La vénus de Botticelli Creek – Sean Stranahan 03 : Keith McCafferty

Titre : La vénus de Botticelli Creek – Sean Stranahan 03

Auteur : Keith McCafferty
Édition : Gallmeister Americana / Totem (2020/2021)
Édition Originale : Dead Man’s Fancy (2014)
Traduction : Janique Jouin-de Laurens

Résumé :
Dans la vallée de la Madison, une femme s’est volatilisée, et, cette nuit-là, le hurlement des loups en a réveillé plus d’un. Nanika Martinelli, surnommée « la Vénus de Botticelli Creek », est une jeune guide de rivière aux cheveux roux qui attire les clients comme les mouches attirent les truites.

Lancée à sa recherche dans les montagnes enneigées, le shérif Martha Ettinger découvre avec effroi le corps d’un cow-boy empalé sur les bois d’une carcasse de cerf.

Accident ou meurtre ? Le drame a-t-il un lien avec la disparue que tout le monde croit dévorée par un loup ?

Secondée par son ami aux talents multiples, Sean Stranahan, Martha devra faire confiance à son flair pour quitter les sentiers battus et suivre un jeu de piste tortueux et imprévisible.

Dans leur enquête la plus dangereuse à ce jour, Martha Ettinger et Sean Stranahan jouent les agents doubles face à des humains qui masquent mal leur sauvagerie.

Critique :
Montana, dans la vallée de la Madison (et non de Dana ♫), une jeune fille disparaît et l’homme parti à sa recherche est retrouvé mort, empalé sur les bois d’un cerf, mort.

Le cerf est donc innocent. Est-ce un crime ou un accident ? Si c’est un accident, l’homme entrera dans la catégorie des morts bêtes…

Les enquêtes de la shérif Martha Ettinger et du pêcheur à la mouche (et ancien détective privé), Sean Stranahan sont toujours aussi agréables à lire.

Voilà encore un couple d’enquêteur que j’apprécie beaucoup. Ils sont différents mais se complètent très bien et leurs dialogues sont souvent savoureux et rempli d’humour ou de petites piques.

Martha, de par sa fonction de shérif, est souvent considérée comme non féminine et les autres oublient souvent que sous son uniforme, c’est une femme qui apprécie afficher sa féminité une fois qu’elle quitte son boulot de shérif. Elle a un caractère bien trempé, elle sait ce qu’elle veut et c’est un personnage qui possède de la profondeur, qui a été travaillé.

Sean Stranahan, égal à lui-même, prendra son temps pour résoudre cette double enquête qui risque de leur réserver quelques surprises et autres chausse-trappes.

Ceci n’est pas un roman policier trépident, l’enquête va à son rythme, l’auteur nous parle de pêche à la mouche, de nature, de chevaux, des loups que l’on a réintroduit dans le Montana et qui ne plaisent pas à tout le monde, surtout aux éleveurs qui crient au loup à chaque bête morte, même c’est de soif et pour cause de non entretien. Il est des boucs émissaires bien pratiques, dans la vie.

Dans les romans de l’auteur, les personnages secondaires ne sont jamais oubliés et tous sont bien campés travaillés. Certains sont récurrents et c’est toujours plaisant de les recroiser, de suivre leurs histoires de cœur ou de cul (celles de Sam, notamment)…

Ce roman est aussi l’occasion d’en apprendre un peu plus sur le canis lupus, dont on pense toujours qu’il a dévoré un jour un petite chaperon rouge, le chèvre de monsieur Seguin, les trois petits cochons et j’en passe.

Non, non, nous n’avons pas de preuve mais ce sont les jugements de cour qui vous rendent blanc ou noir. Le loup a été jugé noir et l’on crié haro qui lui (et non sur le baudet qui tondis le champs d’herbe).

Ce polar se lit les doigts de pieds en éventail, c’est une enquête qui semble pépère, pourtant l’auteur aborde des sujets qui sont d’actualités, notamment avec les loups ou les ours réintroduits à certains endroits, avec les chasses non autorisées, avec ces fous de la gâchette qui sont prêts à massacrer des centaines de loup pour être sûr d’abattre le coupable… Tuez-les tous, comme il fut dit un jour.

Sans vouloir me prendre pour Sherlock Holmes, j’ai venu venir le twist (et non le Twix©) de très loin, grâce à quelques indices disséminés dans des détails anodins (le diable se cache toujours dans les détails) et je me demandais comment tout cela allait se terminer.

Il est amusant aussi de remarquer que les plus grands défenseurs de la cause du canis lupus peuvent être aussi ceux qui leur font le plus de mal de par leur comportement imbécile et psychopathe… Comme quoi, c’est parfois ceux qui vous veulent du bien qui vous cause le plus de tort.

Après avoir lu les trois premières enquêtes de Sean Stranahan, je peux confirmer que le plaisir est toujours de la partie (de pêche) et que l’on peut apprécier le roman même si on est un nul dans le lancer de la mouche.

Comme dans les romans de Craig Johnson, on est face à un polar nature writing et la plume de l’auteur est toujours aussi bien troussée. Sa galerie de personnages qui gravite autour de nos deux enquêteurs principaux sont comme des vieux amis que l’on retrouve au fil de livres.

