L’oiseau bleu d’Erzeroum : Ian Manook

Titre : L’oiseau bleu d’Erzeroum

Auteur : Ian Manook
Édition : Albin Michel (07/04/2021)

Résumé :
L’odyssée tragique et sublime de deux petites filles rescapées du génocide arménien.

1915, non loin d’Erzeroum, en Arménie turque. Araxie, dix ans, et sa petite sœur Haïganouch, six ans, échappent par miracle au massacre des Arméniens par les Turcs.

Déportées vers le grand désert de Deir-ez-Zor et condamnées à une mort inéluctable, les deux fillettes sont épargnées grâce à un médecin qui les achète comme esclaves, les privant de leur liberté mais leur laissant la vie sauve.

Jusqu’à ce que l’Histoire, à nouveau, les précipite dans la tourmente. Séparées, propulsées chacune à un bout du monde, Araxie et Haïganouch survivront-elles aux guerres et aux trahisons de ce siècle cruel ? Trouveront-elles enfin la paix et un refuge, aussi fragile soit-il ?

C’est autour de l’enfance romancée de sa propre grand-mère que Ian Manook, de son vrai nom Patrick Manoukian, a construit cette inoubliable saga historique et familiale.

Un roman plein d’humanité où souffle le vent furieux de l’Histoire, une galerie de personnages avides de survivre à la folie des hommes, et le portrait poignant des enfants de la diaspora arménienne.

Critique :
Le génocide arménien… Pour certains, il n’a pas eu lieu, il n’a jamais existé et on arrête d’en parler, merci bien. Oui mais non… trop facile de cacher ses crimes sous le tapis ou de le nier.

Il a eu lieu et ressemblait à ce que les nazis mettront en place dans les années 30 : la tentative d’extermination de tout un peuple, d’une religion, la mise à mort d’une population. Glaçant. Surtout que les suivants mettront encore plus de professionnalisme dans l’extermination. Et que les Arméniens ne furent pas les premiers à être massacrés.

Des livres durs, j’en ai déjà lu beaucoup. Quelques uns ont même terminés au freezer, car trop horribles à lire. Ce  roman a failli finir dans le freezer aussi, tant ses premières pages sont violentes, dures, difficiles à lire, horribles… Je n’ai pas de mots.

J’ai respiré un grand coup et j’ai poursuivis ma route aux côtés des déportés arméniens, même si je crevais de mal en lisant ce qu’on leur a fait subir, et pourtant, je ne devrais plus m’étonner de la perfidie humaine, surtout après avoir lu « L’archipel du Goulag »… Ni de son illogisme.

Ni de ces multiples références à un Dieu de miséricorde, alors que l’on assassine en Son Nom. Lui a-t-on demandé Son avis ? Illogique alors que la religion devrait être l’amour des autres et non leur extermination.

Jamais l’auteur ne fera de surenchère dans la violence, nous parlant juste de la violence ordinaire que des Hommes font subir à leurs semblables, avec délectation en plus. Je peux vous affirmer que certains ont de grandes compétences pour mettre les autres plus bas que terre, sans même se rendre compte que c’est eux qui s’avilissent.

Choisir entre la vie sauve pour sa famille ou pour un train de déporté, le choix est vite fait, même s’il fera mal au bide et à sa conscience : sa famille. De toute façon, quelque soit le choix, il laissera celui qui a fait ce choix au sol, l’âme en peine. Le proposeur, lui, se lavera les mains et ricanera de sa bonne idée.

Dans cette histoire vraie, même si une partie est romancée, les faits sont exacts, avérés, ces horreurs ont eu lieu. Je me suis attachée de suite à ces deux sœurs, Araxie et Haïganouch, même à leur oncle, Krigor, dont j’ai regretté la fin. Son rôle est très court, hélas, mais il était des plus marquant.

Voilà un roman, mi- autobiographique, mi- romancé, qui donne des émotions en vrac, des émotions fortes, de celles que l’on n’oubliera jamais, de celles qui resteront gravées. À un certain chapitre, ce fut impossible de retenir les flots et le Niagara a coulé de mes yeux.

