Guerilla social club : Marc Fernandez

Titre : Guerilla social club

Auteur : Marc Fernandez
Éditions : Préludes (2017) / LP (2018)

Résumé :
Deux hommes disparaissent à Madrid. Un autre à Paris et une femme à Buenos Aires. Chaque fois, le même scénario : les victimes sont enlevées et leur cadavre retrouvé mutilé. Toutes ont aussi un passé commun : leur combat contre les dictatures d’Amérique latine dans les années 1970 et 1980.

Parmi ces disparus figure l’un des amis du journaliste madrilène Diego Martín. Il décide de se pencher sur cette affaire pour son émission de radio, aidé par la détective Ana Durán, sa complice de toujours, et par l’avocate Isabel Ferrer.

Une enquête de tous les dangers qui va les mener de l’Espagne à l’Argentine en passant par le Chili, et les obliger à se confronter aux fantômes de l’Histoire. Ce qu’ils découvriront fait froid dans le dos, car, quarante ans après l’opération Condor, le rapace continue de voler.

L’auteur de l’acclamé Mala Vida, finaliste du Grand Prix des lectrices de Elle, revient avec un nouvel opus, plus haletant que jamais, à cheval entre l’Europe et l’Amérique latine, où le passé vient frapper à la porte d’anciens guérilleros… Ennemis un jour, ennemis toujours.

Critique :
Lorsqu’un roman noir de politique-fiction est bien mené, il instruit son lecteur, le rend moins bête.

Ce fut le cas avec ce deuxième tome de l’auteur, où j’ai retrouvé les personnages de Mala Vida, sauf que je connaissais une partie de l’histoire.

Quelle histoire ? Les dictatures sud-américaines des années 70-80 et leurs exactions (tortures, enlèvements, disparitions, meurtres, assassinats,…). Attention, je ne connais pas tout mais les grandes lignes oui, vu que ce mois de mai, j’ai lu assez bien de romans noirs se déroulant en Amérique du Sud.

Cette fois-ci, notre journaliste Diego Martín ne va pas enquêter, comme dans le premier, sur les assassinats d’ancien guérilleros, retrouvés morts, après avoir été torturé et ce, 30 ans après les faits.

Non, Diego Martín ne va pas rester les bras croisés et muet, loin de là, mais ce sera surtout Isabel et Léa en Argentine qui vont mettre à jour des dossiers et au fur et à mesure que chacun apportera sa pierre à l’édifice, la solution apparaîtra dans toute son horreur.

Une fois de plus, le récit est glaçant car même si en l’état, c’est une fiction, on sait que ce qui est développé dans le récit à notre époque s’est déjà passé et se passera encore car il est un excellent moyen pour manipuler les gens et les faire accepter ce que vous proposez pour leur sécurité.

L’auteur est habile pour mêler le vrai et le faux, la réalité et la fiction, cette dernière servant de liant pour parler du passé et des horreurs des dictatures militaires sud-américaines.

Comme nous repartons avec la même équipe, nous sommes en terrain connu, mais cela n’empêche pas l’auteur de continuer de soigner les portraits de ses personnages, de les rendre réalistes à tel point qu’on aurait envie d’aller boire un verre avec eux à la Casa Pepe (en terrasse, bien entendu). En tous les cas, Ana reste ma préférée.

C’est comme toujours percutant et comme le roman est assez court, l’auteur va directement à l’essentiel et ne perd pas de temps, allant droit au but. Peut-être qu’un peu plus de pages n’auraient pas fait de tort et auraient données encore plus de poids au récit, même s’il pèse déjà lourd dans mon esprit.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°262] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021 [31ème et avant-dernière fiche].

Mapuche : Caryl Férey

Titre : Mapuche

Auteur : Caryl Férey
Édition : Gallimard Série noire (2012) / Folio Policier (2014)

Résumé :
Jana est Mapuche, fille d’un peuple indigène longtemps tiré à vue dans la pampa argentine. Rescapée de la crise financière de 2001-2002, aujourd’hui sculptrice, Jana vit seule à Buenos Aires et, à vingt-huit ans, estime ne plus rien devoir à personne.

Rubén Calderon aussi est un rescapé un des rares « subversifs » à être sorti vivant des geôles clandestines de l’École de Mécanique de la Marine, où ont péri son père et sa jeune sœur, durant la dictature militaire.

