Bilan Mensuel Livresque : Janvier 2026 🌨️⛄🥶

Janvier 2026 ! On remet les compteurs à zéro et c’est reparti pour une nouvelle année de lecture dans le but, vain, de faire descendre ma PAL (éviter de succomber aux tentations de la rentrée littéraire). Je sens que ça va être difficile, les copinautes participant toutes et tous au Grand Complot qui vise à faire exploser ma PAL (ou la faire s’écrouler sur moi). 🤣🤣

En attendant, j’ai déjà bien carburé aux lectures… Mon Bilan de Janvier est de 39 Romans (dont 1 Jeunesse), 44 Bédés, 5 Mangas, 2 Comics et 5 Albums Jeunesse (lectures avec les gosses de ma frangine), ce qui me fait un total de 95 Lectures.

Alors oui, c’est dément, pharaonesque, je le sais (en janvier 2025, je totalisais déjà 90 lectures, ce qui était un record), mais tout s’explique : j’ai lu 18 romans de moins de 200 pages (ça se lit vite), j’ai eu des lectures moins heureuses aussi, ce qui m’a fait lire ces romans en diagonalisant (ce qui en fait lire beaucoup en peu de temps).

De plus, en décembre 2025, j’avais clôturé mon bilan mensuel (et annuel) plus tôt, afin d’avoir le temps de tout faire. Étant en congé, j’ai continué de lire et j’ai réussi à lire 8 romans (pas des pavés), qui sont entrés dans la compta de janvier (et non dans celle de décembre).

Voilà pourquoi mon bilan est énorme. Oui, je vous connais, vous allez me dire que malgré ça, c’est tout de même énorme. Yvan du Blog Émotions a raison : je suis un Terminator de la lecture.

En Janvier, l’année a commencé, avec du froid, du gel et même de la neige ! Moi qui aime ces conditions météorologiques, j’ai été servie. Quel plaisir que d’être bien au chaud, sous un plaid, avec un chat sur les jambes et de voir que dehors, ça caille.

Oui, moins drôle pour celles et ceux qui vivent dehors, qui dorment à la rue, ou pour ces personnes qui ont une maison mais qui peinent à se chauffer, vu les coûts prohibitifs (ou alors, qui vivent dans des passoires thermiques).

Le chat, lui, se fout du froid, il reste à l’intérieur, mais a tout de même sa toison d’hiver. Il ne cherche pas la chaleur d’un radiateur, ni même du poêle au gaz, ne veut pas de plaid et se contente de ses coussins. Pour le moment, tout va bien, il mange, prend son médicament et fait le fou, quand c’est son quart d’heure de folie. Il saute sur ses fausses souris ou tente d’attraper sa queue (un classique qu’il adore) et ensuite, il détale à fond la caisse.

Sa dernière trouvaille ? Attaquer mon foulard (un keffieh) qui était posé sur une chaise et dont les petites cordelettes pendaient fort bas. Il s’est amusé avec ça durant quelques minutes et puis a sauté sur mes vieilles espadrilles, avant de partir au triple galop. Depuis, le soir, je dépose mon vieux foulard de la même manière et s’il lui prend l’envie, il s’amuse avec et parfois, il miaule après le foulard. Heu, tout va bien, là ?

Ma nièce a fêté son anniversaire, elle a 6 ans, maintenant et nous serine qu’elle est une grande fille. Elle a reçu des livres et tata (moi) les lui a lus. Un quart d’heure de lecture dans le calme et ça fait du bien, parce qu’ensuite, les deux loustics ayant rechargés leurs batteries, étaient repartis pour des courses-poursuites d’anthologie.

Je suis contente, parce qu’en Février aura lieu le Mois du Polar, comme chaque année, chez Sharon. Bref, je suis ravie, même si, toute l’année, je remplis son challenge Thrillers & Polars. Cette année, je sélectionnerai des polars afin de groupir plusieurs challenges (polar, russe & gravillons), par conséquent, je lirai soit des polars de moins de 200 pages et, si l’action se déroule en Russie, ce sera le must !

