Bohemian flats : Mary Relindes Ellis

Titre : Bohemian flats

Auteur : Mary Relindes Ellis
Édition : 10/18 (2015)
Édition Originale : The Bohemian Flats (2014)
Traduction : Marc Auligny

Résumé :
Au pied de Minneapolis, sur la rive du Mississippi, se dressent de petites baraques de bois connues sous le nom de Bohemian Flats.

C’est là, dans un joyeux chaos, que des migrants venus des quatre coins d’Europe, Tchèques, Irlandais, Finlandais ou encore Russes, échangent leurs histoires, partagent leurs coutumes, et s’épaulent sur le chemin laborieux du grand rêve américain.

Parmi eux, Albert et Raimund Kaufmann et leur amie d’enfance, Magdalena Richter, aspirent à un avenir plus libre, loin d’une Allemagne moyenâgeuse et intolérante. Mais la Première Guerre mondiale éclate, et avec elle s’envole la belle harmonie qui régnait dans les Flats.

Rattrapés par leur identité allemande, Albert, Raimund, Magdalena et leurs enfants vont être confrontés au passé douloureux de la famille, et à des secrets qu’ils croyaient enterrés pour toujours.

Critique :
L’histoire de la famille Kaufmann s’étale de 1881 à 1968, elle commence en Allemagne et continuera ensuite en Amérique.

Mary Relindes Ellis m’avait emportée dans « Wisconsin » et elle a remis ça, une fois de plus.

Ses personnages sont magnifiques, réalistes, sympathiques, humains, que ce soit le tout jeune Raimund et son frère Albert, leur parents, leur professeur Herr Richter, son épouse…

Commençant son récit dans l’Allemagne de 1881, l’auteure va nous conter la vie de la famille Kaufmann en prenant le temps de nous les présenter et de poser le décor d’une Allemagne rurale.

Les thèmes présentés sont des vieux amis : les relations dans une fratrie, les rapports entre le père et ses fils, la découverte de la sexualité, la figure maternelle, les mariages arrangés, les préjugés, l’intolérance, la religion, l’enseignement, les études, le travail à la ferme, dans les champs, l’envie, la jalousie, la convoitise… Et la fuite vers un autre continent.

C’est beau, c’est puissant, ça se dévore lentement car l’écriture de l’auteure se déguste. Elle n’est pas simpliste, loin de là. Moi qui ai d’habitude un bon rendement de pages à l’heure, j’ai mis plus de temps à avancer, sans pour autant m’ennuyer.

Le rêve américain cher à Trumpinette n’est une carabistouille pour moi. D’accord, en partant aux États-Unis tous les rêves sont permis, tout est possible, vous pouvez réussir en étant parti de rien. Mais pour un qui a réussi, combien ont chuté ? Le soleil ne brille pas pour tout le monde et si on veut devenir riche, faut écraser les autres.

D’ailleurs, aux Etats-Unis, la naissance ne détermine pas la position de l’individu dans la vie : à force de travail, un paysan peut s’élever au rang d’important homme d’affaires, voire occuper une fonction politique. La quantité d’argent ainsi gagné permet également d’acquérir un certain vernis social, mais l’accroissement de la richesse s’accompagne aussi d’une forme de censure que certains appellent les bonnes manières.

Le titre ne le laisse pas deviner, mais toute l’histoire ne se déroule pas dans les Flats de Minneapolis puisque nous aurons la genèse en Allemagne (Bavière) et après, une partie de l’histoire se déroulera dans une ferme de Chippewa Crossing dans le Wisconsin.

Le récit nous contera la vie de la famille Kauffman, leur voyage jusqu’au États-Unis, leurs coups durs, la vie difficile dans les Flats mais empreinte de solidarité entre tous ses habitants, victime du mépris des autres habitants de la ville puisque ne vivent dans les Flats que les gens pauvres.

Le mépris et la haine, nous les retrouveront au moment de la Première Guerre Mondiale où malgré le fait que des hommes originaires d’Allemagne se battent aux côtés d’Américains, ils sont vus comme des espions, des traîtres, des gens à abattre ou à renvoyer chez eux.

Mais dans les lettres suivantes, il évoque les sarcasmes subtils, puis un peu moins subtils, qu’il endure de la part des ingénieurs anglo-saxons, en plus du préjugé anti-allemand qui ne cesse de se répandre à Minneapolis et à Saint Paul. Il n’y a que sur les Flats qu’il se sent à l’abri des insinuations malveillantes.

