Les dossiers Cthulhu – Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell : James Lovegrove

Titre : Les dossiers Cthulhu – Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell

Auteur : James Lovegrove
Édition : Bragelonne (14/02/2018)
Édition Originale : The Cthulhu Casebooks – Sherlock Holmes and the Shadwell Shadows (2016)
Traducteur : Arnaud Demaegd

Résumé :
Automne 1880. Le Dr John Watson rentre d’Afghanistan. Blessé et prêt à tout pour oublier son passé, Watson voit sa vie changer lorsqu’il rencontre Sherlock Holmes.

Le détective enquête sur une série de décès survenus dans le quartier londonien de Shadwell.

Des victimes qui semblent mortes d’avoir été affamées pendant des semaines ont été retrouvées, alors qu’elles ont été vues en bonne santé à peine quelques jours plus tôt…

Holmes établit un lien entre les morts et un sinistre baron de la drogue qui cherche à étendre son empire criminel. Cependant, Watson et lui sont bientôt obligés d’admettre que des forces sont à l’œuvre dont la puissance dépasse l’imagination.

Des forces que l’on peut invoquer, à condition d’être assez audacieux ou assez fou…

Critique :
Qu’as-tu lu ? Le Chtulhu ? Le cul qu’à lu ? Non, le Cul-Tu-Lu ! Et Sherlock Holmes…

En fait, on aura plus de Holmes que de Cthulhu car ce dernier sera cité mais jamais présenté à nos yeux avides ou révulsés.

Prendre le canon, en faire des confettis et le réécrire est un exercice qui peut se révéler casse-gueule s’il n’est pas bien réalisé.

Si à cette opération périlleuse vous ajoutez une confrontation de Holmes avec le fantastique, vous risquez de vous retrouver sur une planche savonnée et inclinée au-dessus d’une mer infestée de requins à jeun !

L’auteur doit aimer vivre dangereusement ou avoir eu envie d’assouvir ses fantasmes littéraires les plus fous. Beaucoup ont essayés et tous n’y sont pas arrivés.

Verdict de l’autopsie ? Ça aurait pu casser, ça a passé, mais à un certain moment, j’ai eu l’impression tout de même qu’on avait sorti les forceps ou la vêleuse car le truc était quand même gros à passer.

On se serait bien passé de la cantinière de Watson, du manuscrit qu’il n’a jamais osé écrire et qu’il rédige une fois qu’il est âgé, sur la fin de sa vie, pour confier, tenez-vous bien, à Lovecraft, l’auteur américain à qui il va demander de les enfermer dans un coffre et de jeter la clé car Watson veut exorciser littéralement ce qu’il a vécu au début de sa collaboration avec Holmes. On lui dirait bien de l’écrire et de le brûler ensuite !

Je ne m’attends pas que ces récits soient publiés. Au contraire, il est impératif qu’ils ne voient jamais le jour. J’ai l’intention de les confier aux soins d’un auteur américain du nom de Lovecraft. […] Lovecraft saura quoi faire de ces livres, à savoir les enfermer dans un coffre-fort dont il jettera la clé. Il n’est même pas utile qu’il les lise. Je veux simplement les extirper de moi, pour ainsi dire ; comme un chirurgien procède à l’ablation d’un organe malade. Avant de mourir, je souhaite me débarrasser de leur poids cumulé, de la gangrène que constitue leur présence dans mon âme. Ceci est donc une sorte d’exorcisme littéraire.

Anybref… Une fois passé cette intro qui m’a fait froncer les sourcils, j’ai entamé le récit réécrit de la rencontre Holmes/Watson et de ce côté là, je n’ai rien à redire, l’auteur a maitrisé ses personnages et la nouvelle version est tout à fait dans la ligne de ce qui va se dérouler ensuite.

Comme je le disais, l’exercice de la confrontation de Holmes et du fantastique est périlleuse, foire souvent, réussi rarement, surtout si le fantastique se révèle être du véritable surnaturel et pas de faux, comme dans le Chien des Baskerville, par exemple.

Une partie de l’enquête est bien contée, réaliste pour Holmes, avec un Watson aux avants-postes et pas en train de jouer les remplaçant sur le banc de touche ou le benêt de service.

On a du suspense, des morts mystérieuses, un méchant avec de l’envergure et on aurait pu continuer sur ce terrain là et puis, le surnaturel est entré en jeu et j’ai trouvé que l’auteur n’amenait pas la rencontre entre Holmes et le côté éthéré de la meilleure manière. Ça manquait de réalisme, c’est arrivé bien trop vite et de manière totalement inattendue.

Pourtant, pour le reste, le côté fantastique avec ses créatures sorties de je ne sais où passe assez bien et la créature qui m’a fait soupirer était une réelle, en la personne d’un certain professeur. Il allait bien dans le rôle et pour l’explication finale, mais j’aurais préféré un autre méchant que l’habituel canonique.

Au final, malgré ces bémols, j’ai tout de même trouvé le roman bien fichu et la sauce a pris entre Holmes et les créatures qui avaient tout des envahisseurs reptiliens de la série V ou de la créature version fog londonien tout noir.

Pas de coup de cœur mais le roman n’est pas à balancer dans le talus car il avait ses points forts et à souffert à cause de cette manie qu’on les auteurs de prendre la malle en fer blanc ou la cantinière de Watson ou de nous faire le coup du récit jamais raconté et qui tombe dans les mains d’une personne qui en hérite.

