Clues – Tome 4 – À la croisée des chemins : Mara

Titre : Clues – Tome 4 – À la croisée des chemins

Scénariste : Mara
Dessinateur : Mara

Édition : Akileos (01/10/2015)

Résumé :
Suite à l’attentat qui a semble-t-il coûté la vie à Hawkins, Lord Wellington a pris le contrôle du Parlement, tandis que Londres est à présent sous la coupe des Red Arrows et de Pitts.

Mais une résistance, dont l’un des chefs n’est autre qu’Emily, s’est organisée et tente par tous les moyens de confondre Lord Wellington et de contrecarrer les ambitions de Pitts.

Dernier tome de la série « Clues », cet album est celui des ultimes révélations, celui dans lequel Emily découvrira peut-être qui a tué sa mère et qui est son père…

Critique :
— Emily, je suis ton père ! [Voix caverneuse et respiration forte]

Si elle ne savait pas encore QUI avait tué sa mère et QUI était son père, nous, lecteurs, avions déjà découvert la main qui avait tenu l’arme à feu qui mit fin aux jours de sa mother et pour l’identité du père, en faisant un peu marcher ses méninges, le lecteur lambda pouvait le déduire aisément.

Restait à savoir si mes déductions étaient bonnes ! Mais je ne vous dirai rien…

Dans des tons pastels réalisés sans doute à l’aide d’aquarelle, ce dernier album dénote parmi les trois précédents car les couleurs ne sont pas aussi profondes qu’avant mais délavées.

De ce côté là, j’ai moins aimé. Je trouve que cela a nuit à la qualité de l’album et si pour certains plans les délavés allaient comme un gant, pour les intérieurs et les personnages, le rendu n’était pas agréable pour l’œil.

Les dessins, eux, sont un peu différent. Trois ans ont passé entre les deux derniers albums, l’auteure a dû changer quelque peu sa manière de dessiner et de colorier.

Le scénario est rythmé, comme toujours, Emily est devenue une bonne femme qui n’a peur de rien ni de personne, on est loin de la jeune fille craintive du départ. Elle a pris le taureau par les cornes, voulant par là même prendre les membres des Red Arrows par les couilles et leur tordre jusqu’à que ce qu’elles soient arrachées.

Autant où les trois premiers tomes restaient dans du crédible et du plausible, là, on a tout de même quelques facilités, des raccourcis pris et des changements dont nous n’aurons pas l’arc narratif. Faudra se douter qu’Emily a su y faire pour monter un groupe prêt à combattre les Red.

Le final expédié assez vite, on se retrouve un peu à côté de ses pompes de voir comment tout ça s’est vite résolu, vite terminé, et comment des gens que nous n’avons pas vu blessé ont pu mourir si vite, comme si on voulait s’en débarrasser au plus vite aussi.

Autant où les trois albums précédents étaient bien réalisés en termes de dessins, avec des scénarios cohérents, on a l’impression ici qu’on a tout fourgué dans un seul album, en vitesse, comme si la série pesait, après sept années passées à bosser dessus.

Dommage que le dernier tome soit si rapidement empaqueté et expédié…

Ça me fait penser à une réplique dans le film « Madame Doubtfire » :
— Tu vas vider ses étagères, expédier et empaqueter tous ses films. Après t’attaques ses boites, là. T’empaquètes et t’expédie. T’empaquète tout ça … et tu l’expédie. Des questions ?
— Après empaqueter ?
— T’expédie ! Au travail, gros malin.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

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Clues – Tome 3 – Cicatrices : Mara

Titre : Clues – Tome 3 – Cicatrices

Scénariste : Mara
Dessinateur : Mara

Édition : Akileos (20/09/2012)

Résumé :
Londres, 1872. Fraîchement débarqué de province, l’agent Hawkins est envoyé faire ses armes dans un poste de police au cœur du quartier de Whitechapel.

C’est là qu’il rencontrera une jeune femme, Mylena, serveuse au Mill, un bouge fréquenté par le sinistre gang des Red Arrows.

Critique :
On monte dans la DeLorean de Doc et on file vers 1872, quand Nathanaël Hawkins débarqua à Londres pour s’y faire les dents, dans un poste à Whitechapel et qu’il fit la connaissance d’une jolie serveuse.

Intelligent et observateur, le jeune Hawkins était déjà passionné par les mouches et le travail qu’elles accomplissent sur les cadavres, chacune arrivant tour à tour et dans un ordre bien précis.

Pas de chance pour lui, il a mis les pieds dans le nid de fourmi qu’étaient les Red Arrows…

L’avantage de ce troisième tome est que l’on en apprend un peu plus sur le personnage d’Hawkins, sur sa carrière, ses débuts, on comprend enfin pourquoi nous avions vu la photo de qui-nous-savions à la fin du tome 1 et l’auteur nous explique l’origine de son amitié avec le légiste.

Après « PAF Le Chien », voici « PAF Dans Ta Gueule » car là, l’auteure m’a scié les jambes, troué le cul, me laissant avec la mâchoire décrochée pendant quelques secondes (heureusement, vu le temps, pas de mouche à l’horizon pour entrer dedans).

Les dessins sont toujours aussi précis, les détails foisonnent dans certaines cases et les couleurs sont restées dans les tons sobres, ce qui va très bien avec l’ambiance de l’album, plus sombre au niveau de son scénario et de ses personnages.

Un tome genèse qui, s’il ne fait pas avancer la lutte contre le gang des Red Arrows, nous éclaire sur eux ainsi que sur la jeunesse de l’inspecteur Hawkins et comment il est devenu cet inspecteur froid, méticuleux et intelligent.

