La chair de sa chair : Claire Favan

Titre : La chair de sa chair

Auteur : Claire Favan
Édition : HarperCollins (03/03/2021)

Résumé :
Moira O’Donnell c’est, derrière le feu des boucles rousses et l’énergie inépuisable, une femme qui lutte pour garder la tête hors de l’eau. C’est une vie d’adulte démarrée trop tôt.

Ce sont trois gamins livrés à eux-mêmes et autant de boulots cumulés pour les nourrir. Ce sont des pères absents : le premier, incarcéré le plus longtemps possible, croit-elle, et le second, suicidé. C’est une culpabilité sans fin.

Moira O’Donnell, c’est la solitude d’une mère de famille dure au mal qui se bat, tombe et renaît. Pour ses enfants. Et avec eux. À la vie, à la mort. Chaque semaine, elle achète un ticket de loterie en rêvant à une vie meilleure.

Mais les services sociaux ont d’autres projets pour elle… Et un problème n’arrivant jamais seul, l’équilibre précaire qu’elle pensait avoir créé vire bientôt à la tragédie.

Critique :
Il y des jours comme ça… Vous ouvrez le dernier roman d’une auteure que vous appréciez (mais si j’ai loupé son avant-dernière publication) et rien ne se passe…

Pas de déclic, pas de plongée spectaculaire dans son récit, mais l’horrible impression de regarder un film (série) mal joué ou pire, mal doublé…

Oui, j’ai souvent tendance à visualiser mes lectures comme si je regardais un film, même si mes décors intérieurs ne changent jamais (petit budget).

On secoue sa tête, on se dit que cela va passer, qu’il faut juste un peu de temps avant de s’immerger dans ce roman qui commence directement par de la sombritude (néologisme offert gratuitement), de la violence conjugale et des déboires à ne plus en finir pour cette jeune mère de famille, Moira.

Pendant que la locomotive du récit partait d’un côté, mon wagon a pris un autre aiguillage et ce n’est que vers la moitié du récit que j’ai récolé au train, commençant à m’imprégner des personnages, de leur vie de merde, même si à certains moments, cette horrible impression d’avoir des mauvais acteurs devant moi est revenue au galop pour quelques situations.

Zéro empathie pour Moira, que j’avais souvent envie de baffer tant elle se comportait de manière bipolaire : tout un coup faisant tout pour ses enfants et puis, après, s’amusant tous les soirs à aller boire des verres avec les collègues du boulot, laissant son aîné, Peter, seul à la maison.

Hormis Nigel qui m’a inspiré de la sympathie, j’ai eu aussi un peu de mal avec Bruce, le psychiatre. Pas au début, mais ensuite, quand tout va trop vite, quand on dirait que le train est en train de mal négocier un virage et que ça tangue… Non, désolée mais là aussi ça sentait le factice, les acteurs qui surjouaient.

Souffrirais-je d’une nouvelle forme de variant, le fameux Covid Littéraire qui vous ôte le goût et l’odorat lors de vos lectures et vous donne la sensation que ce que vous lisez est insipide ? Pitié, non…

Ce variant fut en plus doublé d’une fulgurance qui m’a fait comprendre directement ce que l’auteure nous cachait et qu’elle nous révèlerait plus tard… Parce que cette révélation, ça ne m’a pas aidé à remonter dans le train, que du contraire ! Ce qui aurait dû me tacler ensuite, plus loin dans le récit, était découvert et fini les surprises.

Un sociopathe a deux visages, celui qu’il montre à ses proches, gentil, prévenant et le réel, sournois, rusé, méchant, froid, cruel, prêt à tout pour réussir, violent… Un Janus au double visage et qu’il est difficile de percer à jour.

Si dans d’autres romans de l’auteure, je m’étais laissée emporter par ses personnages, ici, il n’en fut rien et croyez-moi que ça ne me fait pas plaisir d’écrire une chronique pour dire que mon ressenti fut plus que mitigé.

En peu de temps, deux romans de deux auteures que j’apprécie et qui m’ont souvent emmenées dans des lectures coups de cœur, se sont révélés être des lectures à côté desquelles je suis passée royalement et ça me désole. Mais ce n’est que partie remise, jusqu’au prochain roman.

