Cinq méditations sur la mort autrement dit sur la vie : François Cheng

Titre : Cinq méditations sur la mort autrement dit sur la vie

Auteur : François Cheng
Édition : Albin Michel (2013) / Livre de Poche (2015)

Résumé :
Comme ses « Cinq Méditations sur la beauté », ce texte de François Cheng est né d’échanges avec ses amis, auxquels le lecteur est invité à devenir partie prenante. Il entendra ainsi le poète, au soir de sa vie, s’exprimer sur un sujet que beaucoup préfèrent éviter.

Le voici se livrant comme il ne l’avait peut-être jamais fait, et transmettant une parole à la fois humble et hardie.

Il n’a pas la prétention de délivrer un « message » sur l’après-vie, ni d’élaborer un discours dogmatique, mais il témoigne d’une vision de la « vie ouverte ».

Une vision en mouvement ascendant qui renverse notre perception de l’existence humaine et nous invite à envisager la vie à la lumière de notre propre mort.

Celle-ci transformant chaque vie en destin singulier, la fait participer à une grande Aventure en devenir.

Critique :
Une fois de plus, c’est grâce à l’émission La Grande Librairie que j’ai découvert cet auteur et sa manière de parler, sans précipitation, avec réflexion et de manière très profonde, m’a donné envie de le découvrir par la lecture.

Rappelez-moi, un jour, de coller un procès à l’animateur, François Busnel, pour toutes les super découvertes littéraires que j’ai faites en regardant son émission (ça me ruine le portefeuille tout en enrichissant mon âme. Les banquiers se foutent de mon âme).

Sa manière de nous expliquer que pour éprouver du bonheur, il fallait avoir souffert, que sans les malheurs, souffrances, bref, toutes ces merdes, nous ne pourrions pas jouir et reconnaître le bonheur quand il se présente à votre porte.

Ben oui, je ne suis jamais si contente d’être en bonne santé qu’après avoir été malade… Et lorsque je suis malade, je regrette les jours de pleine santé que je n’ai pas accueilli avec joie.

Anybref, parlons de ce petit livre qui se lit avec lenteur aussi car là, on n’est pas dans un roman léger mais dans du lourd. Mon cerveau en fume encore.

Rassurez-vous, lire un essai qui parle de méditations sur le mort ne plombe en aucun cas l’ambiance ou votre moral. J’en suis sortie plus sereine, plus zen, plus apaisée aussi.

En fait, ce qu’il dit rejoint ce qu’une connaissance m’avait dite un jour et qui m’avait fait l’effet d’un uppercut car je ne l’avais jamais vue sous cet angle, l’idée de la mort : sans la mort, il n’y a pas de vie ! Si la vie est précieuse, c’est parce qu’elle n’est pas éternelle et qu’il y a la mort. Mais surtout, s’il n’y avait pas la mort, il n’y aurait pas la vie.

Ceci n’est qu’un résumé succin de ce que je viens de lire et que mon cerveau tente encore de mettre en ordre. De toute façon, je n’ai pas le talent, ni la prose, ni l’érudition de François Cheng pour vous parler de cette lecture qui m’a plongée ailleurs que sur Terre. Et ça, en plein confinement, c’est du tonnerre de Dieu !

Dieu, oui, il en parle mais à la manière d’un qui se questionne… Car si le hasard fait souvent bien les choses, ma question est la même que la sienne : comment le hasard a-t-il pu ordonnancer parfaitement la Terre, l’Univers, la Vie ?

Parce que bordel de dieu, c’est quand même bien fichu, bien pensé, pour un coup de hasard. Mais ne dit-on pas que le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito ? Je n’ai toujours pas la réponse à ma question, lui non plus, mais au moins, on a le mérite de les poser (lui plus que moi).

Sans vouloir être plus catholique que le pape, ce que je ne suis pas, il parle du sujet Dieu avec justesse et de celui de jésus d’une manière qui, déjà, dans l’émission, m’avait fait monter la boule dans la gorge car une fois de plus, il en parlait bien, sans virer grenouille de bénitier, sans choquer non plus les croyants, ni remettre en question les athées et les agnostiques. Ah si on m’avait parlé ainsi lorsque j’étais jeune !

Ce petit roman de méditations, c’est de la poésie, au sens propre comme au figuré, c’est de la justesse, ce sont des mots réfléchis, des réunions avec ses amis afin de partager avec eux ses méditations, c’est aussi de la philosophie, la beauté des mots, le fait que tout ce qu’il dit s’imbrique l’un dans l’autre.

Et en plus, c’est accessible à moi ! What’else ?

PS : lorsque je mourrai, en espérant que ce ne soit pas durant le confinement, je voudrais qu’à mon homélie à l’église, on passe « Paint in black » et « Sympathy for the devil » des Rolling Stones ! L’acoustique d’une église doit bien donner…

Le poney rouge : John Steinbeck

Titre : Le poney rouge

Auteur : John Steinbeck
Édition : Folio Junior (2009)
Édition Originale : The Red Pony (1933)
Traducteurs : Marcel Duhamel & Max Morise

Résumé :
Jody, petit garçon rêveur et solitaire, vit dans un ranch de Californie, avec ses parents et son ami Billy Buck, le garçon d’écurie.

