est ami avec la mère maquerelle.

Dans les trois versions des Petits Meurtres, tout le monde est passé une fois par la case prison. Dans la première saison, ce sera juste pour le commissaire, remplacé par un autre qui passe sa vie sur les terrains de golf, à tapoter dans la baballe.

J’ai un faible pour le commissaire : il est élégant, avec sa barbe bien taillée et on aurait envie d’aller faire un tour dans les bois en sa compagnie.

L’inspecteur Lampion, lui, moins sûr de lui, est toujours son souffre-douleur (même si le commissaire l’aime bien, dans le fond), celui qui s’en prend plein la gueule, mais qui ne lâche rien. De plus, il est de la nouvelle école et apprécie les sciences, les nouvelles méthodes pour coincer des criminels…

Beaucoup de personnages, mais un seul ressort comme un coupable potentiel, celui qui avait un mobile. Pas de bol, il a un alibi en béton armé. Va donc falloir le faire sauter (impossible) ou comprendre comment cette personne aurait pu tuer la prostituée sans être sur place.

C’est retors, comme toujours et j’ai dû faire appel à mes souvenirs poussiéreux (oui, après 15 jours, avec ma pauvre cervelle, j’avais oublié des détails) de la version Miss Marple pour trouver le/la coupable.

Le fait de changer tous les détails donne une tout autre version de cet épisode, même si le mobile reste le même et que le modus operandi ne change pas. Je vous jure que j’ai mouliné du cerveau pour qu’il me repasse les détails de l’autre version.

Bref, deux versions différentes à voir selon les goûts de chacun : le côté lent de Miss Marple ou le côté années 30 plus percutant avec Larosière et Lampion. Je vous avoue que c’est cette version que je préfère, mais ma cotation sera la même.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°151] et Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°33].

L’île des chamanes : Jay Kim

Titre : L’île des chamanes

Auteur : Jay Kim
Édition : Matin Calme (04/02/2021)
Édition Originale : Creepy Island (2014)
Traduction : Choe Ae-young et Jean Bellemin-Noël

Résumé :
Profiler VS Serial killer aux pays des chamanes Alléchant et haletant ! Nuits blanches garanties ! Rebondissements, fausses-pistes et twists !

KIM Seong-ho est un profileur réputé de Séoul chargé d’une enquête sur un cyberharcèlement. Très vite, les suspects se retournent contre lui, piratent ses comptes et exposent publiquement sa vie.

Pour le sortir de ce piège, son chef lui confie une nouvelle enquête loin de Séoul, sur l’île de Sambo. Dans ce haut lieu du chamanisme, trois femmes ont disparu, probablement victimes d’un serial killer. Kim Seong-ho est accompagné par Yeo Do-yun, conservateur de musée, spécialiste du folklore et des rites chamaniques, notamment du ssitgim-gut de Sambo.

Le ssitgim-gut est littéralement :  » le rituel pour laver les sentiments d’amertume et de rancune éprouvés par le défunt ou la défunte au moment de son trépas « . Mais sur l’île, en ce mois de janvier, dans l’air glacial fouetté par la pluie et les vagues, les victimes ne sont pas encore prêtes au pardon.

De mystérieux conciliabules nocturnes ont lieu entre deux silhouettes, des chiots sont tués, une atmosphère de plus en plus lourde s’abat sur les épaules de Kim Song-ho qui commence à ressentir d’étranges maux de têtes à mesure que des souvenirs personnels viennent se mêler à son enquête…

Suspens, twists, rebondissements, voici un polar qui, à mesure qu’on le lit, devient de plus en plus addictif ! Avec une écriture patiente, très narrative, sans à-coups, l’autrice emmène peu à peu le lecteur dans une pure cérémonie chamanique, dont tous les nœuds sont loin d’être délivrés… Un pur thriller ! Un régal !

Critique :
« Alléchant et haletant ! Nuits blanches garanties ! Rebondissements, fausses-pistes et twists ! Voici un polar qui, à mesure qu’on le lit, devient de plus en plus addictif ! Un thriller au pays des chamanes! ».

