Une nuit éternelle : David S. Khara [Critique – Défi CannibElphique]

Titre : Une nuit éternelle

Auteur : David S. Khara
Édition : Fleuve Editions (13/11/2014)

Résumé :
Barry Donovan, policier new yorkais, résout désormais ses enquêtes en équipe avec Werner von Lowinsky, un vampire aux méthodes particulières peu appréciées.

Ainsi lorsqu’un crime barbare est commis à l’encontre d’un pasteur noir et de son fils, Barry demande à son ami de rester en dehors de l’enquête, car seul un monstre de l’espèce de Werner peut être à l’origine de ce type de meurtres.

Critique :
— Bonsoir, monsieur le vampire, que vous me semblez beau et élégant… Je serais tentée par le fait que vous me fassiez la conversation, mais voyez-vous, je crains pour mon joli cou fragile… Entre nous, je vous déconseillerais fortement de vous abreuver de mon sang qui doit charrier mille produits mauvais pour la santé ou autres insecticides dû à l’ingestion d’une nourriture que l’on m’a vantée comme bonne pour ma santé…

— Rassurez-vous, chère Belette, mon créateur m’a doté d’autres attributs et a fait en sorte que je ne ressemble pas aux vampires des vos livres : je ne dors pas dans un cercueil, le crucifix m’est égal et, désolé pour les midinettes, mais je ne suis pas prêt de tomber amoureux d’une mortelle !

Proposer un autre regard sur la condition de vampire, David Khara n’est ni le premier, ni le dernier à le faire, mais, contrairement à une certaine mode qui fait des vampires des êtres choupis et kawaï, lui nous propose une créature cultivée, avec une part d’ombre et ne devant pas s’abreuver sans cesse d’hémoglobine.

Et si un certain vampire Edward (pas celui aux mains d’argent) aimait une Bêla (on dit Bella ?), notre créature de la nuit, lui, s’est lié d’amitié avec un homme, un flic, et de ce binôme improbable va naître une fantastique enquête qui va les mener aux confins des portes de l’enfer, au propre comme au figuré.

David Khara possède un style d’écriture bien à lui et cette première lecture d’un de ses romans me laisse augurer encore quelques heures de plaisir livresque en poursuivant la découverte de tout ses romans.

Il y a de l’humour, du sérieux, du fantastique, des mythes et des légendes qui se croisent et se mêlent avec la réalité, augmenté de quelques récits dignes des plus grandes sagas, qu’elles soient réelles ou inventées.

Les personnages et l’histoire auraient pu bénéficier de quelques pages de plus afin que le plaisir dure plus longtemps, mais je ne dois pas me plaindre car en un peu plus de 300 pages, l’auteur arrive donner une densité énorme à ses personnages, un comme si nous les connaissions déjà, hors ce n’était pas mon cas.

Et bien oui, si au lieu de commencer – imbécile que je suis – par le tome 2, j’avais démarré par le tome 1, ces personnages seraient vraiment devenu des vieilles connaissances.

Pas de bol, suite à mon erreur lamentable, tout suspense me sera refusé lorsque j’ouvrirai le premier tome, puisque maintenant je sais tout du traitre qui arpentait les pages dans « Les Vestiges de l’Aube ».

L’humour de l’auteur parsème les pages avec quelques petites saillies dans les dialogues, quelques réparties pas piquées des vers, ainsi que ces private joke envers quelques membres de la Ligue de l’Imaginaire : Bauwen en prend pour son grade, on aura aussi la bijouterie Loevenbruck’s et la ville imaginaire de Chatham.

Sans révolutionner le genre vampirique ou le roman fantastique, sans en chambouler les codes mais en les revisitant, on peut tout de même convenir que Khara nous offre là un petit roman bourré d’adrénaline, d’humour, de fantastique et de réalisme, avec des personnages que l’on apprécierait retrouver dans d’autres aventures (appel du pied) tant ils m’ont conquise.

Le Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) , Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Pourquoi je l’ai choisi (par Stelphique) :

J’avais beaucoup aimé le premier tome, parce que avant, tout je l’ai trouvé original, donc à sa sortie en poche, dès le premier jour, j’ai couru en librairie, mais bon, on le sait maintenant, c’est la PAL qui a un super pouvoir et nous vampirise à sa façon…Cette LC avec ma binomette adorée était la plus que bienvenue!!!

Synopsis :

Barry Donovan, policier new yorkais, résout désormais ses enquêtes en équipe avec Werner von Lowinsky, un vampire aux méthodes particulières peu appréciées. Ainsi lorsqu’un crime barbare est commis à l’encontre d’un pasteur noir et de son fils, Barry demande à son ami de rester en dehors de l’enquête, car seul un monstre de l’espèce de Werner peut être à l’origine de ce type de meurtres.

Ce que j’ai ressenti :… Une nuit sang pour sang amitié….

Un duo que j’adore retrouver ! Cette amitié qui va au delà du réel et des conventions: mon cœur devient guimauve… Mais pas le temps de s’attendrir dans ce nouveau roman de David Khara car les meurtres sordides frappent encore New-York et que les mystères s’épaississent quand le fantastique s’en mêle…

Toujours en alternant les points de vues de Barry et Werner, on ressent en deux temps, une vision panoramique sous l’œil de faucon et une sensation plus urgente dans les actions, les causes et conséquences de cette résolution…

Un Coeur n’a pas besoin de battre pour saigner. Le mien saigne depuis un siècle et demi.

Un vampire qui se repend avec un flic qui culpabilise, ça fait beaucoup d’émotions qui bouillonnent, mais les voir s’entraider, chacun à leur échelle, cela donne un joli cocktail d’aventures et j’ai adoré où ils m’ont menée : rien de moins que la légende des Templiers et une jolie virée dans le passé de Werner, tout en résolvant une affaire plutôt corsée aux rituels étranges…

J’aime à voyager dans le temps, et avec un personnage aussi charismatique et érudit que Werner, le voyage est d’autant plus palpitant…

Je ne crois pas au bonheur comme état permanent. Tout au plus pouvons-nous prétendre à des instants de joie. À nous de les saisir, de les goûter et les savourer, sous peine de voir les affres incontournables de l’existence nous entraîner inexorablement vers le cynisme et la désespérance.