Trente ans ont passé depuis le retour de la démocratie. Détective pour le compte des Mères de la Place de Mai, Rubén recherche toujours les enfants de disparus adoptés lors de la dictature, et leurs tortionnaires…

Rien, a priori, ne devait réunir Jana et Rubén, que tout sépare. Puis un cadavre est retrouvé dans le port de La Boca, celui d’un travesti, « Luz », qui tapinait sur les docks avec « Paula », la seule amie de la sculptrice.

De son côté, Rubén enquête au sujet de la disparition d’une photographe, Maria Victoria Campallo, la fille d’un des hommes d’affaires les plus influents du pays.

Malgré la politique des Droits de l’Homme appliquée depuis dix ans, les spectres des bourreaux rôdent toujours en Argentine. Eux et l’ombre des carabiniers qui ont expulsé la communauté de Jana de leurs terres ancestrales…

Critique :
Ayant souvent voyagé à travers le monde avec l’agence « Caryl Ferey », c’est toujours avec crainte que je prends un billet d’avion dans sa compagnie car je sais que je vais trinquer, avoir mal au bide, au cœur, aux tripes.

Il m’a fallu 9 ans avant de sortir celui-ci de ma PAL (et pourtant, je voulais le lire au plus vite) et avant de l’ouvrir, j’ai pris une grande respiration.

Argentine, Buenos Aires, dans les taudis avec des gens qui tirent le diable par la queue en se prostituant…

Une Mapuche (Jana) dont le peuple a été génocidé durant des siècles et un travelo, « Paula » sont amis. Une belle amitié, forte, puissante, mais nous sommes en voyage avec Caryl Ferey, alors, oubliez les Bisounours et entrez dans l’Histoire super sale de l’Argentine et des enfants volés durant la dictature (parents torturés et assassinés ensuite).

J’ai attendu 9 ans avant de me faire gifler, boxer et mettre au tapis… Non je ne déposerai pas plainte, ça fait toujours du bien de se faire tabasser par la littérature et par des personnages forts, puissants, réalistes et qui ont pris une place dans ma vie, comme s’ils étaient vraiment vivants.

Une fois de plus, l’auteur mélange adroitement les faits historiques dans un récit de fiction, imbriquant l’un dans l’autre afin d’essayer de nous faire prendre conscience de ce que furent les années de dictature en Argentine.

Il est impossible de prendre tout en compte (sans compter que les morts ne peuvent plus témoigner) dans les atrocités qui eurent lieu et des périodes qui ont suivi où certains ont tenté vaille que vaille de faire comparaître en justice les tortionnaires avant qu’une amnistie générale ne leur donne l’absolution totale, au mépris des mères et grands-mères qui ont perdu leurs enfants, petits-enfants.

Malgré tout, l’auteur a tout de même réussi à nous brosser un tableau fort sombre, violent, limite à vomir pour une scène qui sera racontée dans un cahier.

Si vous n’avez pas envie de lire un roman sombre, glauque, violent, vaut mieux ne pas le lire, même si l’auteur ne fait que raconter ce qu’il fut durant ces années de plomb. Le cœur trinque et les tripes se serrent en imaginant la douleur de ces personnes qui ont perdu des proches (et encore, ne l’ayant jamais vécu, on ne pourra jamais ressentir leur douleur).

La réalité historique est déjà d’une violence rare et l’auteur en a ajouté dans son récit, doublant la dose. Avec toutes ces personnes qui mouraient dans d’atroces circonstances, j’aurais pu décrocher du récit, mais Jana et Rubén Calderon, le détective, m’ont scotchés à leur histoire et grâce à eux, j’ai pu traverser ces horreurs.

Mapuche est un roman noir fort sombre, qui mélange adroitement les faits réels et un récit de fiction, lui donnant plus de poids que si nous avions juste lu des chiffres ou des faits ad nauseam. Le roman ne nous apprend pas tout mais il est tout de même éclairant sur ce qu’il se passe durant les années de la dictature militaire et dont on ne parle pas assez souvent.

