Immortel – Tomás Noronha 10 : José Rodrigues dos Santos

Titre : Immortel – Tomás Noronha 10

Auteur : José Rodrigues dos Santos 🇵🇹
Édition : HC (2020) / Pocket (2021)
Édition Originale : Imortal (2019)
Traduction : Adelino Pereira

Résumé :
L’un des plus grands scientifiques chinois vient d’annoncer la naissance de deux bébés génétiquement modifiés, il disparaît juste après sa conférence.

La presse internationale commence à poser des questions, les services secrets tentent de trouver des réponses, un Américain contacte Tomás Noronha à Lisbonne.

Celui qui se présente comme un scientifique travaillant pour la DARPA, l’agence de recherche avancée de la Défense américaine, est à la recherche du savant disparu. Tomás découvre alors les véritables enjeux du projet chinois…

Critique :
J’ai longuement hésité et puis que je me suis dit que non je ne commencerais pas cette chronique en vous chantant « Immortelle » de Lara Fabian. Ce n’est pas l’envie qui m’a manqué…

Si je n’avais pas lu une critique de Geneviève, jamais je n’aurais ouvert ce roman qui me faisait un peu trop penser à ce qui s’est fait il y a des années, du temps du Da Vinci Code (que j’ai lu et apprécié pour le divertissement qu’il m’avait offert).

Non, non, rien à voir avec le Da Vinci Code où l’on court partout, dans tous les sens, avec la moitié du monde à son cul.

D’ailleurs, durant plus de la moitié du roman, nous avalerons les conversations intéressantes qui ont lieu entre Tomás Noronha (historien et cryptologue) et un scientifique américain de la DARPA, l’agence de recherche avancée de la Défense américaine, au sujet d’un scientifique chinois disparu (le professeur Yao Bai), le tout en alternance avec ce qui se déroule dans le labo de ce scientifique.

Durant tout ce bla-bla, on pourrait penser que l’on va se faire chier, s’ennuyer ferme, et bien non ! J’étais immergé dans leurs conversations et j’ai oublié le temps qui passait, ne ronchonnant que pour le fait que l’Américain foutait le mot « man » toutes les dix phrases (c’était redondant).

Certes, cela pourrait faire un peu cliché que tout ce dont Tomás Noronha a mis en garde le scientifique, fan de nouvelles technologies et d’intelligence artificielle générale, se déroule justement ensuite et donne raison à notre historien.

Oui, si l’on n’y prend pas garde, ce thriller de vulgarisation scientifique pourrait faire penser à un mauvais film de Hollywood où, après avoir causé durant plus de la moitié du film, nos deux protagonistes se mettent tout d’un coup à courir pour sauver leur peau plus de fois que ce pauvre John McClane dans ses films (Die Hard).

En fait, ce roman aurait dû m’horripiler grandement, notamment avec les dialogues qui semblent nous mâcher tout ce qui arrivera ensuite, nous mettant en garde contre la science sans conscience, les technologies nouvelles et leurs dangers, notamment le Net et tous les GAFAM qui nous contrôlent (Google, si tu me lis…).

Oui, il y avait moyen de me perdre, de m’énerver dans cette construction de roman, avec les dialogues entre une personne pro-technologies et une qui s’en méfie, le tout faisant un peu manichéen, durant plus d’une moitié de ce pavé, avant que tout ne s’accélère.

Et pourtant, j’ai apprécié ma lecture, j’ai été plus qu’intéressée par leurs discussions, des plus instructives, qui ne m’a jamais donné la sensation d’être dans un café du commerce en compagnie de types bas de plafond. J’ai même eu la sensation d’aller me coucher moins bête qu’avant.

La partie consacrée à la Chine et à ses millions de caméras permettant de surveiller toute la population m’a fait froid dans le dos, une fois de plus. Le contrôle est total, les chinois possédant un crédit social (système carotte/bâton) dont ils ne peuvent descendre en dessous d’un certain score, sinon ils perdent le droit de prendre le train, de faire des emprunts,…

Orwell nous avait mis en garde, nous ne l’avons pas écouté. Moi, des caméras de sécurité dans les villes, je préfère qu’il y en ai un strict minimum, ça peut toujours être mal utilisé ensuite… 

Il y avait moyen de m’énerver aussi avec la partie course pour rester en vie, où nos deux protagonistes vont devoir échapper à un truc plus fort que tout, capable de tout, juste pour assurer sa survie, ne faisant pas plus attention aux vies humaines que nous n’en aurions pour une colonie de fourmis écrasées par mégarde.

Anybref, ce roman aurait pu finir balancé au milieu de la pièce et pourtant, je l’ai dévoré, ayant bien du mal à la lâcher, malgré ses défauts, comme ce scientifique américain un peu stéréotypé, cette manière de nous prémâcher la seconde partie du roman avec les mises en garde de Tomás et cette sensation d’être dans un mauvais film hollywoodien dans la partie « adrénaline, faut courir pour sauver notre peau ».

À réserver aux lecteurs et lectrices avides d’en savoir plus sur les avancées médicales et technologiques, afin de briller au prochain repas de famille, à la machine à café ou au barbec avec les voisins.

Le récit est fort riche d’apprentissages technologiques, médicales, de morale, de sciences, de conscience et cela pourrait vite devenir indigeste pour ceux ou celles qui préfèrent en manger à petite dose.

À noter aussi que l’épilogue, assez long, concernera la philosophie, l’eugénisme et ce qui est permis ou non, ce qui est moral ou qui ressemble à des pratiques nazies et que les dialogues entre les différents protagonistes pourraient, eux aussi, lasser une partie des lecteurs/trices.

J’ai aimé le fait que tout, dans ces questionnements, ne soient ni tout à fait blancs, ni tout à fait noirs, mais mis en balance avec ce qui se fait déjà et qui aurait sans doute crispé bien des gens il y a quelques années. Ce sera aux lecteurs de se faire leur opinion, la mienne n’étant pas tranchée sur ses sujets hautement sensibles et éthiques.