Au vu du quatuor qui clôt ce roman je peux vous dire que j’ai très envie de voir une suite arriver !!! J’ai été charmée par ce libraire, féru de légendes moyenâgeuses, et la jeune médecin, dépassée par les péripéties en cours…

Je vois bien là, une saga prometteuse parce que cet auteur a su créer des personnages attachants, mais aussi, une veine de thrillers entre rétro et modernisme qui s’entrechoquent, tout en y mettant une foison d’émotions… Forcement, qu’on en redemande !!!!

La peine ne se hiérarchise pas.

Si jamais le cœur vous en dit, et que vous voulez que votre sang ne fasse qu’un tour en lisant ce policier fantastique, je vous recommande chaudement cette lecture!

J’aurai mis le monde à feu et à sang pour partager Ne fût-ce qu’une seconde avec elle.

Petit plus : Clairement, lire ce roman en Lecture Commune avec ma binomette, c’est un moment de complicité et d’amitié à l’image de ces deux personnages, et ça c’est juste extraordinaire !

Quand je vous le dis, que mon cœur devient guimauve… Je souhaiterai une vie éternelle de lecture commune, nourries de cafés, de cornes de gazelles et de fous rires… Merci à ma Belette pour ces échanges: tu es la meilleure des coéquipières de lecture ! ❤

(PS : mais de rien, le plaisir est partagé – Cannibal)

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Julius Winsome : Gerard Donovan

Titre : Julius Winsome

Auteur : Gerard Donovan
Édition : Points (2010)

Résumé :
Julius Winsome, quinquagénaire, vit solitaire dans un chalet au coeur de la forêt du Maine. Fils et petit-fils d’anciens combattants qui lui ont transmis leur horreur de la violence, Julius ne chasse pas, contrairement aux hommes virils de la région.

Il préfère chérir ce que son père aimant lui a légué : les milliers de livres qui tapissent son chalet et le Lee-Enfield, ce fusil rapporté par son grand-père anglais des tranchées de la Première Guerre mondiale.

Son unique compagnon est son chien Hobbes. La mort de ce dernier, abattu par un chasseur, déclenche chez cet homme doux une fureur meurtrière. Les balles crépitent alors dans la forêt enneigée.

Petit Plus : Écrit dans un style puissant et poétique, ce récit d’amour, de vengeance et de mort est à l’image du paysage, âpre, froid, cinglant. C’est aussi un hymne à la nature et à ses créatures sauvages.

Critique :
C’est toujours la même question : qu’aurais-je fais, moi, à sa place, si j’avais retrouvé mon chien adoré, tué d’un coup de fusil tiré à bout portant ?

J’aurais hurlé, j’aurais maudit le responsable sur 7 générations, j’aurais pleuré toutes les larmes de mon corps et rêvé de vengeance où le sang du responsable aurait maculé la terre et sa cervelle aussi.

Mais entre le penser et le faire, il y a un pas que Julius Winsome a franchi, lui, pétant un câble comme jamais à la mort de son chien, son seul compagnon dans ce coin perdu et reculé du Maine, cher à Stephen King.

Sa vengeance est un pur moment de folie, d’illogisme et de perte de self-contrôle. Enfin, illogique de mon point de vue (images du monde).

Certes, je ne porte pas les chasseurs dans mon cœur, mais de là à les descendre au petit bonheur la chance et puis de leur demander, alors qu’ils baignent dans leur sang, s’ils ont tué mon chien, c’est tout de même un putain de sacré pétage de plombs !

Si Julius Winsome avait été bas de plafond, j’aurais compris, mais nous avons ici affaire à un érudit, à un homme qui possède 3282 romans dans son chalet, hérités de son père. Julius lit des grand auteurs (dont Shakespeare) et si son père et son grand-père ont participé à la Seconde et à la Première Guerre Mondiale, ils étaient tous les deux des gens pacifiques qui ne tiraient pas à la carabine car ils savaient les dégâts que cela faisait.

La maison avait été construite autour d’une aire de silence… Mon père était un grand lecteur, et de longs rayonnages s’étendaient à partir du poêle à bois sur les murs de la salle de séjour jusqu’à la cuisine, ainsi qu’à droite et à gauche jusqu’aux deux chambres à coucher, bibliothèques de quatre étagères contenant tous les livres acquis ou lus par mon père, ce qui revenait au même, car il lisait vraiment tout. J’étais donc entouré de trois mille deux cent quatre-vingt-deux-livres, reliés en cuir, premières éditions ou livres de poche, tous en bon état, rangés par ordre alphabétique et répertoriés sur des listes écrites au stylo.

Anybref, ce roman est âpre, c’est le récit d’une vengeance folle, le tout sur fond de neige immaculée qui va vite virer au rouge écarlate et à la folie pure, Julius utilisant la carabine Lee-Enfield rapportée par son papy anglais de la Première Guerre mondiale et qui avait appartenu à un sniper.

Durant tout le récit, assez court, Julius nous fera partager ses souvenirs, ses pensées, sa vie simple et solitaire dans un chalet reculé dans les bois, où durant l’hiver, il n’avait rien d’autre à faire que de lire des livres.

Si je devais en une phrase résumer ma vie jusque-là, je dirais qu’à un certain moment j’ai vécu dans un chalet durant cinquante et un ans.

J’ai aimé l’écriture, les descriptions, qu’elles soient des personnages ou des paysages, mais j’ai été un peu gênée aux entournures avec le comportement digne d’un fou furieux développé par Julius alors que ce dernier était un pacifiste, pas un chasseur et un anti-militariste convaincu, même s’il savait se servir de la carabine.

Un fou furieux implacable, calme, tranquille, qui dézingue sans le moindre remords…

Qu’il ait envie de descendre celui qui a tué de sang-froid et gratuitement son ami à quatre pattes, je suis d’accord, on aurait envie de faire de même, mais là, sa croisade sanglante n’avait pas de sens puisqu’il n’a pas pris la peine de faire une enquête un peu plus poussée afin de trouver le coupable.

Le pire, c’est que si je trouve son comportement aberrant et digne d’une folie pure, je n’arrive même pas à lui en vouloir tant il avait l’air innocent de ces actes.

Un roman à réserver aux lecteurs qui aiment les vengeances folles accomplies par une sorte de Rambo (celui du film) possédant un cerveau et un niveau culturel important.

