L’enclave : Nicolas Druart

Titre : L’enclave

Auteur : Nicolas Druart
Édition : HarperCollins Noir (07/04/2021)

Résumé :
Sur l’Enclave, tout a été dit : qu’elle serait une zone blanche perdue dans la vallée du Lot, qu’on y vivrait en parfaite autonomie, qu’une créature y régnerait sans partage… Tout a été dit, mais on préfère se taire.

C’est ce à quoi le jeune adjudant-chef Stanislas Sullivan est confronté. À l’inverse de ses collègues de la gendarmerie de Buzac, il n’est pas un enfant du pays.

Aussi, quand une de ses affaires, tombée au cœur de l’été, se révèle être un cas de disparitions de pèlerins reliées à l’Enclave, il va devoir ignorer les mises en garde et faire quelques entorses à la procédure.

Ignorer les mises en garde, c’est aussi l’option prise par Vanessa, aide médico-psychologique, et Simon, infirmier, venus passer un week-end dans l’Aveyron. Pour ce tandem qui accompagne quatre adolescents aux pathologies variées, c’est une première.

Une première aussi, cette sensation de liberté quand ils naviguent sur le Lot. Oubliant pour un temps, et à tort, les chimères menaçantes des locaux…

Que cache l’Enclave ? Un monstre digne de légendes ancestrales ou une vérité macabre ? Que trouvera Vanessa en allant chercher de l’aide, une fois l’accident survenu ? Et sur quel obscur passé Stan mettra-t-il la main ?

Critique :
L’Aveyron, ça sent bon le soleil, les vacances, la farniente, les descentes en kayak, le GR de Compostelle, bref, la dolce vita !

Ben non, loupé ! Oubliez la dolce vita et foutez le camp fissa avant que le Nazgoulag ne vous attrape et que vous ne disparaissiez corps et âme.

Si ce thriller est addictif, il ne manque pourtant pas de défauts qui seront équilibrés par des qualités, notamment dans le final coup de pied au cul (même si on me l’avait déjà fait, ce coup-là).

L’écriture de l’auteur est fort visuelle, de ce côté-là, faut pas avoir peur, si votre imagination suit bien les indications de la plume, vous flipperez un bon coup et vous vous poserez bien des questions sur ce qui se passe dans l’Enclave et comment est-ce possible qu’une telle chose soit permise en France.

Une zone de non-droit dans la campagne aveyronnaise ! Pas dans le 9-3, pas en Amérique du Sud chez les narcotrafiquants, en Afghanistan ou ailleurs. Non, non, dans un petit village bucolique où les touristes se baladent.

Et les habitants des villages voisins, ils en disent quoi ? Rien, ils regardent ailleurs, comme les Humains ont toujours fait à travers l’Histoire et comme nous faisons toujours. Tant que ça ne nous touche pas, hein, on continue de regarder ses godasses.

Des disparitions ont eu lieu à proximité et personne ne dit rien, omerta totale, comme si la mafia tenait tout le monde et arrosait les flics, juges, magistrats (Al Capone, on sait que tu es là). On n’emmerde pas les gens de l’Enclave, point à la ligne. D’ailleurs, comme pour Voldemort, on ne parle pas de l’Enclave !

Comme la carte satellite de l’Enclave est floutée, cela m’a fait penser à un terrain militaire ou à la zone 51 (Fox Mulder est demandé). Le gendarme Sullivan, qui voudrait aller enquêter dans ce petit monde fermé, se fait mettre des bâtons dans les roues par tout le monde, surtout par le maire. C’est louche et ça pue !

Deux récits s’entrecroisent : ceux des moniteurs avec leur groupe jeunes trisomiques qui va rencontrer des emmerdes grosses comme des immeubles et le gendarme Sullivan qui, nouvel arrivant au bled, voudrait savoir ce que l’on traficote dans cette putain d’enclave qui sent plus que le souffre.

Les personnages ne m’ont pas fait vibrer et si l’utilisation de jeunes gens trisomiques (ou à autres problèmes) était originale, ensuite, on les perdra de vue… On en retrouvera quelques uns plus tard, ils auront leur place dans le récit, mais j’aurais aimé les suivre plus longtemps car ils étaient touchants, eux.

Peu de nuances par contre pour les méchants ! Purée, je n’ai jamais vu une telle concentration de psychopathes au km² dans un thriller, moi ! Violeurs, assassins, pédophile, amateur de tortures, bref, toutes les horreurs concentrées dans les mains de quelques uns, dont un dictateur tyrannique de la pire espèce, avec une carrure de gorille, l’esprit d’un petit pois. L’hypocrisie lui sortait par les trous de nez et les excuses à la con aussi.

Et nom de Zeus, pas besoin de savoir que l’autre dictateur a une bite comme sa carrure juste avant la scène de viol ! Par pitié ! Pas besoin non plus de donner des détails de torture d’une prisonnière qui subit des viols à répétition. De grâce ! Jai déconnecté mon cerveau car les détails étaient trop explicites à mon goût. Trop de gore tue, surtout lorsqu’il est gratuit et ne sert à rien, si ce n’est à dégoutter les lecteurs.

Ce que j’ai particulièrement apprécié dans ce thriller, ce sont les mystères qui planent sur l’enclave, ces horreurs qui semblent y être rattachées, ces légendes qui tournent autour de ce lieu mystérieux où personne n’entre, mais qui livre tous les villages alentours avec des bons produits du terroir.

Et puis, le final est génial, il m’a scotché au divan, m’a mise sur le cul, bien qu’on m’ai déjà fait ce coup de Jarnac dans un autre roman. J’aurais pu le voir si mes yeux n’avaient pas été fermés, concentrés sur autre chose.  Les indices étaient aussi tournés de manière à ce que ça ne saute pas aux yeux du lecteur et je suis contente de m’être laissée avoir.

