Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur : Harper Lee

Titre : Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur                                  big_5

Auteur : Harper Lee
Édition : Livre de Poche (2006)
Première publication : To Kill a Mockingbird (11 juillet 1960)

Résumé :
Dans une petite ville d’Alabama, à l’époque de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Avocat intègre et rigoureux, il est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche.

Petit Plus : Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 – au coeur de la lutte pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis –, a connu un tel succès. Mais comment est-il devenu un livre culte dans le monde entier ?

C’est que, tout en situant son sujet en Alabama dans les années 1930, Harper Lee a écrit un roman universel sur l’enfance. Racontée par Scout avec beaucoup de drôlerie, cette histoire tient du conte, de la court story américaine et du roman initiatique.

Couronné par le prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur s’est vendu à plus de 30 millions d’exemplaires dans le monde entier.

LC réalisée en partenariat avec Bianca, La tête dans mes livres, Isabelle, Lydie et ses livres et Catherine.

Critique : 
Pour ce roman, j’ai fait honneur à mon deuxième pseudo qui est « Cannibal Lecteur » car j’ai dévoré ce roman en presque une seule journée.

Mais lundi 07/09, il était tard, il me restait une petite centaine de pages à lire et je devais me lever tôt. Ce fut donc avec regret que j’ai posé le roman, juste à la fin du procès, l’âme en peine à l’idée de ne pas le terminer de suite, le cœur lourd en sachant qu’il serait bientôt fini.

Qu’est-ce qui a fait que j’ai bouffé, avalé, dévoré, cannibalisé ce roman ? Tout ce qui est dedans était appétissant… et tout en étant simple, c’était un récit complexe. J’vous explique.

Le récit se passe dans la petite ville de Maycomb (fictive) en Alabama, au cœur de l’Amérique sudiste très raciste et remplie de préjugés. Les années 30, c’est toute une époque, notamment celle de la récession économique.

La petite ville de Maycomb a tout du trou du cul de l’Alabama, toutes les familles se connaissent et il fut un temps où tout le monde se reproduisait entre eux, ce qui donne des familles liées à plusieurs degrés, bien souvent.

Malgré tout, il y a des classes dans la ville. Selon votre nom de famille, vous êtes en haut du panier, au milieu, dans le fond du panier ou encore plus bas, si vous être noir. Et on est prié de ne pas se mélanger entre classes, s’il vous plait !

— Pourquoi, Tatie ? C’est des gens bien.
Elle me jeta un regard par-dessus ses lunettes qu’elle portait pendant ses travaux d’aiguille :
— Jean Louise, je ne doute pas un instant que se soient des gens bien, cependant, ils ne sont pas de notre milieu.

Les gens de couleurs sont appelés « Nègres » par ces charmantes personnes et ont moins de droit qu’un chien galeux. D’ailleurs, ils n’en n’ont même pas, de droits, et leur parole vaut moins que celle d’un Blanc au tribunal.

Il y a quelque chose dans notre monde qui fait perdre la tête aux hommes. Ils ne pourraient pas être justes s’ils essayaient. Dans nos tribunaux, quand c’est la parole d’un homme blanc contre celle d’un Noir, c’est toujours le Blanc qui gagne. C’est affreux à dire mais c’est comme ça.

Ambiance « Amérique rurale sudiste et raciste » assurée et j’aime lire ce genre de portrait de celle qui a, parfois, un peu trop tendance à donner des leçons aux autres.

C’est Scout Finch (Jean-Louise, de son véritable prénom) qui nous raconte cette histoire qui va se dérouler sur un peu plus de 3 ans. La simplicité du récit vient du fait que c’est une petite fille qui a presque 6 ans qui nous le narre.

La complexité vient du fait qu’au début du roman, Scout nous dit qu’elle se souvient de tout, donc, elle est plus âgée lorsqu’elle prend la plume pour nous conter cette partie de sa vie. C’est pour cela que la narration est tout de même différente de celle d’une gamine de 6 ans.

Malgré tout, dans son récit, Scout Finch se montre toute innocente, ne sachant pas toujours de quoi les grands parlent, surtout quand les femmes parlent de leurs « périodes ».

Il y a de l’innocence dans le récit, celle d’une petite fille qui ne désire que peu de choses : porter des salopettes, ne pas aller à l’école et suivre son grand frère, Jem (Jeremy) partout et jouer toutes les vacances avec Dill, un petit garçon étrange, à l’imagination bien développée.

