Joseph Laflamme – Tome 3 – Maria : Hervé Gagnon [LC avec Bianca]

Titre : Joseph Laflamme – Tome 3 – Maria

Auteur : Hervé Gagnon
Édition : 10/18 (2020)

Résumé :
Montréal, janvier 1836. Un livre bouleverse la ville : il relate de sordides histoires de fornication entre les Hospitalières de l’Hôtel-Dieu et les Sulpiciens, évoquant au passage profanation, assassinats et débauche.

La bonne société montréalaise est en émoi, et l’évêque de Montréal doit défendre la réputation de son diocèse.

Montréal, septembre 1892. Un charnier d’enfants est découvert fortuitement, rue Le Royer.

Puis, le corps mutilé d’un banquier est retrouvé à Griffintown et deux fillettes portant de terribles traces d’abus sexuels sont repêchées dans le fleuve, près de la rue de la Commune.

Les trois affaires ne semblent pas liées, jusqu’à ce qu’un vieux prêtre remette à Joseph Laflamme un exemplaire du livre de 1836, en lui laissant entendre que l’histoire se répète.

Pour réussir à dénouer l’intrigue, Laflamme, l’inspecteur Marcel Arcand et le reste du groupe devront pénétrer dans un univers de corruption aux ramifications insoupçonnées et déterrer un scandale enfoui depuis un demi-siècle.

Critique :
Décidément, la société est perverse et sordide. Notre Joseph Laflamme va le découvrir une fois de plus, aux côtés de l’inspecteur Marcel Arcand, en enquêtant sur des morts horribles.

Heureusement que toutes ces affaires sordides et glauques sont contrebalancées par des petites touches d’humour ou de scènes de la vie quotidienne, ce qui allège l’ambiance sombre de ce récit.

C’est avec grand plaisir que j’ai renoué avec notre petite troupe d’enquêteurs, avec ce groupe hétéroclite que je prends plaisir à suivre depuis maintenant trois romans.

Âmes sensibles, attention, ce roman est assez glauque dans ses crimes et dans les situations décrites. J’ai quelques fois fermé les yeux et respiré un grand coup. La perversion des Humains est sans limite, comme la connerie, et dans ce récit, on pourrait y aller à grands coups de #BalanceTonPervers.

Si dans ce troisième roman nous n’avons rien de neuf sous le soleil, c’est la palette des personnages qui m’a fait passer un bon moment de lecture.

Joseph, notre journaliste, commence à diminuer la boisson, il est amoureux, sa sœur est heureuse, elle sort progressivement de la misère noire et l’inspecteur Marcel Arcand est un policier dont j’apprécie la droiture.

L’auteur prend aussi le temps de nous décrire la ville de Montréal en 1892 ainsi que sa société bien pensante d’un côté et miséreuse de l’autre. L’Angleterre victorienne n’est jamais très loin tant les mentalités coincées des canadiens ressemblent à celle des anglais. La misère étant internationale (sans mauvais jeu de mot), elle est cousine de celle qui régnait dans les bas-fonds de Londres.

Une enquête sans temps morts, sans pour autant que l’on courre partout, mais l’auteur a monté son histoire de sorte que le lecteur (lectrice) ne s’ennuie pas durant les moments plus calmes, les tranches de vie de notre groupe d’amis venant les meubler agréablement. Ils évoluent tous, ce qui est agréable.

Les meurtres sont sordides, ce qui va en ressortir aussi et l’Humain n’en ressort jamais grandi (du moins, certains). À la fin du roman, le culot d’un personnage m’a même donné envie de le guillotiner, mais hélas, je n’ai pas pu le faire…

Si cette enquête n’amène pas de nouveauté dans le polar, elle reste néanmoins efficace, addictive et une partie du mérite en reviens aux personnages principaux qui sont les moteurs de toute cette aventure.

Une nouvelle fois, c’est une LC réussie avec Bianca. En 3 ans de LC, nous avons eu des abandons, des déceptions (parfois nous n’étions pas en symbiose), mais dans l’ensemble, si on devait tirer un bilan, il serait positif ! Un peu de vert dans tout ce rouge dû au covid, ça fait du bien.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°106].

 

Molosses – 06 – Walt Longmire : Craig Johnson

Titre : Molosses – 06 – Walt Longmire

Auteur : Craig Johnson
Éditions : Gallmeister Noire (2014) / Points Policier (2016)
Édition Originale : Junkyard Dogs (2010)
Traduction : Sophie Aslanides

Résumé :
Alors que l’hiver s’installe dans le comté le moins peuplé de l’État le moins peuplé des États-Unis, Walt Longmire, son shérif, se voit confier une curieuse mission : celle de mettre la main sur le propriétaire d’un pouce abandonné à la décharge.

L’enquête devient rapidement haute en couleur, car Walt se trouve face à deux molosses qui gardent le terrain, à son vieux propriétaire loufoque et à un promoteur immobilier multimillionnaire qui cherche à prendre possession des lieux pour étendre son vaste ensemble de ranchs luxueux.

Sans parler d’un jeune couple fleurant bon la marijuana, de la vieille institutrice au charme incontesté, du perroquet dépressif et déplumé et de quelques cadavres qui bientôt viennent compliquer cette affaire.

On retrouve dans Molosses le style enlevé de Craig Johnson et l’humour désopilant de son shérif au service d’un nouveau polar parfaitement abouti.

Critique :
Ne dites pas au vieux Geo Stewart qu’il possède une déchetterie mais bien un « Site municipal de dépôt, tri et de récupération des déchets ».

Malgré l’empilement de bagnoles en tout genre et du bordel qu’il y règne, ceci n’est pas une casse non plus mais bien le « Site municipal de dépôt, tri et de récupération des déchets ». Repeat after me *voix d’Elie Kakou*

Geo Stewart, c’est le vieux qui fait du surf de neige derrière une bagnole, qui tchoupe avec une dame (il frouchelle avec, quoi) et qui se fait renverser par une bagnole et se relève, tel Iron Man.

