Frank Sinatra dans un mixeur : Matthew McBride

Titre : Frank Sinatra dans un mixeur

Auteur : Matthew McBride
Édition : Gallmeister (04/05/2015)

Résumé :
Il faut une certaine dose de courage pour braquer une banque au volant d’une camionnette de boulangerie. Ou une certaine dose de bêtise. En tout cas, ça ne passe pas inaperçu. Et quand il s’agit de remettre la main sur le butin, flics et voyous se lancent dans la course.

Pour Nick Valentine, ex-policier devenu détective privé, c’est l’occasion rêvée de se refaire. À chaque loi qu’il transgresse, à chaque bourbon qu’il descend, à chaque cachet d’Oxycontin qu’il avale, il s’approche un peu plus du jackpot.

Ou de la noyade dans le Missouri.

Critique :
Si vous êtes à la recherche d’un roman noir couillu, déjanté, barré, politiquement incorrect, avec un détective alcoolique devenant diaboliquement efficace après quelques verres d’alcool, alors, munissez-vous de plusieurs Corona, d’une boite d’Oxycontin, de croquettes pour chiens et installez-vous dans un fauteuil confortable.

Un roman noir barré, c’est le cas de le dire !

Les personnages que l’on croise dans ses pages ne sont pas vraiment fréquentables et Nick Valentine, notre détective, a tout du détective des romans noirs car, en plus de boire comme un trou, il flirte aussi dangereusement avec la ligne rouge, qu’il franchi bien souvent.

L’alcool peut être le pire ennemi d’un homme,
Mais la bible nous dit d’aimer nos ennemis. [Frank Sinatra]

Je dirais même qu’il flirte aussi avec la ligne blanche qu’il n’hésite pas à sniffer de temps en temps, quand ce ne sont pas ses médocs qu’il transforme en poudre pour qu’ils fassent plus vite effet.

Je plaçai un OxyContin 20 milligrammes au milieu d’un billet d’un dollar que je repliai serré, et je réduisis le comprimé en poudre avec le bord rond d’un Bic. Je frottai le papier entre mes doigts pour le broyer aussi fin que possible.

On pourrait croire qu’avec pareil cocktail dans les veines, Valentine serait un piètre détective privé, mais loin de là, il a du flair et son ami le commissaire fait souvent appel à lui pour résoudre certaines de leurs enquêtes complexes, comme cet homme retrouvé pendu à une poutre dans sa cave. Poutre tellement solide que Valentine aurait pu la briser avec sa bite (c’est lui qui l’a dit).

Norman Russo avait bien choisi sa journée pour se tuer. Il faisait un temps de merde et il n’y avait rien à la télé. Je ne la regardais pas tant que ça, moi-même. J’avais mieux à faire. Boire, par exemple.

— Et il attache la corde à une planche si mince que je pourrais la casser en deux avec ma bite.

Si du côté de la loi (faut le dire vite) nous avons un détective alcoolo avec la détente facile, de l’autre côté, nous avons des malfrats qui viennent de cambrioler une banque dans une camionnette de boulangerie, mais c’étaient deux branquignoles de première classe !

Par contre, Sid (dit l’Angliche) et Johnny Sans Couille, au service de leur patron, eux, ce sont des vrais méchants qui aiment jouer au puzzle avec certaines personnes qui auraient énervé sévère leur boss, ou joué avec ses pieds.

Johnny Sans Couilles était aussi inutile qu’une paire de nichons sur un poisson. Mais M. Parker l’adorait et lui avait même inventé son surnom. Johnny Sans Couilles était une merde molle, mais en fin de compte, il était marrant. À se pisser dessus de rire. Et c’est pour ça qu’il avait survécu aussi longtemps. C’était un comique.

La plume est drôle, sans être hilarante non plus, le tout dans des bonnes proportions, ce qui nous donne un sourire un peu béat face à l’histoire que nous lisons et face à ses personnages hauts en couleur, dont le plus drôle sera le chien de Nick Valentine.

Parfois les chiens valent mieux que les gens.

Frank se mit à aboyer et à m’emmerder. Je lui demandai s’il avait besoin d’aller chier.
— Aaarp.
Je pris le téléphone sans fil de mon bureau et emmenai Frank chier ses rondins dehors.

J’ai été surprise par les dialogues, car ils se présentent de temps en temps sous forme de narration et non de dialogues dans les formes de l’art. D’habitue, je n’aime pas trop ça, mais dans ce roman, ils sont passés comme un fourgon rempli de fric sur une autoroute déserte.

Big Tony dit que nous n’avions qu’une solution, que nous devions agir vite et bien. Il dit qu’une fois cette ligne franchie, on ne pourrait plus revenir en arrière. Je dis que les seules lignes qui m’intéressaient étaient les lignes tracées à la craie autour de leurs cadavres.

Niveau humour, comme je vous le disais, on ne se pissera pas dessus de rire, mais on a tout de même un joli sourire devant les métaphores, certains dialogues ou certaines des pensées de Valentine.

Une brunette qui sentait le cacao passa et me pressa l’entrejambe en toute simplicité, comme si nous étions au supermarché et que ma bite était un avocat.

Anybref, voilà un roman noir comme je les aime, c’est déjanté, c’est couillu, politiquement incorrect, l’humour y est grinçant et notre détective n’a rien d’un super héros, il boit comme un trou, se shoote, bouffe des médocs comme d’autres du chocolat, mais il a arrêté de fumer et de boire du café, parce que ce n’est pas bon pour la santé…

Jubilatoire, je vous le disais ! En plus, ça se lit d’une traite, comme Nick Valentine fait avec les alcools en tout genre. Mais attention, quand on a une descente telle que lui, faut éviter de manger ensuite.

Je n’avais qu’une règle en matière de boisson. Ne pas manger quand je buvais. Il n’y a rien de pire que de gâcher la torpeur induite par cinquante dollars de bières avec un hamburger à cinq dollars, alors je séparais toujours les deux. Comme devrait le faire tout bon ivrogne.

Il rit encore et me dit qu’ils avaient du café formidable. Le café était encore meilleur que les pains perdus. Il me demanda ce que j’en pensais.
Je dis à Ron que je détestais ça. J’avais renoncé au café depuis un certain temps ; j’apprécierais qu’il n’en reparle plus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le challenge US (2017-2018) chez Noctembule.

 

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Ekhö Monde miroir – Tome 7 – Swinging London : Christophe Arleston & Alessandro Barbucci

Titre : Ekhö Monde miroir – Tome 7 – Swinging London

Scénariste : Christophe Arleston
Dessinateur : Alessandro Barbucci

Édition : Soleil (22/11/2017)

Résumé :
Au Royaume-Uni, la situation est des plus critiques. Il y a pénurie de thé et les Preshauns peinent à contrôler leur pendant bestial.

Les incidents se multiplient et les humains voient des choses qu’ils ne devraient pas voir. Yuri et Fourmille sont mandatés pour tirer ça au clair.

Coiffé d’un chapeau melon et bottée de cuir, ils vont, à l’ombre de Big Ben, mener l’enquête au milieu des bobbies et des punks.

Critique :
Que pourrait-il y avoir de pire que du Lapsang Souchong introuvable en Europe ? Une pénurie TOTALE de thé en Angleterre…

Jetez un seau d’eau glacée à la figure de tous les amateurs de thé, cette situation horrible se passe sur Ekhö, le monde miroir du nôtre !

Ça n’en reste pas moins une catastrophe internationale pour les Preshauns qui, sans ce breuvage divin pour les calmer, pourraient en arriver à se laisser aller à leurs penchants bestiaux et monstrueux…

Mais que fait Scotland Yard, good lord the bloody bastard ? Ben Scotland Yard, il sèche sur le mystère du thé qui disparaît des entrepôts !

Fourmille Gratule pourra bien coiffer la deerstalker qui n’est pas de Sherlock Holmes afin de résoudre cette affaire ô combien explosive !

Aidé du fidèle Yuri qui aimerait mélanger ses fluides téluriques aux siens, les voici enquêtant dans un Londres qui n’a rien de celui que nous connaissons puisque dans le monde miroir, aucune machine électrique ne fonctionne.

Depuis que j’ai découvert Ekhö dans mon Lanfeust Mag© (en vente dans toutes les bonnes librairies), je ne me lasse pas des enquêtes de Fourmille et de Yuri dans ce monde décalé qu’est Ekhö, et les savoir à Londres a augmenté mon plaisir.