Tous ces qualificatifs se trouvaient indiqués dans les résumés du livre (Amazon, Babelio) et le côté thriller au pays des chamanes vient de chez l’éditeur, Matin Calme.

Je cherche encore le côté thriller, le côté addictif, haletant et alléchant.

Pour ma part, je me suis ennuyée dans cette lecture, tellement ennuyée qu’à un moment donné, mes yeux se sont fermés au-dessus du livre, je l’ai posé et s’en est suivi une méga sieste de 2h ! Pour les nuits blanches, il faudra me trouver autre chose.

Au moins, cette sieste, qui a été réparatrice, apportera une étoile de plus à ce thriller qui n’en était pas un, tant il était lent, mou et ne deviendra jamais trépidant.

M’attendant à être dépaysée sur une île où l’on pratique le chamanisme, j’ai été plus que déçue puisque du chamanisme, il en sera peu question. Certes, l’une des femmes disparues sur l’île de Sambo était chamane, mais à la fin de cette lecture, je ne suis pas plus avancée sur le sujet, hormis quelques petits détails.

Peu de détails sur les décors, peu de descriptions, que ce soit durant la première enquête à Séoul ou sur l’île de Sambo. Pour une fois, je n’ai pas décollé de mon canapé et mon immersion dans un autre pays a été loupée sur toute la ligne.

Les personnages ne m’ont pas plus emballés que ça, je les ai trouvé fades, sans relief, sans vie, bref, je n’irai pas boire un verre avec eux et je n’ai pas été mécontente de les quitter. Lorsque je les suivais dans l’enquête, ils ne me semblaient pas réels, vivants…

Même leurs actions, leurs dialogues, manquaient de convictions, n’avaient pas de peps, étaient plats, sans vie.

Le problème est venu aussi des noms coréens, pas toujours facile à retenir (là, je suis fautive, enfin, ma mémoire). De plus, j’oublie toujours qu’ils mettent le nom de famille avant le prénom et j’avoue avoir fait une sacrée soupe avec les personnages. La faute m’incombe sur ce point de vue là.

Si le manque de rythme était déjà un problème, un autre est venu se greffer : la narration au présent, que je n’ai jamais aimée et que je trouve plus casse-gueule que celle faite au passé (sauf rares exceptions).

Avec un récit au présent, il faut soigner la narration et dans ce cas-ci, j’ai trouvé qu’elle manquait de style, qu’elle était plate, donnant au récit un air brouillon, comme s’il avait été écrit par une autrice non confirmée ou faisait partie d’un premier jet, avant correction et polissage de la narration.

C’est bien simple, les phrases semblaient manquer de naturel. Rien de ce que je lisais ne me plaisait, à tel point que j’ai sauté des pages entières.

Lorsque je lis un roman policier, j’apprécie aussi la finesse dans les éléments ou indices que nous donnent les auteurs/autrices. Ici, l’autrice y est allée à la pelleteuse dans les indices. C’était tellement énorme que j’ai compris avant notre profileur où étaient cachés les corps, qui était le coupable, qui se vengeait ainsi et pourquoi… Même pas drôle !

Ok, il restait un truc que je n’avais pas vu venir, puisque bien caché par l’autrice, mais cela fait peu, limite un biscuit à bouffer une fois que l’on a tout déduit. Il y a plus de suspense dans une épisode de Columbo.

Bref, c’est une rencontre loupée avec le polar de cette autrice sud-coréenne qui promettait bien des choses et qui n’a pas tenu ses promesses électorales.

Un thriller qui porte bien mal son nom, selon moi. La rencontre espérée n’a pas eu lieu avec moi. Tant pis, ou dommage.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°127], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°09] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Corée du Sud).

Épilogue meurtrier – Trilogie de la crise HS1 : Pétros Márkaris

Titre : Épilogue meurtrier – Trilogie de la crise HS1

Auteur : Pétros Márkaris
Édition : Points Policier (2016)
Édition Originale : Titloi telous – O epilogos (2015)
Traduction : Michel Volkovitch

Résumé :
Quatrième tome d’une trilogie devenue tétralogie sur la crise grecque.

