Société noire : Andreu Martin

Titre : Société noire

Auteur : Andreu Martin
Édition : Asphalte (13/10/2016)

Résumé :
Les triades ne sévissent pas qu’en Chine : elles se déploient aux États-Unis et en Europe.

Seule Barcelone se croit encore épargnée. À tort, selon l’inspecteur Diego Cañas. Il charge son indic Liang, un Sino-Espagnol né à Hong Kong, d’infiltrer pour lui la très discrète mafia chinoise.

Un mois plus tard, on retrouve au petit matin la tête d’une femme sur un capot de voiture.

Un crime atroce qui porte la marque des maras, ces gangs ultra-violents d’Amérique centrale.

Mais Cañas est convaincu que l’affaire est liée, d’une façon ou d’une autre, à son enquête sur les triades. Reste à le prouver à ses supérieurs…

Critique :
Les triades… Vaste programme ! Et contrairement à ce que certains pourraient penser : Non, une triade ce n’est pas un acte sexuel à trois !

La légende dit que la première Triade aurait été fondée par des moines bouddhistes du célèbre monastère  de Shaolin afin de se venger du massacre des leurs perpétrés par l’empereur de la dynastie Qing.

— De l’opium ? Non. Les Chinois détestent l’opium. Les Anglais l’ont introduit en Chine pour couler l’Empire. Ils ont provoqué deux guerres de l’opium. Non, pas ça.

La société noire dont nous parle ce roman fait donc référence aux triades chinoises et à leur main mise sur une partie de la population.

— Interpol a dit un jour que les triades ressemblent à un immeuble dans lequel les habitants d’un étage ne savent pas où se trouve l’escalier pour gagner les autres, a-t-il répondu.

Tout les pays sont gangrénés par les triades chinoises ! Tous ? Non, la ville de Barcelone résiste encore et toujours à l’envahisseur… Enfin, la ville croit qu’elle y a échappé, mais les vers sont déjà dans le fruit et ce n’est plus q’une question de jours avant que leurs tentacules ne se referme sur la ville et sur son port.

Quand on se fait éponger sa dette par des capitaux chinois, on se doute qu’il n’en ressortira rien de bon puisque les créanciers tiennent le pays par les couilles. Tout le monde se doute que c’est de l’argent sale, mais aux grands maux les grands remèdes et puis, on sait que les banques ne se gênaient pas pour accepter le fric des dictateurs ou mafiosi.

— Le gouvernement chinois a racheté la dette extérieure de l’Espagne, a repris Mora Mogán en changeant de ton. Tu le sais, ça ? Dans les cinq mille millions d’euros. Tu sais ce que ça veut dire ? Eh bien, qu’ils ont acheté l’Espagne, tout simplement ; ce sont donc eux qui commandent. On va pas aller mordre la main qui nous nourrit !

Les hommes écoutent généralement avec beaucoup plus d’attention quand on leur parle en leur serrant les couilles. 

— Cañas… On traverse une crise terrible qui est à deux doigts de foutre ce pays en l’air. Si nous pouvons nous en sortir moyennant pots de vin, commissions, requalifications, magouilles et tripatouillages, tu crois qu’ils ne vont pas le faire ? Si le trafic d’armes, de drogue, de femmes et d’enfants ou de n’importe quoi d’autre peut apporter des liquidités aux banques, tu crois qu’elles vont dire : “Non, s’il vous plaît, on veut seulement de l’argent propre” ? Putain, dans quel monde est-ce que tu vis ?

Voilà un roman noir comme je les aime : une construction narrative qui fait des allers-retours entre le présent (après le braquage) et le passé (avant le braquage), en proposant plusieurs points de vue différents selon le narrateur, avec des personnages forts, très réalistes, possédant des côtés obscurs assez prononcés et pouvant y sombrer très facilement après quelques coups durs.

Entre l’inspecteur Diego Cañas, obsédé par les triades chinoises et qui se débat avec les problèmes que lui cause sa gamine de 15 ans; avec Juan Fernández Liang, jeune homme sino-catalan qui se veut plus chinois que les chinois et qui rêve de se faire le max de fric, aidé de son ami de toujours, l’escroc misogyne et raciste qu’est Pardales; la tête de dragon que pourrait être monsieur Soong, sans oublier la plongé dans l’univers obscurs des triades chinoises et des mareros (gangs latinos), pas le temps de s’embêter.

La Chine a une frontière avec le Triangle d’Or et le Croissant d’Or. L’héroïne est là-bas, ils n’ont qu’à tendre la main. Ce serait bien la première mafia à tourner le dos au trafic de drogue alors qu’elle en a à sa portée. La mafia italienne a elle aussi commencé par résister au trafic de drogue aux États-Unis avant de finir par se lancer dedans à corps perdu. Trop d’argent en jeu, trop facile. Il suffit qu’ils se sentent un peu sûrs d’eux, forts et invulnérables…

Un roman noir qui dévoile tout un pan social peut reluisant de la cité de Barcelone, avec ses ateliers clandestins remplis de Chinois qui doivent bosser toute la sainte journée et même plus, afin de rembourser le voyage payé par les triades, leurs banques clandestines, le racket des commerçants chinois, des crimes atroces…

Un roman noir qui possède son propre rythme, ses propres codes, des personnages attachants ou du moins, déroutants, avec de l’humour noir, de l’action, un braquage qui ne sera pas à l’italienne ou à l’anglaise, des cadavres qui se ramasseront à la pelle, des têtes décapitées et déposées sur le toit d’une voiture et une atmosphère digne des meilleurs romans noirs avec ces ghettos, ces habitants désœuvrés et sa pègre.

Au petit matin, sous une pluie qui tombe sans répit depuis le dimanche, on découvre une tête de femme sur le toit d’une Lexus garée rue Joan Güell, dans le quartier de Sants. Une tête volumineuse, les chairs flasques, les joues affaissées, un double menton évoquant un goitre, des lèvres entrouvertes et épaisses, un œil ouvert et une paupière tombante, des cheveux clairsemés collés au crâne, le tout d’une couleur céruléenne, irréelle.

Un roman noir qui nous explique les codes, la manière de recruter, d’agir, les origines des sociétés, les dessous des sociétés telles que les triades ou les maras, deux groupes qui ne gagnent pas à être croisés ! La misère n’engendrant rien de bon, les maras poussent dessus comme des mauvaises herbes sur du terreau enrichi d’engrais.

— Qu’est-ce que les mareros veulent obtenir par ce comportement ?
— Implanter la terreur, pour avoir le pouvoir. La police de là-bas ne sait pas comment les en empêcher. Les flics manquent de moyens et ils sont mal payés. Si les maras gagnent la première manche, elles gagneront probablement toutes les autres.

— De la misère, dit-il comme une sentence. Des ghettos, où les pauvres n’ont aucune issue valable. Tu as dû entendre dire que, au Guatemala, au Salvador, au Honduras, les riches sont très riches et les pauvres, très pauvres ? Eh bien, dans leur cas, pauvre, c’est extrêmement pauvre. Tu n’imagines pas. La misère la plus absolue, la faim, la vie dans la rue. Ils n’ont pas accès aux études, et ils n’ont aucun espoir de travail non plus. On appelle ça des desperados, aux États-Unis. Et surtout, ils sont remplis de rancœur, ils sont chargés de haine, ils savent qu’ils n’ont rien à perdre. Qu’ils sont nés en ayant déjà tout perdu. Ils viennent de quartiers imprégnés d’un machisme sauvage, où les hommes engrossent les femmes et se désintéressent de leurs enfants, car ils ne peuvent pas s’en occuper non plus, ils n’ont pas de quoi les faire vivre.

