Débâcle 🇷🇺 : Ian Manook 🇫🇷

Titre : Débâcle 🇷🇺

Auteur : Ian Manook 🇫🇷
Édition : Paulsen (20/03/2025) – 337 pages

Résumé :
Une quête captivante dans la taïga sur les traces des revenants du goulag

Balitsky Point, 1991.

Boris Eltsine vient de dissoudre l’Union soviétique et le Parti communiste dont tout dépendait : salaires, pensions, carburant, munitions… L’hélico qui ravitaille tous les six mois ce comptoir isolé de Sibérie se pose à vide.

Seul en descend un homme, ex-agent du KGB, à la recherche d’un ermite, survivant du goulag.

Dans ce pays âpre et grandiose commence alors une traque machiavélique pendant laquelle ni les bêtes sauvages, ni les incendies, ni les fous de Dieu, ni les tortionnaires n’entameront la détermination du chasseur et de sa proie.

Critique :
Rien de tel, quand dehors il fait froid, que d’ouvrir un roman qui se déroule dans la taïga, où il fait encore plus froid (on relativise).

1991, l’URSS vient de s’effondrer, c’est le bordel dans le pays, l’inflation est là, les pénuries aussi, mais malgré le fait que le parti s’est cassé la gueule, un homme a décidé d’en envoyer un autre, au fin fond de la Sibérie, à Balitsky Point, pour aller assassiner un ancien zek.

Cet homme, vu son palmarès, fait immédiatement penser à Vladimir P. L’auteur a changé le nom, mais je n’ai pas été dupe. Des parcours comme le sien, ça ne court pas par les rues. C’est la débâcle dans le pays, néanmoins certains veulent expurger certaines choses de leur biographie et éliminer les témoins de cette bio. Voilà Piotr prêt à remplir sa mission… Le chantage, ça marche toujours !

Et c’est parti pour plus de 300 pages d’aventures avec un grand A, même si, parfois, on aura une baisse de rythme et le retour d’une même emmerde. Paraitrait qu’elles volent en escadrille, les emmerdes, alors, quand elles reviennent, on doit faire avec. Heureusement que Piotr avait Liouba, jeune fille de 15 ans, pour le guider.

L’immensité de la taïga est bien décrite, c’est même un personnage à part entière. L’auteur a potassé les techniques de survie et après l’avoir lu, ma foi, je me sens prête à aller affronter l’immensité de la Sibérie. Ah zut, je ne sais toujours pas chasser, ni plumer des oiseaux ou dépiauter des lapins. Bon, je me contenterai d’explorer mon canapé.

Les personnages sont attachants, pas trop manichéens, j’ai souri en lisant les références à un certain Arménien de ma connaissance (quel personnage, lui !) et j’ai passé un bon moment à marcher dans ces étendues sauvages, à croiser des ours, des loups, un cerf. J’ai moins aimé les piqûres de moustiques et d’une putain de plante.

Par contre, si l’auteur nous parlera de l’URSS du temps des emprisonnements (dans le prologue), si un ancien Zek nous racontera les camps, si on nous chuchotera au sujet du climat de peur, qui règne encore (restons prudent), j’aurais préféré en lire un peu plus sur le régime communiste et tout ce qui en a découlé.

Oui, j’en sais beaucoup sur le sujet, j’ai lu Soljenitsyne (L’Archipel du Goulag), mais malgré tout, j’en veux savoir toujours plus.

On pourrait croire que je suis dingue de vouloir en savoir plus sur le système soviétique, qui a allié violences, iniquités, cruautés, injustices, le tout avec de l’arbitraire et de l’illogisme, mais que voulez-vous, j’estime qu’on n’en sait jamais assez et que le savoir, c’est aussi ce qui empêche de commettre les mêmes horreurs.

Il m’a donc manqué quelque chose pour que ce roman soit un coup de coeur. Ravage, du même auteur, était plus rythmé et m’avait emporté encore plus loin. De mon point de vue, bien entendu.