Bon, pour profiter pleinement du final, j’ai dû faire l’impasse sur des points de détails un peu gros, notamment le silence des familles des disparus, les réactions de nos jeunes handicapés et le côté too much d’un truc que je ne peux pas dire ici sous peine de spolier. Ce sera à vous de voir si vous lisez ce thriller…

Ce thriller a aussi un petit côté Série B parfaitement assumé, ce qui a donné lieu à des petits traits humoristiques avec les pensées d’une prisonnière évadée, dans des moments de chasse à l’Homme. Non, je n’ai pas ri.

Ce thriller est addictif, remplis de mystères qui s’expliqueront tous à la fin, sans faire appel au fantastique. Dommage que l’auteur ait forcé tous les traits, donnant un caractère peu réaliste à son roman.

La surenchère est un trait de l’Homme, il adore faire peur et se faire peur, je le reconnais volontiers. Pourtant, j’aurais aimé que l’auteur en mette un chouia moins dans son récit, qu’il tienne un peu la bride à l’imagination de ses personnages et qu’il garde la pédale douce sur les scènes de tortures dont les détails n’apportent rien au récit.

Avec ce thriller, j’ai eu des hauts et des bas et sans le twist final déjà vu, il aurait terminé avec une mauvaise note. Avec ce truc (que je ne dévoilerai pas sauf si on me paie très cher), cela donne un autre éclairage sur le récit et redresse la barre, évitant de ce fait de se prendre la montagne dans la gueule.

À vous de voir ce que vous en penserez, sinon, sur Babelio, il y a des tas de critiques plus élogieuses que la mienne qui est, comme on dit chez moi « half en half » (moitié moitié).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°103].

Le Convoyeur – Tome 2 – La cité des mille flèches : Tristan Roulot et Dimitri Armand

Titre : Le Convoyeur – Tome 2 – La cité des mille flèches

Scénariste : Tristan Roulot
Dessinateur : Dimitri Armand

Édition : Le Lombard (21/05/2021)

Résumé :
De retour d’une de ses missions, le convoyeur est attaqué par surprise par la mystérieuse Chasseresse. Il sort vainqueur de l’affrontement, mais renonce à achever son adversaire.

Les deux ennemis se croisent à nouveau à la cour du Duc d’Arcasso, où cruauté et dépravation règnent en maîtres. Face à un mal qui les dépasse, convoyeur et Chasseresse seront-ils capables de s’allier ?

Critique :
Au départ, je ne pensais pas faire la chronique du deuxième tome sur le blog, mais juste la poster sur Babelio.

Ce qui m’a fait changer d’avis ?

La qualité scénaristique du tome 2 et le coup de pied au cul que je me suis prise dans le final, équivalent à une décharge de chevrotine dans le fondement, ou à celui qui a dû saisir les spectateurs lorsqu’il entendirent la voix profonde de Dark Vador prononcer ces mots « Je suis ton père ».

Il y avait des indices, mais je n’ai rien vu venir.

Le premier tome m’avait donné du plaisir de lecture, m’immergeant dans un monde où le virus de La Rouille avait renvoyé les Hommes à l’âge du Bronze ou de la Pierre. Alors, je n’ai pas traîné pour retrouver mon cher Convoyeur !

Il y avait des zones d’ombres dans le premier tome, notamment avec la femme qui semblait suivre le Convoyeur à la trace, ainsi que bien des mystères sur la personne du Convoyeur.

Lorsque l’on ouvre un deuxième tome, il y a toujours la peur qu’il ne soit pas à la hauteur du premier, qu’il tourne en rond ou en eau de boudin. Mes craintes furent vite balayées en commençant la lecture du tome 2.

Peu de temps morts, de l’action, des mystères dont on lève les voiles et le fameux putain de coup de pied au cul, notamment dans les dernières pages (mais pas que) puisque les auteurs lèvent le voile sur le mystère que cache le convoyeur, celui qui avait intrigué le Renifleur lorsqu’il avait reniflé.

Avec ce deuxième tome, on entre dans une autre dimension et les auteurs nous ont gâtés avec un scénario qui n’est pas banal.

Vivement le tome 3 !!

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°102], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°98] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

Le convoyeur – Tome 01 – Nymphe : Tristan Roulot et Dimitri Armand

Titre : Le convoyeur -Tome 01 – Nymphe

Scénariste : Tristan Roulot
Dessinateur : Dimitri Armand

Édition : Le Lombard (26/06/2020)

Résumé :
Un virus s’est répandu sur la terre. La « Rouille » s’est attaquée au fer, détruisant peu à peu les infrastructures, les véhicules, les outils… Notre civilisation est revenue à l’âge de la pierre.

Dans ce monde brutal, le légendaire Convoyeur incarne le seul espoir pour beaucoup de gens. Il accepte de remplir toutes les missions qu’on lui confie, quels qu’en soient les risques.

En échange de quoi, les commanditaires doivent simplement manger un œuf étrange…

Critique :
« Les promesses n’engagent que ceux qui y croient » disent tous les politiciens, fort utilement pour se dédouaner de tout, puisque leur langue est fourchue.

Le Convoyeur, lui, vous dira : « Ma parole est ma loi » parce que lui, il tient toujours ses promesses !

Une épidémie terrible a ravagée la Terre…

Non, pas un SARS COV, mais un virus s’attaquant au métal ! Tout ce qui possède du fer se transforme, sous l’action de ce virus, en papier friable. Les Hommes sont retournés à l’âge du Bronze et de la pierre.

Oups, j’avais oublié une chose importante : notre sang contient du fer aussi… Les dégâts ne sont pas beaux à voir. L’avantage, c’est que le virus a donné des pouvoirs à certains.

La première chose que j’ai apprécié dans cet album, ce sont les dessins et leurs couleurs. Le rendu post-apocalypse est bien détaillé et il ne faut pas de longs discours pour qu’on comprenne toutes les catastrophes découlant de ce virus : la peur et le repli sur soi en tête de liste et les paysages où trainent des carcasses de voiture, des anciens bâtiments…

Dimitri Armand, le dessinateur, m’avait déjà enchanté dans la bédé western « Sykes ».