Un roman noir profond qui n’a qu’un seul défaut : un peu court… On aurait pu encore en dire bien plus !

Tant que je suis vivant, la mort n’existe pas, et quand la mort arrivera, je ne serai plus là. 

Il y a cinquante ans, tout le monde fumait. Et il n’y avait pas autant de gens qui mouraient du cancer. Aujourd’hui, beaucoup de monde en meurt, mais ce n’est pas seulement à cause du tabac. C’est à cause de ces saloperies qu’on mange, les colorants, les additifs, les graisses ajoutées, les OGM et toute cette merde. Et de la fumée empoisonnée qui sort des pots d’échappement. C’est ça qui provoque la plupart des cancers, mais l’industrie alimentaire est très puissante : même si on nous persuadait de manger sainement, on ne pourrait pas, et comme on ne va pas rester sans manger ni conduire nos petites voitures polluantes, ils s’entêtent à tout mettre sur le dos du tabac.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge du « Mois Espagnol » chez Sharon (Mai 2017).

 

J’ai été Johnny Thunders : Carlos Zanon

Titre : J’ai été Johnny Thunders

Auteur : Carlos Zanon
Édition : Asphalte (03/03/2016)

Résumé :
Barcelone, de nos jours. Ancien guitariste de rock, Francis revient dans le quartier où il a grandi, où il a noué ses premières amitiés et surtout où il a découvert le rock. Sauf qu’il a désormais la cinquantaine bien tassée et, sans le sou, il doit retourner vivre chez son père.

Francis a brûlé la chandelle par les deux bouts, avec pour seul principe de profiter de la vie, jusqu’à perdre plusieurs de ses proches dans la spirale de la toxicomanie.

Mais Francis a un plan en tête. Retrouver une vie normale, trouver un job qui va lui permettre de payer ses pensions alimentaires en retard, renouer avec ses enfants, rester à l’écart de la drogue – qu’il a arrêtée depuis peu -, mettre un peu de fric de côté…

Et aussi revoir sa petite soeur adoptive, afin qu’elle l’aide à se remettre en selle. Mais celle-ci fréquente un certain don Damiàn, le parrain du quartier, qui a la main sur tous les trafics…

Le retour à la réalité se révélera compliqué pour Francis, aux prises avec les démons de son passé, mais aussi avec la nostalgie d’une vie faite de musique, de passion, de sueur et d’excès.

Critique :
« Si à 50 ans t’as pas encore percé dans le rock, alors, t’as raté ta vie ! » Cette citation s’appliquerait à merveille à Francis, plus connu sous le nom de Mr Frankie, à l’époque où il était guitariste.

Enfin, niveau heure de gloire, à part avoir fait un concert avec Johnny Thunders à l’époque où il avait tout d’une loque imbibée d’alcool et de drogue et tenait à peine sur ses quilles.

Johnny Thunders ?? C’est bien beau tout ça, mais c’est qui, lui ? Wiki m’apprend qu’il a fait partie du groupe  The New York Dolls, qu’il quitta en 1975 en compagnie du batteur Jerry Nolan, pour fonder le groupe The Heartbreakers. Heu…

Heureusement que You Tube m’a rafraîchit la mémoire avec « Born to lose » que je connaissais, effectivement.

Frankie est un looser de première classe ! « Born to lose » pourrait s’appliquer parfaitement à lui. Il a 50 balais, est de retour chez son père, petit pensionné qui ne s’en sort déjà pas et traine un passé peu glorieux.

Frankie est un ancien junkie, un alcoolo, un type qu’a pas fait grand-chose de sa vie, même avec sa guitare, qui est divorcé avec deux fils qu’il n’a même pas vu grandir et une pension alimentaire qu’il est incapable de payer.

La Barcelone décrite dans ses pages n’a rien pour faire rêver ! Ses quartiers populaires sont hantés par des types louches, des dealers, des voleurs, des gangs, ou par des gens qui sont obligé de faire les poubelles des supermarchés pour bouffer.

Avec un roman noir qui a reçu le prix Dashiell Hammet entre les mains, où tous les ingrédients d’un petit noir corsé étaient réunis (bandits, voleurs, quartiers malfamés, bars louches, boites de nuit encore plus louches, magouilles et compagnies, nenettes super bien roulées, came, individus peu fréquentables, sexe, cocus, amants, drogues, pédophilie, musique et riff d’enfer, pauvreté, misère,…) assurément, la lecture ne pouvait qu’être bonne.

Elle le fut, assurément, au début, et puis, vers le milieu, j’ai décroché sévère, passant des lignes, des paragraphes, des pages., les personnages pourtant bien typés me laissant indifférente à leurs aventures merdiques, à leurs combines et même l’égoïsme crasse de Francis m’a laissée de marbre à ce moment là.

Sur la fin, là j’ai repris du poil de la bête et tout est repartit comme sur un bon rock endiablé.

Malgré tout, vu ce long passage qui m’a endormi pire qu’un reportage sur la vie sexuelle des escargots de Bourgogne, ma lecture qui s’annonçait palpitante et corsée me laisse un goût amer en bouche.

Je m’attendais à mieux comme roman noir social, ou alors, lui et moi on n’était pas fait pour se rencontrer et jouer ce morceau ensemble…

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge du « Mois Espagnol » chez Sharon (Mai 2017) – Auteur Espagnol.

L’aiguille dans la botte de foin : Ernesto Mallo

Titre : L’aiguille dans la botte de foin

Auteur : Ernesto Mallo
Édition : Payot et Rivages (2009)

Résumé :
« Perro » (le chien) Lascano est officier de police à Buenos Aires. C’est un policier intègre, position difficile à tenir dans l’Argentine de la dictature. Profondément affecté par la mort de sa femme, il se réfugie dans le travail.

Un matin, il est envoyé près du Riachuelo, où trois cadavres ont été signalés : un jeune homme et une jeune femme dont les crânes ont explosé sous l’impact des balles, marque caractéristique des méthodes « d’exécution » des militaires.

L’autre corps présente un aspect sensiblement différent ; il s’agit d’un homme bedonnant, d’âge mûr, dont la tête est intacte. Une tache de sang dessine une fleur sur sa chemise. Comme le dit Fuseli, le médecin légiste, « les morts parlent à ceux qui savent les écouter ».

Lascano va s’efforcer de faire parler ce troisième cadavre, mais ce ne sera pas chose facile dans un pays où des hommes aigris et dangereux comme le major Giribaldi font régner la terreur.

Critique :
Dans les années septante (70), il ne faisait pas bon être en Argentine… À tout moment, vous pouviez vous faire arrêter, torturer, abattre, violenter… Plus, si affinités.

Encore moins facile d’être un flic intègre dans cette Argentine corrompue, dans cette ville de Buenos Aire gangrenée par la dictature et la junte militaire.

Le commissaire Perro Lascano crève de douleur : sa femme Marisa est décédée et il traine son cafard, son ennui, voit la nuit le fantôme de la femme qu’il aimait.