Vrai, je l’avais traité comme un bébé, et d’aucuns trouvent ça anormal de traiter un animal comme un être humain, alors que tant de malheureux crèvent de faim. Commençons par nourrir ceux qui n’ont rien à se mettre sous la dent ! Sans doute ces gens-là nourrissent-ils ces affamés dès qu’ils en ont l’occasion, je n’en ai aucune idée. Grand bien leur fasse ! Libre à eux de faire ce qu’ils veulent dans leur monde, du moment qu’ils ne pénètrent pas dans le mien.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Dans la forêt : Jean England [WRC – Chronique d’une autopsie littéraire annoncée]

Par THE WOMEN’S READING CLUB (WRC)

Conception et idée originale : Stelphique, Mon féérique blog littéraire !!!

Direction logistique : Belette, The Cannibal Lecteur 

Direction artistique : Nathalie, Sous les pavés la page

Chronique autopsie annoncée

Je soussigné, docteur Jack The Reader, Chef du Service de Médecine Légale; certifie avoir procédé à ce jour, en vertu de la réquisition du Cannibal Lecteur, à l’examen médico-légal du roman « Dans la forêt » de Jean England

Dossier n°04

Madame Ia Belette Cannibal Lecteur, Suite à votre réquisitoire du 22 janvier 2017, en cause j’ai l’honneur de vous faire savoir que j’accepte la mission que vous m’avez confiée.

Je jure de remplir ma mission en honneur et conscience avec exactitude et probité.

Nous avons accompli notre mission et consignons dans le présent rapport, les résultats de nos examens, observations et investigations.

Nous reprenons les éléments importants relevés au cours des examens externe et interne du roman.

Nous les commentons et tentons d’en tirer des hypothèses et/ou conclusions logiques.

Silence on autopsie un livre

Description du sujet autopsié : Rien n’est plus comme avant : le monde tel qu’on le connaît semble avoir vacillé, plus d’électricité ni d’essence, les trains et les avions ne circulent plus. Des rumeurs courent, les gens fuient. Nell et Eva, dix-sept et dix-huit ans, vivent depuis toujours dans leur maison familiale, au cœur de la forêt.

Quand la civilisation s’effondre et que leurs parents disparaissent, elles demeurent seules, bien décidées à survivre. Il leur reste, toujours vivantes, leurs passions de la danse et de la lecture, mais face à l’inconnu, il va falloir apprendre à grandir autrement, à se battre et à faire confiance à la forêt qui les entoure, emplie d’inépuisables richesses.

Date du crime d’édition : Janvier 2017, tout récent.

Arme du crime : Un black-out total dont nous ne saurons rien de plus

Traumatismes : Oui, parce que ça pourrait aussi nous arriver, mais cadavre moins traumatisant que d’autres (Black-Out, Extinction, The End of the world, Résilience).

Suspects : L’auteur qui, de son cerveau fécond, nous a écrit ces pages, il y a 20 ans. Et puis, sans aucun doute l’Homme es ses excès, l’Homme qui, de par son comportement, court à sa perte.

Arme du crime probable : Inconnue. Toutes les pistes sont bonnes à prendre, aucune indication sur le cadavre autopsié.

Modus operandi du crime : Un pays (États-Unis) qui a perdu l’électricité. Deux jeunes filles et leur père livrés à la survie dans leur maison, perdue près des bois. Le père décède et ensuite, nos deux jeunes filles vont devoir se démerder seules avec ce qu’elles possèdent et changer radicalement de vie.

Belette légiste

Verdict du médecin légiste Jack ?
Encore une roman post-apocalyptique ? Ça commence à bien faire, non ? C’est mon je-ne-sais-quantième roman du genre qui passe sur ma table d’autopsie !

Rassurez-vous, vous ne devrez pas parcourir La Route pour aller de Pétouachnoc à une grande ville. Vous ne devrez pas non plus défendre, armes à la main, votre dernier Carambar, votre dernier Oréo ou votre dernière bouteille d’eau face à une meute de voisins enragés et devenus agressifs à cause de la peur de leur Extinction prochaine.

Certes, c’est un véritable Black-Out auquel nous serons confrontés, mais il a commencé doucement, et tout le monde pensait que tout allait se rétablir… Erreur, grave erreur.

Vu que nous nous trouvons dans une maison isolée près d’une grande forêt, ce roman a tout de la survie à la Robinson plutôt que de celle d’un The end of the world puisqu’ici, pas de fuite : le roman se déroulera quasi en huis-clos avec un père et ses deux filles – Nell et Eva – et puis, juste leur deux.

Nell est la narratrice et elle nous conte un récit fort réaliste sur une civilisation qui a perdu l’électricité sans que l’on sache jamais comment ou à cause de quoi celle-ci a disparu, le récit se concentrant exclusivement sur la survie des deux sœurs dans la maison parentale.

Un huis-clos oppressant, surtout lors de leurs disputes ou pendant qu’elles se cherchent des occupations durant leurs journées. Nous ne les quitterons jamais, sauf à suivre les récits d’avant le black-out raconté par Nell ou des récits de leur enfance, avec papa et maman, au temps de l’insouciance.

Nous ne saurons pas vraiment ce qu’il s’est passé dans la ville voisine de 50km, mais l’auteur, avec peu de mots et de descriptions nous fera comprendre l’horreur que cela a dû être pour les habitants face à une telle situation.

On s’attache aux filles, on les suit dans leur survie, dans leurs espoirs, dans leurs souffrances, dans leurs peurs, le tout sans tomber dans un pathos larmoyant.

Un roman qui nous conte la chute d’une société, un effondrement total, en nous laissant entendre que, comme d’habitude, une autre se relèvera sur les cendres de la précédant puisque, c’est vrai, cela fait seulement depuis 130 ans que l’Homme utilise l’électricité et à vécu plus longtemps SANS elle que AVEC elle.

Un superbe récit de survie qui se dévore avec avidité et qui ne ressemble en rien aux autres romans post-apocalypse déjà lu et autopsié.

Verdict du détective Cannibal ?
Pour une fois, le médecin et le détective sont d’accord !

Je  jure avoir rempli ma mission en honneur et conscience, avec exactitude et probité.

Jack The Reader, médecin légiste pour cette autopsie littéraire et Belette Cannibal Lecteur, consultant detective.

