Un coin de ciel brûlait : Laurent Guillaume

Titre : Un coin de ciel brûlait

Auteur : Laurent Guillaume
Édition : Michel Lafon – Thriller (03/06/2021)

Résumé :
Sierra Leone, 1992. La vie de Neal Yeboah, douze ans, bascule sans prévenir dans les horreurs de la guerre civile qui ensanglante son pays : enrôlé de force dans un groupe armé, il devient un enfant-soldat.

Genève, aujourd’hui. La journaliste Tanya Rigal, du service investigation de Mediapart, se rend à une convocation de la police judiciaire suisse. L’homme avec qui elle avait rendez-vous a été retrouvé mort dans sa suite d’un palace genevois, un pic à glace planté dans l’oreille. Tanya comprendra très vite qu’elle a mis les pieds dans une affaire qui la dépasse…

Trente ans séparent ces deux histoires, pourtant, entre Freetown, Monrovia, Paris, Nice, Genève et Washington DC, le destin fracassé de Neal Yeboah va bouleverser la vie de bien des gens, celle de Tanya en particulier. C’est que le sang appelle le sang, et ceux qui l’ont fait couler en Afrique l’apprendront bientôt. À leurs dépens.

Critique :
Dans une salle de classe, une jeune fille attend impatiemment que le cours se termine pour aller rejoindre son petit copain, le jeune Neal, un brave gamin, un gentil fils qui fait la fierté de ses parents.

Ils ont 12 ans, la vie est belle.

Hélas, n’ayant pas choisi un roman feel-book ou dans l’univers des Bisounours, l’histoire champêtre et minouche basculera très vite dans l’horreur d’une guerre civile, avec l’arrivée des milices qui tuent tout le monde sur son passage, viole les femmes/filles/gamines et embrigade les jeunes garçons dans leur troupe.

La vie d’un enfant soldat, je l’avais déjà vécue dans mes tripes avec le livre témoignage « Le chemin parcouru » de Ishmael Beah. On a beau savoir où l’on va tomber, on a beau savoir ce qu’il s’est passé, on tombe toujours d’aussi haut face à l’horreur humaine et à la manière rapide dont les enfants deviennent de parfaits petits soldats aux ordres de ceux qui ont massacré leur famille, violé leurs mère, soeurs…

Le récit consacré aux événements en Sierra Leone dans les années 90 est glaçant, horrible, sans jamais verser dans la surenchère de gore. Alors oui, certains passages sont durs, affreux, violents et tous les synonymes dans le genre que vous voulez.

Malgré tout, ils avaient leur place dans ce récit, éclairant le lecteur sur la dureté de la guerre civile, sur le fait que tout le monde pouvait devenir un tortionnaire (même un danseur), perdant son humanité et sa conscience en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

Si ce n’était aussi grave, ce serait presque fascinant de voir comment on peut retourner des enfants, les changer totalement, en faire des machines à tuer, de bazarder toute leur belle éducation… Moi, ça m’a glacé, une fois de plus.

L’autre récit, commence de nos jours, avec des meurtres au pic à glace et une enquête qui semble piétiner et un tueur qui n’hésite pas à montrer sa trombine à une journaliste d’investigation, Tanya Rigal. Pourquoi ces crimes ? Pourquoi ces victimes ? Pourquoi faire un appel du pied à cette journaliste ? Qu’est-ce qui se cache sous ce bordel monstre ? Lisez ce thriller et vous le saurez !

L’alternance des récits booste ce thriller, le rendant encore plus addictif qu’il ne l’était déjà. Le côté historique avec la guerre civile et ses multiples ramifications était prenant, violent et je me suis attachée de suite à ce Neal, ce gentil gamin que rien ne prédestinait à devenir une machine de guerre. Il m’a fait vibrer, m’apportant bien des émotions fortes.

Tanya Rigal, la journaliste, est une héroïne comme je les aime : tenace, têtue, ne lâchant jamais rien, vivant seule avec son chat et tentant de démêler la pelote de laine qui a échu dans ses mains, sans savoir vraiment qui est de son côté ou qui la manipule.

L’auteur a potassé son sujet, ne se contentant pas d’aligner des scènes de violence, mais allant plus loin dans l’analyse de cette guerre civile qui cache, comme toutes les autres, des intentions bien cachées, jamais connues des civils ou des spectateurs lointains tels que nous, tournant autour de l’argent ou du pouvoir absolu que certains désirent plus que tout.