Mais ce tome ouvre aussi une autre porte, une autre théorie et j’ai peur de la voir confirmée dans l’album suivant, celui qui va clore cette série dont le scénario est bien réalisé, cohérent, plausible et où tous les détails sont pesés.

Par contre, je plains les lecteurs/trices qui ont découvert cette série à ses débuts et qui avaient dû attendre deux ans entre le tome 2 et le 3 et trois ans avant la clôture de la saga. Le suspense a dû être insoutenable.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Clues – Tome 2 – Dans l’Ombre de l’Ennemi : Mara

Titre : Clues – Tome 2 – Dans l’Ombre de l’Ennemi

Scénariste : Mara
Dessinateur : Mara

Édition : Akileos (04/03/2010)

Résumé :
Dans cette suite très attendue, Emily s’investit plus encore dans l’enquête qui doit la conduire à l’assassin de sa mère, au point de mettre sa vie en danger.

Parallèlement, ses relations avec l’inspecteur Hawkins continuent à se jouer sur l’air de je t’aime, moi non plus.

Critique :
Reprenant la suite de l’enquête sans attendre plus de quelques minutes, je me suis replongée dans le Londres Victorien en compagnie de notre Emily, notre jolie petite tête-brûlée et de l’inspecteur Hawkins, toujours aussi sec, cassant, froid…

Bien que le réchauffement climatique semble avoir eu lieu sur sa personne…

Il planait un mystère sur la vie avant Scotland Yard pour Hawkins, comme si avant, il avait été un gamin des rues et la dernière image du tome 1 avait été une claque.

Le mystère allait-il être levé de suite ou l’auteure allait-elle faire durer le suspense plus longtemps ? Non, je ne vous dirai rien, mais sachant qu’il reste deux tomes après celui-ci et qu’il faut en garder sous la pédale, je vous laisse à vos déductions !

Dans la continuité du premier, ce deuxième opus continue avec l’enquête sur le gang des Red Arrows, composés non pas de racailles mais de cols blancs amidonnés et de costards de chez Arnys, au moins.

Afin de ne pas tacher leurs belles chemises, nos criminels ont bien entendu des hommes de main qui se chargent de la sale besogne comme filer des coups de surin ou faire péter des bâtiments. Des terroristes made in England…

Les dessins sont toujours aussi détaillés, surtout les intérieurs de maison, les pièces, et nos personnages évolues, Emily devenant plus indépendante, n’hésitant pas à prendre des risques et s’affranchissant de celui qu’elle considérait comme un mentor.

De son côté, Hawkins souffle le chaud et le froid et on ne sait pas trop de quel côté son coeur penche ni ce que recèle son passé, mais ça doit être du lourd pour que le légiste claque la porte.

Au moins, je ne devrai pas attendre deux ans pour lire la suite… Toujours un avantage d’arriver après tout le monde, lorsque les séries sont terminées.

Une belle découverte.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Clues – Tome 1 – Sur les traces du passé : Mara

Titre : Clues – Tome 1 – Sur les traces du passé

Scénariste : Mara
Dessinateur : Mara

Édition : Akileos (05/06/2008)

Résumé :
Londres, fin du XIXe siècle. Emily, jeune fille d’une vingtaine d’années, parvient à intégrer le service du célèbre inspecteur Hawkins.

En accompagnant celui-ci sur l’une de ses enquêtes, elle met la main sur des indices qui pourraient avoir un rapport avec la mort de sa mère décédée tragiquement alors qu’elle était enfant.

Critique :
♪ Je m’appelle Émily Jolie ♫ Je voudrais résoudre avec vous le meurtre de ma mère ♪Sous votre aile ♫ Et je voudrais travailler avec vous toute ma vie ♪

Ok, c’est un peu moins rose pour notre Emily à nous qui, si elle est jolie, a tout de même un grand secret : sa mère s’est faite assassiner par les Red Arrows, un gang qui sème la terreur en ville, et elle aimerait résoudre son meurtre.

Ayant bossé à la police de New-York, la voici revenue à Londres, ville de son enfance, pour bosser avec le Sherlock Holmes de Scotland Yard : l’inspecteur Hawkins.

Grand, distingué, froid, taciturne, intelligent, à la pointe de la technologie des forensics, n’aimant pas trop les femmes, ou plutôt, ne les trouvant pas à leur place dans la police, cet homme a vraiment tout d’un Holmes.

Emily va devoir se taper le ménage et le thé avant que cet homme ne l’utilise pour ce qu’elle est vraiment venue chercher : être son assistante ! Notre Emily a beau être du sexe faible, elle a un cerveau et une longueur d’avance sur certaines choses par rapport à son inspecteur, le tout sera de lui faire comprendre et accepter.

C’est par le plus grand des hasards que je suis tombée sur cette saga et c’est avec curiosité que je l’ai ouverte, me demandant si j’apprécierais les dessins ainsi que les personnages qui composeront ce duo pour le moins atypique tout en étant conventionnel (la fille qui doit se faire respecter par le flic froid).

Pari réussi, même si au départ, j’ai eu un peu de mal avec les premières cases, avant de m’y habituer pour finalement trouver mon compte au niveau des couleurs et des dessins.

Oui, le trait me plait bien, de plus, il est détaillé dans certains cases, comme dans le bureau du légiste. L’auteure, rappelons-le, se tape le boulot toute seule comme une grande (scénario, dessins et coloriages).