Le scénario est élaboré, même si, au départ, il laisserait à penser qu’il va se diriger vers du classique. Que nenni, les auteurs nous réservaient quelques petites surprises de leur cru et je me suis laissée avoir. Bien vu, j’adore être surprise en littérature.

Développant un univers qui oscille entre western post-apocalypse et récit d’anticipation, ce premier album pose les bases, le personnage central du Convoyeur, homme mystérieux dont on ne saura pas tout lors de cette première rencontre.

Il est bourré de secrets, on ne sait jamais s’il est du bon ou du mauvais côté, ou entre les deux et j’ai hâte de le retrouver dans le tome 2 (en attendant les suivants) car il reste des zones d’ombres dans ce premier album et j’espère qu’on recevra l’éclairage dans le suivant.

Les flash-back sont bien différenciés du récit initial et j’ai apprécié la manière dont étaient agencées les différentes cases de ce premier tome.

Peu de temps morts durant l’album, le récit avance à un bon rythme, sans sacrifier sur le fond ou sur la forme, et en 56 pages, on en apprend déjà assez bien sur ce monde retourné dans les tréfonds de l’évolution, notamment avec les religieux qui cherchent des femmes fécondes et des enfants.

Des mystères, de l’action, du suspense, des disparitions étranges et un Convoyeur qui doit retrouver les disparus dans une forêt pleine de dangers… On frémit, on s’angoisse un peu et on passe un bon moment de lecture avec ce western post-apo d’anticipation.

Une belle découverte !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°99], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°96] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

Mon cheval de bataille : Delphine Pessin

Titre : Mon cheval de bataille

Auteur : Delphine Pessin
Édition : Didier Jeunesse – Fiction (13/10/2021)

Résumé :
C’est un grand jour pour Arthur. Il assiste à un spectacle de voltige équestre, sa passion ! À sa grande surprise, l’un des chevaux sort du rang pour le saluer affectueusement.

Ce qu’il ignore c’est que ce cheval est spécial et sait détecter les personnes malades.
Quelques jours plus tard, tout bascule : Arthur fait un malaise…

Dans l’épreuve qui l’attend, le garçon pourra compter sur sa grande sœur. Pour mieux livrer bataille, elle a même quelques idées un peu folles…

Critique :
Pour moi, une LAL, c’était bêtement une Liste À Lire, rien de plus. Depuis cette lecture, ce ne sera plus aussi banal puisque c’est aussi l’acronyme de Leucémie Aiguë Lymphoblastique.

Oui, ce roman jeunesse parle de leucémie, de cancer chez les plus jeunes, chez les enfants… En l’occurence, dans ce roman, c’est Arthur qu’elle va toucher.

Malgré la dureté du sujet, jamais l’autrice ne sombre dans le pathos, le larmoyant ou l’excès : elle n’est pas là pour que vous fassiez un don à la recherche contre la leucémie. Nous ne sommes pas dans une soirée télé où il faut faire pleurer dans les chaumières pour obtenir plus de dons que l’année précédente.

Que du contraire, elle tente de montrer l’envers du décor, celui que personne ne voit, celui auquel personne ne songe : la famille du malade… Pas question de nous montrer des parents forts, qui font front, qui se battent avec une énergie qui semble inépuisable et où tout le monde est soudé, comme dans le meilleur des mondes.

Non, une maladie pareille qui touche un jeune garçon de 10 ans, ça fait voler en éclat une famille, ça donne l’impression à la mère qui porte son fils à bout de bras, que son mari ne fait rien pour l’aider et que son adolescente de fille prend le tout à la légère parce qu’elle blague avec son petit frère malade.

La maladie, ça rend les autres de la fratrie invisible, ça leur donne la haine contre cette invisibilité, ils ont la haine sur les autres élèves de l’école qui les regardent avec pitié, qui ne savent pas quoi dire ou quoi faire, qui sont maladroits face à celui ou celle qui doit affronter la maladie d’un proche, surtout si c’est un gosse.

Ce roman, c’est un container d’émotions brutes, c’est un récit traité avec finesse, avec des nuances, sans que l’on puisse porter jugement à l’un ou à l’autre, puisque chacun est persuadé d’agir comme il le faut, ou de ne pas trouver sa place, de ne pas trouver les mots qu’il faut. Chacun essaie de faire ce qu’il peut, mais ce n’est jamais assez ou ce n’est jamais bon.

Rien n’est facile… Personne n’est préparé à ça.

Vivianne, la grande sœur d’Arthur, en pleine crise d’adolescence, va partir en vrille : personne ne la comprend et elle a raison. Son amie essaie de l’aider, mais elle s’y prend mal et ce n’est pas de sa faute non plus… La maladie fait des ravages sur son passage et des dégâts collatéraux sont impossible à imaginer au départ. Sa mère aussi part en vrille dans son désir de tout contrôler, de protéger Arthur…

Lucas, enfant malade, qui arrive à blaguer alors qu’il en a déjà bien bavé, est un bel exemple de la résilience des enfants et de leur désir d’évacuer la pression avec de l’humour noir. Un personnage très lumineux, ce petit Lucas.

Les enfants aiment qu’on leur dise la vérité, qu’on ne leur cache rien, qu’on ne minimise pas leur maladie et qu’on leur explique exactement comment le traitement va se dérouler.

Si l’autrice évite l’écueil du pathos ou du larmoyant, je vous avouerai que j’ai eu quelques fois la gorge serrée, mais pas au moment du décès d’un petit malade. L’émotion m’a submergée dans des moments de bonheur, de complicité, lors d’une visite particulière et lors d’une marche… Intense niveau émotions !

Un magnifique livre qui aborde un sujet difficile tel que la maladie des enfants et leur extrême lucidité face à ce qui pourrait les cueillir au bout du chemin. Un roman jeunesse qui aborde les différents phases des traitements de chimio et leur impact que tout cela aura sur une famille.