— Les Anglo-Saxons ont toujours été comme ça depuis que j’habite ici, répond l’homme-ours. Pour eux, ceux qui viennent de pays situés à l’est de Paris sont des Polacks, des Boches, des Bohêmiens ou des sales Russes, assez bons pour travailler dans les manufactures et les usines mais pas assez pour s’asseoir à leur table ou être respectés comme n’importe quel Anglo-Saxon, homme ou femme.

Bizarrement, TOUS les Américains sont issus de l’émigration massive (sauf les Natifs que sont les Amérindiens, qui sont là depuis bien plus longtemps), tous sont étrangers et pourtant, les Anglo-Saxons se considèrent comme les seuls vrais Américains et tous les autres sont déclarés des étrangers.

Mon seul petit bémol pour ce récit sera pour le personnage d’Otto, le frère aîné Kauffman qui est le salopard de ces pages, même si, une fois tout le monde parti en Amérique, nous ne le reverrons pas avant la fin.

Là où le bât a blessé, c’est que Otto va commettre un acte abject, abominable, dégueulasse, honteux (les mots me manquent), qui ne sert en rien le récit et qui m’a semblé déplacé, hors de propos, vu les années qui avaient passé et que cet acte ne lui rapporterait rien qu’une sale vengeance très basse et complètement inutile. Voilà, c’est dit.

Un magnifique récit qui couvre les périodes allant de 1880 à l’après 1960, commençant en Bavière et allant jusque dans le Minnesota, en passant par le Wisconsin et passant un peu par les champs de batailles de la Première Guerre Mondiale.

Une fresque familiale qui s’étale sur 80 ans, servie par des personnages sympathiques, émouvants, portés par une écriture très belle. Une fresque qui rend hommage à tous ceux qui ont construit l’Amérique et qui n’étaient que des petites gens, pauvres.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°85] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.


 

22 réflexions au sujet de « Bohemian flats : Mary Relindes Ellis »

  1. Ping : The American Month is finish – Bilan du Mois Américain [Septembre 2020] | The Cannibal Lecteur

  2. je l’ai lu il y a des années. je suis allée relire mon billet, et ça ne réveille pas pls les souvenirs…mais manifestement j’avais aimé, et m’étais dit que je relirais cette autrice…toujours pas fait! 😉

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  3. Ping : Bilan Livresque Mensuel : Septembre 2020 [Mois Américain] | The Cannibal Lecteur

  4. Ping : Billet récapitulatif – Le mois américain 2020 | Plaisirs à cultiver

    • Wisconsin ❤ ❤ ❤ ❤ ❤

      Maintenant que j'ai foutu la merde, je sors !

      Un Indien arrive au saloon, le fusil de chasse dans une main, et un seau de bouse de bison dans l'autre.
      — Moi vouloir café!

      Le serveur lui apporte le café, l'Indien descend le café d'une gorgée, jette le contenu du seau en l'air, tire dedans et part.

      Le lendemain, il revient au saloon et redemande un café.
      — Oh là! Du calme! Dit le patron, on est encore en train de nettoyer ton coup d'hier. C'est quoi ça?

      — Moi prendre des cours de management pour être cadre supérieur. Ça, travaux pratiques. Moi arriver le matin, boire café, semer la merde, puis disparaître toute la journée…

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  5. Anybref, un bon roman historique sur l’immigration étazunienne… Si je n’étais pas aussi écrasée par l’écroulement de ma PAL je me laisserai bien tenter… mais là… pffff… pour te dire… j’ai deux Agatha Raisin en souffrance et je ne sais même pas quand je vais les ouvrir!!!

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      • Ouaip! C’est la grosse cata! Chuis tombée dans l’enfer des séries… Et pis j’ai vu une adaptation d’Enola Holmes (rien à voir avec les romans!!! Juste l’intro/contexte…)… et puis il y a le retour du meilleur pâtissier mercredi… et pis je déprime un peu avec les restrictions liées au covid… et pis y a les obligations familiales chronophages… Anybref je suis une mauvaise lecteuse en ce moment ! 😭

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        • J’ai eu une baisse de régime aussi, mon Chouchou a fait une mauvaise chute (de pas haut, juste sa taille) et boum, hosto. Je suis claquée, envie de rien, je mange peu (ça, c’est la seule bonne nouvelle) et je tourne en rond pire qu’au confinement !! :/ Mon cerveau est en compote aussi et la fatigue intellectuelle, elle ne se récupère pas avec une bonne nuit de sommeil…

          Merde, je serai dans une petite déprime que ça ne m’étonnerait pas….

          Allez viens, on va se boire des verres… ah merde non, on peut pas…

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