Le Lagon Noir : Arnaldur Indriðason

Lagon noir - Arnaldur Indridason

Titre : Le Lagon Noir

Auteur : Arnaldur Indriðason
Édition : Métailié Noir (2016)

Résumé :
Reykjavík, 1979. Le corps d’un homme vient d’être repêché dans le lagon bleu, qui n’est pas encore aussi touristique qu’aujourd’hui. La victime serait tombée d’une très grande hauteur, peut-être a-t-elle été jetée d’un avion.

En découvrant qu’il s’agit d’un ingénieur qui travaille à la base américaine de Keflavik, l’attention de la police se tourne vers de mystérieux vols secrets effectués entre le Groenland et l’Islande.

Les autorités américaines ne sont pas prêtes à coopérer et font même tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher la police islandaise de faire son travail. Conscients des risques qu’ils prennent, Erlendur et Marion Briem poursuivent leur enquête avec l’aide d’un officier de la base.

En parallèle, Erlendur travaille sur une vieille affaire non résolue : une jeune fille disparue sur le chemin de l’école, quarante ans plus tôt.

Petit Plus : Erlendur a trente ans et vient de divorcer. Le personnage est plus jeune, plus ouvert et bien moins désillusionné et sombre que dans l’avenir que nous lui connaissons. Il travaille depuis peu à la brigade d’enquêtes criminelles sous les ordres de Marion Briem et ne cache pas ses positions contre la présence américaine sur le sol islandais.

Indridason construit un univers particulier, un personnage littéraire de plus en plus complexe ; peu à peu le roman noir est absorbé par la littérature et la qualité de l’écriture.

blue-lagoon-islandeCritique : 
Erlendur… de toi je suis les enquêtes et ce, quelque soit l’époque à laquelle elles se déroulent.

Soit contemporainement, lorsque tu es un commissaire bougon, soit celles des années 70, quand tu étais un simple flic et puis un jeune enquêteur à la criminelle.

Direction l’époque où je tétais encore le sein de ma mère pour une double enquête : une mort suspecte et une disparition vieille de 25 ans.

Ceux qui ont lu les enquêtes de Erlendur savent combien il est obsédé par les disparitions non résolues, combien ça le ronge, combien il dévore tout ce qu’il trouve sur le sujet. Et en Islande, les disparitions sont légions.

Alors, tout en enquêtant avec Marion Briem, sa « chef », il mènera aussi son enquête personnelle sur cette disparition.

Ce que j’apprécie fortement chez l’auteur, c’est qu’au travers des enquêtes de son policier, il nous parle aussi de son pays en long et en large. Que ce soit au niveau des paysages, des landes désertiques, sauvages et arides, du climat, du contexte social de misère, de politique ou de cuisine.

– Évidemment, les boutiques étaient vides à cette époque. Le rationnement a duré des années.

–  Et ces baraquements n’étaient pas confortables, n’est-ce pas ? demanda Erlendur.
– Pas confortables ? ! Je ne vous le fais pas dire. Certains étaient un peu mieux que d’autres, mais ceux que j’ai connus n’étaient pas dignes d’accueillir des êtres humains.

Erlandur et Marion s’installèrent à une table isolée. Le plat du jour était de la raie faisandée à la graisse de mouton fondue. Marion craignait que l’odeur du poisson, un mélange de moisissure et d’urine, n’imprègne ses vêtements. Erlandur ne s’en souciait guère et demanda à ce qu’on lui serve une bonne portion de raie bien aspergée de graisse […].

Ici, ce sont les yankees qui ont une base sur l’île et qui traitent les autochtones comme des parias, des êtres inférieurs.

L’homme fixa longuement Marion en se demandant sans doute comment se dépêtrer de cette calamité autochtone.

Tout cela avait provoqué des querelles enflammées concernant la présence d’une armée étrangère sur le sol national, et cela durait depuis la signature de l’accord de défense avec les États-Unis, quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Se faire traiter de parasite dans son propre pays, ça donne envie de s’exclamer, tel le maréchal des logis-chef Ludovic Cruchot « Elle est forte, CELLE-LÀ ! ».

– C’est vous qui passez votre temps à vider les distributeurs de notre immeuble ?
– Je n’y ai jamais touché, c’est la première fois que je viens ici.
– Vous êtes tous les mêmes, fichus Islandais ! Espèce de parasites !

Mais soyons correct, certains islandais ont profité aussi du marché noir et de la présence des américains. Erlendur, qui, en plus d’être un homme réservé qui a du mal avec les conventions sociales, déteste l’armée ! Enquêter chez eux ne sera pas sans heurts.