Pour ceux qui ne connaitrait pas le prolifique scénariste qu’est Arleston, il convient de vous mettre en garde : il a de l’humour, beaucoup d’humour, il s’amuse à mélanger les codes de notre monde avec ceux des autres et à jouer avec les lieux communs d’un pays ou d’une ville.

Ce qui veut dire qu’en plus de l’action liée à l’enquête, qu’en plus des personnages drôles et attachants que sont Fourmille et Yuri, vous risquez aussi d’avoir des grands sourires bêtes devant certains faits détournés de notre société ou devant certains dialogues.

Moi, c’est ma tasse de plaisir, lire les aventures de Foumille et en plus, la voir se faire habiter par l’esprit de Sherlock Holmes, c’est un petit plus sur lequel je ne cracherai pas.

L’inconvénient de ma lecture, c’est que j’ai découvert cet album en plusieurs épisodes, puisque prépublié dans le génialissime Lanfeust Mag, et donc, je serai bien obligée d’aller l’acheter lorsqu’il sortira en album afin de me remettre toute cette aventure désopilante en tête !

Je me demande bien où le prochain album de Ekhö va entrainer notre duo… Après New-York, Paris, Hollywood, Barcelone, Rome, le Sud Profond et Londres, que nous réserve ce scénariste prolifique qui, à lui seul, occupe une grande place dans ma biblio vu toutes ses séries ?

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et et le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver).

Sherlock, Lupin et moi – Tome 3 – L’énigme de la rose écarlate : Irene Adler

Titre : Sherlock, Lupin et moi – Tome 3 – L’énigme de la rose écarlate

Auteur : Irene Adler (Iacopo Bruno)
Édition : Albin Michel (30/08/2017)

Résumé :
Veille de Noël 1870. Sherlock Holmes, Arsène Lupin, et Irene Adler se prennent de passion pour une énigme publiée dans le Times. Sherlock ne tarde pas à découvrir que des coordonnées géographiques y sont dissimulées !

Lorsqu’un riche marchand est retrouvé mort dans le premier des lieux en question, nos trois amis comprennent vite que les coupables communiquent par l’intermédiaire du Times.

Ils se rendent aussitôt à Scotland Yard pour prévenir la police mais on les congédie sans les écouter… Il ne leur reste plus qu’une chose à faire : mener l’enquête eux-mêmes ! Mais, après tout, n’est-ce pas ce qu’ils font de mieux ?

Critique :
Après une lecture qui m’avait secouée émotionnellement, il me fallait passer à du plus calme, du plus doux et quoi de mieux qu’une lecture jeunesse avec Holmes, Lupin et Adler adolescents ?

Direction le Londres de 1870, à quelques jours des fêtes de Noël, et on s’installe bien confortablement devant un chocolat chaud au Schackleton Coffee House en compagnie de nos trois jeunes amis.

Bon, si vous cherchez une enquête policière digne de ce nom, je vous conseille un roman de la reine du crime, Agatha Christie, mais si vous voulez passer un bon moment de lecture, sans vous cassez la tête, ce roman jeunesse est fait pour vous.

Nos trois personnages sont toujours aussi sympathiques. Les caractères de Holmes et Lupin se dessinent afin de nous montrer ce qu’ils pourraient être plus tard, même si, pour le moment, tout cela est encore latent.

Quant à la jolie Irene, elle ne sait plus quoi penser entre un qui l’embrasse sur les lèvres à la dérobée et un autre qui l’enlace en la raccompagnant chez elle, sans oublier le petit présent qu’elle retrouvera au fond de sa poche sans savoir de qui il provient.

J’espère juste que nous n’irons pas vers le triangle amoureux dans les prochains tomes, même si ce genre d’événements pourraient expliquer pourquoi ces trois amis se retrouveront séparés diamétralement plus tard, au point même qu’ils s’affrontent (Irene vs Holmes dans « Un scandale en Bohême » et Lupin vs Holmes dans « Lupin contre Herlock Sholmes »).

Anybref, sans casser trois pattes à un canard et sans manger de pain, c’est un roman jeunesse qui se lit d’une traite dans son canapé en savourant une bonne tasse de thé.

On sourit des facéties de nos jeunes gamins, on imagine ce que cela pourrait donner si Irene en choisissait un et pas l’autre, on frémit devant les dangers qu’ils prennent, tout en se doutant que l’un ou l’autre ne va pas mourir puisque ce n’est pas GOT !

Un bon point pour moi qui avait deviné avant le Maître le pourquoi du comment des crimes étranges qui avaient lieu après la petite énigme d’échec parue dans le Times… Bon sang, mais c’était bien sûr ! Belette 1 – Sherlock Holmes 0 (un temps de retard face à mon esprit brillantissime).

Un roman jeunesse qui se lit avec plaisir, des personnages que l’on se plait à revoir et en le refermant, on songe déjà à ce que leur prochaine aventures va nous réserver !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et et le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver).

Entre deux mondes : Olivier Norek

Titre : Entre deux mondes
Auteur : Olivier Norek
Édition : Michel Lafon (05/10/2017)

Résumé :
Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l’attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir.

Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu’il découvre, en revanche, c’est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n’ose mettre les pieds.

Un assassin va profiter de cette situation.

Dès le premier crime, Adam décide d’intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est flic, et que face à l’espoir qui s’amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou.

Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu’elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d’ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger.

Critique :
Olivier… Oui je me permets de t’appeler par ton prénom car tu m’as donné tellement d’émotions aux travers tes romans, que tu me donnes l’impression d’être une amourette de jeunesse, une de celle qui nous a fait souvent pleurer.

Et vu le nombre de fois où tu m’as ému, fait pleurer (et rire, aussi), où j’ai eu envie de rompre avec toi, où je me suis dit « Non, non, je vais arrêter avec lui, ça me fait trop mal au bide de le lire »… Je me permets d’interpeller via ton prénom.

Anybref, cher Olivier Norek, beau dieu grec, comme avec Lebel, je te garde depuis un certain roman un chat de ma chienne ! Et même sans l’affaire du chat, ce sera pour toutes les fois où vous m’avez poignardé en plein cœur, bande de vilains auteurs que vous êtes.

Mais revenons à toi, Olivier… Tes trois précédents romans poussaient déjà le réalisme au-delà du possible et les émotions ressenties durant la lecture avaient tout des coups de poings dans le plexus. Dans ton dernier roman, tu as réussi à faire exploser mon cœur dès le premier chapitre… Qui était très court mais super intense.

Le problème, avec tes romans, c’est qu’ils contiennent une large part de vérité, celle que l’on ne veut pas voir, entendre, celle que l’on ne suspecte pas toujours, celle que les médias ne nous racontent pas, celles sur lesquelles on aimerait tirer un voile pudique, ne plus en entendre parler, faire l’autruche – ce que nous faisons si bien, d’ailleurs.

— Remarque, ça fait presque deux ans qu’on ferme les yeux, c’est pas pour les ouvrir aujourd’hui.

— À la fin, il faudra regarder tout ce qu’on a accepté de faire, murmura-t-il. Et ce jour-là, j’ai peur de me dégoûter.

Certes, ton histoire avec les migrants est romancée, mais on sent bien qu’elle n’est pas si éloignée que ça de la réalité et qu’en plus, tu as dû l’écrire avec tes tripes et ton cœur pour arriver à nous donner autant d’émotions avec ces quelques personnages aux destinées si différentes.

Un vibrant appel du pied pour que nous ne fermions plus les yeux sur que l’on a appelé « la crise des migrants », pour que l’on s’intéresse à leurs histoires, à leurs vies, à leurs demandes et que l’on se comporte enfin comme des pays civilisés, ce que nous ne sommes pas, au regard de nos exactions ou de nos comportements.

— Vous croyez aux fantômes, Passaro ?
— Je ne me suis jamais posé la question. Vous parlez des esprits qui hantent les maisons ?
— Exact. Coincées entre la vie terrestre et la vie céleste. Comme bloqués entre deux mondes. Ils me font penser à eux, oui. Des âmes, entre deux mondes.

Oui, Olivier, je t’en veux de m’avoir tant ému (pourtant, c’est une sensation que je recherche dans mes lectures), je t’en veux aussi d’avoir mis autant d’humanisme et de profondeur dans ton scénario, dans ces nouveaux personnages qui évitent l’écueil du manichéisme et dans ces policiers qui ont tout des pauvres types désabusés et qui ne prennent pas plaisir à faire la chasse aux migrants.

— On tire tellement de grenades lacrymo qu’elles arrivent toutes les semaines par palettes. Il y en a plus à Calais qu’à la réserve nationale du RAID. 