Magnifique et tout en finesse !

Merci à Sharon d’en avoir parlé et de m’avoir donné envie de le lire !

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°95].

Pietà : Daniel Cole

Titre : Pietà

Auteur : Daniel Cole
Édition : Robert Laffont – La bête noire (01/07/2021)
Édition Originale :
Traduction : Magali Duez

Résumé :
Tuer est son art, vous serez son chef-d’œuvre…

Londres, hiver 1989.

Un corps est retrouvé dans Hyde Park par la Metropolitan Police. La victime a gelé dans une position pour le moins inattendue : celle du Penseur de Rodin. Mais quelque chose cloche dans son regard : ce bleu intense, perçant…

Quelques jours plus tard, nouveau crime. Cette fois, ce sont les corps d’une mère et de son fils que l’on découvre, réplique exacte de la Pietà de Michel-Ange.

Londres va bientôt se transformer en musée macabre, mais personne ne le sait encore…

Critique :
Le crime est banal, la logique est rare : voilà ce que disait Holmes. Il est facile de tuer quelqu’un, il est plus difficile de faire en sorte de ne pas se faire attraper ou de donner à ses victimes une exposition digne d’un musée macabre.

Imaginez que vous laissiez votre première victime dans la position du penseur de Rodin… Tout de suite, vous passez d’une catégorie dans l’échelle des serial-killer inventifs et vous laisserez le sergent Benjamin Chambers bien emmerdé face à tel meurtre.

Dans ce récit qui sort des sentiers battus en ce qui concerne les postures des cadavres, j’ai apprécié que l’équipe de flics qui enquêtent ne soient pas des super-flics qui savent tout et à qui tout réussi. Ils ne pourront pas postuler pour un emploi au sein des Experts bien connus. On est loin aussi des équipes soudées et des chefs compétents de ces mêmes séries.

Ils sont assez réalistes, avec leurs problèmes, leurs erreurs, leur naïveté (l’agent Winter) ou leur côté borderline un peu trop poussé (l’inspectrice stagiaire Jordan Marshall). Mais au moins, ils sont persévérants, tenaces et n’hésiteront pas à outrepasser les ordres du grand chef, qui lui mérite la médaille du connard en chef. Pas très réaliste, leur chef.

Pas de côté morbide dans les scènes de crimes, l’auteur ne fera pas de la surenchère ou du voyeurisme, à tel point que vous devrez faire marcher votre imagination pour vous faire une image mentale desdites scènes : gore ou pas gore, vous êtes maître de vos pensées. On appréciera ou pas, c’est au choix.

Le fait de diviser le récit en deux périodes distinctes (1989 et 1996) apportera aussi une autre atmosphère à ces crimes puisque 7 ans plus tard, l’équipe initiale, dispersée, devra bosser avec la nouvelle inspectrice stagiaire, miss Jordan Marshall. Et repartir sur les cold-case de 1989 avec des nouveaux cadavres tout frais de 1996.

Le récit est addictif, les dialogues sont légers, apportant souvent une petite note d’humour, même si la naïveté du l’agent Winter m’a passablement énervée sur la seconde moitié du récit.

Si l’identité du coupable est assez vite connue (à la moitié), le tout sera de savoir s’ils parviendront à le coincer et à mettre fin à cette série de crimes où les victimes terminent en œuvre d’art, mais non montrables dans un musée… Ou alors au musée des horreurs (et des senteurs, parce qu’à un moment donné, ça commence à sentir, un corps mort).

Dans les bonnes choses, je soulignerai que c’est un thriller addictif, avec un modus operandi qui sort de l’ordinaire, trois d’enquêteurs qui n’ont rien des professionnels soudés de la série des Experts (eux, c’est du cinéma) et qui vont devoir bosser en schmet (en douce) de la hiérarchie pour résoudre cette succession de crimes sordides.

Vous ne verrez plus certaines œuvres d’art de la même manière…

Si ce n’est pas le thriller du siècle, il n’en reste pas moins qu’il fait le job et qu’il procure une belle dose d’adrénaline. Hélas, il lui manque un petit je-ne-sais-quoi, un petit supplément d’âme, un petit truc qui le rendrait vraiment génial. Il est bon, mais il y avait moyen de mieux faire encore…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°95], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°76]  et Le challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook.

 

Après : Stephen King

Titre : Après

Auteur : Stephen King
Édition : Albin Michel (03/11/2021)
Édition Originale : Later (2021)
Traduction : Marina Boraso

Résumé :
Grandir, c’est parfois affronter les démons qui vous hantent.

Jamie n’est pas un enfant comme les autres : il a le pouvoir de parler avec les morts. Mais si ce don extraordinaire n’a pas de prix, il peut lui coûter cher. C’est ce que Jamie va découvrir lorsqu’une inspectrice de la police de New York lui demande son aide pour traquer un tueur qui menace de frapper… depuis sa tombe.

Obsédant et émouvant, le nouveau roman de Stephen King nous parle d’innocence perdue et des combats qu’il faut mener pour résister au mal.

Critique :
Lorsque j’appris que le dernier né du King ne faisait que 320 pages et non pas les 600 habituelles, j’ai ressenti une frustration à venir : celle de ne pas obtenir ma dose de King.

Pourtant, au bout de quelques lignes, mes craintes se sont apaisées : le cru 2021 avait du corps, du bouquet et, sous les senteurs fruitées du départ, on sentait qu’ensuite viendrait les effluves de l’épouvante.

Ce nouveau King commence gentiment par le récit de Jamie qui, très jeune, aperçoit les fantômes des gens décédés.

Oh, si pour un jeune gamin, c’est impressionnant de voir le fantôme horriblement défiguré d’un cycliste qui s’est mangé une bagnole, pour le lecteur averti, ce n’est rien d’épouvantable.