L’écriture de Laurent Guillaume est comme une balle, elle vous fracasse les jambes. Tel un fer rouge, elle vous marque durablement. Ceci est un roman qui mêle habillement un récit de guerre et une enquête policière, qui fait danser ensemble le passé et le présent.

Les personnages sont marquants, travaillés, attachants (pour certains) et les Méchants sont de vrais méchants, pas de ceux d’opérette ou de pacotille. Non, de vrais sadiques nés ainsi ou de gens normaux qui, un jour, ont basculé du côté super obscur de la Force et n’ont jamais su revenir vers la lumière. Ces personnages étant composés de bien des nuances de gris et jamais manichéens.

Qu’on ne s’y trompe pas, ceci est un roman noir, sombre, avec peu de lumière, mais quelques moments viendront tout de même lui donner ce petit supplément d’âme et d’espoir qui font le plus grand bien après une telle lecture.

Poignant, émouvant, addictif, sombre et enrichissant. Bref, une réussite !

PS : par contre, monsieur Laurent Guillaume vient de faire son entrée sur ma fameuse Kill-List. Ceux qui ont lu le livre comprendront, les autres le déduirons. Non, il n’y pas que monsieur Norek qui ne les aime pas… Grrrrrrr

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°113].

15 réflexions au sujet de « Un coin de ciel brûlait : Laurent Guillaume »

  1. Ping : Bilan Livresque Mensuel : Janvier 2022 | The Cannibal Lecteur

  2. Heu… Tu ne m’en voudras pas s’il n’arrive jamais dans ma PAL ? Tu dois t’en douter! 😉

    Moi les seuls meurtres au pic à glace que je tolère ce sont ceux de Basic Instinct! 😀 Là c’est franchement trop dur pour moi ces histoires d’enfants soldats. C’est trop proche d’une réalité insoutenable que l’on connaît via les reportages d’actualité (certes peu nombreux) sur le sujet, pour que j’ai spécialement envie de la revivre dans un roman. La lecture d’un roman c’est bien plus immersif qu’un reportage avec lequel tu peux rester dans une extériorité défensive quand tu le regardes en te répétant « j’habite pas là-bas… c’est très loin… c’est affreux mais au moins je suis en sécurité là où je suis ». Avec le roman j’ai besoin d’être dedans pour parvenir à le lire. Et ce genre de thème c’est au-dessus de mes forces. Comment fais-tu toi ?

    Outre le fait d’imposer à des tout petits garçons de devenir des machines à tuer avec les traumatismes que cela implique et dont ils ne se relèveront jamais… s’ils ne sont pas tués eux aussi… il y a en effet la question du viol systématique des femmes et des fillettes sans aucun égard pour l’âge… Femmes qui sont déjà en temps normal les victimes de ces sociétés patriarcales les cantonnant à un statut d’incapables majeures toute leur vie dans certains pays, et qui en temps de guerre se voient imposé les pires sévices avant d’être sauvagement assassinées en prime (même si ce n’est pas aussi systématique que les viols à répétition). C’est abject.

    Ok, la guerre c’est rarement beau, mais ce qui se passe dans ces guerres civiles où les conventions de Genève ne sont pas respectées et qui n’en finissent plus parce que ces pays sont agités de coups d’état permanents parce que la corruption et l’égotisme, souvent alimentés par des puissances étrangères ou des intérêts économiques allant au-delà des question de politiques internationale, y sont plus fort que les principes de la démocratie… ça m’écœure. 😦

    Mon rapport à la lecture est essentiellement récréatif… et là… franchement ça relève de l’épreuve! 😦

    Aimé par 1 personne

    • Non, je te comprends, ou plutôt, oui, je te comprends ! 😉 En effet, si la lecture doit être une détente, ce n’est pas avec ce genre de roman que tu vas te détendre agréablement. Cherchant plutôt à apprendre des choses ou à vivre des émotions lorsque j’ouvre un livre, cela ne m’a pas dérangé (même si je déteste les guerres et toutes les horreurs, comme disent si bien les miss), car j’ai appris des choses. Et eu des émotions.

      Pour me détendre, je déconne avec toi.

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