Bilan Janvier : 39 Romans 

  1. Les neiges bleues : Piotr Bednarski ♥
  2. Sortis des bois : Chris Offutt 😞
  3. La steppe : Anton Tchekhov 😞
  4. Alan : Jean-Marc Dhainaut
  5. Débâcle : Ian Manook
  6. Djamilia :Tchinguiz Aïtmatov (Kirghizistan) 😞
  7. Le Western – Quand la légende devient réalité : J-L Leutrat
  8. Le dernier coyote – Harry Bosch 04 : Michael Connelly ♥
  9. Vaincre ou mourir à Stalingrad : William Craig
  10. 1.000 coups de fouet : Raif Badawi (Arabie Saoudite)
  11. Tueur de bisons : Frank Mayer
  12. Bérézina : Sylvain Tesson ♥
  13. Quand ils viendront : René Manzor
  14. Une immense sensation de calme : Laurine Roux 😞😞
  15. ‭Wanted : Philippe Claudel
  16. L’homme posthume : Jake Hinkson 😞
  17. Le Grand livre des énigmes – Sherlock Holmes : Richard Wolfrik Galland 😞
  18. Les Enquêtes de l’inspectrice Josie Quinn – 02 – La Fille sans nom : Regan ♥
  19. Suite française : Irène Némirovsky [LC avec Bianca]
  20. Le cercueil rouge – Inspecteur Pekkala 02 : Sam Eastland ♥♥
  21. Le lac – Vongozero 02 : Yana Vagner 😞
  22. Adieu : Honoré de Balzac
  23. Douze ans après – Frankie Elkin 03 : Lisa Gardner ♥♥
  24. Souvenirs de la maison des morts : Fedor Dostoïevski
  25. Adieu Kolyma : Antoine Sénanque ♥♥♥♥
  26. Les promesses orphelines : Gilles Marchand 😞
  27. Meurtre aux poissons rouges – Montalbano 21 :  Camilleri & Lucarelli
  28. Sans soleil – 01 – Disco Inferno : Jean-Christophe Grangé
  29. Renard 8 : George Saunders ♥
  30. Pasó por aquí : Eugene Manlove Rhodes ♥
  31. Blaireau et putois – 01 : Amy Timberlake & Jon Klassen [JEUNESSE] ♥
  32. Appelez-moi Cize : Stéphane Boudsocq & Cesaria Evora (Cap-Vert)
  33. La mort n’oublie personne : Didier Daeninckx ♥
  34. Voile vers Byzance : Robert Silverberg ♥
  35. Dry Bones – Walt Longmire 11 : Craig Johnson
  36. La sacrifiée du Vercors : François Médéline
  37. Le mystère Dyatlov : Anna Matveeva [LC avec Bianca] 😞
  38. Pèlerinage Mortel – Frère Athelstan 17 : Paul Doherty
  39. Hotel de Dream : Edmund White 🏳️‍🌈

Bilan : 44 Bédés / 5 Mangas / 2 Comics / 5 Albums Jeunesse = 56 lectures

  1. Brûlez Moscou : Kid Toussaint & Stéphane Perger
  2. L’Incroyable histoire de la psychologie : Jean-François Marmion
  3. Le Château Des Animaux – 04 – Le Sang du Roi : Dorison & Félix Delep ♥♥♥
  4. Le Chat du Rabbin – 13 – L’Arbre de la Connaissance : Joann Sfar ♥
  5. Mages – 13 – Helios : Nicolas Jarry & Nico Tamburo ♥
  6. Terres d’Ynuma – 01 – Samouraï rouge : Nicolas Jarry, Vax & Vincent Powel
  7. Orcs & Gobelins – 29 – Les Archers d’Orethie : S. Cordurié & Léo Pilipovi 😞
  8. Orcs & Gobelins – 30 – Cul blanc : Itri, Chamblain & Jacquemoire ♥
  9. West Fantasy – 05 – L’Assassin, le Ronin et la Catin : Istin & Nicolas Demare
  10. Stalingrad Khronika – 01 – Première partie : Sylvain Ricard & Franck Bourgeron
  11. Stalingrad Khronika – 02 – Deuxième partie : Sylvain Ricard & Bourgeron
  12. Mort au Tsar – 01 – Le gouverneur : Fabien Nury & Thierry Robin
  13. Mort au Tsar – 02 – Le terroriste : Fabien Nury & Thierry Robin
  14. L’or des Belges – 01 : Pierre Boisserie, Philippe Guillaume & Stéphane Brangier
  15. L’or des Belges – 02 : Pierre Boisserie, Philippe Guillaume & Stéphane Brangier
  16. Bérézina –  01 – L’incendie : Ivan Gil, P. Rambaud & Frédéric Richaud ♥
  17. Bérézina – 02 – Les cendres : Ivan Gil, P. Rambaud & Frédéric Richaud ♥
  18. Bérézina – 03 – La neige : Ivan Gil, P. Rambaud & Frédéric Richaud ♥
  19. Zeppelin’s war – 01 – Les raiders de la nuit : R. D. Nolane & Vicenç Villagrasa
  20. Zeppelin’s war – 02 – Mission Raspoutine : R. D. Nolane & Vicenç Villagrasa
  21. Zeppelin’s war – 03 – Zeppelin contre Ptérodactyles : Nolane & Felix Ruiz 😞
  22. Zeppelin’s war – 04 – Les Démons du chaos : RNolane & Felix Ruiz 😞
  23. Nevada – 01 – L’étoile solitaire : Duval, Pécau & Colin Wilson
  24. Nevada – 02 – Route 99 : Duval, Pécau & Colin Wilson
  25. Nevada – 03 – Blue Canyon : Duval, Pécau & Colin Wilson
  26. Autopsie – 03 – Retour à Innawanga : Tracqui, Vandaële & Radivojevic ♥
  27. Bagnard de guerre : Philippe Pelaez & Francis Porcel
  28. Le Merlu – 01 – Les routes de la défaite : Thierry Dubois & Jérome Phalippou
  29. Le Merlu – 02 – Les routes du sang : Thierry Dubois & Jérome Phalippou
  30. Le Merlu – 03 – Les routes de la victoire : Thierry Dubois & Jérome Phalippou
  31. Véritable histoire du Far-West – 08 – O.K. Corral : Morvan & Tcherkézian
  32. Women of the West : Tiburce Oger & Collectif ♥
  33. Saint Seiya Time Odyssey – 04 – Shiryu face à la colère du Dragon :  Alquié
  34. Lénine – Ils ont fait l’Histoire 19 : Antoine Ozanam & Denis Rodier
  35. Staline – Ils ont fait l’Histoire 32 : Ch. Regnault, Nicolas Werth & V. Delmas
  36. Disparus – L’affaire Godard :Pascal Bresson & Samuel Figuière
  37. Kivu : Jean Van Hamme & Christophe Simon
  38. Je suis toujours vivant : Roberto Saviano & Asaf Hakuna
  39. Les Indésirables : Kiku Hughes
  40. Genre queer : Maia Kobabe 🏳️‍🌈
  41. Taras Boulba – 01 : J-D Morvan, Frédérique Voulyzé & Igor Kordey 😞
  42. Taras Boulba – 02 : J-D Morvan, Frédérique Voulyzé & Igor Kordey
  43. Dina et le milimonde – 01 – Le peuple du grenier : Lapuss’ & Dalena [SPIROU]
  44. Marsupilami – 35 – La dernière chasse : Toussaint, Batem & Ced [SPIROU] 😞
  45. Aucune tombe assez profonde : Skottie Young & Jorge Corona [COMICS]
  46. La Ballade des frères Blood : Eduardo Risso & Brian Azzarello [COMICS]
  47. L’Indicible : Gou Tanabe et H. P. Lovecraft [MANGA]
  48. Gannibal – 02 : Masaaki Ninomiya [MANGA]
  49. Gannibal – 03 : Masaaki Ninomiya [MANGA]
  50. Gannibal – 04 : Masaaki Ninomiya [MANGA]
  51. Gannibal – 05 : Masaaki Ninomiya [MANGA]
  52. L’aventure de Norbert (et Mireille) tout seul : Ryan T. Higgins [JEUNESSE]
  53. Je t’aimerai toujours, quoi qu’il arrive… : Debi Gliori [JEUNESSE]
  54. Laissez-moi danser : Makiko Toyofuku [JEUNESSE] ♥
  55. Jules et le renard : Joe Todd-Stanton [JEUNESSE] ♥
  56. La princesse qui pue qui pète : T. Manes & M. Tibi [JEUNESSE]

