La nuit de l’Éventreur : Robert Bloch

Titre : La nuit de l’éventreur                           big_4

Auteur : Robert Bloch
Édition : Clancier-Guénaud (1988)

Résumé :
Londres, 6 août 1888…

Cent ans avant que Norman Bates, Hannibal Lecter et leurs collègues ne défraient la chronique, le premier et toujours le plus célèbre des « serial killers » assassine d’horrible façon une jeune prostituée, puis une autre, puis une troisième… Jack l’Éventreur entre dans la légende.

On ignore toujours son identité. Et pourquoi, soudain, ses crimes ont cessé…

Critique : 
Lorsque l’on me présente un tel menu, je ne puis que saliver d’avance…

« Dans cette œuvre de fiction, certaines libertés ont été prises à l’égard de certains personnages ayant réellement existé, mais les détails concernant les activités de Jack l’Éventreur proviennent directement des archives de l’époque ».

Whitechapel, 1888, c’était pas le père Nowel qui déambulait dans les rues, distribuant des cadeaux aux péripap… aux puéripa… aux putes !

— Y en a des milliers par ici, ivres-mortes et rongées par la maladie, propageant l’infection chaque fois qu’elles écartent les jambes.

— Des prostituées comme celles-ci retroussent leurs jupes n’importe où… dans des ruelles, des cours, ou debout contre un mur. Rien n’est trop vil pour leurs goûts, aucun acte trop perverti pour qu’elles ne l’accomplissent. Et tout cela pour une pièce de six pence, afin de s’offrir un lit, pour une nuit, dans un garni sordide.

Non, dans le genre distribution, c’était plutôt celle des coups de couteaux à gogo et l’éparpillement de votre capital vie dans sa version « je dissèque à tout vents ».

Ne nous y trompons pas, ceci est un roman, une fiction basée sur des faits « réels », bien que nous ne sachions pas tout et que nous ne soyons sûrs de rien.

L’histoire racontée est telle qu’elle aurait pu se passer lors de ces journées « corps ouverts ».

Malgré le côté fictionnel, pour celui qui veut en apprendre un peu plus sur les crimes de 1888 et sur la vie miséreuse dans certains quartiers de Londres, cet ouvrage fera parfaitement l’affaire étant donné qu’il sera moins indigeste qu’une étude brute de dépeçage, pardon, de décoffrage.

Sous le voile de fumée noir recouvrant la ville, la lueur des becs de gaz vacillait et flamboyait, tandis que les âmes perdues s’éloignaient lentement dans les rues ténébreuses de l’Inferno. Des démons demeuraient ici… des terrassiers ivres entrant en titubant dans des assommoirs, des déchards tapis devant des taules sordides, des rupins nippés façon bourgeois rôdant dans les ruelles, à la recherche d’accrocheuses.

Le rire n’avait que faire dans les rues de Whitechapel avec ses maisons de rapport surpeuplées, ses cours malpropres empestant la sueur et les eaux d’égout. Au lieu de rires, on entendait l’écho sans fin de sanglots et de jurons, les voix de la pauvreté et de la souffrance.

L’écriture coule comme le sang fraichement versé, pas de temps mort bêtement perdu entre les meurtres 3-4 et le dernier de Mary Jane.  On suit l’inspecteur Abberline dans son enquête et l’on s’attache à des personnages secondaires, tels le Dr Mark Robinson et Eva.

Tous les personnages ayant existé sont dans les pages, suspects comme policiers, vous partagerez leurs pensées, mais pas assez pour deviner s’ils pourraient être les coupables ou pas.

On y croisera Conan Doyle, Oscar Wilde, Joseph Merrick et un chef de police – Charles Warren – totalement incompétent qui vous fera mieux comprendre pourquoi Jack court toujours.

Toutes les erreurs, conneries, bourdes et autres inconstances durant l’enquête sont reproduites dans les pages : lavage de scènes de crimes, lavage des corps, effacement d’une phrase sur un mur, le coroner qui veut clore l’affaire, les chiens qui n’ont pas suivi de piste, les faux témoignages, les lettres anonymes et signées.

