Au nom du Japon : Hirō Onoda

Titre : Au nom du Japon

Auteur : Hirō Onoda
Édition : La manufacture de livres (06/02/2020)
Édition Originale : Waga ruban shima no 30-nen sensō (1974)
Traduction : Sébastien Raizer

Résumé :
1945. La guerre est terminée, l’armistice est signé. Mais à ce moment précis, le jeune lieutenant Hirō Onoda, formé aux techniques de guérilla, est au cœur de la jungle sur l’île de Lubang dans les Philippines.

Avec trois autres hommes, il s’est retrouvé isolé des troupes à l’issue des combats.

Toute communication avec le reste du monde est coupée, les quatre Japonais sont cachés, prêts à se battre sans savoir que la paix est signée.

Au fil des années, les compagnons d’Hirō Onoda disparaîtront et il demeurera, seul, guérillero isolé en territoire philippin, incapable d’accepter l’idée inconcevable que les Japonais se soient rendus.

Pendant 29 ans, il survit dans la jungle. Pendant 29 ans il attend les ordres et il garde sa position. Pendant 29 ans, il mène sa guerre, au nom du Japon.

Ce récit incroyable est son histoire pour la première fois traduite en français. Une histoire d’honneur et d’engagement sans limite, de foi en l’âme supérieure d’une nation, une histoire de folie et survie.

Critique :
♫ C’est peut-être, Une goutte dans la mer ♪ Oui mais c’est sa raison d’être ♪ Sa raison d’être, sa raison d’être ♪

Défendre le Japon et accomplir sa mission, c’était la raison d’être du sous-lieutenant Hirō Onoda et tant qu’il n’aura pas reçu l’ordre d’arrêter, de la part du commandement, il continuera, envers et contre-tout, jusqu’au boutisme, même tout seul, jusqu’à l’abrutissement, à accomplir sa mission…

Maintenant, cette vie prenait fin, et j’étais brutalement privé de ma raison d’être.

Ce récit pourrait prêter à sourire tant Hirō Onoda refuse de voir la réalité : le Japon a perdu la guerre… Pour lui, dans sa conception d’esprit, tant qu’un Japonais sera vivant, le Japon ne se rendra pas. Parce que si le Japon s’est rendu, pour lui, c’est que TOUS les Japonais sont morts.

Hors, comme il est vivant, le Japon se bat toujours, il se bat toujours, même si ce qu’il accompli est une goutte d’eau dans la mer.

Je croyais sincèrement que le Japon ne se rendrait jamais, tant qu’un seul Japonais serait encore en vie. Et réciproquement, si un seul Japonais était encore en vie, le Japon ne pouvait s’être rendu.

Ou sa variante : « Qui a dit que nous avions perdu la guerre ? Les journaux prouvaient que c’était faux. Si nous avions perdu, tous les Japonais seraient morts. Le Japon n’existerait plus, sans même parler des journaux japonais. »

Non, ça ne donne pas du tout envie de rire ce jusqu’au-boutisme. Ça ferait plutôt peur de voir un soldat autant attaché à sa patrie, à son Empereur, aux commandements de ses supérieurs.

On lui a inculqué la formation de guerre secrète à Futamata et il est voué corps et âme à la mission qu’on lui a donnée : mener des actions de guerre non conventionnelles à Lubang, une île dans les Philippines.

Pour Hirō Onoda, un ordre est un ordre. Là où d’autres auraient abandonné, se carapatant vite fait bien fait, lui, il reste ! Et durant 30 ans, il va sillonner la jungle avec trois soldats, puis deux, puis un, puis plus que lui…

Dans cette jungle, en compagnie de deux autres soldats (un a déserté), Hirō Onoda se persuade (et persuade les autres) que tous les journaux qu’ils lisent, les émission des radio qu’ils écoutent, les messages qu’on leur envoie, les photos de leur famille qu’on leur dépose, les messages du frère d’Hirō, ne sont que de la propagande, de l’enfumage de cerveau, un vaste complot mis au point par les Américains.

Je le ferai ! Même si je ne trouve pas de noix de coco, même si je dois manger du chiendent, je le ferai ! Ce sont les ordres que j’ai reçus et je les mettrai à exécution !

Notre Hirō s’est créé un monde dans lequel il peut survivre puisque, pour lui, le Japon se bat toujours et n’a pas déclaré forfait. Il évolue dans une sorte de dystopie pour lui tout seul (et les deux autres qui sont resté avec) où tout ce qu’il apprend n’est qu’un grand complot mondial et, comme tout bon défenseur d’une théorie du complot, il fait feu de tout bois et tout est bon pour le conforter à son histoire, même si ça n’a aucun sens.

C’est un beau récit, car il est véridique, mais j’ai trouvé le ton assez froid. Alors que nous crapahutons dans la jungle, sous les pluies, crevant de faim, trempé, fatigué, les vêtements qui partent en lambeaux, que nous dormons au sol, que nous souffrons de la chaleur, et bien, je n’ai pas ressenti ces affres comme j’aurais voulu les ressentir.

Moi je voulais ressentir tout ça, avoir faim, sentir mes jambes fatiguer, le poids du sac durcir les muscles de mes épaules, la sueur devait me couler dans le dos, la pluie me faire frissonner… Ben non, la plume n’a pas réussi à me transmettre et à me faire ressentir ces sentiments, ces émotions.

Nous sommes face à un putain de récit, un truc de folie d’un soldat Japonais qui n’a pas « entendu » la réédition du Japon, qui se croit toujours en guerre, qui fait la guérilla durant 29 ans, qui est resté comme prisonnier du temps, bloqué en 1945 (même s’il sait à quelle date on est) et on ne ressent pas une osmose entre nous et le narrateur, ni avec les personnages secondaires ?

Nom de Zeus, c’est comme déguster un plat magnifique qui serait sans goût, sans explosion pour les papilles gustatives. Fade, presque. On le mange, parce qu’on veut savoir le pourquoi du comment, parce que c’est un récit qui mérite qu’on le lise, une histoire qui doit être connue, un témoignage qui doit être transmit, mais on le fait machinalement, sans que ça bouleverse.

Un récit hallucinant mais manquant cruellement de sel, d’épices, d’émotions. Cette magnifique histoire est desservie par l’écriture qui est trop froide et qui n’explore pas ce que Hirō Onoda a bien pu foutre durant 29 ans pour glaner des infos alors qu’il a tout de même loupé la plus importante de toute : le Japon a capitulé.

On a beau le lui dire sur tous les supports, il n’y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas voir. Pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas entendre. Oui, je sais, j’ai mélangé les sens, mais c’est exprès. Na !

Il m’a manqué les émotions et ça me fend le coeur. Malgré tout, vu le récit hallucinant, c’est tout de même un roman à découvrir (ou une histoire à connaître).

 

Je n’ai pas eu les émotions que je voulais !

9 réflexions au sujet de « Au nom du Japon : Hirō Onoda »

  1. Ping : Bilan Livresque Mensuel : Juillet 2020 | The Cannibal Lecteur

    • Moi aussi j’ai souvent du mal mais je ne voulais pas mourir bête et ce livre m’avait fait du pied. Je voulais savoir comment il avait pu faire pour ignorer la capitulation du Japon… maintenant, je sais 🙂

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