C’est l’hiver dans le comté d’Absaroka, Wyoming et tout le monde peut chanter ♫ Tombe la neige ♪ Et mon cœur s’habille de noir ♪ car le shérif Walt Longmire va avoir son lot de cadavres sur les bras, sans oublier un pouce trouvé dans une glacière, une grosse méforme de santé.

Les emmerdes volant toujours en escadrilles, on ajoutera que Sancho, dit Le Basque, veut quitter l’équipe du shérif ; que la copine de Longmire (Vic) lui fait quelques reproches ; que son pote, Henry Standing Bear, dit la Nation Cheyenne, broie du noir et qu’il ne doit pas oublier d’organiser le mariage de sa fille Cady.

Pour une fois, on a un roman plus léger que les précédents, comportant assez bien de morceaux d’humour et de réparties drôles qui me font toujours sourire. De nombreux personnages secondaires gravitent dans l’enquête sans que l’on sache s’ils seront impliqués ou non (faut tout lire pour le savoir), mais une chose est sûre, ils étaient tous réussis.

Des coupables qui seraient innocents ? Des innocents qui seraient coupables ? Longmire se gratte la tête et mène son enquête en traînant la patte. Pas parce qu’il n’en a rien à foutre, mais juste parce qu’il a mal à sa jambe, à sa fesse (mordu par un chien), sans parler de son oeil qui lui joue des tours et le médecin qui veut absolument le voir…

Les lecteurs/trices devraient faire une pétition pour que son employeur (l’auteur) l’envoie quelques semaines dans un climat chaud, en tongs, les pieds dans le sable, sans rien d’autre à avoir à faire que manger et gratter la tête de son chien.

L’enquête est bien ficelée et j’ai eu ma petite surprise dans le final, parce que celle-là, je ne l’avais pas vue venir ! Comme quoi, sous ses airs de vouloir divertir ses lecteurs en les faisant sourire à l’aide de dialogues enlevés, l’auteur sait aussi focaliser notre attentions ailleurs pendant qu’il réalise son tour sous nos yeux.

Moi, j’adore !

Allez, faudrait pas que je reste trop longtemps entre deux enquêtes de mon shérif préféré parce qu’elles sont trop bonnes.

— Vous avez laissé partir Geo ?
À travers ses épaisses lunettes, Doc contempla les flocons de poussière qui flottaient dans son bureau.
— Non il a filé à la Longmire.

— Qu’est ce que vous entendez par là ?
Isaac referma le livre qu’il tenait dans les mains et le posa sur le haut de la cinquième des piles fragiles qui se trouvaient sur son bureau.
— Il a signé son bon de sortie et il a disparu dans la nuit, un peu comme un individu que nous traitons régulièrement dans cet hôpital, et dont les fuites sont devenues tellement régulières que nous avons maintenant intégré son nom à notre lexique.
Je baissai la tête sans réprimer un sourire, et observai mes bottes d’un air faussement contrit.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°83], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°31] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Red Grass River : James Carlos Blake

Titre : Red Grass River

Auteur : James Carlos Blake
Édition : Rivages/Thriller (2012) / Rivages Noir (2015)
Édition Originale : Red Grass River : A Legend (1998)
Traduction : Emmanuel Pailler

Résumé :
Sud de la Floride, début du XXe siècle.
À l’abri des forêts marécageuses des Everglades, John Ashley, âme du gang familial et héros populaire, mène une existence flamboyante de bandit de grand chemin, trafiquant d’alcool et braqueur de banques.

De séjours en prison en évasions rocambolesques, d’exils forcés en raids téméraires, de règlements de comptes en conquêtes féminines, il devient la véritable légende vivante de cette région encore très sauvage mais en plein boom qui, à bien des égards, rappelle le Far West à ses plus belles heures.

Le shérif Bobby Baker, homme dur et amer qui a perdu une jambe et dont John a ravi la fiancée, a juré sa perte. Alors que, à l’image des marais impénétrables devant la progression des villes nouvelles, le vieux monde des Indiens et des pistoleros recule, leur affrontement prend des proportions grandioses.

Avec la Prohibition, le gang Ashley voit l’opportunité de se développer comme jamais.

Mais pendant que John, retranché dans les marécages, vit une grande histoire d’amour, que son père lutte contre les forces de l’ordre et l’invasion de mafieux plus structurés venus du Nord, Bobby Baker fourbit ses armes pour un affrontement final en forme de tragédie grecque.

Critique :
Les Ashley, père et fils, sont une sympathique famille de braqueurs et de trafiquants d’alcool dans les Everglades…

Enfin, sympathiques… Vaut mieux pas chier dans les bottes du patriarche, Jo Ashley. Quant à la mère, elle sait tirer au fusil et vaut mieux être du côté des fils, si on ne veut pas avoir d’emmerdes et finir dans le ventre d’un  alligator.

Ce roman noir, qui a des airs de western, se déroule sur la période qui va de 1912 à 1924. Durant cette courte période, les Ashley vont en commettre, des forfaits.

Qui dit bandits dit police, pour équilibrer la balance et pour bien faire les choses. L’auteur met face aux Ashley la famille Baker. Flics et voyous. Sauf qu’il fut un temps où un des fils Ashley (John) était super pote avec Bob Baker…

Puis un jour, John Asley fourra sa bite dans le minou de la copine de Bob Baker et après cela, plus rien de fut le même…

Les Everglades, surnommées le Jardin de l’Enfer, sont un endroit propice pour distiller de l’alcool de contrebande et le livrer à l’insu des autorités. Lorsque la prohibition surviendra, elle fera les beaux jours de la famille Ashley et sa fortune.

