Retour à Birkenau : Ginette Kolinka (avec Marion Ruggieri)

Titre : Retour à Birkenau

Auteurs : Ginette Kolinka (avec Marion Ruggieri)
Édition : Grasset Documents français (09/05/2019)

Résumé :
« Moi-même je le raconte, je le vois, et je me dis c’est pas possible d’avoir survécu… »

Arrêtée par la Gestapo en mars 1944 à Avignon avec son père, son petit-frère de douze ans et son neveu, Ginette Kolinka est déportée à Auschwitz-Birkenau : elle sera seule à en revenir, après avoir été transférée à Bergen-Belsen, Raguhn et Theresienstadt.

Dans ce convoi du printemps 1944 se trouvaient deux jeunes filles dont elle devint amie, plus tard : Simone Veil et Marceline Rosenberg, pas encore Loridan–Ivens.

Aujourd’hui, à son tour, Ginette Kolinka raconte ce qu’elle a vu et connu dans les camps d’extermination. Ce à quoi elle a survécu. Les coups, la faim, le froid. La haine. Les mots. Le corps et la nudité. Les toilettes de ciment et de terre battue. La cruauté.

Parfois, la fraternité. La robe que lui offrit Simone et qui la sauva.

Que tous, nous sachions, non pas tout de ce qui fut à Birkenau, mais assez pour ne jamais oublier ; pour ne pas cesser d’y croire, même si Ginette Kolinka, à presque 94 ans, raconte en fermant les yeux et se demande encore et encore comment elle a pu survivre à « ça »…

Critique :
Des livres sur les camps d’exterminations et/ou de concentration, j’en ai lu assez bien dans ma vie.

Certains étaient tellement horrible à lire qu’ils ont terminé dans le freezer avant de repartir dans la biblio et ne plus jamais en sortir.

C’est donc toujours en respirant un grand coup que je me plonge dans ces heures noires et sanglantes que furent l’extermination d’êtres humains durant la Seconde Guerre Mondiale.

Si je devais résumer le récit de madame Kolinka, je dirais « sobriété » car il reste sobre comparé à d’autres romans qui décrivent ce que les Juifs et autres subirent dans les camps, mais malgré cette sobriété dans son témoignage, il est tout de même d’une force qui te pète encore et toujours dans la gueule, même si tu sais…

Avec force et en peu de mots, elle nous décrit la faim, la soif, le froid, la crasse, les coups, les brimades, les privations, le travail harassant, les ordres gueulés, les kapos, les maladies, les morts, les disparus, les fouilles…

Une fois de plus, en lisant, j’ai vu des images que mes yeux aimeraient ne plus jamais voir (vœu pieu), une fois de plus, j’ai ressenti les souffrances dans ma chair car j’ai pensé à ce que je pourrais ressentir si c’était moi et ma famille qui vivions cette horreur sans nom.

Une fois de plus, j’ai perdu pied… Puis je me suis raccrochée parce que le récit était beau, malgré les quelques horreurs qu’il décrivait, parce qu’il était profond, fort, empreint de tendresse et que cette dame accompagne des jeunes à Birkenau pour leur expliquer, pour témoigner, pour que l’on ne dise pas « je ne savais pas ».

Cette dame, je l’avais entendue parler de son livre à La Grande Librairie (émission dangereuse pour la PAL) et ce qui le tourmentait, c’était que le camp de Birkenau, de nos jours, au printemps, c’était beau car rempli de fleurs, d’herbes…

La crasse des latrines avait été nettoyée et qu’il était difficile pour ceux qui n’avaient pas vu ça, d’imaginer ce que le camp était en 40-45.

Une autre aussi l’étonne : personne ne lui pose des questions sur les privations alimentaires mais bien des gens lui demandent si elle avait croisé Hitler durant son séjour… Pas vraiment le genre de questions que je poserais.

Sans entrer dans les détails, l’auteure survole les années de bonheur avant les années de l’horreur et celles qui suivirent son retour dans sa famille, sans son père, sans son petit frère, sans non neveu…

Comme je vous le disais, c’est sobre, pas trop détaillé dans l’horreur, sans fioritures aucune, sans apitoiement car elle désire juste témoigner, raconter ce qu’elle a vu, vécu.