Une chose que je ne peux pas reprocher à l’auteure, c’est sa capacité à descendre dans la noirceur humaine, dans le côté obscur de la Force. Son histoire est noire de chez noire, sans lumière pour éclairer et malgré ma lecture mitigée, elle restera gravée dans ma mémoire tant son final était glacial. Vite, lisons un Tchoupi !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°235].

39 réflexions au sujet de « La chair de sa chair : Claire Favan »

  1. Ping : Bilan Livresque Mensuel : Avril 2021 | The Cannibal Lecteur

  2. Tu sais quoi? 🤔 En fait je suis très bête ! J’aurais dû percuter plus vite et puis… ben non! C’est parce que j’ai pris un peu de congés sans doute… 🙄

    Le personnage de la mère est en réalité probablement crédible d’un point de vue psy. Des mères qui ont l’air dévouées du fait du côté fusionnel de la relation qu’elles cherchent avec leurs enfants mais qui à côté de ça se montrent irresponsables en négligeant leurs besoins essentiels de sécurité émotionnelle et bien il y en a plein les services éducatifs ou de protection de l’enfance! Ces femmes ont souvent de grande blessures affectives et sont avides d’amour. Elles ont besoin de se sentir aimées pour avoir un minimum de valeur à leur propre yeux d’où la quête permanente d’un prince charmant quitte à oublier leurs enfants à qui elles ont souvent du mal à poser des limites (« si je dis non il ne va plus m’aimer ») mais dont elles oublient qu’ils peuvent être terriblement angoissés lorsqu’elle les laisse sans surveillance.

    En gros elles n’arrivent pas à donner à leurs propres enfants l’attention qu’elles attendent de ceux-ci et des autres en général. Leur cœur brisé précocement dans l’enfance est un trou noir qui a besoin de capter l’autre mais qui ne peut jamais lui donner en retour.

    Bref si cette mère est sur ce registre c’est très crédible. Mais… le personnage est certainement très insupportable aux femmes qui ont une vision claire de ce que doit être le rôle de l’adulte en charge d’enfants. De fait… si ce personnage est crispant c’est peut être parce que l’auteur a très bien fait son job en réalité ! 🤔

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    • Oui, c’est ça, sa mère a fini droguée et l’a laissée tomber, élevée par la mamy et puis elle est partie en couille en faisant n’importe quoi, la gamine, devenant mère trop jeune.

      Oui, c’est sans doute crédible, mais j’avais la sensation qu’il manquait quelque chose pour que le jeu d’acteur soit crédible… Moira me donnait l’impression de mal jouer, comme une actrice qui ferait mal ses scènes. Effectivement, n’ayant jamais eu une mère pareille, j’ai eu beaucoup de mal avec Moira, mais malgré le fait que son portrait soit réaliste, j’ai eu la sensation bizarre que l’orchestre jouait faux…

      C’est horrible quand ça te prend durant une lecture, ça foire le tout ! :/

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    • « serre-moi fort » avait le même genre de construction que ce roman-ci mais était nettement au-dessus !

      « Dompteur d’anges » était violent mais j’ai adoré !

      « Inexorable » était bon, même s’il n’est pas allé dans la direction que je pensais.

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  3. Quand j’ai du mal à entrer dans un roman souvent je trouve qu’il y a des soucis de cohérence ce qui donne un côté artificiel au récit ou aux personnages… et ça m’accompagne généralement jusqu’au bout. Les incohérences m’empêchent d’adhérer. Et c’est vrai que dans 99% des cas, une mère réellement dévouée et attentive ne laisse pas l’aîné de la fratrie garder les plus jeunes… Une mère attentive se doute bien qu’elle met ses enfants en danger en faisant ça… et que ça peut être angoissant et si elle a du mal a joindre les deux bouts elle a autre chose à faire de ses sous que d’aller picoler ou de pomponner pour chopper un jules!

    Et puis il y a un psychiatre peu convainquant dis tu? Dans 90% des romans avec des psys, ce sont des caricatures peu crédibles construites par le biais de clichés… peut être était ce encore le cas ici? Certains sujets comme le monde des psys ou des problématiques socio-éducatives concernant les mineurs nécessitent un groooos travail de préparation et documentation pour être crédible.