Une lecture très divertissante, très instructive, un thriller qui reste calme durant plus de la moitié de ses 654 pages (pocket) avant de nous précipiter dans une course-poursuite haletante, digne d’un grand blockbuster. Les chapitres sont courts et nous laisse souvent sur un cliffhanger.

Il faudrait que je me penche sur les autres romans mettant en scène le personnage de Tomás Noronha, car il m’a semblé un peu fade, manquant de profondeur et j’aimerais en savoir plus sur lui.

À noter que les romans peuvent se lire de manière indépendante l’un de l’autre puisque leur parution en français ne suit pas l’ordre de parution portugaise.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°212] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°33).

Émissaires des morts – Andrea Cort 01 : Adam-Troy Castro

Titre : Émissaires des morts – Andrea Cort 01

Auteur : Adam-Troy Castro
Édition : Albin Michel Imaginaire (06/01/2021)
Édition Originale : Emissaries from the dead (2008)
Traduction : Camille Lamache

Résumé :
Quand elle avait huit ans, Andrea Cort a été témoin d’un génocide. Pis, après avoir vu ses parents massacrés, elle a rendu coup pour coup. En punition de ses crimes, elle est devenue la propriété perpétuelle du Corps diplomatique. Où, les années passant, elle a embrassé la carrière d’avocate, puis d’enquêtrice pour le bureau du procureur.

Envoyée dans un habitat artificiel aussi inhospitalier qu’isolé, où deux meurtres viennent d’être commis, la jeune femme doit résoudre l’affaire sans créer d’incident diplomatique avec les intelligences artificielles propriétaires des lieux.

Pour ses supérieurs, peu importe quel coupable sera désigné. Mais les leçons qu’Andrea a apprises enfant ont forgé l’adulte qu’elle est devenue : une femme pour le moins inflexible, qui ne vit que pour une chose, « combattre les monstres ».

Critique :
J’avais fait la connaissance d’Andrea Cort, enquêtrice pour le bureau du Procureur, dans « Avec du sang sur les mains« .

L’univers de cette novella, assez riche, m’avait donné envie de continuer l’aventure avec ce pavé de 700 pages.

Attention, ceci n’est pas une histoire entière !

Dans ce recueil, l’éditeur Albin Michel a eu la bonne idée de regrouper les différentes novellas qui avaient été publiées après « Émissaire des morts » (premier tome d’une trilogie).

Postérieurement, l’auteur avait écrit des novellas mettant en scène Andrea Cort, celles-ci se déroulant avant cette grande enquête.

Ainsi, le lecteur peut se familiariser avec l’univers, ainsi qu’avec le personnage assez froid et complexe d’Andrea, avant de plonger dans une plus grande histoire « Émissaire des morts ».

De plus, dans ce recueil, l’éditeur a mis les novellas dans l’ordre chronologique de lecture. Une bonne idée qui empêchera les lecteurs de les lire dans le désordre (après, le lecteur fait ce qu’il veut et la lectrice aussi).

Nous sommes dans un futur où les voyages dans l’espace sont permis, où les Homsap (Homo Sapiens) vivent sur d’autres planètes et où nous ne sommes pas seuls (Fox Mulder avait raison avant tout le monde).

Andrea Cort appartient au Corps diplomatique (et à vie, suite à son crime), c’est une magistrate, une enquêtrice judiciaire qui représente le Procureur général sur les planètes où elle est appelée.

Que les allergiques à la SF se tranquillisent, l’univers décrit par l’auteur reste facilement accessible, il suffit juste de faire marcher son imagination pour voir les autres peuples que nous allons croiser.

Comme toujours, nous avons beau être dans l’espace, l’Humain reste le même (une saloperie) et certains autres peuples n’ont rien à nous envier, bien que nous restions sur les plus hautes marches du podium, médaillés d’or en meurtres ou autres crasses que l’on peut faire.

Dans ces différentes enquêtes, ce n’est pas toujours sur un crime commis que Andrea doit faire la lumière. Nous sommes loin du colonel Moutarde, avec le pistolet laser dans le croiseur. La diplomatie doit être respectée, la politique est très présente et lorsqu’elle enquête, Andrea met souvent les pieds dans le plat.

Le côté psychologique des personnages est important, il joue un rôle prépondérant dans ses investigations (où elle investigue à fond). Ses entretiens avec différentes personnes sont toujours intéressants et empreint de profondeur. Bien des détails primordiaux se retrouvent dans ces conversations.

L’auteur nous a créé un personnage féminin qui n’a pas froid aux yeux, qui est misanthrope, asociale et précédée de sa réputation d’être un monstre. Bizarrement, on s’attache à elle facilement. Ses blessures, elle arrive à les surmonter, à ne plus faire attention aux regards qu’on lui lance et au fil des histoires, on en apprendra plus sur elle, notamment sur le génocide qui entache son passé (deux peuples pacifiques se sont entretués, comme pris d’une folie subite).

Si l’écriture est assez simple (facile à aborder), le contenu des scénarios n’est en rien simpliste, que du contraire. Comme je l’ai dit, il y a de la profondeur dans les différentes novellas et on ne sait jamais comment cela va tourner, se terminer.

Bien souvent, alors que l’on pensait avoir affaire à une histoire sans importance, le diable, qui se cachait dans un détail, fait tout exploser et j’ai été surprise plusieurs fois, pour mon plus grand plaisir.

La plus grande histoire est une véritable enquête puisqu’il y a une disparition (vu la hauteur de la chute, la personne est morte et c’était un sabotage) et un meurtre par crucifixion. Là, c’est un véritable sac de nœud, surtout avec les IAs-sources (intelligences artificielles) qui ont créés le monde-artefact de Un Un Un et une partie de ses habitants (les Brachiens).