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Veuillez trouver ci-joint le rapport de mes autres collègues :

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C’est avec une grande joie, que notre reporter elfique, Stelphique nous expose du haut de son grand sequoia, ses points lumineux sur cette forêt mystérieuse… Ses ailes sont aises de vibrer au grand air américain, et dans un parfait Nature Writing, on sent comme une vraie reconnexion avec l’essence même de la vie….

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La fratrie… ou comment deux sœurs s’apprivoisent…

Il est parfois difficile de se différencier de sa sœur, surtout quand elles sont si proches en âge, qu’on pourrait presque les prendre pour des jumelles… Vaste question que cette forme de fratrie, entre amour et déchirement pour la quête du soi. Nell et Eva ont cette relation de répulsion/attraction qui ne se fait pas, sans quelques fractures de ce lien, unique et fort, du sang…

En se noyant dans leurs passions et leurs ambitions dévorantes, elles se construisent une identité, à force de renoncement à l’autre, et pourtant l’amour qui les unit parait indéfectible.

Le roman tourne autour de ce cercle familial, entre souvenirs passés et avenir à reconsidérer, et cette micro-cellule de liens humains est une onde de choc et d’émotions qui nous est donné de lire dans ce journal intime, dernier vestige laissé au monde comme la preuve de leurs passages sur Terre…

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Le post-apocalyptique… ou comment la solitude envahit le quotidien…

Un recul désiré, puis forcé dans cette maison… La fin du monde poursuit sa course folle de manque et de cécité, pendant que cette famille vit au gré des saisons, proche de la Nature…

En fait, le post-apocalyptique se ressent dans ces privations, dans ces coupures, dans ces absences… C’est plus, la solitude, et l’étiolement des liens sociaux qui frappe dans ce livre, que les réelles raisons de ce nouveau monde…

Petit à petit, les commodités et les ressources s’amenuisent, seule la survie compte, mais la vie se charge toujours d’infliger mille dangers et heurts, qui reconditionnent la vision de cette fratrie.

S’il n’est pas forcé d’entendre de la musique pour danser, ou de concentration pour apprendre, il faut que ses jeunes filles trouvent assez de force en elles pour affronter cette nouvelle vie sans but, et c’est dans ce néant qu’elles devront apprendre à vivre…

C’est là, que le post-apocalyptique prend tout son sens et que la force de ce roman vous atteint en plein coeur…

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La forêt… ou comment cet environnement devient lieu de vie…

De tout temps, la forêt a généré peur et fascination. On a juste oublié qu’autrefois, elle a été lieu de vie pour les peuples, avant qu’on ne s’en éloigne pour lui préférer les villes… La forêt est source de légendes, génératrice de vie, domaine des plus étranges créatures…

Elle est à la fois bienfaitrice et cruelle, car il se cache dans ses arbres, des formes de dangers soudains, autant que de mauvaises rencontres, mais aussi mille merveilles…

Eva et Nell l’apprendront, souvent à leur dépend, que la nature donne autant qu’elle reprend, distribue autant qu’elle inflige… La beauté de cette lecture tient à cette rencontre avec ce lieu majestueux, la connexion avec l’essentiel, l’abondance du don…

En conclusion, cette lecture parle de dépouillement, de violence, et de lâcher prise… Elle se veut intime et c’est presque dans un murmure qu’elle nous souffle que Dans la forêt, se trouve sans doute, notre salut…

Plaidoirie de la partie civile


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Madame le Juge,

Lors du réquisitoire de la partie adverse, j’ai imaginé de multiples scénarios quant à la conclusion de ce procès…
J’ai vu la perpétuité pour ce roman car le consumérisme outrancier était cause de sa lente agonie. Il pourrissait au fond d’une cellule sombre et humide, ses pages se gondolant et jaunissant au rythme des saisons. Il attendait la fin, son encre déliquescente condamnée à ne plus être frôlée par un seul regard humain. Sa couverture se désagrégeait et bientôt il ne restait plus de lui que quelques feuilles trop fines pour résister au passage du temps. Il était oublié de tous, étouffé par tant de romans parlant de l’apocalypse et se putréfiait autant que cette humanité qui gangrenait le monde…

J’ai vu une condamnation indulgente et une liberté conditionnelle après 20 ans de silence pour cette histoire contée avec tant de douceur et de poésie. Le huis clos oppressant était pardonné et ce livre purgeait une peine de principe dans une forêt oubliée où le retour à des valeurs plus saines et plus proches de la nature le guidait vers de nouveaux courants de pensée. La punition divine était évoquée mais seul lui importait la rédemption et la reconnaissance de ses pairs. Seul lui importait d’être à nouveau touché par des doigts avides de tourner ses pages.

Enfin… j’ai vu l’acquittement. Sous la redondance du sujet et l’ennui de la première partie, les jurés s’apercevaient du fond si important de ce roman. Celui qui parle de deuil et de survie, celui qui évoque la perte si cruelle de ses parents, celui qui pousse à la résilience et qui confronte le lecteur à la mort : Celle de ses proches ou bien la sienne. Le roman sortait triomphalement de ce tribunal, l’espoir chevillé aux pages de prouver au monde entier qu’il existait. Il s’exhibait fièrement sur les rayons des librairies, sa couverture bombée bravant les chalands. Il se sentait unique, et au final : il l’était je vous l’affirme.

Je plaide aujourd’hui pour ce dernier scénario afin que le petit monde que nous représentons découvre les véritables atours de ce roman ainsi que les messages si emplis d’humanité qu’il transporte dans son for intérieur. L’acquittement est de mise, Madame le Juge. Laissez, je vous prie, le monde découvrir cette histoire.

La Chronique de Stelphique

La Chronique de Nath

Nains – Tome 5 – Tiss du Bouclier : Nicolas Jarry & Nicolas Demare

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Titre : Nains – Tome 5 – Tiss du Bouclier

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Nicolas Demare

Édition : Soleil (2016)

Résumé :
Brahm, capitaine de l’ordre du Bouclier, perd son épouse alors qu’elle met au monde son fils. Tiss, sa fille, s’occupe de son mieux de leur foyer, mais elle échoue à protéger son petit frère d’une bande d’Ogres.

L’enfant est gravement blessé, il sera boiteux pour le reste de sa vie, un infirme incapable de tenir le rang.

Tous les espoirs que Brahm avait placés en son fils sont anéantis, celui-ci ne sera jamais le grand cognar qu’il avait espéré.