— Y a des indices dans la vie, lieutenant. Quand dans votre ville il y a une BAC en hélico, c’est qu’il y a un truc pourri au royaume. 

Je t’en veux aussi, Olivier, d’avoir réussi, en peu de pages (413), à foutre le bordel dans ma vie peinarde de lectrice qui savait déjà que le monde n’était pas rose, que l’on nous ment tout le temps, qu’on nous manipule… Et maintenant que j’en sais plus, je me sens encore plus déprimée, au point d’avoir envie de lire un Tchoupi ou un Oui-Oui…

— Ce n’est pas le premier. La violence est partout puisque la pauvreté est immense. Tu ne peux pas mettre ensemble dix mille hommes, quasiment enfermés, tributaires de la générosité des Calaisiens et des humanitaires, sans autre espoir qu’une traversée illégale, et croire que tout va bien se passer. 

Là où je t’en veux à mort, c’est que ton final, en plus de m’avoir ému au possible, me met dans cette situation horrible des lecteurs/lectrices qui savent tout de ce qu’il s’est vraiment passé dans ton scénario, alors que de tes personnages, eux, n’en savent rien et moi, je vais devoir vivre avec ÇA, avec cette injustice, avec cette erreur, avec cette boulette, avec cette séparation horrible…

Et ça, je ne vais pas te le pardonne, mon cher Olivier ! De plus, tu me dois un paquet de kleenex…

Je ne sais pas de quoi sera fait ton prochain roman, mais si son ramage et son plumage sont équivalent à celui-ci, tu seras le phénix des hôtes de ce blog car tes phrases font mouches, tapent là où ça fait mal – sans pour autant nous faire une leçon de morale – et en plus, last but not least, tu manies bien les petites phrases humoristiques.

Nous devenons tous des monstres quand l’Histoire nous le propose.

On a 208 fois plus de chance de gagner au loto que de naître en bonne santé, dans un pays démocratique et en paix, avec un toit sur la tête.

L’Angleterre s’est refermée, contractée même, comme tous les pays riches, qui n’ont qu’une seule trouille, c’est de voir l’autre partie du monde venir se décrotter les pompes sur leur paillasson.

— Si la France n’accueille plus les réfugiés de guerre, alors je crois qu’on peut abandonner tout espoir.

— Que craignez-vous, Paris ? Que le président s’en vante dans un livre ?

Le caissier fit biper les articles et s’étonna de cette collection de vêtements sombres.
— Il suit des cours de ninja votre gamin ?
— Non, on prépare un braquage en famille, répondit-elle.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] ou sur le forum de Livraddict (N°46 – La disparition de Lady Frances Carfax).

[TÉLÉFILM] Sherlock Holmes in New York – Sherlock Holmes à New York (1976)

Sherlock Holmes in New York (Sherlock Holmes à New York) est un téléfilm américain réalisé par Boris Sagal, diffusé en 1976 avec Roger Moore (acteur britannique) et Patrick Macnee (acteur britannique) dans les rôles de Holmes & Watson.

Date de sortie initiale : 18 octobre 1976
Réalisateur : Boris Sagal
Société de production : 20th Century Fox Television
Scénario : Alvin Sapinsley
Bande originale : Richard Rodney Bennett

Distribution :
Roger Moore (VF : Jean Roche) : Sherlock Holmes
Patrick Macnee (VF : Roland Ménard) : Docteur Watson
Charlotte Rampling (VF : Brigitte Morisan) : Irene Adler
John Huston (VF : Jean Martinelli) : Professeur Moriarty

Synopsis :
19 – 22 mars 1901 – Londres : Sherlock Holmes arrive chez le Professeur Moriarty, un homme redoutable à la tête du crime organisé londonien. Le détective annonce à son ennemi qu’il a infiltré son organisation criminelle et que tous ses proches collaborateurs ont été arrêtés. Moriarty menace Holmes, mais se retient de le tuer.

L’homme machiavélique annonce qu’il va perpétrer en représailles le « crime du siècle », qui se déroulera sous les yeux du détective sans que celui-ci ne parvienne à l’arrêter, ce qui l’humiliera et le discréditera aux yeux du public.

De retour au 221B Baker Street trois jours plus tard, Watson informe Holmes qu’Irène Adler, devenue chanteuse de music hall à New York, va prochainement donner un récital. Holmes reçoit anonymement par la poste des tickets pour le spectacle, et s’inquiète qu’un lien existe entre les mauvaises intentions de Moriarty et Irène Adler : il décide donc de partir à New York avec Watson.

31 mars – 2 avril 1901 – New York : arrivés de l’autre côté de l’Atlantique, Holmes et Watson se rendent au théâtre où Irène Adler doit se produire le soir même.

Holmes apprend à son grand soulagement que la jeune femme ne semble avoir reçu aucune menace, mais il parvient à comprendre que c’est bien Moriarty qui a envoyé les tickets de spectacle à Baker Street.

Holmes et Watson se rendent le soir-même à la représentation mais le directeur du théâtre informe les spectateurs qu’Irène Adler ne pourra pas se produire.

Le détective, qui apprend l’adresse de la jeune femme, part immédiatement chez elle.

Anecdotes :

  • La voix française de Roger Moore est celle aussi de Nicol Williamson qui joua le rôle de Sherlock Holmes dans « Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express ».
  • La voix française du professeur Moriarty joué par John Huston est celle de Perry Mason (Raymond Burr).

Ce que j’en ai pensé :
Chat échaudé craint l’eau froide… C’est donc avec circonspection (et non avec circoncision) que j’ai entamé le visionnage de ce téléfilm dont j’avais peu d’espoir qu’il terminasse au panthéon des films holmésiens.

Rappelez-moi de me coller des baffes pour être partie avec des préjugés et un jugement prédéfini, ce qui ne se fait pas…

Pas d’excitation non plus, mes loulous, on ne se trouve pas devant le summum des téléfilms holmésiens, mais face à quelques chose qui tient la route et qui se révèle moins pire que ce que j’avais pensé au départ.

Hormis quelques détails qui m’ont fait froncer les sourcils dans la scène de départ, pour la suite, c’était plaisant à voir et divertissant.

Commençons directement par ce qui m’a emmerdé tout au long du film :

  • La tronche de constipé du professeur Moriarty, avec ses bajoues de crapauds et sa voix digne du capitaine Mehrlicht ! Alors d’après Wiki, le doubleur est le même que pour Perry Mason, mais ce jour là, il devait avoir fumé des Gitane et des Johnson sans filtres car c’était rocailleux et horrible à souhait, comme s’il avait des glaires de coincé dans le fond de la gorge…

  • Moriarty est le Napoléon du crime, on est bien d’accord ?? Holmes est le roi du déguisement, on est toujours d’accord ? Mais de là à duper Moriarty en se déguisant en colonel Moran sans que celui-ci ne s’en rende compte, il y a un pas à ne pas franchir…
  • Moriarty cause trop ! Comme tous les méchants, il doit donner son plan, l’étaler et parler de la réalisation imminente de son crime du siècle, passé et à venir ! Rien de moins… On se demande même s’il ne va pas aller nous assassiner J.F.K ! Ah merde, non, nous sommes en 1901, 62 ans trop tôt !
  • Dans son bureau, Moriarty possède plus de pièges qu’Oncle Picsou ! Et presque les mêmes, en plus !
  • Le Watson campé par le Patrick Macnee de « Chapeaux melon et bottes de cuir » est limite débile, il ne capte rien, et n’a que peu de traits de lucidité. Durant tout son séjour à New-York, il regarde les américains comme des imbéciles sans savoir qu’il en est un lui-même, d’imbécile ! Et en prime, son boitillement le fait marcher comme un canard.

  • Nooon, Holmes ne va quand même pas se rendre à New-York en deerstalker et macfarlane ?? Ben si ! Et en plus, on lui fait fumer une pipe calebasse ! Même si l’histoire se déroule en 1901, cette pipe n’a pas encore été ramenée en Grande-Bretagne.

  • Heureusement, il ira au théâtre en smoking…

  • Je n’ai rien contre Roger Moore en Holmes, mais bon, parfois, il fait un peu trop du  James Bond, trop de Simon Templar, trop de Brett Sinclair… Trop de Moore, quoi ! mdr
  • Par contre, dans le noir, avec ses cheveux coiffés de la sorte, on dirait Benedict Cumbertbatch à certains moments…

Pour le reste, pas de remarques mesquines à faire, il y a de l’action, du mystère, deux enquêtes et Holmes est pris à la gorge, ne pouvant en résoudre une sous peine d’avoir la mort d’un enfant sur la conscience.