Sa vie est paisible, entre l’école et les travaux de la ferme. Un matin, Jody découvre dans la grange un poney rouge, offert par son père. Aidé par Billy Buck, Jody entreprend de le dresser.

Et peu à peu vient le jour où, pour la première fois, Jody va pouvoir le monter ! Mais le poney tombe malade…

Par un grand romancier américain, l’histoire d’une inoubliable amitié, une aventure humaine forte et juste au cœur des fascinants paysages du Far West.

Critique :
Steinbeck ne m’a pas fait vibrer avec ce petit roman jeunesse qui, je trouve, manquait de profondeur dans son personnage principal de Jody.

On saura peut de chose de lui et de ce fait, il me fut difficile de m’y attacher, même si j’ai ressenti sa peine.

Monsieur Steinbeck, vous êtes une brute ! Vous offrez un poney à un gamin, il en est bleu, de son poney rouge, il le dresse et au moment où va enfin pouvoir le monter, bardaf, vous le faite mourir.

Non mais allo quoi ? En plus, j’aurais compris si il avait été emporté par le tétanos, mais sérieusement, un refroidissement après une pluie ?

Oui, dans ma vie, j’ai vu un jour une de mes juments trembler de froid sous la pluie, mais pas après un après-midi passé dessous, c’était après des jours et des jours de pluie, quand tout devient boue et que l’eau ruisselle de partout.

Un bon bouchonnage à la paille, un couverture séchante, un grand paddock pour pouvoir marcher, à l’abri et c’en était fini de ses tremblements. Mais vous, vous emportez le poney d’un pauvre gamin qui n’attendait qu’une chose : monter dessus.

Si la vie dans une exploitation est bien décrite, si les choses simples sont bien mises en scène, j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages et si j’avais pas vécu plusieurs fois la perte d’un cheval, je n’aurais pas vibré avec Jody.

Hélas, j’ai vibré à cause de mes souvenirs malheureux mais pas à cause des siens. Autant où nous laissons couler nos larmes devant un de nos animaux étendu sans vie sur le sol, autant ici, Jody ne lâche rien, de peur qu’on le prenne pour une mauviette, une gonzesse… Il passe sa tristesse en maltraitant d’autres animaux et pour la compassion venant de ses parents, faudra repasser, car ils n’en montrent aucune.

Pourtant, en me posant un peu, je ressens de la douleur pour Jody, un gamin élevé sans amour par ses parents à qui il donne du m’sieur ou du m’dame, comme s’ils étaient des étrangers.

L’auteur a beau nous expliquer, au travers des pensées de Jody, que son père est un homme bon, j’ai du mal à le croire et me le répéter 36 fois ne me fera pas changer d’avis.

Une lecture en demi-teinte, donc, malgré la plume de Steinbeck, son style brut, cru, sans fioritures, violent, qui n’épargnera pas son jeune lecteur, même s’il laissera peut-être des plus âgés froids, justement à cause du manque d’empathie pour les personnages.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°01].

Tandis que j’agonise : William Faulkner

Titre : Tandis que j’agonise

Auteur : William Faulkner
Édition : Folio (2002)
Édition Originale : As I Lay Dying (1930)
Traducteur : Maurice-Edgar Coindreau

Résumé :
Après le décès de sa femme Addie, Anse Bundren et ses 5 enfants (Cash, Darl, Jewel, Dewey Dell et Vardaman) traversent l’État du Mississippi pour accompagner la défunte jusqu’à Jefferson, sa ville natale.

Le père, Anse, sorte de vieux têtu édenté à la chrétienté embarrassante, embarque donc ses enfants dans une tâche funèbre : aller enterrer son épouse (et leur mère) là où il l’a arbitrairement décidé, à savoir, très loin de la ferme familiale.

Les Bundren quittent donc la ferme familiale avec le cercueil sur une charrette.

« Je lui avais dit de ne pas amener ce cheval, par respect pour sa défunte mère, parce que ça n’a pas bonne façon de le voir caracoler ainsi sur ce sacré cheval de cirque, alors qu’elle voulait que nous soyons tous avec elle dans la charrette, tous ceux de sa chair et de son sang ; mais, nous n’avions pas plus tôt dépassé le chemin de Tull que Darl s’est mis à rire. Assis sur la banquette avec Cash, avec sa mère couchée sous ses pieds, dans son cercueil, il a eu l’effronterie de rire ! »

Critique :
Comment expliquer simplement tout ce que j’ai ressenti à la lecture de ce livre, Prix Nobel de littérature en 1949, monument de la littérature Américaine, histoire ô combien noire mais qui pourrait être drôle, si l’humour noir de ce roman pouvait être considéré comme drôle.

J’apprécie l’humour noir et trash, mais là, j’ai ri jaune.

