Leave Them Alone 🇺🇸 : Roger Seiter et Christophe Regnault 🇫🇷

Titre : Leave Them Alone 🇺🇸

Scénariste : Roger Seiter 🇫🇷
Dessinateur : Christophe Regnault 🇫🇷

Édition : Bamboo Grand angle (15/10/2025) – 160 pages

Résumé :
Laissez-les tranquilles !

1874. L’Ouest américain est une zone de non-droit. Les voyageurs et les migrants sont des proies faciles pour les bandits et les pillards. La vie des habitants, et des femmes en particulier, est plus cruelle que jamais.

Au paisible relais de Dead Indian Peak, tenu par la vieille Marian Potter et la jeune Elfie, nul ne se doute de l’arrivée imminente d’une femme aux abois, d’un mystérieux cavalier, ainsi que d’une bande de tueurs. Et dans leur sillage, le convoi d’une malle remplie d’argent…

Critique :
♫ Hey, teacher, leave them kids alone ♪ (1) Et messieurs, foutez la paix aux dames…

Far west, 1874, là où il ne fait pas bon être une femme, puisque, pour les hommes, nous sommes soit des putes, soit des femmes bonnes à bai***, sans autres possibilités. Oui, nous sommes toutes violables, pour ces hommes frustes.

La diligence vient de se faire braquer, les bandits ont éliminé tout le monde et deux d’entre eux sont en train de violer une des passagères, avant de la tuer.

Bienvenue dans un monde rempli de violences, gratuites, dans un monde machiste, fait pour les hommes durs, violents, ceux qui tirent plus vite que les autres. Pourtant, dans ce ramassis de salopards, il y a encore des belles âmes, comme l’Amérindien qui se trouve au relais de la diligence ou cet homme étrange qui va aider une prostituée à ne pas se faire violer.

Les dessins sont bien esquissés, je les ai appréciés, on discernait bien les expressions sur les visages, qui n’étaient pas figés et les couleurs étaient chaudes, dans des tons jaunes. Bref, rien à redire sur le graphisme, et encore moins sur le scénario, qui n’est pas allé dans le sens que je pensais. Du moins, pas tout à fait, il y avait des surprises.

Les femmes qui peuplent ce western ne sont pas des midinettes apeurées, mais des femmes qui n’ont pas froid aux yeux, sans pour autant virer badass.

Elles ne veulent pas que les mecs leur marchent sur les pieds et elles ont bien raison. Tout comme elles ne veulent pas mourir, être violées ou autre. Alors, messieurs les bandits, accrochez-vous à vos sous-vêtements, parce que ça va chier !

160 pages de pur bonheur, pour celles et ceux qui aiment les bédés western, les personnages féminins qui ne s’en laissant pas conter, qui ont de la profondeur et qui évoluent dans des décors grandioses, que le dessinateur a bien su restituer.

La dernière case suggère que l’on pourrait avoir une suite et j’espère que ce sera le cas.

(1) Another Brick in the Wall – Pink Floyd

1.000 coups de fouet, parce que j’ai osé parler librement : Raif Badawi 🇸🇦

Titre : 1.000 coups de fouet, parce que j’ai osé parler librement

Auteur : Raif Badawi 🇸🇦
Édition : Kero (2015) – 62 pages
Édition Originale : 1000 Peitschenhiebe. Weil ich sage, was ich denke (2015)
Traduction : France Meyer

Résumé :
Raif Badawi a ému le monde entier. Ce jeune blogueur saoudien est arrêté en 2012 et condamné à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet, parce qu’il a osé écrire ce qui déplait aux religieux et aux politiques.

Le 9 janvier 2015 a lieu la première séance. Les 50 coups de fouet sont si brutaux que la deuxième séance doit être reportée : le corps de Raif n’est qu’une plaie béante. Le monde entier s’indigne.

Aujourd’hui, Raif attend les prochains coups, à moins que sa peine ne soit réexaminée… Mais il ne renonce pas. Depuis sa prison sordide et avec la complicité de sa femme, il fait ici pour la première fois entendre sa voix.

Dans ce recueil de textes interdits et inaccessibles, il prend position pour la séparation entre religion et État, s’insurge contre le rôle néfaste d’un islam perverti, et évoque le risque terrible encouru pour toute créativité et vie intellectuelle dans un climat d’aveuglement idéologique.

Il est aujourd’hui devenu une icône pour tous ceux qui luttent, en Arabie Saoudite et dans le monde, pour la liberté d’expression et contre les violences faites au nom des religions.

L’ensemble des bénéfices de ce livre sont reversés à l’auteur pour assurer sa défense.

©Copyright (c) 2024 Anas-Mohammed/Shutterstock

Critique :
C’est tout à fait par hasard que je suis tombée sur ce petit recueil de textes et pour une fois, il n’a pas eu le temps de prendre les poussières dans mes biblios, parce que je voulais en savoir un peu plus sur cette terrible affaire.

Raif Badawi a été condamné, en 2012, à 226 000 euros de dommages et intérêts, 10 ans de prison, et 1000 coups de fouet… Quels crimes a-t-il commis ? Il a écrit, dans son blog, plusieurs articles qui n’ont pas plu à ceux d’en haut, ceux qui dirigent, notamment les religieux.

Les états fondés sur la religion enferment leurs peuples dans le seul cercle de la foi et de la peur, tandis que les autres, comme l’a dit le cheik de la pensée arabe Abdullah Al-Qasimi (écrivain et intellectuel saoudien), leur permettent d’exprimer leurs désirs et leurs talents, leur créativité, et leur soif de vie et de civilisation.

Les petits articles qu’il a écrits dans son blog sont caustiques, mais sans être injurieux, que du contraire.

Dans les pays gouvernés par la religion et les religieux, ces derniers font dire ce qu’ils veulent aux textes et ne supportent pas qu’on vienne leur mettre le nez dans leurs propres contradictions, comme le fit si bien Raif Badawi, notamment dans un article, où il se moquait gentiment des astronomes religieux dont un prédicateur avait affirmé qu’ils étaient plus à même d’expliquer comment est le cosmos et la Terre que tous les télescopes de la NASA… Ben voyons !

De son emprisonnement, nous aurons peu de détails, ce recueil n’étant pas là pour parler de sa vie de prisonnier (juste quelques lignes, de quoi faire frémir !), mais pour partager avec nous, lecteurs, ses textes qu’il publia sur son blog et qui ne sont pas dénués de bon sens.

Lorsque l’on vit dans une dictature, qu’elle soit religieuse ou politique, il n’est jamais bon d’aller à l’encontre des dirigeants et je salue celles et ceux qui en ont le courage (je ne sais pas si je l’aurais) de dire à voix haute ce que d’autres n’oseraient même pas penser dans leur tête.

Raif a eu ce courage et maintenant, il est emprisonné, sa femme et ses enfants ont été expatriés, volle gaz, d’Arabie Saoudite et vivent au Canada, sans savoir si, un jour, ils le reverront (et dans quel état !).

Un recueil que je suis contente d’avoir acheté, d’avoir lu et dont les textes de Raif m’ont bien pris aux tripes, tant ils étaient criants de vérité, de bon sens, de logique et qu’ils mettaient le nez des religieux dans leurs contradictions.