Bérézina – 3 Tomes (ou Intégrale) : Ivan Gil, Patrick Rambaud et Frédéric Richaud

Titre : Bérézina – 01 – L’incendie / 02 – Les cendres / 03 – La neige

Scénariste : Frédéric Richaud (d’après le roman de Patrick Rambaud)
Dessinateur : Ivan Gil

Édition : Dupuis (2016 – 2019)

Résumé :
« Il neigeait. On était vaincu par sa conquête. Pour la première fois l’aigle baissait la tête. Sombres jours ! L’Empereur revenait lentement, laissant derrière lui brûler Moscou fumant. Il neigeait… »

Voici les quelques vers que Victor Hugo a écrit dans L’Expiation pour décrire la retraite de la Grande Armée. Un « retour », plutôt, si nous tenons à être précis. Mais surtout une blessure nationale vive, qui des années après marque encore le langage français.

Patrick Rambaud en a fait un roman, fabuleux, épique et terrible. Frédéric Richaud et Ivan Gil l’ont adapté en trois bandes dessinées aujourd’hui rassemblées dans cette intégrale. Une mise en image spectaculaire d’une épopée qui, par sa violence, mais aussi par les extraordinaires morceaux de bravoure qu’elle renferme, semble encore aujourd’hui peu croyable.

Alors que Moscou vient d’être incendiée par les Russes, Napoléon n’a d’autre choix que d’ordonner le retour en France. Mais l’hiver russe est atroce, et c’est sa cruauté qui aura raison de la Grande Armée. Partis à 500 000 têtes, ils ne seront que quelques milliers à revenir dans leur pays.

La bataille de la Bérézina portant le dernier coup à ces hommes, femmes et enfants, épuisés par les conditions climatiques de ce retour.

Un récit historique à redécouvrir, qui mêle habilement personnages réels et fictionnels.

Tome 01 – L’incendie :
Oui, ces derniers jours, la Bérézina est fort présente dans mes lectures, ainsi que l’incendie de Moscou et la retraite de Napo et de sa Grande Armée.

Celles et ceux qui me suivent connaissent mon amour pour la Russie (je parle du pays, pas de ses dirigeants, ni de leur politique). J’adore lire un roman ou une bédé qui s’y déroule (idem avec les États-Unis, sans cautionner leur politique).

Après avoir lu le roman « Bérézina » de Sylvain Tesson, j’ai sélectionné ce triptyque, afin d’en apprendre encore un peu plus. J’ai été servie ! Bien servie !

Les dessins sont magnifiques, très réalistes et dès la première page, je me suis bien rendue compte de ce que pouvait être une immense armée lors d’une invasion, suivie de tas de civils : un bordel monstre, un brol sans nom, un truc qu’on ne verra jamais plus dans notre vie (je l’espère), autrement que dans des films ou des bédés.

Le premier album va nous présenter quelques personnages, que nous suivons au fil des trois tomes, ainsi que petit Corse, qui, entrant dans Moscou en 1812, râle qu’il n’y ait plus personne. Ce ne sera pas sur lui que seront tournées les lumières et tant mieux (je ne l’aimerai jamais).

Le tsar Alexandre a pratiqué la politique de la terre brûlée et les hommes de Napo, ainsi que les animaux, n’ont rien à bouffer, ou très peu, parce que l’intendance n’a pas suivi. On va assister à l’instalation des soldats et puis, à l’incendie de la ville, qui chassera Napo, mais trop tard, parce que l’hiver est là et il n’est pas tendre du tout.

Un premier album magnifique, qui m’a captivée du début à la fin. Un compte-rendu historique, très bien fait, où l’on s’attache très vite aux personnages mis en avant.

Tome 02 – Les cendres :
Une fois commencé le premier tome, j’ai enquillé de suite avec les deuxième, même si je sais comment l’Histoire se termine…

Toutefois, je ne savais pas comment elle allait évoluer pour les personnages mis en avant dans le récit.

Napo et son armée, ainsi que tous les civils qui le suivaient, quittent Moscou, dans de mauvaises conditions, puisque le dictateur n’a pas voulu écouter les bulletins météo, ni Bison Futé.

Résultat ? Pas de crampons pour les ferrures des chevaux (et dans la neige, il vaut mieux en avoir), pas de vêtements chauds pour les hommes, qui se sont encombrés de trucs qu’ils ont volés dans les maisons abandonnées. Peu de vivres et ce n’est pas sur le chemin qu’ils en trouveront, mais ça, ils ne le savent pas encore.

Une fois encore, nous serons avec les trois personnages mis en avant, mais aussi avec Napo, habillé chaudement, lui, avec de la fourrure dans ses bottes, lui ! Les autres crevaient de froid, mais pas sa majesté. Les autres se tapaient les guérillas menées par les cosaques, mais môssieur, lui, était protégé.

Un deuxième album encore très riche en enseignement, avec des dessins toujours aussi bien réalisés et le dessinateur nous a bien fait ressentir les souffrances des hommes qui marchaient, le ventre vide et pas assez habillés, sans oublier les souffrances des chevaux, qui n’avaient guère plus à manger et qui se sont fait bouffer au fur et à mesure de la retraite.

Tome 03 – La neige :
Me revoici, une fois encore, devant la Bérézina…

Une fois de plus, j’ai revécu cette traversée dantesque, où Napo arriva tout de même à sauver une partie de son armée, grâce à sa stratégie payante (payante en vies humaines aussi, notamment les pontonniers, ainsi que les civils ensuite, lors de l’incendie des deux ponts).

C’est terrible et les dessins le montrent bien.

Nous continuons de suivre nos personnages, dont deux sont en mauvais état, amincis, barbus, à bout de force, tandis que le troisième aura la chance de pouvoir voyager avec Napo et Caulincourt, lors de leur fuite vers Paris, abandonnant les hommes (et les femmes), à leur triste sort, parce que Napo devait reprendre le pouvoir à Paris.

Une série que je suis contente d’avoir découverte et lue. En effet, le niveau est très haut, l’Histoire est bien rendue et, en ajoutant des personnages fictifs, l’auteur a réussi à nous captiver plus, puisqu’on s’attache facilement à eux et qu’on les suivra, la peur au ventre.

  • Le Mois Russe (janvier 2026), chez Bianca – N°XX