Dans une ambiance de grands espaces où la nature fait sa loi, où les hivers sont rudes (et pas les Ibères), où la pêche est reine et où les endroits sont dépeuplés, il vaut mieux savoir où l’on va car ici, tout est sauvage et certaines âmes sont plus que tourmentées.

Un polar à lire tranquillement, bien qu’il soulève des problèmes sociétaux qui nous sont contemporains et qu’il mette en scène des tordus de chez tordus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°40] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°80].

Légende – Tome 8 – De mains de femmes : Swolfs, Stéphane Collignon et Ange

Titre : Légende – Tome 8 – De mains de femmes

Scénariste : Ange
Dessinateur : Stéphane Collignon

Édition : Soleil (02/12/2020)

Résumé :
Tristan de Halsbourg a disparu… et sa disparition a fait de lui une légende. Une légende qui pèse sur ceux qu’il a laissé derrière lui : sa soeur Ombeline, devenue duchesse, ainsi que son mari, Alexandre de Hauteterre mais aussi sur Judith qui s’est exilée et rejette l’idée d’un compagnon – tant est forte, dans sa mémoire, l’image de celui qu’elle aurait pu aimer.

Critique :
Choses promises, choses dues, je n’ai pas tardé à lire le tome suivant afin de savoir comment tout cela allait se terminer (ou continuer, ce qui est le cas ici).

Ombeline se réveille enfin ! Depuis le temps qu’elle se cachait derrière l’ombre de son frère, derrière sa légende, depuis le temps qu’elle n’éprouvait pour son mari aucun amour, la voici qui vient de se trouver une paire de couilles afin de sauver son royaume.

Comme quoi, certains murmurent peuvent réveiller les jeunes filles qui se pâment au moindre soucis et qui ne savent pas gérer leur duché. Là, elle y va fort. Très, très fort… Elle y laissera des plumes de vertu, mais au moins, elle a sauvé les fesses de ses concitoyens.

On avait bien redémarré dans le tome précédent et celui-ci ajoute un couche de plaisir à la saga qui avait périclité à un moment donné. Là, on renoue avec les bons scénarios, où rien n’est tout à fait noir, ni tout à fait blanc, mais plutôt rouge sanglant.

La guerre du trône fait rage au Danemark et le jeune futur roi va comprendre quel prix il faut payer pour reconquérir la place que l’usurpateur lui avait piqué. Entouré de rouge, le jeune futur roi, est blanc comme neige devant toute cette violence et ces tripes répandues.

Du côté du duché de Halsbourg, c’est aussi des morts qui se ramassent à la pelle et dans la ville voisine, on se demande s’il faut ouvrir le poulailler aux renards, même si on leur jure, la main sur le coeur, qu’il ne sera fait aucun mal aux poules.

Voilà un tome foisonnant de violences, de sang, de guerres, de stratégies, de questionnements, de politique, de trahisons, de fidélité (ou pas). On a de l’action, mais pas que, car il y a aussi toute une réflexion derrière l’histoire.

Toujours les deux récits en alternance, qui s’emboitent l’un dans l’autre sans que cela entrave la lecture. Et puis, dans ce tome, une fois de plus, les femmes sont mises à l’honneur, même si, pour arriver à quelque chose dans leur vie, il leur faut prendre les armes et combattre avec violence.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°00] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

Légende – Tome 7 – Neiges : Julie Swolfs, Ange et Stéphane Collignon

Titre : Légende – Tome 7 – Neiges

Scénariste : Ange
Dessinateur : Stéphane Collignon

Édition : Soleil Productions (13/01/2019)

Résumé :
Tristan de Halsbourg a disparu, laissant le duché aux mains de sa soeur et de son époux Alexandre.

Hélas, la dissension règne sur les terres des Halsbourg : entre Ombeline et son mari, entre les brigands de la belle Judith et ceux de la Horde, même entre les paysans et le nouveau duc, alors qu’après des hivers très durs, les troupes de Thierry le Dégénéré s’apprêtent à ravager les frontières….

Tristan, perdu dans les neiges Vikings, va devoir à nouveau, prouver dans le sang sa naissance et sa valeur.

Critique :
Grande reprise pour moi avec les aventures de Tristan de Halsbourg, que j’avais débutée en 2003, avec le tout premier tome, avant que Swolfs ne mette cette saga en pause, comme ce fut le cas avec « Le prince de la nuit » et « Durango (avec des réveils de temps en temps et la parution d’albums).

C’est avec beaucoup d’hésitations que j’ai acquis ce tome, puisqu’en 2012, le tome 6 (Le secret des Eiles) m’avait laissé un goût amer dans la bouche.

Après 9 ans, j’avais espoir que la saga reparte dans le bon sens, celui qui faisait son essence au départ, ou du moins, que l’on arrête de se foutre de la gueule des lecteurs (le fameux tome 6).

Alléluia, la chenille redémarre ! Pas aussi fortement que lors des trois premiers albums (qui étaient géniaux avant que ça ne descende doucement), mais au moins, le scénario revient aux bases de la série.

Deux récits vont s’entremêler dans ce tome 7 : les déboires du duché de Halsbourg, où Ombeline va devoir s’affirmer au lieu de toujours parler de son frère, Tristan, qui n’a pas voulu du duché, pendant que son époux, le duc Alexandre, sera traqué par Thierry le Dégénéré et de l’autre, notre Tristan qui se trouve au royaume du Danemark où, une fois de plus, il y a quelque chose de pourri.

