Fantazmë : Nicolas Tackian [Saga Tomar Khan 2]

Titre : Fantazmë [Saga Tomar Khan 2]

Auteur : Nicolas Tackian
Édition : Calmann-Lévy (03/01/2018)

Résumé :
Comment être un bon flic quand les victimes sont aussi des bourreaux ?

Janvier 2017. Dans une cave du 18e arrondissement de Paris, un homme est retrouvé, battu à mort. Sur place, beaucoup d’empreintes et un ADN ne correspondant à rien dans les fichiers de police.

Le commandant Tomar Khan pense à un règlement de compte. Le genre d’enquête qui restera en suspens des années, se dit-il.

Mais voilà, l’ADN relevé sur les lieux a déjà été découvert sur le corps d’un dealer albanais, battu à mort dans une cave lui aussi.

Et bientôt la rumeur court dans les quartiers chauds de Paris, celle d’un tueur insaisissable, un Fantazmë, le « spectre » en albanais.

Critique :
Vous voulez connaître mon fantasme ? Vous voulez vraiment le connaître ?

Approchez-vous de l’écran que je vous le chuchote à l’oreille car il ne faudrait pas que d’autres l’apprennent : n’avoir rien d’autre à faire dans ma vie que lire et monter à cheval !

Oh, je vous sens déçus ? What did you expect ? Bande d’obsédés, va !

Si le titre « Fantazmë » ressemble phonétiquement à la définition de la représentation imaginaire suggérée par l’inconscient, la définition n’est pas la même puisque dans notre roman, il s’agit d’un mot albanais qui veut dire « spectre ». Déjà là, je me suis couchée moins bête.

Au 36 quai des Orfèvres, on est en émoi pour plusieurs choses : le déménagement prochain et quelques crimes bizarres, sans aucun rapport entre eux, si ce n’est l’extrême violence dans lesquels ils ont eu lieu.

N’ayant jamais lu le premier tome, j’ai donc fait connaissance avec ce drôle de flic, le commandant Tomar Khan, chef de groupe de la section 3. D’origine kurde, on apprend que son enfance ne fut pas celle joyeuse de l’île aux enfants et que ses placards sont bourrés de squelettes en tout genre.

Un flic écorché, une fois de plus, me direz-vous… Oui, mais le portrait de l’homme est bien réalisé, bien travaillé, et ses blessures ne ressemblent pas à celles des autres flics torturés que nous connaissons.

Sans en faire des tonnes, l’auteur plante son décor, ses personnages, son intrigue et le déroulement des meurtres, dont les âmes sensibles devraient pouvoir s’en remettre… Quoique, vu la situation de misère des migrants (et des SDF) décrite dans la ville des Lumières, on ne devrait pas avoir le droit de s’en remettre.

Sous le couvert d’une enquête qui pue le classement vertical, faute de preuve, l’auteur nous plante le décor de la ville de Paris (loin de ses lumières) avec, à ma droite, ses chancres, ses camps de migrants vidés, ses pauvres hères qui errent sans but dans une ville où la loi ne fait rien pour les aider et à ma gauche, ses réseaux de prostitution mis en place grâce aux trafics de femmes, le tout sous l’égide de la mafia albanaise.

C’est rythmé, c’est couillu, c’est musclé, sanglant, violent, servi avec de la profondeur et des émotions, sans oublier le suspense, mon vieux complice (oups, je sors), un bœuf-carottes que l’on aimerait foutre en boite, le tout étant relié à des faits réels puisque l’auteur fait allusions aux terribles faits du vendredi 13 novembre.

Faut pas avoir fait littérature supérieure pour comprendre le roman, c’est à la portée de tous et il n’y a rien de péjoratif dans cette phrase, juste une conclusion, un constat.

Ici, les flics sont des flics, ils ne parlent pas comme dans La princesse de Clèves et se comportent comme des policiers qui n’ont plus de vie de famille, qui sont crevés, mal aimés, mal achalandés car jamais assez de budget et toujours une guerre de retard sur les truands.

Réaliste, donc…

Ça te déchire ta race sans révolutionner le roman policier, mais ça va quand même plus loin que le polar habituel puisqu’il n’est pas question, ici, du colonel Moutarde ayant tué dans la bibliothèque avec le révolver.

Allez, vite la suite que je sache ce qui va arriver ensuite !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018)et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°41 – La Deuxième Tache – Lire le deuxième tome d’une saga).

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La Jeunesse de Sherlock Holmes à Pau – Tome 4 : François Pardeilhan

Titre : La Jeunesse de Sherlock Holmes à Pau – Tome 4

Auteur : François Pardeilhan
Édition: Pin a Crochets (2006)

Résumé :
Le passage du jeune Sherlock Holmes à Pau durant les années 1868 à 1871 a suscité de nombreux commentaires.

Au travers de témoignages recueillis par ceux qui, le temps d’une aventure, ont côtoyé ce personnage de légende, des éléments supplémentaires viennent grossir les preuves déjà nombreuses de l’œuvre accomplie par le futur détective londonien dans la cité paloise.

Son influence déterminante dans un événement qui fit scandale à l’Hôtel de France, son intervention fort à propos suite à une menace qui planait sur la mairie de Pau, sa contribution dans une sale affaire aux côtés du curé de l’église Saint-Jacques et sa rencontre insolite avec l’entrepreneur d’une brasserie au sud de la ville constituent des circonstances extraordinaires dans une cité de vingt-cinq mille âmes.

Comment ces témoignages auraient-ils pu arriver jusqu’à nous si un auteur béarnais, qui fréquenta le même lycée que cet Anglais aux étranges méthodes, n’avait pris la peine de rassembler ces informations ?

Ce tome retrace de manière fictive la vie de Sherlock Holmes et les affaires sur lesquelles il a enquêtées à travers des témoignages de personnes qui auraient fait sa connaissance au cours de son séjour à Pau.