Maintenant, lorsqu’on me parlera de la coupe du monde en Argentine (78), je penserai aux gens que l’on torturaient pendant que d’autres marquaient des goals et couraient sur la pelouse.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°258] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Patagonie, route 203 : Eduardo Fernando Varela

Titre : Patagonie, route 203

Auteur : Eduardo Fernando Varela
Édition : Métailié (20/08/2020)
Édition Originale : La marca del viento (2019)
Traduction : François Gaudry

Résumé :
Perdu dans l’immensité du paysage, il se trouve confronté à des situations aussi étonnantes et hostiles que le paysage qui l’entoure.

Saline du Désespoir, La Pourrie, Mule Morte, Indien Méchant et autres lieux favorisent les rencontres improbables avec des personnages peu aimables et extravagants : un journaliste qui conduit une voiture sans freins et cherche des sous-marins nazis, des trinitaires anthropophages qui renoncent à la viande, des jumeaux évangéliques boliviens gardiens d’un Train fantôme, un garagiste irascible et un mari jaloux…

Au milieu de ces routes où tout le monde semble agir avec une logique digne d’Alice au pays des merveilles, Parker tombe amoureux de la caissière d’une fête foraine.

Mais comment peut-on suivre à la trace quelqu’un dans un monde où quand on demande son chemin on vous répond : « Vous continuez tout droit, le jeudi vous tournez à gauche et à la tombée de la nuit tournez encore à gauche, tôt ou tard vous allez arriver à la mer » ?

Ce fabuleux premier roman est un vrai voyage à travers un mouvement perpétuel de populations dans un paysage dévorant, auquel le lecteur ne peut résister.

Critique :
Prêt pour un road-trip loufoque, dingue, déjanté à travers une contrée immense et perdue au bout du monde ?

Où ? En Patagonie. Non, non, pas celle de Florent Pagny, celle de la pampa, des routes sans fin où les indications se résumeront à des « le jeudi, tu tourneras à gauche » ou tout simplement à des « c’est par là, là-bas »…

— C’est loin, Teniente Primero López ?
— Deux jours, s’il n’y a pas de vent. Tu files tout droit et demain tu tournes à gauche, tu traverses la colline, puis encore à gauche pendant une demi-journée, plus ou moins.

Bien installée dans le camion de Parker, je suis allée à la rencontre de gens totalement barjes, dingos, déjantés, dont on n’est jamais sûr qu’ils plaisantent où sont sérieux.

Parker est un camionneur dont on ne croisera que peu souvent la route, tellement il est atypique. Transportant des marchandises pas déclarées, il prend les petites routes pour éviter les douaniers et dort à la belle étoile après avoir installé ses meubles dehors. Atypique, je vous dis.

Je n’ai pas osé rire de son prénom, Parker, car il était tellement fier de porter le nom d’un célèbre marque de stylo (oserais-je lui dire que j’en possède toujours un ?).

Les pieds sur le tableau de bord, je me suis laissée bercer par ce voyage en absurdie, croisant la route d’un chercheur d’U-Boots nazis (ils auraient accostés en Argentine), qui cherche aussi des galions remplis d’or échoués sur une plage ; de deux employés du train fantôme pas des plus fûtés ; d’un garagiste qui semblait se foutre de nous et j’ai même taillé un bout de gras avec un néo-nazi pas si méchant que ça (qui l’eut cru ?).

Hélas, malgré la magnificence des paysages, ces espaces immenses, arides, ces terres désolées, inhospitalières et sublimes (Florent n’y chantait pas ses murs porteurs), malgré les routes droites, malgré les portraits hauts en couleurs de personnages croisés au fil de notre périple, malgré une histoire d’amour toute bêêêllle (mais pas Harlequin !), à un moment donné, à un arrêt, Parker est reparti sans moi et j’ai eu beau courir derrière le camion, jamais je n’ai réussi à me réinstaller dans la cabine.

Le vent n’a pas soufflé dans la bonne direction une fois passé la moitié du livre, il me soufflait dans la gueule et j’ai terminé ce roman à l’arrache.

Dommage parce que notre histoire avait bien commencée et le côté loufoque, décalé, me plaisait beaucoup.

 

Mafalda – Tome 03 – Mafalda revient : Quino

Titre : Mafalda – Tome 03 – Mafalda revient

Scénariste : Quino
Dessinateur : Quino

Édition : Glénat (1980 – 20210)

Résumé :
On ne présente plus Mafalda, petite fille vive qui découvre la vie, ses joies, ses absurdités et ses horreurs. À travers l’éveil d’un enfant Quino nous livre sa réflexion sur le monde et sur l’étrange animal qui le peuple : l’être humain.