Oui, le King commence gentiment, il pose ses bases, présente ses personnages, tout le monde semble cool et sympa, tout va bien dans le meilleur des mondes, même pas un croquemitaine sous le lit ! Oui, mais, on est dans un Stephen King et on se doute bien que ce n’est pas demain la veille qu’il va nous pondre du récit Bisounours.

Son récit est addictif tout en étant intelligent car le King ne se contente pas de nous parler d’un petit garçon qui voit les fantômes et avec lesquels il peut avoir des discussions (jusqu’à ce qu’ils disparaissent au bout de quelques jours) !

Non, non, il va plus loin et nous montre aussi l’épouvante générée par la crise économique de 2008.

Vous viviez pépère avec un super salaire, dans un appart génial, votre gamin allait dans une école privée, l’argent abondait, vous aviez fait des placements et un jour, patatras ! Un Madoff 2 vous a fait la position de la pyramide et là commence l’épouvante totale : hasta la vista le fric mit de côté ! Ça, pour moi, c’est plus angoissant qu’un monstre sous le lit.

Une fois de plus, la plume du King fait mouche et nous touche en plein coeur : de par ses personnages attachants, qui évoluent, qui peuvent tourner casaque. Grâce aussi à son écriture et à ce petit Jamie qui s’adresse directement à nous, établissant un lien dès les premières lignes.

Dans ce nouvel opus, pas de Méchant à part entière, juste des personnages lambdas qui, un jour, ont promis une chose et rebouffe leur parole ensuite, parce que cette chienne de Vie vient de leur faire un croche-pied monumental et qu’il faut bouffer.

Et puis d’autres qui sont passé du côté Obscur de la Force et, la cupidité aidant, n’ont plus aucun scrupules. Des gens ordinaires, en fait… Sans oublier un truc en plus, la touche fantastique qui fout la pétoche tout de même.

Comme quoi, le King reste toujours le King et même avec 320 pages, il arrive à m’emporter ailleurs, à me scotcher à son récit, à me faire sourire, à me faire frémir, à me donner des émotions et à me faire répéter, sur le final : « Non, Jamie, ne succombe pas à la tentation, ne bascule pas de l’autre côté !! », tout en serrant les fesses, parce que bon, tout de même, c’est du King ! Même si les âmes sensibles survivront sans soucis, on a connu plus angoissant.

Un roman est à la frontière (du réel ?) du polar et de l’épouvante, du fantastique et du thriller et il fait mouche, comme toujours. Comme quoi, la taille n’est pas importante (on ne le répétera jamais assez). L’ivresse est au rendez-vous, sans pour autant monter dans les degrés d’alcool.

De toute façon, il me reste encore un petit stock de King non lus, dont des gros pavés bien épais et bien saignants, alors, de temps en temps, un récit moins flippant, ça ne fait pas de tort.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°90] et le Haunted reading bingo du Challenge Halloween 2021 chez Lou & Hilde – USA.

Manger Bambi : Caroline de Mulder

Titre : Manger Bambi

Auteur : Caroline de Mulder
Édition : Gallimard (07/01/2021)

Résumé :
Bambi, quinze ans bientôt seize, est décidée à sortir de la misère. Avec ses amies, elle a trouvé un filon : les sites de sugardating qui mettent en contact des jeunes filles pauvres avec des messieurs plus âgés désireux d’entretenir une protégée.

Bambi se pose en proie parfaite. Mais Bambi n’aime pas flirter ni séduire, encore moins céder. Ce qu’on ne lui donne pas gratis, elle le prend de force.

Et dans un monde où on refuse aux femmes jusqu’à l’idée de la violence, Bambi rend les coups. Même ceux qu’on ne lui a pas donnés.

Critique :
Oubliez le gentil petit faon de votre enfance !

Ici, Bambi, c’est une jeune fille de quinze ans qui a bouffé de la vache enragée toute sa vie et qui en veut à la terre entière, sauf à sa mère, bizarrement, alors qu’elle est alcoolo, brutale, en décrochage total dans l’éducation de sa fille, du ménage, bref, elles vivent dans un taudis.

Bambi, pour se faire des thunes, décide de jouer avec les sugar daddy, ces hommes dans la force de l’âge qui veulent se faire des petites jeunes. Bambi ne fait pas ça pour payer ses études, comme bien des filles, mais pour palper le max de pognon et, au passage, leur écraser les roustons.

Bambi, c’est du maquillage genre camion volé, tu vois ? Faut masquer les coups qu’elle s’est prise dans la face, par sa daronne. Son daron ? Il a joué les filles de l’air, il a juste laissé son Sig Sauer et Bambi, elle aime jouer avec l’arme. Pour elle, c’est l’équivalent d’un doudou chez un marmot.

Avec son gun, elle se sent plus forte. C’est plus izi (easy) pour forcer les daddy à filer leur oseille.

Bambi, c’est cru, trash ! Autant dans le récit que dans le langage. Wesh, les mecs et les bitch, va falloir réviser son argot et son langage d’jeun’s ! TKT, Google vous aidera si vous captez pas.

Bambi, c’est du roman noir à fond d’blinde ! T’y aventures pas si tu cherches des petits coeurs roses, tu trouveras que dalle !

L’autrice te raconte la misère ordinaire, simple, courante, celle que l’on a croisé un jour dans notre vie et qu’on a vite détourné les yeux, se moquant de la gonzesse ou du mec qui sentait pas bon, sans penser que sa mère elle avait p’têt abdiqué le ménage.

Avec ce langage cru, celui des jeunes de nos jours, ça renforce le côté filles en perte de vitesse, filles qui se donnent un genre, filles qui se pensent les plus fortes, et qui le sont, sauf quand le vernis craque et qu’on se rend compte qu’elles ne sont que des filles paumées, apeurées. Mais plutôt crever la gueule ouverte que de l’avouer !

Avec un personnage comme Bambi et ses copines, tu sais pas trop si tu dois leur coller des claques dans leur gueule de petites merdeuses, les flinguer direct ou laisser pisser le mérinos.