James Carlos Blake nous offre un western sur l’eau, un western sans canassons mais avec des canoës, des barques voguant dans les petits canaux des Everglades… Ici, on braque la banque avec style et décontraction et sans être masqué.

Aux travers de la vie de braqueurs et trafiquants d’alcool flamboyants, l’auteur nous fait vivre une vie de folie, faite de cadavres, de pognon coulant à flot, de balles tirées entre les bandits et les flics, le tout sur fond d’une haine brûlante entre John Ashley et Bob Baker suite à une amitié quasi fraternelle qui vola en éclat pour une copine chipée.

Ce roman aurait pu être sombre mais je l’ai trouvé flamboyant à cause de ses personnages, surtout le clan Ashley, John étant la tête de proue, celui qui s’évade, celui qui braque, qui baise à couilles rabattues et qui, comme ses frères, voue obéissance au patriarche.

Dans ce western humide, on a tous les ingrédients importants (sauf les chevaux) :  fidélité au clan familial, esprit de vengeance, étendre son territoire, partir à la conquête d’une nouvelle Frontière, faire du fric en allant le chercher dans les coffres de la banque, sans oublier la construction chaotique d’un pays, la ville de Miami commençant à se développer et à attirer d’autres trafiquants qui pourraient croire que l’on peut traverser le territoire des Ashley sans payer son tribut.

Ce roman noir n’est pas qu’une éloge de la violence, c’est aussi l’histoire d’une famille, d’un empire, d’une population qui sait ce qu’il coûte de trahir les Ashley, qui en a peur, mais c’est aussi le shérif Baker qui n’hésite pas à déléguer le sale boulot à un autre, sans regarder sur ses méthodes expéditives.

Les salauds sont partout, dans ce roman. Pas de manichéisme.

La plume de James Carlos Blake m’a une fois de plus emportée loin de mon quotidien banal.

Avec lui, je suis devenue trafiquante d’alcool, j’ai arpenté les Everglades, la main sur mon revolver, j’ai braqué des banque, je suis allée au bordel faire ma voyeuse pendant que John prenait du bon temps, j’ai appuyé sur l’accélérateur, poursuivie par la police, je me suis cachée, j’ai découvert l’amour avec un grand A, joué à Bonnie Parker et Clyde Barrow sans que Bardot ne chante dans les oreilles.

Un roman noir serré qui parle aussi de la construction de l’Amérique, de ses travers, de ses bandits, des flics qui laissaient les trafiquants faire pour éviter des problèmes avec la population… L’auteur nous conte cette histoire comme si elle était véridique et je vais vous dire qu’on aurait envie d’y croire tant c’est brillant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°69] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Darktown : Thomas Mullen

Titre : Darktown

Auteur : Thomas Mullen
Édition : Rivages Noir (2018) / Payot et Rivages (2020)
Édition Originale : Darktown (2015)
Traduction : Anne-Marie Carrière

Résumé :
Atlanta, 1948. Sous le mandat présidentiel de Harry S. Truman, le département de police de la ville est contraint de recruter ses premiers officiers noirs. Parmi eux, les vétérans de guerre Lucius Boggs et Tommy Smith.

Mais dans l’Amérique de Jim Crow, un flic noir n’a le droit ni d’arrêter un suspect, ni de conduire une voiture, ni de mettre les pieds dans les locaux de la vraie police.

Quand le cadavre d’une femme métisse est retrouvé dans un dépotoir, Boggs et Smith décident de mener une enquête officieuse.

Alors que leur tête est mise à prix, il leur faudra dénouer un écheveau d’intrigues mêlant trafic d’alcool, prostitution, Ku Klux Klan et corruption.

Darktown est le premier opus d’une saga criminelle complexe et fascinante qui explore les tensions radicales au début du mouvement des droits civiques, dans la lignée de Dennis Lehane et Walter Mosley.

Critique :
Atlanta, 1948, une grande date pour certains, une hérésie pour d’autres : l’accession à la fonction de policier par des citoyens Noirs.

Attention, ces policiers n’ont pas le droit d’arrêter un Blanc, même en flagrant délit de crime, ils ne patrouillent pas en voiture mais à pied, ne peuvent pas entrer dans le bâtiment de la police, ont l’interdiction de boire de l’alcool même après leurs heures de service et se doivent de rester dans le quartier Noir d’Atlanta.

Un crime a lieu mais comme c’est une jeune fille Noire qui est décédée, personne ne bouge son gros cul de Blanc et nos policiers n’ont même pas le droit d’enquêter dessus.

Ce roman, il vous prend à la gorge pour ne plus vous lâcher jusque la fin. On a beau savoir l’Histoire de la ségrégation raciale, malgré tout, l’impact dans le plexus solaire est toujours aussi forte.

Ici, si tu es Blanc, tu te dois d’être raciste, de faire voir la vie dure aux Noirs, de les dénigrer, de défendre ta ville, ton quartier, contre l’envahissement… Si par malheur tu es un Blanc modéré dans ton racisme (tu ne tabasses pas, tu ne fous pas le feu, tu ne lynches pas, tu ne tues pas,…), fait en sorte qu’on ne l’apprenne pas, sinon, tu risques gros aussi.

Entre avanies que leurs font subir les Blancs (flics ou pas), les crachats, les insultes de types macaques, bougnoules, singes, négro (et j’en passe), la vie de flic Noir est une épreuve de chaque jour, dans ce Sud où les morts Confédérés sont encore honorés et où on a lynché des vétérans Noirs de la Première Guerre Mondiale.

Même la population Noire regarde ces huit policiers de travers, tant elle attendait énormément d’eux, oubliant qu’ils n’ont quasi aucun droit, si ce n’est d’arrêter des Noirs.