Les couleurs sont dans des tons froids, mais bon, l’époque victorienne et ses ruelles n’appellent pas vraiment aux tons chaleureux des salons où l’on boit le thé avec le petit doigt en l’air et le dernier potin mondain aux coins des lèvres.

Le duo Hawkins et Emily marche bien, on sent qu’au fil des tomes une relation amicale pourrait voir le jour car même sous sa carapace de type froid et cassant, on sent que Hawkins a du potentiel pour apprécier à sa juste valeur sa nouvelle recrue.

Un début prometteur pour une saga qui fera 4 tomes et dont je ne devrai pas attendre, la bave aux lèvres, que la suite me soit livrée puisque je les ai toutes sous la main.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Misery : Stephen King

Titre : Misery

Auteur : Stephen King
Édition : J’ai Lu (1995) / Livre de Poche (2002-2013)
Édition Originale : Misery (1987)
Traducteur : William Olivier Desmond

Résumé :
Misery Chastain est morte. Paul Sheldon l’a tuée avec plaisir. Tout cela est bien normal, puisque Misery Chastain est sa créature, le personnage principal de ses romans.

Elle lui a rapporté beaucoup d’argent, mais l’a aussi étouffé : sa mort l’a enfin libéré. Maintenant, il peut écrire un nouveau livre.

Un accident de voiture le laisse paralysé aux mains d’Annie Wilkes, l’infirmière qui le soigne chez elle. Une infirmière parfaite qui adore ses livres mais ne lui pardonne pas d’avoir fait mourir Misery Chastain.

Alors, cloué dans sa chaise roulante, Paul Sheldon fait revivre Misery. Il n’a pas le choix…

Critique :
Paul Sheldon est un écrivain qui, après avoir décidé de tuer son héroïne « Misery » est victime d’un accident de voiture, dans un coin perdu… comme par hasard !

La femme qui le sauve et qui, soit dit en passant, est très compétente dans le rôle de l’infirmière (mais pas « infirmière cochonne » désolée) est frappa-dingue.

Totalement addict et in love du personnage de Sheldon, elle lui en veut (le mot est faible) d’avoir fait passer de vie littéraire à trépas son héroïne.

Alors, le mettant devant le fait accompli (et devant une machine à écrire), elle le force à ressusciter son personnage.

Et de manière plausible, s’il vous plaît ! Sheldon apprendra à ses dépends qu’on ne plaisante pas avec madame l’infirmière frappa-dingue.

Huis clos infernal, dantesque, exceptionnel entre ces deux là : la victime et sa tortionnaire, entrecoupés des passages où Sheldon fait revivre son personnage, contrastant farouchement avec le style sombre, violent, oppressant de Stephen King puisque « Misery » fait partie de la littérature à l’eau de rose.

On peut difficilement reposer le livre, par contre, on serre les dents lorsque madame Infirmière Barbare s’amuse à faire mal à l’écrivain. On ne risque pas de l’entendre hurler, ils sont dans un trou perdu.

En tout cas, les sévices de font pas dans la dentelle.

Une plongée dans l’univers de King d’où vous ressortirez secoué, ébranlé, comme je le fus il y a très, très longtemps.

 

Manhattan Chaos : Michaël Mention

Titre : Manhattan Chaos

Auteur : Michaël Mention
Édition : 10/18 (07/03/2019)

Résumé :
New York, 13 juillet 1977. L’été de tous les extrêmes : alors que la ville est en faillite, une canicule sans précédent sévit et le tueur Fils de Sam rôde dans les rues.

Tandis que le soleil se couche sur Manhattan, une coupure de courant survient. Huit millions d’habitants sont plongés dans l’obscurité : c’est le black-out et la panique s’empare de la ville.

Cloîtré chez lui, rongé par la drogue, le célèbre musicien Miles Davis a mis un terme à sa carrière et s’enlise dans la dépression. En manque d’héroïne, il se résout à sortir en quête d’un dealer lorsque des émeutes se déclenchent.

Débute une nuit de terreur, où il va se heurter aux pillards et aux fantômes de Manhattan.

Traqué d’un siècle à l’autre, la star déchue fera tout pour survivre, alors qu’un mal mystérieux le ronge de l’intérieur.

Critique :
Michaël Mention est un auteur qui a du talent et si tout son talent littéraire devenait culinaire, ce type arriverait à me faire bouffer des abats avec un grand sourire aux lèvres, à tel point que j’en redemanderais !

Non seulement ce p’tit gars m’a fait apprécier un roman qui parlait DU fameux match de foot France/RFA du 8 juillet 1982 (demi-finale de la coupe du monde de football en Espagne), alors que j’en ai rien à fou… foot, de ce sport (j’ai toujours rien capté au hors jeu, c’est vous dire).

Et là, maintenant, il vient de me faire passer un foutu bon moment de lecture avec Miles Davis alors que je déteste le jazz (oui, c’est viscéral) et que je connais rien de cet homme !

Le décor est grandeur nature, Miles Davis commence sa soirée dans son appart. Après la grandeur on est dans la décadence et notre jazzman de génie (c’est pas moi qui le dis) a sombré dans l’alcool, la drogue et ce n’est guère reluisant.

Stock de drogue à zéro et pas de dealer pour la lui livrer, voilà notre Miles qui part en goguette dans la ville de New-York, plongée dans le noir, suite à un black-out. Décor grandeur nature, sans spotlight, mais c’est comme si nous y étions, car Mention a l’art et la manière de vous décrire des lieux, comme si vous y étiez. Il aurait aussi ses chances comme agent de voyage, lui.

