Titre : L’heure des prédateurs
Auteur : Giuliano da Empoli 🇮🇹
Édition : Gallimard – Blanche (03/04/2025) – 160 pages
Résumé :
« Aujourd’hui, l’heure des prédateurs a sonné et partout les choses évoluent d’une telle façon que tout ce qui doit être réglé le sera par le feu et par l’épée. Ce petit livre est le récit de cette conquête, écrit du point de vue d’un scribe aztèque et à sa manière, par images, plutôt que par concepts, dans le but de saisir le souffle d’un monde, au moment où il sombre dans l’abîme, et l’emprise glacée d’un autre, qui prend sa place. »
Giuliano da Empoli nous livre le compte-rendu aussi haletant que glaçant de ses pérégrinations au pays de la puissance, de New York à Riyad, de l’ONU au Ritz-Carlton de MBS.
Il nous guide de l’autre côté du miroir, là où le pouvoir s’acquiert par des actions irréfléchies et tapageuses, où des autocrates décomplexés sont à l’affût du maximum de chaos, où les seigneurs de la tech semblent déjà habiter un autre monde, où l’IA s’avère incontrôlable…
Aucun doute, l’heure des prédateurs a sonné.
Critique :
Depuis que je suis gamine, j’ai compris que le monde était une jungle et qu’il fallait faire attention à ne pas se faire manger.
Comme je n’ai pas le caractère d’une prédatrice, je n’ai jamais bouffé les autres afin de ne pas me faire bouffer, préférant passer sous les radars, me cacher, m’esquiver.
Il paraît que les loups ne se mangent pas entre eux, mais dans le clan des prédateurs humains, l’un d’eux peut bouffer les autres, sans vergogne aucune, les torturer, les racketter, le tout au Ritz-Carlton. MBS l’a fait et ça lui a rapporté gros.
De nos jours, les prédateurs ne sont pas les serial-killer lâchés dans la nature, ou des meurtriers ordinaires, mais ceux qui gouvernent, ceux qui décident, les puissants, les industriels, les guignols, les neerds de la tech, concepteur de l’IA et autres gadgets pour gérer nos vies (avec notre accord), pour décider à la place de l’Humain.
À mon avis, il y a plus d’humanité dans l’œil du vélociraptor qui remue la queue avant de vous dévorer, que dans celui d’un puissant qui veut rester au pouvoir, accéder au pouvoir, le garder pour lui tout seul et dont vous êtes dans le chemin.
Ce roman n’en est pas vraiment un, le récit n’étant pas linéaire, mais constitué de plusieurs faits, véridiques, qui mettent en scène les grands prédateurs de ce monde (et tous ne sont pas dans ce livre), qui ne sont pas toujours ceux que l’on pense, que l’on attend. Mais ce sont tous des Cesare Borgia en puissance.
Ils sont partout et ils surgissent sans que l’on les voie arriver. On reste sans bouger, croyant que ça va aller, mais non, tel le peuple de Moctezuma II face aux Conquistadors, on se fait bouffer tout cru.
Évidemment, le récit peut sembler décousu, à certains moments, puisque l’auteur va aller dans le passé, afin d’éclairer le présent et nous montrer que finalement, rien n’a changé, même si, dans le temps, les politiciens avaient un peu plus de retenue (ou alors, ils le cachaient bien) que ceux de maintenant, qui disent tout ce qu’ils pensent et font tout ce qu’ils veulent, sans jamais écouter les autres.
Une lecture instructive, qui m’a remis certains faits en mémoire (hé oui, on oublie !), qui m’a prouvé que j’évoluais dans un monde qui n’était pas une jungle, mais un Jurassic Park où tous les prédateurs avaient été lâchés dans la nature et qu’ils décidaient pour nous, pauvres herbivores.
Et quand ces grands T-Rex se battent entre eux, c’est comme dans le proverbe africain avec les éléphants : c’est l’herbe qui trinque !!
Une non-fiction à découvrir.

- Challenge « Gravillons de l’hiver » chez La petite liste, du 22 décembre 2025 au 19 mars 2026 [N°04].

