Manger Bambi : Caroline de Mulder

Titre : Manger Bambi

Auteur : Caroline de Mulder
Édition : Gallimard (07/01/2021)

Résumé :
Bambi, quinze ans bientôt seize, est décidée à sortir de la misère. Avec ses amies, elle a trouvé un filon : les sites de sugardating qui mettent en contact des jeunes filles pauvres avec des messieurs plus âgés désireux d’entretenir une protégée.

Bambi se pose en proie parfaite. Mais Bambi n’aime pas flirter ni séduire, encore moins céder. Ce qu’on ne lui donne pas gratis, elle le prend de force.

Et dans un monde où on refuse aux femmes jusqu’à l’idée de la violence, Bambi rend les coups. Même ceux qu’on ne lui a pas donnés.

Critique :
Oubliez le gentil petit faon de votre enfance !

Ici, Bambi, c’est une jeune fille de quinze ans qui a bouffé de la vache enragée toute sa vie et qui en veut à la terre entière, sauf à sa mère, bizarrement, alors qu’elle est alcoolo, brutale, en décrochage total dans l’éducation de sa fille, du ménage, bref, elles vivent dans un taudis.

Bambi, pour se faire des thunes, décide de jouer avec les sugar daddy, ces hommes dans la force de l’âge qui veulent se faire des petites jeunes. Bambi ne fait pas ça pour payer ses études, comme bien des filles, mais pour palper le max de pognon et, au passage, leur écraser les roustons.

Bambi, c’est du maquillage genre camion volé, tu vois ? Faut masquer les coups qu’elle s’est prise dans la face, par sa daronne. Son daron ? Il a joué les filles de l’air, il a juste laissé son Sig Sauer et Bambi, elle aime jouer avec l’arme. Pour elle, c’est l’équivalent d’un doudou chez un marmot.

Avec son gun, elle se sent plus forte. C’est plus izi (easy) pour forcer les daddy à filer leur oseille.

Bambi, c’est cru, trash ! Autant dans le récit que dans le langage. Wesh, les mecs et les bitch, va falloir réviser son argot et son langage d’jeun’s ! TKT, Google vous aidera si vous captez pas.

Bambi, c’est du roman noir à fond d’blinde ! T’y aventures pas si tu cherches des petits coeurs roses, tu trouveras que dalle !

L’autrice te raconte la misère ordinaire, simple, courante, celle que l’on a croisé un jour dans notre vie et qu’on a vite détourné les yeux, se moquant de la gonzesse ou du mec qui sentait pas bon, sans penser que sa mère elle avait p’têt abdiqué le ménage.

Avec ce langage cru, celui des jeunes de nos jours, ça renforce le côté filles en perte de vitesse, filles qui se donnent un genre, filles qui se pensent les plus fortes, et qui le sont, sauf quand le vernis craque et qu’on se rend compte qu’elles ne sont que des filles paumées, apeurées. Mais plutôt crever la gueule ouverte que de l’avouer !

Avec un personnage comme Bambi et ses copines, tu sais pas trop si tu dois leur coller des claques dans leur gueule de petites merdeuses, les flinguer direct ou laisser pisser le mérinos.

Elles sont trop loin dans la misère sociale que pour espérer les en sortir. L’autorité, elles en veulent pas. Bambi encore moins. Elle aime que sa mère et ses deux copines. Parfois avec des clash…

Bambi, c’est un roman noir vachement noir, mon frère. Le rayon de soleil ? Cherche pas et carre-le toi bien profond où tout le monde pense. Y’a pas d’édulcorant, pas de sucre, ou alors, c’est de la poudre qu’on sniffe.

Bambi, c’est le récit d’une société qui part en couilles, qui abandonne ses jeunes, qui ne sait pas comment les aider, qui le fait, mais mal.

C’est l’histoire de gamines qui ne savent pas trop si elles veulent être sauvées ou pas. Et si oui, même elles ne savent pas comment, hormis palper le grisbi et se tirer en Thaïlande pour glander grave sa mère. Ce qui ne les aiderait pas, mais ça, elles en savent que pouic.

Bambi, c’est un roman noir qui te met mal à l’aise. C’est un roman trash qui parle de violences, de coups tordus, d’arnaques, de pétage de plombs de ce qui fut, un jour, une gentille petite fille tout mignonne et qui, à cause de cette chienne de vie, a mal tournée et est devenue enragée envers le monde entier.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°88].

28 réflexions au sujet de « Manger Bambi : Caroline de Mulder »

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  2. Ping : Challenge polar et Thriller – le second bilan de Belette | deslivresetsharon

  3. Ping : Bilan Livresque Mensuel : Novembre 2021 | The Cannibal Lecteur

  4. Je me le note. J’avoue que je serais passée complètement à côté s’il n’y avait pas eu ta critique car ce n’est pas vraiment le genre de bouquin que je lis. Mais il faut savoir sortir de sa zone de confort !