Le commissaire Charitos continue de parcourir Athènes entre son bureau et son appartement, et nous offre à la fois une vision politico-sociologique d’un pays où la population désespérée s’en prend aux immigrés et se tourne vers le populisme de l’extrême droite violente, et une enquête policière où ressurgissent les fantômes de la guerre civile et des années 50.

Critique :
Une trilogie en 4 volumes, cela devient une tétralogie… On pourrait se demander ce que l’auteur avait encore à nous dire après trois formidables romans noirs avec, en toile de fond, la crise Grecque.

Rassurez-vous, Pétros Márkaris en avait encore sous la pédale et, une fois de plus, il entraîne ses lecteurs (et lectrices) dans la Grèce post-crise, après que l’Allemagne lui ait collée une punition à la mesure des fautes commises par les gouvernants.

Hélas, ce ne sont jamais les politiques qui paient leurs fautes et après avoir ouvert les fenêtres et balancé des tonnes de fric à tout le monde, on a tout refermé et on a puni les gens qui en avaient profité.

Une fois de plus, les meurtres ne sont là que pour nous parler de cette Grèce qui a été flagellée et de ses habitants qui tirent le diable par la queue, laissant les voitures au garage, le carburant coûtant trop cher, ou ayant carrément rendu les plaques…

Dans ce dernier tome consacré à la crise, notre commissaire Kostas Charitos va avoir bien du mal à comprendre qui est caché derrière ces meurtres, et nous aussi !

Au menu, nous aurons de la corruption de fonctionnaires, que les gens sont obligés de payer afin de faire avancer leur dossier, sans que ces mêmes fonctionnaires ne comprennent qu’avec un tel comportement, ils entravent le développement économique de leur pays.

L’auteur nous parlera aussi de ces Grecs qui en font le minimum au boulot, les yeux rivés sur la pendule, refusant de bosser une minute de plus, que l’enseignement secondaire est merdique, obligeant les parents à payer afin de donner des cours privés à leurs enfants.

Il parlera aussi des primes données par l’Europe, à tort et à travers, le racisme exacerbé des Grecs, leur haine des autres, l’arrivée au pouvoir du parti Aube Dorée, qui n’a de dorée que son nom, de la dictature des Colonels, de la guerre civile,…

Oui, c’est noir ! Heureusement qu’il y a quelques scènes familiale afin d’apporter un peu de soleil à toute cette sombritude. Hélas, pas de banquets rempli de victuailles, l’épouse du commissaire cuisine avec ce qu’elle a et elle ne manque pas de cœur et d’idées.

L’auteur a eu bien raison d’ajouter un 4ème tome à sa trilogie car il ne manque pas de piquant, Pétros Márkaris nous dressant un portrait sans concession de la Grèce, même si on sent bien qu’il aime son pays, qu’il a de la tendresse pour lui, pour ses habitants, bien que ses critiques soient acérées.

Qui aime bien, châtie bien. Jamais de manichéisme, dans les romans de Márkaris. Pire, on ressent souvent de l’empathie pour le/les coupables.

Un polar bien sombre, même sous le soleil de la Grèce. Un polar qui clôt brillamment cette trilogie devenue une tétralogie.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°125], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°07] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Grèce).

Les enquêtes du Commissaire Habib – 06 – Meurtre à Tombouctou : Moussa Konaté

Titre : Les enquêtes du Commissaire Habib – 06 – Meurtre à Tombouctou

Auteur : Moussa Konaté
Édition : Points Policier (2015)

Résumé :
Trois coups de feu. Et dans le silence qui suit : « Sales Français, vous allez tous mourir. Qu’Allah vous maudisse. »

Habib, chef de la brigade criminelle, et Guillaume, responsable de la cellule anti-terroriste française au Mali, sont dépêchés à Tombouctou où, quelques heures avant les tirs, un jeune Touareg a été assassiné. Dans ce climat délétère, Habib sait qu’il va devoir agir avec prudence.