Critique :
Mafalda est une fois de plus en très grande forme ! Mieux que le Monde qui, souffrant de partout, est alité. Mafalda n’a pas tort, il souffre, le Monde et elle le veille.

Qui mieux que cette petite gamine pourrait mettre le doigt sur tout ce qui ne va pas dans le monde, à l’étranger comme dans son pays, l’Argentine ?

Toujours dans un style épuré, Quino continue de faire évoluer Mafalda dans ses réflexions sur un peu tout les sujets et pas que les politiques.

Grinçante, caustique, amusante, philosophe, cette gamine en jupe courte et ses amis m’ont encore fait passer un bon moment avec leur grippe, leurs caramels mous, l’incompétence de Manolito à l’école, ses coupures pubs, Felipe et son amour pour les westerns,…

Mafalda, c’est à lire quand tout va mal ou quand tout va bien car c’est un plaisir sans fin que de la lire, la relire, la découvrir ou y revenir.

Le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021. et le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 48 pages.

Mafalda – Tome 02 – Encore Mafalda : Quino

Titre : Mafalda – Tome 02 – Encore Mafalda

Scénariste : Quino
Dessinateur : Quino

Édition : Glénat (1980 – 2010)

Résumé :
La petite Mafalda nous revient ici tout aussi espiègle que dans le précédent album. Elle se pose encore et toujours tout un tas de questions sur le monde qui l’entoure, un monde en constante évolution et difficile à cerner.

Mafalda apparaît comme une sorte d’observateur extérieur à la bêtise engendrée par les autres.

Critique :
Un coup d’barre ? Mafalda et ça repart !

Il fait sombre, le temps est humide, froid, les infos ne donnent pas envie de danser la mazurka, ni le tango, alors je m’injecte une dose de Mafalda et tout va mieux.

Pourtant, dans les réflexions de Mafalda, il y a du cynisme, et que des vérités sur le monde, cela pourrait vous filer la dépression automatiquement, mais non, ça vous file un sourire béat.

Mafalda a une conscience du monde que les adultes n’ont pas, elle connaît la politique de son pays, nous parle des armes, de la surpopulation qui les guette dans 30 ans, des vacances, de l’école, de la soupe qu’elle n’aime pas, d’environnement…

Bref, cela a beau dater des années 80 (pour la France, pour l’Argentine, c’est de 64 à 73), ça ne vieillit pas même s’il faut tout de même avoir une culture générale correcte pour comprendre ce qui se cache sous les gags d’apparence innocents.

Susanita parle toujours de ses futurs enfants, ne veut rien faire à l’école et offrira à Mafalda quelques petites réflexions sur l’importance de la mode auquel Mafalda répondra par la culture, mais comme le fait se sortir sans culture ne vous envoie pas direct en prison, alors que sans vêtements, si, le gouffre est infranchissable !

La ligne est minimaliste, Quino allant au plus économe dans ses dessins, l’important étant dans les phylactères.

Mafalda, c’est toujours percutant, ça a dû faire grincer des dents à l’époque, en Argentine (pour ceux qui ont compris)… Mais pour moi, c’est un bonbon piquant qui fait du bien.

Mafalda – Tome 01 : Quino

Titre : Mafalda – Tome 01

Scénariste : Quino
Dessinateur : Quino

Édition : Glénat (1980/2010)

Résumé :
On ne présente plus Mafalda, petite fille vive qui découvre la vie, ses joies, ses absurdités et ses horreurs.

À travers l’éveil d’un enfant Quino nous livre sa réflexion sur le monde et sur l’étrange animal qui le peuple : l’être humain.

Critique :
Quand on n’a pas le moral, rien de tel que de se faire prescrire des bédés drôles.

Pas besoin d’aller chez le dealer de bédés du coin, j’ai toute ma pharmacopée à la maison, je n’ai qu’à tendre le bras.

Choix toujours difficile lorsqu’on ne possède beaucoup, mais puisque je voulais mettre à l’honneur une série oubliée de ma mémoire, j’ai pris un Mafalda (l’abus de Mafalda ne nuit pas).

Depuis le temps que je n’en avais pas lu un… Honte à moi.

Cette petite fille impertinente et plus éveillée que nous l’étions à son âge, je l’avais découverte à la bilio publique (j’étais jeune), mais je n’avais jamais compris le sens profond puisque je ne connaissais pas la situation politique traversée par l’Argentine à cette époque-là.