En changeant de dessinateur, il y avait un risque de ne pas retrouver les traits habituels de Tristan… C’est un fait, il a un peu changé, son visage est plus large, ses joues plus rebondies. Il a pris de l’âge, on le voit.

Les dessins des paysages, des personnages, des décors, sont toujours très bien exécutés, d’une grande finesse et les couleurs parfaitement ajustées aux différentes situations. Ni trop faiblardes, ni trop criardes. Parfaites, donc.

Les péripéties de nos différents personnages d’ajustent parfaitement, on suis les deux récits en alternance, peu de temps morts, de l’action et toujours des décisions à prendre sans se tromper pour les personnages.

Anybref, on repart sur de bonnes bases, sur un scénario sain, sur des possibilités de continuer à développer la série, sans pour autant atteindre la puissance des trois premiers tomes.

Vu pas où la saga est passée, c’est un très bon album de reprise qui se termine sur un cliffhanger et je ne tarderai pas à lire la suite, maintenant que je sais que je peux y revenir sans craintes.

Faut juste espérer que la suite de la saga continue sur la voie de ce tome 7 et ne reprenne jamais la route qu’emprunta le tome 6.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 54 pages) et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°69 – SEX].

 

Solitudes : Niko Tackian

Titre : Solitudes

Auteur : Niko Tackian
Édition : Calmann-Lévy (06/01/2021)

Résumé :
Elie Martins est garde nature dans le massif du Vercors. Amnésique suite à une blessure par balle, il est reparti à zéro dans cette région encore préservée.

Alors qu’une tempête de neige s’annonce, Elie se lance sur la piste d’un loup signalé par plusieurs bergers. Les empreintes ensanglantées le conduisent à un immense pin situé dans une plaine désertique. Une femme nue est pendue à ses branches, une mystérieuse inscription gravée sur sa chair.

Cette découverte macabre anime immédiatement quelque chose sur la toile blanche de ses souvenirs. La victime est un message à son attention, il en est certain.

Le lieutenant Nina Melliski est alors dépêchée sur les lieux. Elie est-il coupable ou victime ? Elle ne sait que penser, mais son instinct lui dit que les réponses se trouvent dans les souvenirs disparus de cet homme sans passé.

Un thriller haletant et glacial, dans une nature implacable, où passé et présent se répondent.

Critique :
♫ On l’a vue dans le Vercors, Pendue à un élastique ♪ Morte dans le froid, dehors ♪ Découverte par un amnésique ♪

Pendant que nous tournions en rond durant le premier confinement de mars/avril 2020, l’auteur rêvait de montagnes, celles qui vous gagnent et il a décidé de s’y évader tout en restant chez lui.

Proposer un huis-clos dehors, faut savoir le faire. Le principe est le même que sur une île, qu’elle soit du Nègre ou du Soldat, on réuni des personnes, on y balance un tueur sadique, on sème des cadavres à tous vents et on lance un flic à sa poursuite, si possible dans des conditions climatiques dantesques qui coupent cet endroit du reste du monde. Le pari du huis clos est gagné.

Le Vercors, ses montagnes, sa neige, ses loups, ses chemins que l’on doit aborder en raquettes et en combinaison de ski… Nina Melliski, lieutenant de police, aurait sans doute préférée se trouver ailleurs que dans ce froid.

L’auteur le décrit si bien que je conseillerai à tout le monde d’ouvrir ce roman un jour de plein soleil (comme je l’ai fais) pour éviter de ressentir le froid mordant. C’est un des points fort de ce roman, les descriptions de lieu qui donnent l’impression d’y être.

Ce roman policier ne va pas révolutionner le genre, l’enquête est certes difficile car elle a des ramifications dans le passé, parce que le tueur semble insaisissable, avoir toujours une longueur d’avance et surtout du fait que l’on ne trouve pas le fil rouge qui relie tous les cadavres ensemble. Le mobile n’est pas la chose la plus facile à trouver, le nom du coupable étant plus facile à trouver puisque tout désigne l’amnésique du coin. Mais est-ce bien lui ?

Le plaisir de lecture se trouve surtout dans les portraits des personnages qui sont travaillés et assez bien détaillés, même ceux des personnages secondaires que j’ai trouvé plus attachants que la policière Nina Melliski.

Tout le monde a des zones d’ombres, l’auteur n’entrera pas dans trop de détails mais en dira suffisamment pour que l’on comprenne le mal-être de certains personnages qui traînent ces souvenirs malsains comme des boulets accrochés à leur jambe.

Une lecture dépaysante, un voyage dans la neige du Vercors, un huis clos où le suspense et le mystère sont bien maîtrisés, des personnages réalistes et dont les portraits sont travaillés, mais les explications finales ne m’ont pas fait bondir de ma chaise en criant « waw je me suis faite avoir ».

PS : Mes excuses à Alain Bashung pour le traficotage des paroles de sa chanson « La nuit je mens ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°228] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°44 – Loups].