J’ai vu une famille pauvre assister au déclin de leur mère (et épouse pour le père), j’ai vu un fils aîné fabriquer un cercueil sous les yeux de sa mère agonisante qui a tout supervisé, j’ai vu deux fils louper le grand voyage de leur mère car ils étaient sur la route pour gagner encore quelques dollars.

J’ai assistée, impuissante, au voyage totalement fou d’un veuf et de ses 5 enfants, le corps de la décédée reposant dans le cercueil à l’arrière de la charrette, pour aller l’enterrer dans un autre comté, répétant à tous que c’était sa décision à elle.

Un périple qui n’était pas de tout repos, qui fut dangereux, aux multiples périls dont la montée des eaux et des ponts emportés, plus la chaleur qui amènera des odeurs pestilentielles et des charognards. Un voyage qui causera l’explosion de la famille.

Nous sommes face à un roman bourré de noirceur, qui a de l’humour, car la farce est grotesque mais noir, car rien ne prête à rire dans ces pages.

Le style de Faulkner est particulier. Déjà, il nous propose un roman choral et je pense qu’en 1930, ce n’étais pas aussi courant que maintenant. Chaque membre de la famille prendra la paroles, dans un monologue, une introspection qui lui sera particulier, puisque chaque personnage a ses tics de langage, ses manies, ses obsessions, ses mots bien à lui.

Au départ, j’ai eu un peu de mal, ayant l’impression que le récit était une cacophonie sans nom et puis, en persévérant un peu (c’était Faulkner, que diable), j’ai trouvé mon rythme de lecture et j’ai eu du mal à en sortir à la moitié du récit, mais bon, fallait bien aller au turbin.

Véritable roman de moeurs rurales, Tandis que j’agonise met en scène une famille du Sud Profond, dans le même genre qu’Erskine Caldwell, car le père Anse Bundren a la mauvaise foi chevillée au corps comme l’avait Jeeter Lester (La route au tabac), mais moins prononcée que ce dernier, bien que les références à « Dieu m’est témoin » parsèment aussi ses dialogues, mais de chrétien, Bundren n’en a que le nom.

Je l’avais bien dit à Addie que ça ne portait pas bonheur d’habiter sur une route, quand on est venu la faire par ici, et elle m’a dit, que c’était bien une réponse de femme : « Ben t’as qu’à te lever et déménager. » Mais je lui ai dit que ça ne nous porterait pas bonheur parce que le Seigneur a fait les routes pour voyager ; c’est pour ça qu’il les a couchées à plat sur la terre. Quand Il veut que les choses soient toujours en mouvement, Il les fait allongées, comme une route ou un cheval ou une charrette, mais quand Il veut que les choses restent tranquilles, Il les fait en hauteur, comme un arbre ou un homme.

Toute sa vie, Anse Bundren l’a passée à gémir, n’a jamais été un grand travailleur, ni un homme de parole et on se demande avec suspicion pourquoi diable il tient tant à respecter les dernières volontés de son épouse sur son lit de mort. C’est louche… Surtout que dès le début du roman, la principale intéressée ne pourra pas nous le confirmer, vu qu’elle a cessé de parler.

C’est un fait à remarquer qu’un homme paresseux, un homme qui n’aime pas le mouvement, s’entête toujours à aller de l’avant une fois qu’il est parti. C’est exactement comme quand il refusait de bouger. Comme si ça ne serait pas tant le mouvement qu’il déteste que le fait de partir ou de s’arrêter.

« Elle compte sur ma parole. Je la lui ai donnée »

En plus, ce crétin est parti sans pelle pour creuser une tombe ! Mais il nous rabâche sans cesse qu’il doit acheter un dentier pour arriver à manger les aliments que Dieu a fait pour lui… Je pense que de tous les personnages de la famille, il est le plus égoïste.

Pour les décors, Steinbeck a dû passer par-là car ils sont magnifiques, épurés, décrit avec peu de mots et pourtant, tout le poids de la Nature est dans ces pages, toute sa force, toute sa magnificence et toute sa perfidie.

Un portrait au vitriol d’une famille rurale, des introspections qui nous placent au plus près des pensées des personnages, une voyage semé d’embûches et une fois arrivés, les enfants n’en seront pas au bout de leur surprises, et nous non plus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°31 et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Pour se coucher moins bête au soir :

L’auteur prétendait avoir écrit Tandis que j’agonise en six semaines, sans changer un seul mot. Il en aura mis en fait dix : du 25 octobre, date de la première page manuscrite, au 11 décembre 1929. Le roman est rédigé entre les deux versions de Sanctuaire — la première version ayant été refusée par son éditeur. Le dactylogramme est fini le 12 janvier 1930 et le livre paraît le 6 octobre.