Si le début du roman est tout doux avec les trois enfants qui sont intrigués par un de leur voisin Boo Radley qui vit reclus chez lui et tentent par tous les moyens de savoir s’il est vivant ou non, la suite deviendra plus sombre, plus profonde, plus émotionnelle.

Le père des enfants, Atticus Finch est chargé de défendre Tom Robinson, un Noir accusé du viol d’une Blanche et c’est là que le récit prend de l’ampleur.

Le racisme des habitants de la ville est un racisme crasse, bête et méchant, limite risible si ce n’était pas aussi grave.

—Jem, demandai-je, c’est quoi un métis ?
— Un enfant à moitié blanc, à moitié noir. Tu en as vu, Scout. Tu sais, ce petit rouquin aux cheveux frisés qui livre chez l’épicier. Il est à moitié blanc. Ils sont très tristes.
— Pourquoi tristes ?
— Parce qu’ils n’appartiennent à aucune communauté. Les gens de couleur n’en veulent pas parce qu’ils sont à moitié blancs; les Blancs n’en veulent pas parce qu’ils sont de couleur; alors ils sont entre les deux, c’est-à-dire nulle part.

Pour eux, défendre un Nègre est honteux, être l’ami d’un Nègre encore plus et les enfants Finch vont en voir de toutes les couleurs à cause de la défense que leur père doit assurer pour Tom Robinson.

Ici, tout le monde a été biberonné au racisme, enfants comme adultes perdent tout sens commun et nous entrainent dans des situations qui m’ont fait froid dans le dos parce qu’il suffirait de peu pour qu’on le revive en 2015. N’allons pas croire que nous serions différents… Rien de plus stupide qu’une foule.

Le récit du procès m’a fait couler la sueur froide dans le dos, j’ai eu mal ma gueule devant tant de bêtise humaine, devant tant de préjugés. Ça me prend aussi devant les infos…

— Je voudrais que tu comprennes ce qu’est le vrai courage. C’est savoir que tu pars battu d’avance, et malgré cela, agir quand même et tenir jusqu’au bout.

— Avant de vivre en paix avec les autres, je dois vivre en paix avec moi-même. La seule chose qui ne doive pas céder à la loi de la majorité est la conscience de l’individu.

Tout le roman est profond, émotionnellement fort, mais le procès et l’après-verdict le seront encore plus.

Tuer un oiseau moqueur est un péché, tout comme accuser un innocent et le condamner. C’est nier l’évidence la plus flagrante, c’est ne pas vouloir voir, c’est condamner à cause d’une couleur de peau et se moquer de la Justice.

Un roman qui m’a pris aux tripes, un roman dont la plume, simple et complexe, vous entrainera dans le Deep South, le Sud profond, dans tout ce qu’il a de plus laid, mais dans tout ce qu’il a de plus beau aussi.

Même dans l’obscurité, il y a toujours un peu de lumière. Oui, il y a de la philosophie de vie, dans ces pages et ce serait bête de passer à côté.

— On va gagner Atticus ?
— Non, ma chérie.
— Alors pourquoi…
— Ce n’est pas parce qu’on est battu d’avance qu’il ne faut pas essayer de gagner.

— D’abord, Scout, un petit truc pour que tout se passe mieux entre les autres, quels qu’ils soient, et toi : Tu ne comprendras jamais aucune personne tant que tu n’envisageras pas la situation de son point de vue …
— Pardon ?
— … tant que tu ne te glisseras pas dans sa peau et que tu n’essaieras pas de te mettre à sa place.

Une lecture marquante, lecture que j’aurais dû faire depuis longtemps et qui me donne envie de proposer d’ajouter une sixième étoile chez Babelio.

Un roman très grand… à faire lire aux petits esprits, mais pas sûr qu’ils comprendront le message. Non, comprendraient pas !

— Je voulais que tu comprennes quelque chose, que tu voies ce qu’est le vrai courage, au lieu de t’imaginer que c’est un homme avec un fusil à la main. Le courage, c’est de savoir que tu pars battu, mais d’agir quand même sans s’arrêter. Tu gagnes rarement mais cela peut arriver.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), « Le Mois Américain » chez Titine, Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (prix Pulitzer en 1961) et le Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre.