Le livre de la jungle – Tome 1 : Walt Disney Company (d’après Rudyard Kipling)

Titre : Le livre de la jungle – Tome 1

Auteur : Walt Disney Company (d’après Rudyard Kipling)
Édition : Hachette Bibliothèque verte (1967)
Édition Originale : The Jungle Book
Traduction : Jean Muray

Résumé :
Mowgli, un petit garçon perdu dans la jungle, est élevé par une louve. Mais un danger le guette : Shere Kahn, le tigre mangeur d’hommes, rôde…

Heureusement, Bagheera et Baloo sont là qui veillent sur lui.

Critique :
Jeune, je n’étais pas une acharnée du dessin animé, contrairement à ma petite soeur qui l’a regardé tellement de fois que la bande de la K7 en était usée.

Là, des tas de jeunes sont aller demander à Google ce qu’est une K7.

Fatalement, à force de la voir plantée devant Le Livre de la Jungle, j’ai commencé à le connaître par coeur aussi.

Malgré le fait que je ne savais plus rien des détails de l’histoire (hé, ça fait 25 ans au moins qu’elle a arrêté de le passer en boucle), en lisant le roman tiré du dessin animé, les images revenaient dans ma mémoire.

L’histoire est simple : Mowgli, élevé par les loups, doit les quitter car Shere Kahn le grand tigre veut le dévorer tout cru et comme les loups ont les chocottes du tigre mangeur d’Hommes, ils foutent Mowgli dehors, lui disant que maintenant, il est temps pour lui de repartir chez les siens, les Hommes. Sympa les gars…

Mowgli, c’est un peu l’histoire d’un enfant qui doit trouver qui il est et arrêter de s’identifier à tous les animaux qui passent ou de les croire super sympa et inoffensifs. Il doit grandir et pour ça, il faut écouter la voie de la sagesse incarnée dans la panthère Bagheera et pas celle de l’ours Baloo, infiniment plus drôle mais pas sérieuse.

Même si Kaa n’a pas dit « Aie confiance », je me suis sentie hypnotisée et j’ai ri en revoyant les images du python tombant de l’arbre. Mais pour cela, il faut encore des images du dessin animée de coincée dans le cerveau, sinon, en roman, le rendu est moins comique.

Mowgli, c’est aussi un enfant qui a appris la trahison : celle du clan des loups, d’abord, vite pressés de l’envoyer parmi les siens, puis celle de Baloo lorsqu’il lui explique, tant bien que mal, qu’il doit retourner au village et non pas vivre avec lui.

Mowgli, c’est aussi un roman/dessin animé où il n’y a pas de grand méchant machiavélique, comme le Jafar de Aladin, par exemple ou le Scar du Roi Lion, pour ne citer qu’eux.

Shere Kahn a beau être un prédateur, un mangeur d’Hommes, au final, on en parle beaucoup pour pas grand-chose puisque ce dernier apparaît tout à la fin, roule les mécaniques et puis dès qu’on lui roussi deux poils de moustache (même pas de cul), se prosterne aux pieds de Mowgli, jurant qu’on ne l’y reverra plus…

Et il s’en va, tenant sa promesse, alors qu’un vrai grand méchant, après avoir endormi la méfiance du gentil, lui aurait sauté dessus sournoisement. Ben non, Shere Kahn n’a qu’une parole. Tout ça pour ça, alors ? Ça valait bien la peine de tant faire !

La version de Disney n’est pas celle de Kipling, moins sombre, plus drôle, sans la musique dans le roman, mais elle fait du bien au moral, elle égaye la journée et offre une sacrée cure de jouvence pour par cher puisque acheté en seconde main pour des cacahuètes.

Après ces deux récréations, je vais revenir à du plus sombre, à du vrai noir de noir puisque je m’en vais étudier le comment du pourquoi le gang des Mara Salvatrucha, MS13 pour les intimes. Les affaires reprennent…

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°03].

Belek, une chasse dans le Haut Altaï : Galsan Tschinag

Titre : Belek, une chasse dans le Haut Altaï

Auteur : Galsan Tschinag
Édition : Philippe Picquier Poche (2007)
Édition Originale : ?
Traducteur : Dominique Vuathier

Résumé :
Un journaliste apprend la mort de Belek, un homme simple qui, parvenu au crépuscule de sa vie, tua un loup sans autre arme qu’un gourdin. De retour dans son village natal, il découvre que, sous des dehors anecdotiques, se cache l’un de ces drames qui tissent la vie des petites gens.

A l’orée du village, vit solitairement le vieux Dshaniwek, en butte à l’hostilité générale. C’est pourtant lui que choisit le narrateur pour aller traquer le loup.

Surpris par un orage, tous deux s’abritent dans un ancien campement d’hiver. Interrogé sur le passé des lieux, le vieillard taciturne devient soudain loquace et raconte la déchirante histoire du fils qu’il n’osa jamais reconnaître.

Critique :
160 pages, c’est court, mais il n’a pas fallu deux lignes pour que je parte en voyage dans le pays Touva, extrême sud de la Sibérie (j’y étais déjà avec Sylvain Tesson).

Deux histoires, avec un début et une fin, le genre d’histoire qu’on aurait eu envie d’écouter un soir, devant un feu de camp, tant elles auraient été belles, dites à voix haute.

Deux histoires tragiques, bien entendu.