Critique :
« Bande de chacals, vous allez tous mourir comme des chacals » aurait sans doute au moins d’impact que la phrase hurlée par un tireur à cheval : « Sales mécréants de Français, vous allez tous mourir. Qu’Allah vous maudisse. »

Là, les ambassades frémissent de peur et on parle déjà de terrorisme… Comme si la situation n’était pas déjà assez explosive avec le meurtre d’un jeune Touareg, Ibrahim, issu de la famille Aghaly.

Pour une fois, un roman acheté en bouquinerie n’a pas eu le temps de traîner sur les étagères car j’avais envie de voyager au pays des Hommes en Bleus et de découvrir Tombouctou autrement qu’en carte postale ou reportage clinquant.

Pas de doute, l’auteur connait son pays, connait ses coutumes, sait de quoi il parle et mieux, il arrive à mettre tout cela en scène sans que l’on ait l’impression de lire un guide de voyage ou de regarder une émission télé insipide qui ne montrerait que les beaux côtés de la ville.

Débarquant à Tombouctou, le célèbre commissaire Habib de Bamako, va devoir enquêter en marchant sur des œufs afin de ne pas froisser le peuple fier des Touaregs, prêt à en découdre avec un autre clan qu’il accuse d’être responsable de la mort d’Ibrahim.

Il faudra aussi compter sur les imans, prêt à tout pour garder l’harmonie entre les différentes ethnies qui peuplent la ville, quitte à dessaisir le commissaire et demander à un marabout-devin d’enquêter à sa place. Résultats garantis !

Ce roman policier, c’est un véritable voyage au Mali, dans la ville de Tombouctou que nous arpenterons avec les deux jeunes enquêteurs (Guillaume, agent du renseignement français et Sosso, un enquêteur du commissaire Habib) et l’auteur ne nous épargnera pas les points les moins susceptibles de se retrouver dans les guides de voyages.

L’auteur nous dresse le portrait d’une société qui a ses propres codes, différents des nôtres, où la femme a une autre place que chez nous, sans pour autant qu’elle soit méprisée, puisque chez les Touaregs, les femmes ont un statut élevé (même si elles parlent peu) et le peuple se dit descendant de la reine fondatrice touarègue, Tin Hinan.

Oui, l’immersion est totale et il est toujours intéressant de voir ce qui se passe ailleurs, notamment dans ces pays que nous ne connaissons pas et où les religions cohabitent dans la ville de Tombouctou (le tout avant que les djihadistes n’y fassent des ravages).

Comme souvent, l’enquête est un prétexte pour nous parler du pays, de ses coutumes, de ses croyances, anciennes, de cet équilibre qu’il faut garder afin de ne froisser personne et des menaces terroristes qui pèsent, certains voyant des islamistes partout.

La psychologie des personnages est assez basique, les deux aidants du commissaire Habib passant leur temps à rire pour rien, mais ils furent utiles à l’histoire afin de nous faire découvrir un pan dans la ville et des sociétés qui la composent.

Au moins, pas d’enquêteur torturé par son passé, en souffrance avec sa vie de famille, se réfugiant dans l’alcool, les drogues ou autres. Le commissaire Habib est marié, père, heureux, un enquêteur normal qui mène son enquête sans courir comme un poulet sans tête, respectant les rituels, les codes, sous peine de se voir fermer des portes au nez (ou des tentes). Qui va piano, va sano.

Dès le départ, j’ai eu des soupçons sur un personnage et bingo, j’avais déjà trouvé le nom du coupable, même si je n’avais pas tout compris en ce qui concernait le modus operandi. Cela n’a en rien entravé ma lecture, tant je pensais que je faisais fausse route et que c’était mon biberonnage aux romans d’Agatha Christie qui me jouaient des tours.

Voilà donc un roman policier qui me sort de mes habitudes et qui le fait bien, sans pour autant que sa résolution m’ait fait tomber de ma chaise ou que le suspense m’ait donné des palpitations cardiaques.