Le titre provient du Chant XI de L’Odyssée d’Homère quand Agamemnon déclare à Ulysse : « Je cherchai à lever les mains et les laissai retomber à terre, mourant (« As I Lay Dying »), percé du glaive ; et la chienne s’éloigna, sans avoir le cœur, quand je m’en allais chez Hadès de me fermer les yeux de ses mains et de me clore les lèvres. »

Le roman utilise la technique littéraire du courant de conscience. Les narrateurs sont multiples, les chapitres de longueur variable ; le chapitre le plus court concerne Vardaman, le benjamin, et est composé de seulement cinq mots : « Ma mère est un poisson ». Le roman, qui compte 59 chapitres et 15 narrateurs, se déroule dans le comté fictif de Yoknapatawpha dans le Mississippi.

Sherlock Holmes et le mystère du Palio : Luca Martinelli

Titre : Sherlock Holmes et le mystère du Palio

Auteur : Luca Martinelli
Édition : Joëlle Losfeld (2011)
Édition Originale : Il Palio di Sherlock Holmes (2009)
Traducteur : Lise Caillat

Résumé :
L’intrigue part d’un fait avéré de la saga de Sherlock Holmes : le séjour du détective londonien en Italie alors que tout le monde le croit mort. Sa mission est de reconstituer le réseau des agents secrets britanniques.

Mais à peine arrivé à Florence, Holmes entend parler d’un homicide advenu à Sienne dans lequel serait impliqué un Anglais et qui pourrait bien compromettre sa mission. Il s’y rend sur-le-champ.

Convaincu de l’innocence de son compatriote, il cherche à dénouer le piège dans lequel celui-ci est tombé.

Assisté par le petit Federigo, fils de son aubergiste, Holmes découvre vite des indices étonnants qui le plongent dans l’effervescence du Palio, la célèbre course de chevaux siennoise…

Critique :
Voilà un agréable petit pastiche qui fait plaisir à lire.

L’action se passe durant le grand hiatus de Holmes et nous le retrouvons en Italie.

Un des agents étant accusé d’une meurtre qu’il n’aurait aucune raison de commettre, Holmes est envoyé, incognito, bien évidemment (seul son frère Mycroft sait QUI il est), dans la ville de Sienne, en effervescence à cause de la proximité du Palio, la fameuse course.

L’enquête ne casse pas trois pattes à un canard, mais elle a le mérite d’être simple, pas tirée par les cheveux et, ma foi, ce sont celles là qui vont le mieux à un roman sur Holmes.

Bref, une agréable enquête à suivre en compagnie de Sherlock qui n’est pas seul car il est accompagné du fils de l’aubergiste (un enfoiré de première, l’aubergiste), un gamin d’une huitaine d’années.

Entre le détective et l’enfant nait une amitié car notre homme le prend sous son aile, le soustrayant à son père qui a la main un peu lourde. le gamin est en admiration pour le monsieur, sans savoir qui il a vraiment devant lui, Holmes étant censé être mort.

L’homme de Baker Street s’adoucira un peu devant cet enfant qui ne demande qu’à apprendre.

C’est un petit plus que j’ai bien aimé dans cette aventure que j’ai quitté avec regret.

L’ambiance du livre était agréable, on avait envie de continuer à lire, il n’est pas trop gros, pas de risques de tourner en rond, même si, à un moment, on lambine un peu. Juste très peu…

Bref, un chouette petit apocryphe qui mérite d’être connu. Agrémenté de quelques déductions holmésiennes et d’une résolution d’enquête à laquelle je ne m’attendais pas (non, je n’avais pas trouvé le coupable !).

L’habitude des bêtes : Lise Tremblay

Titre : L’habitude des bêtes

Auteur : Lise Tremblay
Édition : Delcourt (22/08/2018)
Édition Originale :
Traducteur :

Résumé :
« J’avais été heureux, comblé et odieux. En vieillissant, je m’en suis rendu compte, mais il était trop tard. Je n’avais pas su être bon. La bonté m’est venue après, je ne peux pas dire quand exactement. »

C’est le jour sans doute où un vieil Indien lui a confié ce chiot, Dan. Lorsque Benoît Lévesque est rentré à Montréal ce jour-là, il a fermé pour de bon la porte de son grand appartement vide. Ce n’était pas un endroit pour Dan, alors Benoît est allé s’installer dans son chalet du Saguenay, au cœur du parc national.

Mais quand vient un nouvel automne, le fragile équilibre est rompu. Parce que Dan se fait vieux et qu’il est malade. Et parce qu’on a aperçu des loups sur le territoire des chasseurs. Leur présence menaçante réveille de vieilles querelles entre les clans, et la tension monte au village…

Au-delà des rivalités, c’est à la nature, aux cycles de la vie et de la mort, et à leur propre destinée que devront faire face les personnages tellement humains de ce roman au décor grandiose.

Critique :
Voilà un roman qui fait comme une petite bulle de calme entre deux lectures, un petit roman qui se lit trop vite, où à peine après avoir fait connaissance des personnages, on les quitte déjà car 124 pages, ça fait comme une grosse nouvelle (ou un petit roman).