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  5. Très bien! C’est décidé! A la table de Noël cette année, je demande à Toqué de nous mettre un rôti de biche au four!

    Sérieusement, c’est une drôle de vision de la femme qu’on nous offre là! Je ne suis pas fanne des clichés sur la pauvre victime fragile qui attend son prince charmant ou son sauveur … Je ne suis pas contre le fait qu’une femme se sauve toute seule et assume son indépendance, je suis même carrément pour celles qui prennent leur destin en main (bref je suis plus « working girl » que « pretty woman »)… Mais pas comme ça.

    Là on est dans une ôde à la perversion qui comme toute perversion s’autojustifie toujours des blessures de celui qui la pratique (sauf que tous les gens qui souffrent ne s’en sortent pas en devenant des monstres!). Et là beurk.

    La question de la prostitution (parce que le sugardadysme en est une forme) est effectivement symptomatique de l’opposition du client et du/de la prestataire de service autour d’un fantasme de domination. Chacune des deux parties est dans le fantasme de pouvoir dominer l’autre… Le client pense dominer celle ou celui dont il loue le corps et le/la prestataire de service se raccroche à l’idée que c’est elle/lui qui fixe les règles (quand il n’a pas de proxénète comme ici… mais quand il y en a un là, le/la prestataire est clairement réduit/e à la position de chose) et qu’il/elle profite de son client et le domine en lui prenant de l’argent : l’argent donné pour niquer est le signe du pouvoir du/de la prestataire (« pas de bras, pas de chocolat… pas de sous, tu tires pas ton coup »).

    Certaines travailleuses du sexe associe ça à une position féministe et c’est surtout ça qui me fout en colère! Comment peut on faire de l’acte prostitutionnel un acte féministe, un enjeu de pouvoir entre les sexes alors que justement le féminisme a pour enjeu la recherche d’un respect égalitaire entre les sexes (enfin c’est la vision à laquelle je souscris car c’est la seule qui pourrait aboutir à quelque chose de durable – le féminisme à la Coffin excluant l’homme de tout qui se transforme en prosélytisme lesbien m’exaspère!). Là on est pas dans le féminisme on est dans un retournement de la domination et ça ne fait jamais que d’entretenir la lutte entre les sexes au lieux de lui trouver une issue. J’ai eu l’occasion d’entendre récemment les prétentions féministes de Zahia ancienne call-girl reconvertie en vendeuse de lingerie et en actrice (qui était déjà call-girl alors qu’elle était mineure… ses clients joueurs internationaux de foot n’ont même pas été condamnés!), et j’avoue que j’ai trouvé ça totalement surréaliste, d’autant qu’elle était toujours bien dans l’identification à tous les clichés de ce qui est censé capter le désir des hommes… La bimbo type peroxydée avec une minijupe qui laisse deviner ses fesses et un décolleté plongeant et qui se dandine comme si elle était en rut devant les caméra lors d’une interview et qui dit « je suis féministe » en boucle… j’étais à la fois atterrée et à deux doigts d’éclater de rire tellement c’était fou. Le féminisme serait le fait de profiter des hommes qui espèrent profiter des femmes ! Allô quoi ! comme dirait une autre grande intellectuelle!

    Bref, je ne sais pas quel point de vue l’auteure du livre entend défendre ou dénoncer… après tout il y a peut-être une issue plus acceptable dans le dénouement que tu ne dois évidemment pas nous révéler! Mais j’avoue que le thème de l’intrigue carrément sulfureux me fait carrément monter la tension dans l’image de la femme qu’il risque de donner. 😉

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    • Je ne sais pas si l’autrice veut dénoncer ou si elle veut tout simplement écrire un roman, mais, dans son récit, il y a tout de même une dénonciation de ce que la société fait aux filles, ce que certaines sont prêtes à faire pour du fric (du moins, c’est ainsi que je l’ai ressenti). Ça te choque, en tout cas, car on est loin de l’image bling bling et glamour que certains veulent donner au sugar dating : la jeune fille qui, pour payer ses études de médecine ou de droit, fait l’escort girl avec un gentil monsieur de plus de 50 ans, divorcé ou seul comme un chat abandonné dans un bois… Genre (pour parler d’jeuns’) : j’accompli une bonne action en donnant de la gentillesse à un monsieur qui lui, en contrepartie, me donne du fric pour payer mes études puisque cet enculé de Macdo ne veut pas m’embaucher et me payer 3.5000€ par mois.

      Bambi a connu la misère et pour ne pas se faire bouffer par ceux de son école, a commencé à mordre, à devenir ce qu’elle est devenue pour se blinder, se donnant une sorte de « genre » pour avoir la paix et parce que ça lui donne le sentiment de toute puissance, de pouvoir. Frapper les hommes renforce son sentiment de puissance, puis elle n’est pas seule, sa copine l’aide, parce que le jour où elle se retrouve seule (mama disparue et disputes copine), elle flanche, elle s’écroule. Preuve que sa violence n’était qu’une façade.