Minime, je sais mais l’auteur aurait pu trouver autre chose que Watson l’écrivant pour l’envoyer à un auteur qui devra l’enfermer… Ce n’est pas vraiment plausible si on désire réellement que ce récit ne soit jamais publié.

Mais là où le bât a blessé vraiment, c’est lorsque Holmes est mis devant ce qui règne dans l’obscurité et dans l’univers. Ça manquait un peu de réalisme dans la manière dont c’est amené.

Pour le reste, j’ai apprécié l’aventure, le mystère, le fantastique, les monstres des profondeurs, les incursions dans les bas-fonds londoniens, le suspense était bien dosé, les personnages réalistes par rapport au récit et assez fidèles canoniquement parlant, quant au final, il était enlevé et bourré d’adrénaline.

Si l’auteur publie les deux autres récits et qu’ils sont traduit, je serai au poste afin de voir les évolutions (ou pas) de nos deux héros qui devraient de nouveau se retrouver confrontés aux créatures divines et comment tout cela va être amené.

Un roman à déconseiller aux esprits cartésiens, aux allergiques au fantastique, aux adeptes du canon holmésiens pur et dur.

Pour ceux qui sont ouverts au fantastique et veulent voir Holmes dans une enquête inhabituelle, le roman pourrait leur procurer du plaisir. de mon côté, je ne regrette pas de l’avoir découvert.

Pour la cotation, un 2,5 aurait été vache, un 3 un peu trop large… Comptons un 2,75 pour la possibilité d’amélioration et en encouragement pour avoir osé réécrire le canon et confronter Holmes aux bestioles qui auraient eu plus leur place chez Lovecraft que chez Doyle (même dans ses mondes perdus). 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

 

12 réflexions au sujet de « Les dossiers Cthulhu – Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell : James Lovegrove »

  1. Mmmm… Bon… À lire en vacances pour ne pas se prendre la tête entre deux aventures d’Agatha Raisin… mais comment dire ça me rappèlera ma jeunesse enfuie et l’époque où je hantais les « Jeux de Rôles Grandeur Nature » où je me pavanais en robe des années 30 et sautoir de fausses perles jusqu’au genoux!

    Bref… je mets les taupes dans le miel!🤫

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    • PS: Ah oui ! J’oubliais ! C’est normal qu’on parle beaucoup de Cthulhu sans le voir! C’est toujours comme ça avec lui! Même avec Lovecraft. Il te l’amène ligne après ligne et quand il arrive… Lovecraft ne trouve plus les mots et tourne autour du pot sans arriver à le décrire vraiment! Donc… pas étonnant ce que tu décris ! C’est presque canonique par rapport aux critères lovecraftiens! 🤓

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    • Or donc, figures-toi que j’ai non seulement fini par le trouver, mais en plus, que j’ai fini par le lire et fini de le finir à l’instant tout de suite maintenant! 😀

      Et ben… En tant qu’ancienne (oh ça va! hein! pas si ancienne que ça ! faut pas pousser Mémé dans les orties en plus! 😉 ) lectrice des abominations tentaculaires et poisseuses sorties de l’imaginaire torturé d’HP Lovecraft (HP? C’est pas le signe qui veut aussi dire Hôpital Psychiatrique? Purée… T’imagine un Hôpital Psychiatrique « Lovecraft »… Manquerait plus que ça… Tiens… Et pourquoi pas dans une aventure de Ginette Schlombuck? 😉 )… Et en tant qu’amatrice du canon (et pas seulement des canons qu’on prend sur le coin d’un zinc! 😀 ), et bien je m’y suis retrouvée et que j’ai kiffé méga grave la race de ma mère!

      Bon ok… Lovegrove torture allègrement le canon… Mais on retrouve tout de même le Londres de l’époque… l’atmosphère… la psychologie des personnages… ce qui en fait un pastiche aussi crédible que la série Sherlock! La plongée dans l’univers lovecraftien se fait peu à peu, et je trouve même que le final en dit même plus que ne l’aurait fait Lovecraft lui-même. Même un peu trop d’ailleurs… Les grandes explications finales m’ont semblée un peu trop développées mais c’était un minimum pour des lecteurs peu habitués à l’univers du Mythe de Cthulhu.

      Ce n’est pas LE roman du siècle mais c’est pas mal fichu du tout et c’est une lecture distrayante pour l’amatrice de fantastique et de pastiches sherlockiens que je suis. J’aurais mis un Sherlock de plus que toi.

      Merci pour cette agréable découverte. Et… Si par Zazard, Grand Ancien des Aléas Cosmiques, tu entends parler de la sortie des deux autres volumes promis par l’auteur… Je mets le mojito au frais et des taupes dans le miel! 😉

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      • Comme quoi, deux lectrices, deux avis ! Je ne suis pas lectrice des tentacules (oh, les rimes !!) de la bestiole de Lovecraft, ça ne m’a jamais tenté je dois dire.

        Ce qui m’avait le plus gêné, c’était le Méchant qui raconte tout à Holmes directement.

        Bon, je ne serai jamais fan de la sale bête avec ses tentacules qui t’accumule… 😆

        Je n’y manquerai pas 😉

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        • Oui… la grande révélation finale qui n’en finit pas pendant qu’une action funeste se prépare c’est too much à mon goût également… c’est le seul truc qui m’a gênée.🤨

          Moi j’adoooore les tantes à cules! D’ailleurs je me ferais bien une salade de poulpe ce week-end! 🤣😂🤣

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          • Punaise, j’ai mangé du pouple une fois dans ma vie, à une réception chic de mon ancien boss… à se damner par terre !! Mais tout était à se damner ce jour là, et les desserts encore plus…

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