– On regarde l’armée de travers et on lui trouve tous les défauts, mais ça ne pose aucun problème de s’enrichir sur son dos, s’étonna-t-il en allumant une cigarette.

— C’est normal que vous soyez choqué, reconnut Erlendur, désireux de témoigner une forme d’empathie à son interlocuteur.

– Vous croyez que les menaces d’un petit flic local de votre espèce nous impressionnent ? Ce périmètre est sous contrôle américain et vos menaces n’ont aucun pouvoir.

On ne s’embête jamais avec Erlendur, les deux enquêtes s’alternent, les questions sans réponses s’enchainent, la tension monte, le suspense aussi et la plume d’Indriðason est toujours acérée et pique juste où il faut, comme un moustique.

Une seule chose m’a chagrinée : dans le précédent tome, sa copine lui proposait d’emménager avec lui et ici, 5 ans plus tard, on le retrouve divorcé avec interdiction de voir ses enfants.

Il était en pleine forme. Tous les collègues avaient remarqué qu’il avait eu une passe assez sombre récemment. Marion pensait que c’était sans doute lié à ce qui se disait au bureau, mais que personne ne mentionnait en présence de l’intéressé : il avait divorcé.

Cela m’a chagriné parce que j’aurais aimer entrer un peu plus dans sa vie de couple, savoir tout ce qu’il y avait eu entre lui et sa femme entre la mise en ménage et le divorce, j’aurais aimé voir naître ses enfants.

Une fois de plus j’ai passé un excellent moment lecture avec mon cher Erlendur, ce policier plus entêté qu’un troupeau de bourriques, aussi collant qu’un Columbo (sans la réplique de « ma femme ») et aussi perspicace qu’un Sherlock Holmes qui serait réservé et peu expansif.

Erlendur, c’est aussi un policier taciturne avec sa vie privée et qui est hanté par les disparitions comme il me hante depuis que j’ai fait sa connaissance littéraire.

Buté, il faisait preuve d’une indépendance hors norme, n’éprouvait jamais le besoin de faire part de ses sentiments et passait son temps plongé dans son étrange passion, les récits de disparitions.

– Ce n’est peut-être pas forcément… peut-être pas uniquement la question de ceux qui meurent ou qui se perdent, mais plutôt…
– Oui ?
– … plutôt de ceux qui restent, ceux qui doivent lutter contre les questions laissées en suspens. C’est peut-être ça qui est le plus intéressant.

Lire un roman d’Indriðason c’est prendre un billet direct pour l’Islande : pas un low-cost mais un première classe.

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et le Challenge « Nordique 2016 » chez Mes chroniques Littéraires.

CHALLENGE - Nordique loups_scandinavie

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42 réflexions au sujet de « Le Lagon Noir : Arnaldur Indriðason »

    • Mon dieu, vade retro commentera horribilia ! mdr Un tort de ne pas avoir encore ouvert un Indridason… ok, je la ramène pas, sans mon inscription sur Babelio, j’aurais jamais lu… 😀

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  1. J’ai lu les trois premiers de la série quasiment à la file et je suis à sec ! J’ai hâte de lire ceux-la (Les Nuits de Reykyavic et Le lagon noir) avec ce retour dans le passé ! Comme toi j’aime ces romans davantage pour la peinture de l’Islande, son Histoire, sa société que pour les enquêtes qui prennent leur temps ! 😉 Et puis Erlenduuuuuuur, même si je n’aimerais pas l’avoir comme petit copain, on a toujours envie de le consoler ! 😀

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    • Oui, je n’aimerais l’avoir pour collègue ou petit ami… pourtant, je l’adore, va comprendre.

      Je lisais souvent ses aventures lors de mes vacances dans le Sud de ton pays, ça dépotait grave de lire un roman ouski fait froid, c’est Noël et toi, tu as les pieds dans la piscine ! mdr

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  2. Hello Dame Belette,

    Merci pour ce cri d’amour pour Erlendur! Je suis une de ses fan(ne) depuis… pffff! Au moins tout ça! 😀 Je crois avoir quasiment lu toutes ses aventures jusqu’à sa disparition… C’est marrant de voir l’auteur écrire maintenant des histoires où il était plus jeune. Mankel a fait la même chose avec Wallender, mon autre chouchou venu du froid!