La première est celle de Belek, un pauvre bougre, un berger qui a été puni alors que les responsables étaient les p’tites bit** qui avaient des armes et voulaient chasser le loup en s’en prenant à des louveteaux sans défense.

Vous situez le genre de pleutres qu’étaient ces quatre kékés ? Des porteurs d’emmerdes et les emmerdes, ça vole toujours en escadrilles. Belek ne le savait pas et il l’a payé cher sans que les autres fussent inquiétés.

C’est une histoire émouvante, une histoire tendre aussi, celle d’une vengeance, celle d’un homme chassé du clan pour une erreur qui ne lui était pas imputable, une histoire de malédiction car dans ces terres, elle règne en maître.

En filigrane, nous aurons aussi de la politique, celle du Parti, des Rouges, mais pas des socialistes comme nous avons maintenant… Non ! Ici, ce sont ceux avec qui il ne faut pas trop discuter et où il ne fait pas bon avoir des biens.

La seconde histoire est celle d’un père qui n’osa jamais reconnaître son fils, qui se pensait voleur alors qu’il ne l’était pas, et celle aussi des Rouges, plus présente, puisque notre vieux Dshaniwek a été un membre important du parti.

La première histoire m’avait emportée loin de Bruxelles, donné des émotions et c’était un peu groggy que j’avais commencé la seconde, pensant, à tort qu’elle serait moins belle.

Elle a tout explosé. Le pays m’a apparu encore plus dur, encore plus violent, surtout ses paysages, ses montagnes, son climat. Une fois de plus, les personnages sont marquants, même les seconds rôles.

Bajak, que l’on regarde jeune garçon, avec l’envie de le fesser va se révéler être un homme de bien, un grand homme, un homme qui voulait juste vivre sans faire de bruit, sans déranger personne, en faisant le bien autour de lui. Mais…

Oedipe à l’envers… Dark Vador et Skylwalker avec plus de brio, de bravoure, de folie, de haine. On devrait détester son père, Dshaniwek, mais c’est impossible. On aimerait agir, intervenir, hurler « non » mais tel un témoin impuissant, les drames vont se jouer sous nos yeux.

J’ai refermé ce petit roman en soupirant car il était déjà terminé… Entre nous, je ne sais pas si j’aurais survécu à une autre histoire de la trempe de ces deux-là.

Une fois de plus, un roman où la Nature est très présente, où les Hommes doivent faire corps avec elle s’ils ne veulent pas mourir.

Deux histoires tragiques dans un pays magnifique pour celui qui le voit dans un reportage, mais en vrai, c’est un pays et un peuple aussi âpre l’un que l’autre car façonné par les vents et le climat rude.

Pour les Nuls et pour se coucher moins bête : La république de Touva est située dans l’extrême sud de la Sibérie. C’est le vingt-quatrième sujet fédéral de Russie en superficie, avec 168 604 km.

Elle est limitée au nord par le kraï de Krasnoïarsk et l’oblast d’Irkoutsk, à l’est par les républiques de Khakassie et Bouriatie, au sud par la Mongolie et à l’ouest par la république de l’Altaï.

En 1944, le Tannou-Touva intègre l’Union soviétique comme oblast autonome de Touva, puis, en 1961, celui-ci devient une république autonome au sein de la république socialiste fédérative soviétique de Russie, appelée république socialiste soviétique autonome de Touva.

À l’ombre des loups : Alvydas Šlepikas

Titre : À l’ombre des loups

Auteur : Alvydas Šlepikas
Édition : Flammarion (08/01/2020)
Édition Originale : Mano vardas – Marytė (2011)
Traducteur : Marija-Elena Baceviciute

Résumé :
Alors que la Seconde Guerre mondiale vient de s’achever, femmes et enfants allemands sont exposés à l’avancée de l’armée soviétique victorieuse en Prusse-Orientale.

Dépossédés de leurs biens, craignant pour leur vie, ils endurent la faim et le froid, tandis qu’autour d’eux tout n’est plus que désolation.

Leur unique espoir est de gagner la Lituanie voisine pour trouver à se nourrir : malgré la menace omniprésente des soldats russes, certains enfants décident d’entamer le périlleux voyage.

La forêt sombre et inquiétante devient alors l’un des seuls refuges de ceux que l’Histoire appellera les « enfants-loups ».

Dans ce roman bouleversant, Alvydas Slepikas fait revivre plusieurs de ces destinées en s’inspirant du témoignage de deux survivantes.

À ce terrible hiver, dont on sent presque la morsure du froid, il prête une poésie et une beauté aussi inattendues que fascinantes, qui confèrent à ce livre une force irrésistible.

Critique :
Autant parfois où je me plains de roman qui ont trop de longueurs, autant je peux en trouver d’autres bien trop court. Surtout lorsque le récit prend à la gorge, qu’il possède des personnages auxquels on s’attache et dont on aimerait savoir ce qu’il va advenir d’eux ensuite…

Les récits de guerre sont toujours intéressants pour moi dans le sens où je voudrais en savoir plus, explorer la noirceur humaine, qu’elle soit le fait de militaires et concerne des exterminations de masse ou qu’elles soient le fait de gens ordinaires qui ont eu peur des Autres et n’ont pas répondu à leur appel à l’aide.