Très complexe, cette histoire va explorer plusieurs pistes avant de nous emmener vers la solution, qui ne sera pas des plus simples, comme nous le constaterons et qui en fera voir de toutes les couleurs à Andrea Cort. J’ai eu beau chercher, impossible de trouver la solution, même si, j’avais eu un soupçon et qu’il s’est révélé être bon.

Finalement, même dans l’espace, on rencontre les mêmes sujets de société que sur la Terre ferme… Les fonctionnaires qui ne foutent rien, la lenteur de l’administration, le sexisme, le racisme, le harcèlement sexuel sont, hélas, universels.

Les descriptions des mondes, des décors, des populations, sont riches, denses, importantes. Elles permettent de poser les bases de ce qui entoure Andrea Cort et d’emporter le lecteur dans l’espace.

Attention, tout cela est très épais, il est déconseillé de lire tout le pavé d’un coup. Vu la richesse de ce qui se trouve dans ses pages, j’ai pris mon temps, lisant une novellas tous les jours, ou entrecoupant ma lecture avec un autre roman, afin de profiter au maximum, sans rencontrer de lassitude.

Une chose est sûre, c’est que ce recueil est prenant, addictif et qu’il permet de se promener dans l’espace sans risque, en suivant Andrea Cort, sorte de Sherlock Holmes au féminin, le Watson en moins (et le lourd poids de son passé en plus) qui va devoir résoudre des mystères, des enquêtes, le tout sans se prendre les pieds dans le tapis, sans faire de faute diplomatique (oups) et sans suivre les ordres.

Un très bon roman qui mélange la SF, le roman policier, le thriller psychologique, les sujets de sociétés, le tout servi par des scénarios possédant de la profondeur.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°180].

Simulacres martien : Eric Brown

Titre : Simulacres martien

Auteur : Eric Brown
Édition : Le Bélial’ Une Heure Lumière (20/01/2022)
Édition Originale : The Martian Simulacra: A Sherlock Holmes Mystery (2017)
Traduction : Michel Pagel

Résumé :
Londres, 1907. Dix ans après la reddition terrienne. Alors que l’humanité vit sous la férule de ses conquérants, Gruvlax-Xenxa-Schmee, vice-ambassadeur de Mars en Grande-Bretagne, vient frapper à la porte du 221b, Baker Street. Il faut dire que l’affaire est d’importance, et quand les maîtres de la Terre vous réclament, se dérober n’est pas une option.

Ainsi le docteur Watson et le plus célèbre des enquêteurs humains, Sherlock Holmes, se trouvent-ils propulsés au sein d’une enquête épineuse, dans les méandres désertiques de la Planète Rouge, avec pour compagnon nul autre que l’impétueux professeur Challenger.

Leur mission ? Résoudre une énigme improbable et assurer la paix entre les mondes. À moins qu’un terrifiant secret ne se dissimule derrière les intentions prétendument louables des nouveaux seigneurs de la Terre.

Car après tout, sur Mars, les apparences peuvent s’avérer trompeuses…

Critique :
Sherlock Holmes sur Mars ! Fallait le faire. Toute la Terre est occupée par les Martiens. Toute ?

Oui, toute… Pas d’irréductibles qui résistent encore et toujours à l’envahisseur.

Holmes et son fidèle Watson sont appelés sur Mars pour résoudre le meurtre d’un philosophe.

Qu’est-ce que ça donne le mélange des genres ? Le polar et la SF… Ou, Sherlock Holmes et les envahisseurs martiens de H.G Wells.

Le mélange aurait pu être casse-gueule, il évite de se prendre les pieds dans le tapis et offre un divertissement fort agréable. Les lecteurs/lectrices qui ne sont pas familiarisés avec le genre SF ne s’y perdront pas et pourraient même passer un chouette moment de lecture tout en quittant leurs sentiers habituels.

Le format des novellas va comme un gant aux enquêtes de Sherlock Holmes : 129 pages, c’est la bonne proportion qu’il faut pour monter un univers, présenter les personnages et mener l’enquête, sans que cela ne devienne trop long. Et pour une fois, ce n’est pas trop court. Zéro frustration.

Alors que je m’attendais à une enquête de Holmes sur la planète Rouge, c’est tout autre chose qui s’est déroulé, me surprenant, ce qui était très agréable. A contrario, si vous étiez à la recherche des déductions holmésiennes, faudra faire une croix dessus, puisqu’elles sont peu nombreuses.

Malgré tout, sans l’intelligence de Holmes et de ces petits détails qui ont attiré son attention, le docteur Watson se serait retrouvé dans une fâcheuse situation. Heureusement que sur Mars, il y avait une autre personne pour leur donner un coup de main…

Voilà donc une novella de SF qui met Sherlock Holmes à l’honneur, face aux Martiens de La Guerre des Mondes, ceux de la deuxième vague, la première ayant perdu face à un virus terrien. Ces autres Martiens, vaccinés, se disent plus doux que les premiers et qui veulent mettre notre Terre sous protectorat de Mars. Dites merci !

C’est un récit correct, amusant, qui nous fera voyager au-delà de notre bonne vieille Terre. Une novella avec de l’action, de l’aventure, du suspense, du mystère et qui pourra se laisser lire par tout le monde, même les allergiques au genre SF.

Ni trop court, ni trop long, c’est le format parfait pour débuter avec de la SF. De plus, ça se lit tout seul et c’est comme un petit gâteau auquel on ne peut résister de venir reprendre un morceau.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°175].

Sidérations : Richard Powers

Titre : Sidérations

Auteur : Richard Powers
Édition : Actes Sud (22/09/2021)
Édition Originale : Bewilderment (2021)
Traduction : Serge Chauvin

Résumé :
Dans une Amérique au bord du chaos politique et climatique, un père embarque son jeune fils souffrant de troubles du comportement dans une sidérante expérience neuroscientifique.

Richard Powers signe un nouveau grand roman questionnant notre place dans le monde et nous amenant à reconsidérer nos liens avec le vivant.

