L’envol du moineau : Amy Belding Brown

Titre : L’envol du moineau

Auteur : Amy Belding Brown
Édition : Le Cherche Midi (21/03/2019)
Édition Originale : Flight of the Sparrow (2014)
Traducteur :

Résumé :
Colonie de la baie du Massachusetts, 1672. Mary Rowlandson vit dans une communauté de puritains venus d’Angleterre.

Bonne mère, bonne épouse, elle souffre néanmoins de la rigidité morale étouffante qui règne parmi les siens.

Si elle essaie d’accomplir tous ses devoirs, elle se sent de plus en plus comme un oiseau en cage.

Celle-ci va être ouverte de façon violente lorsque des Indiens attaquent son village et la font prisonnière. Mary doit alors épouser le quotidien souvent terrible de cette tribu en fuite, traquée par l’armée.

Contre toute attente, c’est au milieu de ces « sauvages » qu’elle va trouver une liberté qu’elle n’aurait jamais imaginée.

Les mœurs qu’elle y découvre, que ce soit le rôle des femmes, l’éducation des enfants, la communion avec la nature, lui font remettre en question tous ses repères.

Et, pour la première fois, elle va enfin pouvoir se demander qui elle est et ce qu’elle veut vraiment.

Cette renaissance pourra-t-elle s’accoutumer d’un retour « à la normale », dans une société blanche dont l’hypocrisie lui est désormais insupportable ?

Critique :
Lui, dès que j’ai lu son résumé juste après avoir flashé sur sa belle couverture, je savais qu’il était fait pour moi !

NetGalley et l’éditeur ayant donné un accord favorable à ma demande, et je les remercie, je me suis plongée dans cette histoire.

1672… Je ne vous ferai pas un topo de la mentalité des colons anglais de cette époque lointaine, mais je peux vous dire qu’ils étaient puritains au possible et plus catholique que tous les papes et cardinaux réunis, passé et présent confondus.

Ici, quand il arrive une chose, c’est la volonté de Dieu. On ne discute pas ! Dieu, si ça se trouve, Il n’a peut-être rien dit, rien décidé, rien prévu… Hérétique que je suis !

Quoiqu’il se passe, c’est SA volonté à LUI et on ne la remet pas en question. Tu trébuches, tu meurs, tu te fais enlever par des Indiens, c’est que c’était SA volonté, point barre et si tu en réchappes aussi.

Ça m’a fait froid dans le dos un tel prosélytisme, et l’auteur n’a pas manqué de soulever les illogismes de leur croyance puisque pour, un esclave, c’est la volonté de Dieu et donc, tenir des gens sous son autorité et les faire trimer, c’est chrétien, Il l’a voulu ainsi et vos gueules les mouettes (ou les moineaux).

À cette belle époque, nous les femmes (nous le charme), ben on avait le droit de la fermer, le droit d’obéir et les horribles 3K prônés par les nazis étaient d’application (Kinder, Küche, Kirche = Enfants, cuisine, église).

Mary Rowlandson, notre héroïne, n’a pas beaucoup de marge de manœuvre dans sa vie, surtout qu’elle est mariée à un pasteur qui est plus rigide que l’outil de travail de Rocco après la prise de 4 comprimés bleus. C’est vous dire comment il est rigide, le gars et on ne remet pas son autorité en question, merci bien.

La scène de l’attaque du village de Lancaster, par les Indiens est très réaliste. J’ai serré les dents devant la violence de l’attaque et les morts inutiles, femmes et enfants tués juste pour le plaisir. Ne nous leurrons pas, les Indiens n’étaient pas des Bisounours.

Bizarrement, lorsque Mary Rowlandson est prisonnière des Indiens et que ceux-ci crèvent de faim, et bien, mes dents se sont serrées aussi devant tant de souffrances, pourtant, quelques chapitres auparavant, ils avaient massacrés femmes, enfants et hommes.