Je jugerai plus durement le soldat qui fait usage de la force de ses armes à feu face à des civils désarmés que lorsqu’une personne lambda a eu la trouille d’ouvrir sa porte car elle ne savait pas si les gens implorant de l’aide derrière étaient animés de bonnes intentions ou si l’aide qu’elle leur donnerai ne se retournerait pas contre elle.

Dans le confort de son salon, le ventre et le frigo remplis, il est facile de dire que nous aurions agit mieux que les personnages qui se trouvent devant nous, dans ces pages, eux qui ne possèdent que peu de nourriture, eux qui ont peur des soldats, de la menace du Goulag…

Ce roman prend son lecteur aux tripes car il nous fait entrer dans le quotidien d’une famille allemande, celle d’Éva, juste après la défaite, lorsque les soldats Russes font payer aux civils tout ce que les soldats Allemands ont fait subir aux leurs durant leur avancée en Russie. Je ne cautionne ni l’un, ni l’autre.

Le quotidien de ces familles , c’est la famine, la misère, le froid, les privations et les humiliations. Certaines mères vont même jusqu’à proposer certains de leurs enfants à la vente pour obtenir de quoi manger en échange, afin de nourrir les autres, plus jeunes. Ou à se jeter avec leurs enfants dans le fleuve Niémen, afin d’échapper aux privations.

C’est cru, c’est violent et lorsque je lis ce genre de récit, je suis heureuse de ne pas avoir vécu cela. M’imaginer à leur place me serre les entrailles car j’ai remarqué que l’on devenait vite indifférent aux autres, lorsque l’on avait le ventre vide depuis des lustres et que l’on vivait entouré de cadavres.

Je me suis attachée à Éva, à tante Lotte, aux enfants et j’aurais aimé savoir ce qu’il va leur advenir mais le mot « fin » est venu trop tôt, me laissant dans le doute, dans l’angoisse, dans des idées sombres quand à leur avenir.

Une fiction historique basée sur des faits réels, qui explore un pan méconnu de la Seconde Guerre Mondiale, de ces enfants-loups, ces Wolfskinder qui, en 1946, ont été envoyés par leurs mères en Lituanie, afin de tenter de récupérer de la nourriture pour leur famille, ou dans l’espoir qu’ils y seraient en sécurité.

Émouvant, poignant, glacial, une écriture qui ne masque pas les douleurs des gens, leur condition de vie inhumaine et innommable, sans pour autant chercher le glauque.

Une plume qui nous offre un récit basé sur la réalité, une réalité qui n’est pas belle à voir et qui transformera certains de ces enfants en bête féroce car pour survivre, il faut être le plus fort.

Magnifique mais trop, trop court ! Beaucoup trop court.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°183 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°28].

L’étranger des Carpathes : Karl von Wachsmann

Titre : L’étranger des Carpathes

Auteur : Karl von Wachsmann
Édition : Le Castor Astral (Novembre 2013)
Édition Originale : Der Fremde (1844)
Traducteur :

Résumé :
Dans une forêt sauvage secouée de vents terribles, un convoi de nobles seigneurs est pourchassé par des loups affamés. Dans leur course folle, les fugitifs parviennent aux abords du château maudit de Klatka, où ils sont secourus par un homme aux allures étranges.

Peu de temps après, la jeune Franziska commence à souffrir d’un mal mystérieux, qu’aucun médecin ne parvient à guérir…

Ce récit a été publié en 1844, soit presque trente ans avant Carmilla de J.-S. Le Fanu (1872) et plus d’un demi-siècle avant Dracula de Bram Stoker (1897).

Les similitudes avec ce dernier sont telles qu’elles ne laissent aucun doute sur le fait que Stoker l’a lu et s’en est inspiré. Il est pour la première fois traduit en français.

Critique :
Bram Stoker aurait-il vampirisé le court roman de Karl von Wachsmann ?

Au vu de ce que je viens de lire, il est en effet flagrant que le grand Bram s’est inspiré fortement de cette histoire parue 50 ans avant son célèbre Dracula.

L’histoire a retenu son comte Dracula et a oublié le chevalier Azzo Von Klatka, supputant même ensuite que c’était von Wachsmann qui avait copié sur le roman de Bram.

L’étranger des Carpathes, c’est tout le squelette du plus célèbre des vampire et l’histoire que je viens de dévorer à pleines dents est la même que celle du roman bien connu, mais en plus courte, en moins épistolaire et à quelques détails près (pas d’ail, pas de pieu de bois, de balles en argent, pas de chauve-souris).

Comme si Bram Stoker avait pris cette histoire comme base et l’avait agrémentée de moult détails, la faisant devenir sienne en l’étoffant de bien plus de choses car l’histoire que je viens de lire faisait partie d’un recueil de nouvelles et ne fait que 64 pages.

On a beau « connaître » l’histoire, on a beau sentir l’inspiration que Bram en tira, cette petite nouvelle se lit avec délectation, se suce jusqu’à la dernière goutte.

Si certains personnages sont plus mis en avant que d’autres (Franziska), on s’attache pourtant à tous les autres (Bertha la douce, le comte de Fahnenberg, le chevalier Woislaw), même à Franz, qui a tout d’un chieur à être toujours aux petits soins pour Franziska alors qu’elle le rabroue tout le temps.