N’allez pas croire que je n’avais pas ri ! Je m’étais bien bidonnée avec les gags que j’avais pris au premier degré, sans voir ce qu’ils visaient réellement.

Heureusement que j’ai grandi, appris en lisant des romans se déroulant en Argentine et maintenant, je vois les messages cachés dans les strips.

Je ris toujours mais le rire est grinçant tant l’auteur a réussi, sous le couvert d’une adorable petite fille, à nous parler de politique, de capitalisme, de censure, de la place de la femme, de la guerre du Vietnam…

Avec quatre images formant le stip, Quino – tout comme Schulz avec ses Peanuts -arrive à nous développer une petite histoire, à faire passer ses réflexions, sans oublier de nous faire rire avec la chute.

Les gags sont indépendants les uns des autres, mais il y a un fil rouge et un petit rappel des épisodes précédents dans les phylactères, comme pour l’épisode de la télé.

Les dessins des décors sont expurgés des détails inutiles, les plans arrières sont d’une couleur unie durant tout le strip et les dessins ne sont pas exceptionnels, mais reconnaissables entre mille.

Dans un comic stip, faut aller à l’essentiel et ici, le plus intéressant se trouve dans les dialogues et les réflexions pertinentes de notre petite fille qui sont toujours d’actualité alors que nous sommes en 2020 (Mafalda a commencé ses réflexions en 1964 !).

Si Martine est devenue has been, Mafalda ne le sera jamais. Ses réflexions sont toujours terriblement d’actualité, sa vision du monde toujours aussi acérée, lucide, sans concession.

Drôle, mais ça fait grincer les dents quand on lit entre les lignes…

 

Chez les Gauchos : Hugo Backhouse

Titre : Chez les Gauchos

Auteur : Hugo Backhouse
Édition : Marabout Junior (1954)
Édition Originale : Among the Gauchos (1950)
Traduction : Henry Daussy

Résumé :
L’existence aventureuse libre des « cow-boys » de la Pampa, vécue par un jeune homme de 18 ans.

Sur son cheval, dont l’étendue dépend pas, le Gaucho est le type même de l’homme libre, le symbole vivant de « l’aventure » dans le plein sens du mot.
De sa vigilance dépend le sort des milliers de têtes de bétail. À lui de les protéger contre la sécheresse qui tarit mares et abreuvoirs, contre l’incendie qui ravage le pacage, contre les voleurs de bestiaux et les condors.

À l’âge de 18 ans, Hugo Boackhouse quitte son Angleterre natale est difficile de se faire Gaucho. Il apprend à monter, adresser le cheval sauvage et à manier le lasso. Mais quelle initiation !

Peu à peu, il conquiert ses grades, bravant chaque jour la mort, échappant aux cornes des taureaux et aux sabots des chevaux.

Trois instruments tiennent une place importante dans sa vie : sa guitare, son lasso et son couteau. Ne s’en sépare jamais.

Le voici enfin un véritable Gaucho, un de ces hommes courageux qui ne cherchent ni ne provoquent l’aventure mais qui la vivent.

Critique :
Voilà une belle manière de faire le saut entre le Mois Espagnol/Sud-Américain et le Mois Anglais !

Un roman parlant de la vie des gauchos argentins, écrit par un Anglais. Si ça c’est pas de la chance d’avoir mis la main sur ce vieux roman, dans une brocante.

Après ♫ Englishman in New York ♪ voici venu « Englishman in Pampa ». Le voyage d’un anglais qui, à 18 ans, à quitté sa province, bien décidé à empoigner la vie…

Chez les gauchos, on chevauche toute la journée, du matin au soir, même la nuit s’il le faut, pour récupérer des bêtes égarées, ou les rassembler pour les tondre, pour l’hiver, pour les vendre…

La vie y est rude, dure, autant pour les hommes que pour les bêtes et les chevaux doivent être les plus robustes possibles, les plus rapides, les plus endurants. Mon royaume pour un Criollo !

