Titre : Les Enquêtes de Ginger Gold – 03 – Le Manoir des mauvais esprits 🇬🇧
Auteur : Lee Strauss 🇺🇸
Édition : City Policier (03/11/2021) – 268 pages
Édition Originale : A Ginger Gold mystery, book 03: Murder at Bray Manor (2017)
Traduction : Benoît Domis
Résumé :
Ginger Gold reçoit une lettre de sa belle-sœur lui demandant de venir toutes affaires cessantes à Bray Manor, la demeure familiale.
A son arrivée Ginger découvre qu’on lui a demandé son aide pour une affaire de fantômes ! La comtesse douairière est persuadée qu’un mauvais esprit hante les lieux. Rien de bien méchant jusqu’à présent.
Le fantôme se contente de voler des petits objets et de faire tourner en bourrique les invités de Bray Manor. Mais lorsqu’un bal est organisé en l’honneur des vétérans de la Grande Guerre, et qu’un cadavre est découvert après la fête sur la piste de danse, tout change.
Détective amateur, Ginger va devoir mener l’enquête et elle est bien persuadée d’une chose : le meurtrier n’est pas un revenant, mais bel et bien un être de chair et de sang.
L’avis de Dame Ida :
Oui, je sais ! Je dis toujours que j’aime commencer les séries de livres par le début et là… comme j’avais la flemme d’effectuer une recherche internet pour savoir dans quel ordre prendre les deux livres de cette série dont je disposais… et bien, j’ai commencé par le troisième sur un total de quatre déjà écrits.
Merci de ne pas vous moquer… De toute façon, on s’en fiche puisque les enquêtes se lisent indépendamment, même si bien évidemment, on profite moins de l’évolution des personnages récurrents…
Quoique… Même sur ce plan, on n’a pas à se plaindre, car l’auteur n’hésite pas à développer ce qu’il a déjà certainement dit à ce sujet dans les tomes précédents, histoire que l’on puisse bien suivre et bien comprendre où le personnage en est dans son évolution.
J’ai presque envie de dire, que ces passages auraient pu m’ennuyer si j’avais lu les tomes précédents d’ailleurs… Du moins si je les avais lus récemment.
Or donc, et anybref, tout est pour le mieux et votre lectrice est bien retombée sur ses pattes.
Lady Ginger Gold est la veuve inconsolable d’un défunt comte décédé pendant la Première Guerre mondiale.
Héritière d’un américain fortuné, dont elle avait ramené l’argent en dot à son époux, qui, à l’instar des aristocrates terriens britanniques, avaient connu un long déclin financier au terme de la période victorienne très industrieuse, elle s’est installée à Londres dans une grande maison où une de ses amies, étudiante en médecine lui rend fréquemment visite.
Et pour tromper l’ennui de son veuvage, loin de la demeure ancestrale de son défunt mari, elle a ouvert une boutique de monde dans la capitale de l’Empire.
Elle a ainsi un prétexte pour ne pas retourner à Bray Manor où elle laisse sa belle-mère, la comtesse douairière, régner sur sa poignée de domestique, évitant de retourner dans ce domaine qui lui rappelle trop que son mari n’y est plus… Ou du moins qu’il n’y est plus que sous la forme du monument funéraire qui a été dressé aux confins de la propriété.
Et oui, Lady Ginger souffre et s’installe dans le déni d’un deuil qu’elle laisse en suspens, en évitant consciencieusement de s’y confronter, parlant à la photo de son mari comme s’il s’agissait du téléphone.
La sœur de son défunt bien aimé l’appelle à l’aide, car sa mère, la comtesse douairière, se plaint qu’un esprit lui subtilise de menus objets qu’on retrouve ensuite incidemment dans d’autres pièces de la demeure, y compris dans les toilettes !
La belle-sœur craint surtout que sa mère ne soit en train de perdre la tête et ait inventé cette histoire pour donner un sens à des oublis ou absences dont elle n’aurait évidemment pas conscience… Et elle appelle Lady Ginger à l’aide.
La voilà qui arrive à Bray Manor avec son amie future médecin, au moment où s’organise un bal pour les vétérans de la Première Guerre mondiale, souvent très abîmés, afin de récolter des fonds pour l’hôpital ou la maison de convalescence qui prend encore en charge les plus meurtris.
Pas question que Ginger puisse échapper à la fête…
Le lendemain, une des bruyantes invitées est retrouvée morte, le corps à moitié immergé dans l’étang de la propriété… Et pas sur la piste de danse comme on aurait pu le comprendre en lisant trop vite la 4ᵉ de couverture !
Une enquête commence, et ne manquera pas de faire ressurgir deux hommes que Lady Ginger a rencontrés lors des ouvrages précédents… Un qui est un fieffé salaud… Et l’autre qui est un vrai chevalier héroïque et opportunément inspecteur à Scotland Yard.
Une bonne raison de plus pour enquêter avec lui…
Qui sait ? Aidera-t-il Lady Ginger à faire son deuil et à envisager qu’elle puisse encore avoir un avenir en tant que femme ? Mais que leur réserve l’avenir ?
Comme vous l’aurez compris, la dimension sentimentale prend quelque peu le pas sur l’intrigue policière. On ne peut pas dire qu’elle la supplante totalement, mais elle y est étroitement mêlée.
De fait, le roman prend vie des allures de roman à l’eau de rose mâtiné avec une revue de mode, Lady Ginger ne pouvant pas s’empêcher de détailler les tenues et coiffures de tout personnage se présentant à elle.
On a le droit d’apprécier ce genre de livres, mais ce n’est pas mon cas. De fait, mon intérêt pour cette lecture en a pâti.
L’enquête reste fort heureusement bien présente malgré tout, même si j’avais le sentiment qu’elle servait juste de prétexte à autre chose.
Les personnages féminins sont diversifiés et intéressants… La comtesse douairière n’était pas sans me rappeler une autre qui vivait à Downton Abbey et qui, à son exemple, n’avait pas vu le temps passer depuis que Sa Gracieuse Majesté Victoria n’était plus…
En revanche, j’ai trouvé les personnages masculins plus rares (ou alors anonymes quand ils sont en nombre) et plus stéréotypés : un vieux majordome typiquement confit dans l’amidon et la naphtaline, mais pouvant faire preuve d’humanité si on ne le regarde pas… Un inspecteur chevaleresque, beau, viril, bien bâti, intelligent, brave, qui sent bon, s’habille élégamment, etc., etc. Et un ex-militaire très immonde, sans scrupules, misogyne, violent, etc.
L’intrigue est plutôt bien construite cela dit. Assez crédible. L’auteur ne nous fait pas le détestable coup de l’indice déterminant, découvert au dernier moment, tombant du ciel avec la vérité vraie… nous donnant juste l’impression d’avoir tourné en rond pour rien pendant les 95% du livre lorsqu’on aime essayer de découvrir qui est l’assassin et quels sont ses motifs.
Les indices sont discrètement distillés et le puzzle prend forme peu à peu. Aussi, sur ce plan, je n’ai rien d’autre à en dire que du bien.
En résumé : Une intrigue solide et crédible, des personnages féminins intéressants, un bon ancrage historique, mais… un roman plus destiné aux amatrices suffisamment amatrices d’histoires à l’eau de rose, où les personnages masculins manquent de profondeur.

- Challenge « American Year 3 » – The Cannibal Lecteur et Chroniques Littéraires (du 16 novembre 2025 au 15 novembre 2026) # N°01 [Dame Ida].