Il relate son influence déterminante dans un évènement qui fit scandale à l’Hôtel de France, son intervention suite à une menace contre la mairie de Pau…

Critique :
C’est toujours un plaisir de retrouver mon détective consultant préféré, surtout dans sa jeunesse.

Bon, d’accord, rien n’est canonique, mais malgré tout, pourquoi bouderai-je mon plaisir ?

Comme dans le tome précédent (le « Tome 3 » pour ceux qui viennent d’arriver), ce sont les habitants de Pau qui, aux travers de leurs souvenirs, nous parlent de Sherlock Holmes.

Que ce soit un de ses anciens professeurs de philosophie, monsieur Marion, ou l’abbé Cazaux qui racontera à son ami le cardinal Marcini comment il a fait connaissance avec Sherlock Holmes, suite au fait que Marcini lui parlera de la mort du cardinal Tosca (une Untold Story bien connue des holmésiens).

Que ce soit en reprenant d’anciens personnages du tome 2 qu’étaient monsieur Barrère et sa nièce ou une histoire racontée par un couple, amis de Henry Baskerville, tous ces gens nous parleront de ce grand échalas portant un manteau gris et qui traînait un peu partout : Sherlock Holmes !

À chaque fois, c’est une lettre ou un événement (la mort du cardinal Tosca dont parlera le cardinal Marcini) qui leur referont penser à leur rencontre avec Holmes, jeune, à Pau.

Notre jeune ami n’a pas chômé durant son séjour et les quatre enquêtes qui nous sont narrées sont fraiches et agréables à lire.

De plus, ce fut un réel plaisir de retrouver monsieur Barrère et sa nièce, Claire, celle qui donna quelques émois à Sherlock (émois partagés, en plus).

Pas de doute, on comprend que l’auteur a bel et bien fait ressentir à Holmes des sentiments voisins de l’amour pour cette jeune fille.

Si jamais dans le tome 2 vous aviez eu un doute sur le fait que Sherlock appréciait très fort Claire (mais pour cela, il fallait être lent à la comprenette), l’auteur nous fait comprendre qu’il ne fallait pas en avoir, (de doutes) même si rien ne fut consommé entre les deux jeunes gens. Eh, remisez vos espoirs au placard…

Le seul bémol dans ce tome 4, c’est que les aventures ne sont plus racontées du point de vue de Sherlock Holmes, comme cela avait lieu dans le tome 2, mais par d’autres, comme dans le tome 3.

Sinon, hormis ce petit détail, les enquêtes sont très agréables à lire et on a l’impression de découvrir le détective dans ses débuts, ceux que Conan Doyle ne nous a jamais racontés.

La cinquième et dernière aventure n’en est pas vraiment une, juste un clin d’oeil à Oscar Wilde et Conan Doyle et sur le fait que tout le monde autour d’un certain Charles de Bordeu parlait de Sherlock Holmes comme d’un personnage de fiction.

« Erreur », leur apprend ce dernier. « J’ai été en classe avec lui ! » et de rassembler les preuves pour ses amis plus que sceptiques.

Avec une visite à la clé…

Agatha Raisin – Tome 9 – Sale Temps pour les sorcières : M.C. Beaton [par Dame Ida]

Titre : Agatha Raisin – Tome 9 – Sale Temps pour les sorcières – Mystère et boule de cristal

Auteur : M.C. Beaton
Édition : Albin Michel (2018)
Édition Originale : Agatha Raisin – Book 09 – And the Witch of Wyckhadden (2000)
Traducteur : Amélie Thomas

Résumé :
Traumatisée après qu’une coiffeuse rancunière l’a shampouinée à la crème dépilatoire, Agatha Raisin se réfugie incognito dans un hôtel de la côte en attendant que sa chevelure repousse.

N’ayant plus rien à perdre, elle consulte également une sorcière réputée pour ses talents. Miracle, la magie opère, mais pour peu de temps, car la sorcière est retrouvée assassinée… Agatha renoue aussitôt avec ses réflexes de détective, aidée par l’inspecteur Jimmy Jessop, ensorcelé par ses charmes. À moins que ce ne soient les effets du philtre d’amour qu’Agatha a acheté à la pauvre sorcière ?

Critique :
Agatha ne s’étant pas fait que des amies lors de sa précédente aventure, elle n’a pas achevé celle-ci indemne, et porte encore sur le crâne les traces d’un sabotage capillaire à la crème dépilatoire.

Ce n’est pas ainsi qu’elle va reconquérir le beau James ! Aussi préfère-t-elle se retirer sur la côte, dans une ville touristique choisie au hasard, afin de se faire oublier le temps de retrouver toute sa flamboyante splendeur de quinqua triomphante et prête à mettre la gente masculine à ses genoux.

Dissimulant sa disgrâce sous une coûteuse perruque (Agatha n’a pas les moyens d’acheter bon marché !), elle-même dissimulée par une collection impressionnante de turbans et de foulards, Agatha traîne comme une âme en peine dans un hôtel me faisant vaguement penser au film Shinning, peuplé essentiellement de retraités que le directeur a décidé de gaver comme s’il envisager de les revendre au kilo sur le marché.

Les soirées sont formidables… Vous avez le choix entre le Scrabble, les comédies musicales ringardes du théâtre ou les soirées « danse de salon » de la salle des fêtes ! Et je ne vous parle même pas de la météo très… britannique, c’est-à-dire calamiteuse.

Et comme si ça ne suffisait pas, la voilà harcelée par les écologistes qui en veulent à son superbe vison !

Notre Agatha effrayée par les perspectives son propre vieillissement que ce séjour s’acharne à lui faire entrevoir, se jette donc comme une désespérée dans une aventure avec un bel inspecteur de police, veuf qui plus est (ce qui garantit que son célibat n’est pas la conséquence de son incapacité à plaire, à garder une femme, ou à s’en contenter d’une seule).

