Titre : Adieu Kolyma 🇷🇺 🇺🇦
Auteur : Antoine Sénanque 🇫🇷
Édition : Grasset (27/08/2025) – 400 pages
Résumé :
Kolyma : grand Est Sibérien, aux confins extrêmes de la Russie, où le froid atteint -60°C. C’est ici, le long de ces rivières, que les pires camps du Goulag stalinien furent construits. Ici aussi que Sylla Bach, l’héroïne de ce roman, est devenue « la tueuse de chiennes ».
Internée neuf ans à la Kolyma, elle fut le bras armé des truands et des hommes du NKVD lors des grandes purges, puis celui des frères Vadas, chefs de l’impitoyable famille des transylvaniens à la tête des mines d’or de la région.
Quand le roman démarre, nous sommes en 1956 : Staline est mort depuis trois ans, les camps disparaissent, restent les mines. Tous les personnages du livre sont revenus vivants de la Kolyma : Sylla Bach ; Varlam, le vieux bolchevick qui l’a recueillie dans un orphelinat du Caucase et qui l’a formée ; les frères Vadas, Pal et Lazar, dont la haine réciproque tisse les fils de l’action ; Kassia, l’infirmière que Sylla a rencontrée et aimée là-bas.
Parce qu’elle aurait trahi le clan, Sylla est condamnée à survivre dans les décombres de cette ville où la révolte vient d’être matée et à aimer Kassia de loin, en la protégeant sans qu’elle le sache. Elle la croyait à l’abri mais la sortie de prison de Lazar Vadas va réveiller les haines et l’obliger à reprendre la route et les armes pour aller retrouver sa liberté.
De Budapest écrasée par les chars russes en passant par Kiev et Moscou, tous les personnages se retrouveront là où pour eux tout a commencé et tout devra finir : à Magadan, cœur de la Kolyma.
Critique :
Kolyma, un nom qui fait frémir. Un endroit où personne n’avait envie d’aller, surtout s’il était un prisonnier politique (un article 58), parce qu’ils ont plus morflé que les prisonniers de droit commun.
Dans les goulags du temps de Staline (et du communisme), il vallait mieux être un voleur, un criminel, un membre d’un gang qu’un prisonnier politique…
Lorsque le récit commence, nous sommes à Budapest (Hongrie), en 1957, en compagnie de Sylla Bach, une ancienne du goulag de la Kolyma (qui se trouve à l’Extrême-Orient de la Russie) où elle était la tueuse d’un gang.
Étonnamment, je me suis très vite attachée à ce personnage de femme badass, mais qui ne le montre pas dans la vie de tous les jours. Au fil du récit, nous en apprendrons plus sur son enfance, dans un orphelinat, sur ses diverses rencontres, sur son passé à la Kolyma, dans l’enfer.
Nous suivrons plusieurs personnages, qui se connaissent tous et le récit nous fera voyager de la Hongrie à l’Ukraine, en passant par la Russie et les souvenirs de la Kolyma, qui seront en toile de fond, qui arriveront par petits morceaux, mais tous prendront aux tripes, quasi.
Dans ce roman, les personnages sont bien travaillés, sans que l’auteur ait eu besoin d’en faire des caisses ou d’en rajouter. Ils sont au cordeau, limite à l’os, mais malgré cela, ils avaient de la consistance et le méchant (Pal Vadas) n’était pas loupé, comme ça arrive souvent.
Pal Vadas, c’est un homme d’une soixantaine d’années, calme (du moins, en apparence), un chef de gang qui ne se salit jamais les mains lui-même et qui a la haine de son aîné, Lazar. Rassurez-vous, pas de manichéisme dans les personnages.
Sincèrement, avant de commencer cette lecture, je n’avais pas relu le résumé, je ne savais donc pas du tout dans quel récit je m’aventurais, mais ça a payé : j’ai été agréablement surprise, et par la plume de l’auteur, et par les personnages, qui ne se résumaient pas à leur passé d’assassin, par l’Histoire, par les lieux, notamment l’enfer de la Kolyma.
Le récit ne sombrera jamais dans le pathos, ni dans l’action, juste pour le plaisir de faire monter la tension. Le roman était d’une justesse qui m’a emporté et même lire des choses terribles sur l’univers de la Kolyma était intéressant, car c’est une page d’Histoire et qu’il vaudrait mieux ne pas l’oublier, pour ne pas la reproduire (oui, je sais, l’Homme est un pervers et il reproduira ces horreurs, encore et encore).
Ce roman, c’est aussi une histoire d’amour, entre deux femmes et nom de Zeus, c’était une belle histoire. Là aussi, l’auteur est resté sobre, sans grands discours guimauves, sans grandes envolées lyriques à la Harlequin. Sobre, à l’os, bien écrit, bien mis en scène : oui, c’était une belle histoire d’amour, tout en finesse, en trame de fond.
Alors oui, le récit se montre parfois violent, mais vu l’endroit et l’époque, il ne faut pas s’attendre à du feel-good. On parle d’un goulag terrible, d’époques tout aussi horribles, invivables, où les injustices régnaient et nous aurons des exemples magnifiques.
Pas de manichéisme dans les personnages, comme je vous l’avais dit, pas de guimauve dans l’histoire d’amour, des personnages forts, des portraits de femmes bien esquissés, comme je les aime et un récit âpre, noir, sombre, mais avec de la lumière au fond du tunnel.
En fait, je n’ai absolument rien à reprocher à ce roman, si ce n’est qu’il est déjà terminé. C’est un coup de cœur, un serrage de tripes comme j’adore, une page d’Histoire, celle qui pue la mort. Magnifique, ce roman, merci à l’auteur de l’avoir écrit.

- Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2025 au 11 Juillet 2026) [Lecture N°96].
- Le Mois Russe (janvier 2026), chez Bianca – N°17.