Le pays crève, le pays a mal, les gens n’osent rien dire, il ne fait pas bon être de Gauche là-bas, il ne fait même pas bon d’avoir des idées.

— Vous n’auriez pas tendance à pencher à gauche, par hasard ?
— À gauche ? Non, j’essaie toujours de me tenir bien droit.
— Tôt ou tard, votre ironie vous perdra.

La preuve, au sujet des trois morts : Lascano sait que les deux tués d’une balle dans la tête, c’est l’armée, on n’enquête pas là-dessus ! Mais l’autre, là, le mec tué d’une balle dans le ventre, c’est pas un coup des militaires…

Au travers de plusieurs personnages, l’auteur nous plonge dans l’Argentine qui n’est pas celle des cartes postales, dans un pays où des tas de gens disparaissent pour un oui ou pour un non, où tout est corrompu, où l’on ne peut faire confiance à presque personne car les gens intègre, il y en a peu.

Les personnages sont au bout du rouleau, abîmés, usés, sympas (Lascano), drôles et honnêtes (le médecin légiste Fuseli), jaloux, ambitieux, avides, cupides, frustrés, corrompus, salauds (Giribaldi & Amancio), pourris ou cupide (Horatio & Biterman)…

— À nous deux jeune homme, par où elle est entrée cette balle ?… Mmh, il est là le petit trou, c’est par là que la mort est entrée et que la vie en a profité pour s’échapper par la porte laissée grande ouverte… 

Et tout est bon pour arriver à ses fins, que ce soit le vol, les meurtres, ou étouffer l’affaire du commissaire Lascano.

Sans devoir en faire des tonnes, Ernesto Mallo nous brosse leurs portraits en quelques paragraphes, résumant ainsi leurs passés qui donna naissance à leurs caractères et qui ont contribué aux actes commis par eux.

L’enquête est aussi un bon prétexte pour l’auteur de nous en apprendre plus sur cette période noire des années 70 (on est en 79) qui laissera des cicatrices dans le pays et des gens qui chient dans leur froc en voyant des bérets verts ou des képis de flics.

Par contre, je ne sais pas si c’est une maladie chez les auteurs sud-américains, mais Ernesto Mallo fait la même chose qu’Edyr Augusto avec ses dialogues : pas de tirets cadratins devant les phrases, pas de guillemets, le dialogue brut, avec les phrases l’une à la suite de l’autre.

En attendant j’ai un petit rouge de première et un carré de côtes de porc aux ananas cuit au four, et ce serait idiot de ne pas le partager. On attaque ? Tu t’es lavé les mains après le boulot ? T’es pas bien ? Ça ajoute du goût. [Dialogue entre le  légiste Fuseli et le commissaire Lascano].

Eh bien, je connais en ce moment quelques difficultés financières. Et comment s’appellent ces difficultés ? Environ cinq cent mille. Ce n’est plus ce que j’appelle des difficultés. [Dialogue entre Amancio et le major Giribaldi].

On l’a enfin descendu. Comment vous le savez ? S’il était mort de la grippe vous ne seriez pas ici. Vous savez qui aurait pu avoir des raisons de l’assassiner ? Oui. Qui ? Moi… et la moitié de l’annuaire téléphonique. Ce type était un pourri.

Mais ici, c’était plus clair que chez Edyr Augusto car il y avait un espace avant les dialogues et ils étaient en italiques, et sans descriptions dedans, ce qui a rendu la lecture plus facile que dans « Pssica ».

Une lecture d’où l’on sort groggy car tout est sombre, sordide, malsain, morbide, dangereux. Mais j’aimerais retrouver mon flic intègre dans une autre de ses aventures parce que j’ai apprécié Lascano et son mal-être qu’il noyait dans le travail ou lieu de le noyer dans l’alcool.

Ne pas aimer de peur d’avoir à en souffrir, c’est comme vivre en ayant peur de mourir. 

Bref, rien de joyeux dans ce polar noir de chez noir, sans sucre, sans édulcorants, sombre, cynique,… En fait, il raconte la vérité, et c’est ça qui fait encore plus mal car la fiction sera toujours en de-ça de la réalité.

♫ Don’t cry for me Argentina ♪
♪ The truth is I never left you
♪ All through my wild days ♫
♪ My mad existence ♫
♪ I kept my promise ♪
♪ Don’t keep your distance ♫

PS : j’ai ajouté les tirets cadratins à un dialogue qui a lieu entre le Dr Fuseli, le légiste, et le salopard de major Giribaldi. Nous sommes en 1979, mais rien  n’a changé.

— Vous ne prenez pas en compte les raisons qui ont conduit à cette révolte et vous vous limitez à combattre les symptômes avec la méthodologie la plus rigoureuse que j’aie jamais vue.
— Et quelles seraient ces raisons ?
— La cause c’est le peuple, major. Les peuples ont tendance à virer à gauche lorsqu’ils n’ont plus rien.
— Et pourquoi cela ?
— Parce que la gauche promet une répartition des richesses plus équitable. Et quelle que soit cette répartition, ils vivront toujours mieux que par les temps qui courent. Celui qui n’a rien a tout à gagner, celui qui possède court toujours le risque de tout perdre. Prenez le cas des barbares.
— Qu’est-ce que les barbares ont à voir là-dedans ?
— Les barbares se fichaient de la propriété, ils se foutaient d’avoir une maison, un château, des richesses. Cela les aurait obligés à changer de style de vie pour utiliser leur temps et leurs forces à défendre ce qu’ils possédaient. Tout ce qui les intéressait c’était les assauts, les mises à sac, les viols, les incendies. Mais les peuples ne sont pas des barbares, ils cherchent avant tout leur intérêt. Si vous ne leur donnez rien, alors ils deviennent des barbares, mais dès qu’ils se font une place au soleil, ils deviennent de vrais bourgeois. Donc, la nécessité pousse les gens vers la gauche, alors que la satisfaction les entraîne vers la droite.
— Pour être franc, je ne vous suis pas.
— Cette problématique, major, on l’aborde suivant deux angles bien distincts. D’un côté, il y a l’ennemi en armes, que vous affrontez à coups de lois et en faisant appel à la justice et, si besoin est, en ayant recours aux armes. D’un autre côté, il y a le peuple, et pour que la subversion ne prenne pas il faut leur donner quelque chose en échange, des valeurs, des biens qu’ils puissent se payer et qu’ils aient envie de défendre. Les citoyens veulent tout simplement vivre décemment : manger tous les jours, éduquer leurs enfants et partir en vacances à l’occasion.
— Moi, j’ai l’impression que vous mélangez tout.
— C’est justement parce que tout est réellement lié. Vous ne vous rendez pas compte que l’heure n’est pas à la contemplation, mais à l’action ? Le temps, voilà précisément le facteur que vous ne prenez pas en compte. Et le temps, qu’est-ce qu’il a à voir maintenant ? Le temps passe, les situations évoluent et les erreurs que vous commettez aujourd’hui vont vous exploser au visage un jour ou l’autre. Vous pouvez en être sûr.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge du « Mois Espagnol » chez Sharon (Mai 2017) – Auteur Argentin.

