L’homme aux lèvres de saphir : Hervé Le Corre [LC avec Bianca]

Titre : L’homme aux lèvres de saphir

Auteur : Hervé Le Corre
Édition : Rivages Noir (2004)

Résumé :
Paris, 1870. Une série de meurtres sauvages semble obéir à une logique implacable et mystérieuse qui stupéfie la police, fort dépourvue face à ces crimes d’un genre nouveau.

Le meurtrier, lui, se veut « artiste » : il fait de la poésie concrète, il rend hommage à celui qu’il considère comme le plus grand écrivain du XIXème siècle, Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont, dont il prétend promouvoir le génie inconnu.

Dans le labyrinthe d’une ville grouillante de vie et de misère, entre l’espoir de lendemains meilleurs et la violence d’un régime à bout de souffle, un ouvrier révolutionnaire, un inspecteur de la sûreté, et deux femmes que l’a vie n’a pas épargnées vont croiser la trajectoire démente de l’assassin.

Nul ne sortira indemne de cette rencontre.

Ce livre a reçu le grand prix du roman noir français au festival de Cognac 2005 et le prix mystère de la critique 2005.

Critique :
— Gamin ! Gamin ! Reviens gamin, c’est pour rire ! (C’est arrivé près de chez vous – extrait)

Moi j’aurais tendance à dire « Cours, gamin, cours » (Forrest Gump) car l’homme qui arrive derrière toi va te tuer parce que tu es blond…

Un assassin qui tue les blonds ? Gad Elmaleh, sans aucun doute.

Paris, en 1870, une époque trouble, des grèves, des ouvriers qui grognent, des socialistes – des vrais ! – qui émergent et un tueur en série qui joue du couteau sur les blondins, les éventrant et mettant en scène leur mort.

Ne cherchez plus l’identité du coupable, c’est Hervé Pujols. Poirot et Holmes peuvent aller se rhabiller car nous sommes dans un scénario à la Columbo : nous connaissons l’identité du coupable dès le départ, le but sera de mettre la main dessus (ou pas ?).

Copiant l’oeuvre non publiée de son ami Isidore Ducasse, les “Chants de Maldoror” que ce dernier à écrite sous le nom du Comte de Lautréamont, l’assassin sème des cadavres à tous vents et si la police est sur les dents, en fait, elle n’est nulle part car pour un inspecteur qui se casse le cul, les autres s’en foutent royalement car la police est corrompue jusqu’à la moelle (ou la bite, pour certains).

Connaître l’identité du tueur ne fut pas une entrave au suspense ou au mystère car c’est avant tout le portrait de la ville de Paris en 1870 qui est tiré et il n’est pas joli à voir. Oublions les cartes postales, on patauge dans le prolétariat, ici.

Ce roman policier historique est aussi un roman noir puisque le côté social est présent. La société ouvrière est mise en avant, bien décrite dans ses misères, ses rêves, ses combats, on a la montée du socialisme, le ras-le-bol de Napoléon III et l’envie folle d’une République.

Oublions les beaux quartiers, nous allons nous encanailler dans les caboulots (caberdouches si nous étions à Bruxelles), éclusant des bock de mauvaise bière, nous arpenterons les ruelles sombres, celles des bas-fonds, nous mettrons aussi les pieds dans un bordel avec tout son cortège de pauvres filles tenues de rembourser des dettes à leur proxénète ou à la mère maquerelle.

L’exploitation de l’Homme par l’Homme, une fois de plus. Profitant de la misère et du besoin impérieux d’argent de tous ces crèves-la-faim qui sont venus à Paris et qui ont une famille à nourrir, les patrons ne se privent pas d’exploiter ces esclaves taillables et corvéables à merci.

Dans ce roman qui se dévore, le lecteur aura le plaisir de suivre plusieurs personnages dont certains seront des plus sympathiques.

Autant où j’ai bien aimé l’inspecteur basque (celui qui est intègre et qui bosse), autant où j’ai eu le coup de cœur pour Étienne et Fernand, ces deux ouvriers que la vie n’a pas épargnée. Leurs portraits sont des plus réalistes et il est difficile de ne pas s’attacher à eux.

Un roman policier noir et historique très bien construit, qui a du Zola dans ses pages ainsi que du Victor Hugo tant la misère des prolétaires est présente et que Paris a des airs d’une ville moyenâgeuse.

Un polar avec un serial-killer datant d’avant Jack The Ripper et qui est tout aussi violent que lui. Un polar noir, sombre, sanglant mais la plume gouailleuse de l’auteur, qui mêle l’argot de Paris dans les dialogues pour leur donner plus de vie, emporte le lecteur dans une autre époque et le voyage, s’il n’est pas de tout repos, est instructif et addictif.

