Titre : Charlotte et Thomas Pitt – 02 – Le Mystère de Callander Square 🇬🇧
Auteur : Anne Perry 🇬🇧
Édition : 10/18 Grands détectives (1980) – 383 pages
Édition Originale : Callander Square (1980)
Traduction : Roxane Azimi
Résumé :
Cette enquête semblait élémentaire : quelle femme de chambre indélicate du très chic Callander Square a enterré ses nourrissons adultérins dans le parc ?
Mais la vérité est loin d’être aussi simple, et le gentleman inspecteur Thomas Pitt n’est pas au bout de ses surprises, dans cette haute société victorienne où les faux semblants sont rois.
L’avis de Dame Ida, Lady Fissille :
Quand on y pense un peu… Qu’est-ce qu’un scandale ? La révélation d’un fait choquant qui bousculerait les conventions sociales admises ?
Alors, évidemment, dans une société corsetée où même laisser les pieds des fauteuils ou d’un piano, apparents, est considéré comme une ode à la lubricité féminine, parce qu’ils pourraient donner envie d’aller s’empaler dessus pour se consoler d’un mari insuffisamment doté, ou par pure nymphomanie…
Dans une société où les journaux de vente par correspondance proposaient toutes sortes de harnais à faire porter la nuit aux enfants pour éviter qu’ils ne se touchent…
Dans une société qui a popularisé la circoncision dans les classes privilégiées, et l’excision des petites filles récalcitrantes et lubriques dans l’espoir d’empêcher la masturbation…
Dans une société où un homme et une femme célibataires ne peuvent pas rester seuls dans une pièce ou en public sans au moins la présence d’un tiers…
Dans une société qui a multiplié les couteaux à ceci et les fourchettes à cela, compliqué l’étiquette des repas, de la manière correcte de s’habiller pour telle ou telle circonstance en vous forçant à changer de tenue dix fois par jour et où le moindre faux pas fait de vous la risée de tous les salons…
Forcément… Tout peut devenir source de scandale et de déshonneur familial sur au moins dix générations.
En cette époque où il ne fallait pas rajouter au péché du sexe hors mariage, celui de l’usage d’une contraception, sachant que l’avortement même pratiqué par un médecin restait une pratique encore relativement barbare lors de laquelle la femme devait souffrir le martyre pour expier, et souffrir encore ensuite…
En cette époque où ces messieurs devaient être satisfaits, même si ce n’était pas par leur épouse légitime, laissant aux femmes de devoir se débrouiller des conséquences…
En cette époque qui ignorait les notions d’esclavage domestique ou de harcèlement sexuel…
Il n’était donc pas rare que des accouchements solitaires et discrets, sans le secours d’un médecin ou d’une sage-femme, se terminent par la mort du bébé avant ou dans les minutes suivant la naissance, et que les enfants mort-nés finissent ailleurs qu’au cimetière.
Et voilà l’inspecteur Thomas Pitt, toujours secondé par son intrépide épouse Charlotte, parti pour découvrir quelle odieuse femelle a doublement fauté, dans un beau quartier où personne n’a envie de voir la réputation et l’honorabilité de sa famille remise en question par les mœurs dissolues des domestiques.
Ben oui ! De telles turpitudes ne peuvent être que le fait de ces personnes « qui ne sont rien » et qui se mettent au service de « celles qui ont tout » et qui par conséquent ne peuvent être qu’au-dessus de tout soupçon !
Sauf que bien évidemment les choses ne sont pas si simples !
On se rendra vite compte que les femmes de la haute société ne sont pas plus vertueuses que leurs bonnes ou leurs propres maris ! Et que ces Messieurs et ces Dames ont tous et toutes des choses à cacher… concernant leurs propres liaisons, ou celles d’un conjoint, ou celles d’un de leurs enfants… Et que les mœurs des maîtres n’ont rien à envier à celles des domestiques.
Ciel ! Tout le monde couche !!! Quelle surprise !!!
Les mœurs des domestiques sont « sordides »… Mais quand on parle de celles des maîtres qui feront la même chose, on parlera de « romantisme »… Les uns sont guidés par leurs pulsions lubriques et les autres par les élans de leur cœur…
Puisqu’on vous dit que ce n’est pas pareil !!!
Et le top du top, c’est quand ceux qui ont péché sans avoir été publiquement démasqués, jugent encore plus durement le même péché commis par un.e autre… Ben oui… Moi, j’ai de bonnes excuses… mes péchés sont de la faute des autres… Mais les autres, eux, ils sont bien coupables !
Car oui, Lecteuses et Lecteurs voici la maxime qui résume au mieux la morale victorienne :
« Péché n’est pas vraiment péché quand il reste bien caché » !
Sauf quand on déterre les cadavres des bébés… qu’on retrouve celui d’une femme… puis encore d’un homme…
Franchement… L’immobilier a dû s’effondrer dans Callander Square ! Vu le nombre d’habitants… le taux de mortalité violente dépasse de loin celui des quartiers les plus dangereux des villes les dangereuses du monde. Entre le nombre de morts et le nombre de salauds qui survivent… franchement, je trouve que ces beaux quartiers londoniens ne sont pas bien fréquentés !
Anybref !
Comme toujours, Anne Perry nous offre avec Charlotte et Thomas un petit bonbon cannelle-gingembre bien sucré, toujours bien ancré dans une atmosphère victorienne authentique, avec une brochette de personnages à la psychologie bien développée, avec des dialogues savoureux où les Pitt jouent souvent au chat face à une souris, avec une intrigue bien construite où l’on prend plaisir à suivre notre couple dans sa quête des indices et informations qui prendront forme au moment de la révélation finale.
Ayant déjà lu quelques volumes de la collection, je suis certaine d’avoir lu le premier tome… dont je n’ai pas fait de fiche, passant directement au second roman.
Je ne sais pas si je ferai une fiche pour chaque opus que Belette n’aura pas « fichés », mais je compte bien, me refaire l’intégrale… parce que j’adooooore cette série d’Anne Perry, sachant que je ne suis jamais déçue avec Charlotte et Thomas.
Même mon vieux papa me les pique maintenant que Le Floch a été massacré par Joffrin avec plus de sauvagerie qu’une bande de révolutionnaires ! C’est vous dire l’attrait des personnages d’Anne Perry pour les amateurs et amatrices de polars historiques !

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