Tiens, même les rapports d’autopsie sont là, mais décrit à chaud, devant le corps encore chaud des victimes. Âmes ou estomacs sensibles, vous sauterez quelques paragraphes.

Elle était allongée sur le dos, ses deux bras écartés, la jambe gauche tendue et la droite repliée au genou. Son visage levé vers le ciel était un masque d’horreur pour Halloween ; une partie du nez avait été tranchée, le lobe de son oreille droite quasiment sectionné, et les deux paupières inférieures étaient entaillées. Ses joues, sa mâchoire et ses lèvres étaient tailladées ; la gorge en dessous béait, formant une cavité écarlate, d’une oreille à l’autre.

Si le monde a frémi de peur durant quelques mois face à ces crimes atroces, l’auteur, de par ses introductions en tête de chapitres, nous remet les choses bien à leur place : Jack, ce n’est rien comparé à ce que certains êtres humains ont fait à leur semblables.

« Les têtes de chapitre sont là pour nous faire souvenir que, bien qu’étant horribles, les crimes de Jack l’Éventreur pâlissent en comparaison des exploits beaucoup plus terrifiants qui ont été continuellement commis au nom du patriotisme, de la religion et des lois de la nation. »

Le plus étrange, c’est que cette série de crimes n’a pas eu que du négatif. Ils ont attirés l’œil du reste de la ville sur ces taudis qu’étaient Whitechapel et on a même doté les rues d’éclairage public suite à ces meurtres. Ironique, n’est-il pas ?

J’y avançais la suggestion que, à la longue, ces crimes se révéleraient peut-être d’un grand profit. Tout au moins, ils auront servi à attirer l’attention du grand public sur la misère et la pauvreté de l’East End, et accélérer ainsi les réformes sociales.

Un roman fictionnel excellent pour celui ou celle qui voudrait découvrir – ou approfondir – les crimes de 1888. Norman Bates fait pâle figure face à tonton Jack The Ripper…

Et puis, parfois, on est passé à un doigt de LA réplique culte de la Cité de la Peur, voyez plutôt :

— Que diriez-vous de deux doigts de porto ?
— Non merci, je me sens tout à fait bien.
— À votre guise.

— Prenez place, inspecteur. Puis-je vous offrir deux doigts de sherry ?

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015), Challenge « Polar Historique » de Sharon, Challenge « Victorien » chez Camille, Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et le Mois Anglais (Juin 2015) chez Titine, Lou et Cryssilda.

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27 réflexions au sujet de « La nuit de l’Éventreur : Robert Bloch »

  1. Ah ce sacré Jack ! Un type a fait la une des journaux en disant avoir identifié le véritable éventreur mais qui sait ?
    Bien rigolé en pensant à la réplique culte … Pas loin effectivement !

    Aimé par 1 personne

    • Oui, Russel, l’auteur… je dois le lire aussi pour le mois anglais, ainsi que le torchon de Cornwell (et vérifier s’il est bien aussi torchon qu’on le dit).

      On ne le trouvera jamais et tant mieux, que le mystère reste entier.

      J'aime

  2. Ping : Billet récapitulatif du mois anglais 2015 | Plaisirs à cultiver

  3. Oulahhhhhhhh ca sent l’antiquité, le trésor caché déterré d’une calle poussiéreuse….Je le sens bien pourtant….Ce n’est pas l’auteur de Psychose ce Monsieur?
    Norman Bates il fait peur quand meme…..Jack aussi d’ailleurs, mais de toute façon, je les vois en vrai je me barre en courant…….;)

    Aimé par 1 personne

    • Oui, c’est l’auteur de Psychose, le papounet de ce charmant Norman Bates, le bô gosse du film de Hitchcock.

      J’aime les antiquités, elles sentent bon. Tu le veux ?? J’envoie si tu veux et zut à ta PAL 😀

      Tu ne risques rien avec Jack, sauf si tu exerce le plus vieux métier du monde…

      J'aime

  4. Ping : Le Mois Anglais is death for one year… See you tomorrow – I’ll be back !! | The Cannibal Lecteur

  5. Ping : Bilan Livresque Mensuel : Juin 2015 | The Cannibal Lecteur

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