BILAN - Coup de coeur
CHALLENGE - Thrillers et polars 2015-2016 CHALLENGE - Mois Américain Septembre 2014

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49 réflexions au sujet de « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur : Harper Lee »

  1. Ping : Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur d’Harper Lee | La tête dans les livres

  2. Ping : Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – Harper Lee | des livres, des livres !

    • Quand j’aime, je dévore… mon tort parce que ça se finit trop vite et ensuite, je suis toute dépitée 😦

      Merci du compliment ! Tu sais, les tiens sont toujours un plaisir à lire et à dévorer (sauf niveau des listes).

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  3. Ping : Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur – Harper Lee | Nos expériences autour des livres

  4. J’ai adoré cette lecture, comme toi je pense garder ce livre à l’esprit très longtemps.
    Ce qui m’a marqué également c’est la référence au nazisme et à la montée au pouvoir d’Hilter. Tous les personnages évoquant cette actualité, la trouve révoltante et pourtant peu d’entre eux s’insurgent devant la ségrégation raciale…. A méditer !
    Merci pour cette lecture commune et tes petits coups de folie 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Je le savais déjà : on béni les américains pour leur venue en 44, mais on oublie qu’ils ne savaient même pas trop pourquoi ils se battaient, et leur parler d’antisémitisme quand chez eux, les noirs ne pouvaient pas utiliser les bancs des blancs… ça ne m’a étonné plus que ça, hélas. L’humain est tordu. Tu ne peux pas faire du mal à certaines personnes mais à d’autres oui, parce que pour toi, elles n’ont aucun valeur.

      Une belle LC collective, ça m’a fait plaisir en tout cas. ;-))

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    • De sang-froid ? Le roman de Capote, je l’ai lu, je sais aussi que Dill, dans « ne tirez pas » est inspiré de lui. Mais la publication de la LC était pour le 16 et je ne voulais pas recevoir de coups de fouet de ma chère Bianca ! ;-)) quoique, j’aime qu’on me fouette… je sors ! 😛

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  5. Ping : Le mois américain – Récapitulatif | Plaisirs à cultiver

  6. Cela fait des années que je me dis qu’il faut que j’aille visiter ce trou du cul de l’Amérique. Depuis en fait que j’ai lu l’autre grand roman, celui de Truman Capote, De Sang Froid.

    Et puis l’Alabama, ça s’écoute lire comme une chanson de Neil Young…

    Aimé par 1 personne

    • J’ai voyagé avec Capote aussi, mais j’aime aller explorer les trous de cul des pays, ça nous montre une faune bigarrée et pas si éloignée des sapajous qui s’agitent avant les élections.

      Écoute Neil Young, bois un bon whisky et laisse-toi aller dans le trou du cul de l’Alabama… avec Capote !

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  7. Ping : To kill a mockingbird by Harper Lee | Mes étagères en franglais

    • Dommage que tu l’aies moins apprécié que moi, mais bon, la littérature est ainsi… ;-)) C’était une chouette LC même si à la fin, on perd un peu la tête dans tous les membres du club de la LC ! 😛

      Allez Bianca, sors le fouet !!

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  8. Ping : Bilan Livresque Mensuel : Septembre 2015 | The Cannibal Lecteur

  9. Ping : Bilan du Mois Américain : Septembre 2015 | The Cannibal Lecteur

  10. J’ai lu 2 ou 3 livres ayant le racisme comme thème et ce sont des oeuvres qui m’ont retournées le bide à chaque fois . Ton excellente critique me donne envie de lire celui-ci que ,malgré son énorme tirage , je ne connaissais pas.
    Tu as raison de souligner aussi que le danger est actuel et surtout cette semaine quand on a entendu la mère Morano et son « …la France est un pays de race blanche…blablabla.. » Quand en aura t-on fini avec ces conneries immondes !?! mais je m’enflamme … et ce n’est pas ici que nous referons le monde.
    Encore une fois très bonne critique…ma PAL aujourd’hui a encore pris de la hauteur…

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    • Je garde la télé coupée le plus souvent, ça m’évite d’entendre des conneries ! mais je l’avais lu dans le Canard… faudrait rappeler à nos pays leurs années de parfait petit colonisateur où notre race blanche allait foutre le bordel dans les autres races. Je déteste le mot « race », en plus… nous sommes de la même race, les humains, juste nos physiques changent.

