La mort n’oublie personne : Didier Daeninckx 🇫🇷

Titre : La mort n’oublie personne 🇫🇷

Auteur : Didier Daeninckx 🇫🇷
Édition : Folio Policier (1989) – 189 pages

Résumé :
8 mars 1963. Le jeune Lucien Ricouart, isolé dans une pension pour apprentis, s’acharnant à domestiquer sa solitude, est retrouvé mort noyé dans un bassin après que ses camarades l’ont traité de « fils d’assassin ».

Un professeur efface dans la boue, sous la pluie, son dernier message et son cri de révolte qui affirment au contraire et jusque dans la mort : « Mon père n’est pas un assassin ».

Vingt-cinq ans plus tard, un jeune historien enquête sur la vie de ce père. Sur cet homme au passé d’ouvrier dans le Nord de la France. Sur son parcours de résistant. Sur ce qu’il est advenu après-guerre qui autorise des gamins à pousser l’un des leurs au désespoir.

Critique :
Alors que la rentrée littéraire de janvier 2026 fait rage, j’ai décidé de sortir une relique de ma biblio et je dois avouer que j’ai été bien inspirée.

Ce roman noir va nous emporter dans le pays Noir, justement, dans le ch’nord. C’étaient les Corons, la terre, c’était le charbon et les hommes, des travailleurs d’usines. Désolée…

Un jeune de 15 ans qui décède accidentellement, c’est déjà terrible, mais s’il se suicide, alors, c’est encore bien pire. Tout cela à cause de certains de ses camarades qui l’ont traité de fils d’assassin. Désespérant.

Après, nous allons faire un bond dans le temps et passer de 1963 à 1988. Un homme va venir interroger  Jean Ricouart, le père de ce fils décédé et lui demander de raconter ses années durant la Seconde Guerre mondiale. Nouveau saut dans le temps, pour mon plus grand plaisir.

Ce roman noir mélange plusieurs genres, dont l’enquête journalistique et quelques pages sombres de l’Histoire, avec l’occupation par les allemands, la résistance, les assassinats, les privations, la peur dans le bide, les vengeances, les opportunités et les règlements de compte envers ceux qui dénoncent.

Oui, mais, étaient-ils tous coupables ? L’Homme peut-il s’ériger en juge et décider, seul, de qui doit mourir ou pas ? L’oublie est-il nécessaire pour repartir du bon pied ou alors, faut-il des peines pour se sentir en paix ?

Jean Ricouart n’était pas un grand résistant, mais il a essayé de faire ce qu’il pouvait, il a suivi les ordres, s’est retrouvé embrigadé dans des trucs qui l’ont dépassé et un jour, il va le payer : arrestation et déportation.

Non, la vie de Jean ne fut pas un long fleuve tranquille, il va nous la raconter et c’était très intéressant. Déjà que j’ai dévoré ce petit noir à la vitesse de l’éclair, mais les passages concernant les années 44 le furent encore plus. Mais pourquoi ai-je laissé traîner ce roman noir aussi longtemps, moi ?

Sous couvert d’une enquête par Marc, qui voudrait savoir ce qu’il s’est passé et pourquoi on a traité le jeune Lucien de fils d’assassin, l’auteur va nous parler d’une période trouble, très trouble, même, où les règles n’existaient plus, où l’on pouvait se faire dénoncer par son voisin et où certains en ont profité pour régler leurs comptes avec d’autres, sous couvert de cette drôle de guerre.

La partie où Jean sera déporté sera encore plus sombre, celle concernant le procès encore plus, mais la déflagration viendra ensuite, lorsque Marc additionnera les faits, les preuves et où nous nous rendrons compte que tout ne concernait pas l’occupation et les faits de résistance, de sabotage, de vols.

Au moins, maintenant, Jean sait ce qu’il s’est passé, mais l’oubli n’aurait-il pas été mieux pour lui et son épouse ? Savoir peut faire plus de mal que de bien et c’est le cas de cette affaire, tout en étant un bien aussi, puisqu’à présent, il sait. Mais les conséquences seront dévastatrices.

Un roman noir qui ne manquait pas de profondeur, où les personnages étaient réalistes, d’une grande justesse et où le scénario, tout en mettant les pieds dans la boue, en explorant les placards sordides de l’Histoire, va nous offrir un récit tragique et émouvant.

Un roman noir à déguster, court, bref et intense. Avec un goût amer qui restera longtemps dans la bouche.