Lucius Boggs est un flic honnête, qui aimerait faire son travail correctement, c’est-à-dire enquêter sur la mort de la jeune Lilly et pas avaler les preuves toutes faites que les flics Blancs ont montées.

Problème c’est qu’en voulant faire le bien (trouver le coupable), il a ouvert la boîte de Pandore qui déverse son torrent d’injustices sur la famille de Lilly, comme si celle n’avait pas déjà assez souffert. Tout ça pour avoir voulu connaître la vérité sur son assassinat, mon cher Lucius, c’est cher payé car ils ont trinqué grave ensuite…

STOP… ON REMBOBINE ! Mais qu’est-ce que je raconte moi ? Mais non, Lucius, tu n’es pas responsable du déchaînement de haine sur la famille de Lilly ! Bordel de Dieu, c’est la faute aux Blancs, tout ça ! Qu’ils soient flics pourris racistes confédérés bas-du-front ou Blancs bien propres sur eux. C’est nous, les Blancs, qui sommes responsables du racisme et de la ségrégation…

Ce roman m’a pris aux tripes, j’ai lu des horreurs, j’ai vu des injustices qui m’ont données envie de bondir, de hurler, hésitant parfois entre le « Dieu tout puissant » ou le « putain de bordel de merde » (au choix) tant c’était effroyable ce que les Noirs ont vécu. J’en ai encore découvert, tiens, des horreurs.

Les personnages sont travaillés, ont de la profondeur et l’auteur évite le manichéisme et ne sombre jamais dans le pathos, même si le lecteur va encaisser des moments très durs durant la lecture, mais ils ne seront jamais aussi durs que ceux que vécurent et vivent encore les Noirs aux États-Unis (et ailleurs).

Partant d’une enquête classique sur l’assassinat d’une jeune fille Noire, l’auteur nous plonge dans la noirceur des quartiers d’Atlanta, dans les pensées abjectes des Blancs, dans un racisme primaire qui fait peur car pouvant basculer dans une violence sans nom pour un rien.

Un tout grand roman noir, social, où notre duo de policiers (Lucius Boggs et Tommy Smith) vont d’enfoncer petit à petit dans la fange nauséabonde qui macule les rues, les maisons ainsi que le cœur des habitants d’Atlanta.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°36].

Loveday & Ryder – Tome 2 – Un pique-nique presque parfait : Faith Martin [LC Bianca]

Titre : Loveday & Ryder – Tome 2 – Un pique-nique presque parfait

Auteur : Faith Martin
Édition : HarperCollins (17/06/2020)
Édition Originale : Ryder and Loveday, book 2: A Fatal Mistake (2018)
Traduction : Alexandra Herscovici-Schiller

Résumé :
Été 1960. Après une fête de fin d’année organisée par les étudiants de St Bede’s College sur les berges d’une rivière, le corps d’un certain Derek Chadworth est retrouvé flottant dans les eaux de Port Meadow.

Et si tous les jeunes gens présents sur les lieux affirment que la mort de Derek est accidentelle, aucun d’entre eux ne peut attester avoir bel et bien aperçu l’étudiant à la fête.

Confronté à des témoignages vagues qu’il juge peu crédibles, le Dr Clement Ryder décide d’ouvrir une enquête, assisté de la jeune policière Trudy Loveday, qui entreprend de se faire passer pour une étudiante de St Bede’s College.

Trudy arrivera-t-elle à gagner la confiance des élèves et percer le mystère qui entoure la mort du jeune homme le plus populaire de l’université ?

Car une chose est sûre : Derek Chadworth n’était pas un étudiant comme les autres…

Critique :
Pour une pique-nique réussi qui marquera les esprits, plongez un cadavre fraîchement assassiné dans une rivière composée de sédiments, laissez flotter lentement avant de le repêcher.

Effet garanti !

Pour prolonger la fête, passez tous et toutes devant le coroner Clement Ryder et faites en sorte de rester évasif dans vos témoignages sur la présence ou non du mort à votre petite sauterie en barque.

À déguster sans modération car ce roman se savoure à toutes heures du jour. Prévoir une tasse de thé.

Les duos homme/femme ne sont pas les plus faciles à réaliser, mais avec Loveday & Ryder, l’auteure a réussi le délicat équilibre et nous donne un mariage parfait entre le vieux briscard bougon et la jeune stagiaire de police qui a encore tout à apprendre.

L’époque est aussi bien choisie : 1960, quand les femmes commencèrent, timidement (et sous les regards désapprobateurs des mâles), à entrer dans la police, ce qui n’était pas toujours bien vu puisque tout le monde s’accordait à dire que la place de la femme était auprès de son mari et de ses enfants.

Une époque délicieusement rétro, surannée (restons vigilantes) et pudibonde. Une époque où les nobles avaient des pouvoirs exagérés et où l’on devait presque faire des courbettes devant eux.

Cette époque, mêlée habillement à la ville d’Oxford, donne un charme fou au récit car l’auteure n’a rien d’une branquignole qui se prendrait les pieds dans le tapis en en faisant trop ou pas assez.

Une fois de plus, c’est équilibré entre l’enquête et tout ce qui concerne les mœurs et les pensées de l’époque, à tel point que l’on croirait le roman écrit en 1960, avec la mentalité de l’époque.

Anybref, un polar historique qui sent bon la ville d’Oxford, les privilèges d’une certaines classes, la société patriarcale où la femme n’a pas trop sa place au travail, la fin des examens et l’école de prestige pour les dirigeants de demain.

Une vraie enquête, avec des pistes à remonter, des témoins à auditionner et d’autres à trouver. Si j’ai eu une révélation sur le modus operandi et l’identité du coupable, cela n’a pas entamé mon plaisir de lecture car derrière ce crime et cette enquête, c’est aussi une critique de la société qui est mise en avant et le fait que les coupables ne sont pas toujours puni pour leurs comportements déplacés.