Par désœuvrement et surtout parce qu’elle est pressée de retrouver sa crinière de lionne au regard d’ourse pour rentrer chez elle au plus vite, Agatha se laisse tenter par une petite consultation chez la sorcière du coin qui paraît-il a le secret de multiples philtres et sortilèges susceptibles de faire repousser ses cheveux…

Un petit filtre d’amour au passage ? Oui ? Inutile ce l’emballer, c’est pour consommer tout de suite ! Qu’est-ce que ça casserait bien les pieds de James si elle pouvait se trouver enfin un homme qui veuille d’elle ! N’est-ce pas étrange que chaque homme qu’Agatha rencontre ne soit là que pour essayer de lui faire oublier James ? Et que plus elle s’acharne à essayer de l’oublier, plus elle se retrouve en train de penser à lui ?

Il s’avère que la sorcière sera retrouvée assassinée quelque temps après, par notre Agatha elle-même qui une fois de plus sait faire ce qu’il faut pour se mettre dans les ennuis où qu’elle passe ! Rassurez-vous ! Il y aura quelques morts supplémentaires, chacun d’entre eux rapprochant davantage Agatha de la prison à vie.

Agatha ne change pas ! Mais le fait d’être allée chercher l’aventure un peu plus loin que dans son village des Cotswolds, l’air marin, cette station balnéaire surannée peuplée de dames aux cheveux violine en perles et carrés de soie, et de messieurs portant blazer, moustache et cannes à pommeaux donne à ce nouveau volet de ses aventures la bouffée d’oxygène et de renouveau qu’avait tant manquée dans le tome précédent.

James Lacey et être aimée restent ses obsessions habituelles, sans qu’Agatha ne se rende compte qu’il s’agit en réalité de la même obsession et pas de deux obsessions différentes dont elle préfère refouler à quelle point elles sont indissociables. C’est être aimée de James qu’elle veut ! Rien d’autre ! Pas besoin de la faire allonger sur un divan et de se laisser pousser la barbe comme Freud pour le comprendre !

Mais les circonvolutions que son esprit tortueux continue à emprunter pour éviter de voir la vérité en face, restent d’une mauvaise fois toujours aussi délicieuse et comique que d’habitude puisqu’elles la conduisent à des situations cocasses dignes d’un vaudeville !

Et puis, dans cet hôtel/maison de retraite, Agatha croise de nouveaux personnages aussi bizarres les uns que les autres…

Qui de façon surprenante, viennent l’aider à révéler certains de ses traits les plus humains. Mais… Chut ! On frise le spoiler là !

Du grand Agatha !

 

La jeunesse de Sherlock Holmes à Pau – Tome 3 : François Pardeilhan

Titre : La jeunesse de Sherlock Holmes à Pau – Tome 3

Auteur : François Pardeilhan
Édition : Pin a Crochets (07/12/2005)

Résumé :
Le séjour du jeune Sherlock Holmes à Pau, raconté par ceux qui ont eu la chance de faire sa connaissance, marquant à jamais leur mémoire.

D’une simple observation sous la fenêtre d’un hôtel à des évènements étrangers dans le laboratoire de l’hôpital, d’un quartier bien paisible au nord de la ville qui tout à coup s’enflamme à une mystérieuse villa où vivent de sombres locataires, en faisant un détour champêtre par le Haras de Gels, c’est une folle traversée de la ville et des environs, parsemée de témoignages étonnants.

Des aventures insolites, qui, sans la faculté d’investigation d’un personnage de légende, seraient restées une suite de banals faits divers.

Critique :
Ma curiosité était titillée au plus haut point à l’entame de la lecture de ce tome.

En effet, dans le tome 2, le jeune Sherlock quittait Pau définitivement, n’y revenant que bien plus tard, en compagnie de Watson.

Alors, qu’est-ce que l’auteur allait nous réserver ici, si Sherlock était parti ?

D’autres enquêtes, sans aucun doute, mais comment allait-il s’y prendre ?

Tout simplement à l’aide des souvenirs des habitants de Pau qui se remémoreront soudainement les petites enquêtes du jeune garçon. Comment ?

En lisant dans un journal que Sherlock Holmes a retrouvé le cheval « Silver Blaze », ou que le détective range ses cigares dans un seau à charbon, ou par une rencontre avec un explorateur norvégien nommé Sigerson et qui fera penser à quelqu’un un jeune garçon du nom de Sherlock.

Des enquêtes assez courtes, mais bien ficelées, avec un faible pour celle avec « Le registre du haras » (les étalons noirs m’ont toujours fait rêver) et « La piste de l’intrigue ».

Sans compter que « La chambre vide », « Le mystère du chaudronnier » et « Le mystère du laboratoire » m’ont fait passer de bons moments de lecture.

Avantages : vous pouvez les lire toutes d’un coup ou bien, comme moi, aventures par aventures, avant d’aller vous coucher.

Le seul point qui m’a désolé tient au fait que ce ne soit plus Sherlock Holmes qui raconte ses enquêtes. Nous ne sommes plus dans la tête du détective et c’est bien dommage.

Nombreuses références canoniques. Malgré tout, les non connaisseurs de l’univers holmésiens peuvent le lire et en tirer grande satisfaction.

La jeunesse de Sherlock Holmes à Pau – Tome 2 : François Pardeilhan

Titre : La jeunesse de Sherlock Holmes à Pau – Tome 2

Auteur : François Pardeilhan
Édition : Pin a Crochets (2004) / Le Patient Résidant (2012)

Résumé :
À l’aube de la guerre de 1870, le jeune Sherlock Holmes, fort d’une méthode d’observation qu’il ne cesse d’affiner, poursuit ses pérégrinations dans la ville natale d’Henri IV. Il y côtoie notamment un futur magistrat dans le cadre d’une sombre affaire internationale et fait une rencontre qui marquera à jamais sa vie.

