Notre mère la guerre – Tome 03 – Troisième complainte : Kriss & Maël

Titre : Notre mère la guerre – Tome 03 – Troisième complainte

Scénariste : Kriss
Dessinateur : Maël

Édition : Futuropolis (2011)

Résumé :
À la fin du deuxième volume, les « gosses » de la section Peyrac sont suspectés par Vialatte et surtout le capitaine Janvier d’être les assassins des quatre jeunes femmes.

Mais Raton, Surin, Jolicoeur, Jojo, Planchard et Le Goan succombent à une attaque des Allemands.

Le caporal Peyrac, lui aussi, est porté disparu. Quand débute le troisième tome, nous sommes en mai 1917, vingt-sept mois plus tard. Le lieutenant Vialatte est versé dans les chars, en première ligne.

Gravement blessé, il sera soigné à l’hôpital militaire du camp de Marly-le-Roi. À sa surprise, le désormais commandant Janvier vient lui rendre visite.

« Vous vouliez rendre justice à ces malheureuses femmes et à ces gamins perdus ? Je vous en redonne le pouvoir », lui dit-il en substance.

Vialatte, tout juste remis de ses blessures, reprend donc son enquête à zéro…

Critique :
C’est avec plaisir que j’ai repris la série Notre Mère La Guerre après une longue interruption due au fait que je n’arrivais pas à mettre la main sur le tome 3.

Maintenant que je l’ai enfin trouvé, je me suis jetée dessus.

1917. La guerre est loin d’être finie, les chars ayant fait leur apparition, ce qui change la face de la guerre, sauf en ce qui concerne les morts qui tombent toujours comme des feuilles en automne.

Blessé, le lieutenant Vialatte a dû quitter sa compagnie de chars et reprendre l’enquête des jeunes filles retrouvées assassinées, enquête que nous avions suivie dans les tomes 1 & 2.

Les soupçons pesaient lourdement sur la section Peyrac, qui fut décimée durant un assaut et tous les membres déclarés assassins, sans distinction, sans réelles preuves. Ils sont tombés pour la France mais on leur a refusé le droit d’inscrire ça sur leurs tombes. Mais étaient-ils bien coupables ?

Cette saloperie de doute qui ronge et vous grignote le cerveau plus surement que les vers d’un cadavre.

Si les dessins sont toujours un peu bizarres et pas du tout ma tasse de thé (une histoire de goût), le scénario vaut la peine que l’on découvre cette saga.

Les deux premiers tomes étaient plus consacrés à l’enquête à proprement parler, sur le front et sa violence permanente. Nous étions au cœur de la guerre et les balles sifflaient à nos tempes, nous pataugions dans la boue et grelottions sous la neige.

Le troisième album est consacré à la reprise de l’enquête, mais loin du front, de la boue et fait la part belle aux pensées des soldats, à leurs ressentis, leurs ras-le bol, leur envie que la guerre s’arrête. L’euphorie des premiers jours est terminée depuis longtemps et on a compris qu’on ne botterait pas les boches dehors si facilement.

Alors que les galonnés et les planqués jurent toujours que la guerre a du bon, qu’elle fortifie et renouvelle une nation par le sacrifice du sang et dans l’honneur. Ben voyons. Mourir en soldat, quelque soit le côté de la tranchée, c’est toujours mourir.

Les auteurs nous offrent l’ambiance dans les villes, les contrôles, la haine entre les soldats et les gendarmes, la mentalité des civils français, leurs rapports avec les soldats et le front.

Une ambiance plus sombre, même si les couleurs sont dans des sépias lumineux, des personnages tourmentés, la rage au ventre, qui en ont marre de voir les copains mourir sous leurs yeux et la populace s’en foutre, comme s’ils vivaient sur une autre planète.

Les réflexions et les dialogues sont profonds, explorant l’âme des gens, traduisant leurs pensées, nous donnant à entendre leurs réflexions, qu’elles soient dénuées de bon sens (puisque l’Homme est ainsi) ou d’une logique implacable.

Le scénariste a ratissé large et nous a offert un beau panel de réflexions à méditer.

Un excellent album, comme les précédents. Une série qui mérite qu’on la découvre.

— Vous verrez une chose quand la guerre sera finie, mon lieutenant : on essaiera de leur raconter, et c’est nous qui aurons tort !
Quand ils nous féliciteront pour nos charges héroïques et qu’on leur avouera avoir juste crevé de trouille dans nos trous pendant des années, ils n’en voudront pas de notre petite vérité ! 

— Alors on a dit non, pas moyen. S’il veut alimenter sa boucherie, Nivelle a qu’à y porter sa viande tout seul ! 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°163 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°08].

3 réflexions au sujet de « Notre mère la guerre – Tome 03 – Troisième complainte : Kriss & Maël »

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