Une LC où Bianca et moi sommes sur la même longueur d’ondes pour dire que des lectures ainsi, on en veut encore !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°14].

 

L’homme aux lèvres de saphir : Hervé Le Corre [LC avec Bianca]

Titre : L’homme aux lèvres de saphir

Auteur : Hervé Le Corre
Édition : Rivages Noir (2004)

Résumé :
Paris, 1870. Une série de meurtres sauvages semble obéir à une logique implacable et mystérieuse qui stupéfie la police, fort dépourvue face à ces crimes d’un genre nouveau.

Le meurtrier, lui, se veut « artiste » : il fait de la poésie concrète, il rend hommage à celui qu’il considère comme le plus grand écrivain du XIXème siècle, Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont, dont il prétend promouvoir le génie inconnu.

Dans le labyrinthe d’une ville grouillante de vie et de misère, entre l’espoir de lendemains meilleurs et la violence d’un régime à bout de souffle, un ouvrier révolutionnaire, un inspecteur de la sûreté, et deux femmes que l’a vie n’a pas épargnées vont croiser la trajectoire démente de l’assassin.

Nul ne sortira indemne de cette rencontre.

Ce livre a reçu le grand prix du roman noir français au festival de Cognac 2005 et le prix mystère de la critique 2005.

Critique :
— Gamin ! Gamin ! Reviens gamin, c’est pour rire ! (C’est arrivé près de chez vous – extrait)

Moi j’aurais tendance à dire « Cours, gamin, cours » (Forrest Gump) car l’homme qui arrive derrière toi va te tuer parce que tu es blond…

Un assassin qui tue les blonds ? Gad Elmaleh, sans aucun doute.

Paris, en 1870, une époque trouble, des grèves, des ouvriers qui grognent, des socialistes – des vrais ! – qui émergent et un tueur en série qui joue du couteau sur les blondins, les éventrant et mettant en scène leur mort.

Ne cherchez plus l’identité du coupable, c’est Hervé Pujols. Poirot et Holmes peuvent aller se rhabiller car nous sommes dans un scénario à la Columbo : nous connaissons l’identité du coupable dès le départ, le but sera de mettre la main dessus (ou pas ?).

Copiant l’oeuvre non publiée de son ami Isidore Ducasse, les “Chants de Maldoror” que ce dernier à écrite sous le nom du Comte de Lautréamont, l’assassin sème des cadavres à tous vents et si la police est sur les dents, en fait, elle n’est nulle part car pour un inspecteur qui se casse le cul, les autres s’en foutent royalement car la police est corrompue jusqu’à la moelle (ou la bite, pour certains).

Connaître l’identité du tueur ne fut pas une entrave au suspense ou au mystère car c’est avant tout le portrait de la ville de Paris en 1870 qui est tiré et il n’est pas joli à voir. Oublions les cartes postales, on patauge dans le prolétariat, ici.

Ce roman policier historique est aussi un roman noir puisque le côté social est présent. La société ouvrière est mise en avant, bien décrite dans ses misères, ses rêves, ses combats, on a la montée du socialisme, le ras-le-bol de Napoléon III et l’envie folle d’une République.

Oublions les beaux quartiers, nous allons nous encanailler dans les caboulots (caberdouches si nous étions à Bruxelles), éclusant des bock de mauvaise bière, nous arpenterons les ruelles sombres, celles des bas-fonds, nous mettrons aussi les pieds dans un bordel avec tout son cortège de pauvres filles tenues de rembourser des dettes à leur proxénète ou à la mère maquerelle.

L’exploitation de l’Homme par l’Homme, une fois de plus. Profitant de la misère et du besoin impérieux d’argent de tous ces crèves-la-faim qui sont venus à Paris et qui ont une famille à nourrir, les patrons ne se privent pas d’exploiter ces esclaves taillables et corvéables à merci.

Dans ce roman qui se dévore, le lecteur aura le plaisir de suivre plusieurs personnages dont certains seront des plus sympathiques.

Autant où j’ai bien aimé l’inspecteur basque (celui qui est intègre et qui bosse), autant où j’ai eu le coup de cœur pour Étienne et Fernand, ces deux ouvriers que la vie n’a pas épargnée. Leurs portraits sont des plus réalistes et il est difficile de ne pas s’attacher à eux.

Un roman policier noir et historique très bien construit, qui a du Zola dans ses pages ainsi que du Victor Hugo tant la misère des prolétaires est présente et que Paris a des airs d’une ville moyenâgeuse.

Un polar avec un serial-killer datant d’avant Jack The Ripper et qui est tout aussi violent que lui. Un polar noir, sombre, sanglant mais la plume gouailleuse de l’auteur, qui mêle l’argot de Paris dans les dialogues pour leur donner plus de vie, emporte le lecteur dans une autre époque et le voyage, s’il n’est pas de tout repos, est instructif et addictif.

Anybref, que les amateurs de Bisounours passent leur chemin…

Merci à ma copinaute Bianca qui m’a proposé cette LC. Le roman traînait dans ma biblio depuis novembre 2013, ticket de caisse coincé dedans comme preuve. Comme moi, elle a aimé sa lecture.

Extraits des Chants de Maldoror pour comprendre le titre et le coup du crabe tourteau :

Pour ne pas être reconnu, l’archange avait pris la forme d’un crabe tourteau, grand comme une vigogne. Il se tenait sur la pointe d’un écueil, au milieu de la mer, et attendait le favorable moment de la marée, pour opérer sa descente sur le rivage.

