La servante écarlate : Margaret Atwood

Titre : La servante écarlate

Auteur : Margaret Atwood
Édition : Robert Laffont Pavillons poche (2017-2015) / J’ai Lu (2005)
Édition Originale : The Handmaid’s Tale (1985)
Traducteur : Sylviane Rué

Résumé :
Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’État, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Évangile revisité.

Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues.

L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission.

Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom.

Une œuvre d’une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.

Critique :
♫ Imagine all the people, ♪ Living life in peace… ♪ (John Lennon – Imagine)

Et c’est là que l’aiguille a rayé définitivement le disque car dans cette dystopie, le Imagine de Lennon serait plus qu’un rêve, ce serait un péché.

Imaginez un monde où certaines femmes n’auraient pour unique fonction que celle de reproductrice (les servantes écarlates), un peu comme dans un élevage de chevaux où on mettrai les meilleures juments à la disposition d’étalons…

Mais ici, c’est nous, les femmes, qui occupons cette fonction dévolue en temps normal à des animaux d’élevage.

Attention, il est interdit de séduire l’homme ou de copuler en dehors des moments d’ovulation. L’épouse de votre commandant vous tiendra fermement pendant que monsieur vous la mettra dedans afin de vous ensemencer. Le tout sans sentiments, sans jouissance aucune, sans bruit, sans se toucher… Pire que des bêtes !

Vos droits ? Vous n’en avez pas, vous n’en avez plus. Vous n’avez plus d’argent, plus de comptes en banque, l’interdiction d’exercer un métier, sauf si vous êtres une Martha, qui sont les bonnes à tout faire ou une Tante, qui sont les espèces de formatrices au centre et qui feront de vous de parfaite petites femmes formatées jusqu’au bout des ongles…

Prête à assurer les fonctions de reproductrices puisque les autres ne savent plus…

Dans l’hypothèse où vous seriez un rebut de femme, on vous enverra aux Colonies où vous crèverez à petit feu à force de barboter dans des déchets toxiques. Là bas, il y aura aussi les invertits, les traitres, les pervertis, les contestataires… tout ce qui n’est pas net pour la nouvelle société, ce qui ne rentre pas dans le moule.

La Religion est omniprésente, mais on a vachement interprété les Évangiles pour les faire coller à la dictature que l’on a instaurée. Ne faites pas un pas sur le côté où il vous en cuira. La corde vous attend… Haut et court vous serez pendu(e).

Fermez votre gueule, avancez les yeux baissé dans ce monde formaté à l’extrême et tâchez de produire des beaux bébés bien formés parce que, à cause de la pollution et de l’utilisation massive de produits chimiques (Bayer-Monsanto, si vous me lisez…), la fertilité est plus basse encore que celle qui régnerait dans un couvent de sœurs stériles déflorées par des moines grabataires castrés.

Le bandeau-titre annonce que ce livre a fait trembler l’Amérique de Trump, pourtant, Trumpette fait plus peur que ce roman, à mon avis.

Attention, je ne suis  pas en train de dire qu’on ne frissonne pas en lisant l’histoire que nous raconte Defred, servante écarlate de son état (jument reproductrice), nous détaillant son quotidien et ce qui s’est passé avant, quand tout a changé et que personne n’a bougé.

Oui, le récit fait froid dans le dos parce qu’il n’est pas aussi SF qu’on voudrait le croire, il a même des relents contemporains quand on voit comment certains montent au créneau pour nous faire perdre nos maigres droits, à nous les femmes, au nom d’une religion qu’ils ne comprennent pas toujours ou qu’ils adaptent selon leur humeur ou selon leurs désidératas.

Le récit alterne les moments présents et les moments dans le passé, quand le changement à eu lieu et quand les gens étaient satisfaits de certaines décisions car elles leur agréaient et ne les concernaient pas directement.

Après vint le désenchantement pour certains et certaines tandis que d’autres proliféraient sur le terreau de la privation de libertés et se rengorgeaient d’avoir des postes importants.

Un roman qui décrit un monde qui fait froid dans le dos, où l’amour est banni, la bagatelle aussi, la jouissance de même, le café ainsi que l’alcool, les revues porno, le maquillage, les beaux habits, les enseignes lumineuses, le droit à la parole, à la liberté… et où l’on vit dans un univers aseptisé qui ne me donne qu’une seule envie : aller me pendre.

Un roman où il est difficile d’entrer en empathie avec les différents personnages et où la lecture se déroule avec des angoisses. J’ai essayé de prendre de la hauteur afin de ne pas trop flipper et le fait de ne m’être attachée à aucun personnage, hormis un peu Defred, a fait en sorte que je n’en suis pas ressortie trop traumatisée.

Une dystopie que je conseille, même si elle m’a fait moins mal aux tripes que « Fahrenheit 451″ dans lequel j’étais entrée violemment.