Critique :
Robin est un garçon de 9 ans qui n’est pas comme les autres. Les médecins ne savent pas trop s’il souffre d’autisme, d’asperger, ou encore d’un autre syndrome.

Il a du mal à canaliser ses colères, est instable, pas facile à élever, très intelligent et cultivé. Son père est seul devant la tâche, la mère de l’enfant étant morte dans un accident.

Les médecins veulent tous mettre le gamin sous psychotropes ou autres médocs, comme les 8 autres millions d’enfants aux États-Unis. Le père ne veut pas, fait de la résistance et tente d’apaiser son enfant par d’autres moyens.

Ce roman est bardé de nombreux prix, de chroniques élogieuses et moi, une fois de plus, je n’ai pas ressenti toutes les émotions dont ce roman était pourvu.

Cela tien à plusieurs choses, mais la première fut que la rencontre entre les personnages principaux et moi n’a jamais eu lieu. Durant 400 pages, j’ai vibré quelques minuscules fois, ce qui est très peu, vous m’avouerez.

Les personnages ne m’ont jamais touché. La mère décédée est parée de toutes les vertus. Certes, lors d’un décès, on gomme les défauts de la personne qui nous a quitté, mais faut pas pousser non plus. Que le fils l’idéalise, c’est normal, mais si on écoute le père, son épouse était merveilleuse…

Le père lui, fait ce qu’il peut face à son enfant qui n’est pas considéré comme normal par la société, alors qu’il est juste différent, qu’il ressent la souffrance animale en lui et ne comprend pas pourquoi personne ne bouge alors que les espèces animales disparaissent et que la maison brûle.

Robin a raison, en effet, mais j’aurais aimé que de temps en temps, son père lui explique que tout le monde ne reste pas les bras ballant, que des gens se battent et le font à la hauteur de leurs moyens et qu’il le recadre. Bien souvent, il a laissé son enfant s’entêter dans sa voie, afin d’éviter des ennuis avec lui et après, ce fut pire.

Le père aurait pu s’affirmer un peu plus et essayer de faire comprendre à Robin que les décisions prises par lui n’étaient pas les bonnes et n’ont rien apporté de bon. L’enfant est spécial, mais cela reste un enfant soumis à l’autorité du père.

Moi qui m’attendais à un roman plus engagé dans la voie de l’écologie, je suis assez déçue. Hormis les crises de Robin, sur le fait que le Monde parte en couilles, et que personne ne bouge pas, il n’y a pas grand-chose d’autre.

Le récit a des airs d’anticipation avec le traitement que l’on fait à Robin pour l’aider dans sa gestion de lui-même, de dystopie avec les décisions d’un président fou (qui doit être le Donald) qui transforme l’Amérique en pays invivable pour les étrangers, notamment les asiatiques.

En bref, le roman tourne vite en rond, une grande partie de l’histoire étant centrée sur le père et le fils, ses combats pour le garder loin des médicaments (ce qui est salutaire), ses refus d’écouter les médecins, leur relation père/fils ou l’un fait tout pour aider l’autre à aller mieux.

Peu d’action, aussi. Si cela ne m’a pas posé de problèmes durant la moitié du récit, après, c’est devenu trop lourd et j’ai zappé des passages, les survolant de loin.

En clair, ce roman ne m’a pas donné les émotions que j’attendais, que j’espérais et c’est d’autant plus emmerdant que j’avais une envie folle de le lire depuis le passage de son auteur à La Grande Librairie.

Nouvelle Babel ‭:‬ Michel Bussi [LC Bianca]

Titre : Nouvelle Babel

Auteur : Michel Bussi
Édition : Presses de la cité (03/02/2022)

Résumé :
« La méthode, calme et systématique, du tueur terrifia les trois enquêteurs. Qui était cet assassin progressant à visage découvert ?

Déjà, leurs tabletas se connectaient aux bases de données planétaires de reconnaissance faciale. Plus personne ne pouvait rester anonyme dans le monde actuel. Dans quelques secondes, ils connaîtraient l’identité de ce monstre. La suite du film fut plus sidérante encore. »

2097. Sur une île privée paradisiaque inaccessible, de paisibles retraités sont assassinés…

Trois policiers, un journaliste ambitieux et une institutrice nostalgique s’engagent dans une folle course contre la montre pour préserver l’équilibre d’un monde désormais sans frontières, où la technologie permet aux humains d’être à la fois ici et ailleurs.

Critique :
Imaginez un Monde où la téléportation serait possible. Quel gain de temps ! Fini d’en perdre dans les transports entre deux points.

Imaginez : vous avez fini votre journée de travail, vous appuyez sur le bouton « casa » de votre TPC et hop, vous voici transporté de suite chez vous !

Ok, depuis 2020, une partie de la population a déjà testé ce miracle, sauf que nous l’avons appelé « télétravail »… Tout est dans la sémantique. Ok, je sors.

Que les allergiques à la SF n’aient pas peur du nouveau roman de Bussi, il est accessible à tout le monde puisque l’action se passe dans les années 2090, que les frontières n’existent plus, les nations non plus, les villes pareil, tout le monde peut vivre où il veut et se téléporter partout. Il y a juste des règles de taux d’occupation, ce qui est normal, trop de monde dans un endroit minuscule et ce serait le bordel.

La société qu’il nous présente est utopique, on en rêverait tant ça à l’air simple, facile, sans prises de tête. Plus de guerres, plus d’armement, presque plus de crimes. Putain, le rêve !

Ah, pardon, on vient de trouver 10 corps assassinés sur une île, plus un chien. Pourquoi le chien a-t-il été tué aussi ? Parce que l’auteur aime assassiner les animaux, le méchant (il a épargné le chat, merci à lui).

Bon, trêve d’amusement, les enquêteurs envoyés sur place ne comprennent pas, nous non plus et il faudra lire tout le roman pour que toutes les questions trouvent leur réponse. Nous avons beau être dans de la science-fiction où les téléportations sont possibles, il n’en reste pas moins qu’il faut enquêter sur ces assassinats et qu’il y en aura d’autres.