Pourtant, dans ces 124 pages, il y a des choses qui nous sont habituelles, comme ces chasseurs qui deviennent un peu fous avant la chasse, comme ce petit village où tout se sait, où tout se murmure, où même après 20 ans, vous n’êtes toujours pas d’ici…

Et surtout ce qui est vieux comme le monde : un homme qui fait sa loi et qui intimide tellement les autres que tout le monde s’écrase et la ferme, de peur des représailles.

Non, ce type n’a pas une mèche blonde peroxydée… Mais si on mettait ce potentat local à la tête du pays, m’est avis qu’il se comporterait comme le rustre qui a élu résidence à la White House.

Dans ces montagnes, tout va moins vite qu’à la ville, on prend le temps de vivre, de se laisser aller et notre ancien dentiste, Benoît Lévesque, qui vivait à 200 à l’heure avant, a trouvé agréable de regarder le temps d’écouler sans courir derrière lui.

Le moment le plus pénible de ma lecture fut pour l’agonie du chien de Benoît car je ne sais que trop bien ce que c’est de voir son vieux compagnon dépérir, n’être plus l’ombre que de lui-même alors qu’il fut l’ombre de votre ombre.

J’ai perdu mon chien il y a 8 ans et dernièrement, ce fut la grande chienne de chez mes parents qui était, elle aussi, toujours dans mes pas. Heureusement, l’auteure n’a pas trop épilogué sur la fin du chien, ce qui m’a évité les chutes du Niagara.

La souffrance et le vide ressentit par Benoît, je l’ai ressenti aussi dans mon être car je sais que l’on peut s’attacher un peu trop à nos bêtes.

De plus, pour Benoît, ce chien l’avait changé, avait fait de lui un autre homme, un homme plus attaché aux autres, alors qu’avant, il se fichait des autres, autant de sa femme que de sa fille, qui en a souffert et en souffre encore.

Dans ce roman, on dirait qu’il ne passe pas grand-chose, pourtant, de manière sous-jacente, l’auteure nous invite à la réflexion sur ce Monde qui va trop vite, sur ces gens qui ne vivent plus selon le rythme des saisons, qui ne vivent que pour le superficiel, sur ceux qui pensent que tout leur est dû et qu’ils doivent être les seuls prédateurs dans ces montagnes, quitte pour cela à faire souffrir les loups.

Non, il ne se passe pas grand-chose dans ce petit roman, si ce n’est la vie qui passe et des portraits à la serpe des habitants de ce village perdu et qui ont l’accent du Québec.

Un roman qui fiche tout de même un sacré petit coup de blues à la fin de sa lecture, surtout qu’on a l’impression qu’il y avait encore tant à dire, tant à apprendre d’eux.

Un roman trop vite terminé…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

Quelques minutes après minuit : Patrick Ness

Titre : Quelques minutes après minuit

Auteur : Patrick Ness
Édition : Folio Junior (21/11/2016)
Édition Originale : A Monster Calls (2011)
Traducteur : Bruno Krebs

Résumé :
Depuis que sa mère a commencé son traitement, Conor, treize ans, redoute la nuit et ses cauchemars. À minuit sept, un monstre vient le voir, qui a l’apparence d’un if gigantesque, quelque chose de très ancien et de sauvage.

Mais pour Conor, le vrai cauchemar recommence chaque jour : sa mère lutte en vain contre un cancer, son père est devenu un étranger, et il est harcelé à l’école.

Au fil des visites du monstre, l’adolescent comprend que son vrai démon est la vérité, une vérité qui se cache au plus profond de lui, terrifiante.

Critique :
Après la lecture d’un pavé pourvu de moult longueurs, il me fallait un truc court, quelque chose de 200 pages et pas plus.

Et, une fois de plus, le truc court s’est révélé plus percutant, plus orgasmique que le long bazar…

Messieurs, tirez les conclusions que vous voulez, mais on peut avoir un petit tout mince dans la main et passer de meilleurs moments qu’avec un grand épais.

Ce ne sont pas les lectrices qui vont me contredire… Même si, il arrive aussi qu’on tombe sur un petit roman décevant et une pavé envolé.

Oui, durant toute l’intro de ma chronique je n’ai fait que de parler de taille de romans  et de rien d’autre ! What did you expect ?

Si j’ai déconné autant d’entrée de jeu, c’est parce que je ne savais pas trop par quel bout commencer pour vous dire combien de roman m’a ému, bouleversé, happé, intrigué, émotionné, et j’en passe.

La maladie, le crabe, rien de joyeux là-dedans, surtout lorsque cela touche une mère qui élève seule son enfant (Conor), le mari s’étant envolé avec une autre femme et reconstruisant une nouvelle famille en Amérique.

Quelle poésie, quelle délicatesse l’auteur use pour nous parler de ce sujet grave et, au lieu de faire pleurer bêtement dans les chaumières, il sublime son récit avec une touche de fantastique qui m’a soufflé par tant de justesse.

Certes, c’est un if géant qui raconte trois histoires à Conor, histoires où l’on désigne, au premier abord, des coupables faciles.