Puis, avant de quitter la France, il s’interroge sur les véritables raisons de son séjour en Béarn, engageant ainsi sa première enquête officieuse sur le fameux climat de Pau, avec le concours de deux célèbres médecins.

Critique :
Charmant, plaisant, entraînant !

Que voilà une agréable découverte que j’avais faite en lisant ce livre durant mes vacances.

N’ayant pas su avoir le premier tome, j’avais donc commencé par le second, sans que cela nuise à ma lecture.

Le format du livre est inhabituel, étant donné qu’il est très fin et assez haut.

Nous nous retrouvons en compagnie de Sherlock Holmes et il a seize ans et demi, il est à Pau depuis deux ans pour cause de mauvaise santé et la cité paloise lui fut conseillée.

D’ailleurs, la cité compte de nombreux compatriotes à lui et Sherlock se fera un plaisir de vous en parler dans son introduction. Oui, c’est lui qui nous raconte.

Ce n’est pas rare d’avoir une narration à la première personne mais la rareté vient du fait que c’est Holmes lui-même le narrateur.

Notre jeune futur détective fourbi ses armes dans la cité et commence à mettre au point sa méthode, même s’il manque encore de pratique et que son bagage est en cours de construction.

Le livre est composé de trois histoires.

La première arrive lorsque Sherlock a seize ans et demi, nous sommes en 1870 et la guerre franco-prussienne est presque déclarée.

Notre jeune ami va tomber sur une jeune fille (qu’il nommera « dragon » au départ) qui éveillera en lui des sentiments qu’il ne connaît pas, qu’il ne comprend pas. C’est là aussi qu’il va découvrir la musique.

Le tout en résolvant une petite enquête en compagnie de cette jeune fille et de son oncle, jeune fille qui n’est pas insensible à son charme en plus !

Des références à l’univers de Doyle, notamment avec la babouche, le couteau sur le manteau de la cheminée, le baritsu, la boxe, la peau d’ours (on en parle dans «L’école du Prieuré), la robe de chambre (même si celle là, elle est trop courte).

Références aussi au film de Billy Wilder « La vie privée de Sherlock Holmes », notamment quand on apprend qu’une cantatrice (non, par Irène Adler) fut tuée dans un train, non pour lui voler son argent, mais son ombrelle (souvenez-vous de Gabrielle dans le film). Sans oublier les déductions qui feront de lui ce qu’il est.

Dans la seconde enquête, un an est passé, la guerre franco-prussienne est terminée, la belle de Holmes est repartie et le voilà sur une autre enquête, suite à des petits désagréments qu’il vient de vivre et dont il voudrait résoudre la cause.

Sherlock étant à ses débuts, il risque de se laisser emporter, de ne pas réfléchir, comme je l’ai fait aussi en lisant cette seconde enquête.

Quelques références à l’univers canonique avec des noms tels que « Musgrave » ou « Worthington ».

Les déductions sont toujours présentes et si l’enquête est « correcte », elle ne casse tout de même pas la baraque. Mais elle est plaisante.

Les parents de Holmes sont présents. A noter qu’ils n’ont pas de problèmes, sont normaux et s’aiment. Sherlock lui-même est encore loin d’être froid et insensible.

À la fin de ces deux enquêtes, nous voyons Sherlock et ses parents retourner à Londres et quitter la cité de Pau.

Pour la troisième, c’est le retour de Holmes en cité paloise, en compagnie de son associé, Watson, même s’il n’est pas cité.

Ce fut le dernier paragraphe qui me fut douloureux… à Holmes aussi. L’auteur est vache.

Bref, un petit livre qu’il me fut agréable à lire. Je suis impatiente de lire les autres.

PS : Attention, ce livre existe aussi dans une autre édition (« La jeunesse de Sherlock Holmes – Prélude 2«  chez Le patient Résidant), avec une autre couverture, un titre un peu différent, mais ce sont les mêmes ! Vous faites pas avoir comme moi…

Autre édition, autre titre, mais même texte ! (vous faites pas avoir)

 

La jeunesse de Sherlock Holmes à Pau – Tome 1 : François Pardeilhan

Titre : La jeunesse de Sherlock Holmes à Pau – Tome 1

Auteur : François Pardeilhan
Édition : le pin à crochet (11/12/2003) / Le Patient Résidant (30/09/2009)

Résumé :
30 septembre 1868 : le jeune Sherlock Holmes arrive à Pau pour retrouver la santé. C’est là qu’il apprendra les fondements de sa légendaire méthode d’investigation.

Aux pieds des Pyrénées, dans une ville sous l’influence du tourisme britannique, au travers d’aventures dignes de ce détective hors du commun, il rencontrera des personnages hauts en couleur qui ont marqué l’histoire de Pau.

Qu’ils soient écrivain, docteur, montagnard, magistrat, notable ou commissaire, aucun ne restera indifférent au passage de ce jeune Anglais, pour la plus grande gloire de Pau.

Critique :
Année 68… Non, pas celle qui consacra le moi de mai, mais celle de 1868 qui vit Sherlock Holmes, jeune garçon, débarquer à Pau pour se refaire une santé.

À cette époque, le duo Chevalier et Laspales n’avait pas encore rédigé leur fameux sketch « Le train pour Pau » et il était donc très facile pour des anglais d’arriver dans la ville du Béarn puisque les trains – couchettes ou pas – s’y arrêtaient.

Sherlock est un jeune garçon de 14 ans possédant une santé pulmonaire fragile et un médecin a conseillé à ses parents d’aller lui faire respirer le bon air pur de la ville de Pau et de ses Pyrénées.

Ce sera l’occasion pour le jeune homme de faire ses toutes premières armes et de mettre au point sa future méthode de travail tout en résolvant quelques petits mystères.

De l’enfance ou la jeunesse de Holmes, nous ne savons rien, Conan Doyle, son père littéraire nous l’ayant présenté lors de sa rencontre avec le docteur Watson et de leur installation à Baker Street, dans le roman « Une étude en rouge », publié en 1887.