Lorsque je lis un roman de Michel Bussi, je me demande où je vais me faire avoir… Un peu comme lorsqu’on signe un papier à la banque, chez l’assureur, lorsqu’on va voter : la question se pose toujours. Quand va-t-on se faire entuber royalement ?? La seule différence, c’est qu’avec la littérature, on est content lorsque ça arrive…

Zut, je ne me suis pas faite avoir, j’avais deviné la couille dans le pâté. Cela ne m’a pas empêché de lire ce roman à grande vitesse, tant il était addictif et bien mis en scène. Les personnages, en grande partie, m’ont plu, sauf les méchants, bien sûr ! Et puis, l’avantage, c’est qu’ils peuvent évoluer, ils ne font pas du sur-place, leurs réactions sont naturelles et réalistes.

Comme souvent, dans le roman, on retrouvera des vérités implacables, des phrases qui font mouches, qui sont si vraies et que personne ne veut écouter. En ces temps où tout le monde se replie sur son pré carré, voir une Terre avec une seule langue, une seule monnaie et peu de politiciens, cela fait du bien. Attention, le populisme n’est jamais loin, il ne meurt jamais.

Le côté science-fiction et l’enquête sur les meurtres sont aussi l’occasion pour l’auteur pour nous parler de propagande, de mensonges, de magouilles, d’images ou de reportages que l’on veut nous faire avaler, afin de mieux nous manipuler. Et je ne vise pas les pubs pour les produits de consommation…

L’Humain réagit toujours aux émotions, plus souvent celles de la colère que celles de la joie. Une image violente aura toujours plus de vues qu’une avec des chatons. Les gens seraient prêts à renoncer à leurs libertés pour un peu de sécurité, même si les caméras n’ont jamais empêchées des agressions, des vols ou pire, des attentats.

L’auteur joue avec les peurs des gens, comme d’autres le font, mais  pas dans le but de nous mettre en garde, de nous divertir ou de fournir de la matière à leur roman. Jusqu’où certains sont-ils prêts à aller afin de nous prouver qu’ils avaient raison et nous tort ? Jusqu’où certains sont-ils prêt à aller pour renforcer nos peurs et nous offrir plus de sécurité ? Jusqu’où sont-ils prêts à mentir ? À se parjurer ?

Non, non, ce thriller de science-fiction n’est pas qu’un énième roman de pur divertissement.

C’est surtout un roman intelligent qui, sous le couvert de nous divertir, nous pousse à réfléchir, à ne pas croire tout ce que l’on voit (Saint-Thomas avait raison, nous devrions prendre exemple sur lui), à ne pas avaler les couleuvres, ni à prendre des vessies pour des lanternes.

Un roman différent des autres, certes. Un roman qui ne manque ni de profondeur, ni de justesse, ni de références à notre époque actuelle.

Le résumé ne m’aurait jamais laissé présumer que j’allais entrer dans un roman aussi intéressant, aussi poussé, aussi intelligent.

Merde, j’ai été eue, alors ?? Une fois de plus… Merci monsieur Bussi !

Une LC plus que réussie avec ma copinaute Bianca. Allez, téléportation à la prochaine LC, dans le Yorkshire, cette fois-ci.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°163].

A fake story : Laurent Galandon et Jean-Denis Pendanx

Titre : A fake story

Scénariste : Laurent Galandon
Dessinateur : Jean-Denis Pendanx

Édition : Futuropolis (13/01/2021)

Résumé :
Le 30 octobre 1938, Orson Welles met en ondes, sur CBS, la Guerre des mondes de H. G. Wells, racontant l’attaque de la Terre par des extra-terrestres. C’est la panique ! « Une fausse guerre terrifie tout le pays », titrent les quotidiens du lendemain.

Dans le récit de Laurent Galandon, afin « d’échapper au massacre des Martiens », un homme tue sa femme et tire sur son fils avant de se suicider. Un ancien journaliste vedette de CBS, Douglas Burroughs, va mener l’enquête.

Il en fera un livre. A Fake Story pose la question du vrai et du faux avec un art consommé, dans une enquête policière réjouissante.

Critique :
Souvenez-vous, c’était le 30 octobre 1938… Hier, en fait !

Orson Welles mettait en ondes, sur CBS, « La Guerre des mondes » de H. G. Wells, racontant l’attaque de la Terre par des extra-terrestres venant de la planète Mars (pas la planète Twix !).

La légende dit que cette pièce radiophonique avait créé la panique chez les gens écoutant la radio, provoquant des mouvements de panique.

Une Fake News tellement bien mise en scène que tout le monde avait marché à fond.

Comment est-ce possible ? Avant de rire d’eux, il faut se remettre dans le contexte de l’époque, celui où la radio commençait et où tout le monde n’en était pas équipé. En écoutant Orson Welles raconter l’invasion des Martiens, je comprend que les gens aient paniqué.

D’ailleurs, je me souviens que chez nous, la RTBF (chaîne nationale de télé) avait fait de même, un 13 décembre 2006, avec un reportage intitulé « Bye Bye Belgium » qui campait le tableau de la scission du plat pays et les conséquences dramatiques qui s’ensuivraient brutalement, du jour au lendemain.

Au bas de l’écran, une mention que bien des téléspectateurs n’avaient pas remarquée : « Ceci n’est peut-être pas une fiction ». Nous avions marché comme un seul Homme et tremblé dans nos chaumières.

Cet album est réalisé avec des aquarelles aux tons assez doux et il va nous conter, brillamment, l’enquête que Douglas Burroughs, ancien journaliste, mandaté par la radio CBS, va mener après qu’un homme ait tué sa femme et tiré sur son fils avant de se suicider, au motif qu’il ne voulait pas que les martiens tuent sa famille. Le fils survivra, il est entre la vie et la mort.

