Bryanston Mews : Anne Perry [Charlotte et Thomas Pitt 28]

Titre : Bryanston Mews                                                                   big_3

Auteur : Anne Perry
Édition : 10/18 (2013)

Résumé :
En cet été 1896, Londres n’a d’yeux que pour le procès du Dr Jameson ; procès engagé suite à son raid meurtrier mais vain pour reprendre le contrôle du Transvaal, une région d’Afrique du Sud disputée aux Boers.

Une partie de la noblesse qui a investi dans cette aventure réalise alors qu’elle risque de perdre sa fortune.

Mais Pitt, et plus encore Narraway, son ancien supérieur à la tête de la Spécial Branch, sont davantage préoccupés par le viol et le meurtre de Mrs. Quixwood, la femme d’un riche banquier.

D’autant qu’il semble que ce viol ne soit pas un cas isolé…

Dans la touffeur de l’été, l’horreur s’invite aux soirées d’ambassadeurs, menaçant les femmes de joies comme les nobles.

Critique : 
Habituée depuis quelques tomes à des récits tournée vers la politique, je pensais me délecter avec de la magouille politique basée sur l’Afrique du Sud et la future guerre des Boers.

Oh, surprise, nous penchons plus vers une enquête criminelle que sur la politique. Pas que cela m’eusse dérangé, mais j’aurais aimé que l’on me parle un peu plus du Transvaal (qui n’est pas une marque de bière belge).

L’auteure, habituée à nous soumettre un problème de société n’a pas dérogé dans ce 28ème tome des aventures de Thomas Pitt et Charlotte.

Le fait de la société victorienne mis sous les projecteurs fut le viol et tout ses aspects : l’horreur de l’acte, le traumatisme, la peur, la honte, la condamnation de la femme par la bonne société, le chagrin des parents, le beau mariage que leur fille ne fera plus et le fait que le coupable se gaussera que la demoiselle (ou la dame) ne demandait que ça.

— Bien sûr qu’elle est innocente ! coupa Charlotte. Elle a seize ans ! C’est une enfant !
— Pour l’amour du Ciel, ma chère, étiez-vous toujours innocente à seize ans ?
— Bien sûr que oui ! Je l’ai été jusque…
— Je ne mets pas en doute votre chasteté, rétorqua Vespasia d’un ton plus sec. Il me semblait que cela allait de soi. Je parle d’innocence au sens de ne pas offrir de tentation à un homme qui a plus d’appétits que de décence, et qui ne se croit pas obligé de les contrôler.

Un violeur issu de la bonne société hante ces pages et on a une furieuse envie de lui passer le petit oiseau par le fil de l’épée pour s’en faire un pendentif.

Ce que j’ai aimé – bien que parfois j’ai eu la sensation que l’enquête tournait en rond comme un chien après sa queue – ce sont les interrogations de Pitt et sa peur qu’un jour pareille horreur arrive à sa fille ou que son fils, une fois adulte, se conduise comme un rustre.

Les deux enfants de Charlotte et Thomas se posent eux aussi des questions, Jemima a 14 ans et c’est une adolescente comme toutes les ados de cet âge : une chieuse !

— Ce n’est ni la faute de ton père ni celle de ton frère que tu sois émotive et indécise. Tout le monde passe par là en grandissant. Tu te conduis comme si tu étais le centre du monde, et ce n’est pas le cas.
— Vous ne comprenez pas ! gémit sa fille, le visage défait.
— Bien sûr que non, admit Charlotte avec un sourire. Je n’ai jamais eu quatorze ans, je suis passée directement de douze à vingt. Mes deux sœurs aussi.

Tous les deux se posent des questions sur la chose et sur ce qu’est un viol.

Et oui, on a beau faire en sorte de ne pas ébruiter les détails sordides, à croire que tout le monde est sur écoute parce que la rumeur grossit de bouche en bouche (pas de pensées scabreuses, messieurs !) et tout le monde connaît tous les détails sordides.

Si Pitt est un peu un retrait dans cette affaire, Victor Narraway et Lady Vespasia ont les honneur de l’enquête sur la mort violente de madame Quixwood. Moi qui détestais Narraway avant, j’éprouve maintenant de la tendresse pour ce personnage.

Oui, l’auteur arrive à me faire aimer des personnages que j’avais détesté aux premiers abords. Comme avec Tellman, l’ancien policier de Pitt, que j’ai appris à aimer au fil des romans et qui me manque terriblement. Mais celle qui manque le plus dans les nouvelles enquêtes, c’est Gracie, la petite bonne qui s’est mariée.

La mise en avant de certains personnages m’a bien plu, ça nous change, l’enquête était corsée, même si j’avais deviné quelques trucs, le procès m’a passionné, même si l’accusation n’avait pas grand-chose et à su monter tout ça à partir de peccadilles. Non, mon problème vient du final.

Il est rempli d’adrénaline, mais un peu trop too much. Certes, les cafards, faut les écraser, mais là, ça va trop vite d’un coup et j’ai trouvé la fin trop abrupte et trop facile. Boum, c’est terminé, mais je ne suis pas satisfaite entièrement.

Cela reste un chouette roman policier et on réalise qu’en matière de viol, la victime aura toujours le mauvais rôle.

— Comment diable saurais-tu combien de viols ont lieu ? Qui va en parler ? Qui va les signaler à la police ? Crois-tu que cela ne touche que les filles dont personne ne se soucie ? Ou les femmes de mœurs légères qui le provoquent en se conduisant comme des… catins ? Ou crois-tu encore que les coupables ne sont jamais de jeunes hommes que nous connaissons ?

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, une LC chez Bianca et du Mois Anglais (Juin 2015) chez Titine, Lou et Cryssilda.

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