Son avantage indéniable est qu’il nous propulse au sein de communautés que nous ne connaissons pas, nous faisant entre dans le saint des saints, sorte de voyage en terre inconnue chez des peuples méconnus.

On est dépaysé, tant pour les décors que pour les modes de vie et l’auteur évite aussi le côté folklorique que nous pourrions retrouver dans certains reportages télés.

C’est pourquoi j’ai apprécié aussi cette lecture, même si le suspense n’est pas vraiment de la partie et que la résolution de l’enquête ne défrisera pas les plumes d’un canard à trois pattes. Au moins, j’ai voyagé et personne ne m’a emmerdé !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°123] et Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°05].

Les nouvelles enquêtes de Ric Hochet – Tome 1 – R.I.P. Ric ! : Zidrou et Simon Van Liemt

Titre : Les nouvelles enquêtes de Ric Hochet – Tome 1 – R.I.P. Ric !

Scénariste : Zidrou
Dessinateur : Simon Van Liemt

Édition : Le Lombard (2015)

Résumé :
Deux ans après son évasion, Caméléon est de retour à Paris. Grâce à la chirurgie et à des mois d’entraînement, il est devenu la réplique exacte de son vieil ennemi : Ric Hochet.

En prenant sa place, il va bouleverser son univers.

Critique :
Ric Hochet et moi, c’est aussi une vieille histoire d’amour, une de celles qui a mal tournée au bout de plusieurs années.

Mon reproche était que ses aventures, qui surfaient souvent sur le fantastique ou le bizarre, avant de s’expliquer naturellement, devenaient de plus en capillotractées en ce qui concernait les résolutions.

Ces explications étaient souvent balancées dans les dernières cases, à la va-vite, ou dans les derniers phylactères, à la manière d’un qui aurait failli oublier d’expliquer le comment du pourquoi à ses lecteurs… Je suis souvent restée dubitative devant ces explications qui n’éclairaient pas tout et pire, pour certains albums, il m’est resté des zones d’ombres.

Anybref, après le tome 57, j’avais lâché l’affaire, cela faisait trop longtemps que j’espérais un retour aux sources pour Ric et des explications moins vaseuses de la part de son scénariste.

Puisque la série repart avec deux nouveaux auteurs à ses manettes (R.I.P. Duchâteau et Tibet), je me suis dit que c’était peut-être l’occasion de tester à nouveau.

Verdict ? J’ai apprécié que l’on retrouve les codes de la bédé, comme le chat Nanar, les costumes de Ric (toujours les mêmes), un vieil ennemi (Caméléon), la touche d’humour avec le fait que les parents de Ric lui ont donné un nom débile et qu’il roule en bagnole de luxe alors qu’il est journaliste.

Les dessins sont bien réalisés, donnant un look rétro à Ric Hochet, comme dans ses premiers albums, lorsqu’il était jeune. Au vu des téléphones en bakélite posés à la rédaction du journal « La rafale », on comprend tout de suite que nous avons remonté le temps, style années 60 !

Effectivement, si j’avais pris la peine de lire le résumé de l’album avant ma lecture, j’aurais compris qu’il se déroulait 2 ans après l’évasion du Caméléon. 1968. Et comme j’ai monté ma chronique au fur et à mesure de ma lecture, vous avez mes impression « à chaud ».

Contrairement à l’original, exit la ligne claire, les couleurs sont plus sombres aussi, allant parfaitement avec le ton de l’album qui lui aussi est sombre, même s’il est parsemé de petites touches d’humour, avec le scénariste qui se moque gentiment, par la bouche du Caméléon, de toutes les qualités possédées par Ric et qui rendrait jaloux Sean Connery, de son côté boy-scout, séminariste, idole de la jeunesse…

Pour apprécier ce scénario, il faut mettre de côté qu’il est impossible à la chirurgie plastique de vous donner la tronche d’un autre, à un point de ressemblance que mêmes les proches s’y trompent (surtout en 1968).

De même pour la voix : même en travaillant avec un imitateur professionnel, il est impossible d’avoir la même voix que la personne remplacée. Oui, je pinaille un peu, je tenais à souligner la chose en passant. Ensuite, j’ai joué le jeu.