L’auteure a réussi un sacré tour de force ! Mettant en scène des Indiens avec une grande rigueur historique, elle les dépeint tels qu’ils étaient, sans en rajouter, dressant un portrait tel qu’on le fait de nos jours, et pas comme il l’était dans les années 1600 (ou même plus tard).

Sans oublier de nous les montrer avec les yeux des citoyens Blancs, puritains, chrétiens jusqu’au bout des ongles et persuadé que tout ce qui n’est pas chrétien est sauvage. Ce sont des païens ! Et je vous passerai les fake news qui leur collent aux mocassins !

J’ai vibré avec Mary, j’ai souffert avec elle et j’ai souri lorsqu’elle a découvert, avec stupeur, que les Indiens ne sont pas si sauvages que ça, pas si cruels non plus et que chez eux, la notion de partage est ancrée, celle de rire, d’élever ses papooses dans l’amour… Tout le contraire de ce qui se passe dans son monde à elle.

Bref, sans être chrétiens, ces hommes et femmes ont des principes qui ont tout du chrétien charitable. Mieux encore, notre Mary a plus de libertés en étant prisonnières des Indiens que dans sa propre maison !

Un livre empreint d’un grand humanisme, une femme qui a vu ses certitudes s’effondrer, qui a bénéficié de plus de liberté en captivité que dans sa vie d’épouse et qui a découvert que le portrait de ces païens n’était pas juste.

Mais toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire… Les gens aiment croire, encore de nos jours, que les Autres sont mauvais, doué de duplicité, de violence, qu’on n’en fera jamais rien de bon et que s’ils veulent qu’on les accepte, ils doivent devenir tels que nous, avoir nos croyances, notre mode de vie, tout en sachant que même s’ils font tout comme il faut, ils seront toujours rejetés.

Un vibrant récit, une plongée dans une époque fort troublée où les gens se tournaient pour tout vers le Seigneur Dieu (maintenant, on se tourne vers d’autre), où la femme avait zéro droit et les Indiens encore moins, victimes déjà de massacres et de spoliations.

Un récit tiré d’une histoire vraie, récit terrible où une femme a dû batailler, non contre les sauvages, mais contre les siens, batailler contre les rumeurs, les ragots immondes, les gens avides de sensationnel et de récit glauque, le tout sans liberté aucune.

Poignant, humain, grandiose.

#LenvolDuMoineau #NetGalleyFrance

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

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19 réflexions au sujet de « L’envol du moineau : Amy Belding Brown »

    • Fallait oser et je l’ai fait ! Le pasteur doit se retourner dans sa tombe…

      J’ai adoré le livre, le récit, mais je viens d’apprendre qu’une copinaute a ramé sur la fin. Comme quoi, tous les goûts sont dans la lecture 🙂

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  1. Jolie fiche sur un bien joli livre que l’on devine féministe et venant questionner une certaine vision du christianisme hélas encore bien trop présente outre atlantique !

    Cela étant petite erreur… tu écris qu’ils sont cathos jusqu’au bout des ongles a un moment or… tu parles d’un pasteur et de puritains… les puritains étaient pas cathos! C’était une branche du protestantisme si rigoureuse qu’on en avait plus voulue en Europe et qu’on les a plus ou moins gentiment priés d’embarquer sur le MayFlower pour partir loin… très loin… Et oui c’est pas usurpé cette idée que les étasuniens d’aujourd’hui sont les descendants de gens dont on ne voulait plus en Europe!
    🙄

    Bref surtout pas des cathos! Avec la confession qui t’absoud tes péchés t’es plus détendue du string… comme tu sais que tu peux demander pardon et effacer ton ardoise à l’envie tu n’es pas obligée de trop te foutre la pression… et si les catholiques avaient un jour pris la bible au pied de la lettre ça se serait su! Y a qu’a lire Sodoma qui vient de sortir!