Et quel enfant en plus ! Non, je ne dirai pas qui est sa maman… Ni qui pourrait être son papa…

Charlotte Rampling fait une excellente Irene Adler, de la distinction, de la classe, elle et Holmes s’appelle par leurs prénoms, ce qui fait très choupi, mais à un certain moment, sa doubleuse doit avoir testé plusieurs versions du prénom de Sherlock car elle nous donne du Tcherlock, ce que je déteste et ce qui n’est pas juste.

Le jeu entre elle et Holmes est subtil, on se doute qu’il y a eu des choses entre eux, on se doute qu’il y en a toujours, ils parleront d’un voyage au Monténégro, leur deux, on imagine des choses coquines, mais on ne verra rien, dommage, mais tant mieux, dans le fond, parce qu’il y a plus dans leur non-dit que dans un long baiser qu’ils auraient pu se rouler.

Watson, hélas, est un débile mental profond, il ne voit pas ce que le téléspectateur comprend très vite, ou du mois, ce que nous soupçonnons aisément. Lui, c’est nada, on lui mettrait devant le nez qu’il ne comprendrait pas encore.

Dommage, parce que dans le film, il aura quelques moments de conducteur de lumière ou de boost pour Holmes qui se laisse abattre quand il comprend le piège de Moriarty.

Niveau bagarres, ce n’est pas le top, mais nous nous trouvons dans un vieux film, ce qui est normal, donc, que les scènes aient l’air d’être foireuses… Comme celles des courses-poursuites en fiacre…

New-York, comme la ville de Londres, n’échappera pas au nappes de brouillard, ça donne toujours une certaine ambiance, je trouve, même si elles flottent dans les airs comme des fantômes…

Au final, même si ce n’est pas le téléfilm du siècle, ça se laisse regarder avec plaisir, pour se divertir, c’est ce qu’il faut, on a deux enquêtes où Holmes devra se montrer plus malin que Moriarty, qui lui, a mis au point un plan machiavélique, qui, en cas de réussite, aurait vraiment été le crime du siècle et aurait placé le professeur sur un piédestal par rapport à Holmes.

Mais Sherlock Holmes est le plus fort ! Na.

À voir sans se prendre la tête, avec du pop-corn et un bon mojito !

On oscille donc entre :

Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine  et le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver).

 

De cauchemar et de feu : Nicolas Lebel [Critique – Défi CannibElfique]

Titre : De cauchemar et de feu

Auteur : Nicolas Lebel
Édition : Marabout (03/05/2017)

Résumé :
Paris, jeudi 24 mars 2016 : à quelques jours du dimanche de Pâques, le cadavre d’un homme d’une soixantaine d’années est retrouvé dans un pub parisien, une balle dans chaque genou, une troisième dans le front.

À l’autopsie, on découvre sur son corps une fresque d’entrelacs celtiques et de slogans nationalistes nord-irlandais. Trois lettres barrent ses épaules : IRA. Le capitaine Mehrlicht fait la grimace.

Enquêter sur un groupe terroriste irlandais en plein état d’urgence ne va pas être une partie de plaisir. D’autant que ce conflit irlandais remonte un peu.

Critique :
Qui a dit que la lecture n’élevait pas l’esprit ? Et bien, j’invite tous ceux-là à ouvrir un roman de Nicolas Lebel afin de comprendre qu’il existe des lectures qui volent plus haut que certaines !

Mais pas sûr que ces gens-là comprendront… Ou alors, ça leur donnera mal à leurs petites pensées étriquées…

Lire un roman de Nicolas Lebel leur collera une migraine de puissance 10 sur l’échelle de Richter. Moi, j’adore et il ne me donne pas mal au crâne avec ses réflexions.

Son commissaire Mehrlicht n’est pas ce que l’on peut appeler un dieu grec (private joke) niveau physique. Il en est même l’opposé, lui qui ressemble à une grenouille qui se serait faite écrasée pas un camion, puis dessécher au soleil et enfin, mâchouillée ensuite par un renard…

Pourtant, c’est toujours un plaisir de retrouver ma petite grenouille fumeuse de Gitane et adepte de bons mots, ainsi que ses deux lieutenants, Latour, la jolie rousse et Dossantos, le bodybuildé adepte de séries et qui connait, pas cœur, le code pénal.

En découvrant un assassiné dans les chiottes d’un pub tenu par un irlandais à Paris, avec deux balles dans chacun des genoux, notre capitaine à la gueule chiffonnée ne pensait pas mettre les pieds dans un bordel pareil et suivre un tueur fou à la trace, suivant les cadavres, ses curieux dessins et ses inscriptions, écrites dans un sabir inconnu de notre flic de choc.

Non, « Na dean maggadh fum » n’est pas une future inscription sur les paquets de clopes. C’est du gaélique et si le conflit irlandais était loin dans votre mémoire, après lecture de ces pages hautement addictives, vous pourrez aller devant Julien Lepers et répondre à ses questions pour un champion tout en fredonnant « Ah ça IRA, ça IRA ».

Nicolas Lebel a cette fois-ci choisi de nous entraîner dans le passé, dans les années 60-70, dans une Irlande séparée, dans une Irlande déchirée, dans une Irlande du Nord en proie à l’envahisseur protestant qui n’est pas un tendre et qui a tout d’un criminel en puissance. La résistance s’organise et elle ne fera pas dans la dentelle non plus.

Alternant les sauts dans le passé et dans le temps, passant de l’Irlande d’hier au Paris d’aujourd’hui, l’auteur, avec sa verve habituelle, nous en donne pour nos sous niveau tension et les réflexions profondes de ses personnages sont aussi douces à l’esprit qu’un cappuccino crémeux l’est pour la gorge en souffrance.

Ça glisse tout seul dans ton cerveau non formaté par les médias et tu te dis qu’il y a encore des personnes qui ont un cerveau et qui savent mettre en page leurs pensées, leurs vérités, la réalité.

Du capitaine Mehrlicht pur jus, sans filtre, sans additifs, sans édulcorant et autres saloperies. Et du capitaine Mehrlicht, tu peux en fumer tant que tu veux, c’est bon pour la santé mentale ! Sauf si t’as pas de cerveau…

Maintenant, je me demande ce que le prochain opus nous réserve parce que notre « rebel » Lebel vient encore de placer la barre très haute avec une enquête qui était très bien menée, travaillée, addictive, intrigante, intéressante et qui, contrairement à ce que je pensais, n’était pas aussi simpliste que je le pensais  !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

Pourquoi je l’ai choisi (Par Stelphique) :

Nous étions impatientes de nous retrouver ma binomette et moi, pour une nouvelle LC spécial Lebel ! Vous le savez, on s’est lancé dans cette saga à deux depuis le tout premier Merlicht, alors on ne change pas une habitude comme ça… Le number 4 sort, on se jette dessus en duo!!!!

Synopsis :

Paris, jeudi 24 mars 2016 : à quelques jours du dimanche de Pâques, le cadavre d’un homme d’une soixantaine d’années est retrouvé dans un pub parisien, une balle dans chaque genou, une troisième dans le front.  À l’autopsie, on découvre sur son corps une fresque d’entrelacs celtiques et de slogans nationalistes nord-irlandais. Trois lettres barrent ses épaules : IRA.

Le capitaine Mehrlicht fait la grimace. Enquêter sur un groupe terroriste irlandais en plein état d’urgence ne va pas être une partie de plaisir. D’autant que ce conflit irlandais remonte un peu.

Dans ce quatrième opus, Nicolas Lebel nous entraîne sur la piste d’un un assassin pyromane, un monstre né dans les années 70 de la violence des affrontements en Irlande du Nord, qui sème incendie, chaos et mort dans son sillage, et revient aujourd’hui rallumer les feux de la discorde à travers la capitale.

Ce que j’ai ressenti :… Un feu de légende, dans un cauchemar réel…

Depuis, que j’ai découvert Monsieur Lebel, je ne peux plus me passer de ses répliques bien senties et de son personnage atypique le capitaine Merlicht !

Toujours le plaisir de me plonger dans ses enquêtes qui fleurent bon les références littéraires et le goût du savoir-vivre! Je suis fan de cet auteur mais…

Dans cet opus, j’ai moins retrouvé toutes les belles envolées de bons mots, j’ai cherché toute la magie qui fait que j’adore lire ses enquêtes, il m’a manqué la petite pétillance qui fait toute la différence…

— Laisse tomber, ce sont des tièdes. Je vomis les tièdes. Juste un trio de quiches ! Des quiches tièdes.