Par contre, je pense qu’il n’est pas très bon de laisser une personne pendue par les pieds trop longtemps… Le cœur doit pomper contre la gravité terrestre pour faire circuler le sang dans les jambes, et cela représente une charge lourde pour cet organe.

Le risque est donc grand que le pendu à l’envers ne décède ou n’ait des séquelles graves (dommages au cerveau et aux yeux en raison de l’afflux de sang à la tête)… David Blain l’a fait, mais c’est un cascadeur. Enfin bon, comme je le disais, je pinaille !

Là où j’ai vu rouge, c’est qu’ensuite… Je ne dirai rien de plus, mais voici que Zidrou arrive droit sur ma kill-list !!!

Les références aux premiers albums sont nombreuses, on retrouve des personnages déjà croisés, un autre bien réel, ce monsieur Ducastel qui ressemble à Duchâteau, le père littéraire de Ric.

Les lieux connus sont de la partie aussi, comme la villa des frères Gusbin, sur l’île de Porquerolles ou le toit des éditions du Lombard, à Bruxelles, avec la tête de Tintin et Milou…

Si vous connaissez l’univers, cela vous rappellera de bons souvenirs, si vous êtes vierge des aventures/enquêtes de Ric Hochet, cela ne vous posera aucun problèmes et vous donnera peut-être envie de découvrir les premières aventures.

Durant tout l’album, la question qui se pose, c’est : comment tout cela va-t-il se terminer ? Quel coup foireux nous réserve le scénariste ? Va-t-il nous épater ou tout cela va-t-il finir en eau de boudin ?

Parce que bon, l’histoire de vengeance, c’est connu, du déjà vu des millions de fois et là, nous sommes dans une vengeance violente… Loin du raffinement de celle d’un Monte-Cristo (que personne ne reconnaît non plus, tiens…).

Ouf, pas d’eau de boudin, même si c’est un peu con de la part du Caméléon ce qu’il fait… Finalement, le but d’une vengeance, ce n’est pas ensuite s’assoir et regarder la/les personnes visées se débattre dans les emmerdes ? Non ? Sinon, où est le plaisir ?

Ce final est violent et plus sombre que dans les albums que l’on a connu, où les personnages importants ne souffraient pas de cette manière. Et où personne ne se baladait les nichons à l’air ou en slip…

Les nostalgiques des premières heures ne retrouveront pas le Ric Hochet qu’ils ont connu. Les atmosphères, les ambiances, le ton, tout cela est différent. Dans les années 60, jamais les auteurs d’origine n’auraient pu se permettre une certaine scène. En 2015 (date de publication), cela ne choquera plus personne que la jolie et pudique Nadine s’envoie en l’air.

On dirait que cette bédé tente l’exercice difficile et périlleux du grand écart entre deux chaises : s’adresser à un nouveau public, en modernisant un peu la série, afin de les fidéliser et ne pas oublier de contenter les nostalgiques qui ont connu la saga à une lointaine époque (ou pas) et qui aimeraient retrouver Ric Hochet autrement qu’en relisant pour la 36ème fois ses albums.

Si vous voulez en profiter pleinement, faite une séparation pure et simple entre l’ancienne et la nouvelle série, parce que la nouvelle a un goût de Canada Dry© : ça pétille, c’est bon, c’est rafraîchissant, mais ça n’a ni le goût, ni tout à la fait la même couleur que l’alcool !

À vous de voir ! J’ai bien envie de poursuivre afin de voir ce que me réserve les trois albums parus à ce jour.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°122], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°04], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages), et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Belgique).

Les enquêtes du commissaire Montalbano – 05 – Un mois avec Montalbano : Andrea Camilleri

Titre : Les enquêtes du commissaire Montalbano – 05 – Un mois avec Montalbano

Auteur : Andrea Camilleri
Édition : Pocket (2013)
Édition Originale : Un mese con Montalbano (1998)
Traduction : Serge Quadruppani

Résumé :
Amateur de bonne cuisine et amoureux de son pays, la Sicile, Salvo Montalbano n’est pas un commissaire comme les autres : à la férocité de la vie, il oppose une intelligence humaniste et une ironie bienveillante.