Rien ne se perd : Cloé Mehdi

Titre : Rien ne se perd

Auteur : Cloé Mehdi
Édition : Jigal polar (01/05/2016)

Résumé :
Une petite ville semblable à tant d’autres… Et puis un jour, la bavure… Un contrôle d’identité qui dégénère… Il s’appelait Saïd. Il avait quinze ans. Et il est mort… Moi, Mattia, onze ans, je ne l’ai pas connu, mais après, j’ai vu la haine, la tristesse et la folie ronger ma famille jusqu’à la dislocation…

Plus tard, alors que d’étranges individus qui ressemblent à des flics rôdent autour de moi, j’ai reconnu son visage tagué sur les murs du quartier. Des tags à la peinture rouge, accompagnés de mots réclamant justice !

C’est à ce moment-là que pour faire exploser le silence, les gens du quartier vont s’en mêler, les mères, les sœurs, les amis…

Alors moi, Mattia, onze ans, je ramasse les pièces du puzzle, j’essaie de comprendre et je vois que même mort, le passé n’est jamais vraiment enterré ! Et personne n’a dit que c’était juste…

Critique :
Si « Inspecteur la bavure », avec Coluche dans le rôle, était très drôle, quand un policier commet une bavure, c’est tout de suite moins drôle, surtout s’il a confondu le crâne d’un gamin de 15 ans avec une citrouille à exploser…

C’est ce qui est arrivé à Saïd, 15 ans, récidiviste au casier déjà chargé, lors d’un contrôle d’identité. Un flic a pété les plombs et bardaf, ce fut l’embardée. Il ne fut pas condamné.

[…] l’erreur est humaine à ce qu’on raconte. Le seul problème c’est qu’elle est tolérée pour certains et pas pour d’autres, et toujours les mêmes.

Ce fait divers horrible, Mattia, notre narrateur de 11 ans ne l’a pas vécu, il n’était pas né, et ensuite, ce fut une chape de plomb sur cette affaire. Mais ça l’intrigue, surtout depuis que des tags « Justice pour Saïd » éclosent sur tous les murs.

L’auteure nous a écrit un roman terriblement noir avec pour narrateur un jeune garçon qui a vu son père interné en HP (pas Harry Potter) où il a fini par se suicider, où il a vu sa famille se disloquer et sa mère le confier à un jeune homme de 24 ans, Zé, lui même au passé plus que lourd qui vit avec une copine aux tendances plus que suicidaires.

L’ambiance est lourde, plombée, dans cette citée qui a vécu des émeutes et la mort d’un de ses enfants. Certes, ce n’était pas un enfant de coeur, mais sa mort était purement gratuite et le coupable n’a pas été châtié, ce qui fait que la rancœur est toujours là.

Un air de déjà-vu, non ? Quand une bavure est l’étincelle qui fait exploser les barils de poudre… Terriblement contemporain.

Les portraits des personnages sont forts, réalistes, et les détails sur leur passé seront distillés avec parcimonie, divulgués au fur et à mesure des découvertes de Mattia, notre jeune garçon qu’on aurait envie de serrer dans nos bras tant il est émouvant à se protéger derrière des murs érigés dans sa tête.

Quitte à terminer ses jours dans une prison, autant choisir soi-même la nuance des briques et la qualité du ciment.

Mattia voudrait être invisible, mais pourtant, il est très présent dans ces pages, à tel point qu’une fois le roman refermé, il vit toujours parmi nous et on aimerait presque que l’auteure nous donne de ses nouvelles, de temps en temps.

Toute sa vie n’est que souffrance, celle des autres aussi : les gens de la cité, sa sœur, sa mère, dans la famille de Saïd,… Pourtant, malgré cette ambiance plombée et triste dans laquelle évolue nos personnages, on se trouve face à un récit enthousiasmant, si je puis dire, tant il apporte des émotions fortes à son lecteur.

On pourrait dire que ce roman, c’est un semi-remorque d’émotions qu’on se prend dans la gueule, ce sont des vies disloquées, éparses, des gens blessés qui tentent de panser leurs plaies vaille que vaille, en comptant sur la présence de certains pour les soutenir, pour les aider à avancer dans le chemin de la guérison.

« À 19 heures on passe à table. Gabrielle invite les travailleurs sociaux à se joindre à nous. Titre du documentaire : « La famille dysfonctionnelle dans la vie quotidienne ». Ça pourrait même faire une bonne émission de télé-réalité. J’imagine le pitch : Un meurtrier passionné de poésie, une dépressive suicidaire et un enfant perturbé tentent de vivre ensemble au-delà de leurs différences, mais les services sociaux s’en mêlent. Zé, Gabrielle et Mattia parviendront-ils à faire illusion et à déjouer la menace ? »

Il y a des tas de messages importants dans ses pages, des messages sur lesquels on devrait méditer afin de trouver des solutions pour que cela n’arrive plus à l’avenir…

Un roman noir fort, sombre, rempli d’émotions à l’état brut, de vies éclatées, de vies suicidées, de vies en lambeaux, des personnages réalistes, flamboyants, qui tentent de s’en sortir comme ils peuvent, eux que la vie a fracassé et laissé en miettes.

Un roman qui m’a emporté et qui m’a laissée sans voix, sans mots pour exprimer ce que je ressens vraiment après sa lecture. Pas grave, d’autres en parlent mieux que moi.

PS : cette citation m’a fait penser à quelqu’un qui a été mis sous le feu des projecteurs pour suspicions d’emploi fictif…

C’est ça qui est fou chez lui, sa capacité à réciter les pires conneries sans avoir la décence de paraître gêné.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

Fin de ronde : Stephen King

Titre : Fin de ronde

Auteur : Stephen King
Édition : Albin Michel (08/03/2017)

Résumé :
Dans la chambre 217 du Service des Traumatismes Crâniens de la région des Grands Lacs, quelque chose vient de se réveiller. Quelque chose de Maléfique.

Brady Hartsfield, auteur du massacre à la Mercedes où huit personnes ont été tuées et bien plus gravement blessées, a passé cinq années dans un état végétatif à la Clinique des Lésions Cérébrales Traumatiques.

Selon ses docteurs, il est très peu probable qu’il récupère complètement. Mais, derrière la bave et le regard vide, Brady est réveillé, et en possession de nouveaux pouvoirs mortels lui permettant de faire d’immenses dégâts sans avoir à quitter sa chambre.

Critique :
Le deuxième tome de cette trilogie policière m’avait laissé sur ma fin, alors j’attendais beaucoup du troisième…

Surtout au vu du final dans le tome 2 qui laissait présager le grand retour d’un Grand Méchant : Brady Hartsfield himself, le tueur à la Mercedes.

Ce fut un réel plaisir de me retrouver en compagnie de mes vieux copains, Bill Hodges, l’ancien policier à la retraite devenu détective privé et son associée, Holly Gibney.

Les chapitres sont courts, rythmés, on ne s’endort pas sur son roman et il y a du suspense avec le graaaaand retour de Brady, le légume de la section des comateux, qui n’a plus l’air de trop baver on dirait…

Paraît même que des z’objets se sont mis à bouger de manière totalement étrange, comme mus par la seule force de la pensée de Brady, le tueur devenu légume. Rumeurs folles ou vérité ?

Yes, le King est de retour avec des éléments fantastiques ! Et en plus de nous faire entrer de plein-pied dans cet élément qui a fait sa renommée, il nous glisse aussi des petites piques et des avertissement sur certains dangers de notre société, notamment les réseaux sociaux utilisés à tort et à travers. C’est bien le King comme je l’aime !