Sherlock Holmes aurait entamé ses activités en 1878, à 24 ans, selon les holmésiens. Sa collaboration avec Watson commencerait en 1881 ou en 1882.

Mais avant ça ?? Rien, silence radio (hormis une affaire ancienne que Holmes avait raconté à Watson – le Gloria Scott) !

L’auteur de la collection « La jeunesse de Sherlock Holmes » a donc remédié à ça tout en se basant sur les travaux de William S. Baring-Gould (pas toujours rigoureux !) qui disait que Holmes avait séjourné à Pau durant sa jeunesse.

Comment Holmes a-t-il eu sa babouche persane, celle dans laquelle il stocke son tabac ? La peau d’ours devant la cheminée, elle vient d’où ? Sa science de l’escrime et de l’art martial Bartitsu (orthographié « Baritsu » par Conan Doyle), comment lui furent-elles apprises ?

L’auteur, à sa manière, nous donnera des réponses tout ce qu’il y a de plus satisfaisantes.

3 petites enquêtes fort simples dans ce roman (paru aussi sous la dénomination « La jeunesse de Sherlock Holmes – Prélude – Tome I » aux Éditions « Le patient Résidant ») qui fait plus la part belle au jeune Sherlock et à sa découverte de la ville de Pau (on apprend des tas de choses sur la ville de Pau, sur sa géographie, sur son histoire,… Instructif !), ses promenades, sa rando dans les Pyrénées et son entrée à l’école.

Les enquêtes sont plus accessoires qu’autre chose, mais ce fut un véritable plaisir pour moi de me plonger dans cette jeunesse fictive de Holmes, qui, tout compte fait, pourrait être tout à fait réelle.

L’auteur prend son temps pour nous présenter le jeune Sherlock et c’est très plaisant de voir l’homme qu’il va devenir, élaborant ses futures méthodes et sa manière de faire. C’est tout son apprentissage dans ce premier tome et dans les suivants.

À découvrir !

Autre édition, même récit (acheté en double chez moi !!!)

Arrowood : Mick Finlay

Titre : Arrowood

Auteur : Mick Finlay
Édition : Harper Collins (14/02/2018)
Édition Originale : Arrowood (2017)
Traducteur : Marta De Tena

Résumé :
1895 : Londres a peur. Un tueur terrorise la ville. Les pauvres ont faim ; les criminels prennent le contrôle des rues ; la police, débordée, arrive à un point de rupture.

Tandis que les bourgeois se tournent vers Sherlock Holmes pour qu’il résolve leurs problèmes, dans les quartiers surpeuplés du sud de Londres, les gens s’en remettent à un homme qui méprise Holmes, sa clientèle fortunée et ses méthodes de travail voyeuristes.

Cet homme, c’est Arrowood – psychologue autodidacte, ivrogne occasionnel, et détective privé.

Quand un homme disparaît mystérieusement et que la meilleure piste d’Arrowood est poignardée sous yeux, Arrowood et son comparse Barnett doivent faire face à leur plus rude défi : capturer Mr Cream, le malfrat le plus redouté de la ville.

Une enquête savoureuse, à la façon de Anthony Horowitz et Andrew Taylor.

Critique :
— COMMENT ??? Que lis-je ? Que vois-je ? Tu as osé critiquer Sherlock Holmes ? Non mais, j’hallucine, là ! Arrowood, viens un peu t’expliquer ici, TOUT DE SUITE !!

— Mais madame Belette, ce n’est pas de ma faute, je suis jaloux du succès de ce détective de Baker Street ! Il a tout pour lui…

— Bon, au moins tu avoues que tu es jaloux de son talent !

— Son talent, son talent ! Hé, il a fait des erreurs, ton grand détective !

— La preuve qu’il est humain et non une machine, la preuve qu’il est réaliste, aussi. Et toi, Arrowood, as-tu la conscience tranquille ou n’aurais-tu pas aussi foiré une affaire dans ta carrière ? Non, ne répond pas, tes yeux fuyants parlent pour toi.

Oui, Arrowood est un détective de Londres, oui, il déteste Holmes, oui, il est un peu jaloux de son succès, oui, il est de mauvaise foi, oui, il a une haute opinion de lui-même, pourtant, il est moins bon que Holmes, moins rapide aussi, mais c’est normal, Sherlock Holmes reste le meilleur détective au monde !

— Vous avez une haute opinion de votre personne, Arrowood, dit l’agent, irrité. Vous ne me ferez pas croire que vous pourriez résoudre les affaires qu’il a démêlées. Holmes a plus d’esprit que quatre hommes réunis.

On ne peut pas dire non plus qu’Arrowood croule sous les affaires à résoudre : cela fait un certain temps qu’il n’a pas eu d’enquête, il gratte les fonds de tiroir pour trouver une piécette et les petites gens ne se bousculent pas à sa porte comme on pourrait le croire en lisant la phrase notée sur la couverture.

— Vous n’arrivez pas à la cheville de Holmes, Arrowood, cracha Coyle, jetant encore de l’huile sur le feu. Regardez-vous ! Vous n’êtes qu’un vieux limier fatigué, qui gagne sa croûte en traquant des endettés avec votre homme de main. On dit aussi que vous êtes doué pour prendre sur le fait les femmes des cocus. Vous aimez ça, on dirait.
Je sentis que le patron était de nouveau à deux doigts d’éclater.

Pourtant, malgré tout ça, j’ai apprécié l’enquête de William Arrowood et de son ami et assistant Norman Barnett, même si tous les deux manquaient un peu de charisme, d’épaisseur, et il faudrait un second tome pour les étoffer un peu afin que l’on s’attache à eux (ce qui fut direct pour Holmes et Watson).

L’enquête est agréable à suivre, truffée de pistes dont on ne comprend pas au départ les relations entre elles, avant que la lumière ne se fasse à la fin.