Mais, l’homme aux lèvres de saphir a calculé longtemps à l’avance un perfide coup. Son bâton est lancé avec force ; après maints ricochets sur les vagues, il va frapper à la tête l’archange bienfaiteur. Le crabe, mortellement atteint, tombe dans l’eau. La marée porte sur le rivage l’épave flottante. Il attendait la marée pour opérer plus facilement sa descente. Eh bien, la marée est venue ; elle l’a bercé de ses chants, et l’a mollement déposé sur la plage : le crabe n’est-il pas content ? Que lui faut-il de plus. Et Maldoror, penché sur le sable des grèves, reçoit dans ses bras deux amis, inséparablement réunis par les hasards de la lame : le cadavre du crabe tourteau et le bâton homicide !

 

Comme il est changé ! Les mains liées derrière le dos, il marche devant lui, comme s’il allait à l’échafaud, et, cependant, il n’est coupable d’aucun forfait. Ils sont arrivés dans l’enceinte circulaire de la place Vendôme. Sur l’entablement de la colonne massive, appuyé contre la balustrade carrée, à plus de cinquante mètres de hauteur du sol, un homme a lancé et déroulé un câble, qui tombe jusqu’à terre, à quelques pas d’Aghone.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°09].

 

Special Branch – Tome 4 – Londres rouge : Roger Seiter et Hamo

Titre : Special Branch – Tome 4 – Londres rouge

Scénariste : Roger Seiter
Dessinateur : Hamo

Édition : Glénat (08/01/2014)

Résumé :
Printemps 1892, Buffalo Bill et toute la troupe du Wild West Show débarquent à Londres pour plusieurs représentations. Charlotte et Robin Molton font partie des quelques privilégiés à avoir reçu une invitation pour le spectacle.

Mais leur plaisir sera de courte durée : un officier anglais, le capitaine James Paterson, est retrouvé mort transpercé d’une flèche Lakota et c’est évidemment l’un des Sioux de la troupe de Buffalo Bill qui est d’abord suspecté.

Mais les membres de la Special Branch ont suffisamment d’expérience pour savoir que, lorsqu’il s’agit d’un meurtre, il ne faut jamais se fier aux apparences…

Critique :
Hé ho, faudrait se remuer un peu le cul, à la Special Branch parce que là, ce sont les autres qui font le job à votre place.

James Paterson, un américain richissime, est retrouvé tué dans les écuries du Wild West Show, cloué au sol par une flèche et scalpé.

Les indices sont gros comme une maison et on retrouve même le scalp de Paterson dans le carquois d’un Lakota nommé Black Elk.

C’est bien l’une de ses flèches qui épinglait le cadavre au sol. Bref, une grosse flèche rouge désigne ce Lakota qui, en plus, a disparu. Pour moi, ça pue le coup fourré.

Heureusement que Buffalo Bill est un peu plus éveillé que les autres et leur fait comprendre que Black Elk est un Indien qui a un cerveau et que jamais de sa vie il ne laisserait autant de traces derrière lui.

La Special Branch le suit mais sans l’intervention de Lord Launceston, leur ami qui a intégré la Special Branch aussi et surtout, sans l’aide d’un gang adverse, jamais ils n’auraient trouvé les exécuteurs.

Quand au commanditaire, je l’ai trouvé de suite sans même chercher midi à quatorze heures. Trop facile.

Autant la première enquête avait pris son temps, était montée en intensité, autant celle-ci est trop dans la précipitation et le coup de pouce du destin. Là, c’est même plus que du gros coup de pouce…

Moi, à leur place, j’aurais été jouer à l’Euro Million tant la chance était de leur côté. Ou alors, tout le monde était cocu, vu la chance dont ils ont bénéficié…

Au rayon des autres bémols, je reparlerai des chevaux dessinés d’une manière pas très élégante, le pire étant pour les chevaux des Indiens dans le Wild West Show qui ont des têtes tellement épaisses et un gabarit tellement large qu’on dirait des chevaux de trait.

Dommage que ce tome soit trop dans la précipitation, que le coupable soit si facilement identifiable et que, sans aide extérieure du gang des Bambous Verts, nos enquêteurs de la Special Branch n’auraient jamais retrouvés les exécuteurs (et Black Elk non plus n’aurais pas retrouvé ces hommes).

Malgré tout, j’ai apprécié ma lecture et la découverte de cette série.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°05].

Victime 55 : James Delargy

Titre : Victime 55

Auteur : James Delargy
Édition : HarperCollins Noir (08/01/2020)
Édition Originale : 55 (2019)
Traduction : Maxime Shelledy et Souad Degachi

Résumé :
Une petite ville perdue en Australie. Un officier de police habitué à régler des petits problèmes de vie domestique et querelles de voisinage.

Un jour de canicule débarque un homme, couvert de sang. Gabriel déclare avoir été séquestré dans une cabane par un serial-killer. Le dénommé Heath a déjà tué 54 personnes. Gabriel est sa prochaine victime.

Quand la chasse à l’homme commence, ce même jour de canicule, débarque un deuxième homme. Heath est couvert de sang. Heath déclare avoir été séquestré dans une cabane par un serial killer, un certain Gabriel. Gabriel a déjà tué 54 personnes. Heath est sa prochaine victime.

Qui est le numéro 55 ?

Critique :
— On demande le N°55 ! Qui porte le numéro 55 ? Allez, soyez pas timide… C’est l’heure de vous faire assassiner.

Wilbrook est petite ville perdue dans le trou du cul de l’Australie et qui subit, de plein fouet, la canicule qui l’emballe (oui, c’est cochon quand on décale les sons).

C’est le genre de petite ville où il ne se passe rien, les policiers ayant plus à faire avec l’ivresse, les bagarres ou les violences conjugales.

Alors, quand un type (Gabriel) arrive dans un sale état en disant qu’il a réussi à prendre la fuite de la cabane d’un serial-killer qui allait en faire sa 55ème victime, ça réveille tout le monde à la maison poulaga.

