Parfois le loup : Urban Waite

Titre : Parfois le loup

Auteur : Urban Waite
Édition : Actes Sud – Actes noirs (06/04/2016)
Édition Originale : Sometimes the wolf (2014)
Traducteur : Céline Schwaller

Résumé :
Le shérif Patrick Drake s’efforce de vivre la tête haute dans sa petite ville de montagne, mais un jour sa femme tombe malade. Il est seul à faire bouillir la marmite, alors pour faire face, il se met à avoir de mauvaises fréquentations. Bientôt, il est arrêté et condamné pour l’un des pires crimes qu’ait connu l’histoire locale.

Douze ans plus tard, Patrick entame sa conditionnelle sous l’oeil circonspect de son fils, Bobby, shérif adjoint dans l’ancien bureau de son père.

Hanté par les casseroles du paternel, et secrètement rongé par une culpabilité mal placée, Bobby n’a pas eu la vie facile non plus et son mariage s’en ressent.

Il a bien cherché à tourner la page, mais les esprits étroits des petites villes ont la mémoire longue.

Et peu de temps après sa sortie de prison, une menace terrifiante ressurgit du passé de Patrick. Cette fois, personne ne sera épargné.

De roman en roman, Urban Waite fait montre d’une rare constance. Prose lancinante, personnages forts, paysages grandioses, il suit patiemment la trace ouverte par Cormac McCarthy.

Critique :
On ne commence pas ce roman si on est en demande d’un rythme trépidant car l’auteur prend le temps de planter le décor, les personnages, ce qu’il s’est passé…

Avec peu de mots, il développe de manière sobre les relations un peu tendues entre un Bobby Drake, shérif adjoint, et son père, Patrick Drake, ancien shérif qui a trafiqué de la Blanche (la poudre, pas l’humaine).

Un père qui a passé douze ans en taule, un fils qui ne l’a que peu connu, qui a perdu sa mère jeune, dont le père a trafiqué pour payer les factures.

Un fils qui tente de se reconstruire, d’oublier les regards obliques, de panser ses blessures personnelles et qui a fait une croix sur une carrière de basketteur à cause de son père.

L’ambiance à la maison est plus tendue que la corde d’un string taille small et qui serait porté par un sumo. On sent les non dits, les silences pesants, les mots guérisseurs que l’on voudrait dire et qu’on ne dit pas, les questions que l’on a sur le bout de la langue et que l’on ne posera jamais, les soupçons qui noircissent le cœur, pourrissent les pensées.

L’auteur prend son temps afin de nous mettre dans cette ambiance tendue, dans nous plonger les pieds dans le ciment à prise non rapide, c’est un début lancinant qu’il faut déguster lentement afin de bien le digérer.

Pas besoin d’être médium extra lucide pour voir le drame arriver. On ne sait pas par qui il va arriver, ni de quoi il sera fait, mais on le sent poindre le bout de son nez tant cette chape de plomb devient de plus en plus pesante au fur et à mesure que l’on tourne les pages.

Les personnages sont tourmentés, bourrelés de remords, rongés par leur passé, leur secret, même si certains n’en donnent pas vraiment l’impression.

On sent que les décors derrière nous sont grandioses, même si nous sommes dans un patelin un peu perdu, entouré de forêts et de montagnes, le tout non loin de la frontière avec le Canada, ce qui facilité l’exportation de la drogue.

Un roman noir âpre, qui se met en place lentement pour ensuite vous coller aux doigts, à la peau.

Un roman à l’atmosphère à couper au couteau à certains moments, un roman qui utilise les silences de ses personnages pour nous faire passer leurs émotions, leurs blessures, leurs fêlures.

Un roman qui traque le loup comme d’autres traquent l’argent caché, un roman qui fait mouche, pire qu’avec une carabine longue portée munie d’un viseur.

Un roman noir qui donne envie de découvrir les autres romans de l’auteur et de reprendre une bonne goulée d’air frais de la montagne, tout en faisant gaffe de ne pas se faire truffer de plomb…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

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30 réflexions au sujet de « Parfois le loup : Urban Waite »

  1. Ah… Ce fameux loup qu’on veut toutes voir un jour… je ne sais pas si on en voit la queue dans ce grand roman noir… j’ai pas trop compris où il est… tu sais c’est un peu comme avec « Le Nom de la Rose » : on ne sait jamais vraiment de quelle rose il parle! 🤣😂🤣… Anybref, même bien écrit si le thème ne m’emballe pas, je m’abstiens! Tiens, je vais faire un jeu de mot à la con: les petits noirs (romans noirs hein! C’est pas les gens ! Je trouve que la cagoule du klukluxklan ne va pas du tout à mon brushing!!!) c’est pas ma tasse de thé! Hihihi! Elle est bonne! Petit noir / tasse de thé… non? Bon… ok… je sors… 🙄

    Aimé par 1 personne

    • J’adore ton trait d’humour car il est comme le mien : oui, j’ai déjà fait ce jeu de mot un peu limite et je m’en fiche, il me fait toujours rire.

      La cagoule ne va pas à mon teint non plus, de plus, si je fous une cagoule (anit-mouches) à mes loulouttes, j’évite d’en porter une, surtout pour aller à la banque. :p

      Il y avait une rose dans le nom de la rose ? Parce que je ne l’ai pas vue non plus.

      Pour le « parfois le loup », c’est en rapport avec la citation de début : « Quand agneaux perdus dans la montagne, dit-il, agneaux pleurer. Parfois venir la mère. Parfois le loup ».
      CORMAC MCCARTHY, (Méridien de sang).

      J’ai vu le loup, j’ai vu sa petite queue, des queues qui ne valaient pas tripette, mais je ne me plains pas de la dernière, elle me fait du bien… La sortie, vite !!!

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