Nos deux personnages vont arpenter les ruelles sordides de Londres, croiser quelques spécimens rares de ces abysses.

Si la ville de Londres et ses habitants semblent moins présents que je ne l’aurais espéré, nous aurons tout de même quelques indications sur les conditions de vie qui régnaient dans ces quartiers (famine, misère, prostitution,…), par opposition aux belles maisons dont nous pousserons la porte plus tard dans l’enquête.

Attention, ce n’est pas parce que l’on pète dans la soie, que l’on mange plus qu’à sa faim, tout en buvant le thé avec le petit doigt en l’air que l’on vaut mieux que les miséreux qui peinent pour nouer les deux bouts. Il y a bien souvent des squelettes peu reluisants dans les placards de ces gens de la Haute…

Un polar historique agréable à lire, une incursion dans une autre société que celle de Holmes, un côté politique non négligeable sans pour autant rebuter les allergiques de la chose, du mystère, des fausses pistes, des mensonges, des allusions aux enquêtes de Holmes, le tout donnant un mélange harmonieux.

Le thé que je viens de déguster n’étant pas servi dans une tasse de porcelaine, mais si Arrowood me proposait une autre tasse de son thé particulier, je ne dirais pas non et je la boirais afin de savoir si le nouveau breuvage a évolué depuis le précédent.

De plus, je serais heureuse de pouvoir discuter avec Arrowood de tout ce qu’il reproche à Holmes et au récit de ses enquêtes car je sais que sur certains points, il n’a pas tort…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book.

 

En de bonnes mains : Bill James [Harpur & Iles 11]

Titre : En de bonnes mains [Harpur & Iles N°11]

Auteur : Bill James
Édition : Payot et Rivages (02/05/2013)
Édition Originale : In Good Hands (1194)
Traducteur : Danièle Bondil

Résumé :
Deux malfrats sont retrouvés morts dans une mise en scène sophistiquée. Ce double meurtre échauffe les esprits et en rappelle deux autres assez semblables dans leur mode opératoire.

La tension monte au sein du commissariat car le principal suspect n’est autre que l’adjoint au chef de la police, Desmond Iles en personne.

Les deux gangsters avaient été impliqués dans le meurtre d’un jeune inspecteur infiltré ; Iles aurait-il franchi la ligne rouge et décidé de faire justice lui-même ?

En tout cas, le chef Mark Lane n’a qu’une envie : se débarrasser de cette personnalité gênante, et pour cela, il a besoin de Colin Harpur qui se trouve pris entre deux feux.

La comédie du pouvoir entre flics et truands par un maître de l’humour noir britannique.

Critique :
*Voix de velours* Mesdames et Messieurs, veuillez détacher vos ceintures et allumer vos cigarettes, aujourd’hui, le commandant de bord vous propose un roman noir écrit par un maître de l’humour noir britannique.

Le commandant et l’équipage vous souhaitent une heureuse et plaisante lecture dans ce roman noir qui a tout d’une comédie du pouvoir entre flics et truands.

Nous volons depuis 15 pages et la température extérieure est de -7C°.

La vitesse de lecture est constante, même si la commandante est aux aguets, une pénurie pouvant arriver à tout moment…

Mesdames et messieurs, on nous signale du poste de pilotage des turbulences entre l’écriture du roman et la commandante de bord, Belette. Nous volons depuis à peine 30 pages pour le moment et la vitesse de lecture a diminuée fortement.

D’après les infos du steward en chef, la commandante survole le roman en diagonale et même ça, c’est pénibles, d’après elle. Ses radars ne détectent rien d’intéressant et selon les instruments du bord, c’est insipide, ce roman noir.

Mesdames et messieurs, attachez vos ceintures, les turbulences sont telles que le roman pourrait voler de ses propres ailes dans la cabine… Éteignez aussi vos cigarettes, l’autodafé n’est pas loin…

Mesdames et messieurs, atterrissage va avoir lieu plutôt que prévu, la commandante de bord a jeté le roman et pense sortir un autre plan de vol, quelque chose de plus aguichant, d’après mes sources auprès du steward en chef.

La commandante de bord parle d’un moteurs poussifs, de turbine ne turbinant pas, de personnel de bord à chier (que les passagers pardonnent à l’humble hôtesse de l’air que je suis), d’un plan de vol où l’humour noir devait avoir pris ses congés annuels ou d’un 4ème de couverture menteur.

Nous sommes au regret de vous dire que nous nous allons nous poser en vitesse et choisir une autre destination pendant que ce plan de vol là va aller servir de cale à une roue d’avion dans un hangar en pente douce.

Nous vous remercions pour le voyage, en espérant vous retrouver bientôt sur nos lignes, pour un vol un peu moins fade que celui qui fut le votre car malgré le titre, la commandante de bord n’a pas été « en de bonnes mains ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver) ,Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book et le Mois du polar (Février 2018) chez Sharon.

Un voyou argentin : Ernesto Mallo [Perro Lascano 2]

Titre : Un voyou argentin [Perro Lascano 2]

Auteur : Ernesto Mallo
Édition : Payot et Rivages (14/03/2012)
Édition Originale : Delincuente Argentino
Traducteur : Olivier Hamilton

Résumé :
Perro Lascano n’est pas mort. Il se remet peu à peu de ses blessures. Il a perdu sa maison, son travail et surtout Eva. La guerre est déclarée entre les différents services de police qui tentent de prendre la main sur le trafic de drogue qui faisait la fortune des militaires.

Lascano est recruté comme enquêteur privé pour mettre la main sur « Topo » Miranda, truand de la vieille école suspecté d’avoir volé l’argent sale d’une banque. Fuyant les flics pourris de son pays, Perro Lascano retrouve sa vieille connaissance le major Giribaldi pour qui le vent a tourné.