Je sens déjà que ça grince des dents dans les chaumières : le serial-killer, encore lui ! Un sujet facile, passe-partout, mais terriblement casse-gueule, car on peut vite se prendre les pieds dans le tapis qui entoure le corps assassiné.

Pour cela, l’auteur a été malin et est sorti des sentiers battus en introduisant le personnage de Heat, qui arrive peu après chez les flics en répétant le même laïus que Gabriel : il a failli être la 55è victime d’un serial-killer.

Deux victimes le même jour ? C’est Noël ? Non, pire car chacune des victime accuse l’autre d’être le tueur en série. Qui de Healt ou de Gabriel est le tueur en série ?

L’idée est bonne de proposer des victimes qui pourraient être tueurs en même temps mais là, un autre écueil apparaît : comment tenir la distance ? À un moment, on ne risque pas de tourner en rond ?

Et bien non, on ne tournera pas en rond car l’auteur a eu assez de ressources que pour occuper son lecteur en lui faisant fumer le cerveau avec cette énigme (QUI ?) et cette enquête étrange qui ne prendra pas la grand-route mais les petits sentiers, le tout porté par des personnages sympathiques ou au contraire, énervants…

C’est là que le bât a le plus blessé : l’antagonisme entre Chandler, policier en chef de Wilbrook et Mitchell, son ancien meilleur ami, qui va venir superviser l’opération de recherche « Qui est un serial Killer ? ».

J’aurais aimé un peu plus de nuances dans ces deux personnages principaux, ces deux flics qui furent un jour des potes et qui maintenant, se déchirent.

Chandler est un personnage sympathique, un gentil (trop ?) qui doit baisser la tête devant Mitch, son supérieur hiérarchique et qui lui, est tout simplement imbuvable, à tel point qu’on aurait envie de le paumer dans le bush australien après lui avoir explosé la cervelle.

Un meilleur équilibre entre le flic sympa et le sale flic n’aurait pas été du luxe. Même si c’est un premier roman pour l’auteur, équilibrer les personnalités  de ces deux policiers aurait apporté plus de nuances. Nous avons tous connu des gens imbuvables comme Mitch, mais à la fin, leurs querelles incessantes deviennent lourdes et lassantes.

Pour les ambiances de désert sous la chaleur implacable, c’est tout bon, on s’y croirait. Les grandes étendues de l’outback australien, ses coins perdus, ses dangers qui se trouvent partout sous nos pieds… Sans oublier les bas-de-plafonds qui habitent dans les fermes aux alentours. On est bien servi à ce niveau-là.

Les alternances entre le présent (avec l’enquête) et le passé (les débuts de Chandler et Mitch en tant que policiers) bétonnent l’addiction au roman et malgré l’heure qui tournait et le fait qu’il fallait se lever le lendemain, j’ai poursuivi ma lecture car je voulais savoir laquelle de mes théories la plus farfelue était la bonne. Yes, j’en avais une qui était à moitié bonne.

L’identité du coupable, je l’avais trouvée. Par contre, son mobile m’a semblé un peu léger, ou du moins, déjà-vu trop de fois. Pourtant, l’auteur avait de l’idée car j’ai été bluffée avec la numérotation des victimes. Bien vu.

Le final, bourré du suspense, est capable de faire monter la tension à un moine bouddhiste zen en pleine méditation. Et après le chapitre 55, le tout dernier, celui qui met fin à l’histoire, il faut trouver le sommeil alors que ça tourne toujours dans la tête…

Un thriller qui aurait pu se louper avec le coup du serial-killer mais qui a eu la bonne idée de jouer sur le concept de deux victimes qui s’accusent l’une l’autre d’être le tueur, sans que l’on arrive à en démarquer une plus que l’autre, tout en partant dans une direction autre que celle attendue.

Au moins, on n’a pas l’impression de manger un plat réchauffé et trop souvent cuisiné, même si les ingrédients sont des grands classiques. Faudra juste penser à nuancer tous les personnages dans le roman suivant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°04].

La chair du limier : Stéphane Belmont

Titre : La chair du limier

Auteur : Stéphane Belmont
Édition : Les Nouveaux auteurs Polar Historique (2012)

Résumé :
Paris. Juillet 1888. Un monstre sans visage éventre et mutile deux « fleurs de trottoir »dans le quartier Mouffetard, sans provoquer la moindre réaction des autorités.

Seul à pressentir, dans ce carnage, les prémisses d’une macabre série, l’inspecteur Jean Roche, adepte de nouvelles méthodes d’investigation criminelle, décide de mener son enquête, au nez et à la barbe de sa hiérarchie.

Une traque impitoyable s’engage alors entre le policier et le sanguinaire, du ventre de Paris jusqu’aux bas-fonds de Londres.

Critique :
Parfois, il est bon de persévérer… Je parle de moi et de la lecture de ce roman, pas de Jack L’Éventreur qui aurait fait ses armes à Paris (et ailleurs) avant d’aller à Londres.

Le postulat de départ est intéressant et ce roman n’a pas eu le prix Histoire par hasard car il est bien documenté, même si la scène du départ aurait pu se dérouler de nos jours (l’inspecteur qui fait de la course à pied).

Si le contexte historique est bien fourni sans pour autant déborder sur le récit en lui-même, j’ai ramé dans le début du roman, tant les situations et les dialogues me semblaient plats, sans saveur, sans profondeur.

Ajoutons à cela des personnages un peu fades ou caricaturaux, dont le pire fut l’inspecteur Roche, personnage principal, que j’ai détesté et qui n’est jamais remonté dans mon estime.

Roche est un gros égoïste ! Il le remarquera lui-même… Se disputant avec ses quelques rares amis (qui reviennent ensuite, les cons), il est toujours borderline, têtu, bougon, se morfondant sur son passé et ses erreurs, mais les reproduisant encore et toujours.