Deux personnages centraux, principaux : Miles Davis, bien entendu et le mystérieux John. Si le second est énigmatique, le premier est décrit avec talent à tel point que j’ai eu envie d’aller écouter du jazz et d’en apprendre plus sur la vie de Miles. Un comble pour moi qui n’aime pas cette musique.

Bon, sur ce point là, Mention n’a pas réussi à me faire aimer le jazz, pour les miracles, comptez 48h.

Oups, j’ai oublié un autre personnage principal, moi : Big Apple ! New-York et ses quartiers, chauds ou non, livrés aux pillages durant ce black-out de juillet 77.

La présence de N-Y, que nous allons traverser dans l’espace et dans le temps est bien prégnante, tout en sachant se faire discrète afin de ne pas voler la vedette à notre toxico trompettiste, tout en étant là et bien là, en arrière-plan.

On aurait pu croire que toute l’histoire va tourner autour de Miles Davis cherchant à éviter le danger dans cette ville plongée dans le noir, livrée à elle même et que tout ne sera qu’un parcours de cache-cache avec la faune sauvage de la Grosse Pomme, mais ce serait réducteur et trop facile.

Michaël Mention explore une fois de plus les pans de l’Histoire de New-York et vous vous doutez bien, que c’est, une fois de plus, les plus sombres ! Oubliez les cotillons et les confettis mais sortez les cagoules blanches pointues, les croix gammées, le racisme et tout ce qui fait l’identité de l’Amérique que je n’aime pas mais que je prends toujours plaisir à observer dans les romans.

Sans jamais être ennuyeux ou redondant, l’auteur nous immerge au plus profond de la chaleur de New-York et de son Histoire personnelle. Oserais-je dire qu’il le fait avec Mention ? En tout cas, c’était inattendu de la manière dont il le fait. Inventif et subjuguant,  voilà comment il le fait.

Un roman noir dans tous les sens du terme, caniculaire et glaçant, totalement fou mais avec les pieds sur terre, un very bon trip qu’on n’arriverait jamais à faire, même sous cocaïne, solution à 7%, bien entendu !

Je vous le dis, si ce type mettait son talent littéraire à la cuisine, il me ferait bouffer n’importe quoi tellement il le sublimerait !

Dis-moi, Michaël, t’en as encore beaucoup des histoires dans ce genre là ? Parce que moi, je suis preneuse ! Hélas, je te connais et je sais très bien que tu changes à chaque fois d’univers, que tu te réinventes, que tu explores à chaque fois de nouveaux univers, pour notre plus grand plaisir.

Et tu le fais bien avec ton style d’écriture qui n’appartient qu’à toi. Merci. Pour. Ce. Moment. Littéraire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Le Spectre de la rue du Puits [Melchior l’Apothicaire 02] : Indrek Hargla

Titre : Le Spectre de la rue du Puits [Melchior l’Apothicaire 02]

Auteur : Indrek Hargla
Édition : Babel Noir (2015)
Édition Originale : Rataskaevu viirastus (2010)
Traducteur : Jean-Pascal Ollivry

Résumé :
Tallinn, 1419. Le gardien d’une tour est retrouvé mort alors qu’il avait, la veille, déclaré avoir vu un spectre.

Quelque temps plus tôt, une prostituée était découverte noyée dans un puits après avoir rapporté le même témoignage.

Rue du Puits, une maison qu’on dit hantée concentre des haines ancestrales, à deux pas de la boutique de Melchior l’apothicaire.

Ce dernier arpente les ruelles de la Vieille Ville jusqu’au cimetière des dominicains, à la recherche de la vérité.

Critique :
— Je s’appelle Grote…

Désolé, mais c’était trop tentant, surtout lorsqu’on a un mort qui se prénomme Tobias Grote et qu’à chaque fois qu’on lit son nom dans le roman, on a envie de pouffer de rire, repensant au personnage des gardiens de la galaxie.

Je vais direct éliminer ce que j’ai sur le cœur au sujet de ce polar historique : un mort que l’on retrouve avec, sur le visage, une expression de terreur indicible.

Il me semblait que lors de la mort, tous les muscles se relâchaient et que donc, hormis la rigor mortis qui commencera quelques heures plus tard, le visage du décédé ne pouvait donner qu’une impression d’apaisement et pas de terreur.

— Je n’ai jamais vu pareille expression sur un mort. D’habitude, ils ont un visage apaisé, et un peu figé, tu vois ce que je veux dire. Mais Grote… c’était comme s’il avait vu un spectre.

— Il avait le visage raidi par la peur, et ce n’était pas l’effet de la douleur, j’en suis certain. Quand quelqu’un fait une chute pareille, la douleur est si intense qu’elle est impossible à supporter. Mais là, cette tête, cette bouche ouverte, ces yeux écarquillés de peur… quelle horreur ! Dieu miséricordieux !

Nous sommes en 1419, à Tallin, en Estonie et si les voyages forment la jeunesse, vu mes lectures dépaysantes, je n’aurai jamais besoin de crème anti-rides.

L’auteur prend le temps de planter le décor, même si c’est le deuxième tome, ce qui fait qu’un lecteur qui, comme moi, prendrait la série à rebrousse-poil, n’aura pas l’impression de tomber comme un cheveu dans la soupe et pourra découvrir le petit monde où Dieu et le diable sont très présents dans les esprits des gens et où la médecine en est encore à ses humeurs.

Melchior est un apothicaire qui est compétent et s’il n’a pas le niveau d’un Sherlock Holmes, il a tout de même su dénouer la pelote de nœud qu’étaient ses morts un peu étranges et comprendre aussi ce que les morts avaient voulu dire par le fait qu’ils avaient vu un spectre.