      Si Bush Jr n’avait pas bombardé l’Irak pour rien, foutant le pays sur sa caisse qu’il en a pour 50 ans à se relever… si Bush Sr n’avait pas fait sa guerre au Koweit, si les américains n’avaient pas placés les dictateurs (dont Saddam Hussein) dans ces pays-là… si, si, si… mais on oublie. On oublie aussi qu’il faut qu’il y ait des pays qui vivent dans la misère pour que nous nous ayons tout ce que nous voulons.

      On refera pas le monde, non.

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      • Je suis à 100% d’accord avec ce que tu écris .
        Je ne regarde pas la télé ,très peu les journaux , je vis en Russie , et pourtant ce genre de nouvelles me sautent à la gueule et me font saigner les oreilles.
        Et ouais , j’aurai pu m’étendre sur le sujet mais je me suis rendu compte que ce n’était pas le lieu pour le faire et que je préfèrerai , plutôt que de parler de cela, revenir sur cette chronique et donner mon impression quand j’aurai lu ce livre prometteur (que je me suis commandé).

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        • Oui, causons littérature… le livre m’était inconnu aussi en quelque sorte. J’en avais entendu parler il y a longtemps et c’est de le voir dans les chroniques des autres qui m’a décidé à l’acheter. Mais j’avais peur d’être déçue, alors je le gardais bien au chaud. Vive les LC ! J’ai bien aimé le lire aux travers du récit d’une petite fille.

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  11. Je suis ravie que tu aies aimé ma Belette, je me rappelle avoir eu un peu de mal à y entrer (ho pas longtemps et ensuite comme toi, je n’ai pas pu le lâcher ! Je note une chose quand même, c’est toujours au sud des pays (des continents) que le racisme est le plus violent… J’dis ça j’dis rien mais le contexte est actuel est assez éloquent !!! 😉 vVoilà, je viens de mettre tes liens à jours (et ceux des autres) (suis obligée de travailler la nuit 😥 ) mais c’est fait et j’ai même mis celui que tu ne voulais pas (EDIT), je ne l’avais pas ! Merci canniBelette ! 😀 Et gros bisous nocturnes !

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    • Et dans un pays, les inégalités sont fulgurantes entre le Nord et le Sud, comme elles l’étaient au temps de la guerre de Sécession (qui n’avait rien à avoir avec l’abolition de l’esclavage, merci). Toujours des disputes entre le Nord et le Sud d’un même pays… dingue, non ?

      Tu l’avais pas ? Moi, c’est en remontant dans mes commentaires sur ta page que j’ai vu que j’avais déjà mis le lien, mais c’est un fait qu’il n’avait pas été repris, là, tu avais tout sous la main direct !

      On va bloguer la nuit parce que plus le temps ailleurs !

      J'aime

      • En Angleterre aussi : Nord et Sud d’Elizabeth Gaskell en témoigne (pas qu’elle), c’est pour dire… Et pourquoi le Nord est-il souvent (voire toujours) plus riche que le Sud, ça aussi c’est bizarre ! Ha tu l’as vu dans MES commentaires ? Pourtant je fais gaffe, ça a dû tomber une semaine de « débordement(s) intense(s) » ! 😆 Je préfère noter le lien de suite , aller lire le billet plutôt que de répondre aux comm’ c’est te dire le « minutage » !!! 😆 Me reste la nuit moi aussi mais je commence à ahaner là, je ne sais pas si je vais tenir jusqu’à Noêl à ce train là ! 😆

        Aimé par 1 personne

        • Le Nord est souvent plus industrialisé que le Sud, mais ça peut changer ! Souvent, une partie a nourri l’autre pendant un temps et ensuite, c’est la grogne de celui qui doit la bouffe à l’autre et bien souvent, quand il doit rendre la pareille, il se rebiffe !

          Un jour, le Sud de l’Italie a nourri le Nord, idem en Belgique, et puis, quand la situation se retourne, on ne retend jamais la main, mais je ne sais pas pourquoi… la honte d’avoir dû sa survivance à l’autre ??

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  12. Je ne l’ai pas englouti aussi rapidement que toi, mais je ne l’encense pas moins pour autant ^^ Un chef-d’œuvre de la littérature américaine qui m’a estomaquée ! ❤
    Superbe billet, comme d'hab j'ai envie de dire 😉

    Aimé par 1 personne

  13. Ping : Challenge Thriller et polar – session 2015-2016, bilan final | deslivresetsharon

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