Pasó por aquí : Eugene Manlove Rhodes 🇺🇸

Titre : Pasó por aquí

Auteur : Eugene Manlove Rhodes 🇺🇸
Édition : Actes Sud – L’Ouest, le vrai (05/06/2024) – 128 pages
Édition Originale : Pasó por aquí (1927)
Traduction : Serge Chauvin

Résumé :
Ross McEwen cambriole un magasin au Nouveau-Mexique avant de s’enfuir dans les montagnes, pourchassé par Pat Garrett et sa milice. Mais l’opiniâtre shérif va bientôt découvrir que McEwen n’est pas un desperado comme les autres…

Western humaniste et nostalgique écrit par un authentique westerner qui fut lui-même cow-boy, à une époque où la frontière n’existe plus depuis longtemps, Pasó por aquí est justement considéré comme l’un des chefs-d’œuvre du genre.

Il sera porté à l’écran par Alfred E. Green (Four Faces West en 1948 – distribué en Belgique sous le titre Le Destin du fugitif. Diffusé des décennies plus tard sur une chaîne câblée, il a enfin été édité en DVD par Sidonis/Calysta, tantôt sous son titre original tantôt rebaptisé 3 000 $ mort ou vif, accompagné d’entretiens avec Bertrand Tavernier, Yves Boisset et Patrick Brion).

Critique :
♫ Il est passé par ici (Pasó por aquí), il repassera par là ♪ Il court, il court, le furet, le furet Ross McEwen ♪

Pourquoi il se carapate, Ross le rouquin ? Parce qu’il a cambriolé un magasin au Nouveau-Mexique et qu’il toutes les milices à son cul.

Pourtant, le hold-up s’est passé gentiment, sans qu’il y ait de blessé, hormis le commerçant, blessé dans son orgueil. Le shérif Pat Garrett est lancé à ses trousses.

Crapahutant dans des paysages magnifiques, Ross McEwen va devoir ruser pour ne pas se faire attraper, pour semer ses poursuivants, pour les envoyer sur des fausses pistes.

Notre cambrioleur n’est pas un mauvais bougre, il n’est même pas taiseux, puisqu’il parle avec son cheval, lui fait part de ses pensées philosophiques. Non, le cheval ne répond pas, ils ne répondent pas souvent, les chevaux.

Soucieux de s’en sortir, il économise sa monture afin de voyager loin et met an point quelques ruses et subterfuges, avant qu’un problème n’arrive à ses pieds. Certains auraient continués leur route, lui, s’est arrêté, parce que c’est un homme bien.

Ce western est très court, ave 128 pages, il est difficile de développer abondamment ses personnages, l’auteur y est donc allé au plus court et nous en capterons le principal.