Pour autant, l’auteur nous donne une enquête flamboyante, avec un travail de recherche précis et une mise en lumière d’un conflit brûlant ! C’était très instructif !

En plus, j’ai trouvé cela super intéressant de voir que le terrorisme peut avoir d’autres parallèles, influences et noms,  mais reste toujours  que le fanatisme religieux fait des ravages explosifs dans les esprits, et surtout, qui fait tomber bien des vies…

« Le bon combat est celui qui est engagé au nom de nos rêves. »

Nicolas Lebel nous donne un ressenti de l’intérieur d’une cellule terroriste, il nous dévoile un jeune homme simple qui bascule…

J’ai trouvé cela, très intéressant, puisque ce n’est pas un concept nébuleux d’une simple tuerie, mais tout un engrenage qui conduit à la catastrophe…

Une approche donc plus intime, et un personnage qu’on voit lentement se perdre dans un éclair blanc…

J’ai adoré aussi que la réalité se mélange au folklore, qu’on est, non seulement une approche politique et sociale de l’Irlande mais aussi, une légende imprégnée et furieuse, propre à ses terres…

Le Far Darrig est une créature de cauchemar et de feu.

L’équipe devra jouer avec les timing et les contrecoups pour garder un minimum de cohésion.

En tout cas, je suis impatiente de lire la prochaine enquête, car il semblerait que l’osmose de groupe en est pris un coup, donc cette fin laisse présager quelques évolutions de personnages qui seront sans doute intéressant à découvrir…

Pour autant, avec ma binomette, on reste plus unies que jamais, et le prochain Lebel sera sans doute lu en LC, parce que l’amitié, il n’y a que cela de vrai ! (Je plussoie ! © Cannibal)

Ma note Plaisir de Lecture  7/10

Lien vers la chronique de Stelphique

L’ordre des choses : Frank Wheeler Jr.

Titre : L’ordre des choses

Auteur : Frank Wheeler Jr.
Édition : Série Noire Gallimard (14/11/2016)

Résumé :
Earl Haack Junior a été élevé pour devenir un Machiavel armé d’un flingue et portant une étoile… Son père, shérif dans une petite ville du Nebraska située sur l’autoroute de la drogue arrivant du Mexique – la fameuse Interstate 80 -, lui a très tôt enseigné sa façon particulièrement radicale et expéditive de maintenir l’ordre des choses.

Lorsqu’après un passage par les Stups de Denver (où il perd définitivement ses illusions) il revient prendre la succession de son père, il sait déjà qu’on ne vainc pas le chaos. Tout au plus, on peut tenter de faire jeu égal – un jeu sans règles ni limites.

Puisque la drogue et son commerce sont une donnée indépassable (surtout dans une société capitaliste marquée par la loi de l’offre et de la demande), la priorité principale de Haack sera donc de mettre sur pied un réseau de distribution composé de personnes qui lui sont redevables…

Son père avait raison : l’ordre passe avant tout, et il exige son tribut de sang.

Critique :
♫ Black is black ♪ comme le chantait si bien Los Bravos… et ces paroles sont parfaites pour illustrer l’atmosphère de ce roman noir qui ne se décline pas en 50 nuances de « grey » (gris) mais en 50 nuances de black (noir).

Ces 50 nuances de black allant du noir serré au noir sombre, en passant par le noir profond comme le trou d’une tombe creusée en pleine nuit dans un coin perdu du Nebraska, afin d’y enterrer une personne qui dérange l’ordre.

Conseil d’ami, ce roman noir n’est pas fait pour les personnes sensibles ou possédant un sens de la justice aigu, car ici, les gens nuisibles qui menacent l’ordre sont appelés des animaux et doivent être ou enfermé en cage ou muselé… Pour toujours ! Si vous voyez ce que je veux dire…

— On est au milieu du trou du cul de la cambrousse, frangin. Qu’est-ce qu’on fout ici ?

Certes, bien qu’étant pour une justice équitable, je ferme volontiers les yeux (dans un roman) quand on élimine les trafiquants de drogues et toute la racaille qui tourne autour comme des mouches autour d’une merde bien fraiche…

MAIS… (ben oui, il y a tout de même un « mais) le problème est que le shérif Earl Haack Jr qui élimine cette racaille de trafiquants et tout ce petit monde, est une raclure lui aussi. D’accord, il les élimine pour faire régner l’ordre dans sa ville, comme son père shérif avant lui, mais c’est aussi surtout pour mettre la main sur une partie de leur trafic.

— Devenir un caïd dans ce business, c’est comme se dessiner une cible dans le dos.

Sa philosophie est que puisqu’on ne peut lutter contre les narcos-trafiquants, autant aller dans le même sens qu’eux et se remplir les poches par la même occasion, tout en maintenant l’ordre dans la ville. D’une pierre deux coups.

Si on est intelligent et observateur, en bossant à la Brigade des stupéfiants, au niveau fédéral ou local, on apprend une chose très vite… Rien ne pourra jamais arrêter le trafic. Ceux qui acceptent cette évidence font un choix. Ils peuvent se résigner à pointer et à compter les heures avant la retraite, ou bien ils peuvent en profiter.

L’écriture est âpre, sans concession, les personnages sont plus dans les nuances de gris sombre ou de noir que d’une autre couleur, ne cherchez pas de rédemption, il n’y en aura pas, ou très peu. Même pas un personnage à sauver du lot !

Ce que les gens ne disent pas, en général, c’est qu’il est très difficile de commettre un homicide, quelles que soient les circonstances. Même en cas de légitime défense, il y a une résistance naturelle à l’acte de tuer.

Et pourquoi on a besoin de fusils de chasse ? Il n’en avait pas la moindre idée. La balistique. Il est impossible de faire des études balistiques avec des cartouches de fusil de chasse. Ça ne laisse quasiment aucun indice.

Autant j’avais ressenti de l’empathie pour le shérif Corey dans « Pottsville, 1280 habitants » de Jim Thompson, autant je n’ai ressenti aucun atomes crochus avec le shérif Earl Haack Jr, ni avec sa femme, ni avec sa troupe d’éliminateurs de premier ordre.

L’ordre dans la ville et non le chaos… Le shérif Earl applique l’adage de son père, et on peut dire qu’il l’applique avec zèle, créant pour finir du chaos en voulant mettre le l’ordre.

Un roman noir âpre, des personnages qu’on n’aimerait pas croiser ou boire un verre avec eux, une écriture au cordeau, une analyse d’une société qui tranche dans le lard, des morts à la pelle, des balles qui sifflent, tout le monde qui surveille tout le monde, une guerre larvée pour prendre le pouvoir et le contrôle du marché, bref, une OPA qui n’est pas publique et qui aura tout du RIP inscrit sur votre tombe anonyme.

Un roman noir sombre, qui possède un rythme propre à lui, assez agité sur le final, et très giclant de sang avant, un roman noir rural, sauvage, des personnages énigmatiques, dangereux comme des crotales enragés.

Un roman noir intense et violent.

— Tu sais ce qui se passera quand il tombera, n’est-ce pas ?
— La nature a horreur du vide.
— Hein ?
— Un truc que j’ai appris à l’université. Je veux dire, une fois que le chef n’est plus là, les autres vont se battre pour prendre sa place. Une putain de foutue guerre entre les parties concernées.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018),  Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

 

20. Sherlock Holmes : Les Six Napoléons – The Six Napoleons

SAISON 2 – [Le Retour de Sherlock Holmes] – ÉPISODE 7

  • Producteur : June Wyndham-Davies, Rebecca Eaton
  • Réalisateur : David Carson
  • Scénariste : John Kane
  • Décorateur : Tim Wilding
  • Musique : Patrick Gowers
  • 20ème épisode tourné
  • 1ère diffusion : Angleterre : 20 août 1986 – ITV Network (20ème épisode diffusé); États-Unis : 19 mars 1987 – WGHB; France : 7 mai 1989 – FR3 (20ème épisode diffusé)
  • Durée : 51 min 30 sec

  • Distribution :
    Jeremy Brett … Sherlock Holmes
    Edward Hardwicke … John Watson
    Colin Jeavons … Inspector Lestrade
    Eric Sykes … Horace Harker
    Emil Wolk … Beppo
    Gerald Campion … Morse Hudson
    Vincenzo Nicoli … Pietro
    Steve Plytas … Venucci Snr
    Marina Sirtis … Lucrezia
    Vernon Dobtcheff … Mendelstam
    Nadio Fortune … Beppo’s Cousin
    Jeffrey Gardiner … Mr. Sandeford
    Michael Logan … Josiah Brown

Le pitch ? Alors qu’il semble être simplement venu déguster un whisky soda et fumer un cigare au 221b, l’inspecteur Lestrade, confortablement installé dans un bon fauteuil, se décide à confier l’affaire qui le préoccupe.