Lisez et surveillez bien qu’un jour, on ne recommence pas à brûler des livres ou à éliminer la culture… Et ce jour là, ne regardons pas à côté.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°1 – Une Étude en Rouge – lire un livre dont la couverture est à dominante rouge).

 

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71 réflexions au sujet de « La servante écarlate : Margaret Atwood »

  1. J’ai vu jusqu’à présent la série et lu le livre.
    Je te rassure moi non plus je ne comprends pas le titre accrocheur concernant l’Amérique. L’avenir est très sombre dans ce livre pour les femmes et aussi pour des hommes qui sortent de leurs cadres de fonction.
    Dans la série ce que j’aimé ce sont les photographies, prises de vue, images choc qui font boum et vachement vache, au niveau des surprises, de l’horreur certainement. Et pourtant le cinéaste reste froid dans ses prises de vue, insensible comme les familles adoptantes, de prime abord. Pourtant, je retiens que malgré toutes formes d’oppression, les humains essaient de s’en sortir comme ils ont toujours essayé de le faire. Un excellent livre d’anticipation. De là à dire que nous allons vers ce genre de modification de la société, je n’ai pas interrogé ma boule de cristal. Toutefois, le fait de ne plus savoir enfanter, là c’est probable. Nous parlons en ce moment de la baisse de qualité des spermatozoïdes. Pourquoi pas, si c’est vrai. Ce seront les plus forts qui s’en sortent. Dans le monde animal c’est pareil. Dans la société du livre plus d’humanité, plus rien. Même lorsque les femmes sont au « rebus », des clans se créent. L’univers de l’auteure est sombre. Cela ne me dérange pas, puisque je regarde la série. Ce que j’aime particulièrement c’est la cinématographie. Elle est géniale. Le rouge et le blanc faisant contraste, ainsi que des immeubles anciens ou modernes.
    Bon w.e. à toi.

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    • Il est prouvé que les hommes ont une diminution des nageurs dans le liquide qu’ils rêvent tous que nous avalions (je sors). Ceci n’est pas une fiction, on a plus de mal à se reproduire.

      Peut-être qu’un jour ce genre de dystopie sera à l’actualité, la réalité, mais nous ne serons plus là pour le voir, ouf ! Je sais aussi qu’on peut vite y arriver… des meneurs, des leaders, des gens en attente, des troubles, et boum… Hitler est arrivé au pouvoir facilement et tout le monde pensait qu’il n’aurait jamais de majorité… l’Histoire nous donne la suite. Je reste donc méfiante pour tout.

      faudra que je me fasse la série avant ma retraite, alors !! 😀

      Le w.end fut très bon !

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  2. J’aime pôs l’totolitorisme (c’est dur o dire totolitorisme un ch’ti!). P’têt’ eu qu’jôs tort môs j’crois pôs qu’ô puisse évoluer comme çô! C’est trop. In plus, ch’trouv’ qu’au contraire l’ômerique nous impose plutôt eune dictature d’eul plaisir! Faut jouir sans entroves, et tout’ suit’ toussô toussô! C’est plus complexe l’ômerique! T’os les tôrés fondomentolistes vs les zôt’… chôcun éteint aussi intégriste euk’l’aut’! Et aucun qui n’orrive ô vivre vraiment o fond euskidit! Et s’fait prendre eul’main dinch’soc! Bref c’est pôs trop crédible eus’liv’! Infin, ch’trouv’ mi…

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    • C’est quoi, ça, l’totolitorisme ? Une MST ? Une position sexuelle ? Une forme de clitorisme ? (ouais, j’invente des mots qu’existent pas dans le dico).

      J’espère que ça n’arrivera pas, ce totalitarisme religieux ouske le sexe se fait sans plaisir… juste pour la repro… beurk !!! J’me reproduis pas, moi ! Trop dangereux pour le monde ! 😀

      J’te jure que ça reste crédible… tu veux un mojito au miel ?

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  3. Bin je n’ai pas adhere du tout….l’heroine m’a tout simplement enerve….et j’ai un peu de mal qu’une generation comme la notre accepte d’ecarter les jambes…elle, Margaret, aurait du attendre une nouvelle generation ou un autre personnage…on parle quand meme de viols repetes….et elle pense a son fiston…bref…non pas trop…et ta comparaison avec Fahrenheit est parfaite car plus realiste….la manipulation est nettement plus pragmatique….

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    • L’héroïne a l’air d’avoir baissé les bras, comme tout le reste du monde, laissant les autres prendre les risques pour eux, un peu comme dans l’Histoire, quand un peuple en asservi un autre ou le parque dans des camps pour l’exterminer ou après l’avoir fait bosser dur… et tu te demandes toujours pourquoi le camp ne s’est pas rebellé ! Ils étaient 1.000 fois plus que leurs gardiens, z’auraient jamais eu assez de balles pour tout le monde, mais personne ne moufte et certains acceptent inacceptable. J’ai trouvé ça réaliste, vu que l’Homme est un mouton, il attend que les autres bougent.