Notre tueur parasite de retour, ça fait plaisir car c’était un méchant sadique bien réussi et il m’avait donné des sueurs froides dans le premier tome. Son esprit est toujours aussi retors et son retour est flamboyant.

Oui mais… Parce que oui, il y a un mais dans toute cette allégresse : il manque un je-ne-sais-quoi au roman qui fait que cette lecture ne m’a pas hypnotisée, captivée comme elle aurait dû le faire. M’agripper, comme certains romans du King ont fait avec moi.

Alors quoi ? Problème dans mon cerveau à cause des flash bleus qui n’ont pas fonctionné ou alors je n’avais pas le bon modèle de vous-savez-quoi avec les poissons roses ? Mon esprit serait-il immunisé contre les ondes du parasite Brady et donc, par analogie, mon cerveau aurait-il refusé le scénario du King ?

Le bât a blessé quelque part, il manque un truc dans le roman car  je n’étais pas si pressée que ça de le finir, alors que d’habitude, quand le suspense est là, je me rue dessus, je le bouffe, le dévore, je le cannibalise, je ne lâche plus. Et ici, je l’ai lâché quelques fois sans problèmes.

Attention, je dis pas que c’est de la merde, loin de là, ni que je n’ai pas apprécié ma lecture, d’ailleurs, j’ai trouvé cet opus meilleur que le tome 2, mais ça manquait d’un peu plus de peps, de sel, d’un truc piquant, comme seul le King sait faire.

Malgré tout, je le recommande, car l’écriture du King fait toujours mouche, il sait soigner ses personnages et ses intrigues aux petits oignons, sans jamais rien laisser au hasard, même dans les détails insignifiants. C’est là que le diable se cache, dit-on.

Surtout qu’ici, nous avons souvent une longueur d’avance sur l’enquête, sur ce que sait Bill Hodges et ça rend les choses encore plus terrifiantes quand on les voit venir, quand on y assiste…

Et puis, qui sait, votre cerveau sera peut-être plus enclin à se laisser parasiter par le plan dément de ce salop*** d’encu** de fils de pu** de Brady !

3,9/5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Dompteur d’Anges : Claire Favan

Titre : Dompteur d’Anges

Auteur : Claire Favan
Édition : Robert Laffont – La Bête Noire (16/02/2017)

Résumé :
On ne choisit pas sa famille.
Encore moins celle de son ravisseur…

Condamné pour un meurtre qu’il n’a pas commis, Max Ender a été jeté en pâture à ses codétenus par ceux-là même censés assurer l’ordre et la discipline au sein de la prison. Lorsqu’il est reconnu innocent et libéré, ce n’est plus le même homme.

Il n’a désormais plus qu’une seule idée en tête : se venger de cette société qu’il hait par-dessus tout.

Critique :
Jamais de la vie je n’irai demander une dédicace à Claire Favan dans un salon du livre ! J’aurais bien trop peur de me faire enlever, torturer, martyriser, embrigader, décapiter, écarteler, éviscérer ou pire, si affinités !

Non mais ho, je me méfie d’elle, moi, après avoir lu quelques uns de ses romans mettant en scène des espèces de psychopathes qui, de près, ressemble à des gens comme elle et moi.

D’ailleurs, si ça se trouve, madame Favan écrit depuis une prison de haute sécurité, dans le quartier des pervers psychopathe où tout le monde porte une muselière. Tiens, c’était peut-être elle qui buvait son repas à côté de moi à la cantine, hier midi…

Le gentil Max Ender avait tout pour avoir une petite vie tranquille et peinarde, lui qui n’était pas spécialement pourvu d’un cerveau éveillé mais qui savait manier ses dix doigts pour bricoler tout et n’importe quoi.

Hélas, une condamnation injuste et un comportement vachard de la part des matons va en faire une bête féroce à sa sortie de prison, lavé du crime pour lequel on l’avait injustement embastillé.

[…] c’est que s’ils ont fait emprisonner un innocent, c’est un être assoiffé de vengeance et ivre de haine envers la société qu’ils contribuent à libérer.

Max, Max… Mais putain, on n’a pas idée d’une vengeance aussi horrible ! C’est abusé, ce que tu as fait, mon petit Max et là, je ne suis plus d’accord avec toi. Quelques soient les sévices qu’on t’a infligé, à tort, tu n’avais pas à aller aussi loin.

« Qu’est-ce que vous auriez fait à la place de Max, vous ? » Et bien moi, je me serais vengée toute seule comme une grande, ou alors, j’aurais engagé des tueurs à gages, des petites frappes, mais jamais je n’aurais corrompu des gamins comme Max l’a fait, déléguant ainsi sa vengeance et semant le chaos et la destruction sur son passage, certaines morts étant purement gratuites.

La construction de l’histoire fait un peu penser à un Columbo : le lecteur sait beaucoup plus de choses que les flics et l’agent du FBI mais il ne sait pas comment l’agent Caldwell va remonter la piste de Max Ender et de ses tueurs ou tout simplement s’il va y arriver…

Ni comment une certaine personne va s’en sortir alors qu’elle est engluée dans une toile d’araignée de mensonges, de dissimulations et qu’a chaque moment elle peut se faire découvrir… Là, j’ai eu des palpitations.

Le défaut de ce roman sera sans contexte son résumé qui en dit trop sur l’histoire et à cause de lui, durant toute la première moitié du roman, je me suis demandée qui allait trahir ! Un autre moment qui m’a déplu, c’est les dialogues durant jeu de séduction et pendant une partie de jambe en l’air entre deux personnages.

Ce n’est pas un exercice facile que d’écrire une scène de séduction ou de sexe, et rare sont celles qui sonnent « justes » et pas trop mielleuses, mais je ne vais pas pinailler là-dessus, vu que tout le reste est aux petits oignons.

Entre nous, j’ai adoré les petits clins d’œil de madame Favan à l’égard de certains de ses collègues écrivains, notamment Olivier Norek et Nicolas Lebel qui se retrouvent à jouer dans une série télé; ou avec un officier du FBI du nom de Jacques Sausser (Jacques Saussey, qui l’a aidé pour le roman) et un certain Daniel Mehrlicht et un Victor Coste en voyage de flics retraités (personnages de Nicolas Lebel et d’Oliver Norek) !

— […] seuls Daniel Mehrlicht et Victor Coste sont encore là. […] Et Mehrlicht et Coste sont deux policiers en retraite venus dans le coin pour pêcher.

Nick Lebel est penché sur le lit d’hôpital de son ex-femme qu’il aime encore désespérément malgré leurs incessantes disputes. En retrait, son coéquipier et meilleur ami, Oliver Norek, lui promet qu’il va retrouver le fumier qui a fait ça. 

Un roman que j’ai dévoré en peu de temps, entrant dans le vif du sujet directement, souffrant avec ce pauvre Max de son emprisonnement et le voyant, horrifiée, se transformer en « endoctrineur » que ne renierait pas les groupements terroristes car notre homme est comme eux : il vomit sur la société, mais il continue de vivre dedans et d’en profiter ! Elle n’est qu’un prétexte pour dresser ses jeunes recrues.

Il savait bien qu’une idée implantée et martelée indéfiniment finirait forcément par pénétrer leurs jeunes esprits, isolés et fragilisés.

— La société, c’est juste l’excuse qu’il a utilisée pour nous retourner le cerveau, comme d’autres utilisent Dieu, assène Cameron.