Que s’est-il passé, doudou dis donc ? La radio et Orson Welles sont-ils en cause ?

En 96 pages, tout sera dit, tout sera expliqué, aussi bien l’affaire dans son entier, que le développement des personnages, les fausses pistes,…

Les personnages sont crédibles, dans leurs pensées, leurs réflexions (racisme), leurs actions et l’enquête ne manque pas de suspense, de mystères, de retournements et j’ai été surprise par la fin, même si j’avais eu des soupçons.

Et puis, bardaf, je me suis faite avoir moi aussi !

Excellent, cette petite histoire dans la grande Histoire, cette petite fiction dans la grande Fiction, cette mise en abyme qui permet aux auteurs de nous raconter cette enquête qui servira aussi de prétexte à nous parler de l’Amérique profonde, raciste, ségrégationniste et fortement bigote.

Une bande dessinée réussie à tous les points de vue et une enquête menée de main de maître.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°130], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°12] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 98 pages).

Alienés : Fabrice Papillon

Titre : Alienés

Auteur : Fabrice Papillon
Édition : Plon (14/10/2021)

Résumé :
Mai 2022. À 400 kilomètres de la terre, la station spatiale internationale sombre dans la nuit artificielle. Tandis que l’équipage dort, le cadavre éventré d’un astronaute américain flotte en impesanteur dans l’un des modules de recherche.

Le même jour, à Lyon, le corps éviscéré d’un biologiste américain est retrouvé à 30 mètres de profondeur, dans un mystérieux réseau de galeries souterraines baptisé les  » arêtes de poisson « .

S’engage une double enquête, d’abord internationale avec la NASA, aux États-Unis, pour tenter d’élucider un meurtre inédit dans l’histoire : celui d’un astronaute dans l’espace.

À Lyon, Louise Vernay, commandant de la brigade criminelle, fait rapidement le rapprochement entre les deux assassinats, très semblables et synchrones, l’un dans l’espace, l’autre sous terre… Qu’est-ce qui les relie ? Pour quelle raison ces deux Américains ont-ils été visés ? Comment ont-ils pu être éliminés au même moment, à une telle distance ?

Louise fait rapidement la rencontre d’un étonnant moine jésuite, astrophysicien et directeur de l’observatoire du Vatican, de passage à Lyon et qui avait rendez-vous avec la victime. Ce personnage troublant lui laisse entendre que des signes d’une présence extraterrestre se multiplient, et qu’ils pourraient bien être à l’origine de ces deux meurtres…

Critique :
Dans l’espace infini, la station ISS et à l’intérieur, le cadavre éventré d’un des astronautes, flotte, éventré ! Éventré ? ALIEN est à bord ???

Putain, exfiltrez de suite le chat et faite péter le vaisseau avant que le monstre ne revienne encore pour plusieurs films.

Voilà un meurtre en chambre super close que Hercule Poirot n’aura jamais eu à résoudre.

Et dans ce roman qui mêle l’univers de Da Vinci Code (en moins poussé) et de James Bond (sans les gadgets et les filles en maillot), ce ne sera pas Thomas Pesquet qui mènera l’enquête.

Le point de départ est intéressant, déroutant, même, car sur Terre, un autre cadavre est retrouvé, lui aussi avec les tripes à l’air. On nage dans le mystère, dans la SF et longtemps je me suis demandée si une sorte de poulpe n’était pas sortit de leur ventre.

J’ai apprécié l’aventure menée tambour battant et qui nous entraînera ailleurs qu’en France et ailleurs que sur Terre et qui nous fera croiser la route de personnages connus, ainsi que d’entités terrestres dangereuses (ça commence par GA et se termine par FAM et ça te bouffe les données).

Que les allergiques aux sciences se rassurent, on bouffe de la science mais jamais ad nauseam, les explications faisant partie d’un tout, vulgarisées pour que nous comprenions et que la commissaire Louise Vernay capte tout aussi. Cela reste compréhensible et une fois de plus, on va se coucher moins bête.

Là où je n’ai pas accroché du tout, c’est dans le choix du personnage de Louise Vernay, véritable bulldozer sans freins, sans éducation, qui jure comme plusieurs charretiers, parle argot mieux que les Tontons Flingueurs, considère souvent les autres avec condescendance, leur répondant sur un ton moqueur et cynique (sans arriver à la cheville d’un docteur House).

Elle est totalement barje, se moque des règles, grogne comme un dogue enragé et ensuite, elle fond en larme dans un parc avec quelques souvenirs. Même si elle est inspirée d’une personne qui existe, dans le récit, elle frôle la caricature et l’arrivée d’Ethan, le bogosse, n’aidera pas à la sortie de cette caricature. Là, elle sombrera dans l’imbécilité digne d’une collégienne en chaleur.

Anybref, hormis ce point de détail important sur le personnage principal, pour le reste, je me suis amusée durant ma lecture, sans jamais savoir où l’auteur allait finir : les pieds sur terre avec du rationnel ou avec du rationnel fictionnel (SF) ?

Les deux solutions étaient valables car dans ce roman, ce n’est pas de la fiction à la M.I.B (film que j’adore) : on est dans la science et l’épisode covid a renforcé certaines choses, les ancrant dans la réalité.

Mêlant les scènes d’action digne des blockbusters, des films de SF, du Da Vinci Code (pape et jésuites), de James Bond, l’auteur fait en sorte de toujours rester à la limite de la sacro sainte ligne rouge à ne pas franchir, sous peine de perdre ses lecteurs dans le grand n’importe quoi.

Malgré tout, nous sommes dans la fiction : on se doute que jamais il n’arriverait une aventure pareille à une policière. Enfin, je l’espère !

Au moins, c’est un récit qui n’a pas des airs de déjà-lu ! Il est innovant, addictif, scientifique, oscillant sur le fil entre le réel et l’extra-terrestres, sans que jamais cela ne devienne exagéré.