Malgré l’opposition de son père, Tiss décide de prendre la place de son petit frère et d’apprendre le métier des armes…

planchea_286973Critique :
Redwin de la Forge et Oösram des Errants m’avaient émus de par la profondeur de leur histoire, Tiss allait-elle y arriver elle aussi ?

La barre avait été placée très haute par ces deux précédents cognars (héros) et vu que nous avions affaire à une pisseuse (fille), le défi était de taille face à tout ces nains barbus et couillus.

Les dessins et les couleurs étaient déjà un régal pour mes petits yeux, le contrat était donc rempli à moitié, restait à découvrir le scénario…

De suite j’ai été séduite par la petite Tiss qui en voyant naître son petit frère, verra aussi mourir sa mère et le regard de son père changer : il ne la voyait déjà pas beaucoup parce que c’était une fille, mais une fois que le fils fut né, la fille devint transparente ! Inexistante.

Ce qui m’a plu chez Tiss c’est qu’elle n’en a pas voulu à son petit frère, elle l’aimait ce chiar (bébé), ce petit frère adorable qui, gamin, ne pensait qu’à se battre pendant que leur père buvait comme un chameau assoiffé après la traversée du désert.

Brahm, leur père, je l’ai détesté d’emblée : il ne voyait que son fils, ne vivait plus que pour qu’il entre dans l’ordre du Bouclier et ensuite, il s’est détourné de lui lorsqu’une mauvaise rencontre fit de son gamin un boitard (boiteux).

Cet album traite de la place de la femme dans la civilisation naine très guerrière.

Et sa place est bien entendu derrière ses fourneaux, avec ses casseroles, à élever ses marmouses (enfants) pendant que son mari manie l’épée (Ordre du Bouclier), les livres (Ordre du Temple), la forge (Ordre des Forgerons), l’épée pour assassiner des gens (Ordre du Talion),…

Imaginez les ricanements lorsque Tiss, voyant que son petit frère ne serait jamais un combattant dans le prestigieux ordre du Bouclier, décida d’y entrer elle-même ! Une fille au milieu de jeunes nains pas encore tout à fait barbu, dans un ordre guerrier… Une G.I Jane !

Non mais, pour qui elle se prend à se vouloir l’égale des jeunes futurs guerriers et à foutre la honte sur son père ? Tremblez, messieurs, votre Ordre vient de se faire pénétrer par une pisseuse.

Le scénario est excellent et les personnages aussi : que se soit Tiss ou ses compagnons apprentis guerrier, ou ses instructeurs, tout le monde trouve sa place et tous se posent bien des questions sur cette pisseuse qui vient d’entrer dans un ordre guerrier où on ne lui fera aucun cadeau.

La méfiance des autres, la mise à l’épreuve tout le temps, Tiss devant toujours en faire toujours plus que les autres afin de prouver ses mérites et sa place… Et peut-être enfin recevoir le respect de ses compagnons d’armes.

Et c’est que notre Tiss a une sacrée paire de biiiippp au cul, elle ! Plus que certains nains guerrier de sa promotion qui, une fois le danger présent, veulent appliquer le vieil adage du « Courage, fuyons ».

Elle, c’est « Tenir ou périr » et le final est magnifique, car les personnages évoluent, changent, se rendent compte de leurs erreurs et quand un nain a une idée en tête, il réuni tous les autres, éclopés et vieux, pour aider les siens.

Un superbe album sur la quête d’une fille qui ne cherche que la reconnaissance du père, d’un père qui ne veut pas admettre que sa fille suive la même voie que lui, celle des guerriers du Bouclier (dans le tome 1, c’était le fils qui ne voulait pas suivre la voie de son père).

C’est l’histoire du dur chemin qu’une femme dû accomplir pour que ses semblables aient peut-être un jour, une autre place dans cette société de mâles virils, couillus, queutards et barbus.

Scénario au top et dessins qui le servent magnifiquement (parce que l’un sans l’autre, c’est de la soupe sans sel, du mojito sans rhum).

Une première saga de 5 albums réussie et… Vivement la suite !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

BILAN - Coup de coeur

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La chambre des âmes : F.R Tallis

Chambre des âmes, la - Tallis

Titre : La chambre des âmes

Auteur : F.R Tallis
Édition : 10-18 (2014)

Résumé :
À la fin des années 1950, quand le jeune psychiatre James Richardson se voit offrir un emploi dans une institution psychiatrique perdue dans le fin fond du Suffolk, il n’a pas un regard en arrière.

Il est chargé d’un projet très controversé : une thérapie pionnière au cours de laquelle des patients sont maintenus endormis pendant des mois.

Si cette procédure radicale et potentiellement dangereuse était un succès, cela pourrait signifier sa gloire professionnelle.

Mais, rapidement, Richardson découvre des phénomènes étranges dans la salle de sommeil.

sleepr5Critique :
C’est un peu sonnée que j’ai refermé ce livre que j’ai liquidé en une seule journée. Oui, sonnée parce que le final m’a retourné.

Dans les dernières pages, je me demandais vraiment comment l’auteur allait clore son récit, comment il allait expliquer les phénomènes étranges digne d’un poltergeist qui s’étaient déroulés dans cette institution psychiatrique perdue dans le fin fond du Suffolk.

Alors, heureuse ? Oui et non… Oui, car le final est digne d’un autre roman de ma connaissance, même si l’autre m’avait frappé plus fort. Non, parce que je trouve que c’est un peu facile et que ça me laisse avec des questions sans réponses.

J’ai beau ne pas regretter ma lecture, il me reste toujours des points non éclaircis dans mon cerveau et je vais finir folle moi aussi, si ça continue.

— C’est important de savoir ce qui est vrai. Ce qui est fiable.
 — La preuve que vous présentent vos sens, c’est un bon début.
 — Mais un bâton droit paraît tordu quand on le plonge dans l’eau.

Niveau ambiance, on cartonne ! Une institution psychiatrique perdue dans le fin fond du Suffolk, des conditions météorologiques s’adaptant au récit, des phénomènes inexpliqués qui fichent un peu la trouille (mais pas au point de finir sous le lit), une morte de peur, des personnages étranges, une thérapie pour le moins inhumaine qui consiste à maintenir des patients dans le sommeil plus de 20h par jour et ce, durant des semaines !