L’auteur ayant été un cow-boy, on peut dire que son récit sent le vécu. Je vous rassure de suite, son histoire n’est pas en odoramat, mais on peut très bien s’immaginer que notre cow-boy ne sent pas la rose, après ses chevauchées.

Un western qui, pour une fois, est sans duel, sans morts, sans flingues tirés des ceintures, sans balles expédiées dans le buffet d’un type. Il n’est même pas crépusculaire, ni sombre, mais rempli de lumière, d’entraide et de rédemption.

Ils pouvaient être des durs à cuire, ce cow-boy, mais aussi savoir où était leur devoir et ne jamais oublier oublier que dans ces contrées isolées, la solidarité n’était pas un vain mot, mais un truc hyper important, garant de la survie de tous.

Un petit western qui se lit très vite, mais qui fait du bien au moral.

Renard 8 : George Saunders 🇺🇸

Titre : Renard 8

Auteur : George Saunders 🇺🇸
Édition : Actes Sud (01/10/2025) – 64 pages
Édition Originale : Fox 8 (2013)
Traduction : Agatha Crandall

Résumé :
Renard 8 a toujours été curieux et un brin rêveur. En se cachant derrière une maison au crépuscule pour écouter les histoires lues aux enfants, il a appris à parler “Umin”.

Le pouvoir des mots et des histoires est enivrant pour un renard à l’âme poétique, mais un “danjé” se profile à l’horizon : un centre commercial est en construction, coupant les vivres à son clan.

Pour sauver sa peau et celle de ses congénères, Renard 8 devra se lancer dans une quête éprouvante qui le mènera des étendues sauvages de la nature jusqu’au cœur sombre de la banlieue.

Critique :
L’erreur que l’on pourrait faire, en commençant cette novella, c’est de penser que c’est un conte pour les enfants, un truc choupi version Disney, où un renard parle le langage Umin.

Parce que oui, si notre renard est bilingue (renard et humain), il fait énormément de faute en tapant son texte à la machine.

Au départ, cette manière d’écrire est déroutante, on a le correcteur ortho du cerveau qui se met en marche et il faudra lui dire de se mettre en veille.

Cette novella, qui au départ, semble toute mignonne, est en fait une satire. Notre renard, petit curieux, est allé écouter les histoires que les humains racontent à leurs enfants et c’est ainsi qu’il a réussi à apprendre à parler notre langue.

Puis, comme toujours, les emmerdes arrivent en escadrilles et les Hommes, les salauds, rasent la forêt des renards, foutent leur biotope (et celui des autres animaux) en l’air, tout ça pour construire un shopping. Putain, faut être taré pour construire un centre commercial au milieu d’une forêt ! Ou alors, juste humain.

En suivant les explications de notre narrateur roux avec une longue queue fournie, on va se plonger dans l’univers des renards, qui ne s’imaginent pas que les Hommes peuvent être cruels avec les animaux.

Voilà une lecture qui m’a sorti de mes sentiers battus, de mes polars ou autres thrillers, qui m’a fait sourire, béatement, avant de me faire grimacer et serrer les dents. Oui, l’Homme peut être gentil, tout doux, mais il sait être si méchant aussi…

Une lecture très courte, qui fait réfléchir, qui n’apporte pas une morale à deux balles, mais qui, en peu de mots, de phrases, t’amène à réfléchir sur l’utilité de tous ces centres commerciaux que l’on érige un peu partout et qui, bien souvent, sont déficitaire, faute de con-sommateurs pour dépenser l’argent qu’il n’a pas.

Et malgré tout, on continue d’en construire, même dans des zones Natura, même quand tout le monde gueule à l’aberration du projet.

Les promoteurs immobiliers, les capitalistes de tous poils, se foutent bien de la protection des habitats animaliers, en pensent pas aux conséquences de leur bétonnage sauvage qui va faire disparaître des biotopes entiers, avec toutes les conséquences que cela aura sur les animaux, oiseaux, batraciens et autres.

Une découverte étonnante, que cette novella au renard narrateur.

Les promesses orphelines : Gilles Marchand 🇫🇷

Titre : Les promesses orphelines 🇫🇷

Auteur : Gilles Marchand 🇫🇷
Édition : Aux Forges de Vulcain (20/08/2025) – 288 pages

Résumé :
On disait qu’on allait marcher sur la Lune, on disait qu’en l’an 2000 on se déplacerait en voitures volantes. On parlait d’un Aérotrain capable de battre tous les records de vitesse.

Mais comment participer à tout ça quand on vit, comme Gino, au fin fond d’un village de l’Orléanais, quand le bulletin scolaire est en berne, quand on se demande comment séduire Roxane, la fille entrevue au bal du village des années plus tôt ?

Gilles Marchand, fidèle à ses personnages toujours décalés, nous offre une traversée poétique des Trente Glorieuses par un jeune idéaliste, la tête pleine de rêves plus grands que lui, témoin d’un monde en accélération où le bonheur pour tous semblait à portée de main.

Critique :
Puisque son précédent roman, « Le soldat désaccordé » avait été un coup de coeur, j’avais envie de lire son nouveau roman.

