Le Roi des cendres : S. A. Cosby 🇺🇸

Titre : Le Roi des cendres 🇺🇸

Auteur : S. A. Cosby 🇺🇸
Édition : Sonatine (02/10/2025) – 408 pages
Édition Originale : King of Ashes (2025)
Traduction : Pierre Szczeciner

Résumé :
Roman est à la tête d’une entreprise de gestion de patrimoine florissante à Atlanta. Quand il apprend que son père a été victime d’un accident de la route, il n’a d’autres choix que de revenir à Jefferson Run, la petite ville de Virginie où il a grandi.

Là-bas, ce sont des fantômes qui l’attendent : la mystérieuse disparition de sa mère, dont il ne s’est jamais remis ; l’entreprise de pompes funèbres de son père, ses odeurs de mort et de cendres, qu’il n’a jamais supporté. Il y retrouve aussi sa sœur et son frère, qu’il culpabilise toujours d’avoir abandonnés le jour où il a fui Jefferson Run.

Cet ancien fleuron industriel de l’État est aujourd’hui devenu une ville en perdition, gangrénée par la pauvreté, la violence et la drogue.

Lorsque son frère Dante se retrouve impliqué dans une affaire criminelle, Roman va tout faire pour l’aider à en s’en sortir. Il va alors subir de plein fouet la réalité désastreuse de l’Amérique d’aujourd’hui, où une nouvelle génération, sans aucun scrupule et prête à tout, tient maintenant les rues. Il n’est pas au bout de ses surprises : comme dans toute famille qui se respecte, tout le monde cache des choses.

Son père a-t-il vraiment été victime d’un accident de la route ? Et la disparition de sa mère est-elle vraiment aussi mystérieuse que tout le monde le croit ?

Critique :
Jusqu’où seriez-vous prêt(e) à aller pour sauver votre famille proche ? Quels principes seriez-vous prêts à envoyer aux orties pour qu’il ne leur arrive rien ?

Seriez-vous prêt à tuer, pour eux ? À franchir toutes les lignes rouges pour les garder en vie ? Ces questions méritent d’être posées, sauf si vous êtes en froid avec vos proches ou alors, que vous êtes un enfant unique et orphelin, dernier de la lignée…

Roman Carruthers, lui, est prêt à tout pour tenter de sauver les siens, après que son frère cadet, Dante, a été manger à la table du diable, sans longue fourchette, et que sa naïveté lui a fait oublier que lorsqu’il est question de pognon, il n’y a plus d’amitié qui tient.

Roman l’avait fait pour protéger leur famille. Dante savait que son frère l’aimait. Il savait qu’il aimait leur père et qu’il aimait Neveah. Mais il savait aussi qu’on pouvait faire des choses terribles au nom de l’amour. Des choses abominables.

Bienvenue dans la petite ville de Jefferson Run, où il ne fait pas bon vivre, où il est risqué de prendre l’air, lorsque les gangs s’affrontent l’un et l’autre. Une ville où la corruption est reine, ou l’argent est roi, ou l’amour n’existe pas, sauf celui des drogues, cachetons et autres armes à feu, bien entendu.

Dans ce roman noir, on pourrait penser que tout est noir, mais non, on a des jolies couleurs grises, grise comme les cendres, après avoir incinéré un corps, comme on le fait au crématorium Carruthers…

L’auteur a soigné ses personnages, ils sont gratinés et certains feraient le bonheur (et la fortune) de psychologues ! Mais il n’a pas oublié de les rendre sympathique, malgré tout, de leur apporter de l’équilibre, même dans le déséquilibre. D’ailleurs, souvent, j’ai eu envie de baffer le plus jeune des Carruthers : Dante !

Ce mec se plaint qu’on le prend toujours pour un petit gamin, un assisté, un alcoolo et un junkie, mais c’est ce qu’il est ! Un enfant dans un corps d’adulte. Un gars qui vit sans rien foutre, touchant un salaire versé par son père, qui boit comme un trou, sniffe des lignes blanches et fait conneries sur conneries, sans en mesurer les conséquences, et ce sont les autres qui doivent nettoyer les écuries d’Augias de toute la merde qu’il a apportée.

Dante hocha la tête.
« C’est tout ce que je suis, à tes yeux ? Un junkie et un poivrot ? Un bébé à qui on peut donner un biberon pour qu’il la ferme ?

Pourtant, même si j’ai souvent eu l’envie de botter les fesses de Dante le pleurnichard, d’un autre côté, j’avais envie de le prendre dans mes bras, vu toute la violence qui se déclenche et puis, j’avais bien compris que la disparition de leur mère l’avait bouleversé et qu’il avait compensé avec l’alcool et les drogues, là où sa sœur avait bossé et où son frère avait été voir des femmes pratiquant le SM.

Ce roman noir m’a emporté, je l’avoue. J’ai aimé le fait que dans l’histoire, afin de se défaire du gang qui leur faisait du tort, Roman l’ai joué finement, lui qui est si doué pour faire fructifier le pognon des autres (Roman, tu veux mon numéro de téléphone ?), tout en n’hésitant pas à se salir les mains.

Parce que c’est bien connu, à force de fréquenter des truands, on risque de le devenir aussi, même si ce n’est pas pour les mêmes raisons qu’eux. Ou alors, peut-être qu’au départ, eux aussi voulaient ne pas franchir toutes les lignes rouges… Et puis, comme avec Roman, les circonstances ont fait que… Il avait une bonne raison. Les braves gens ont toujours des justifications à leur mauvais comportement. Chacun s’arrangera avec sa conscience, dans ce roman noir.

Alors oui, ce roman est violent, nous ne sommes pas au pays des Bisounours, mais au moins, il ne se résume par qu’à ça ! Nous avons aussi des secrets de famille, un père qui a tellement bossé pour offrir une belle vie aux siens qu’il n’a plus vus les siens, son épouse… Et cela a empoisonné la vie de tout le monde. Un abcès est à crever, mais ce ne sera pas facile.

Un roman noir qui se dévore, qui se lit en apnée, où l’on savoure quelques réparties, ainsi que le travail de sape réalisé par Roman, afin de délivrer et libérer (♫) sa famille de ces deux sociopathes, chefs du gang des BBB et qui ne sont pas des rigolos ou des méchants d’opérette.

L’auteur a encore réussi sa mission avec son nouveau roman noir de chez noir. Un régal pour les amateurs de romans noirs américains.