Au moins, l’aventure était bien présente et j’ai passé un bon moment, en dehors du temps, à découvrir cette nature sauvage, bien moins sadique que la nature des Hommes. Dans cette taïga, on risquait moins de croiser des loups que des hommes en manque de femmes.

Pour celles et ceux qui veulent vivre le souffle de la grande aventure, sans quitter leurs pantoufles et leurs canapés confortables (et sans se geler les doigts de pieds). Je ne spolierai pas si Piotr accomplira sa mission, ou non…

PS : par contre, je garderai un chien (Jaune) de ma chienne contre l’auteur. Désolée, monsieur Manook, mais hop, kill list ! Fallait pas…

 

Champs d’honneur – 03 – La Bérézina (Novembre 1812) 🇷🇺 : Thierry Gloris et Gabriele Parma

Titre : Champs d’honneur – 03 – La Bérézina (Novembre 1812) 🇷🇺

Scénariste : Thierry Gloris 🇫🇷
Dessinateur : Gabriele Parma 🇮🇹

Édition : Delcourt (2016) – 64 pages

Résumé :
Entreprise vouée à l’échec, retraite, désastre, tels sont les synonymes du terme « bérézina ». Or, c’est un contresens historique.

En novembre 1812, dans l’actuelle Biélorussie, la Bérézina fut une victoire tactique française en Russie, mais une défaite morale et stratégique, car elle se révèle être le symbole du début de la chute de l’Aigle, synonyme du début de la fin pour l’Empire français.

Critique :
Non, la Bérézina n’est pas une sauce pour les frites (ou la viande)…

Lorsqu’on nous dit : : c’est la Bérézina, cela sous-entend que nous sommes dans un échec total, dans une impasse, bref, dans la merde ! La faute à qui ? À Napoléon…

Dans cette bédé historique, comme dans les autres albums de la série, les auteurs vont d’abord nous présenter les protagonistes, les personnages, les mettre en situation, nous montrer comment c’était, en ce temps-là, avant de passer au plat de résistance qui, ici, sera la campagne de Russie et la chute de Napo…

Durant le règne de l’ogre Corse, ce ne fut que batailles, guerres, morts, sang, tripes, boue, victoires, oui, mais au prix des milliers de morts, des deux côtés des belligérants. Rappelons tout de même que la guerre, c’est le massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui, eux, se connaissent, mais ne se massacrent pas.

Dans cet album, les deux protagonistes principaux, qui vont vivre la Grande Histoire, seront un docteur français (François Berget), qui accompagne la Grande Armée, et un noble français (Amaury de la Buissonnière), bien décidé à rétablir la monarchie en aidant les Russes à défaire Napoléon, qu’il surnomme l’Usurpateur. Pour lui, c’est vive le roi et le pouvoir doit venir de Dieu, pas du peuple.

Les dessins sont agréables, bien esquissés, réalistes. Du tout beau travail.

Le bémol est que le problème survenu avec le pont enjambant la Bérézina arrive sur le tard et comporte trop peu de pages pour que l’on se fasse une véritable idée du piège dans lequel la Grande Armée du Corse était tombée et de ce qu’ils ont dû faire pour sortir de cette souricière (des médailles pour ceux qui ont été dans la flotte glacée pour construire un pont plus loin).

Pour en savoir plus, je vais devoir lire d’autres bédés (ou romans) sur le sujet.

Dommage, j’aurais aimé que l’on en apprenne bien plus sur cette bataille, mais comme les auteurs nous ont présentés les personnages et différents conflits (en bref, les conflits), et que l’album ne fait que 64 pages, il fallait donc aller au plus concis.

Mais au moins, lire cette bédé m’a permis de me remettre un petit morceau de page d’Histoire que j’avais oublié, je dois dire… Et de comprendre que tout compte fait, Napoléon, en franchissant le fleuve ailleurs, a tout de même réussi un coup tactique (au prix de nombreuses vies, bien entendu).

Bon, prochaine mission : lire un roman qui parlera de la retraite de Russie de la Grande Armée.