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      • Oui oui… je connais le principe du sugardadysme! C’est bien plus glauque que ce que ça annonce officiellement car c’est souvent une porte d’entrée vers de la prostitution plus hardcore… les daddys n’étant pas toujours si gentils et souvent très exigeants pour leurs cadeaux… et comme ils peuvent se lasser ou qu’ils ne donnent pas forcément de cash les filles sont tentées de rencontrer les amis de daddy ou d’en voir plusieurs etc… Ce n’est ni plus ni moins que ce qui se passait avec les cocottes de la fin du XIXe! Elles n’ont rien inventé ! Ce n’est pas si moderne!

        Beaucoup de filles souvent mineures ne comprennent pas qu’elles mettent les pieds dans le système prostitutionnel au début car officiellement elles reçoivent des cadeaux et pas de cash (ne couchant pas pour des sous elles pensent ne pas être des prostituées) sauf qu’au bout d’un moment elles se rendent compte que leurs besoins ne se limitent pas à un sac ou de belles chaussures et qu’il va falloir se montrer encoooore plus gentilles et disponibles. Une fois le tabou de « coucher pour quelque chose » est franchi… le glauque arrive assez vite en fait.

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        • Écarter les cuisses pour obtenir quelque chose en échange, c’est vieux comme le Monde, depuis que l’Homme est sur terre. Que ce soit pour ne pas crever de faim, faire sortir un proche de prison, éviter la prison ou autre… La seule arme que nous possédons : une fente dans laquelle les mecs ont envie d’y glisser leur p’tit oiseau :/

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          • Mmouais… le problème c’est qu’il ne faut pas supporter que le p’tit zozio qui souvent ne fait aucun effet si on est pas d’humeur joueuse… le problème c’est que le dit zozio est rattaché à un individu avec lequel on a pas forcément envie d’avoir des contacts! Ils sont pas toujours au goût des femmes sans parler de l’hygiène douteuse de certains! Beurk 🤢 Sans rire je sais pas comment elles font pour supporter ça les « professionnelles »! Enfin si… une grande partie d’entre elles est droguée et/ou psychologiquement amochée ! 😥

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      • Le problème c’est que le féminisme ne correspond pas à une vision unifiée. Tu as différents mouvements idéologiques et qui peuvent même s’affronter physiquement entre eux ( on a eu le coup l’an dernier lors d’une manif pour je ne sais plus quoi! Les filles se foutaient sur la tronche). Tu as des courants que je qualifierai de « lesbien prosélyte » dans la file de Mme Coffin… Tu as des féminismes plus intellos-philosophique (cf Badinter)… Tu as les « terfs » qui rejettent les trans… alors que d’autres courants sont plus inclusifs… Tu as les démagogues comme Marlene Schiappa qui sera pour tout et n’importe quoi si ça la rend sympa… tu as des travailleuses du sexe qui prétendent avoir une position féministe tandis que d’autres féministes ont voulu la pénalisation des clients… et puis celles qui font des campagnes contre le « male spreading » dans les transports en oubliant que concernant le fait de mal se tenir dans les transport est un sport très paritaire (entre celles qui t’imposent leur conversation dans leur portable, celles qui mettent leurs pieds sur le siège en face ou leur sac sur celui d’à côté… celles qui t’emmerdent avec leur sac à dos qu’elles gardent sur leur dos… ou qui t’arrosent avec leur café qu’elle veulent boire dans une rame bondée pour faire working girl débordée… etc…)… bref le féminisme est devenu une vraie boîte de crabe! J’ai une nièce qui était militante et elle a jeté l’éponge en constatant l’impossible union de positions supposément féministes qui ne font que s’affronter ! 😤 Avec un féminisme d’un tel niveau on a même plus besoin des machos pour avoir une mauvaise image de la femme!

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        • L’Humain est capable de se saborder lui-même, tout le monde étant persuadé qu’il/elle sait tout mieux que les autres, a la vérité absolue, se bat pour une bonne cause et que toutes les autres, c’est de la merde…

          On se tape déjà dessus depuis des lustres en affirmant qu’on a la meilleure religion que l’autre (ou les autres); qu’on est plus croyant que tous les autres et j’en passe…

          J’avais entendu parler (dans le « canard ») de cette politicienne qui ne voulait lire que des autrices et pas des auteurs mâles et qui, pourtant, se fait éditer par un homme ! C’est débile ce qu’elle fait, c’est de la discrimination aussi et je suis contre. Tous les hommes ne sont pas des sauvages assoiffés de sexe et de pelotage de nichons/fesses. :/

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