Critique :
— Non, Perro Lacano n’est pas mort ! Tu as vu son hommage chez Jean-Pierre Foucault ? Non ? Alors Perro Lascano n’est pas mort ! (voix d’Alain Chabat imitant Jacques Martin).

Argentine, années 80, rien de brillant, la corruption règne en maître, les plupart des flics sont des ripoux de première classe, les banquiers sont des voleurs et les politiciens aussi, sans parler de l’armée, coupable de bien des disparitions et des morts.

Là où il y a Gégène, il y a du plaisir, vous dirons les tortionnaires.

Dans le précédent volume, j’avais laissé le commissaire intègre Perro Lascano, se vidant de son sang sur le trottoir et je le retrouve donc vivant, mais mal en point, soigné par une jolie infirmière non conventionnée, payée par le supérieur de Lascano.

Si j’ai toujours apprécié les descriptions au vitriol d’une Argentine qui tente de sortir de la dictature pour se diriger vers une démocratie, j’ai un peu perdu pied dans toutes les petites affaires qui émaillent ce roman que l’on pourrait dire choral.

Entre Topo Miranda, braqueur tout juste sorti de prison et tentant de se refaire une santé financière pendant que Perro Lascano, perdant son bienfaiteur, se voit menacer de mort et obliger de jouer sur du velours pour retrouver les braqueurs de la banque, aidé en cela par le procureur Pereyra qui lui aussi voudrait bien faire tomber Giribaldi, militaire responsable de la mort de l’usurier dans le premier tome…

Dans un moment, il retrouvera Pereyra et ira flanquer la trouille à l’homme qui a ordonné sa mort. Le redoutable Giribaldi, rien que lui, l’homme dont le nom est cité à plusieurs reprises dans les pages du « Nunca Más », célèbre pour avoir donné à ses victimes des leçons de morale à coups de décharges électriques avec un aiguillon qu’il gardait toujours en main. Il avait lui-même écrit dans sa salle de torture les mots suivants : Si vous savez chanter, faites-le, sinon, tenez bon. En sortant, Perro a une pensée pour toutes les personnes qui ont un jour fermé la porte de leur maison pour ne plus jamais revenir.

Je vous avoue que j’ai eu l’impression que tout cela était un peu confus, mélangé, brouillon. Il faudra assez bien de pages pour que tout cela présente une certaine cohérence.

La chose la plus pire, ce sont les dialogues. Je l’avais déjà souligné dans ma chronique de L’aiguille dans la botte de foin, les dialogues se présentent sous la forme de textes bruts, sans tirets cadratins, sans guillemets, le tout balancé en bloc (et en italique) et à vous de suivre pour savoir qui dit quoi.

Tu ne t’es jamais posé la question de savoir pourquoi la douleur existe ? Pour te pourrir la vie. Non, pour la conserver. Si la douleur n’existait pas, tu ne te rendrais pas compte, par exemple, que tu es blessé et tu te viderais de ton sang comme un bienheureux. C’est clair. La douleur, c’est le langage que ton corps utilise pour informer le cerveau que quelque chose va mal, où ça se situe ainsi que le degré de gravité. Je comprends, il pourrait utiliser un langage plus doux. 

Bon, après quelques dialogues de la sorte, on arrive à s’en sortir, on comprend qui parle, mais ça reste tout de même assez complexe. On aurait envie de dire que les tirets cadratins n’ont pas été inventé pour les chiens. Sachant que « Perro » veut dire chien en espagnol…

Dans ce roman noir, Perro est toujours commissaire, mais il n’exerce plus, trop de poulets veulent lui faire la peau, et au final, il y aura plus d’honneur dans le voleur Topo Miranda que dans les policiers, qu’ils soient simples flics ou haut gradés.

— Tu peux m’expliquer où est la différence si c’est le voleur que je suis qui te paie pour pouvoir prendre la tangente plutôt que le banquier qui est lui aussi un voleur ?
— C’est très simple, si c’est le voyou de banquier qui paie on ne risque pas de me courir après, par contre, si c’est toi, ce sera une autre histoire.
— Mais moi je paie le double, c’est un meilleur deal et personne n’est censé être au courant.
— Je ne suis pas un homme d’affaires, Topo, je vois les choses différemment.
— C’est ça que je n’arrive pas à comprendre, Lascano, comment on peut être à ce point intelligent et con à la fois.
— La nature est pleine de surprises.

— Dis-moi, Topo, tu n’as jamais réfléchi à tout ce boulot que tu abats, aux risques que tu prends et à tout ce fric que tu voles, tout ça pour qu’il finisse dans les poches des flics les plus pourris qu’on puisse trouver ?
— Tu as raison, mais pour l’instant je me fous de tout ça.

Un roman noir toujours aussi caustique dans sa description de l’Argentine des années 80, parlant de corruption, de tortures, de disparitions d’opposants, de junte militaire, de magouilleurs assassinés par plus magouilleurs qu’eux, d’enlèvements d’enfants, de pauvres obligés de voler pour survivre, mais avec une intrigue fort brouillonne au départ et qui en partant dans tous les sens, pourrait perdre quelques lecteurs en chemin.

— Que voulez-vous que je vous dise, Pereyra ? Dans un pays comme le nôtre, où les gouvernements, avec la complicité des entreprises, volent jusqu’à l’envie de vivre aux gens, où un type qui a passé toute sa vie à bosser touche une retraite qui lui permet tout juste de se payer un café…
— Mieux vaut pauvre mais honnête, Lascano.
— Ah, oui ? Alors dites-moi, pourquoi les prisons sont pleines à craquer de pauvres ?
— Parce qu’ils n’ont pas de quoi se payer des avocats. Mais vous, vous êtes un homme honnête, voguant au beau milieu d’une mer de corruption.
— Disons que je suis un peu plus honnête que les autres mais, pour être franc, je ne sais pas si c’est par conviction ou par lâcheté. Et je n’ai aucune envie de le savoir.