Pas de temps mort, des moments durs, c’est le genre de roman déconseillé aux personnes sensibles, des personnages bien campés, une écriture agréable à lire, des situations plus tendues que la ficelle d’un string et de la sueur entre les omoplates pour un personnage et le lecteur.

Niveau suspense et passages difficiles, nous sommes servis car ce n’est pas toujours gai de voir un enfant se faire battre et endoctriner, et il est encore pire de le voir changer et devenir un démon, alors qu’il avait tout d’un petit ange.

Anybref, j’ai vraiment passé un excellent moment avec le dernier roman de la terrible Claire Favan et je me suis même attachée à un personnage alors qu’il n’a rien d’un ange.

De plus, le titre était bien trouvé et la couverture aussi : une cage avec des plumes, comme si deux oiseaux s’étaient battus et on remarquera même un des barreaux de la toute petite cage qui est cassé.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

La Vallée des ombres : Xavier-Marie Bonnot

Titre : La Vallée des ombres

Auteur : Xavier-Marie Bonnot
Édition : Belfond (03/11/2016)

Résumé :
René Vasseur est une machine, un être au cuir épais qui a fait la guerre, qui a changé de nom. René Vasseur est un légionnaire. Après vingt ans d’absence, la haine au coeur, il revient dans son village natal, au fond d’une vallée industrielle dévastée par la crise.

Peu à peu, surgissent les ombres du passé : la femme qu’il a aimée, l’ennemi d’enfance devenu flic, l’ami qui a basculé dans le grand banditisme, son père, ancien patron de la CGT locale, tyrannique et désabusé… Et le drame qui a bouleversé sa vie : la mort de son frère, Rémy, dix-huit ans, assassiné lors des grèves de décembre de 1986.

René est-il venu venger son frère ? Pourquoi ne l’a-t-il pas secouru alors qu’il en était capable ? Pourquoi a-t-il rejoint la Légion ?

Critique :
♫ Dans la vallée, oh oh, enclavée, lalilala, dans la vallée, ho ho, des rancœurs de pierre près des tombeaux ♪

(Pardon de vous avoir remis cette chanson dans la tête).

Dans la vallée (non, on ne chante plus), des usines qui ne tournent plus à plein régime…

Dans la vallée, le chômage qui, comme la petite bête, monte, monte, monte.

De la vallée, les jeunes s’en sont exilés afin de trouver du travail… Là où leurs ancêtres (♫) bossaient comme des forçats, ceux qui ont encore un job voient leurs avantages se réduire comme peau de chagrin.

Ces avantages sociaux que les anciens avaient acquis au prix de grandes grèves, de sueur, de sang et de larmes. À cette grande époque ou le mot « syndicat » voulait encore dire quelque chose.

Et puis, comme dans tous les villages (ou les petites villes) où tout le monde se connait, on nage dans les secrets lourds et ténébreux. Tout le monde sait tout, mais tout le monde se tait, sauf que les rancœurs ou les haines sont comme des braises sous la cendre, une légère brise et le feu repart de plus belle, encore plus destructeur.

♫ Comme ces jours de peine où l’homme se traîne à la limite du règne du mal et de la haine ♪

René Vasseur a quitté la vallée (de Dana, lalilala) enclavée, laissant le village de Pierrefeu dans son dos, mais aussi son père, son meilleur ami Brahim, sa copine Samia, son frère Rémy, mort durant une grève et sa mère, qui était morte après.

Au départ, on ne saura pas pourquoi René est parti en coup de vent, mais ce jeune homme un peu frêle et toujours en butte aux coups et aux railleries des autres s’est engagé dans la Légion. Des combats, il en a fait, des batailles dégueu, il en a vu.

Là, notre homme revient au bled, il a 40 ans et à la Légion, à cet âge là, tu es pensionné. Et quand tu reviens au bled après 20 ans de silence, on ne peut pas dire qu’on va sortir les cotillons et les flonflons pour ta pomme ! Que du contraire, on te regarde comme un étranger.

La force de ce roman est dans son écriture, dans ses personnages tourmentés, forts, ni tout blancs, ni tout noirs, dans René, homme taciturne qui se souvient de son enfance, du poids de l’Histoire avec un grand-père paternel qui avait pris le maquis et qui est mort d’une balle dans la nuque, dénoncé par des gens du village, sans aucun doute.

Le père de René est aussi un homme fort, il était syndicaliste et il en a mené, des grèves, ce communiste pur et dur. Pourtant, il y a de la fragilité dans cet homme qui a perdu son père alors qu’il n’était qu’un petit garçon et qui a senti peser sur ses épaules le poids de la Légion d’honneur de son père, reçue à titre posthume.

Et puis, il y a des flics ripoux, des salauds qui ne sont forts que planqué derrière leur uniforme ou derrière les autres, parce que une fois seul, ils se chient dessus.

Sans oublier les vieilles rancœurs qu’on a laissé couver, telle des braises sous la cendre, et des vengeances que l’on voudrait accomplir envers ceux qui ont tabassé votre frère, le laissant mort sur le béton.

Un roman rural noir, mais pas trop rural, un roman rempli de flash-back, une histoire qui ne se dévoile que petit à petit, des souvenirs trop grands pour être gardés en soi, une histoire d’amitié, de haine, de vengeance que l’on voudrait accomplir mais dont on sait qu’elle nous laissera des séquelles.

Ça se lit tout seul, ça se dévore, ça se déguste comme un mojito bien frais sur une terrasse (ou du petit-lait pour ceux qui n’aiment pas boire), et ça donne des frissons durant la lecture car certains rebondissements sont des véritables chocs.

Une fois de plus, je viens de sonder l’âme noire des Hommes et croyez-moi, c’était pas beau à voir, mais tellement beau à lire.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

On the Brinks : Sam Millar

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Titre : On the Brinks

Auteur : Sam Millar
Édition : Seuil (07/03/2013)

Résumé :
De fait, le spectaculaire récit autobiographique de Sam Millar a tout d’un thriller. À ceci près que si on lisait pareilles choses dans un roman, on les trouverait bien peu crédibles.

Catholique, Millar combat avec l’IRA et se retrouve à Long Kesh, la prison d’Irlande du Nord où les Anglais brutalisent leurs prisonniers. Indomptable, il survit sans trahir les siens: voilà pour la partie la plus noire, écrite avec fureur et un humour constant.

Réfugié aux états-Unis après sa libération, il conçoit ce qui deviendra le 5e casse le plus important de l’histoire américaine.

La manière dont il dévalise le dépôt de la Brinks à Rochester, avec un copain irlandais, des flingues en plastique et une fourgonnette pourrie, est à ne pas croire.

Même Dortmunder, dans un roman de Westlake, s’y prendrait mieux. Il n’empêche, le butin dépasse les 7 millions de dollars!

Un procès et une condamnation plus tard, il retrouve la liberté, mais entretemps, la plus grande partie de l’argent a disparu. Millar semble avoir été roulé par ses complices… Saura-t-on jamais la vérité?

En tout cas, le FBI cherche toujours!

p21-1Critique :
Quand certains disent que les prisons ne doivent pas être des Club Med, je ne leur donnerai pas tort, mais faut pas non plus sombrer dans l’opposé et se comporter comme des gardiens de Goulag ou de camps de concentration, le gazage en moins.