    Je fais une pause avec les roman à la neige… j’en ai beaucoup lus à un moment… On m’a offert un recueil des premières aventures de Wallender… Et j’ai du mal à m’y remettre… Chais pas pourquoi… C’est pas grave ça reviendra… ça change vraiment du polar made in US… Comme je disais une autre fois… Ces flics gelés sont des hommes ordinaires de chez ordinaires… Pas des héros pour deux sous… C’est ça qui me les rend attachants… Je pourrais même imaginer les croiser dans la rue, les voir m’interroger… Me fiche les menottes… Me promener en panier à salade… Me coller en garde à vue… M’interroger… OUIIIIIIII! 😀

    Bon… Faut se reprendre… En plus Hugues Grant va chanter la chansonnette à Julia Roberts à Nothing Hills sur TMC là… alors… les bouquins ça sera pour plus tard! 😉

    A plus!

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    • « jusqu’à sa disparition » ?? Disparition parce que l’auteur arrête d’écrire sur Erlendur « commissaire » ou il disparaît vraiment comme tous ceux qui disparaissent en Islande ????? AAAAAAAAHHHHH, j’avais pas encore tout lu de lui !!

      Oui, les personnages sont simples, sans être clichés, ce que j’aime, par contre, j’avais eu du mal avec Wallender… trop jeune lorsque je l’ai connu, pas l’habitude, faudra que je m’y remette !

      Trop de neige tue la neige…

      Hugh Grant va-t-il se faire sucer dans un taxi par la Pretty Woman prostituée ??? Je sors !

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      • Oups! J’ai PRESQUE spoilé!

        Erlendur prend un congé au terme d’un roman (je dirai pas lequel) pour reprendre la question de la disparition de son frère… et après plus d’Erlendur dans les romans de l’auteur qui développe les aventures d’autres flics de son commissariat. Disparition des livres… Probablement pour se faire désirer et revenir avec tambours et trompettes ! Enfin j’espère ! 😉

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        • Putain, oui, t’avais presque mis Erlendur à poils ! Vilaine !

          Me fais plus des peurs pareilles, je suis fragile du coeur, moi, j’ai nonante ans au moins… bon, chez vous, en France, ça fat de suite plus jeune puisqu’il faut calculer… quatre-vingt-dix…

          Il y avait la chanson « jésus reviens » et bien, je vais chanter ♫ Erlendur Reviens ♪

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      • Pour Petit Bichon (le surnom de Hugues dans le film) et PrettyProstipouffe… On sait pas! Y avait pas de gros plans!

        Et pis… Pour les histoires de turluttes… Je crois qu’il préfère ça avec les vrai pros dans sa voiture! Quoi que quand même PrettyWoman m’a toujours impressionnée avec la taille de sa bouche! Je la vois bien tourner un remake de « les dents de Mémère » quand elle aura mon âge (il y a dix ans quoi 🙂 )…

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        • Oui, elle a une grande bouche à pipe… elle pourrait en mettre au moins 3 à la fois dedans et se faire plus de pognon en moins de temps qu’une autre.

          Hé, faut pas avoir fait des études pour faire une bonne turlutte, faut juste avoir une langue qui bouge bien dans tous les sens et les faire gémir avec… oups, pardon, les enfants, au lit !

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          • Oups! I’m shocked! 😀

            Nan! C’est pas ça « les dents de Mémère »! C’est l’histoire de Mémère qui met son dentier dans son verre avec le cachet nettoyant pour la nuit… Sauf que le cachet est radio actif à cause de l’usine nucléaire du coin qui a eu une fuite et le dentier s’anime pendant la nuit et bouffe les habitants du village les uns après les zôtres!

            Ah! Tu vois! T’as jamais lu une histoire aussi bonne! 🙂 je devrais faire écrivaine moi… 😀

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            • Dingue ! Je devrais l’écrire et la proposer aux studios hollywoodiens !! Je ne la connaissais pas, mais je pense que j’ai déjà peur en te lisant, alors, je vais éviter mèmère…

              Mais on ne m’ôtera pas l’idée que Pretty Woman a une bouche à pipe !

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  3. Fraîche et dispose, ça reste à voir ! Alors, je n’ai pas encore lu ce tome, ni le précédent. Je suis un peu en retard sur mes séries fétiches. Je repasserai te lire dans les détails après lecture et billet. Je note ton nom sur le carnet. J’ai survolé ton avis et je suis contente que cela soit toujours d’un bon cru.
    Bon week-end !

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    • Erlendur est toujours d’un bon cru, tant mieux… je suis pas tout à fait en ordre de son côté non plus et le précédent avait trainé pour cause de PAL… là, il n’a pas eu le temps de prendre les poussières !

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  4. Honte à moi! Toujours rien lu de cet auteur et pourtant je suis hyper tentée. Mais j’ai envie de les lire ds l’ordre histoire de bien connaître son inspecteur 😉

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