Mais méfions-nous et évitons de trop vite juger car tout n’est pas toujours tout blanc ou tout noir dans la vie et Conor va aller de surprises en surprises, d’apprentissage en apprentissage avant d’arriver à cracher ce qui le hante.

Nom de dieu, quel roman mes ami(e)s !

En deux heures de lecture (oui, c’est court), j’ai été retournée dans tous les sens, surtout mon coeur, j’ai eu mal, j’ai pris des coups, j’ai appris des leçons, j’ai eu des vapeurs d’oignons dans les yeux (ben oui, ils pleuraient, ces cons !) et une fois le livre posé, je n’en ai pas repris un autre parce que je voulais digérer celui-là d’abord.

Oui, c’est du brutal, comme disait l’autre en buvant un alcool à base de betterave, mais ça ne vous rendra pas aveugle car la violence contenue dans ces pages est tout à fait maîtrisée et parfaitement à sa place.

Un coup de cœur pour cette belle philosophie contenue dans ces pages et qui n’a rien de gnangnan ou guimauvienne.

PS : Ce qui me désole dans cette affaire, c’est que je n’ai même pas de mojito à offrir à mon lectorat le plus fidèle… je répète… Pas de mojito pour le moment !!

Le coma des mortels : Maxime Chattam [LC avec Bianca]

Titre : Le coma des mortels

Auteur : Maxime Chattam
Édition : Albin Michel (01/06/2016) – Presse Pocket (novembre 2017)

Résumé :
Qui est Pierre ? Et d’ailleurs, se nomme-t-il vraiment Pierre ?
Un rêveur ? Un affabulateur ? Un assassin ?

Une chose est certaine, on meurt beaucoup autour de lui.
Et rarement de mort naturelle.

Rebondissements incessants, métamorphoses, humour grinçant… un livre aussi fascinant que dérangeant, en quête d’une vérité des personnages qui se dérobe sans cesse.

Un roman noir virtuose dont l’univers singulier n’est pas sans évoquer celui d’un cinéma où David Lynch filmerait Amélie Poulain.

Critique :
Avez-vous déjà ressenti ce grand vide lorsque, dégustant un verre de vin, vous cherchiez vainement où les professionnels de l’œnologie avaient trouvé des senteurs boisées de fraises des bois, de noisettes, d’écurie ou de caramel alors que vous, du côté des sensations olfactives et gustative, vous sentiez nada ?

C’est ce que j’ai ressenti en commençant ce livre pour ma LC avec Bianca et cherchant là où les autres avaient ressenti du plaisir et un David Lynch filmant Amélie Poulain.

Soporifique, voilà pour la note boisée.

Confus, voilà pour la senteur noisette.

Abandonné, voilà pour le goût du bouchon.

Le narrateur a réussi à me pomper l’air, à me donner envie de dormir pendant qu’il me racontait le meurtre horrible de sa copine et qu’il me causait de sa vie.

J’ai finalement ressenti lors de ma lecture de ce 10 juillet 2018 après-midi ce que j’ai ressenti pour le match de foot du soir : nos Diables Rouges courant partout mais n’arrivant pas à conclure !

Ce n’est pas avec ce roman-ci que je reviendrai à Maxime Chattam et ce n’est pas avec ce roman-là qu’il faut le découvrir car nous sommes aux antipodes de l’auteur qui m’avait conquise avec sa « Trilogie du Mal », avec son « 5e règne » ou subjuguée avec son roman noir « Que ta volonté soit faite ».

Une LC sur la même longueur d’onde avec Bianca puisque de son côté, c’est un abandon aussi, mais à la page 80, ce qui fait d’elle une plus courageuse que moi qui l’ai arrêté à la page 50.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

[FILMS] Quatre mariages et un enterrement de Mike Newell (1994)

Quatre mariages et un enterrement (titre original : Four Weddings and a Funeral) (4 weddings and a funeral) est un film britannique de Mike Newell, sorti en 1994.

Cette comédie dramatique au ton très novateur a connu un succès mondial retentissant. Elle marque le retour en force du cinéma britannique et hisse Hugh Grant au rang de star.

Synopsis : Charles est célibataire. Seul compte son petit cercle d’amis, composé de Fiona, Gareth, Tom, Matthew et Scarlett, sa colocataire.

L’amour ne le tente pas et quand il fait la connaissance de Carrie lors d’un mariage où il officie en tant que témoin, il n’imagine en rien la passion qui va l’envahir. Car Charles tombe amoureux de Carrie.

Et ses retrouvailles quelques mois plus tard avec la demoiselle, sur le point de se marier avec un riche Écossais, ne vont que confirmer les sentiments qu’il éprouve pour elle…

Fiche technique :

  • Titre original : Four Weddings and a Funeral
  • Titre français : Quatre mariages et un enterrement
  • Réalisation : Mike Newell
  • Scénario : Richard Curtis

Distribution :

  • Hugh Grant : Charles
  • Andie MacDowell : Caroline alias « Carrie »
  • James Fleet : Thomas alias « Tom »
  • Simon Callow : Gareth
  • John Hannah : Matthew
  • Kristin Scott Thomas : Fiona
  • David Bower : David
  • Charlotte Coleman : Scarlett
  • Timothy Walker : Angus

Ce que j’en ai pensé : 
Encore un de mes films anglais préféré ! Non seulement on a une ambiance so british, mais en plus, le film alterne les moments « comiques » et ceux plus tragiques, avec des vraies émotions.