Étant en 1419, les gens étaient fort susceptibles de croire à de telles calembredaines que celles d’histoires de spectre ou de personnes mortes revenant hanter le lieu où elles avaient perdu la vie et notre apothicaire Melchior va voir son enquête s’emberlificoter dans des racontars dont on ne saura plus trop où est la vérité et où est le mensonge.

Parce qu’entre les morts de maintenant, ceux d’il y a quelque temps et ceux d’il y a septante ans (70), il y a moyen d’y perdre son latin… Ou sa vertu, sachant qu’un moine était monté comme Rocco Siffredi… Son spectre reviendrait-il nous hanter car cet homme n’a pas trouvé la paix ? Est-ce que Satan l’habite encore ?

— C’est ainsi que le récit de ses fautes anciennes s’était répandu parmi les frères ; sans doute ces histoires avaient-elles aussi pris leur essor lorsque les frères avaient vu, quand ils étaient au sauna, que le membre viril du jeune Adelbertus était long et épais, du genre dont les femmes raffolent, de sorte que tous les frères qui le voyaient détournaient le regard et disaient en pensée une prière de remerciement, eux qui, plus modestement équipés, risquaient moins d’être en permanence induits en tentation.

— On dit que ce qu’elle vit alors la réjouit fort, et que toutes les histoires qui circulaient à propos d’Abelardus étaient véridiques. C’était comme un arbre gigantesque qui s’était mis à pousser sous son habit de moine, et en voyant cela la femme l’avait saisi entre ses mains

Si le diable n’est pas responsable des morts, il se cachera dans les petits détails qui m’ont échappés et l’explication finale aura des relents d’ignominie pure et d’horreur, mais l’élément fantastique n’y sera pas.

Je ne conseillerai pas les enquêtes de Melchior à des amateurs de thriller car le rythme est assez lent au départ, l’auteur nous expliquant, aux travers des récits ou des pensées de ses personnages, une partie de l’histoire de la ville et du pays, ce qui donnera à la lecture un air de leçon d’histoire sans que cela ne devienne saoulant.

Une enquête plaisante, un dépaysement certain, une société médiévale que l’on découvre avec avidité (ce qui me permettra de me coucher moins bête au soir) avec la religion omniprésente, la politique aussi, la torture, les exécutions et des personnages aux caractères bien détaillés, restants réalistes dans leurs paroles, bien que je ne me sois pas trouvée dans cette ville à cette époque.

Un polar médiéval qui prend son temps et dont le final aura plus tendance à choquer le lecteur par son côté glauque au lieu de lui donner une bonne claque de par son inventivité, à la manière d’un roman de la mère Agatha Christie. Il reste assez classique dans son mobile, même si on a une pointe d’inventivité qui aurait pu être exploitée un peu plus.

Une découverte que je ne regrette pas, mais je ne pense pas avoir le temps de revenir à Melchior l’apothicaire, ou alors, d’ici quelques années.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Le jour J du jugement : Graham Masterton

Titre : Le jour J du jugement

Auteur : Graham Masterton
Édition : Presses Pocket Terreur (1989 – 2005)
Édition Originale : The devils of D-Day (1978)
Traducteur :

Résumé :

Être pris en otage par un démon n’est déjà pas très rassurant. Mais quand il vous demande de l’aider à se libérer de ses camarades…

Les treize chars avaient débarqué en Normandie le 13 septembre 1944. L’un d’entre eux, un Shermann, était resté, abandonné depuis la fin de la guerre, sur le bas-côté de la route.

Les gens évitaient de s’en approcher. Ils disaient que, par les nuits les plus sombres, on pouvait entendre les morts, l’équipage, parler entre eux à l’intérieur du char.

Dan McCook voulut en avoir le cœur net. C’était déjà une erreur. Mais, surtout, jamais il n’aurait dû desceller le crucifix qui fermait la tourelle.

Critique :
Puisque j’en suis à répertorier ma collection de « Terreur », autant me fendre de mes petites critiques pour les lecteurs qui cherchent désespérément des bons livres de terreur et ne veulent pas lire ce qui se publie de nos jours dans le genre.

Je leur conseille donc une visite dans les bouquineries dans le but de mettre la main sur les pépites que compte cette collection.

Ce livre en est une de plus, de pépite…

Autant dire que on se trouve face à du grand Masterton, même s’il n’est pas le seul, heureusement.

Le rythme est très soutenu sur les 189 pages que compte le livre (même les plus fainéants en lecture peuvent le lire) et certaines scènes sont des bijoux d’anthologie (avec des vrais morceaux d’Exorciste dedans, tout frais, tout chaud).

En plus, ici, ça se passe en France donc, vous ne serez pas dépaysé !

L’auteur s’est bien documenté sur la période de la seconde guerre mondiale et sur l’occultisme, même si je n’ai pas tout vérifié, trop de travail…

Si on retrouve facilement des récits mettant en cause les activités occultes de l’Allemagne nazie (oui, Indiana Jones et l’arche sacrée, ce n’était pas une invention des scénaristes en manque d’imagination), on découvre ici des idées qui s’intègrent facilement dans l’histoire de Delta Green.

Delta Green est une agence gouvernementale semi-officielle américaine constituée après la seconde guerre mondiale afin de lutter contre les manifestations du Mythe dans notre monde. Elle fut officiellement dissoute dans les années 70 et opère dans l’illégalité et la clandestinité depuis à l’insu des instances officielles.

