Titre : The Fisherman 🇺🇸
Auteur : John Langan 🇺🇸
Édition : J’ai Lu – Imaginaire (27/11/2024) – 439 pages
Édition Originale : The Fisherman (2016)
Traduction : Thibaud Eliroff
Résumé :
Au nord de l’État de New York, dans les bois de Woodstock, Dutchman’s Creek coule paisiblement. Une rivière poissonneuse mais quasi inaccessible, et bien plus profonde qu’il n’y paraît…
Ce matin-là, Abe et Dan — deux veufs liés par la solitude et l’amour de la pêche — décident de tenter l’aventure.
Surpris par une pluie torrentielle, ils se réfugient au Herman’s Diner, dont le patron va leur raconter l’incroyable histoire de Dutchman’s Creek. « Folklore », pensent-ils.
Pourtant, ils appartiendront bientôt corps et âme à cette légende aussi ancienne que ténébreuse…
Critique :
Je connaissais les Fisherman’s friend, ces pastilles au menthol et eucalyptus, crées pour soulager les maux de gorge des pêcheurs…
Dans ce roman, il sera question de pêcheur, d’un pêcheur, mais pour apprécier et comprendre le récit, pas besoin de sucer ces pastilles fortes, ni d’avoir visionné toutes les émissions de Thalassa ou lus les magazines Chasse et pêche.
Il suffit d’avoir envie de se laisser embarquer dans une histoire qui commence de manière triste, puisqu’il sera question de deuil. Deux hommes, endeuillés par la perte de leurs épouses, vont se retrouver pour aller à la pêche. Banal, vous me direz… oui, mais !
The fisherman est un roman d’épouvante et de fantastique. Non, vous ne risquez pas de finir planqué sous votre lit, mais tout de même, certains passages étaient tout de même flippants, angoissants et le suspense était à couper au couteau. L’auteur ne s’est pas pris les pieds dans le tapis, a réussi à garder l’équilibre dans son récit, sans jamais sombrer dans le grand-guignolesque.
Ce roman comporte un récit dans le récit, une histoire dans l’histoire, qui sera racontée par le tenancier du Herman’s Diner, à nos deux pêcheurs qui voulaient aller lancer leurs lignes à Dutchman’s Creek. C’est ce récit qui lorgnera avec le fantastique et l’horreur.
Le début du roman est assez lent, mais jamais endormant. Je dois dire que j’ai été vite happée dans l’univers de l’auteur, que je suis entrée en empathie avec ses personnages, notamment Abe, qui est le narrateur et Dan, son partenaire de pêche. Les détails sur la pêche ne sont pas lourds à lire, l’auteur en donne assez que pour que l’on comprenne l’essentiel, sans jamais aller ad nauseam.
Certains passages m’ont fait penser à un roman de Stephen King, d’autres à la saga Blackwater et il y avait aussi des influences de l’univers de Lovecraft, sans pour autant que l’auteur les ait copiés. Être influencés par ses lectures ne veut pas toujours dire que l’on plagie les autres. Mais ces influences sont toujours marquantes et laissent des traces.
Le récit dans le récit pourrait paraître long, mais il n’en est rien, parce qu’il était des plus intéressants aussi, surtout en nous montrant les conditions de vie, de travail, des immigrés, des damnés de la terre, bossant pour des grands patrons. L’histoire nous parlera d’Histoire, celle avec une majuscule et même si, pour quelques centaines de pages, j’ai abandonné Abe et Dan, j’ai apprécié le récit aux accents d’épouvante et de fantastique.
Les portraits des personnages sont bien faits, sans que l’auteur se soit appesanti sur leurs qualités ou leurs défauts. Ils sont réalistes, humains et l’auteur a su éviter aussi le pathos inutile. Ils ne manquaient pas de profondeur, d’humanité, ils étaient touchants, chacun à leur manière. Bref, ils étaient réussis et ça compte beaucoup dans un roman.
Le final était énorme, glaçant, glauque, avec de véritables morceaux de trouille et d’épouvante. J’ai eu envie de crier « Cours, Abe, cours ! ». C’est sombre, horrible, mais d’un autre côté, on a aussi des moments touchants, parce qu’il est question de deuil, de déni aussi et d’avoir envie de tout faire pour pouvoir passer encore un moment avec les gens que l’on aimait et qui sont partis trop tôt…
Un récit de pêche, oui, d’épouvante et de fantastique, oui aussi, mais aussi de la difficulté de faire son deuil, de l’intransigeance des patrons, des travaux gigantesques (un barrage), de la folie humaine et de ceux qui sont prêts à tout pour revoir les leurs, quel que soit le prix à payer…
Un roman d’épouvante, mais aussi de nature, de respect des autres et d’humanité.

- Challenge « American Year 3 » – The Cannibal Lecteur et Chroniques Littéraires (du 16 novembre 2025 au 15 novembre 2026) # N°04.