Avant de le revoir, je me souvenais de Rowan Atkinson, en curé maladroit et du comédien John Hannah, dans ses premiers pas au cinéma, acteur que j’ai toujours apprécié, même dans son rôle de Dominium dans « Spartacus – Blood and sand).

Pour moi, ce film, c’est LA comédie romantique par excellence avec ces deux personnages, Charles (Hugh Grant) et Carrie (Andie MacDowell) qui vont se croiser au cours de 4 mariages et un enterrement. Dois-je vous rappeler que Charles est obnubilé par Carrie (qui est l’amie des dentistes… C’était plus fort que moi).

La première fois que je l’avais vu, j’étais tombée de haut car ce film enlevait à l’acte nuptial son caractère « sacré », le tout dans une série de quatre tableaux, tous plus jubilatoires les uns que les autres.

Ce que j’aime dans ce film, c’est qu’il est construit comme un film à sketches puisque nous aurons 4 tableaux, dont un sera fort émouvant, comparé aux autres qui étaient hilarants, mais traité tout en sobriété. Ok, j’ai encore eu les larmes aux yeux !

Non mais sérieux ? Est-on obligé de se marier ? On peut s’aimer et faire sa vie sans pour autant officialiser l’affaire avec flonflons, officier d’état civil, curé, famille, bouffe, dépenses somptuaires, non ?

Ok, le mariage donne plus de droit que la cohabitation… Mes dirigeants devaient nous en donner plus, notamment pour les pensions des conjoints survivants, mais il ne l’a pas fait. Donc, l’a bien fallu passer devant l’officier d’état civil !

Anybref, je kiffe ce film et ses sonneries de réveil, ses retards, ses « putain », ses vieilles bagnoles pouraves, ses cérémonies de mariage où tous les hommes portent le queue-de-pie et chapeaux haut-de-forme, ses diners avec ses discours balbutiants, cette bande d’ami un peu doux dingue,…

Un film que je regarde avec grand plaisir, même si je n’ai plus aucune surprise puisque je sais ce qu’il va se passer.

Ça n’enlève rien au plaisir de finir le film avec un sourire de débile affiché sur mes lèvres en regardant les portraits finaux.

Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

La faucheuse – Tome 1 : Neal Shusterman

Titre : La faucheuse – Tome 1

Auteur : Neal Shusterman
Édition : Robert Laffont (16/02/2017)
Édition Originale : Arc of the Scythe – Book 1 – Scythe (2016)
Traducteur : Éditions Robert Laffont, S.A., Paris, 2017

Résumé :
Les commandements du Faucheur : Tu tueras. Tu tueras sans aucun parti pris, sans sectarisme et sans préméditation. Tu accorderas une année d’immunité à la famille de ceux qui ont accepté ta venue. Tu tueras la famille de ceux qui t’ont résisté. « MidAmérique, milieu du 3e millénaire.

Dans un monde où la maladie a été éradiquée, on ne peut plus guère mourir qu’en étant tué aléatoirement (« glané ») par un faucheur professionnel.

Citra et Rowan sont deux adolescents qui ont été sélectionnés pour devenir apprentis-Faucheurs ; et, bien qu’ils aient cette vocation en horreur, ils vont devoir apprendre l’art de tuer et comprendre en quoi cette mission est bel et bien une nécessité.

Critique :
Imaginez un monde où plus personne ne meurt… Les maladies n’existent plus, les crimes non plus.

Et si par le plus grand des malheurs, vous passiez sous les roues d’un trente tonnes, des ambudrones (les robots ambulanciers) vous enverront de suite en résurrection !

Comptez 4 jours si l’accident était grave.

Ben comment on va mourir, alors ?? Tout simplement grâce aux Faucheurs qui, sans l’aide d’une faux, vous glaneront et vous enverront, pour de bon, six pieds sous terre.

Aucune arme ou manière n’est prohibée pour vous glaner (tuer). On leur demande juste de respecter des quotas, de ne pas cibler des groupes particuliers, d’avoir de l’empathie et de ne pas vous faire souffrir.

Vous voulez savoir ? C’était jubilatoire cette lecture où la Mort n’existe plus, où des êtres supérieurs doivent la donner et où les gens, alors qu’ils ont accès au Thunderhead (sorte de Wiki puissance 1.000 avec une A.I), préfèrent regarder des hologrammes de chats. Tiens, on dirait notre société !

Les personnages sont bien traités, travaillés, ambigus, même si certains méchants sont vraiment des méchants et que rien ne pourra plaider en leur faveur.