Non, franchement pas sympathique pour deux sous et malgré le fait qu’il aime être à la pointe des progrès de la science criminelle, pour le reste, c’est un bourrin à la limite de la caricature du flic torturé alcoolo qu’on croise un peu trop souvent en littérature et qui s’affranchi de toutes les règles. Harry Hole a plus d’épaisseur et de sympathie.

L’inspecteur Roche, lorsqu’il ira enquêter aux côtés de l’inspecteurs Abberline de Scotland Yard se paiera même le luxe de causer anglais sans accent… Heu ? Il a eu une nurse anglaise ou quoi ? Qu’il ait appris l’anglais lorsqu’il se battait aux côtés des Anglais en Chine, je le concède volontiers, mais sans accent ? Non.

Initialement sélectionné pour le Mois Anglais, j’ai dû le mettre de côté car il faut avoir dépasser la moitié du récit pour enfin mettre les pieds à Londres. Si l’enquête a pris son temps à Paris, on va aller un peu plus vite à Londres, Roche continuant de n’en faire qu’à sa tête, tabassant même un médecin ou assommant un flic pour pouvoir faire ce qu’il lui plait dans son enquête. T’es lourd, Roche !

Ce que je retiendrai de bon pour ce roman sera son contexte historique qui était très bien fait sans jamais devenir long et ennuyeux. On nous parle de médecine légale, d’anthropologie physique, de cadavres exposés à la morgue, du Bertillonnage, des empreintes digitales auxquelles peu de gens croient, de photographie… Instructif sans jamais être rébarbatif.

Le choix du langage aussi était une bonne chose car nos policiers parlent un mélange de français et d’argot, sans non plus en inonder le texte comme dans « Touchez pas au grisbi ». Pas besoin de chercher les mots dans le dico « Français-Argot », vous comprendrez tout.

Heureusement que les mauvaises impressions de platitude des dialogues du départ se sont estompées ensuite.

Les décors étaient grandeur nature car l’auteur a réussi, grâce à ses description bien ciblées, à nous donner la sensation que nous arpentions Paris ou Londres.

Hélas, les personnages ne m’ont pas vraiment emballé, surtout l’inspecteur Roche qui m’a profondément énervée et j’ai failli reposer le roman au tout début car j’avais trouvé les dialogues fort creux, sans saveur, sans émotions, sans épices…

Ma persévérance a payée, même si cette lecture restera avec l’étiquette « déception » affichée dessus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°294.

Special Branch – Tome 3 – L’éveil du Léviathan : Roger Seiter et Hamo

Titre : Special Branch – Tome 3 – L’éveil du Léviathan

Scénariste : Roger Seiter
Dessinateur : Hamo

Édition : Glénat Grafica (2012)

Résumé :
Le filet se resserre autour de l’amiral Cavanagh : l’enquête menée par Charlotte et Robin Molton les ramène sans cesse à cet homme dont on a retrouvé la photo sur la momie du West Eastern.

Mais lorsque Cavanagh est assassiné à son tour, le doute s’installe : quelqu’un de plus important qu’un amiral tirerait-il les ficelles ? Il faut que cette personne ait gros à perdre pour commanditer des assassinats et dissimuler les preuves d’un forfait commis il y a plus de vingt ans…

Critique :
Enfin j’allais savoir ! Tout savoir… Surtout vérifier si j’avais bien déduis que… Bingo, j’avais bien vu.

Attention, pas de précipitation, pour la résolution, le scénariste a pris le temps avant de nous mener à la résolution et au moins, elle n’est pas simpliste, même si les mobiles sont vieux comme le Monde (en même temps, il n’en existe pas de nouveaux, c’est toujours les mêmes).

La toile d’araignée dans laquelle nos enquêteurs s’étaient empêtrés commençait à casser de partout et les pauvres voyaient les fils remontés mener à des impasses, jusqu’à ce que…

Les dessins dans le style aquarelle est toujours agréable pour les yeux, hormis les dessins des chevaux, que je trouve mal esquissé, mais c’est une question de goût.

Les ramifications de cette vieille enquête étaient nombreuses et il n’était pas facile de résoudre ce cold case puisque bien des pistes menaient à des cul-de-sac ou pire, à une interdiction d’enquêter car la personne suspectée était assise plus haut que son cul…

Heureusement que Robin et Charlotte Molton, nos enquêteurs scientifiques, peuvent compter – sans le savoir – sur un ami à eux qui lui pouvait jouer les Sherlock Holmes puisque non assujetti à la Special Branch et donc libre d’enquêter où il le voulait, lui.

Au final, cette bédé est une belle découverte, avec une histoire et des personnages réalistes, crédibles.

L’enquête a mis trois tomes à être résolue, mais il était important de pouvoir développer tout, d’approfondir un peu les personnages, de planter les décors et surtout, de ne pas donner l’impression qu’on résolvait l’affaire en deux coups de cuillère à pot.

Je n’aime pas les résolution précipitée où l’on balance le tout dans les derniers cases, en vitesse, avant de mettre le mot « Fin » en bas de page. Ici, on piétine d’abord, on remonte des pistes froides ou de celles qui nous claquent dans les mains, et puis, au fur et à mesure, l’intrigue prend de l’intensité et de la densité.

Mon seul bémol sera pour les personnages que j’aurais aimé connaître un peu, que l’auteur leur donne plus d’épaisseur et que le dessinateur donne aussi plus de rythme aux découpages des scènes. On a souvent l’impression que tout est figé, même si, ensuite, cela va mieux et on découvre plus de tonicité dans les cases.

Il me reste le tome 4 à lire, avec une nouvelle enquête qui, je l’espère, sera aussi passionnante que celle-ci (mais elle ne sera qu’en un seul tome).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°292).