    En outre le système anglais de la protection des mineurs est particulièrement violent car on rend vite les enfants retirés à leurs familles, adoptables quand ils sont jeunes et on hésite pas à couper les liens avec la famille naturelle de façon drastique. Là bas on exige des parents de régler leurs problèmes de précarité mais… on ne leur donne aucune aide pour ça ! Cette violence peut conduire à vouloir se protéger en tant que lecteur et à mettre l’histoire à distance… C’est une autre raison pour ne pas entrer dans un livre.🤨

    Et puis certains personnages principaux peuvent nous paraître trop antipathiques pour qu’on puisse s’y identifier suffisamment donc… on ne « vit » pas le livre… on le survole de l’extérieur. Par exemple j’ai eu beaucoup de mal avec Mme Bovary bien que ce fut crédible et que j’aime la littérature française du XIXe… Elle est si éloignée de moi que je m’accrochait à son mari pour supporter ma lecture! 🙄 Forcément j’aurais eu du mal avec la fêtarde de ce livre là!😠

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        • Ben chez Trump c’est pareil et ça date d’avant lui! Les enfants sont moins vite adoptables mais là encore on met les enfants à l’abri (enfin des fois les familles d’accueil US sont pas top) et aux parents de se démerder pour régler leurs problèmes. C’est le système anglo-saxon capitaliste et protestant : si tu es pauvre c’est que t’es trop con ou trop loin des règles de Dieu pour être riche donc… on peut rien faire pour toi! La miséricorde ça se mérite ! Ça n’est gratuit que chez les cathos… enfin… en principe… et oui l’histoire du capitalisme a à voir aussi avec ces questions sociales religieuses! Le capitalisme de la révolution industrielle était dynamisé par l’éthique protestante et en garde quelque chose.

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          • Le capitalisme a un jour poussé la porte des religions et ce, depuis longtemps, je me souviens des marchands du temple que Jésus avait foutu dehors (mon histoire préférée). Quand tu n’as pas les moyens financiers, tu n’es rien et au moindre pas de travers, boum, tu casques, tandis que les riches et puissants, eux, faut déjà beaucoup pour les faire tomber dans la case « prison ».

            Les religions devraient servir à faire s’élever l’Homme vers le bon côté des choses, le rendre meilleur, mais on les utilise mal et ensuite, on les accuse de tous les maux.

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    • Moira ne semble pas tirer des leçons de ses erreurs, et ça m’a gonflé, surtout qu’elle recommence toujours les mêmes conneries avec les hommes. C’est réaliste, hélas, mais elle m’a énervé au possible, surtout à aller boire un coup avec ses collègues TOUS les soirs. Puis elle m’a énervé à ne rien voir de son sociopathe en herbe.

      Le psy était un personnage que j’ai apprécié, mais purée, il baisse un peu trop vite son froc avec Moira, tombant sous son charme de suite, amoureux transi, sans lui dire qu’il s’occupe de son autre fils dans son unité psy. Il voulait l’observer pour comprendre le mutisme du gamin et boum, la bite a parlé.

      Le roman se déroule aux états-unis, ne ne connais pas l’univers là-bas, je ne le remettrai donc pas en question.

      Je suis capable de m’identifier à bien des personnages, hommes, femmes, enfants, chiens, cyborg même, mais ici, j’ai eu du mal avec la personnage principale et l’ambiance générale du scénario, comme si je regardais une série/film où les acteurs de seconde zone ne jouaient pas correctement leur rôle (ou alors, quand c’est mal doublé) :/

      Faudrait que je teste la Bovary !

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      • 🙄 Putain! Si c’est pas cliché le psy qui se tape sa patiente ou la mère du patient! C’est interdit donc forcément dans les romans et les films ils le font! Ça c’est un truc de plus qui m’aurait énervée ! 😡

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        • Ça ne me gênerait pas si ce n’était arrivé si vite… ce qui m’a conforté dans le sens que Moira était incorrigible et cherchait toujours un mec (ou une bite) et que lui allait se foutre dans les emmerdes jusqu’au cou…illes !

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