L’histoire débute en 1954, et nous faisons la connaissance de Gino, un fils d’immigré italien qui a le coup de foudre pour une gamine. Sa famille est dans la région d’Orléans, en vacances.

Gino est un gamin qui vit tranquillement, avec son père, sa mère, son grand frère. Alors que tout allait bien, un grand malheur va les frapper et ils iront habiter dans la maison de vacances. Là-bas, il est un parigot, mais c’est toujours mieux que d’être considéré comme un rital.

Notre minot, il adore lire les articles de journaux, qui lui rapporte la Vieille Tante, mais à l’école, ce n’est pas un foudre de guerre.

Gino est un gamin attachant et j’ai apprécié le suivre, durant sa narration, passant en revue sa jeunesse, durant les trente glorieuses et ainsi, nous parler de l’Histoire de France, de 1950 à 1980, vue par le petit bout de la lorgnette. Autrement dit, vue par les petites gens.

L’auteur a eu la brillante idée d’intercaler, dans le récit de Gino, des publicités pour les produits de l’époque, ainsi que des articles de journaux. C’était intéressant à lire, à découvrir, bref, c’était des parfaits témoins de l’évolution de la société et de la nouvelle prospérité d’après-guerre.

Le roman est agréable à lire, l’histoire est belle, j’ai apprécié les personnages, même si j’aurais voulu que l’auteur fasse intervenir bien plus le personnage de Jacques. La Vieille Tante était, elle aussi, un personnage fantastique et suivre la progression de Gino, dans la vie, fut un bon moment de lecture.

Oui, c’est un beau roman, c’est une belle histoire, mais… J’ai traversé ce récit qui manquait de profondeur, même s’il était plaisant à lire. Pour ma part, il manquait l’élément clé : les émotions. Bref, je suis restée sur ma faim.

Trop lisse, sans doute, après le magnifique « Soldat désaccordé ». Il manquait un truc pour accrocher les wagons, pour être immergé à fond dans le récit, pour vibrer aux côtés de Gino.

Un roman que j’ai lu avec plaisir, de ce point de vue là, rien à reprocher au récit, aux personnages, à l’Histoire qui est passée en revue, mais ce roman manque curellement d’émotions, de pep’s, de profondeur et malgré le fait que j’ai apprécié ma lecture, elle ne restera pas dans ma mémoire.

Voile vers Byzance : Robert Silverberg 🇺🇸

Titre : Voile vers Byzance

Auteur : Robert Silverberg 🇺🇸
Édition : Le Bélial’ (21/08/2025) – 144 pages
Édition Originale : Sailing to Byzantium (1985)
Traduction : Pierre-Paul Durastanti

Résumé :
Si le monde est dépeuplé, les ultimes représentants de l’humanité, immortels, vivent dans l’oisiveté, partageant leur quotidien entre visites de cités légendaires recréées de toutes pièces et fêtes fastueuses débridées.

Un monde aux mœurs étranges et libres que découvre Charles Phillips, natif du New York de 1984, projeté dans ce futur radicalement autre pour des raisons qui lui échappent. Il y rencontre Gioia, sa guide, et bientôt sa compagne, avec qui il navigue d’Alexandrie à Xi’an en passant par Asgard.

Vive et magnifique Gioia, qui tait le plus terrible des secrets dans cette société hédoniste où, pour tromper les errances d’une vie sans fin, on rebâtit les civilisations, passées comme mythiques, avant de les faire retourner au néant.

Or, Charles, lui, l’enfant du xxe siècle, n’a rien oublié de ce que signifie la fin…

Critique :
♪ I am sailing, I am sailing ♫ […] I am dying, forever crying, To be with you, who can say. (1)

Nous sommes au cinquante-et-unième siècle, l’humanité a bien changé, les Hommes sont devenus immortels et ils s’amusent à recréer, de toutes pièces, cités légendaires.

Puis, ils les détruisent et en font des autres. Jamais plus de 5 et sans vraiment respecter la véracité historique. Il faut juste que ce soit beau.

Charles Philipps est natif de notre époque, il provient du New-York de 1984. Il a été importé de notre époque.

Il voyage avec sa compagne, Gioia, visitant les anciennes citées où des androïdes travaillent, servent les gens. On les appelle les temporaires.

Me voici bien ennuyée au moment d’écrire ma critique de cette novella, car je ne sais pas comment vous dire et exprimer le plaisir que j’ai eu à découvrir ce récit.

Ce ne fut pas un coup de coeur, mais j’ai passé un très bon moment de lecture en savourant le texte, simple mais non simpliste, en découvrant ce nouveau monde, ses habitants, les deux personnages principaux qu’étaient Charles et Gioia.

L’auteur ne nous donnera que peu d’éléments sur cette Terre des années trois mille. D’ailleurs, personne ne sait vraiment comment on construit les anciennes cités, ni ce que deviennent les temporaires ensuite.

Personne ne sait rien, mais tout le monde a l’air de s’en foutre, profitant du moment. Les voyages et le bon temps sont les rois, personne ne se pose de questions, ne s’interroge, à croire que tous n’avaient pas leur gamelle à la distribution des cervelles.