Elles sont trop loin dans la misère sociale que pour espérer les en sortir. L’autorité, elles en veulent pas. Bambi encore moins. Elle aime que sa mère et ses deux copines. Parfois avec des clash…

Bambi, c’est un roman noir vachement noir, mon frère. Le rayon de soleil ? Cherche pas et carre-le toi bien profond où tout le monde pense. Y’a pas d’édulcorant, pas de sucre, ou alors, c’est de la poudre qu’on sniffe.

Bambi, c’est le récit d’une société qui part en couilles, qui abandonne ses jeunes, qui ne sait pas comment les aider, qui le fait, mais mal.

C’est l’histoire de gamines qui ne savent pas trop si elles veulent être sauvées ou pas. Et si oui, même elles ne savent pas comment, hormis palper le grisbi et se tirer en Thaïlande pour glander grave sa mère. Ce qui ne les aiderait pas, mais ça, elles en savent que pouic.

Bambi, c’est un roman noir qui te met mal à l’aise. C’est un roman trash qui parle de violences, de coups tordus, d’arnaques, de pétage de plombs de ce qui fut, un jour, une gentille petite fille tout mignonne et qui, à cause de cette chienne de vie, a mal tournée et est devenue enragée envers le monde entier.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°88].

Le dernier chant : Sonja Delzongle

Titre : Le dernier chant

Auteur : Sonja Delzongle
Édition : Denoël Sueurs froides (31/03/2021)

Résumé :
Et si les animaux n’étaient que de malheureuses sentinelles…

C’est le bruit, qui tue. Le dernier chant. Il apporte la mort. Telle est la prédiction de la vieille Innu devant l’immense cimetière qu’est devenu le fleuve Saint-Laurent en ce matin d’août 2021. À perte de vue, des marsouins, des bélugas, quelques orques, flottent le ventre en l’air. Une hécatombe sans précédent.

Deux mois après, dans une réserve du Congo, les gorilles succombent eux aussi à un mal inexpliqué. Et, chose stupéfiante, les survivants, prostrés semblent pleurer…

Quel lien entre ces phénomènes qui se multiplient dans le monde ? A qui profite la disparition de ces êtres vivants ? C’est ce que se demande Shan, chercheuse à l’Institut de virologie de Grenoble, en découvrant le dossier déposé sur son bureau par un stagiaire.

La voilà décidée à mener l’enquête, seule. Mais déjà, des yeux la surveillent, quoi qu’elle fasse, où qu’elle s’envole… Et à l’approche de la vérité, Shan mettra en jeu non seulement ses convictions, mais aussi sa propre vie.

Critique :
Voilà un roman dont il ne me sera pas facile de faire la chronique car j’ai vécu des émotions intenses durant ma lecture et va falloir faire passer dans ma chronique.

A contrario, certaines petites choses ont eu tendance à moins bien passer durant ma lecture…

Commençons par le positif : les émotions ressenties durant la lecture ! Elles furent intenses, surtout au départ, avec les décès inexpliqués de plusieurs mammifères, dont des baleines et des gorilles. Ça vous prend aux tripes car l’autrice arrive à vous décrire cette hécatombe sans pour autant en faire des tonnes.

C’est un polar écologique d’anticipation, mais on se doute qu’il ne faudra pas attendre des centaines d’années pour arriver à ce genre d’extinctions de masse… La date butoir est plus proche qu’on ne le pense. Je dirais même plus, ça a commencé depuis longtemps !

Anybref, cette première partie est intense et bourrée de suspense, de mystères, à tel point que je me demandais comment l’autrice allait se dépatouiller de tout cela dans le final du roman : de manière folle ou en restant les pieds sur terre ? Ouf, elle n’a pas suivi le chant des mauvaises sirènes…

L’avantage de ce polar écologique, c’est qu’en plus d’être addictif, bien écrit, il vous envoie vous coucher moins bête qu’avant, vous pousse à des réflexions et donne matière à réfléchir sur notre mode de vie toujours plus fou, exagéré, bourré de gaspillage, de douleurs animales, de foutage des ressources de la planète en l’air…

Les personnages croisés sont bien campés, bien typés, j’ai apprécié celui de Shan, la scientifique, qui est un personnage fort complexe et rempli de fêlures : débarquée de son pays en France, ce ne fut pas rose tout les jours, les Blancs ayant tendance au dénigrement des autres.

Pourtant, Shan, qui est intelligente, aura parfois un comportement un peu imbécile : se ruer sur des évidences un peu trop grosses, faire confiance à des gens qu’elle ne connait pas, discute avec un Deadbot sans y voir malice et fait du quad deux jours après sa sortie de l’hôpital (non, je ne crois qu’après ÇA, il soit indiqué de faire du quad, mais je ne suis pas médecin). Les HPI ne sont pas toujours les plus intelligents…

Dans le récit, qui à un moment donné vire vers quelques théories complotistes (les personnages pensent ce qu’ils veulent, pas obligé de les croire sur parole), l’autrice nous parle du « covirus », nous rappelant ce que nous avons vécu, mais sans aller plus loin. Il semble d’ailleurs terminé puisque personne ne porte de masque et que tout le monde vit l’un sur l’autre (la vie d’avant !). Alors, pourquoi en parler ? On aurait pu le bazarder de l’équation.

Détail sans importance, je vous l’accorde. Là où le bât a blessé grave sa mère (je parle d’jeun’s), c’est dans le final, version Zorro qui arrive pile au bon moment, sorte de deus ex machina qui n’arrive que dans les romans ou les films (dans la vie réelle, cours toujours) et dans le fait que les Grands Méchants ont tout des stéréotypes des méchants croisés dans des films drôles et débiles : zéro crédibilité ! Dommage.

Si le départ avait été correctement amorcé, bourré d’émotions en tout genre, de mystères, de suspense, de questionnements, ça se détériore un peu dans la seconde partie.