Tout en soulignant le fait que, même pour les « libérateurs », la fin justifie les moyen, Masterton nous gratifie d’une foule de détails sur les rituels, les formules, les croyances, et, d’une façon générale, l’occultisme judéo-chrétien.

Croyez-moi, un bon livre, pas très gros, mais diablement bien torché !

Dreamcatcher : Stephen King [Défi CannibElphique]

Titre : Dreamcatcher

Auteur : Stephen King
Édition : Albin Michel (2001) / Le Livre de Poche (2003 – 2008)
Édition Originale : Dreamcatcher (2001)
Traducteur : William Olivier Desmond

Résumé :
Quatre amis se retrouvent annuellement pour une partie de chasse dans une forêt du Maine. Elle fut jadis leur terrain d’aventures, en compagnie de Duddits, l’enfant mongolien qu’ils avaient adopté comme un petit frère.

Et le théâtre, aussi, d’événements qu’ils se sont efforcés d’oublier.

Mais les mystères ressurgissent, sous la forme de présences étranges et menaçantes que l’armée a entrepris de surveiller de près.

Au point de vouloir éliminer tous ceux qui ont pu être au contact de la chose…

Critique :
♫ Pleased to meet you ♪ Hope you guess my name ♪ But what’s puzzling you ♫ Is the nature of my game ♪

Vous souvenez-vous Chevauchée des Walkyries de Wagner qui sortait plein-tubes des hauts-parleurs des hélicos dans le film Apocalypse Now ?

Repassez-vous cette scène et remplacez Wagner par les Stones avec leur magnifique « Sympathy for the devil » et remplacez les vietnamiens par des petits hommes gris !

Oui, des aliens, vous ne rêvez pas.

Aliens, qui, au lieu de sortir par votre ventre, comme dans le film, sortiront par votre trou du cul ! Là, j’en vois certain penser que des tas d’hommes politiques et banquiers ont dû sortir par le même chemin…

Mais je m’égare ! Alien en version anale, disais-je… Prévoyez les masques à gaz, les pets dans ce roman sont, paraît-il, super puant, genre pet de l’enfer. Multipliez votre plus horrible pet par 100 et vous aurez sans doute un aperçu de ce que furent ceux de certains personnages…

Le King a osé, le King a joué avec le feu (dangereux avec les pets) car dans ce roman fantastique, il mélange allégrement du X-Filles, du Alien de Ridley Scott, du Apocalypse Now de Coppola, nous avons même le fameux Kurtz, saupoudre avec du The Thing et de La Guerre des mondes, le tout assaisonné de trucs de survivalistes sans oublier les bons vieux codes du thriller et de l’épouvante.

Kurtz est intelligent, Kurtz est courageux, mais Kurtz est aussi le primate le plus barjot de la jungle. Pour dire : il répugne à Brodsky de marcher là où s’est posée l’ombre de Kurtz.

Perlmutter avait lu Au Cœur des ténèbres, avait vu Apocalypse Now et s’était souvent dit que le nom de Kurtz lui allait un peu trop bien. Il aurait parié cent dollars (une grosse somme pour un gars du spectacle aussi intermittent) que le nom du patron était Arthur Holsapple ou Dagwood Elgart, voire même Paddy Maloney. Mais Kurtz ? Peu probable. C’était presque à coup sûr par ostentation, par comédie, comme le colt-45 à crosse de nacre du général Patton.

Deux doigts de Patton, un de Raspoutine, ajoutez de l’eau, remuez et servez.

Une fois de plus, nous avons 4 amis qui se connaissent depuis l’enfance et qui sont devenus adultes, des trentenaires. Jonesy, Beaver, Henry et Pete, originaires du Maine, comme par hasard.

Le King nous les décrit, nous raconte leurs déboires et leur réunion annuelle dans un chalet en forêt pour chasser. Comme d’habitude, avec lui, on a l’impression d’être avec eux, de faire partie intégrante de leur bande.

Le récit ne se présente pas de façon linéaire mais est agrémenté de nombreux flash-back de leur enfance, de leur rencontre avec Duddits, un enfant mongolien, le tout mélangé dans le récit de ce qu’il se passe au chalet, durant leur semaine de congé et de retrouvailles, le tout agrémenté de passages avec d’autres personnages.

Effectivement, il y a quelques longueurs… Mais il y a aussi un concentré d’émotions dans leur rencontre avec Duddits à tel point que j’ai dû faire une pause dans mon récit afin de reprendre pied, tellement elle m’avait émue.

Ce pavé de 890 pages divisera sans doute les fans du King, il l’a sans doute fait, mais comme ma binômette de LC et moi arrivons après la bataille, je ne fais que supputer et déduire, n’ayant pas suivi les débats de l’époque.

Malgré les longueurs, j’ai été happée par le roman, pourtant, le coup des hommes gris aurait dû me faire fuir, moi qui ne suis pas trop pour ce genre littéraire. J’ai apprécié les personnages de la bande de Derry, j’ai vibré et hurlé avec eux, je les ai enjoints de courir plus vite, de fuir, pauvres fous…

Le King a un don et une fois de plus, il l’a mis au service de son roman, de ses lecteurs, parce que je ferai partie des gens qui l’ont apprécié car le King ne fait jamais que d’amplifier notre peur de l’Autre, qu’il soit du fin fond de l’espace, de son propre pays (Indiens), du pays voisin (♪ Mexicooooo ♫) ou d’un pays plus lointain.

Bon, d’accord, ces visiteurs-ci vous élargissent votre trou du cul de 30cm… ça donne d’excellentes raisons de les dézinguer… En plus, les créatures ressemblent à des Belettes ou à des fouines et c’est des sales bêtes, ça !