Si on ne m’avait pas dit que ce roman était une autobiographie, un pan de la vie de Sam Millar, l’auteur, j’aurais pensé à une farce, vu la manière dont il cambriolera plus tard l’entrepôt de la Brinks, ou à de la dérision, quand il nous parle de son incarcération à la prison de Long Kesh, en Irlande du Nord, à Belfast, tenue par des gardiens anglais.

Dire que les Anglais et les Irlandais ne s’aiment point serait un euphémisme, l’Histoire est là pour nous le rappeler, sinon, il vous reste U2 et son « Sunday Bloody Sunday » (dimanche sanglant que fut celui du 30 janvier 1972, à Derry, en Irlande du Nord, où 13 civils furent tués et 13 furent blessés par les soldats britanniques alors qu’ils faisaient une manifestation pacifique).

Alors vous pensez bien que si vous appartenez à l’IRA, que vous vous retrouvez incarcéré dans une prison tenue par des matons anglais et qu’en plus, vous refusez de porter les habits de prisonniers, de leur cirer les pompes et de dire « Sir, yes, Sir », vous allez vous en mordre les doigts ! Vous êtes un Blanket Men et on va tenter de vous casser par tout les moyens possibles et imaginables.

Ma foi, si les Anglais disent que les Américains ne sont pas corrects avec leurs prisonniers à Guantanamo, ceux-ci peuvent leur renvoyer dans la gueule ce qu’ils ont fait à ces Blanket Men, à la prison de Long Kesh… Tortures physiques, psychologiques, le tout avec un degré de perversité qui feraient pâlir de jalousie certains SS, fâchés de ne jamais y avoir songé.

Cette première partie du récit est dure, même si l’auteur prend le parti de nous la raconter sur un ton assez humoristique, décalé, sans jamais sombrer dans le pathos ou le larmoyant, un peu à la manière d’Ivan Denissovitch. Dénoncer la chose, mais sans s’apitoyer sur son sort.

Pourtant, je vous jure que ma gorge s’est serrée et mon estomac aussi en lisant le récit de tout ce qu’ils durent subir.

La seconde partie du récit, qui se déroule au États-Unis, est plus agréable à lire, mais plus fantasque et pour la scène du casse de  l’entrepôt de la Brinks, dans une fiction, on aurait hurlé au chiqué, hormis avec un Dortmunder aux commandes du cambriolage.

Bordel de cul, braquer l’entrepôt de la Brinks avec une camionnette pourrie, des flingues en plastiques, réussir le 5ème plus gros casse de l’Histoire, le tout sans verser une goutte de sang, fallait avoir des grosses couilles ou pas de cervelle du tout.

Un fer à cheval dans le cul ? Non, toute une écurie !

Et puis, il restera toujours ce mystère sur l’argent du casse qui a disparu sans que l’on sache qui se l’est mis dans les poches et qui a niqué Sam Millar et son complice.

Un roman sombre sur des pages encore plus sombre de l’Angleterre, sur les conditions des prisonniers, sur les tortures qu’ils subirent pour les faire plier, un langage cru, familier, une histoire qui passe toute seule, des moments angoissants, durs, et puis plus agréables dans sa partie américaine.

Je compte bien découvrir maintenant  les autres romans de cet auteur qui est interdit de séjour chez les yankees !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Nuit mère : Kurt Vonnegut

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Titre : Nuit mère

Auteur : Kurt Vonnegut
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :
« Je suis américain de naissance, nazi de réputation et apatride par inclination. »

Ainsi s’ouvrent les confessions de Howard W. Campbell Jr. qui attend d’être jugé pour crimes de guerre dans une cellule de Jérusalem. Ce dramaturge à succès exilé en Allemagne fut en effet le propagandiste de radio le plus zélé du régime nazi.

Mais il clame aujourd’hui son innocence et prétend n’avoir été qu’un agent infiltré au service des Alliés.

Il lui reste désormais peu de temps pour se disculper et sauver sa peau.

mother-nightCritique :
Voilà un roman qui sort des sentiers battus, aux antipodes de ce que je lis habituellement, et dont, au final, je suis sortie assez secouée.

Howard C. Campbell dit lui-même qu’il est un américain de naissance, un nazi de réputation et un apatride par inclination.

Cet homme que l’on devrait détester nous livre ce récit autobiographique, fictif, de sa vie durant la Seconde Guerre Mondiale en tant que grand propagandiste sur les ondes radios et du côté des nazis.

Récit autobiographie qu’il aurait envoyé à l’auteur, Kurt Vonnegut, depuis sa cellule à Jérusalem dans laquelle il attend son procès.

Ce qui frappe dans ce récit, c’est qu’au début, on devrait haïr Howard pour ce qu’il a fait, mais au fur et à mesure des pages, on ne sait plus trop quoi penser de lui et la balance penche irrémédiablement vers le mec sympa plutôt que vers le vrai salaud.

L’équilibre étant toujours sujet à caution puisque Howard pourrait nous raconter des carabistouilles… ou pas !

Parce que si cet homme fut un propagandiste, ce ne fut pas vraiment de son fait, mais en tant qu’espion pour les États-Unis !

Dans ses discours farcis à la haine des autres et à la sauce antisémite, ses soupirs, ses toussotements auraient été des codes pour les Américains à l’écoute de ses diatribes haineuses.

Vrai ou pas vrai ?? Sans doute vrai, mais peu de personnes peuvent le confirmer et tout le roman sera rempli de faux-semblants, de ces gens qui pensent être une chose et qui sont l’exact opposé, de ces gens qui se disent purs et qui ne valent pas mieux que les nazis nostalgiques ou les nazis de l’époque du moustachu à la mèche de cheveux noire.

Nous sommes ce que nous feignons d’être, aussi devons-nous prendre garde à ce que nous feignons d’être.

Soyez sur vos gardes durant la lecture…

La plume de l’auteur est facile à lire, le roman se termine en quelques heures, il n’est guère épais (guerre et paix), mais il y a dedans quelques réflexions profondes dont les plus étonnantes sont celles entre Howard Campbell et Eichmann, ce dernier lui demandant s’il devait avoir recours à un agent littéraire ou encore les tournois de pingpong organisés au ministère de la Propagande.

Ici, les salauds ne sont pas toujours ce qu’ils semblent être et les gentils non plus, tout le monde cache des choses, tout le monde cache ce qu’il est vraiment, et les gens tendent à devenir les personnages dont ils ont endossé les habits pour les besoins de leurs missions.

Nuit mère est un roman étrange, une confession d’un homme seul, d’un homme qui soulève de l’admiration chez les amateurs de la race Blanche et le dégoût chez les autres, exacerbant chez ces derniers des envies de lui casser la gueule puisqu’il fait un parfait bouc émissaire en tant qu’Américain ayant frayé avec l’Ennemi (oubliant de ce côté là que les banques américaines soutinrent l’effort de guerre des deux cotés, aussi bien des yankee que des casques à pointes et des bottines à clous).

Un roman rempli de faux-semblants qui me laisse un peu groggy et perplexe sur la nature Humaine (mais je l’étais déjà).