Les théories complotistes viennent se mélanger avec d’autres théories abordées dans le  récit, le rendant chaotique. Cela donne l’impression que l’autrice veut trop en faire, trop mettre de sujets différents dans son récit, on s’éparpille un peu au lieu de ce concentrer sur ce qui nous avait fait mener l’enquête du début.

N’allez pas croire que ces bémols ont gâchés ma lecture, le positif l’emportera sur les points négatifs. Le récit est entraînant et diaboliquement efficace.

Que faisons-nous subir à la Terre et aux animaux ? La Terre nous survivra, elle a connu pire que les virus que sont les Humains.

Mais nous ? Survivrons-nous alors qu’on se tire des balles dans les pieds, qu’on (nous) scie les branches sur lesquelles nous sommes assis ? Il me restera des questions sans réponse… Un jour, on le saura et il sera trop tard…

Un thriller écologique qui apporte des émotions, des questionnements et qui est terriblement addictif. À découvrir, malgré ses petits défauts…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°77], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°89]. et le Haunted reading bingo du Challenge Halloween 2021 chez Lou & Hilde (Écologie).

Temps noirs : Thomas Mullen

Titre : Temps noirs

Auteur : Thomas Mullen
Édition : Rivages Noir (04/03/2020)
Édition Originale : Lightning Men (2017)
Traduction : Anne-Marie Carrière

Résumé :
L’officier Denny Rakestraw et les « officiers nègres » Lucius Boggs et Tommy Smith ont du pain sur la planche dans un Atlanta surpeuplé et en pleine mutation.

Nous sommes en 1950 et les tensions raciales sont légion alors que des familles noires, y compris la sœur de Smith, commencent à s’installer dans des quartiers autrefois entièrement blancs.

Lorsque le beau-frère de Rake lance un projet visant à rallier le Ku Klux Klan à la « sauvegarde » de son quartier, les conséquences deviennent incontrôlables, forçant Rake à choisir entre la loyauté envers sa famille et la loi.

Parallèlement, Boggs et Smith tentent d’arrêter l’approvisionnement en drogues sur leur territoire, se retrouvant face à des ennemis plus puissants que prévu : flics et ex-détenus corrompus, chemises noires nazies et voyous du Klan.

Critique :
Darktown, le premier volume, était déjà du tout grand roman noir. La suite est du même acabit et peut trôner parmi les grands sans aucun problème.

Dans ce roman noir qui se déroule à Atlanta en 1950, au coeur de la ségrégation raciale, vous croiserez des personnages peu fréquentable, dont certains se baladent avec une taie d’oreiller blanche sur la tête.

D’autres, pas mieux, adorent porter des costumes bruns avec des éclairs rouges cousus en insignes. Cela fait 5 ans que l’Adlolf s’est fait sauter le caisson et aux États-Unis, certains ont la nazi nostalgie.

Si vous lisez ce roman et que vous faites partie de la cancel culture, vous risquez de tressaillir à toutes les mentions « Négros » ou de « singes »… Je n’aime pas ces mots, mais en 1950, dans le Sud des États-Unis, montrer du respect pour une personne de couleur vous valait l’exclusion de tout. Personne ne parle d’afro-américains.

Ne pas utiliser les termes insultants dans un roman se déroulant à ces époques serait un anachronisme aussi gros que de doter les femmes du droit de vote à une époque où elles ne l’avaient pas.

Ce fut avec un plaisir énorme que j’ai retrouvé mes deux agents Noirs (ou nègres, pour l’époque) : Lucius Boggs et Tommy Smith. Ce n’est pas à proprement parler d’une suite de leur première enquête, nous sommes 2 ans plus tard, mais l’auteur y fera quelques allusions. Les deux romans peuvent se lire indépendamment l’un de l’autre, mais faites-vous plaisir avec les deux.

Deux années se sont écoulées et rien n’a changé dans leurs droits, qu’ils n’ont pas. La frontière entre les quartiers Blancs et Noirs bouge, pour la plus grande peur des Blancs, bien entendu et les envies de lyncher du Noir est toujours présente, chez les membres du KKK, chez les nazis ou tout simplement chez les citoyens lambdas, ceux des beaux quartiers.

L’intrigue est une véritable toile d’araignée, aux multiples ramifications. Rien n’est simple, tout est imbriqué et rien n’est comme on pourrait le penser. Les arcs narratifs sont multiples, comme les personnages et la ville d’Atlanta est un personnage à part entière, qui vit, qui bouge.

C’est tout un pan de la vie sudiste qui est décrit dans ce roman noir puissant. Tout y pue le racisme primaire, la ségrégation, que l’on soit chez les Blancs ou chez les Noirs qui vivent dans les beaux quartiers de Sweet Auburn et qui méprise ceux des quartiers populaires vivant dans des taudis (ou s’apparentant à des taudis). Personne n’est frère.

Jamais les personnages ne sombrent dans le manichéisme, que l’on soit avec nos deux flics Noirs (Boggs et Smith), des gens qui quartier Blanc ou avec des klansmen. Tous ont des nuances, des peurs, des rêves, des casseroles au cul ou des squelettes dans les placards. C’est comme une pelote de laine que l’on dévide.

Oserais-je dire que personne n’est tout à fait blanc ou noir, mais dans des nuances de gris, pouvant passer de l’ombre à la lumière. Les gens ont des règles, des idéaux, mais parfois, ils se fracassent face à la vie dure que l’on mène à Atlanta ou face aux événements qui s’emballent et débouchent là où le personnage ne le pensait pas.

Face à un vrai roman noir se déroulant durant la ségrégation raciale des années 50, il ne faut pas s’attendre à ce que les Bons gagnent et que les Vilains aillent en taule. Dans un roman noir tel que celui-ci, le happy end, faudra s’asseoir dessus et se le carrer où… où vos voulez, c’est vous qui décidez.