Ce roman est assez dense, malgré ces 157 pages et les petites histoires se succèdent, un peu à la manière de nouvelles, puisque l’auteur nous raconte ses souvenirs, ses aventures, des anecdotes, sur lui, sur sa vie de gaucho, sur ses collègues, sur son métier de régisseur, sur les animaux qui peuplent la pampa…

Difficile de s’ennuyer avec une vie pareille ! Difficile de s’ennuyer aussi dans un tel récit d’aventure, de chevauchées fantastiques et de chutes où les cavaliers, véritables hommes de cheval, retombent toujours sur leurs pieds (moi pas).

Ce ne sera pas le roman de l’année, mais il était dépaysant, bourré d’aventures, de chevaux, d’hommes fiers, maniant le couteau pour défendre leur honneur, sautant à cheval comme des Indiens, maniant le lasso comme des cow-boys, arpentant la pampa désertique ou s’enfonçant des des forêts peuplées d’arbustes piquants.

Une vie de fou, une vie qui ne fait pas de cadeau, mais un bel apprentissage de la vie, de l’amitié, du travail au grand air. Et des tas d’histoires à raconter au coin du feu, une fois de retour en Angleterre !

Un roman d’aventure avec un grand A. Ma foi, c’est déjà pas mal.

Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9), le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture N°20 – Fin] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°09].

De loin on dirait des mouches : Kike Ferrari

Titre : De loin on dirait des mouches

Auteur : Kike Ferrari
Édition : Albin Michel (2019) / Le Livre de Poche Policier (2020)
Édition Originale : Que de lejos parecen moscas (2011)
Traduction : Tania Campos

Résumé :
Un glock, des menottes en fourrure, de l’arrogance, de la cocaïne. Et un cadavre. Tout cela tient dans la BMW noire du senor Machi, self made man de l’époque des dictateurs argentins et aujourd’hui entrepreneur sans scrupules.

Lui qui se croit au-dessus de tout le monde voit son univers doré réduit en poussière lorsqu’il découvre le corps d’un homme sans visage dans le coffre de sa BM flambant neuve.

Six heures de la vie d’un personnage infect, étouffé par sa propre prétention, qui doit se débarrasser d’un cadavre. Six heures à passer en revue – et ils sont nombreux – tous les « hijos de mil putas » qui voudraient le voir tomber.

Une attaque frontale contre la bourgeoisie argentine de l’époque de Videla, où les hommes d’affaires sont véreux et leurs femmes accommodantes.

Critique :
Le senor Luis Machi est un enfoiré de sale parvenu qui ne se prend pas pour de la merde mais considère tout le monde comme des résidus de chiottes sales, alors qu’en fait, c’est lui qui l’est.

Oui, Machi est un type abject, avec des airs de Trump dans sa manière qu’il a d’envoyer tout le monde au diable, de leur couper la parole, de raccrocher avant, de donner des ordres et de se vanter que lui, il est parti de rien et qu’il a réussi.

Pourtant, on s’amuse de le voir s’empêtré les pieds, non pas dans un tapis, mais dans un cadavre.

Certains ont des cadavres dans le placard, lui, c’est dans le coffre de sa BM. Menotté, en plus, le cadavre… Le but des prochaines heures sera de ne pas se faire prendre avec le cadavre, s’en débarrasser et trouver qui le déteste à ce point-là que pour vouloir lui faire porter le chapeau.

Ils sont légions ceux qui aimeraient foutre en l’air quelques heures de la vie de Machi. Il s’est essuyé les pieds sur tout le monde, a trompé sa femme, a traité ses maîtresses comme de la merde, ses employés encore plus, jamais de remerciements et j’en passe. Sa carte des méfaits est longue.

Ce roman noir et déjanté vous propose de faire un voyage dans la tête d’un salopard, de ne rien rater de ses pensées monstrueuses, de ses souvenirs, de ses rails de coke et de son esprit limité, comme peu l’être celui de Trumpinette pour tout ce qui touche à la culture, à la lecture et à tout ce qui ne l’intéresse pas.

Machi a beau jouer au macho, on devine les blessures de la jalousie sous son arrogance, lui qui est parti de rien, lui qui n’a pas un nom en deux parties, comme son épouse, lui qui n’est pas né avec une cuillère en argent dans la bouche, comme elle.

Lui qui, comme beaucoup d’autres, ont profité de la dictature argentine pour s’en mettre plein les poches. Lui qui, comme tous ces nouveaux riches, n’a aucun poids sur la conscience. La quoi ? La conscience ? Pardon, ce mot n’existe pas dans son dico perso.