L’écriture est ancienne et elle est très bien rendue par la traduction, lui donnant un air de vieille histoire retrouvée au fond d’une malle car le style est propre à celui de l’époque.

Autant où le comte Dracula était un être pourvu de belles manières, autant au Azzo Von Klatka est frustre, moqueur, cynique et irrévérencieux. C’est ce qui plait à Franziska, mais elle est bien la seule à lui trouver des qualités. Elle n’en fut pas récompensée.

Si j’avais acheté ce petit livre placé en tête de gondole dans une célèbre librairie bruxelloise, c’était à cause du bandeau-titre qui est accrocheur au possible.

Je ne ferai pas un procès de plagiat à Bram Stoker car s’il a sans doute puisé ses idées dans cette nouvelle, il a été assez intelligent et imaginatif pour la transformer, l’étoffer et faire de Dracula un personnage qui traverse le temps et berce l’imaginaire romantique de certaines, contrairement à Von Klatka, le pauvre.

Mhouhahahaha.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°100 et le Challenge de l’épouvante Edition Autumn, Witches and Pumpkin chez Chroniques Littéraires (Menu Le sentier de la Terreur – Créatures de la nuit : vampires).

Hunter – Tome 2 – Crow : Roy Braverman

Titre : Hunter – Tome 2 – Crow

Auteur : Roy Braverman
Édition : Hugo & cie Thriller (14/03/2019)

Résumé :
Hunter et Crow, deux fugitifs accusés de crimes odieux, décident de se soumettre d’eux-mêmes à l’esprit de la loi en s’isolant au cœur des Brooks Range.

Mais les flics locaux et le FBI, dont l’obsession est d’appliquer la loi à la lettre, les laisseront-ils faire ?

L’obstination d’un ex-agent du FBI, devenu sérial killer pour l’occasion, déclenche une chasse à l’homme haletante et sans pitié à travers les paysages sauvages de l’Alaska.

Une terre rude et immense où tout chasseur devient un jour la proie de quelqu’un d’autre.

Tour à tour chassés ou chasseurs, Hunter et Crow vont poursuivre, croiser ou fuir une shérif amoureuse d’un orignal, une agent spéciale du FBI surnommée Fiasco suite à l’échec de sa dernière mission, une trappeur romantique qui ne craint ni les loups ni les ours, un collecteur de dettes arménien et mélomane, un gang de rednecks qui carbure à la bière locale, un pilote de brousse hippie fan de Jefferson Airplane…

Tout ça pour sauver sa peau, appliquer la loi ou mettre la main sur un butin de plus d’un million de dollars. Voire les trois à la fois !

Critique :
Si vous tenez à commencer à travailler à l’heure, évitez de commencer ce livre avant de partir bosser !

Y’en a qui l’ont fait, ils ont eu des problèmes… Parce que lorsqu’on commence ce thriller énergique, on a du mal à le déposer pour aller au boulot.

Puis, on a pas envie de travailler, mais de poursuivre sa lecture parce qu’avec ces chapitres courts et rythmés, on ne s’ennuie pas du tout.

Évitez aussi de commencer par lire le tome 2 avant le 1 parce que vous saurez le nom du coupable et ça gâcherait le plaisir, ou du moins, la surprise de taille !

Le tome 1 était emballant, rythmé, bourré de testostérone, de violence, de suspense et j’avais kiffé grave sa race. On rajoute le deuxième car lui aussi il pulse grave, sans pour autant en faire des tonnes, entrer dans la surenchère et tout en restant loin des folies  irréalistes que l’on voit souvent dans les films américains.

Mon seul regret sera pour le fait que Crow n’est pas mis assez en valeur dans le roman car il tournera autour d’autres personnages, intéressants eux aussi, pour lesquels j’ai ressenti de la sympathie (pas pour tous), mais l’indien est trop peu présent physiquement et de par son esprit. J’aurais aimé savoir ce qu’il pensait de tout cela.

On a beau être face à un roman écrit par un frenchie, dedans, ça sent le yankee à plein nez, ça sent même le bouseux pro-Trump, celui qui pense qu’une paire de couilles vous donne tous les droits, ainsi qu’une peau blanche, bien entendu.

Ça se plaint des étrangers qui envahissent l’Amérique, oubliant de fait qu’un jour, ce furent ses ancêtres qui envahirent le continent sans demander la permission aux premiers habitants et ça ne pense qu’à tuer des ours, des loups et autres prédateurs, alors que ces derniers sont sur leur territoire et que si on avait pas été les emmerder…

Ce thriller, c’est aussi un clash, un affrontement entre les femmes et les hommes limités intellectuellement (pas sexuellement), entre ces chasseurs mâles qui pensent que tout gibier, même humain, est bon à chasser.

C’est aussi un affrontement entre des policiers bas de plafond et un autre qui a un peu plus d’humanité, entre une ex-agent du FBI qui veut la justice et un homme qui sait que la justice peut se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’au coude (et là, ça fait mal).

Une opposition entre une femme qui exige que le Système se venge, alors que si tout le monde était resté à sa place sans penser à sa revanche, et bien, tout ceci ne serait pas arrivé…

C’est aussi l’histoire d’un autre ex-agent du FBI qui, à force de regarder dans l’abîme, ne s’est pas rendu compte que l’abîme regardait en lui et qu’il devenait pire que celui qu’il voulait traquer et appréhender (ou abattre).