C’est un récit imaginatif, brillant, bien pensé, bien écrit, intelligent, même si, pour ma part, je lui préfère « Régressions ».

Et comme toujours, derrière l’histoire un peu folle et à cent à l’heure (ou plus), il y a aussi un message que tout le monde lira, comprendra. Pas dit que les gens laisseront tomber les réseaux sociaux et tous les outils mis en place par les GAFAM et les NATU pour nous faciliter la vie et nous pomper notre temps de cerveau.

Un roman brillant qui nous fait aller au lit moins bête qu’avant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°82].

Les Tambours du dieu noir suivi de L’Étrange Affaire du djinn du Caire : Phenderson Djèli Clark

Titre : Les Tambours du dieu noir suivi de L’Étrange Affaire du djinn du Caire

Auteur : Phenderson Djèli Clark
Édition : L’Atalante – La Dentelle du cygne (15/04/2021)
Édition Originale : The Black God’s Drums (2018)
Traduction : Mathilde Montier

Résumé :
Louisiane. Années 1880. Tandis qu’une guerre de Sécession interminable démantèle les États-Unis d’Amérique, un complot menace

La Nouvelle-Orléans, territoire indépendant libéré de l’esclavage, au cœur duquel les Tambours du dieu noir, une arme dévastatrice jalousement gardée, attisent les convoitises.

Il faudra tout le courage et la ténacité de Jacqueline « LaVrille » – jeune pickpocket qui rêve de découvrir le monde –, ainsi que la magie ancestrale des dieux africains qui coule dans ses veines, pour se faire entendre et éviter le désastre.

Le Caire. 1912. Depuis une cinquantaine d’années, les djinns vivent parmi les hommes et, grâce à leur génie mécanique, l’Égypte nouvelle s’est imposée parmi les puissants. Ce qui ne va pas sans complications…

Pour preuve l’étrange affaire du djinn du Caire, que se voit confier Fatma el-Sha’arawi – agente du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles – quand un djinn majeur est retrouvé mort. Suicide ? Trop évident. C’est une machination diabolique que Fatma va mettre au jour.

Critique :
137 pages, pas une de plus et en 137 pages, l’auteur arrive à produire deux novellas d’excellente facture, à m’emporter dans une Nouvelle-Orléans steampunk et puis à me transporter au Caire, tout aussi steampunk, les djinns en plus.

Sans avoir besoin d’en faire trop ou d’en rajouter, l’auteur arrive sans mal à donner le contenance qu’il faut à ses personnages, à ses univers et produire deux scénarios bien mystérieux et addictifs.

Le premier récit uchronique, se déroulant à La Nouvelle-Orléans, nous met face à une Guerre de Sécession qui n’a pas cessé mais où l’esclavage a déjà été aboli dans cette ville indépendante.

L’héroïne, une jeune fille d’à peine 13 ans (Jacqueline, surnommée « LaVrille »), avait assez d’épaisseur pour prendre la plus grande partie de l’histoire sur ses épaules, n’en déléguant que peu à La Capitaine avec laquelle elle va vivre une histoire qui ne sera pas banale.

C’est un univers riche, peuplé de dieux, de magie vaudou, de confédérés dans la brume et de parlé créole. Celui-ci, écrit de manière phonétique, est parfois à lire à voix basse pour être mieux compris. Lorsque la capitaine parle de « dèd », il faut y lire « dead ». Rassurez-vous, pas besoin du dictionnaire Djadja (Aya Nakamura) pour comprendre.

Et dans cette Uchronie, c’est Napoléon qui a perdu face à Toussaint Louverture. Les Caraïbes sont des îles libres. Mais elles ont payé un lourd tribu suite à l’utilisation des Tambours du Dieu Noir.

En peu de pages, je me suis attachée à cette gamine débrouillarde qui vit avec la présence d’une déesse dans sa tête et qui bénéficie de ses visions. C’est une uchronie remplie de suspense, de mystère et d’une enquête dans la ville des Morts… J’ai adoré et le final n’est pas expédié, au moins.

La seconde, tout aussi uchronique, m’a envoyé sous la chaleur sèche du Caire, en compagnie de l’enquêtrice Fatma el-Sha’arawi, une agente du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles (sur une carte de visite, ça en jette).

Dans une ville musulmane, une femme qui s’habille comme les colons anglais (pantalon, chapeau melon et canne en métal) fait naître toute sorte de commentaires de la part d’une société patriarcale à fond. « Du temps de mon grand-père… » comme lui rappelle souvent son collègue. Mais on n’y est plus, du temps de ton papy, vieux coincé.

Face à la mort inexplicable et spectaculaire d’un djinn dans un quartier huppé de la capitale égyptienne, notre enquêtrice va devoir faire travailler son cerveau et bien s’entourer, si elle veut comprendre les morts tout aussi inexplicables qui vont suivre et le recrudescence des goules dans certains quartiers pauvres.

Ce que j’ai apprécié, dans ces univers uchroniques, c’est que ce sont les femmes qui sont les héroïnes, elles qui sont mises à l’honneur. Sans être des Tomb Raider sous anabolisants ou autres stéroïdes, elles utilisent leur cerveau, leurs connaissances, leur potentiel, n’hésitant pas à travailler en équipe.

L’univers de l’auteur est riche, malgré le peu de pages et on n’a aucun mal à y adhérer. Gaffe ensuite à ne pas se tromper et à penser que Napoléon a bien quitté les Caraïbes à grand renfort de coups de pieds dans le cul !

Deux novellas uchronique que j’ai pris plaisir à découvrir, tant le scénario, l’univers, les personnages, étaient bien étoffés, sans pour autant que l’auteur ait besoin d’en faire trop. En plus, il met bien les femmes en valeur, ce qui ne gâche rien !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°57].