La chose ressemblait à une belette ou une fouine qui aurait eu les pattes amputées et une queue très longue, ensanglantée, qui faisait l’effet d’un cordon ombilical. 

Sur son épaule, telle quelque hideuse mascotte, se tient une sorte de belette sans pattes avec des yeux noirs énormes. Sa queue (mais c’est peut-être un tentacule) s’enroule autour du cou de l’homme.

Anybref, le King joue avec nos peurs primales, nous balance de l’épouvante et du sang à la figure, le tout sous le regard de l’armée qui ne dit pas son nom, d’une armée qui n’a pas les mains exempte de sang.

La vue de citoyens américains enfermés derrière des barbelés, apparemment, ne faisait qu’ajouter à l’inquiétude du troisième cuistot.

— Vous  devez sans  doute plaisanter », dit le gros bonhomme avant d’ajouter, d’un ton presque indulgent : « Nous sommes en Amérique, tout de même ».
— Ah bon ? Vous trouvez qu’on observe quelque chose qui ressemble à une procédure légale, vous ?

— Quel coup monté ?
— C’est une magnifique histoire, Owen.  Comme dans tous les bons mensonges, elle intègre de grands pans de vérité.

Ce roman, écrit juste après son grave accident, ne fera pas partie de mes préférés, mais j’ai pris plaisir à le lire, même si j’ai survolé des paragraphes ou des chapitres entiers car ça digressait grave.

D’ailleurs, ne disait-on pas que les psychiatres finissaient par devenir aussi cinglés que leurs patients, sinon davantage ? 

Une fois de plus, le King frappe sous la ceinture de l’Amérique et le fait bien.

— […] Ce ne sera pas la pire mission à laquelle j’aurais participé, on s’est fait huit cents personnes à Haïti en une heure… c’était en 1989, et j’en rêve encore… mais cette fois-ci, c’est pire. Et de beaucoup. Parce que tous ces pauvres diables enfermés dans la grange, l’écurie et le corral… ce sont des Américains. Des types qui roulent en Chevrolet, font leurs courses au Kmart, et ne ratent jamais un épisode d’Urgences. L’idée d’abattre des Américains, de massacrer des Américains… ça me retourne l’estomac. Je ne le ferai que parce qu’il faut le faire si l’on veut régler cette affaire, et parce que n’importe comment la plupart d’entre eux mourraient, et de manière horrible en plus. Pigé ?

Si je l’aide à faire ça, peu importe que ce soit moi qui appuie ou non sur la détente, je serai maudit, maudit comme le type qui faisait entrer les Juifs dans les douches de Bergen-Belsen.

On l’aimera ou pas, ce roman…

PS : En ce qui concerne ma binômette de LC, la fée Stelphique, pas de chronique car la pauvre n’est pas arrivée à bout de ce pavé. Non pas qu’elle ne l’a pas aimé (même si elle a trouvé des longueurs à certains moments), mais le fait de devoir poser le roman pour en lire d’autres (les impératifs des SP), parce qu’on a la crève ou parce qu’on n’a plus envie, le rend encore plus long et je peux comprendre qu’ensuite, on n’en ait plus envie du tout. Je poste donc seule et ce 7 novembre, un roman que j’ai terminé depuis le 29 septembre (j’avais posté la chronique sur mon site pour qu’il compte dans deux challenges de septembre)…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°4 – La Vallée de la Peur – lire un livre du genre « Horreur »), Le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018) et Le Challenge « Pavé de l’été 2018 » chez Sur Mes Brizées (890 pages).

 

Nous avons toujours vécu au château : Shirley Jackson

Titre : Nous avons toujours vécu au château

Auteur : Shirley Jackson
Édition : Rivages Noir (2012)
Édition Originale : We Have Always Lived in the Castle (1962)
Traducteur : Jean-Paul Gratias

Résumé :
« Je m’appelle Mary Katherine Blackwood. J’ai dix-huit ans, et je vis avec ma sœur, Constance. J’ai souvent pensé qu’avec un peu de chance, j’aurais pu naître loup-garou, car à ma main droite comme à la gauche, l’index est aussi long que le majeur, mais j’ai dû me contenter de ce que j’avais.

Je n’aime pas me laver, je n’aime pas les chiens, et je n’aime pas le bruit. J’aime bien ma sœur Constance, et Richard Plantegenêt, et l’amanite phalloïde, le champignon qu’on appelle le calice de la mort.

Tous les autres membres de ma famille sont décédés. »

Critique :
Alors que ma PAL croule sous les nouveautés en tout genre et que je meurs d’envie de lire, voilà que ma main innocente va me sortir un vieux romans qui prend la poussière depuis quelques années sur mes étagères.

Autre petit truc marrant, ce roman est affublé partout de l’étiquette « Fantastique », il a été édité dans la collection « Terreur » chez Pocket et pourtant, l’élément fantastique y est absent.

Certes, la narration de Mary- Katherine Blackwood, dite Merricat, y est pour quelque chose, elle qui s’invente des voyages sur la Lune et qui enterre des tas de choses pour se protéger des autres.

Je retournais vers la maison lorsque je découvris un très mauvais présage, l’un des pires. Dans la pinède, le livre que j’avais cloué à un tronc d’arbre était tombé. Je supposai que la rouille avait dû ronger le clou ; et le livre – c’était un petit registre de notre père, où il consignait les noms des gens qui lui devaient de l’argent, et de ceux dont il attendait, selon lui, des services en retour -, ce livre, donc, avait à présent perdu son pouvoir de protection.