Parfois, il vaut mieux ne pas trop en savoir et Charles va l’apprendre à ses dépends.

Impossible de vous dire plus sans divulgâcher, de plus, je n’arrive pas à trouver mes mots pour vous donner envie de découvrir cette novella de SF, si ce n’est : lisez-là, nom de Zeus.

C’est beau, c’est poétique, c’est doux à lire, l’auteur nous en dit peu afin de laisser notre imagination faire le reste et on a le droit de s’imaginer n’importe quoi et c’est bien.

(1) I am sailing – Rod Stewart

Adieu Kolyma : Antoine Sénanque 🇫🇷

Titre : Adieu Kolyma 🇷🇺 🇺🇦

Auteur : Antoine Sénanque 🇫🇷
Édition : Grasset (27/08/2025) – 400 pages

Résumé :
Kolyma : grand Est Sibérien, aux confins extrêmes de la Russie, où le froid atteint -60°C. C’est ici, le long de ces rivières, que les pires camps du Goulag stalinien furent construits. Ici aussi que Sylla Bach, l’héroïne de ce roman, est devenue « la tueuse de chiennes ».

Internée neuf ans à la Kolyma, elle fut le bras armé des truands et des hommes du NKVD lors des grandes purges, puis celui des frères Vadas, chefs de l’impitoyable famille des transylvaniens à la tête des mines d’or de la région.

Quand le roman démarre, nous sommes en 1956 : Staline est mort depuis trois ans, les camps disparaissent, restent les mines. Tous les personnages du livre sont revenus vivants de la Kolyma : Sylla Bach ; Varlam, le vieux bolchevick qui l’a recueillie dans un orphelinat du Caucase et qui l’a formée ; les frères Vadas, Pal et Lazar, dont la haine réciproque tisse les fils de l’action ; Kassia, l’infirmière que Sylla a rencontrée et aimée là-bas.

Parce qu’elle aurait trahi le clan, Sylla est condamnée à survivre dans les décombres de cette ville où la révolte vient d’être matée et à aimer Kassia de loin, en la protégeant sans qu’elle le sache. Elle la croyait à l’abri mais la sortie de prison de Lazar Vadas va réveiller les haines et l’obliger à reprendre la route et les armes pour aller retrouver sa liberté.

De Budapest écrasée par les chars russes en passant par Kiev et Moscou, tous les personnages se retrouveront là où pour eux tout a commencé et tout devra finir : à Magadan, cœur de la Kolyma.

Critique :
Kolyma, un nom qui fait frémir. Un endroit où personne n’avait envie d’aller, surtout s’il était un prisonnier politique (un article 58), parce qu’ils ont plus morflé que les prisonniers de droit commun.

Dans les goulags du temps de Staline (et du communisme), il vallait mieux être un voleur, un criminel, un membre d’un gang qu’un prisonnier politique…

Lorsque le récit commence, nous sommes à Budapest (Hongrie), en 1957, en compagnie de Sylla Bach, une ancienne du goulag de la Kolyma (qui se trouve à l’Extrême-Orient de la Russie) où elle était la tueuse d’un gang.

Étonnamment, je me suis très vite attachée à ce personnage de femme badass, mais qui ne le montre pas dans la vie de tous les jours. Au fil du récit, nous en apprendrons plus sur son enfance, dans un orphelinat, sur ses diverses rencontres, sur son passé à la Kolyma, dans l’enfer.

Nous suivrons plusieurs personnages, qui se connaissent tous et le récit nous fera voyager de la Hongrie à l’Ukraine, en passant par la Russie et les souvenirs de la Kolyma, qui seront en toile de fond, qui arriveront par petits morceaux, mais tous prendront aux tripes, quasi.

Dans ce roman, les personnages sont bien travaillés, sans que l’auteur ait eu besoin d’en faire des caisses ou d’en rajouter. Ils sont au cordeau, limite à l’os, mais malgré cela, ils avaient de la consistance et le méchant (Pal Vadas) n’était pas loupé, comme ça arrive souvent.

Pal Vadas, c’est un homme d’une soixantaine d’années, calme (du moins, en apparence), un chef de gang qui ne se salit jamais les mains lui-même et qui a la haine de son aîné, Lazar. Rassurez-vous, pas de manichéisme dans les personnages.

Sincèrement, avant de commencer cette lecture, je n’avais pas relu le résumé, je ne savais donc pas du tout dans quel récit je m’aventurais, mais ça a payé : j’ai été agréablement surprise, et par la plume de l’auteur, et par les personnages, qui ne se résumaient pas à leur passé d’assassin, par l’Histoire, par les lieux, notamment l’enfer de la Kolyma.

Le récit ne sombrera jamais dans le pathos, ni dans l’action, juste pour le plaisir de faire monter la tension. Le roman était d’une justesse qui m’a emporté et même lire des choses terribles sur l’univers de la Kolyma était intéressant, car c’est une page d’Histoire et qu’il vaudrait mieux ne pas l’oublier, pour ne pas la reproduire (oui, je sais, l’Homme est un pervers et il reproduira ces horreurs, encore et encore).

