Le Chant d’Haïganouch : Ian Manook

Titre : Le Chant d’Haïganouch

Auteur : Ian Manook
Édition : Albin Michel (28/09/2022)

Résumé :
On leur avait promis une terre qu’ils ne quitteraient plus. Et c’est à nouvel exil qu’ils sont contraints… ?

Ils en rêvaient?: reconstruire leur pays et leur histoire. Comme des milliers d’Arméniens, Agop, répondant à l’appel de Staline, du Parti Communiste français et des principales organisations arméniennes de France, quitte sa famille et embarque en 1947 à bord du Rossia dans le port de Marseille. Mais au bout du voyage, c’est l’enfer soviétique qu’il découvre et non la terre promise.

Sur les bords du lac Baïkal, Haïganouch, une poétesse aveugle, séparée de sa sœur lors du génocide de 1915, aujourd’hui traquée par la police politique, affronte, elle aussi, les tourments de l’Histoire.

Des camps de travail d’Erevan aux goulags d’Iakoutsk, leurs routes se croiseront plus d’une fois, au fil d’une odyssée où la peur rencontre l’espoir, le courage et l’entraide. Agop et Haïganouch parviendront-ils à vaincre, une fois de plus, les ennemis de la liberté, pour s’enfuir et retrouver ceux qu’ils aiment ?

Critique :
Les voyages avec Air Manook sont toujours beaux, mais difficiles. Magnifiques, mais durs, éprouvants, émouvants…

D’ailleurs, je n’ai pas lu ce roman tout de suite. Je voulais découvrir la suite au plus vite, mais j’avais peur. Peur que l’auteur ne maltraite encore ses personnages, que j’adore, que j’aime (mais si vous lui dite, je vous tue !!). Envie de rester avec, dans ma mémoire, le final du premier roman, où les personnages étaient sains et saufs.

Le premier tome avait été éprouvant à lire, surtout dans ses 50 premières pages. Celui-ci est différent, mais il n’en reste pas moins éprouvant, même si ce n’est plus le récit d’un génocide avec toutes ses horreurs. Dans ce deuxième volet, un personnage (Agop) va retourner en Arménie, devenue communiste et qui n’aura rien de la terre promise.

Staline, le communisme, l’URSS, je savais que j’allais morfler. Le contrat est respecté et réussi. Dans ce nouveau roman, l’auteur va nous montrer le voyage d’Agop (que j’adore aussi, mais si vous lui dite, je vous tue !) en terres communistes et ce ne sera pas une promenade de santé.

L’auteur est champion dans les atmosphères, dans la description de l’Histoire, au travers de toutes les petites histoires qui font la Grande. Le dépaysement était réussi, j’étais bel et bien en URSS, chez les Soviets, au milieu d’un système inique, totalitaire, arbitraire et violent. Fuyez, pauvres fous !

Dans ce système totalitaire, le régime règne par la peur. Vous pouvez vous faire arrêter pour tout et n’importe quoi. Non pas uniquement en raison de votre religion, de votre appartenance politique, de votre préférence sexuelle, de votre sexe, de votre ethnie, de votre nationalité…

Là-bas, la foudre peut frapper à tout moment, n’importe où et n’importe qui, même un dirigeant du parti totalitaire. Vous étiez tout hier, aujourd’hui, vous n’être plus rien qu’un corps mort. Si certains salopards aiment le côté grisant du pouvoir absolu et ne se privent pas pour en user et abuser, d’autres n’obéissent aux ordres que parce qu’il y a des menaces sur la tête de leur famille. L’auteur fait bien la distinction entre les deux, bien que la violence soit toujours présente, surtout si le type a peur que sa famille n’en pâtisse.

Alternant les chapitres consacrés au voyage d’Agop et ceux de sa grande famille arménienne, restée en France, le roman s’intéressera aussi au destin d’autres personnages, rencontrés dans le premier tome, comme notre poétesse aveugle, Haïganouch et son fils. Tous les fils tissent une grande toile et les chapitres se lisent tout seul, la peur au ventre, les poils dressés sur les bras, en lisant quelques chiffres.

Une fois de plus, c’est un coup de coeur, en plus d’un coup dans les tripes, dans le coeur, dans l’âme. Les voyages au pays de l’iniquité et de l’illogisme, poussé à son paroxysme, sont toujours éprouvants et on n’en revient jamais tout à fait entier.

Un roman puissant, portés par des personnages forts, possédant de la profondeur, auquel on est attaché. Une aventure horrible au pays des Soviets, faite de violences, de déportations, de goulags, de camps de travail, d’horreurs, mais avec une faible lueur dans la nuit, de l’espoir, beaucoup d’amitié et d’amour familial.

Les émotions ressenties durant ma lecture furent puissantes. Un roman historique aussi qui dénonce les erreurs de la France, d’un certain Mitterrand et sur le fait que l’on se fout toujours de ce qui arrive aux autres, tant que ça ne nous touche pas personnellement.

Un magnifique roman, tout simplement !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°81].

20 réflexions au sujet de « Le Chant d’Haïganouch : Ian Manook »

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  5. Il m’attend dans ma PAL, j’avoue que j’ai les mêmes craintes que toi, surtout qu’Agop a toujours été mon préféré ! (Et tu sais, hein, si tu répètes… je te tue !). J’ai envie de te demander si tout le monde s’en sort mais je n’ai pas envie de savoir… 🙈 je le sortirai « au bon moment » car je vais encore en prendre plein le cœur !

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  6. Bonjour Belette, si je te lis bien, il faut commencer par le premier tome. J’ai noté. De Ian Manook, je n’ai lu que Yeruldelgger. Ces deux romans qui se rapportent à l’Arménie doit lui tenir à coeur vu que l’écrivain est d’origine arménienne. Bonne journée.

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    • Coucou, oui, il vaut mieux commencer par le premier, pour faire la connaissance des personnages, ils sont importants, et sans cela, tu risquerais de ne pas comprendre ce qu’il se passe dans le deuxième.

      Il parle de sa famille, c’est intense, c’est beau, c’est fort et un peu violent, mais un génocide, ce n’est pas gentil.

      Bonne soirée à toi (vu l’heure) 🙂

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  7. Et quand on voit que les présidents turc, chinois et russe ont envie de « restaurer » les états impérialistes qu’ils ont été ça ne présage rien de bon pour les arméniens et les autres identités nationales… 😤

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      • Mmouais… les dictateurs utilisent la peur pour verrouiller la contestation (et le thé au cesium ou des poursuites pour pedophilie après avoir piraté ton ordi pour y mettre des trucs infâmes) mais… je ne cesse pas d’être surprise en constatant comment les gens permettent à de tels tyrans de se mettre et de rester au pouvoir! Il est vrai que dans certains pays le concept même de libertés individuelles ou d’esprit critique n’a jamais historiquement assez existé pour que les peuples y refusent que des tyrans succèdent aux tyrans… 🙁

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        • J’avais lu que les coréens du nord qui arrivaient à s’enfuir se retrouvaient tout perdu dans nos sociétés remplies de libertés !

          Les gens n’osent pas bouger, ils ont peur, peur pour eux, pour leur famille, ils attendent qu’un autre prenne le risque à leur place. Regarde en Chine, ceux qui se rebellent contre les mesures de zéro covid… pas jojo ce qu’il leur arrive.

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