Sans jamais sombrer dans le pathos, l’auteur a réussi à me briser le cœur en peu de phrases. Heureusement, après, les violences s’espaceront et on repartira sur la suite du récit, la reconstruction des personnages, qui sera des plus intéressant à lire, même si l’Histoire nous réservera encore quelques saloperies. Smyrne restera gravée en moi.

Les personnages sont attachants, ni tout noir, ni tout blanc. Si la plupart sont des brutes, certains ont encore un cœur, une conscience et, sans devenir des super-héros, peuvent, avec peu, aider leur prochain. La lumière qui surgit des ténèbres…

L’écriture de l’auteur est taillée au cordeau, il va au plus simple, mais sans jamais sacrifier le fond ou la forme. Pas de chichis, pas de fioritures, et malgré tout, son récit est d’une grande profondeur, ses décors bien décrits et ses personnages bien campés. Plus facile lorsqu’ils ont existés, certes, mais ils sont réalistes et jamais sur-joués.

Un roman historique très dur à lire, des scènes abominables parce que vue de l’intérieur, des massacres qui donnent envie de foutre le camp loin de ce récit, mais ce serait une erreur phénoménale car cette entrée violente est nécessaire pour comprendre ce que fut le génocide arménien, les exactions commises envers ce peuple et pour pouvoir comprendre les personnages dans leur reconstruction.

C’est un roman historique qui mêle adroitement les récits autobiographiques, l’Histoire, l’aventure, le roman noir, le roman policier et qui nous montre ces vies qui furent fracassées, qui n’avaient rien demandé, si ce n’est de vivre en paix. Mais d’autres gens en avaient décidé autrement…

Elle s’appelait Araxie elle n’avait pas dix ans
Sa vie, c’était douceur, rêves et nuages blancs
Mais d’autres gens en avaient décidé autrement

C’était une petite fille sans histoire et très sage
Mais elle n’est pas née comme toi
Ici et maintenant… (*)

J’aurais aimé vous en parler avec plus d’emphase, avec de belles phrases, bien tournées, mais les mots me manquent encore, tant j’ai dépassé tous les quotas d’émotions possibles et imaginables. Rien que d’y repenser, j’ai la gorge qui se noue et ma gueule qui fait mal.

C’est un roman magnifique qui mérite d’être lu, découvert, prêté, offert (en prévenant les gens, bien entendu). C’est une page d’Histoire qui devrait être plus souvent lue, au lieu d’être « négationnée » par certains.

Faut parfois oser se regarder dans un miroir, avouer que ce qu’on fait nos ancêtres était horrible, bestial,… Se donner la peine de se pardonner, de leur pardonner et de tourner la page. Comme a fait l’Allemagne. Reconnaître ses crimes, c’est déjà un grand pas en avant pour la reconnaissance des martyrs, des victimes. Les tortionnaires ne sont plus de ce monde.

Araxie vient d’entrer dans mon panthéon personnel, aux côtés d’autres filles fabuleuses, telles que Kia (Là où chantent les écrivisses), Betty Carpenter (Betty), Harley McKenna (Mon territoire), Turtle (My absolute darling) et d’autres personnages marquants.

Magnifique, mais dur !

Attention, gros spolier attendu : ce livre finira dans mon Top de l’année, au rayon des coups de cœur et des livres marquants. Mais ceci n’est pas une surprise.

(*) « Comme toi » de Jean-Jacques Goldman (© Universal Music Publishing Group)

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°23] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°76].

47 réflexions au sujet de « L’oiseau bleu d’Erzeroum : Ian Manook »

  1. Ping : Bilan Livresque Mensuel : Août 2021 | The Cannibal Lecteur

  2. J’ai l’impression qu’à chaque fois que tu lis Ian Manook tu finis toujours toute tourneboulée. Je l’ai vu sur 28 min parlé de son livre. Il parle toujours simplement de ces histoires alors qu’elles sont toujours sombres car basées sur des faits réels.