    En revanche les protestants ultras et puritains vivaient dans une telle crainte du péché qui n’était plus pardonnable dès que tu avais reçu la grâce du baptême… Dieu pouvait pardonner mais c’était pas certain… ils se mettaient donc une de ces pressions! Et ils la mettaient aux autres car on impose à autrui ce qu’on s’impose à soi histoire de ne pas envier ceux qui sont plus zen (genre le nouveau non fumeur récent qui oblige les gens à fumer loin de lui pour ne pas craquer)… bref c’est pas du tout le même rapport à Dieu… Les puritains sont au christianisme ce que les talibans sont à l’Islam… les cathos qui vont à la messe en latin passeraient presque pour de dangereux anars !

    Voilà le quart d’heure de culture religieuse est fini! Bon carême à toutes ! 🤓😁

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    • Oui, tu fais bien de le souligner, j’ai corrigé le mot, une déformation professionnelle impardonnable car nos puritains étaient d’origine anglaise et le schisme avait eu lieu, Henry ayant claqué la porte avec pertes et fracas, tralala.

      Oui, mais je suis contre la confession, moi, merde, c’est un Homme qui me juge et qui me pardonne ?? Oh, si Dieu existe, de quel droit tu lui piques sont job ? Si ça se trouve, le cu-ré me pardonne, mais dieu pas et j’aurai l’air bête en arrivant au paradis, tranquille, les mains en poche alors que mon ardoise n’est pas effacée du tout !!! Namého ! Les illogismes tout de même.

      Punaise oui, ils se mettaient plus de pression qu’on n’en met dans la bière ! Un truc de malade. Et si on se met la pression à soi, on la fout pas aux autres.

      Oh merde, c’est toujours le carême !! J’ai mangé de la viande le mercredi des cendres et je n’ai pas fait restriction, merde à eux ! 😆

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      • Toqué??? T’es où Toqué??? Laisse tomber la sorcière! Elle est trop cuite en plus… Nan… là j’ai une bonne cliente pour toi! Une authentique mécréante qui n’a pas suivi les prescriptions du saint carême !!! Tu veux de l’aide pour empiler les bûches ?🤣😂🤣

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  2. Et oui je suis l’idee de Ida…ce sont les parents des evangelistes d’aujourd’hui…pucha…tu m’as gache ma journee lala…je parle d’eux…lol
    En tout cas tout un livre qu’il faut lire il me semble….oh oui a la fin pas si sauvages que cela….
    PS: ici quand une equipe de foot gagne c’est grace a dieu, si elle perd c’est la volonte de Dieu…il en a du boulot….le bougre…;)

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    • Punaise, oui, il y a du boulot car on est en 2019 !! Bon, chez nous, on met en cause l’entraineur, rarement les joueurs et un entraineur porté aux nues et quasi mis à l’égal d’un dieu peut vite tomber en disgrâce si l’équipe nationale joue comme un pied.

      Bon, j’ai correctionné et mes confuses pour avoir gâché ta journée avec ces zinzins qui gâche la nôtre en plus de gâcher la leur (m’ais ça, c’est leur droit)

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  3. Ce livre me tente beaucoup, surtout qu’il me fait penser à Mille femmes blanches de Jim Fergus, je ne sais pas si tu l’as lu… Il promet d’être tout autant magnifique.

    J’ai bien aimé le « elle est mariée à un pasteur qui est plus rigide que l’outil de travail de Rocco après la prise de 4 comprimés bleus. » Mon innocence était comme : « Ah mais Rocco c’est un perso du roman ?? » jusqu’à comprendre enfin :’)

    Aimé par 1 personne

    • Non, pas encore lu ce livre, il est dans ma PAL depuis… no comment ! 😀

      Oui, chez moi, des prénoms comme Rocco ou Tabata, c’est directement sous la ceinture. Fallait que je précise bien la rigidité et que je le fasse avec son opposé.

      Je mettrai une note en bas de page la prochaine fois, pour les innocentes qui passent ici 😉

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    • L’outil de Rocco est tentant à regarder mais je ne voudrais pas qu’il…. enfin, tu vois quoi ! 😆 J’aurais l’impression d’accoucher quand il se retire (oui, je sors de suite).

      Anybref, le roman est plus mieux que le truc énorme du Rocco 😉

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