Autres qui ne sont sont pas des goules ou autres vampires loups-garous, mais les gens du village…

Pour Merricat, aller faire les courses, c’est limite traverser la ville de Bagdad tant les habitants sont hostiles aux derniers représentants de la famille Blackwood, à savoir Marie-Katherine, sa sœur aînée Constance et leur oncle Julian.

Merricat me fait un peu penser à Mercredi Addams qui aurait laissé tomber le gothique et les trucs d’outre-tombe. Tous les membres de sa famille ont beau avoir été empoisonné à leur table (parents, frère cadet, tante par alliance) avec du sucre, on ne dirait pas que ça la chagrine tant que ça.

En tant que narratrice, on suit tous les méandres de ses pensées, on la suit dans ses courses au village, on est témoin de la bassesse des villageois, puis, on l’accompagne au château, là où elles vivent, mais on a l’impression que les deux sœurs Blackwood ne nous laissent jamais vraiment franchir leur seuil de cette grande bâtisse dont elles ont condamnés des pièces depuis le décès de leurs parents.

« Nous remettions toujours les objets à leur place. Nous faisions le ménage, époussetions les tableaux et les lampes, balayions sous les lits, les tables et les chaises, secouions les tapis mais sans jamais les changer de place; le nécessaire de toilette en écaille de notre mère n’avait jamais bougé d’un millimètre sur la coiffeuse. Les Blackwood avaient toujours habité notre maison et tous avaient été animés d’un même respect de l’ordre; dès qu’une nouvelle épouse entrait dans la famille, ses meubles et ses affaires personnelles trouvaient tout normalement leur place et ainsi notre maison s’était peu à peu enrichie, solidement installée envers et contre tout. »

Petit à petit, on entre un peu plus dans le récit grâce aux élucubrations d’oncle Julian, survivant de l’arsenic dans le susucre dont Constance, sa nièce dévouée (et accusée libérée faute de preuves de crime familial) s’occupe avec attention.

Il ne faut rien rater des causeries sans queue ni tête de l’oncle, car c’est lui qui vous apprendra la vérité, même si, ayant eu pour professeurs Holmes, Poirot et Columbo, je l’avais déjà entrevue assez vite.

C’est un roman angoissant de par ses ambiances sombres, de ces deux filles qui vivent recluses dans leur manoir, suivant des rituels journaliers pires que ceux de Sheldon Cooper (TBBT), vivant dans leur monde et coupées de toute vie sociale, hormis la visite d’un cousin.

On en vient à se demander si la santé mentale de Marie-Katherine et Constance n’a pas été atteinte par les pertes qu’elles ont subies et les traumatismes qui en ont découlé, sans oublier l’hostilité des gens du village qui les oblige à fermer toutes les portes du parc du château.

À un moment donné, l’auteure va pousser l’angoisse à son paroxysme, laissant le lecteur dérouté de par la froideur de comportement de Merricat et de Constance, qui feront comme si de rien n’était, oblitérant la violence des faits qui se déroulent sous leurs yeux et faisant ensuite comme si tout allait bien.

Un roman qui pourrait en rebuter certains à cause de ses longues descriptions ou de ses scènes où il a l’air de ne pas se passer grand-chose, un roman aux ambiances angoissantes, sans que l’on sache exactement d’où elles viennes, deux filles recluses, quasi, dont l’une vit en accomplissant des rituels afin de se protéger des autres et qui donne l’impression d’être totalement passé à l’ouest niveau santé mentale.

Avant de venir à table, j’avais bien vérifié ce que j’avais l’intention de dire. « L’amanite phalloïde », commençai-je en m’adressant à lui, « contient trois poisons différents. D’abord, il y a l’amanitine, le plus lent des trois mais aussi le plus puissant. Ensuite, la phalloïdine, à effet immédiat, et enfin la phalline, qui dissout les globules rouges, même si c’est le moins vénéneux. Les premiers symptômes n’apparaissent qu’entre sept et douze heures après l’ingestion, dans certains cas pas avant vingt-quatre heures, voire quarante. Les symptômes commencent par de violentes douleurs stomacales, des sueurs froides, des vomissements..
— Écoute, fit Charles en reposant le morceau de poulet, « tu arrêtes ça tout de suite, tu m’entends ? »
Constance gloussait. « Oh, Merricat », fit-elle, un rire étouffé entrecoupant ses paroles, « quelle petite bécasse tu fais. Je lui ai montré, dit-elle à Charles, qu’il y avait des champignons près du ruisseau et dans les prés, et je lui ai appris à reconnaître ceux qui sont mortels. Oh, Merricat !
— La mort survient entre cinq et dix jours après l’ingestion, dis-je.
— Je ne trouve pas ça drôle, fit Charles.
« Petite folle de Merricat », dit Constance.

Je me demande même, à la fin, si, comme dans le film « Les autres » ou dans le roman « Le tour d’écrou », nous ne serions pas face à un personnage qui, englué dans son traumatisme, ne se serait pas inventé des survivants vivants avec elle dans ce château et les faisant intervenir selon ses envies, afin de ne pas sombrer un peu plus dans la folie.

Et c’est là que l’élément fantastique interviendrait… Tout s’expliquerait… CQFD

♫ Merrycat, dit Connie, veux-tu une tasse de thé ?
Oh, non, fit Merricat, tu vas m’empoisonner.
Merricat, dit Connie, voudrais-tu fermer l’œil ?
Dans un trou au cimetière, au fond d’un vieux cercueil ! ♪

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (235 pages).