Souvenirs de la maison des morts : Fedor Dostoïevski 🇷🇺

Titre : Souvenirs de la maison des morts 🇷🇺

Auteur : Fedor Dostoïevski 🇷🇺
Édition : Folio Classique (1994 / 2020) – 475 pages
Édition Originale : Zapiski iz miortvova doma (1862)
Traduction : Henri Mongault et Louise Desormonts

Résumé :
Récit des années de bagne, que Dostoïevski a commencé de rédiger alors qu’il était encore lui-même prisonnier – et qu’il a achevé à son départ de Sibérie, entre 1860 et 1861 -, ce livre, plutôt qu’un journal de la maison des morts, propose véritablement, comme le signale son titre, des carnets d’une maison morte.

Ici, les prisonniers sont terriblement vivants, et les portraits que brosse l’écrivain, d’un profond réalisme, sont d’une saisissante humanité. Hymne à la vie avant tout, ces Carnets de la maison morte ouvrent la voie à toute la littérature ultérieure sur les camps.

Critique :
Dostoïevski a fait, lui aussi, du bagne, en Russie, mais pas sous Staline, puisqu’ils n’étaient pas contemporains. Lui, c’était sous le règne du tsar Nicolas Ier, mais pour une broutille aussi (sur dénonciation).

Il est même condamné à mort ! Il sera gracié au dernier moment, après un simulacre sadique qui lui fit croire, à lui et à d’autres, qu’on allait les tuer.

Afin de raconter sa vie au bagne, Dostoïevski met en scène un personnage fictif qui aurait écrit dans un carnet ses souvenirs de bagnard de droit commun pour raconter son séjour.

Pas moyen de faire autrement, puisqu’en Russie, les prisonniers politiques n’existent pas. Oui, les mensonges sont légion, en Russie, et les pouvoirs successifs en ont usé et abusé.

La vie d’un prisonnier de droit commun, sous le règne de Nicolas Ier, n’a rien à voir avec celles des contemporains de Staline (les fameux « article 58 »).

Pas de châtiments corporels, une nourriture qui est correcte (tout est relatif, bien entendu), du travail, mais pas comme celui décrit dans l’archipel du goulag (Soljenitsyne, contemporain de Staline, lui) et les prisonniers pouvaient améliorer leur quotidien avec un peu d’argent.

Sans vouloir minimiser ce que Dostoïevski et les autres ont vécu, leur détention moins terrible. Alors oui, ils portaient des chaînes, étaient crasseux, les différences classes existaient entre eux (les nobles étaient mal vus), ils vivaient dans la promiscuité et ils y avaient des violences entre eux. Mais ils n’ont pas dû creuser un canal avec leurs mains.

Il y a beaucoup de longueurs dans le récit de Dostoïevski, qui décrit minutieusement ses codétenus, donne une multitude de détails sur leurs vies, sonde les âmes humaines, fouille les esprits et cela m’a donné envie de sauter des passages entiers, tant le récit n’avançait pas et était monotone.

Ce qui m’a attristé, dans ce roman, c’est qu’on est à mille lieues de la puissance du récit que Soljenitsyne fit sur les goulags. Moi qui pensais être glacée par cette lecture, il n’en fut rien. D’ailleurs, il y avait plus d’émotions dans la préface que dans le récit de Fedor.

Ce roman, largement autobiographique, n’a rien d’un pamphlet, Dostoïevski ne dénonçant rien, ni personne, décrivant juste la vie dans un pénitencier et parlant de ses codétenus, qu’il rend même attachants.

Les descriptions de vie dans ce bagne sont très précises (trop ?) et c’est sans doute là que le bât a blessé, rendant le récit lent et interminable. Tout est sobre, mais on ne peut pas dire que je suis ressortie bouleversée de cette lecture.

Comme l’écrit Claude Roy dans sa préface : « La Russie d’hier et la Russie moderne sont exemplaires dans la science du « châtiment » sur deux points essentiels. Elles ont poussé plus avant peut-être qu’aucun peuple l’art de donner aux tortionnaires cette paix de l’esprit que procure la bonne conscience. Elles ont su simultanément contraindre un nombre important de leurs victimes, non seulement à subir sans révolte les épreuves infligées, mais à donner à leurs tourmenteurs un total acquiescement. »

  • Le Mois Russe (janvier 2026), chez Bianca – N°15.