Grossir le Ciel : Franck Bouysse

Titre : Grossir le Ciel                                 big_5

Auteur : Franck Bouysse
Édition : Manufacture de livres (2014)

Résumé :
L’abbé Pierre vient de mourir. Gus ne saurait dire pourquoi la nouvelle le remue de la sorte. Il ne l’avait pourtant jamais connu, cet homme-là, catholique de surcroît, alors que Gus est protestant.

Mais sans savoir pourquoi, c’était un peu comme si l’abbé faisait partie de sa famille, et elle n’est pas bien grande, la famille de Gus. En fait, il n’en a plus vraiment, à part Abel et Mars.

Mais qui aurait pu raisonnablement affirmer qu’un voisin et un chien représentaient une vraie famille ? Juste mieux que rien. C’est justement près de la ferme de son voisin Abel que Gus se poste en ce froid matin de janvier avec son calibre seize à canons superposés. Il a repéré du gibier. Mais au moment de tirer, un coup de feu. Abel sans doute a eu la même idée ? Non.

Longtemps après, Gus se dira qu’ il n’aurait jamais dû baisser les yeux. Il y avait cette grosse tache dans la neige. Gus va rester immobile, incapable de comprendre. La neige se colore en rouge, au fur et à mesure de sa chute. Que s’est-il passé chez Abel ?

Critique : 
On va finir par croire que j’ai une tendresse toute particulière pour les histoires qui ont lieu dans des coins reculés, dans les trous du cul du monde où le temps semble s’être figé.

Venant d’un milieu rural j’aime y retourner via la littérature. Le terreau est toujours propice pour y semer des mauvaises graines qui donneront un récit flamboyant avec des gens simples.

Fin janvier 2007. Les Doges, un lieu-dit perdu dans les Cévennes, deux fermes isolées, deux hommes seuls, des paysans qui possèdent peu mais ne demandent rien de plus qu’avoir la paix et à manger dans leur gamelle. Deux hommes séparés par vingt ans de différences, deux hommes qui parlent peu et apprécient cette solitude.

Gus, la cinquantaine, vit avec son chien, s’occupe de ses vaches et traite la terre avec respect. Abel, vingt ans de plus, s’occupe des siennes et, de temps en temps, ils se rendent des menus services avant de s’envoyer un coup de gros rouge, un ch’ti canon…

La terre est âpre, imbibée du sang des vieilles guerres qui eurent lieu dans des temps reculés et elle forme les caractères des hommes qui la travaillent car chez eux, la tendresse, ça n’existe pas… Pas de place pour ça ou bien souvent, ils l’ont perdue à force de recevoir des coups – de pieds ou du sort.

Malgré son peu d’instruction, Gus a compris bien des choses dont  « L’habit ne fait pas le moine ». Même si le décès de l’abbé Pierre lui retourne les sens, bien qu’il ne soit pas catholique mais protestant.

Gus, c’est le personnage principal, il a beaucoup souffert et je l’ai trouvé très attachant sous sa carapace.

La vie rurale et les petits travaux de la ferme décrits m’ont rendue nostalgique parce qu’ils m’ont fait penser à mon grand-père. Les vaches, les vêlages, réparer une clôture… J’y étais de nouveau ! Les descriptions des paysages ou des travaux de la ferme sont bien rendus, sans appesantir le récit.

Peu de personnages, un huis-clos neigeux qui m’a rendu la gorge sèche et les mains moites tant l’auteur a su distiller son suspense et ses situations angoissantes. Avec peu, l’auteur sais nous activer le palpitant.

Des non-dit, des secrets de famille, des souvenirs qui, tels des flocons de neige, pleuvent doucement sur l’histoire, nous en apprenant toujours un peu plus sans nous en dire trop, éveillant notre curiosité sur ce qui a bien pu se passer lorsque Gus allait tirer les grives et a entendu un autre coup de feu ainsi qu’un cri…

La plume de l’auteur a réussi à rendre poétique cette violence latente, cette apprêté de nos deux paysans, leur caractère bourru et leur envie de ne pas trop fréquenter leurs semblables, tout en restant humain et en cherchant tout de même le contact entre eux.

Cela a rendu la lecture simple, évidente, tout en la remplissant d’une beauté d’écriture qui m’a subjuguée. L’utilisation de quelques métaphores « fortes » a rendu le style encore plus empreint de tristesse mâtinée de poésie.

C’est riche, c’est élégant, sans jamais être lourd, sans jamais en faire trop. Bref, c’est d’une rare noblesse. Une vraie pépite, ce roman.

Les trente dernières pages se dévorent avec précipitation, tant on veut savoir ce qu’il va se passer, mais le cœur est serré.

C’est ce que j’appelle un « putain d’excellent roman » tant l’équilibre entre tout est parfait. Il est court, mais puissant et vous laissera un goût métallique dans la bouche durant un long moment.

Un roman qui marque.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015).

BILAN - Coup de coeur

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21 réflexions au sujet de « Grossir le Ciel : Franck Bouysse »

  1. Là tu me fais trop envie, je suis obligée de noter, cependant je crains qu’il ne soit qu’en numérique (si je sais lire le début de ta chronique ?) ! Je vis dans un coin assez reculé (pas tant que dans le livre) et il ne se passe jamais de choses comme ça ! Pas assez reculé sûrement !!! 😆

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    • Non, non, en fait, il n’existe PAS en numérique, c’est moi ai fait une erreur… trop de lecture numériques ces derniers jours et j’ai noté [NUM] sans réfléchir 😳

      Il est en papier, et quand je note NUM, c’est juste pour signaler que moi je l’ai lu en numérique… ça devient compliqué, je ne noterai plus rien 😛

      Il se passe peut-être ces choses là et personne ne les voit… ce qui arrive souvent, malheureusement 😥

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  2. Dans ma PAL…mais il faut que tu arrêtes là hein!!! Chaque fois que je lis une de tes chroniques j’ai des tonnes d’envies….j’en peux plus…Je ne sais lire qu’un livre à la fois hein!!!! 😛

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  3. Ping : Bilan Livresque Mensuel : Janvier 2015 | The Cannibal Lecteur

  4. assurément un très grand roman, en tout cas un des meilleurs que j’ai lu ces dernier mois ! Un coup de coeur donc !! je vais essayer de me procurer ses précédents car cet écrivain me semble prometteur et j’ai envie de decouvrir davantage son univers ! Amitiés

    Aimé par 1 personne

    • J’ai déjà eu quelques coups de coeur, mais lui il est coup de coeur en tant qu’auteur que je ne connaissais ni d’Ève ni d’Adam ! 😀

      Si on ne me l’avait pas conseillé, jamais je ne l’aurais lu 😛 Vive les blogueurs et les blogueuses 😉

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