Ce thriller, c’est aussi l’univers impitoyable de la Nature, de l’Alaska, de ces contrées qui n’ont rien de bucoliques car la mort peut t’attendre à chaque tournant. Ici, ce n’est pas une promenade de santé, mais un marche ou crève, un avance pour survivre et n’oublie pas de surveiller tes arrières, ton devant et sur les côtés.

Oui, ami lecteur, reste sur tes gardes parce que tu ne sais jamais ce qui pourrait surgir devant toi. C’est de la faute de l’auteur qui décrit si bien les paysages traversés à tel point que tu vérifierais presque qu’un ours brun ne se planque pas dans ta cuisine.

Un vrai thriller percutant, addictif et en effet, si ça te réveille pas, c’est soit que t’es mort ou alors que c’est pas ton genre.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2019-2020) – N°5.

L’habitude des bêtes : Lise Tremblay

Titre : L’habitude des bêtes

Auteur : Lise Tremblay
Édition : Delcourt (22/08/2018)
Édition Originale :
Traducteur :

Résumé :
« J’avais été heureux, comblé et odieux. En vieillissant, je m’en suis rendu compte, mais il était trop tard. Je n’avais pas su être bon. La bonté m’est venue après, je ne peux pas dire quand exactement. »

C’est le jour sans doute où un vieil Indien lui a confié ce chiot, Dan. Lorsque Benoît Lévesque est rentré à Montréal ce jour-là, il a fermé pour de bon la porte de son grand appartement vide. Ce n’était pas un endroit pour Dan, alors Benoît est allé s’installer dans son chalet du Saguenay, au cœur du parc national.

Mais quand vient un nouvel automne, le fragile équilibre est rompu. Parce que Dan se fait vieux et qu’il est malade. Et parce qu’on a aperçu des loups sur le territoire des chasseurs. Leur présence menaçante réveille de vieilles querelles entre les clans, et la tension monte au village…

Au-delà des rivalités, c’est à la nature, aux cycles de la vie et de la mort, et à leur propre destinée que devront faire face les personnages tellement humains de ce roman au décor grandiose.

Critique :
Voilà un roman qui fait comme une petite bulle de calme entre deux lectures, un petit roman qui se lit trop vite, où à peine après avoir fait connaissance des personnages, on les quitte déjà car 124 pages, ça fait comme une grosse nouvelle (ou un petit roman).

Pourtant, dans ces 124 pages, il y a des choses qui nous sont habituelles, comme ces chasseurs qui deviennent un peu fous avant la chasse, comme ce petit village où tout se sait, où tout se murmure, où même après 20 ans, vous n’êtes toujours pas d’ici…

Et surtout ce qui est vieux comme le monde : un homme qui fait sa loi et qui intimide tellement les autres que tout le monde s’écrase et la ferme, de peur des représailles.

Non, ce type n’a pas une mèche blonde peroxydée… Mais si on mettait ce potentat local à la tête du pays, m’est avis qu’il se comporterait comme le rustre qui a élu résidence à la White House.

Dans ces montagnes, tout va moins vite qu’à la ville, on prend le temps de vivre, de se laisser aller et notre ancien dentiste, Benoît Lévesque, qui vivait à 200 à l’heure avant, a trouvé agréable de regarder le temps d’écouler sans courir derrière lui.

Le moment le plus pénible de ma lecture fut pour l’agonie du chien de Benoît car je ne sais que trop bien ce que c’est de voir son vieux compagnon dépérir, n’être plus l’ombre que de lui-même alors qu’il fut l’ombre de votre ombre.

J’ai perdu mon chien il y a 8 ans et dernièrement, ce fut la grande chienne de chez mes parents qui était, elle aussi, toujours dans mes pas. Heureusement, l’auteure n’a pas trop épilogué sur la fin du chien, ce qui m’a évité les chutes du Niagara.

La souffrance et le vide ressentit par Benoît, je l’ai ressenti aussi dans mon être car je sais que l’on peut s’attacher un peu trop à nos bêtes.

De plus, pour Benoît, ce chien l’avait changé, avait fait de lui un autre homme, un homme plus attaché aux autres, alors qu’avant, il se fichait des autres, autant de sa femme que de sa fille, qui en a souffert et en souffre encore.

Dans ce roman, on dirait qu’il ne passe pas grand-chose, pourtant, de manière sous-jacente, l’auteure nous invite à la réflexion sur ce Monde qui va trop vite, sur ces gens qui ne vivent plus selon le rythme des saisons, qui ne vivent que pour le superficiel, sur ceux qui pensent que tout leur est dû et qu’ils doivent être les seuls prédateurs dans ces montagnes, quitte pour cela à faire souffrir les loups.

Non, il ne se passe pas grand-chose dans ce petit roman, si ce n’est la vie qui passe et des portraits à la serpe des habitants de ce village perdu et qui ont l’accent du Québec.

Un roman qui fiche tout de même un sacré petit coup de blues à la fin de sa lecture, surtout qu’on a l’impression qu’il y avait encore tant à dire, tant à apprendre d’eux.

Un roman trop vite terminé…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).