Elle avait quitté l’hôpital sans prendre le temps de fermer la porte à clé. Elle avait par la suite dévalé une berge raide et, dans la nuit noire, elle avait tenté de traverser les roselières, courant en aveugle avant de trébucher et de chuter dans une eau profonde, glaciale. Chaque nuit, alors que je m’enfonçais dans le tréfonds du sommeil, je me posais la même question : « Qu’avait-elle voulu fuir ? »

James Richardson, le narrateur, est un jeune psychiatre qui a été engagé comme chef de clinique dans cette institution psychiatrique perdue sur une lande hostile et mystérieuse où rôde un grand chien sorti des Enfers….

On rebobine ! La lande est mystérieuse, sans doute hostile si on va patauger dans des marécages, mais il n’y a pas de chien des Baskerville, pardon. Pourtant, il s’y déroule des phénomènes pour le moins étranges dont notre James semble être le seul à se poser quelques questions.

Draps retiré du corps en pleine nuit, lit qui bouge tout seul, cheveux tirés, des alliances qui disparaissent pour réapparaître à d’improbables endroits, des visions, des style qui roulent tout seuls sur la table, des portes fermées à clé qui s’ouvrent toutes seules et des sensations de froid qui semblent le frôler la nuit…

Le tout donnant quelques frissons, mais sans pour autant terminer sous le lit comme à l’hôtel Overlook dans Shining.

— Ça approche, dit-il. (Chapman, un patient)
Le choix de ses mots – le caractère indéterminé du pronom – me glaça. Rien n’est plus effrayant que ce qu’on ne peut identifier, nulle source de peur n’est plus puissante que l’inconnu. Si j’avais été davantage en possession de mes moyens (et moins enclin aux préjugés professionnels), je me serais rendu compte que le démonstratif employé par Chapman n’était pas qu’un terme grammatical, mais la clef de sa phrase. A cet instant précis, toutefois, je manquais de discernement.

Je vous avoue que le James, j’ai eu envie de le baffer quelques fois ! Des trucs pas normaux se déroulent devant ses yeux, mais, cartésien comme pas deux, notre jeune médecin fait comme si rien ne s’était passé ou tout comme.

De plus, son comportement enfantin et jaloux avec sa copine lorsqu’il a appris qu’elle avait eu une relation AVANT la leur m’a mise en rogne. Lui il a pu avoir des relations avant elle, pas grave, mais elle pas ? Parce qu’elle ne lui a pas dit qu’elle avait joué à l’infirmière cochonne avec un autre personnage du livre bien avant de le rencontrer et de l’aimer ? James, tu pousses le bouchon un peu trop loin !

Autre personnage important, le Dr Maitland, son employeur et éminent psychiatre londonien. Ce médecin qui se livre à cette thérapie pionnière mais néanmoins controversée (et ayant réellement existé) se rend sur place une fois par semaine.

Le reste du temps, James Richardson peut compter sur l’aide de huit infirmières qui ne sont même pas cochonnes, sauf une avec lequel il va prendre sa température à un endroit précis que rigoureusement ma mère m’a défendu de nommer ici. Puis il fera son crétin.

Les personnages ne nous livrent pas tout, il restera une part de mystère en eux, comme il en restait dans les dernières pages du livre avant que l’auteur ne me foute une piqûre canon dans les fesses, me faisant sursauter, le salaud.

J’ai aimé les ambiances un peu gothique, le côté perdu dans le fin fond du trou du cul du Suffolk, les phénomènes étranges sont progressivement amenés et montent en crescendo avant l’apothéose.

Les personnages, eux-mêmes, ne se livrent pas tout à nous et resterons avec des côtés non dévoilés.

Pour ajouter du piment, James ne connait même pas l’origine des huit patientes en salle de narcose, le docteur Maitland n’ayant pas voulu le lui dire, signifiant que ça n’avait pas d’importance. Nous, lecteur, nous le découvrirons en lisant les lettres reçues par le docteur Maitland.

Quand à la plume de l’auteur, elle est agréable, descriptive, et poétique à certains moments.

Le crépuscule semblait gagner la lande plus tôt chaque jour. Des nuées d’oiseaux s’envolaient des pâturages créant des tourbillons vivants qui s’effilochaient en direction du sud, les premiers d’entre eux entraînant dans leur sillage des fanions ténébreux d’une activité incandescente. L’horizon aux douces ondulations, brumeux et indistinct, était teinté d’une couleur feuille-morte et de magenta, les taches évoquant des pigments, traversant le papier saturé d’une aquarelle.

Aux abords de l’escalier, la lueur de ma bougie était trop faible pour repousser les ténèbres, qui comprimaient de toutes parts une sphère lumineuse ridiculement restreinte. Entouré de cette obscurité, je ressentis un sentiment d’isolement puissant. J’appréhendais son immensité, elle qui s’étendait à l’infini au-delà des murs, à travers la lande, les marais et la mer. L’obscurité de l’hiver.

Bref, un roman que j’ai apprécié mais dont la fin divisera les lecteurs en ceux qui la trouvent super et d’autres trop facile ou déjà vue dans ses grandes lignes.

Mon seul point d’achoppement est que je reste avec des questions qui me tournent encore dans la tête et c’est sans doute le but recherché de l’auteur : nous rendre fous !

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, Challenge British Mysteries chez My Lou Book et Le Mois anglais 2016 (Saison 5) chez My Lou Book et Cryssilda.

CHALLENGE - Mois Anglais 2015 SH

Chambre des âmes - vacances

Là où je l’ai lu…

Vacances - source

Niveau endroit de lecture, c’est le pied !

Undertaker – Tome 2 – La danse des vautours : Xavier Dorison & Ralph Meyer

Titre : Undertaker – Tome 2 – La danse des vautours

Scénariste : Xavier Dorison
Dessinateur : Ralph Meyer
Édition : Dargaud (2015)

Résumé :
Jonas Crow, croque-mort; Rose, gouvernante anglaise; et Lin, domestique chinoise, doivent ramener la dépouille remplie d’or du vieux Cusco au filon « Red Chance ».

Ils ont trois jours.

Trois jours, un corbillard, 50 miles à parcourir et une ville entière de mineurs survoltés à leurs trousses !

Critique :
Cusco, notre patron mégalo et inhumain envers ses mineurs avait cassé sa pipe dans le tome 1 et le voilà donc aux bons soins de Jonas Crow, undertaker de son état (fossoyeur ou croque-mort chez nous).