Roman noir puissant, réaliste, à la trame scénaristique réfléchie, poussée, rien n’est simple, ni facile, où les multiples arcs narratifs nous entraînent dans plusieurs endroits d’Atlanta avant de tous se terminer dans un final hautement violent qui ne sera pas celui entre les Noirs et les Blancs (trop facile).

Pas de manichéisme, juste des personnages qui essaient de vivre comme ils peuvent, sans se mettre à dos leur communauté (pas facile), de louvoyer dans cet océan de haine tout en restant fidèle le plus possible à leurs idéaux, qu’ils soient respectueux des autres ou pas.

La ligne rouge n’est jamais loin et il n’est jamais facile de respecter ses engagements pris un jour, lorsque l’on se retrouve confronté à la complexité humaine.

Un roman noir puissant, sans édulcorants, sans sucre, noir de chez noir et à l’arôme brut que l’on savoure avec plaisir, même si l’époque n’est pas celle des Bisounours.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°53].

Le carnaval des ombres : R. J. Ellory

Titre : Le carnaval des ombres

Auteur : R. J. Ellory
Édition : Sonatine (06/06/21) – 605 pages
Édition Originale : Carnival of Shadows (2014)
Traduction : Fabrice Pointeau

Résumé :
1959. Alors qu’un cirque ambulant vient de planter son chapiteau dans la petite ville de Seneca Falls, Kansas, un corps couvert d’étranges tatouages est découvert sous le carrousel.

Dépêché sur les lieux, l’agent spécial Michael Travis n’est pas aidé par les membres du cirque, peu enclins à livrer leurs secrets. Mais l’affaire prend vite une tournure inattendue…

Critique :
En juin, il n’y avait pas que le Mois Anglais, il y avait aussi la sortie du dernier roman de R.J Ellory et rien ne me fait plus plaisir que de lire ses romans !

Double plaisir puisque l’auteur, anglais, a toujours pour décor l’Amérique.

Celle des années 50 est encore plus intéressante car les nouvelles technologies sont absentes, c’est la Guerre Froide et il y a toujours moyen d’écrire un super roman sur ces périodes.

Au départ, c’est une enquête de routine qui échoue dans les mains de l’agent spécial senior, Michael Travis. Son enquête dans une fête foraine où se produisent quelques phénomènes est, somme toute, assez classique.

Ce qui l’est moins, c’est la personnalité de Michael Travis : il est fracassé, torturé (mais ne fume pas, ne bois pas, ne se drogue pas), son enfance n’a guère était agréable et il est aussi raide qu’une planche à repasser ! Limite un manche de balai enfoncé dans le cul tant il est respectueux des règles. « Fuck the rules » ne sera jamais tatoué sur son bras (aucun tatouage, d’ailleurs).

Travis est pétri de certitudes, il a ses propres convictions et lui faire ouvrir les yeux ne sera pas une mince affaire, lui qui a les pieds bien trop ancrés dans la réalité et totalement imperméable à la magie où à l’inexplicable.

Son passé, nous l’apprendrons pas bribes, les épisodes malheureux de sa vie de retrouvant insérés entre deux chapitres de son enquête. Plus intelligent pour un auteur de nous apprendre par petits morceaux que de commencer son récit par la vie de son personnage principal. En tout cas, moi, ça me plait ainsi.

Les ambiances « Amérique des années 50 » étaient bien présentes, Ellory étant doué pour les descriptions, sans devoir en faire des tonnes, comme il est doué pour créer des personnages réalistes, bien ancrés dans le récit et ayant une véritable présence physique.

Si les freaks de son récit ne sont pas comme ceux du roman de Katherine Dunn « Amour monstre » ou comme ceux chez Harry Crews, « La malédiction du gitan », les siens auraient plus des airs de famille avec les phénomènes qu’un Stephen King aurait pu mettre en scène dans l’un de ses romans.

Ici, pas de sœurs siamoises, d’enfant poisson ou de nain culturiste, mais des gens possédant certains pouvoirs… Parfois même plus de doigts que la normale…

Lors de la première partie du récit, bien que je m’y sois trouvée aussi bien qu’un poisson dans l’eau, je ne pouvait m’empêcher de le trouver normal : un homme assassiné, une enquête d’un agent du FBI (et pas un Fox Mulder) en solo, une fête foraine sortant de l’ordinaire, bref, pas de quoi  défriser la moustache à Hercule Poirot…

Puis tout à coup, j’ai compris que sous le tapis, il y avait des saloperies, des cafards puants, ainsi que des squelettes dans les placards et une fois que ça a commencé à sortir, j’ai compris pourquoi me camarade blogueurs/euses avaient trouvé le dernier roman d’Ellory génial ! Ah oui, putain, je confirme !

Ellory a beau être un auteur anglais, il a une capacité d’analyse de l’Amérique, qu’elle soit profonde, politicienne ou institutionnelle (FBI, CIA,…), extraordinaire. Sa plume devient scalpel et il la dissèque, sortant ses viscères (pas toutes à la fois) à la manière d’un prestidigitateur pour nous les exposer sous nos yeux ébahis.

Son truc est qu’il utilise sûrement une plume magique qui sait si bien mettre les mots sur les idées, sur les actions qu’on a l’impression de ne pas être dans un roman mais de le vivre vraiment, aux côtés des personnages.

Une fois de plus, Ellory nous livre un roman sombre, où l’Amérique et ses institutions ne sortiront pas grandies (mais nous le savions déjà).

Prenez place dans le chapiteau du Carnaval Diablo, laissez-vous emporter par la magie du spectacle, ouvrez votre cœur, laissez vos certitudes, vos convictions, vos préjugés sur le bas-côté et embarquez dans ce voyage fait d’illusions, de vérités, de révélations où vous pourriez en sortir grandi, comme notre agent spécial Travis.

Lu l’édition Sonatine de 605 pages et c’est avec lui que je termine ce Mois Anglais qui fut aussi magique que ma lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°312], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°65], et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, CryssildaTitine et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.