Enfin bon, il a sa Rolex, donc, il a réussi sa vie, n’est-ce pas ? Plus des costards italiens taillés sur mesure, des cravates en soies d’Italie, des cigares, des vins et des alcools de choix. Un vrai bling-bling qui sniffe de la coke comme d’autres se mouchent le nez un jour de rhume.

Si je vous en parler, c’est parce que tandis que notre pute de fils cherche à se débarrasser du macchabée, il pense déjà à tous ces petits plaisirs qu’il va s’offrir en rentrant chez lui.

Oui, Luis Machi est abject, arrogant, pédant, mal élevé, sans conscience, salopard, harceleur, trompe sa femme, baise autant qu’un croisement improbable entre DSK et le Rocco des films X, méprise tout le monde et puis se demande qui a bien pu lui en vouloir pour lui jouer un coup de pute de la sorte.

C’est justement parce qu’il est tout ça que l’on se délecte en le voyant se démener, vitupérer, s’énerver, crier, mordre sur sa chique et tenter d’être poli de temps en temps, afin de ne pas se faire trop remarquer et même courber l’échine devant des flics… Le tout durant quelques heures qui seront les plus longues de sa vie et qui feront le plaisir des lecteurs, témoins de sa déchéance.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°231 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 19].

 

 

La conspiration des médiocres – « Perro » Lascano 04 : Ernesto Mallo

Titre : La conspiration des médiocres- « Perro » Lascano 04

Auteur : Ernesto Mallo
Édition :
Édition Originale : La conspiración de los mediocres (2015)
Traduction : Olivier Hamilton

Résumé :
En Argentine, au début du règne du dictateur Videla, Perro Lascano, jeune policier intègre, enquête sur le suicide d’un Allemand.

Se rendant compte qu’il s’agit en réalité d’un meurtre, il contrarie ses supérieurs corrompus en creusant cette piste et trouve dans le bureau du mort un carnet rédigé par un homme qui a été gardien à Auschwitz.

Critique :
Ce quatrième et dernier tome des enquêtes de « Perro » Lascano est en fait sa première enquête car nous le retrouvons dans l’Argentine des années 70, tout jeune policier, mais déjà tel que nous le verrons ensuite : intègre, incorruptible, ne lâchant jamais rien, tel un chien tenant un os.

Par contre, notre chien est un solitaire et il ne rejoindra jamais la meute des assassins du Triple A (Alianza Anticomunista Argentina).

Lascano dérange, il gêne, et donc, quoi de plus simple que de le mettre sur l’enquête d’un suicide. Elle est bien bonne… Si on voulait se foutre de sa gueule, c’est loupé car le suicide n’en est pas un, c’est une exécution déguisée.

Le faux suicidé est un Allemand et l’enquête va en déranger plus d’un et certains voudront faire cesser la chasse du chien Lascano à tout prix, lui mettre un collier et une laisse autour du cou afin qu’il arrête de chercher des puces sur les dos qu’il ne faut pas.

À mon avis, je viens de lire le Perro Lascano le plus sordide, le plus glaçant, bref, le plus mieux. Lascano est jeune et nous découvrons avec lui l’Argentine de Isabel Perón (1974/1976), qui sera déposée par la junte militaire que dirige le général putschiste Jorge Rafael Videla.

Une fois de plus, la résolution du crime est accessoire, de toute façon, l’assassiné était un salopard de la pire espèce, comme tous les autres qui émigrèrent après la Seconde Guerre Mondiale en Argentine, sans que celle-ci ne s’offusque de leur passé (les autres pays non plus, notamment les États-Unis avec les scientifiques nazis).

Et si tout vous semble aller dans un seul sens, méfiez-vous, parce que Mallo n’a pas  pour habitude de suivre un chemin tracé mais de bifurquer à un moment donné et de vous emmener sur d’autres chemins, plus escarpés, plus sombres, moins connu…

La résolution de l’enquête devient donc accessoire pour le lecteur car moins importante que l’Histoire dans l’histoire que l’auteur dévoile, se servant de ce crime pour nous la conter.