Un individu vole puis fracasse des bustes de plâtre à l’effigie de Napoléon aux quatre coins de Londres, sans rien dérober d’autre.

Holmes sourit à la théorie de Lestrade qui s’engage évidemment sur de fausses pistes, et aux explications médicales de Watson sur la monomanie.

Cette affaire loufoque prend alors un tour tragique. Chez le journaliste Horace Harker, où un troisième buste a été détruit sous un lampadaire, un meurtre a été commis. La victime est un italien de la famille Venucci.

Intro : Qui veut la peau de Napoléon Bonaparte ? Du moins, qui peut le détester au point de rechercher tous ses bustes en plâtre pour les fracasser sur le sol ? Certes, je déteste cet homme, mais bon, fracasser ses bustes me semble un peu excessif.

Y’a rien à dire, les épisodes de la Granada sont tous plus réussis l’un que l’autre et cet épisode possède encore beaucoup d’humour grâce à la personne de Lestrade.

Une enquête qui, comme d’autres, paraît ne pas en être une, et qui, au final, se révèlera plus importante qu’il n’y paraissait au début, un peu comme avec « La ligue des rouquins ».

J’adore, d’ailleurs, dans cet épisode, une scène muette où la caméra tourne dans la pièce, passant d’un protagoniste à un autre, captant les regards et les non-dits, en attisant notre curiosité.

Certes, dans cet épisode, Scotland Yard et la police n’en ressortiront pas grandi…

Les épisodes avec Lestrade sont rares et c’est bien dommage qu’il n’apparaisse pas plus dans les récits canoniques, entrainant par là qu’on ne le voit pas souvent dans la série, alors qu’à lui tout seul c’est un personnage assez comique de par ses entêtements.

Dans l’affaire de Napoléon, Lestrade et Watson seront même assez complices, expliquant avec sérieux à Holmes ce qu’est la monomanie, tous deux formant une coalition taquine contre Holmes.

À un autre moment, c’était Holmes et Watson qui s’amusaient de voir Lestrade jetant subrepticement un œil sur les dossiers de Holmes, croyant être seul au 221B.

On fait semblant de rien, Lestrade ?

Malice dans la scène où Holmes, Watson et Lestrade attendent dans le noir que le criminel arrive sur les lieux. L’homme du Yard et le docteur s’ennuient. À cette époque, on ne chassait pas le Pokémon et on ne jouait pas avec son smartphone durant les moments d’attentes.

Alléluia ! Tout fier, Watson nous extrait un sac de bonbons de sa poche et l’offre à ses comparses. Lestrade est heureux, il veut en prendre un.

Pas de bol, voilà que Holmes, le visage tendu et contrarié, déclare d’un ton brusque : « Ce n’est pas le moment pour des berlingots ! ». Watson les remet à leur place, la mine déconfite.

Il n’y aura pas que pour les bonbons que nos deux hommes afficheront une mine déconfite, car nos deux hommes, une fois de plus, ont 36 fiacres de retard sur Holmes, qui lui, a déjà tout compris.

Non seulement Holmes a de la vivacité d’esprit, mais aussi d’action car, possédant sa cane à bout plombé, il peut bondir, tel un chat sur la souris, sur le dos du casseur de buste qui, entre temps, a cassé aussi la tête d’un des propriétaires du buste du nain de jardin conquérant.

Cet épisode possède de l’humour, de l’action, du mystère, du suspense, mais aussi une scène et un dialogue d’anthologie !

LA scène concerne la splendide performance de Holmes-Jeremy Brett dans la révélation finale où Holmes, empoignant la nappe posée sur la table, la tire brutalement et, tel un magicien, laisse vaisselle et couverts en place.

La dextérité et l’adresse sont des traits typiques du détective. Mais les traduire dans la réalité avec cette totale maestria est le fait de Jeremy.

LE dialogue concerne les louanges que Lestrade fait à Holmes (canoniques) :

Inspector Lestrade : We’re not jealous of you, you know, at Scotland Yard. No, sir, we’re proud of you.
[Holmes attend la suite de la phrase]
Inspector Lestrade : And if you come down tomorrow, there’s not a man from the oldest inspector to the youngest constable… who wouldn’t be glad to shake you by the hand.
Sherlock Holmes : Thank you!
[Moment d’humilité et d’émotions]
Sherlock Holmes : Thank you.

Dialogue canonique :
— Eh bien ! dit Lestrade, je vous ai vu entreprendre bien des affaires, monsieur Holmes, mais je n’en ai jamais vu de mieux conduite. Nous ne sommes pas jaloux de vous, à Scotland Yard… Non, monsieur, nous sommes au contraire très fiers de vous, et si vous y veniez demain, il n’y aurait pas un de nous, depuis le doyen des inspecteurs jusqu’au plus jeune de nos agents, qui ne serait heureux de vous serrer la main.
— Merci, dit Holmes, merci ! et tandis qu’il détournait la tête, il me parut plus ému que je ne l’avait jamais vu. Un instant après, il était redevenu le penseur froid et pratique que je connaissais.

Le visage de Holmes est magnifique à voir et durant quelques secondes, on peut apercevoir son trouble car il ne s’attendait pas à des louanges venant de Lestrade, et encore moins des louanges aussi émotionnelles.

L’acteur possédait sa propre sensibilité et elle s’est reflétée dans sa réaction face à Lestrade, les deux se mélangeant car elle aurait pu être celle de Holmes aussi.

La caméra nous offre donc un beau cadré sur le visage de Holmes, captant sans rien rater les changements fugaces de ses émotions.

Là, on peut dire que notre détective préféré perd de sa superbe, qu’il s’est laissé gagner par ses sentiments nous montrant un bref instant que ses yeux sont embués de larmes. Splendide moment !

Tout y est en retenue, bien entendu, et notre détective redeviendra bien vite la machine froide à calculer, la froideur prenant le pas sur la passion.

La scène, où Holmes casse le dernier buste est très bien filmée et e suspense sera à son comble, les deux autres ne sachant toujours pas à quoi s’attendre, Holmes adorant mettre en scène ses résolutions afin de surprendre et d’impressionner son public.

C’est son côté théâtral, on y est habité et on en redemande… On sait que Holmes a un côté cabotin, excentrique et facétieux. Il aime voir son « public » subjugué et l’entendre applaudir et crier bravo. Encore un peu, Holmes se mettrait à le saluer pendant que le rideau rouge du théâtre se baisserait.

J’ai déjà lu que de maintes façons, Jeremy Brett mêlait son caractère à celui du détective.

En agissant ainsi, il a pu à certains instants magnifier son propre enthousiasme naturel et sa sociabilité. Car pendant ce tournage, sa maniaco-dépression était au plus fort et ses collègues remarquaient ses brusques changements d’humeur.

Une fois de plus, une réussite dans la transcription fidèle de la nouvelle canonique, du mystère, du suspense, de l’humour, une enquête relevée et beaucoup de complicité entre les acteurs. Jouissif !!

La saison suivante, ce ne sera plus aussi bien, Brett, de par sa maladie, ne sera plus aussi bon, hélas et je dois avouer qu’après cette saison, je n’ai plus aucun plaisir à regarder les épisodes.

Pour se coucher moins bête ce soir :

  • Napoléon n’a pas été choisi au hasard, sans cet épisode :  à cette époque, en Angleterre, la haine à son égard était encore vive.
  • Les Italiens eux aussi n’avaient pas les faveurs de Conan Doyle et apparaissaient comme un prolétariat et une pègre où s’immisce la Mafia.
  • La productrice June Wyndham Davies a choisi John Kane comme scénariste car elle avait beaucoup apprécié sa pièce de théâtre « Murder, Dear Watson ».
  • Eric Sykes est un acteur connu pour son registre comique. Il a beaucoup apprécié de jouer le rôle du journaliste Horace Harker, totalement désespéré et bouleversé par les événements. Son interrogatoire et son incapacité à rédiger un article sur sa propre mésaventure font une séquence tragi-comique. Le journaliste est finalement très drôle sous sa mine triste et désolée…

Le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

Soul of London : Gaëlle Perrin-Guillet

Titre : Soul of London

Auteur : Gaëlle Perrin-Guillet
Édition :Fleur sauvage éditions (01/04/2016)

Résumé :
Londres, 1892.
Un climat de peur.
Un flic qui boîte et un jeune orphelin.
Tous deux face à un meurtre…
… dont il ne fallait plus parler.