Ce roman, c’est aussi une histoire d’amour, entre deux femmes et nom de Zeus, c’était une belle histoire. Là aussi, l’auteur est resté sobre, sans grands discours guimauves, sans grandes envolées lyriques à la Harlequin. Sobre, à l’os, bien écrit, bien mis en scène : oui, c’était une belle histoire d’amour, tout en finesse, en trame de fond.

Alors oui, le récit se montre parfois violent, mais vu l’endroit et l’époque, il ne faut pas s’attendre à du feel-good. On parle d’un goulag terrible, d’époques tout aussi horribles, invivables, où les injustices régnaient et nous aurons des exemples magnifiques.

Pas de manichéisme dans les personnages, comme je vous l’avais dit, pas de guimauve dans l’histoire d’amour, des personnages forts, des portraits de femmes bien esquissés, comme je les aime et un récit âpre, noir, sombre, mais avec de la lumière au fond du tunnel.

En fait, je n’ai absolument rien à reprocher à ce roman, si ce n’est qu’il est déjà terminé. C’est un coup de cœur, un serrage de tripes comme j’adore, une page d’Histoire, celle qui pue la mort. Magnifique, ce roman, merci à l’auteur de l’avoir écrit.

Suite française : Irène Némirovsky 🇷🇺 [LC avec Bianca]

Titre : Suite française 🇫🇷

Auteur : Irène Némirovsky 🇷🇺
Édition : Folio (2015) – 573 pages

Résumé :
Écrit dans le feu de l’Histoire, Suite française dépeint presque en direct l’exode de juin 1940, qui brassa dans un désordre tragique des familles françaises de toute sorte, des plus huppées aux plus modestes.

Avec bonheur, Irène Némirovsky traque les innombrables petites lâchetés et les fragiles élans de solidarité d’une population en déroute. Cocottes larguées par leur amant, grands bourgeois dégoûtés par la populace, blessés abandonnés dans des fermes engorgent les routes de France bombardées au hasard…

Peu à peu l’ennemi prend possession d’un pays inerte et apeuré. Comme tant d’autres, le village de Bussy est alors contraint d’accueillir des troupes allemandes. Exacerbées par la présence de l’occupant, les tensions sociales et les frustrations des habitants se réveillent…

Roman bouleversant, intimiste, implacable, dévoilant avec une extraordinaire lucidité l’âme de chaque Français pendant l’Occupation, enrichi de notes et de la correspondance d’Irène Némirovsky, Suite française ressuscite d’une plume brillante et intuitive un pan à vif de notre mémoire

Critique :
Ce roman avait tout pour me plaire : l’exode de juin 1940, la Seconde Guerre mondiale, l’occupation de Paris, de la France,…

Des ingrédients qui me faisaient du pied et lorsque ma copinaute Bianca m’a proposé de lire ce roman en LC, j’ai dit oui tout de suite.

En lisant la préface, j’ai compris que ce livre était composé de deux récits : « Tempête en juin » et « Dolce » (adapté en film).

« Tempête en juin » se consacre au récit, détaillé, quasi journalistique, de l’exode des français lorsque les allemands sont entrés à Paris. Ce fut même une débâcle, tout le monde voulant foutre le camp le plus loin possible des uniformes vert-de-gris (et à leur place, j’aurais fui aussi).

Le récit est très détaillé, très immersif, très réaliste, mettant en scène des destins croisés entre plusieurs familles. Hélas, il me fut impossible d’y entrer et si certains passages m’avaient captivés, je me suis vite retrouvée à lire en diagonale.

Et ça m’a fait râler, parce que franchement, ce genre de récit aussi fouillé, que ce soit en détails ou en psychologies des personnages était, sans aucun doute, instructif et passionnant, mais entre le récit et moi, la sauce n’a pas pris, la rencontre n’a pas eu lieu.

J’avais la chance de lire une page Historique, d’être en compagnie de personnages tous différents les uns des autres, dans leurs comportements, pensées, actes, la chance d’être au cœur de cet exode et bardaf, ce fut l’embardée.

La seconde partie, intitulée « Dolce », parlait de l’occupation allemande et là encore, l’autrice a montré son talent pour mettre en scène une multitude de facettes des français et des attitudes que les gens pouvaient montrer à l’occupant. Sans oublier la version « peut-on aimer l’ennemi ? ».

Riche, détaillé, comme pour la première partie et hautement intéressant pour une lectrice telle que moi. Et une fois de plus, je suis allée dans le fossé et je n’ai pas réussi à m’attacher au récit, à ses personnages, à ne faire qu’une avec le récit.

Ni l’écriture de l’autrice, ni son récit ne peuvent être mis en cause, étant la seule responsable de ce fiasco de lecture.

Il est des romans avec lesquels la rencontre ne se fait pas, bien qu’ils comportassent une foultitude de choses que l’on aime et d’autres que je voulais découvrir, notamment ces récits, quasi au jour le jour, de l’exode et de l’occupation, ses histoires de guerre, loin du front, loin des combats, mais au milieu de civils.

Ce roman est inachevé : l’auteure a été arrêtée, déportée et exécutée en 1942.