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    • Ça sentait déjà mauvais partout sur la planète, les Anglais ont inventé le camp de concentration en Afrique, pour parquer les méchants vilains Africains qui ne voulaient pas se laisser voler leur terre pour qu’on les donne ensuite à de paisible anglais retraités et méritants… Les allemands avaient massacré des tribus entières en Afrique aussi, au temps de la colonisation, puis ils ont continué en Europe, on a eu d’autres génocides, ça continue encore et toujours mais rassure-toi, on a tous dit « plus jamais ça »… :/

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      • Euh non je ne parlais pas de ca….je parlais de la dictature qui se mettait en place sous l’appelation de democratie….meme les turc/ques a l’etranger votent Erdogan en grande majorite….mais sur place cela reste totalitaire….Ataturk doit se retourner dans sa tombe…plus de laicite notamment

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        • Les expats sont encore pire que ceux qui sont restés dans le pays. Il est facile de voter pour un dictateur quand on ne vit pas dans le pays, mais ailleurs, en démocratie… Pas sympa pour ceux qui sont restés. Mais on m’a toujours dit que les expats devenaient souvent plus royalistes que le roi (comme le dit l’expression).

          Ataturk a des casseroles au cul aussi, des squelettes dans le placard car on ne fait pas une révolution sans assassiner des gens, ça tente toujours les révolutionnaires. :/

          La laïcité fout le camp, en effet. Le pire étant quand des femmes turques sont élues dans nos pays et exigent de pouvoir entrer au parlement, pour y siéger, avec leur foulard, ce qui n’est pas permis chez nous et en Turquie non plus. Encore plus interdit que chez nous. Mais elles l’exigent et hurlent au racisme ensuite. « Racisme », le mot est souvent galvaudé et utilisé en dépit du bon sens :/

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  3. Mais… ils vont arrêter de martyriser les petits enfants les écrivains !!!! Tu imagines bien que c’est pas pour moi… et pourquoi je ne ficherai JAAAMAIS les pieds en Turquie malgré les pubs pour y vanter le tourisme! Moi je fais du tourisme éthique : je mets pas les pieds dans les dictatures et je n’achète chinois que si personne d’autre n’en fais (il semble que toutes l’électronique soit fait là-bas aujourd’hui!

    Ergogan… le mec qui a osé traiter Merkel de nazie alors qu’il contrôle les médias, à imposé un culte personnel, fait persécuter ses opposants et leurs familles élargies par la police avant de les jeter en prison, fait refaire les élections municipales quand ses opposants les gagnent, le mec qui fait une crise de nerf si on parle de génocide arménien devant lui et fait boycoter les produits français quand on lui parle de liberté de la presse ou de conscience et lui rappelle sue le droit français n’est pas calé sur la charia… Que les turcs le foutent en prison et on verra après si j’y mettrai les pieds!

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    • Oui, certains ne manquent pas d’audace et comme disait mon grand-père maternel « on es toujours sali par plus sale que soi »…

      Merkel nazie ? Ok, alors moi je suis une actrice porno… Comme quoi, Jésus avait raison, on voit plus facilement la paille dans l’oeil de son voisin que la poutre dans le sien.

      Je connaissais assez bien de turcs, dans mon ancien boulot, mais tous me parlait de Kemal avait emphase, à les entendre, c’était un saint, un grand homme… Hum, va falloir apporter des changement à ce portrait un peu trop flatteur.

      Lorsque je suis allée en Turquie, Erdogan n’était pas président, juste premier sinistre.

      Il veut dominer le monde, c’est un dictateur, point barre. Il veut dicter ses idées aux autres et les imposer.

      Oui, les auteurs sont vaches dans leurs romans, mais bien souvent, ce n’est jamais aussi fort que la réalité, hélas…

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    • Tu dis ça pour me faire plaisir ! :p

      Pourtant, je te jures qu’on m’a déjà coupé ma chique plus d’une fois… l’Humain est en enfoiré de pute de fils de salopard.

      Si on a bien compris que j’ai eu les tripes nouées mais qu’il faut lire ce roman, alors mon message est passé !

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