Lady Chevy : John Woods

Titre : Lady Chevy

Auteur : John Woods
Édition : Albin Michel – Terres d’Amérique (26/01/2022)
Édition Originale : Lady Chevy (2020)
Traduction : Diniz Galhos

Résumé :
Amy Wirkner, lycéenne de 18 ans, est surnommée « Chevy » par ses camarades en raison de son surpoids.

Solitaire, drôle et intelligente, elle est bien décidée à obtenir une bourse pour pouvoir aller à l’université et quitter enfin ce trou perdu de l’Ohio où la fracturation hydraulique empoisonne la vie des habitants, dans tous les sens du terme.

Mais alors qu’elle s’accroche à ses projets d’avenir et fait tout pour rester en dehors des ennuis, les ennuis viennent la trouver.

Convaincue que l’eau de la région devenue toxique est à l’origine des malformations de naissance de son petit frère, elle accepte de participer avec son meilleur ami Paul à un acte d’écoterrorisme qui va très mal tourner.

Mais Amy refuse de laisser l’erreur d’une nuit briser ses rêves, quitte à vendre son âme au diable…

Critique :
La fracturation hydraulique, dans le but d’extraire du gaz de schiste, c’est un truc super giga polluant. Ceux qui ont des doutes, je leur conseille de lire « Fracture » de Eliza Griswold.

Une fois de plus, je me suis retrouvée dans l’Amérique d’en bas, des laissés-pour-compte, des petites gens, des redneks, des suprémacistes et racistes.

Non pas que j’aime les théories raciales (que du contraire), juste que j’apprécie les romans noirs et que ce genre de personnes gravitent souvent dans l’Amérique profonde, celle qui a peur de perdre sa place, de se faire remplacer, de perdre sa puissance.

Amy Wirkner, lycéenne de 18 ans, est surnommée « Chevy »… Joli petit surnom, pour une fille, que l’on se dit de suite. Sauf que c’est l’abréviation de Chevrolet et que c’est parce qu’Amy est grosse. La grossophobie est de sortie et en raison de son surpoids, là voilà toute désignée pour être victime des élèves de son bahut.

Dans son patelin, les mecs de la fracturation hydraulique sont passés, ont entubés tout le monde (sans vaseline), ont fait miroiter des revenus importants et lorsque les gens n’étaient pas intéressés, ils leurs ont dit que de toute façon, ils n’y couperaient pas puisque tout le monde signait. Depuis, l’eau n’est plus potable et on peut même y mettre le feu lorsqu’elle sort du robinet.

Amy Wirkner est un personnage qui marque, un personnage important, une fille qui ne se laisse pas faire, qui essaie d’y arriver, alors que son entourage n’est pas le meilleur. Une mère qui s’en va avec d’autres hommes, un père qui manque de couilles, un grand-père qui a appartenu au Triple K (ce n’est pas le nom d’un ranch) et un oncle suprémaciste, raciste, possédant un bunker pour survivaliste et un drapeau nazi.

L’ère d’Obama ne plaisait pas à ces gens… L’auteur a poussé loin les curseurs pour monter son petit théâtre, pour nous plonger dans cette Amérique profonde, dans cette Amérique qui portera, plus tard, le Trump aux nues et au pouvoir. Un président qui se vantera d’attraper les femmes par la chatte… Tout ce que certains aiment.

N’ayant pas relu le résumé avant ma lecture, je ne savais pas du tout où le récit allait m’entraîner, jusqu’à ce que le drame se produise.

J’étais à fond dans l’histoire, me demandant comment tout cela allait finir, quand, en lisant un passage, ma tasse de café s’est figée dans les airs. Non, pas possible, j’avais dû mal lire. On reprend… Purée, non, j’avais tout à fait bien lu. Bizarrement, cet acte m’a secoué, m’a troué le cul et pourtant, c’était la seule solution et j’y avais moi-même pensé… Il est temps que je me fasse soigner.

Les personnages, même secondaires, sont bien travaillés, réalistes au possible et tous auront un rôle à jouer. Le pire étant H, le policier. Un méchant comme on aime en croiser dans la littérature (ou au ciné), un homme froid, dangereux, manipulateur et que l’on ne voudrait pas croiser dans la vraie vie. Une réussite !

Malgré tous les ingrédients glauques, sombres, violents, pollués comme les eaux de la ville, malgré les assassinats, les racistes, les héritages lourds à porter, la grossophobie, ce roman n’est pas le genre à plomber l’ambiance à la fin de sa lecture, ni à terminer les pieds dans le tapis ou dans les caricatures lourdes.