Malgré ce petit manichéisme, j’ai apprécié que nos deux ados soient des jeunes pleins de perspicacités, de ruses, sachant jouer avec les règles et les retourner dans la figure de certains. Ils m’ont été sympathique tout de suite.

L’auteur nous dépeint une société qui a tout de la société parfaite : plus de guerres, plus de chômage, plus de maladies graves, l’immortalité (quasi) et pourtant, on dirait que sous le vernis de la perfection se dissimule quelques imperfections.

En effet, comment arriver à jouir pleinement de la vie quand la mort est quasi inexistante et que vous pouvez rajeunir si vous en avez marre de vos soixante ans ?

De plus, comment être sûr que certains Faucheurs ne prennent pas leur pied en donnant la mort et n’abusent pas de leurs prérogatives, façon petit tyran ?

Pas de temps mort dans ce roman qui ne conviendra peut-être pas au plus jeunes car certaines scènes de massacres sont assez violentes, du suspense, du mystère, de la compétition, un suicide suspect et une société de faucheurs gangrénée par l’envie de pouvoir de certains.

Un roman difficile à lâcher, une véritable tuerie au niveau du scénario que de ses personnages, ainsi que dans la structure et l’élaboration de son récit avec le poil à gratter qui parsème la description de la nouvelle société.

Un final super qui vous laisse devant deux choix : poursuivre l’aventure avec le tome 2 ou vous arrêter là.

Moi je continue, en espérant que le deuxième tome soit aussi brillant que le premier.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°31 – Les Hommes Dansants – lire un livre appartenant au genre « Jeunesse »).

Les étoiles s’éteignent à l’aube : Richard Wagamese

Titre : Les étoiles s’éteignent à l’aube

Auteur : Richard Wagamese
Édition : Zoe – Écrits d’Ailleurs (2016)
Édition Originale : Medicine Walk (2014)
Traducteur : Christine Raguet

Résumé :
Lorsque Franklin Starlight, âgé de seize ans, est appelé au chevet de son père Eldon, il découvre un homme détruit par des années d’alcoolisme.

Eldon sent sa fin proche et demande à son fils de l’accompagner jusqu’à la montagne pour y être enterré comme un guerrier.

S’ensuit un rude voyage à travers l’arrière-pays magnifique et sauvage de la Colombie britannique, mais aussi un saisissant périple à la rencontre du passé et des origines indiennes des deux hommes.

Eldon raconte à Frank les moments sombres de sa vie aussi bien que les périodes de joie et d’espoir, et lui parle des sacrifices qu’il a concédés au nom de l’amour.

Il fait ainsi découvrir à son fils un monde que le garçon n’avait jamais vu, une histoire qu’il n’avait jamais entendue.

Critique :
Mais quel beau voyage je viens de faire, les amis ! Un beau mais un dur voyage. Un voyage éprouvant, émouvant, un voyage qui se veut une sorte de rédemption.

Franklin Starlight a 16 ans, il travaille dur à la ferme du vieil homme.

Cet homme n’est pas son père et niveau paternel, Franck est le fils d’une éponge imbibée d’alcool, incapable de rester sobre plus de quelques heures, incapable de parler à son fils, incapable de lui apprendre des choses, comme le vieil homme l’a fait.

Pourtant, Eldon Starlight, ce père qui a tout d’un père indigne, appelle son fils car il se sent mourir. Il lui demande de l’emmener dans un endroit pour y mourir comme un guerrier, lui qui est un indien sang-mêlé.

Durant ce voyage éprouvant, on va faire la connaissance d’un homme que l’on a pas envie d’apprécier, un homme dont on aimerait lui botter le cul. Non, rien de rien, Eldon n’a rien pour le sauver.

Et pourtant… Pourtant (♫) on va commencer à apprécier le personnage au fil des histoires qu’il va raconter à Franck, durant leur périple dans la forêt profonde où il y a des grosses bêtes sauvages et pas de téléphone.

Eldon va raconter une partie de sa vie à son fils, Franck va se souvenir de tous les rendez-vous manqué avec son père, quant à nous, et bien, on va les écouter avec attention car ici, la terre est rude et ses habitants aussi.

Le travail ne court pas les rues, on est mal payé, on doit suer toute la journée, alors les hommes boivent et reboivent encore, ils boivent à la santé de la Colombie britannique (Canada, on est loin d’Amsterdam, je sais).

L’histoire d’Eldon est touchante, âpre, il lui faudra du courage pour la raconter à ce fils qu’il n’a pas voulu, à ce fils à qui il a promis des tas de choses, mais qu’une bouteille a fait tout oublier.

J’ai vu venir le pourquoi du comment, et j’avais bien trouvé, mais cela n’a pas empêché l’émotion de monter, même si le récit est tout en pudeur, porté par une écriture tout en sobriété (le contraire d’Eldon), tout en finesse, tout en poésie et en récit de survie dans ses montagnes hostiles.

Un très beau roman dont j’aimerais vous en dire plus mais que je ne peux pas, et que je ne saurai pas, car tout est à l’intérieur de mon cœur.