Anybref, que les amateurs de Bisounours passent leur chemin…

Merci à ma copinaute Bianca qui m’a proposé cette LC. Le roman traînait dans ma biblio depuis novembre 2013, ticket de caisse coincé dedans comme preuve. Comme moi, elle a aimé sa lecture.

Extraits des Chants de Maldoror pour comprendre le titre et le coup du crabe tourteau :

Pour ne pas être reconnu, l’archange avait pris la forme d’un crabe tourteau, grand comme une vigogne. Il se tenait sur la pointe d’un écueil, au milieu de la mer, et attendait le favorable moment de la marée, pour opérer sa descente sur le rivage.

Mais, l’homme aux lèvres de saphir a calculé longtemps à l’avance un perfide coup. Son bâton est lancé avec force ; après maints ricochets sur les vagues, il va frapper à la tête l’archange bienfaiteur. Le crabe, mortellement atteint, tombe dans l’eau. La marée porte sur le rivage l’épave flottante. Il attendait la marée pour opérer plus facilement sa descente. Eh bien, la marée est venue ; elle l’a bercé de ses chants, et l’a mollement déposé sur la plage : le crabe n’est-il pas content ? Que lui faut-il de plus. Et Maldoror, penché sur le sable des grèves, reçoit dans ses bras deux amis, inséparablement réunis par les hasards de la lame : le cadavre du crabe tourteau et le bâton homicide !

 

Comme il est changé ! Les mains liées derrière le dos, il marche devant lui, comme s’il allait à l’échafaud, et, cependant, il n’est coupable d’aucun forfait. Ils sont arrivés dans l’enceinte circulaire de la place Vendôme. Sur l’entablement de la colonne massive, appuyé contre la balustrade carrée, à plus de cinquante mètres de hauteur du sol, un homme a lancé et déroulé un câble, qui tombe jusqu’à terre, à quelques pas d’Aghone.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°09].

 

13 réflexions au sujet de « L’homme aux lèvres de saphir : Hervé Le Corre [LC avec Bianca] »

  1. Ping : Premier bilan du challenge polar et thriller session 2020-2021 | deslivresetsharon

  2. Ping : Bilan Livresque Mensuel : Juillet 2020 | The Cannibal Lecteur

  3. Bonjour
    J aime suivre les chroniques croisés avec Bianca
    Dans le cas de ce remarquable bouquin, deux choses pourraient s ajouter
    D abord signaler que nous avons affaire ici à une très belle plume, une des meilleures dans le polar et signaler la sortie d une suite à visiter aussi: « dans l’ombre du brasier » est son titre.
    Amitiés
    Jean pierre frey

    Aimé par 1 personne

    • Pas besoin de signaler qu’il a une belle plume, les lecteurs de la chronique l’auront deviné et en plus, quand on fait une chronique, on oublie toujours un tas de petits détails…

      Pour la suite, on compte la lire avec Bianca et je ne note jamais les autres titres d’un auteur si je ne les ai pas lus… Sinon, je ne vais plus m’en sortir. Rien qu’hier, avec Jean Ray, j’en aurais eu pour des pages de titres à inscrire 😀

      Merci

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  4. Ils buvaient de l’absinthe et pas de mojito à ce temps là je crois? Quoi qu’il en soit encore un sale coups pour ma PAL qui s’emballe! 😬

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      • Bon… Ben je vais me remettre à l’absinthe alors! ça l’aidera à noyer mon malheur, ma détresse, mon désespoir… Du moment que je ne noie pas mes enfants et mon mari… tout va bien! Quoi que… Toqué il se noierait volontiers dans de la gnole… Il trouve ça plus sain et antiseptique que l’eau de mer… Tiens… Et si on essayait le gel hydroalcoolique? 😀

        Aimé par 1 personne

        • Il y a des bars à absinthe, mais on ne boit plus le truc dangereux de l’époque. Une connaissance avait été dans un lorsqu’il avait été dans une ville européenne de l’est. Me demande plus où… Hongrie ? Je ne sais plus.

          Alléluia, Trump dit que maintenant il faut porter le masque… et qu’il n’a jamais eu de soucis avec ça… Mon CUL !!! 😀

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    • Certains n’aiment pas savoir d’entrée de jeu QUI a tué… c’est perturbant, il n’y a que dans Columbo que ça fonctionne super 😆 Moi, ça ne m’a pas dérangé. Bianca a moins apprécié de connaître le coupable dans les premières pages.

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      • Oh tiens, je suis en train de regarder une serie The Sinner…qui essaye d’expliquer pourquoi le coupable en vient a tuer…la premiere annee etait assez pertubante…mais je trouve l’approche de ce polar interessant…donc tu sais qui est le meurtrier(e) des le premier episode…mais tu suis tout le decorticage de l’inspecteur qui essaye de comprendre le pourquoi…alors que les autres s’en foutent…mais oui il y a des tonnes de temoins ou il avoue…donc le proces est vite fait…;)

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