C’est un roman noir sombre, ô combien troublant, puisque l’on ne sait jamais comment tout cela va se terminer. Le suspense est entier, jusqu’au bout et le duel entre Amy et H sera le point d’orgue de ce récit.

Dans ces pages, personne n’est ni tout à fait noir, ni tout à fait blanc, tout le monde se trouvant dans ces zones de gris, même l’oncle qui se lamente que les Américains se soient trompés d’ennemis durant la Seconde Guerre. Lorsqu’il dit que l’Amérique s’est construite sur un génocide et sur l’asservissement des autres, il a tout à fait raison. Un trait de lucidité avant qu’il ne reprenne ses discours de haine.

L’Amérique doit sa place dans l’Histoire à sa conquête génocidaire, à l’asservissement d’autres races, et à une quinzaine de centimètres de terre riche et saine en surface. Nous n’étions au départ qu’une poignée de colonies sur la côte Est, et nous avons relié le Pacifique au gré des massacres, bâtissant ainsi notre empire continental.

Bref, un roman noir magistral, parfaitement maitrisé et qui nous plonge dans une Amérique qui a mal, qui a peur, qui aimerait se retrouver entre Blancs, une Amérique pieuse, qui va à l’église mais qui ne sait pas ce qu’est le Bien ou le Mal, ou alors, qui a sa propre définition qui ne correspond pas vraiment au « Aimez-vous les uns et les autres » et « respectez votre prochain »…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°54] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

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22 réflexions au sujet de « Lady Chevy : John Woods »

  1. Ping : Troisième bilan du challenge Thriller et polar édition 2022-2023 | deslivresetsharon

  2. Ping : Bilan du Mois Américain Non Officiel – Septembre 2022 – En solitaire (et solidaire) | The Cannibal Lecteur

  3. Ping : Bilan Mensuel Livresque : Septembre 2022 [MOIS AMÉRICAIN 2022] | The Cannibal Lecteur

  4. Salut Belette, je suis content que tu aies aimé ce roman, et ton billet est formidable. Personnellement, outre les aspects que tu cites dont l’analyse des reflexions des suprémacistes (que j’ai trouvé horriblement logique), je garderai en mémoire ces cent dernières pages, cette fin extraordinaire. Quel premier roman ! Amitiés

    Aimé par 1 personne

    • Oui, ils sont logiques dans leurs horreurs, comme bien souvent… mais il faut toujours aller voir plus loin, plus profond et là, on se rend compte qu’ils débloquent, que le problème ne vient pas des Non-Blancs…

      C’est à cause de ta chronique que je l’ai sorti, je l’avais presque oublié 😳 Le final est beau, terrible aussi, surtout ce duel avec H…

      Amitiés à toi aussi, ma poule ! 🙂

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  5. Tu es impayable! « Dans ces pages rien n’est tout à fait noir, ou tout à fait blanc »… dans un livre sur fond de problématique de haine raciale… hihihi… c’est à la famille de Chevy qu’il fallait le dire! 😂

    Justement tu pointes parfaitement le problème : pour le raciste c’est important que les choses soient binaires (les blancs vs les gens de couleur – y a pas que le noir qu’ils rejettent). Ils sont souvent stupides ou psychologiquement fragiles alors la réalité elle doit être noire ou blanche… mais surtout pas grise car dans ce cas les nuances leur compliquent tout. Le monde devient alors trop difficile à comprendre! Même si certains développent des théories élaborées pour justifier le racisme, à la base il y a toujours un biais cognitif tendant à vouloir simplifier le monde qui nous entoure. Bref le binaire c’est pour les cons et les machines (qui sont assez connes aussi sans l’aide des programmes écrits dans le seul langage pour cons qui existe : le binaire).😉

    Aimé par 1 personne

    • Je cherche parfois mes mots pour titiller ceux qui me lisent 😆 Avec une famille de suprémaciste, c’est pas facile d’être tolérante.

      On simplifie tout à l’excès, comme si les migrants étaient responsables de nos emmerdes, de nos malheurs, de nos dettes plus hautes que le PIB. Les intérêts de la dette sont les trucs les plus chers, entre autre. NOUS sommes responsables, mais on aime accuser les autres, surtout si on est binaires et bas de la cervelle. Mais je remarque, avec le temps, que même des gens non binaires (pas dans le sens sexuel), pas bas de plafond, répétaient ces mêmes inepties, accusant les migrants de tout. Le matraquage, ça marche ! :/

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