Je me marre et seuls ceux qui ont déjà lu les deux tomes comprendront pourquoi je me marre en le sachant aux bons soins de Undertaker et de son pote bizarre, Jed.

Oui, Cusco, gros mégalo égoïste, t’es pas prêt d’arriver dans ta dernière demeure, mon salaud !

« Et Dieu dit, ceux qui sont assez cons pour aller s’enfoncer en enfer méritent d’y rester. À perpète. » Lettre de Jonas aux Californiens.

Nous retrouvons donc nos amis – Undertaker, Rose, Lin et Jed – là où nous les avions laissé en fin de tome 1, c’est à dire dans la merde, pour ne pas dire en mauvaise posture.

Va falloir se bouger les z’amis parce que d’un côté, il y a les mineurs d’Anoki qui veulent la dépouille de leur fripouille de patron et de l’autre, il y a des Tuniques Bleues qui arrivent et… Bordel de Dieu, mon cœur, quel suspense, bande de salauds !

Des dessins superbes, réalistes, du western qui a tous les codes du genre mais qui revisite la recette pour vous servir ce petit nectar plein de saveur western sans en être vraiment. Vous suivez toujours ou ça va trop vite ?

Au menu de ce deuxième opus : des courses-poursuites, des tirs (baissez-vous les gars), des morts, du sang qui coulera, des pièges, des stratégies, de la violence (mais pas gratuite) et des personnages qui n’ont pas fini de nous surprendre ! Certains cachaient même bien leur jeu.

Undertaker – Jonas Crow – est toujours aussi allumé et son côté « No Rules » (sauf dans son corbillard) et tête brûlée n’arrête pas de me faire penser à Blueberry.

— Tu sais pourquoi je suis croque mort ?
— Parce que t’es cinglé !
— Tuer des étrons dans ton genre, c’est bon, mais c’est trop court. Ça va trop vite. J’aime voir la mort longtemps, la contempler, la déguster, la laisser prendre son temps. C’est comme ça qu’elle me réconforte; elle me rappelle que la saloperie humaine… ça finit toujours par disparaitre.

Rose et Lin, nos deux dames, vont devoir s’accrocher à leurs jupons et suer, une fois de plus, si elles veulent s’en sortir vivantes et ne pas voyager, raides étendues, à l’arrière du corbillard.

— Cet or appartient à monsieur Cusco. Mort ou vivant, c’est la loi. Peut-être qu’aujourd’hui, cette loi ne vous arrange pas… Mais quand on ne porte pas un colt à la ceinture, c’est encore elle qui protège le mieux.

Un deuxième tome à la hauteur du premier, un récit mené main de maître, les rênes bien tendues, un rythme soutenu sans pour autant virer à la cavalcade avec le mors aux dents, des personnages qui vont se livrer un peu plus, le tout dans des décors grandioses dignes des plus grands western !

Étoile 5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Camille, Le « Challenge US » chez Noctembule, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

BILAN LECTURE - Veux la suite

Undertaker – Tome 1 – Le mangeur d’or : Ralph Meyer & Xavier Dorison

Titre : Undertaker – Tome 1 – Le mangeur d’or

Scénariste : Xavier Dorison
Dessinateur : Ralph Meyer
Édition : Dargaud (2015)

Résumé :
Jonas Crow, croque-mort, doit convoyer le cercueil d’un ancien mineur devenu millionnaire vers le filon qui fit autrefois sa fortune.

Des funérailles qui devraient être tranquilles, à un détail près : avant de décéder, Joe Cusco a avalé son or pour l’emmener avec lui dans l’éternité. Pas de chance, le secret est éventé et provoque la fureur des mineurs d’Anoki City.

Comment laisser enterrer une telle fortune alors que pour survivre, eux suent sang et eau dans les filons ?

Comme le dit Jonas, « la mort ne vient jamais seule »..

Critique :
Le quotidien d’un croque-mort, c’est morose, c’est pas rose, mais c’est son destin.

Jonas Crow… Rien que son nom attire déjà la curiosité. Jonas, comme celui qui vécut dans le ventre de la baleine, et notre homme nous sort de temps en temps des citations biblique. Crow, qui veut dire corbeau en anglais.

— Dieu a dit: « Tu éviteras de faire chier un type qui braque un calibre 44 sur toi ». Et pour une fois ‘feriez mieux de l’écouter. »

Bien que pour notre Jonas, c’est plutôt les vautours ses compagnons de galère car notre homme est un croque-mort.

Oubliez notre époque bénie qui a fait de la Mort un commerce lucratif, en ces époques d’après Guerre de sécession, être un croque-mort ne vous valait pas grand-chose.

Le fait est que les gens ne nous aiment pas. Et c’est tant mieux. Je ne les aime pas non plus.

On ne parle pas aux croque-morts. On les ignore ou on leur propose du travail.

Heureusement que notre ami ne manque pas d’humour… Noir, comme son habit, noir comme sa carriole, noir comme ses deux chevaux.

— Vous connaissez ce monstre Monsieur Crow ?
— Non. Mais si vous en cherchez, ils sont faciles à trouver. En général, ils portent une médaille ou une étoile.

— Dieu a dit : « Tu laisseras ton prochain faire ses conneries tant que c’est avec son blé et son cul »; Saint-Jean aux New-yorkais.

— Navrée de vous décevoir, monsieur… mais monsieur Cusco est loin d’être mort.
— Ah… Et ça peut s’arranger ?

Et il est louche, notre Undertaker. Il sait se battre, tirer, mais évite de se balader avec des six-coups. Sauf lorsque ça devient plus que nécessaire !

— Depuis quand ce genre d’artillerie fait partie de l’équipement d’un croque-mort ?
— Depuis qu’il préfère ne pas devenir son propre client.

N’ayant pas lu le résumé mais acheté cette bédé sur sa couverture, son côté western et ses dessins qui me plaisaient bien, c’est plus vierge que Marie que j’ai entamé ma lecture et tant mieux, j’en ai gardé toutes les surprises.

Évidemment, si vous n’aimez pas les western et si la musique d’un certain Ennio ne vous fait pas frissonner de plaisir, passez votre chemin parce qu’ici, nous sommes face à tous les codes du western, sans pour autant bouffer la même soupe.