Un récit tout en sobriété, tout en force, tout en humilité, tout en émotions.

Un récit que l’on lit d’un coup, sans relever la tête, avec les tripes nouées et une boule au fond de la gorge car ceci n’est pas une fiction, mais une réalité.

Un récit bouleversant mais accessible aux âmes les plus sensibles car il n’explore pas en profondeur la noirceur de l’Humain en cette Seconde Guerre Mondiale et dans ces camps de la mort.

Un récit qui restera dans mon coeur, comme bien des autres.

Entrée de Birkenau (Auschwitz II), vue depuis l’intérieur du camp

35 réflexions au sujet de « Retour à Birkenau : Ginette Kolinka (avec Marion Ruggieri) »

    • Non, comparé à ce que j’ai déjà eu en main, celui est « soft » si on peut utiliser ce mot pour ce genre de récit. Elle n’entre pas trop dans les détails, mais on comprend tout de même que ce n’était pas Byzance et que les conditions étaient horribles.
      😉

      Aimé par 2 personnes

  1. Ah oui… là on est loin de la légèreté d’Agatha Raisin! Mais pourquoi tu te maltraites comme ça ??? 😱

    J’ai vu Nuit et Brouillard, quelques émissions historiques et des témoignages d’anciens déportés et j’avoue que ça m’a suffi pour me faire une idée assez précise… donc non… je ne cherche plus à en savoir plus et à me faire du mal.

    Ces témoignages sont importants, capitaux même! Mais je crois que chacun a sa propre résistance… face au souvenir de ces horreurs. 😥

    Cela étant évidemment c’est forcément un très bon livre… 👍

    Aimé par 1 personne

    • J’aime me faire du mal avec des beaux livres.

      J’ai beau savoir, je veux toujours aller plus loin dans l’indicible et cette dame en parlait si bien à LGL (qui va commencer dans 10 minutes, je vais filer regarder).

      Je ne résiste pas à tout, je capitule parfois, car c’est trop affreux, trop incompréhensible, trop violent, trop lourd. Ces témoignages sont importants, mais ce n’est pas nous qu’ils doivent atteindre puisque nous savons que, mais ceux qui nient, qui ne veulent pas y croire, qui tempère les chiffres et les traitements.

      Et eux, aucun témoignage ne les touchera, ne les fera changer d’avis. Ou alors, j’ai rien compris du genre humain !

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  2. C’est évident qu’aussi durs que soient ces récits, il faut entretenir la mémoire collective. Par contre, effectivement tu as raison, ceux qui préfèrent nier le ferons toujours… Je pense que le rôle d’information revient avant tout à l’école et aux parents, car changer l’avis de ces adultes étriqués d’esprit me semble mission impossible ! Dès qu’ils en ont eu l’âge, j’ai collé mes enfants devant « La Liste de Schindler ». Ils en parlent encore.. Le tour du plus petit viendra bientôt…

    Aimé par 1 personne

    • Je l’ai vu à sa sortie, ce film, j’en suis toujours traumatisée ! Voir la gamine en manteau rouge dans le tas de… Mon dieu.

      On nous avait fait lire « un sac de billes », mais nous ne savions pas encore vraiment, je pense qu’on ne se doutait pas, c’était abstrait.

      « mon ami Frédéric » m’a remis une partie des pendules à l’heure (traumatisée aussi) et puis, j’ai fait le reste par moi-même et je suis toujours devant cette horreur comme si je la découvrais à chaque fois, tellement c’est… y’a pas de mots pour le dire.

      Non, ces gens-là nieront toujours… quoique tu fasses.

      Hier, à La Grande Librairie, Pierre Rabhi a bien parlé en disant qu’il fallait éduquer les enfants, dès leur plus jeune âge, au respect, au fait que le masculin ne l’emportait pas sur le féminin, et éviter la compétition à l’école. Toute notre vie est basée sur la compétition et ce n’est pas bon.

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