Passionnels, accidentels, mafieux, les délits dont il s’occupe reflètent la nature humaine.

Commis par des vieux, des jeunes, des hommes, des femmes, beaux ou laids, ignorants ou lettrés, ces crimes ont pour point commun le regard posé sur eux par Montalbano qui éclaire cette folle comédie humaine de son oeil vif et amusé.

Sous le soleil ardent de l’Italie contemporaine, toute une société prend vie : du clochard érudit au petit commerçant mafieux malgré lui…

Le portrait d’un très ancien pays se compose : lumineux et âpre, vertigineux et passionnant. Un régal !

Critique :
Composer des nouvelles n’est jamais un exercice facile, les lecteurs ayant toujours la sensation que la nouvelle est trop courte, que la fin n’en est pas vraiment une, qu’ils ont passé trop peu de temps avec les personnages.

Hormis dans les nouvelles policières avec Holmes ou Poirot, puisqu’on peut les retrouver dans bien d’autres…

Pour le commissaire Montalbano, il en va de même : on le connaît bien, on a appris à connaître l’univers dans lequel il évolue, on a croisé ses subalternes, on a fait le tour du village…

Donc, zéro frustrations avec ce recueil composé de 30 nouvelles policières qui font le tour de bien des situations qui pourraient se présenter à notre commissaire amateur de bonne chère. Bon, vu la longueur des nouvelles, l’auteur ne perdra pas trop de temps à lui faire faire le tour des restos du coin…

Comme je le disais plus haut, il n’y a pas que des enquêtes pour des crimes de sang, dans ce recueil, mais aussi des disparitions étranges, des règlements de compte entre mafiosos, la présence du diable dans la maison d’une vieille dame, des affaires qui datent de la Seconde Guerre Mondiale, le meurtre d’un clochard,… Il y en a pour tous les goûts.

Lire ce recueil, c’est comme plonger sa main dans un paquet de bonbons qu’on adore (ou de chips, de biscuits, de glace, selon vos goûts) car il est difficile, une fois commencé, de s’arrêter. Le maître-mot était « Allez, encore une petite pour la route » et bardaf, à chaque fois j’en ai ajouté une…

Les points forts des romans de Camilleri, c’est d’abord son écriture, mélange entre le sicilien et l’italien que le traducteur, Serge Quadruppani, arrive à rendre en inventant des mots, remplaçant des lettres par d’autres, faisant chanter les dialogues.

L’autre point fort, ce sont les personnages, que ce soit le commissaire Montalbano ou tous les autres qui gravitent autour de sa personne, policiers ou personnages secondaires, qu’ils soient truculents ou sages, tous étant toujours très réalistes.

Ouvrir un Montalbano, c’est mordre à pleines dents dans un morceau de Sicile, aller manger dans les petites trattorias pittoresques et s’en foutre plein la panse tant les plats ont l’air succulents.

Lire un Montalbano, c’est s’offrir une parenthèse de douceur dans ce monde de brutes, c’est oublier la grisaille ambiante, les emmerdements de la vie… C’est voyager en restant au fond de son canapé, avec une minuscule empreinte carbone (mon livre était de seconde main) et ne pas se faire emmerder avec des QR codes ou autres papiers à remplir.

Montalbano, c’est la Sicile à l’état pur, le soleil, la mer, la plage, la bonne humeur (ou pas, le commissaire a aussi ses mauvais jours) et découvrir des petites enquêtes rafraichissantes, qui ne se prennent pas la tête (j’ai découvert souvent le mobile et le coupable), mais qui font du bien au moral.

Certes, elles n’ont pas la puissance de certains romans de l’auteur, la place manque toujours dans une nouvelle, malgré tout, elles restent agréables à lire et bien diversifiées.

Alors franchement, what’else ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°1XX], Le Mois du Polar chez Sharon et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Italie).