      J’ai mieux aimé Fahrenheit, j’avoue, mais j’ai trouvé celui-ci réaliste aussi. Mais bon, les goûts et les couleurs 😉

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      • Je serais d’accord avec toi a partir du moment ou il n’y a pas atteinte du corps mais plutot la pensee (suivre en gardant ses pensees plus que secretes)…la on parle quand meme de faire du sexe « sans consentement »…Vraiment tu te vois le faire? etre une servante ecarlate?… non, je ne suis pas sure que cela fonctionnerait avec une generation en place, ayant deja un vecu, mais avec une nouvelle oui….
        D’ailleurs cela est aussi ben aborde dans Counterpart (serie) que dans Fahrenheit….4 adultes fanatiques qui enrolent des gamins…cela en fait de sacres fous…

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        • Je ne sais pas… Je sais que l’Humain est souvent imprévisible et qu’il peut accepter des choses parfois qu’on penserait inacceptable… certes, ici, on parle de sexe… et de viol ! mais on a l’impression que les servantes écarlates sont presque fières de leur poste… elles ne remettent jamais en cause la chose horrible qu’on leur fait subir, un peu comme un jument qui je dirait rien qu’on la foute avec l’étalon tous les mois sans qu’il y ait tout le rituel d’avant la saillie (la danse et les flatteries durent lorsque saillie en liberté dans le troupeau). Comme si l’auteur assimilait les servantes écarlates à des animaux utilisés par l’homme : on insémine la vache, la jument (on a même des porteuses d’embryons), la chienne…

          Counterpart, jamais vu (pas frapper !!)

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          • Bin justement, elle aurait du choisir une plus fanatique comme heroine…lala on a une femme banale, un peu comme toi et moi, qui a eu un vecu et qui subit…pucha qui subit un viol jour apres jour….non mais quoi, c’est pour cela qu’elle m’a enerve, elle n’est pas du tout mais alors pas du tout fanatique…je veux bien que tu subisses, supportes un matraquage des idees…mais lala c’est ton corps…les autres fanatiques etaient juste des donzelles (on en revient a cette nouvelle generation)…
            ohh non je ne frapperais pas….oh non…lol

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  4. Brûler les livres interdire ceci ou cela …on est qd même bien dedans , je me souviens d’un temps très proche en France (cette année), où des éditeurs ont renoncé à éditer ou rééditer des livres , que ce soit des auteurs liés à l’antisémitisme, ou connoté sexiste … Tout n’est sans doute pas du même ordre mais quand la « meute » des braves gens, convaincus en plus , se met en ordre de marche ….
    Remarque si on donne un rôle à chacune et chacun on règle le problème des relations homme/ femme non?
    Bon je sors 🙂

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    • Au fait! Vous savez que sur TF1 Séries Films (canal 20 de l’an TNT), la série sortie de ce roman est diffusée le dimanche soir à partir de ce soir (30/09/2018)? 😉

      Qu’on se le dise!!!! 🙂

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      • La Belgique a TF1 (et FR2,3,4,5,6,…) mais le série film, je pense qu’il faut soit le satellite soit une extension d’abonnement chez le fournisseur de télé… Et je ne sais pas si Proximus propose ça dans son bouquet… ni à quel prix ! Alors, je tipiak !!

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    • Oui, j’aurais aimé lire le bouquin du moustachu, non pas que j’aime ce type, mais pour voir ce qu’il racontait comme « conneries » dans son combat… juste pour savoir ! Tenter de comprendre. Mais de nos jours, on ne veut pas que l’on comprenne, que l’on tente de voir l’origine d’un problème (ou d’une solution finale… j’en frémis encore) passé (ou présent). Pourtant, comprendre l’origine de toute cette boucherie (comme pour la Première qui devait être la Dernière) permettrait de ne plus refaire ces mêmes erreurs…. on doit apprendre de ses erreurs, sinon, elles ne servent à rien. Mais non, même avec des explications, on n’a pas édité ce livre… je devrai le lire en version « pirate » sans les explications… heureusement que je ne suis pas une extrémiste.

      Même les connards comme Z on le droit de dire leurs absurdités, il suffit de les contrer ensuite, intelligemment ou de rire d’eux et de passer à autre chose, sans donner à la chose cette importance qu’ils attendent.

      Ah, si on pouvait régler ce problème…. impossible, je pense. Je te rejoints dehors…

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  6. Alors Lui, il m’attends dans ma PAL, tous les jours, il m’appelle….
    Si j’avais su, on aurait fait une LC (oui je sais, j’en ai déjà plein en cours avec toi)….C’est absolument inadmissible ces retards, ces envies….^^ Je ne tiens plus le rythme!

    Aimé par 2 personnes

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