Jouant avec un côté « Sidekick », Soul Of London nous plonge dans une atmosphère londonienne fort bien documentée. Ce nouveau thriller, de Gaëlle Perrin, se révèle être aussi distrayant qu’angoissant.

Critique :
Arpenter les ruelles de Londres de manière littéraire et à l’époque victorienne a toujours été un de mes plaisirs… Si en plus il y a des meurtres, alors, je suis aux anges.

C’est donc le coeur léger que j’ai ouvert ce polar historique se déroulant en 1892 et je dois dire que le voyage était plaisant, même si peu éclairé puisque je me suis baladée dans les tunnels obscurs du métro londonien et que je suis passée dans des lieux fort peu fréquentables.

Le personnage principal qu’est l’inspecteur Henry Wilkes est un policier qui aime son travail, qui aime les gens, qui aimait arpenter les petites rues avant son accident qui le laissa avec une patte folle, l’obligeant à se déplacer à l’aide d’une canne.

Et, contrairement au Dr House, cette claudication est source de moquerie et de mépris dans son poste de police de la Division D… Notre pauvre Henry n’a malheureusement rien de sexy…

Les deux enquêtes ne se veulent pas révolutionner le monde, ni être trop glauque (nous avons des trépanations) ou avec un final abracadabrantesque : elles sont simples, claires et nous réservent leurs lots de surprises, même si j’avais trouvé le nom d’un coupable.

Avec une écriture sans fioritures, simple, l’auteure nous transporte dans le Londres d’après Jack The Ripper, dans le Londres où Sherlock Holmes est un personnage fictif qu’on lit dans le Strand…

Les quartiers mal famés sont bien représentés, même s’ils manquent un peu d’odeurs et d’émanations putrides… Là où certains auteurs arrivent à vous faire ressentir des odeurs en vous décrivant un quartier pouilleux, ici, c’est plus sobre, ça manque d’effluves puant.

À la limite, vu les lieux et les situations sociales décrites, l’auteure est à deux doigts de nous conclure un roman noir puisque nous passons des bas-fonds, aux pubs miteux, on se balade sur les docks où les hommes accomplissent des travaux lourds, on nous parle des quartiers rasés pour faire passer le métro, sans oublier les orphelinats et aux travaux obligatoires qui s’y déroulent (main d’œuvre gratos !), et j’en passe !

Par contre, malgré tout ça, malgré le fait que j’ai passé un bon moment de lecture, que les personnages avec lesquels j’ai arpenté les rues étaient des plus agréables, bien travaillés, que les quartiers et la misère y étaient bien décrite, j’ai trouvé que le roman manquait d’un tout petit peu de pep’s.

Comment vous dire ? C’est comme quand mon mojito manque de rhum ! Ça a le goût du mojito, mais on ressent bien qu’il manque un petit truc pour en faire un mojito du tonnerre.

Et ce petit truc tenait dans les réflexions un peu bateau que certains personnages principaux tenaient, ainsi que dans des descriptions narratives comme la cliente qui était belle à en rester sans voix.

Un petit bémol narratif qui est une affaire de goût, bien entendu, et qui ne remet pas en question le plaisir que j’ai eu de boire ce mojito… oups, pardon, le plaisir que j’ai eu d’arpenter les ruelles de Londres ainsi que ses tunnels de métro avec Henry Wilkes et son jeune Billy.

Challenge« Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon,  le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

19. Sherlock Holmes : L’école du Prieuré – The Priory School

SAISON 2 – Le retour de Sherlock Holmes – ÉPISODE 6

  • Producteur : June Wyndham-Davies, Rebecca Eaton
  • Réalisateur : John Madden
  • Scénariste : T. R. Bowen
  • Décorateur : Margaret Coombes
  • Musique : Patrick Gowers
  • 19ème épisode tourné
  • 1ère diffusion : Angleterre : 16 juillet 1986 – ITV Network (19ème épisode diffusé); États-Unis : 12 mars 1987 – WGHB; France : 30 avril 1989 – FR3 (19ème épisode diffusé)
  • Durée : 52 min 10 sec

  • Distribution :
    Jeremy Brett … Sherlock Holmes
    Edward Hardwicke … Dr. John Watson
    Christopher Benjamin … Dr. Huxtable
    Alan Howard … Duke of Holdernesse
    Nicholas Gecks … James Wilder
    Michael Bertenshaw … Mr. Aveling
    Jack Carr … Reuben Hayes
    Brenda Elder … Mrs. Hayes
    Nissar Modi … Lord Arthur Saltire
    William Abney … Rivers

Le pitch ?
Docteur en philosophie et directeur de la prestigieuse école du Prieuré, à Mackleton dans le Nord de l’Angleterre, le Dr Huxtable s’évanouit en pénétrant dans le salon de Sherlock Holmes.

Dans tous ses états, il explique ensuite que le jeune Arthur Saltire, fils unique du duc de Holdernesse, grand et éminent aristocrate, qui était confié à sa garde, a disparu en même temps que son professeur d’allemand.

L’intervention du détective est inévitable devant la complexité et la gravité de l’affaire.

L’épisode concernant une disparition mystérieuse d’un enfant de 9 ans, il est sombre et grave et ils ont tout fait pour que cette gravité apparaisse à l’écran.

Déjà dans le générique on nous montrait subtilement la place vide sur le banc de l’école, les chaussures solitaires, les livres abandonnés… On sentait de suite que nous allions pénétrer dans un climat inquiétant, mais aussi intimiste.

Intro : On voit Watson entrouvrir la porte du 221b pour accepter une carte tendue par madame Hudson, mais il lui dit que pour le moment, Holmes n’est pas disponible. On voit ensuite Watson glisser la carte du visiteur dans la petite poche du gilet de Holmes et celui-ci s’en saisi, pour la ranger dans une autre.

Holmes faisait une sieste… Et Watson protégeait le repos de son ami.

Soudain, du bruit, le visiteur pousse la porte, il a les yeux hagards, la sueur sur le front et tout d’un coup, il s’écroule devant la cheminée de Holmes, sur son tapis (dans la nouvelle, c’est sur la peau d’ours).

Une fois son visiteur revenu à lui, Sherlock Holmes fait ses petites déductions sur cet homme qui est directeur d’un prestigieux établissement pour jeunes garçons de très bonne famille, mais notre détective lui annonce aussi qu’il est débordé de travail, qu’il ne pourra pas suivre  le Dr Huxtable, sauf si c’est vraiment une affaire importante…

Et elle l’est puisque le seul et unique héritier du duc de Holdernesse – Arthur Saltire – a disparu quelques nuits auparavant, et le professeur d’allemand aussi !

De plus, son père, alerté de la disparition de son fils unique, ne demande pas à la police de retourner tout, mais d’enquêter avec discrétion, la plus grande discrétion, car môssieur le duc n’aime pas les ragots ou que les gens parlent sur lui. Fatalement, en enquêtant ainsi, on n’arrive à rien !

Je vous vous parler aujourd’hui d’un épisode sombre, mais très bien réussi, possédant aussi des moments d’humour, qui deviendront de plus en plus rares ensuite, Jeremy Brett commençant sans doute à souffrir de maniaco-depression et le Watson de l’époque – Edward Hardwicke – avait entendu une remarque d’un technicien qui disait « Jeremy n’est pas lui-même aujourd’hui ».

Malgré tout, notre détective est toujours joué tout en finesse, ses petits sourires, ses mimiques discrètes, ses yeux pétillants, son énergie à parcourir la lande à la recherche d’indices…

Anybref, le premier moment d’humour est lorsque Holmes, ayant fait sa valise et étant habillé pour partir, croise dans le couloir une Mrs. Hudson chargée d’un pique-nique qu’elle a pensé à préparer :

— Comment avez-vous su ?
— L’expérience !

Aaaah, es grandes écoles privées réservées à l’élite aristocratique où ne fraye que le haut du tiroir, où l’on forme les élus de demain, les dirigeants, les Grands Hommes…

Les scènes tournées dans ce qui constitue l’école de l’élite est très bien rendue aussi, des tours, des vieilles pierres, des enfants en uniforme, qui se mettent au garde-à-vous lorsque vous entrer dans leur chambrée…

Un clivage entre classes sociales fortement marqué, d’ailleurs, l’arrivée du duc de Holdernesse provoque l’effervescence au Prieuré et le Dr Huxtable se hâte d’aller à sa rencontre pour ne pas le faire attendre.