Heureusement que j’avais une carte détaillée et des petits cailloux car malgré toutes les fois où je me suis égarée, j’ai toujours réussi à retrouver mon chemin et à terminer mon périple en suivant la silhouette longiligne de Perro Lascano.

Mais c’est comme ça, la chance est une putain qui finit souvent au lit avec un autre.

— Dans ce pays, p’pa, pour devenir président il faut être avocat ou militaire, et comme je ne veux pas être bidasse…
— Mais président, apparemment, tu n’aurais rien contre.
— Et pourquoi pas.
— Tu ne peux pas trouver quelque chose de mieux ?
— Truand, par exemple ?
— Te fous pas de moi, au final c’est presque la même chose. La différence c’est que les politiciens ont moins de chances de finir au trou.
— Très drôle.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le Mois du polar (Février 2018) chez Sharon.

Meurtre au dix-huitième trou : John-Erich Nielsen [Inspecteur Sweeney – Tome 01]

Titre : Meurtre au dix-huitième trou – Inspecteur Sweeney – Tome 01

Auteur : John-Erich Nielsen
Édition : du Palémon (2016) / Head over Hills (2005)

Résumé :
Amanda Nelson est morte… L’Américaine était la maîtresse de Will Tyron Jr, le n°1 mondial de golf. Elle était aussi la fille du général Boyle, le conseiller militaire du dernier Président des États-Unis.

Beaucoup de passions autour de cette jeune femme.

Trop sans doute : on lui a fracassé le crâne, avant de l’enterrer sous un bunker du parcours de St. Andrews en Écosse…

Critique :
♫ Morte dans le sable ♫ Le corps dans l’eau ♪ Son crime était trop beau ♪ Une balle qui l’achève, il clamsera, devant ses fans et moi  ♫ ♪ Comment arriver à résoudre ça ? Dans ces pays loin là-bas ? ♪ (1)

Vous savez ce que c’est lorsqu’on arpente les travées d’un salon du livre : on tombe immanquablement sur des petites maisons d’éditions avec des auteurs peu connus car ils n’ont pas les honneur des têtes de gondole.

Cette année, j’avais décidé de me pencher un peu plus sur des auteurs de polars inconnus, sans pour autant négliger le côté dépaysement de la lecture.

Alors, j’ai porté mon dévolu sur l’inspecteur Sweeney (Todd ? mdr) de la Police criminelle Édimbourg car son auteur m’en a parlé avec ferveur, m’apprenant même des petites choses sur le monde du golf et sur lequel je ne savais rien.

J’ai donc acheté cette première enquête de l’inspecteur Sweeney, dont la bouille dessinée sur la couverture m’a bien plu, sans oublier son air un peu mutin et dégingandé.

Malgré ma PAL de plus de 1.500 titres, étrangement, la curiosité aidant (« changement d’herbage réjouis les veaux », comme disait mon grand-père) le jeune inspecteur écossais (qui ne porte pas de kilt, c’est bien dommage) n’a pas trainé plus de quelques heures et en fin de journée, je lui avais réglé son compte, à cet inspecteur à la barbe rousse et au style improbable.

Quand je me souviens des débuts de cette affaire, je frémis encore… Je me dis qu’à ce moment-là, j’étais loin d’imaginer que mon enquête allait me conduire des côtes écossaises jusqu’en Géorgie, dans la moiteur du Sud américain, pour s’achever sur une lande irlandaise battue par les vents. Et là, si j’avais pu me douter de ce qui m’attendait… Bon sang ! Mes nerfs allaient être mis à rude épreuve… »

Verdict et autopsie ? Niveau voyage, je n’ai pas été déçue puisque je suis passée de l’Écosse à la chaleur torride de la Géorgie américaine et puis, j’ai foulé le sol Irlandais. Point de vue décalage horaire, c’était du lourd !

Niveau inspecteur de police, j’ai aimé son humour, sa jeunesse, sa maladroitesse (néologisme offert), son côté « rentre dedans sans mettre des gants », bref, son côté pieds dans le plat sans diplomatie aucune et le fait que, comme moi, il n’y connaisse que dalle au monde fermé de la petite balle blanche.

Gérad Collard comparait les enquêtes de Sweeney au genre Agatha Christie troisième millénaire : jamais chez la mère Agatha je n’ai réussi à trouver le coupable, alors qu’ici, oui (mais pas le « comment »), de plus, niveau 3ème millénaire, on repassera puisque nous sommes encore à l’ère de la disquette !

Certes, nous sommes sur des parcours de golf, comme dans le célèbre « Crime du golf » de la mère Christie, mais Sweeney n’est pas Hercule Poirot, et c’est tant mieux, puisque Poirot est unique ! Et Belge, aussi (cocorico).

Anybref, ce polar est un whodunit classique, avec un inspecteur original, qui possède des blessures, mais pas au point d’être fracassé comme certains, une tante bien sympathique, sorte de Watson dans ce qu’elle est un conducteur de lumière, sans oublier le chien bizarre de Sweeney et son style vestimentaire bien à lui.

Sweeney ne va rien révolutionner (ou alors, dans les suivants que je n’ai pas lu), mais il m’a apporté de la fraicheur dans mes lectures qui, ces derniers temps, étaient assez sombres, sans pour autant mettre mon cerveau au repos !

Une belle découverte et une envie, un de ces jours, de repartir enquêter aux côtés de Sweeney sur la lande écossaise.

(1) Mes excuses à Roch Voisine pour le détournement de sa chanson « Hélène ». Et si la chanson vous trotte dans la tête toute la sainte journée (♫), alors tant mieux ! Même pas honteuse. La chanson fait référence à toutes les morts qui parsème ce petit roman.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) , le Mois du polar (Février 2018) chez SharonLe Challenge et « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°39 – Trois-quart manquant – Un livre sur le monde du sport, ce sera le golf).