Du mystère, des tensions, une paire de nichons, des balles qui sifflent, des dialogues avec des réparties qui fusent plus vite que des flèches d’un carquois indien sur le sentier de la guerre, du suspense et les prémices d’une grande aventure avec un cadavre et une femme plus coincée qu’une fermeture éclair qu’on aurait plus ouvert depuis le Néolithique.

— Je vous envie monsieur Crow. Être dépourvu de toute dignité doit sans doute être des plus agréable. 

— Ce que je leur ai dit, miss, c’était la vérité… Et la vérité c’est comme le fer rouge sur la plaie. Douloureux mais efficace.

Dessins superbes, couleurs qui donnent envie de chevaucher en criant « Yahaaaa » et une envie folle de monter dans la carriole de Jonas Crow, de prendre son Jed dans ses bras (Jed est un vautour blessé, aller pas imaginer des trucs dégueux, j’en suis pas capable) et de crier « En voiture Simone » avant d’ajouter un « Fouette cocher » des plus clinquants.

Vivement la suite ! Parce que des bédés western de cette qualité, j’en redemande. De plus, je trouve que Jonas Crow a un petit air de Mike S. Blueberry : même arrogance, même dégaine, même rapport avec l’autorité (« Mon corbillard, mes règles »).

— Attends !? Tu donnes un putain de T-Bone à un putain de vautour ?
— J’vais pas lui donner de la salade.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Arieste, Le « Challenge US » chez Noctembule, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Grossir le Ciel : Franck Bouysse

Titre : Grossir le Ciel                                 big_5

Auteur : Franck Bouysse
Édition : Manufacture de livres (2014)

Résumé :
L’abbé Pierre vient de mourir. Gus ne saurait dire pourquoi la nouvelle le remue de la sorte. Il ne l’avait pourtant jamais connu, cet homme-là, catholique de surcroît, alors que Gus est protestant.

Mais sans savoir pourquoi, c’était un peu comme si l’abbé faisait partie de sa famille, et elle n’est pas bien grande, la famille de Gus. En fait, il n’en a plus vraiment, à part Abel et Mars.

Mais qui aurait pu raisonnablement affirmer qu’un voisin et un chien représentaient une vraie famille ? Juste mieux que rien. C’est justement près de la ferme de son voisin Abel que Gus se poste en ce froid matin de janvier avec son calibre seize à canons superposés. Il a repéré du gibier. Mais au moment de tirer, un coup de feu. Abel sans doute a eu la même idée ? Non.

Longtemps après, Gus se dira qu’ il n’aurait jamais dû baisser les yeux. Il y avait cette grosse tache dans la neige. Gus va rester immobile, incapable de comprendre. La neige se colore en rouge, au fur et à mesure de sa chute. Que s’est-il passé chez Abel ?

Critique : 
On va finir par croire que j’ai une tendresse toute particulière pour les histoires qui ont lieu dans des coins reculés, dans les trous du cul du monde où le temps semble s’être figé.

Venant d’un milieu rural j’aime y retourner via la littérature. Le terreau est toujours propice pour y semer des mauvaises graines qui donneront un récit flamboyant avec des gens simples.

Fin janvier 2007. Les Doges, un lieu-dit perdu dans les Cévennes, deux fermes isolées, deux hommes seuls, des paysans qui possèdent peu mais ne demandent rien de plus qu’avoir la paix et à manger dans leur gamelle. Deux hommes séparés par vingt ans de différences, deux hommes qui parlent peu et apprécient cette solitude.

Gus, la cinquantaine, vit avec son chien, s’occupe de ses vaches et traite la terre avec respect. Abel, vingt ans de plus, s’occupe des siennes et, de temps en temps, ils se rendent des menus services avant de s’envoyer un coup de gros rouge, un ch’ti canon…

La terre est âpre, imbibée du sang des vieilles guerres qui eurent lieu dans des temps reculés et elle forme les caractères des hommes qui la travaillent car chez eux, la tendresse, ça n’existe pas… Pas de place pour ça ou bien souvent, ils l’ont perdue à force de recevoir des coups – de pieds ou du sort.

Malgré son peu d’instruction, Gus a compris bien des choses dont  « L’habit ne fait pas le moine ». Même si le décès de l’abbé Pierre lui retourne les sens, bien qu’il ne soit pas catholique mais protestant.

Gus, c’est le personnage principal, il a beaucoup souffert et je l’ai trouvé très attachant sous sa carapace.

La vie rurale et les petits travaux de la ferme décrits m’ont rendue nostalgique parce qu’ils m’ont fait penser à mon grand-père. Les vaches, les vêlages, réparer une clôture… J’y étais de nouveau ! Les descriptions des paysages ou des travaux de la ferme sont bien rendus, sans appesantir le récit.

Peu de personnages, un huis-clos neigeux qui m’a rendu la gorge sèche et les mains moites tant l’auteur a su distiller son suspense et ses situations angoissantes. Avec peu, l’auteur sais nous activer le palpitant.

Des non-dit, des secrets de famille, des souvenirs qui, tels des flocons de neige, pleuvent doucement sur l’histoire, nous en apprenant toujours un peu plus sans nous en dire trop, éveillant notre curiosité sur ce qui a bien pu se passer lorsque Gus allait tirer les grives et a entendu un autre coup de feu ainsi qu’un cri…

La plume de l’auteur a réussi à rendre poétique cette violence latente, cette apprêté de nos deux paysans, leur caractère bourru et leur envie de ne pas trop fréquenter leurs semblables, tout en restant humain et en cherchant tout de même le contact entre eux.

Cela a rendu la lecture simple, évidente, tout en la remplissant d’une beauté d’écriture qui m’a subjuguée. L’utilisation de quelques métaphores « fortes » a rendu le style encore plus empreint de tristesse mâtinée de poésie.

C’est riche, c’est élégant, sans jamais être lourd, sans jamais en faire trop. Bref, c’est d’une rare noblesse. Une vraie pépite, ce roman.

Les trente dernières pages se dévorent avec précipitation, tant on veut savoir ce qu’il va se passer, mais le cœur est serré.

C’est ce que j’appelle un « putain d’excellent roman » tant l’équilibre entre tout est parfait. Il est court, mais puissant et vous laissera un goût métallique dans la bouche durant un long moment.

Un roman qui marque.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015).

BILAN - Coup de coeur