Dans ce récit, ce qui est le plus glaçant, c’est la traduction du carnet de cet Allemand ainsi que les exactions des hommes de Videla, la corruption, les meurtres, les exécutions, la police infiltrée par les types du Triple A, les tortures, les disparitions des gens qui dérangent ou qui pourraient en dire trop sur un indice d’une scène de crime,…

Du début à la fin, j’ai eu du mal à lâcher le roman tant il était prenant, tant il était poisseux de violence et de sang, tant la chape de plomb pesait sur mes épaules à cause de l’atmosphère que l’auteur a su rendre réaliste puisqu’il nous parlait de ce qu’il avait connu dans son pays.

Comme à son habitude, Ernesto Mallo ne s’embarrasse pas de tirets cadratins ou de guillemets pour ses dialogues qui se retrouvent noté en italique, tout simplement, avec les paroles des protagonistes qui se retrouvent toutes l’une sous l’autre, ce qui est plus facile à déchiffrer que lorsque les dialogues se retrouvent insérés dans la narration normale, comme je l’ai déjà vu.

Pour sa première enquête littéraire, Lascano paraît plus humain que dans les suivants car il est amoureux et donc, différent. La vie lui a déjà réservé bien des tourments, bien des peines, mais elle ne l’a pas encore cassé comme il semblait l’être dans les autres romans. Celui nous expliquera pourquoi.

Un roman noir écrit au vitriol, taillé au scalpel, un roman court mais ultra percutant, sombre, violent. L’auteur ne s’encombre pas de fioritures et va directement à l’essentiel. Du brut de décoffrage qui écorche la gorge et pique aux yeux.

Un Perro Lascano qui ne lâche rien mais qui va payer le prix de son honnêteté. Une enquête retorse où les atmosphères angoissantes du pays sont plus importantes que tout le reste. Il m’a glacé, ce roman noir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°225 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 13].

 

 

Spain national flag background texture.

Tout pour la patrie : Martín Caparrós

Titre : Tout pour la patrie

Auteur : Martín Caparrós
Édition : Buchet/Chastel Littérature étrangère (06/02/2020)
Édition Originale : Todo por la patria (2018)
Traduction : Aline Valesco

Résumé :
Buenos Aires, 1933. L’Argentine est ravagée par la crise, et seul le football semble capable d’enthousiasmer une population à genoux.

Soudain, le pays tout entier retient son souffle : Bernabé Ferreyra, la star du ballon de l’époque, a disparu. Andrés Rivarola, dit Petit, un travailleur à la petite semaine – accessoirement ami du dealer de Ferreyra –, se lance à sa poursuite.

Mais un assassinat dans un quartier du nord de la ville menace de faire basculer l’affaire en scandale national…

Critique :
L’Argentine des années 30… Il y a une fascination pour le régime d’Hitler dans ce gouvernement qui est très à droite, ainsi qu’une passion pour le foot qui semble déjà puer la corruption à plein nez.

Rivarola, le personnage principal, est un être désabusé, un peu cynique, chômeur, copain avec un petit dealer qui voudrait bien qu’il l’aide à retrouver le joueur de foot Bernabé Ferreyra qui a disparu alors qu’il lui doit de l’argent.

Son enquête ne se passera pas comme prévu et un meurtre plus tard, Rivarola va se transformer en enquêteur. Pas par amour de l’énigme, juste parce qu’il voit là une manière de s’en sortir financièrement.

Nous sommes dans un pays corrompu jusqu’à la moelle, alors, un de plus ou un de moins…

J’ai aimé le portrait au vitriol d’une société et d’un pays vérolé par la corruption qui touche même le foot où les dirigeants des clubs se font des couilles en or avec l’argent que les pauvres gens dépensent pour venir voir des matchs et penser à autre chose qu’à leur misère.

Mais… Ben oui, il est là… Si au départ j’ai souri devant ces portraits d’hommes flemmards, désabusés (Rivarola et le Moineau) à un moment donné, le roman et moi sommes partis dans des directions différentes et jamais plus jamais nous ne nous sommes rejoints.

Est-ce que cela a tenu dans la manière d’écrire les dialogues ? Aux personnages dans lesquels je ne me suis jamais trouvée ? Manquait-il quelque chose au récit pour lui donner le goût de reviens-y ?

Sans doute un peu de tout cela car à un moment donné, j’ai décroché et c’est de manière lointaine que j’ai suivi le fil de l’enquête, n’arrivant même pas à m’indigner du final qui illustrait pourtant bien l’imbécillité et le fanatisme fait homme.

Au suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°221 (B??) et Le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 06].