Avec du sang sur les mains – Andrea Cort 00 : Adam-Troy Castro

Titre : Avec du sang sur les mains – Andrea Cort 00

Auteur : Adam-Troy Castro
Édition : Albin Michel Imaginaire (04/11/2020)
Édition Originale : With Unclean Hands (2011)
Traduction : Benoit Domis

Résumé :
Alors qu’elle était enfant, Andrea Cort a été témoin du massacre de ses parents.

L’instant d’après, dans la folie d’un génocide incompréhensible, car frappant deux espèces qui vivaient jusque-là en parfaite harmonie, elle a rendu coup pour coup.

Reconnue coupable de crime de guerre, elle est devenue la propriété perpétuelle du Corps Diplomatique où, très vite, elle s’est révélée être une enquêtrice particulièrement douée.

En effet, qui pourrait mieux comprendre les monstres qu’une des leurs ?

« Avec du sang du les mains » est la première enquête d’Andrea Cort. Elle débute à un moment où, complètement déboussolée, Andrea ne tient le coup qu’à la seule force de sa volonté.

Critique :
Voilà encore la preuve que la taille n’entre pas en ligne de compte avec la qualité du récit. Non, non, pas d’allusions sexuelles, ce n’est pas du tout mon genre (menteuse que je suis).

Andrea Cort a tout d’un Sherlock Holmes féminin, sauf qu’elle a du sang sur les mains, qu’elle se balade dans l’espace et qu’elle n’a pas un Watson à ses côtés.

Cette première enquête d’Andréa Cort nous fait découvrir son univers, sa personnalité hors du commun et sa manière de mener les enquêtes, même si dans la mission qu’on lui avait confiée, il n’y avait à priori, pas grand-chose à faire.

Andréa n’est pas une enquêtrice comme on en voit dans les autres romans policiers. Toute jeune, elle a assisté à un génocide où deux peuples se sont exterminés dans une rage folle et Andréa a été reconnue coupable de crime de guerre, puisqu’elle y a participé activement.

Ici, la science-fiction est reine et le polar est le prince consort, même s’il a un rôle important à jouer. Les deux se marient bien et ils virevoltent sans que l’une empêche l’autre de se déployer.

Bon, j’avais vu venir la couille dans le potage… Non pas qu’elle était flagrante, mais tout de même, je me doutais bien que ce qui me semblait anodin devait être important puisque le format court de cette novella interdit d’aller batifoler dans des choses futiles.

Ce qui a de bien avec ce format court, c’est qu’il permet à quelqu’un qui n’est pas familier avec les récits de SF de rentrer dans le genre sans s’investir dans une saga ou un pavé énorme.

Il permet de découvrir un autre univers, une nouvelle héroïne (anti-héroïne plutôt) et de se décider ensuite si ce sera « Stop » ou « Encore ».

Pour moi, c’est décidé, ce sera encore !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°XX] Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 84 pages).

Le mystère du tramway hanté : Phenderson Djèli Clark

Titre : Le mystère du tramway hanté

Auteur : Phenderson Djèli Clark
Édition : L’Atalante – La Dentelle du cygne (10/06/2021)
Édition Originale : The Haunting of Tram Car 015 (2019)
Traduction : Mathilde Montier

Résumé :
Égypte, 1912. Après L’Étrange Affaire du djinn du Caire, nous revoici en compagnie des agents du ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles, aux prises cette fois avec un spectre mystérieux qui a élu domicile dans un tramway du service public.

Tandis que dans les rues du Caire les suffragettes revendiquent haut et fort le droit de vote, l’agent Hamed Nasr et son nouveau partenaire l’agent Onsi Youssef devront délaisser les méthodes conventionnelles et faire appel à des consultantes inattendues (ainsi qu’à une automate hors du commun) pour comprendre la nature du dangereux squatteur de la voiture 015 et pour le conjurer.

Critique :
Qu’est-ce que ça donne, un tramway hanté dans une Égypte de 1912, libérée du joug britannique ?

Un tram jamais en grève ? Toujours en grève ? Gratuit ? Deux fois plus cher ? Non, non, rien de tout ça, c’est encore plus terrible…

C’est dangereux pour les voyageurs, alors on a envoyé Fox Mulder et Dana Scully…

Oups, erreur d’aiguillage : le Ministère égyptien de l’alchimie, des enchantements et des entités surnaturelles y envoie l’agent Hamed Nasr et son aidant, le jeune Onsi Youssef.

Voilà une novella comme je les aime : courte, mais bonne ! En 128 pages, tout est dit et tout est expliqué en peu de mots : l’univers magique d’une Égypte peuplée de djinns, grâce à l’action de al-Jahiz qui a ouvert une brèche vers l’outre-royaume des djinns.

Le décor est planté petit à petit, l’auteur nous donnant quelques détails tout en faisant bouger ses deux agents. Sans trop en faire, il arrive à en dire assez pour que l’on se sente à l’aise avec ce nouveau monde qui se trouve décrit sous nos yeux. Une Égypte qui bouge, grâce aux djinns et où les femmes réclament le droit de vote.

Malgré le fait que ce roman SF ne fasse que 128 pages, je ne pourrais pas me plaindre que le combat final avec l’entité qui hante le tramway soit expédiée en quelques lignes, comme ce fut parfois la cas dans des pavés de 600 pages.

Là, l’auteur est arrivé au bon équilibre : ni trop long, ni trop court. Parfaitement à la bonne longueur. Ce ne devient pas jamais lourd, ni trop précipité. Nos deux agents ont le temps de mener leur enquête et de tenter plusieurs exorcismes pour se débarrasser de la saloperie du tram 015, tout en nous expliquant différents folklores venant d’autres pays.

L’univers a beau être tinté de magie, de fantastique, de djinns, d’automates et autres créatures, il n’en reste pas moins ancré dans la réalité. Sans oublier une petite dose d’humour et une réflexion sur le contexte historique.

Ce fut une belle découverte.

Pour ce Mois Américain bizarre, je voulais lire des romans de SF ou se passant ailleurs qu’aux États-Unis, voilà deux cases de cochées avec cette novella.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°33].