À partir de ce moment, on va bien nous faire sentir que Holmes se fiche comme d’une guigne des puissants, des nobles, des monseigneur et des Monsignors (Il est l’or). Et il trouve que le duc aime un peu trop ne pas faire de bruit et qu’il ait demandé à la police de rester discrète.

Notre détective ne se comporte pas en carpette devant lui, il soutient ses regards, affiche des petits sourires ironique et lui lance quelques piques que le duc, pourtant issu d’une grand école, ne capte pas… Sa grâce est fâchée, même !

Holmes va lui en péter une belle dans les dents (de tirade, pas de poing) :

— Votre seul enfant a disparu, votre avenir, vos espoirs et même votre noble famille sont menacés d’être détruits. Qu’est-ce que la modestie face à cela ? Face à la vie d’un enfant ?

Non, Holmes n’aime pas les puissants, il ne les craint pas, n’a pas peur d’eux et on sent dans cette tirade tout le mépris qu’il a pour ce père qui ne cherche pas avec plus de fébrilité son seul et unique héritier !

En plus, il doit savoir, tout comme moi, que la fortune de ces puissants ne s’est pas faite parce que leur ancêtre a inventé et déposé le brevet du trombone ou de la fermeture éclair, mais en volant les autres, en pillant, en tuant, en magouillant…

C’est le cas ici puisque les ancêtre du duc de Holdernesse étaient des voleurs de vaches ! Il ferraient aussi les chevaux avec des fers reproduisant les sabots de la vache, masquant ainsi leurs traces dans la lande.

Pour ceux et celles qui ont lu la nouvelle, un détail ne sera pas passé inaperçu : on a modifié le personnage du duc de Holdernesse, le rendant intelligent et sensible !

Et tant mieux parce que le duc de ACD était décrit comme un vieil homme à l’esprit étroit, au physique ridicule avec sa barbe rousse descendant jusqu’à la poitrine et son immense nez.

Sans cette modification importante, nous n’aurions pas eu droit aux dialogues assez mouvementé entre Holmes et sa seigneurie qui ne devait pas avoir l’habitude de se trouver face à des gens qui n’étaient pas intimidé par lui et qui se foutaient pas mal de son rang social.

L’orgueilleux duc s’est senti froissé par l’impertinente ironie de Holmes et se faire tancer par un homme qui, socialement parlant, se trouve plus bas, a dû être horripilant !

Et pourtant… Si le duc est raide coincé au départ, fâché de la présence du détective sur l’enlèvement de son unique héritier, le duc et se montre peu coopératif, allant même jusqu’à s’adresser à lui par l’intermédiaire de son secrétaire, sa grâce ne tardera pas à comprendre que Holmes est un homme courtois, bien élevé, à la diction irréprochable et qu’il a dû fréquenter une très bonne école lui aussi.

De plus, sans même devenir copains comme cochon, le duc va apprécier la discrétion et le sentiment élevé de ses devoirs professionnels qui animent notre détective préféré.

Passons maintenant à l’enquête proprement dite, sur la lande déserte… Que Holmes et Watson vont sillonner à pied, à cheval et à vélo parce que contrairement à ce que pense le Dr Huxtable, Holmes bosse sur l’affaire et est bien décidé à la résoudre !

Et s’il s’est attardé sur les origines sombres de la famille du duc et amassé les ragots sur eux, c’est parce qu’il sait que tout est important. D’ailleurs, il va même expliquer au Dr Huxtable ce qu’il s’est passé la nuit et le mystère de la bicyclette unique disparue.

Le rythme de l’épisode est soutenu jusqu’à la fin, avec un suspense grandissant pour celui qui ne connaîtrait pas la fin…

Même pour celui qui sait tout, c’est toujours un plaisir de revoir cet épisode qui fait partie des très très bons (on mangera notre pain noir après).

L’amitié qu’il y avait entre Jeremy Brett et Edward Hardwicke et entre Holmes et Watson est très bien décrite dans une scène qui n’existe pas dans la nouvelle canonique mais qui se retrouve ici à l’initiative de Jeremy : Holmes et Watson après avoir suivi les traces de la bicyclette du prof d’allemand à travers la lande, se reposent un instant sur un promontoire rocheux.

Watson, ne comprenant pas pourquoi les traces de pneus disparaissent et reviennent se fait balancer un : « Watson, vous êtes brillant pour déceler l’évident »… et se tient coït.

De son côté, notre détective est plongé dans une intense réflexion, il est dans son monde et de ce fait, totalement hermétique à ce qui l’entoure. Notre brave docteur Watson tente vainement de lui faire comprendre qu’il meurt de faim et souhaite se rendre à l’auberge qu’il a repérée sur sa carte.

Las, pas de réponse, rien ne bouge du côté de la figure figée du détective. Notre docteur, n’écoutant que l’appel de son estomac, est même prêt à partir seul.

Miracle, Holmes sort soudainement de son mutisme contemplatif et lui dit :

— Mon cher ami, vous devez mourir de faim. Observez cette carte, vous verrez qu’il y a une auberge à 3 miles dans cette direction.

Mais putain, je viens de te le dire ! Non, Watson est trop bien élevé pour dire pareille chose. Alors que fait-il ? Presque soupirant, il opine de la tête d’un air las et suit son ami qui est déjà parti devant comme une flèche.

Cette idée de Jeremy a été reprise et travaillée par les scénaristes et donne au final un splendide moment d’interprétation, teinté d’humour et de sous entendus lourds de sens.

Tous ces moments d’intimité et de clins d’œil comiques donnent vie aux personnages et les rendent très attachants.

A l’auberge tant convoitée par Watson, Holmes fume une cigarette, tandis que son ami découvre avec dégoût, le plat que lui a servi l’aubergiste. D’un air ironique Holmes imperturbable lui demande si c’est bon… C’est dégueulasse !

Mais grâce à l’estomac de Watson, ils vont louer ensuite les deux chevaux de l’auberge et se rendre chez le duc, et c’est là, en partie, que la lumière va se faire dans le cerveau de Holmes. On dit quoi ? On dit « Merci Watson » !

Si le scénario a fait l’objet de modifications assez nombreuses par rapport à l’œuvre originale de Conan Doyle, le tout reste parfaitement cohérent et nous donne un final spectaculaire où la tension dramatique atteint son paroxysme dû à la mort du coupable qui était simplement renvoyé dans la nouvelle.

Pour moi, il méritait la pendaison, mourir de la sorte l’a soustrait à une comparution devant des juges, mais ça évite aussi un gros scandale !

Quant à notre duc qui ne voulait pas voir Holmes, qui ne voulait pas entendre ce que le détective avait à lui dire, il finira par lui témoigner toute sa confiance en lui signant un chèque de £12.000 alors que la récompense n’était que de 6.000. Preuve s’il en est que ce chèque est un témoignage de sa reconnaissance et non la simple rétribution de ses services.

Holmes ne se privera pas de l’empocher. Leurs regards se croiseront alors d’un air complice et cordial.

Encore un super épisode sans temps mort, où les personnages sont bien dans leurs rôles, où Jérémy n’a pas encore pris de poids à cause de ses médocs et où il jouait merveilleusement bien Holmes.

Je ne m’en lasse jamais de ces épisodes là !

Pour se coucher moins bête : 

      • Jeremy qui chanta comme soliste dans le chœur d’Eton où il fit ses études et qui était passionné de musique, apprécia beaucoup la bande son de Patrick Gowers et la participation du chœur de Winchester Abbey.
      • Cet épisode serait, selon Michael Cox, producteur puis producteur exécutif de la série, la seule adaptation filmée de la nouvelle de Doyle en soixante ans. Celle-ci a cependant fait l’objet d’adaptations radiophoniques.
      • Les tournages en extérieurs eurent lieu dans le Derbyshire qui offre de magnifiques paysages.
      • La propriété qui servit de cadre à l’école est Haddon Hall près de Bakewell et le fastueux château qui devint Holdernesse Hall est celui de Chatsworth, propriété du duc et de la duchesse de Devonshire.
      • Cet épisode est le préféré d’Edward Harwicke : « C’est le meilleur film que nous ayons fait. John Madden était un très bon réalisateur. La mise en scène d’un film doit être organique – le texte, l’action et l’image ne doivent former qu’un élément. Tom Sheppard a conçu le scénario comme une unité à part entière. »

Le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.