Étoile 3

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook, Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

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La Rage : Zygmunt Miloszewski

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Titre : La Rage – Tome 3 des enquêtes du Procureur Teodore Szacki

Auteur : Zygmunt Miloszewski
Édition : Fleuve Editions (2016)

Résumé :
Un cadavre brûlé par des armes chimiques est retrouvé sur un chantier polonais. Les résultats de l’autopsie sont stupéfiants… [En dire plus serait non bénéfique].

gniewCritique : ♫ Szacki, c’est fini, et dire que c’était le procureur de mes premiers amours ♫ Szacki, ses enquêtes c’est fini, je ne crois pas que je m’en remettrai un jour ♪

Je vous rassure de suite, je ne me suis pas faite l’intégrale d’Hervé Vilard, juste que je ne sais pas pourquoi sa chanson « Capri c’est fini » est venue à mon esprit lorsque je cherchais le début de ma chronique.

Eh oui, c’est fini car qui dit trilogie dit trois tomes… Ceci était donc le dernier tome des enquêtes de mon procureur polonais préféré : Teodore Szacki.

Je l’avais rencontré il y a quelques années à Varsovie, au prise avec un cadavre dont l’œil  avait embroché par une broche à rôtir (Les Impliqués). Puis, je l’avais suivi à Sandomierz, 4 ans plus tard, muté, divorcé, avec un corps de femme exsangue pour débuter une enquête des plus carabinées (Un fond de vérité).

Quatre ans de plus se sont écoulés dans la vie de mon proc’ préféré et le voici en poste à Olsztyn (la ville aux onze lacs…), habitant juste en face de son lieu de travail avec sa copine et sa fille, devenue une ado un peu chiante et manipulatrice. Normal, c’est  une ado.

Après tout, chaque adolescente est hypersensible sur le plan de son amour-propre et de sa position dans le groupe.

Alors, raconte, comment ça s’est passé cette lecture !

Et bien, mes retrouvailles avec le procureur Teodore Szacki se sont bien passées, il est toujours aussi ronchon, colérique, énervé, cynique, misanthrope, sociopathe et se retient très souvent de balancer les petites vacheries auxquelles il pense, mais dont nous, lecteur, profitons. Bref, je l’adore !

— Vous savez pourquoi j’envoie un misanthrope sociopathe grognon tel que vous chez des gens normaux ? » Elle avait également anticipé sa réponse : « Parce que vous êtes le seul à avoir l’air d’un procureur. »

Parfois, il ne se retient pas et balance le tout brut de décoffrage dans la figure de la personne, ce qui fait du dégât, surtout avec les médias, qu’il déteste cordialement.

— Je n’ai pas pu m’empêcher de t’appeler quand j’ai vu que tu avais été nommé porte-parole du parquet. C’est un peu comme si on demandait à Hannibal Lecter de devenir le chef cuisinier d’un restaurant végétarien.

J’ai ressenti une pointe de nostalgie tout de même en sachant que c’est le dernier tome et que mon Teodore – le Sherlock Holmes des procureur – ne me fera plus vibrer avec ses enquêtes tout en me contant sa Pologne et ses jolis petits travers, ses problèmes, sa bureaucratie de merde et tout le reste.

Elle était la fille du Sherlock Holmes des procureurs, comme elle appelait parfois son père en plaisantant.

De plus, tous ces systèmes étaient curieusement démembrés, incompatibles et disjoints. Si la nature avait été aussi sotte, chaque partie du corps humain aurait eu son propre cœur, son estomac et ses poumons, et il aurait fallu nourrir chaque partie séparément, en enfonçant des morceaux de steak dans les genoux et dans les coudes. On avait de la chance si les différents parquets de districts réussissaient à relier leurs systèmes en un seul au niveau régional, mais parfois, ça restait un vœu pieux. Ce qui signifiait qu’il suffisait à un tueur en série de changer de région à chaque meurtre pour que personne ne relie jamais ses crimes entre eux.

C’est que j’avais apprécié dans les autres tomes : le côté politique.

L’auteur ne se contente pas de nous faire suivre une enquête de type whodunit ! Il nous parle de son pays, de cette Pologne que nous connaissons mal, de sa politique, de sa population, de son administration (de merde), de la Russie toute proche, du passé Prussien, du racisme et de l’antisémitisme de certains.

Ce qui donne au final des romans denses, bien achalandés, Noirs et sans sucre, le tout servi par une écriture qui se dévore, qui se déguste, et qui vous emporte dans de nouvelles contrées (sous le froid et la grisaille, dans ce tome-ci).

De ce côté là, j’ai eu de la chance avec ses romans, je les ai souvent lu au bon moment, atmosphériquement parlant : celui-ci commence un 25 novembre et je l’ai commencé à le lire le 20 novembre (le 1er tome avait été lu en mai et le roman se passait en juin, le second se déroulait en avril et lu en avril), ce qui donne plus de poids aux conditions météo incluses au début de chaque chapitre, avec les événements clés qui ont eu lieu à cette date là.

Le brouillard devait être doté d’une conscience, car il n’enveloppa pas Szacki n’importe comment, mais s’immisça sournoisement sous son manteau, se faufila entre les boutons de sa veste et de sa chemise, pour l’étreindre dans un corset glacial et humide. Un frisson le parcourut, comme s’il avait été soudainement plongé dans de l’eau froide.

En plus de nous donner une atmosphère particulière, l’auteur brosse bien ses personnages, chacun étant unique, bien détaillé, sans devoir en faire trop et chacun peut évoluer à sa manière, nous étonner ou nous décevoir.

Teodore, lui, il reste fidèle à son caractère de cochon, à son côté parfois pas social pour deux balles, à ses exaspérations sur les aménagements routiers de la ville, à ses envies d’étrangler le chef des travaux et son ras-le-bol du chauvinisme de ses habitants.

Il est sexiste, macho et voit souvent les femmes comme la propriété de l’homme (comme beaucoup dans son pays), même s’il essaie de changer sa vision.

C’est rempli d’humour noir et de cynisme, en fait, et j’adore ça !

Falk ne parlait pas beaucoup : lorsqu’on l’interrogeait, il répondait cordialement mais de façon si succincte que chaque syllabe prononcée semblait déduite de son compte en banque.

L’enquête que nous a servie l’auteur était canon, digne d’un final pour notre procureur, c’était une belle enquête, malheureusement, je suis restée avec des questions sans réponse une fois la dernière page tournée.

Dommage, ça casse le coup de cœur assuré car je suis restée dubitative et en proie au syndrome de la dernière page qui vous coupe le cordon un peu trop brutalement.

Malgré tout, je ne regretterai jamais d’avoir lu cet auteur et découvert son procureur, souvent de mauvaise humeur, évoluant dans un pays que j’ai été contente de découvrir, bien loin d’un Guide du Routard et des affiches flamboyantes des agences de voyage. Ici, c’est cru et sans édulcorants et sans colorants artificiels.

La route était épouvantable, étroite, tortueuse et pleine de trous, elle avait probablement plus de morts sur la conscience que Jack l’Éventreur.

♫ Nous ne te lirons plus jamais,
Procureur que j’aimais,
Nous ne te lirons plus jamais,
Ton auteur l’a décidé,
Nous ne te lirons plus jamais,
Ce soir, j’ai beaucoup de peine,
Avec toi nous n’enquêterons plus jamais,
Comme les autres années. ♪
♫ Szacki, c’est fini, et dire que c’était le procureur de mes premiers amours ♫
♫ Szacki, ses enquêtes c’est fini, je ne crois pas que je m’en remettrai un jour ♪
Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (prix Transfuge du meilleur polar étranger).

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