Une LC foirée de mon côté, mais pas de celui de ma copinaute Bianca, qui a adoré ce récit et je vous invite à aller découvrir son avis, afin de ne pas rester sur mon embardée et ma chronique qui pourrait vous donner envie de ne pas lire ce roman. Oubliez-moi, j’ai été maraboutée.

  • Le Mois Russe (janvier 2026), chez Bianca – N°16.

Souvenirs de la maison des morts : Fedor Dostoïevski 🇷🇺

Titre : Souvenirs de la maison des morts 🇷🇺

Auteur : Fedor Dostoïevski 🇷🇺
Édition : Folio Classique (1994 / 2020) – 475 pages
Édition Originale : Zapiski iz miortvova doma (1862)
Traduction : Henri Mongault et Louise Desormonts

Résumé :
Récit des années de bagne, que Dostoïevski a commencé de rédiger alors qu’il était encore lui-même prisonnier – et qu’il a achevé à son départ de Sibérie, entre 1860 et 1861 -, ce livre, plutôt qu’un journal de la maison des morts, propose véritablement, comme le signale son titre, des carnets d’une maison morte.

Ici, les prisonniers sont terriblement vivants, et les portraits que brosse l’écrivain, d’un profond réalisme, sont d’une saisissante humanité. Hymne à la vie avant tout, ces Carnets de la maison morte ouvrent la voie à toute la littérature ultérieure sur les camps.

Critique :
Dostoïevski a fait, lui aussi, du bagne, en Russie, mais pas sous Staline, puisqu’ils n’étaient pas contemporains. Lui, c’était sous le règne du tsar Nicolas Ier, mais pour une broutille aussi (sur dénonciation).

Il est même condamné à mort ! Il sera gracié au dernier moment, après un simulacre sadique qui lui fit croire, à lui et à d’autres, qu’on allait les tuer.

Afin de raconter sa vie au bagne, Dostoïevski met en scène un personnage fictif qui aurait écrit dans un carnet ses souvenirs de bagnard de droit commun pour raconter son séjour.

Pas moyen de faire autrement, puisqu’en Russie, les prisonniers politiques n’existent pas. Oui, les mensonges sont légion, en Russie, et les pouvoirs successifs en ont usé et abusé.

La vie d’un prisonnier de droit commun, sous le règne de Nicolas Ier, n’a rien à voir avec celles des contemporains de Staline (les fameux « article 58 »).

Pas de châtiments corporels, une nourriture qui est correcte (tout est relatif, bien entendu), du travail, mais pas comme celui décrit dans l’archipel du goulag (Soljenitsyne, contemporain de Staline, lui) et les prisonniers pouvaient améliorer leur quotidien avec un peu d’argent.

Sans vouloir minimiser ce que Dostoïevski et les autres ont vécu, leur détention moins terrible. Alors oui, ils portaient des chaînes, étaient crasseux, les différences classes existaient entre eux (les nobles étaient mal vus), ils vivaient dans la promiscuité et ils y avaient des violences entre eux. Mais ils n’ont pas dû creuser un canal avec leurs mains.

Il y a beaucoup de longueurs dans le récit de Dostoïevski, qui décrit minutieusement ses codétenus, donne une multitude de détails sur leurs vies, sonde les âmes humaines, fouille les esprits et cela m’a donné envie de sauter des passages entiers, tant le récit n’avançait pas et était monotone.

Ce qui m’a attristé, dans ce roman, c’est qu’on est à mille lieues de la puissance du récit que Soljenitsyne fit sur les goulags. Moi qui pensais être glacée par cette lecture, il n’en fut rien. D’ailleurs, il y avait plus d’émotions dans la préface que dans le récit de Fedor.

Ce roman, largement autobiographique, n’a rien d’un pamphlet, Dostoïevski ne dénonçant rien, ni personne, décrivant juste la vie dans un pénitencier et parlant de ses codétenus, qu’il rend même attachants.

Les descriptions de vie dans ce bagne sont très précises (trop ?) et c’est sans doute là que le bât a blessé, rendant le récit lent et interminable. Tout est sobre, mais on ne peut pas dire que je suis ressortie bouleversée de cette lecture.

Comme l’écrit Claude Roy dans sa préface : « La Russie d’hier et la Russie moderne sont exemplaires dans la science du « châtiment » sur deux points essentiels. Elles ont poussé plus avant peut-être qu’aucun peuple l’art de donner aux tortionnaires cette paix de l’esprit que procure la bonne conscience. Elles ont su simultanément contraindre un nombre important de leurs victimes, non seulement à subir sans révolte les épreuves infligées, mais à donner à leurs tourmenteurs un total acquiescement. »

  • Le Mois Russe (janvier 2026), chez Bianca – N°15.

Douze ans après – Frankie Elkin 03 : Lisa Gardner 🇺🇸

Titre : Douze ans après – Frankie Elkin 03 🇺🇸

Auteur : Lisa Gardner 🇺🇸
Édition : Albin Michel – Thriller (02/01/2026) – 464 pages
Édition Originale : Still see you everywhere (2024)
Traduction : Cécile Deniard

Résumé :
Frankie Elkin, nomade solitaire, parcourt le pays à la recherche de personnes disparues que le reste du monde a oubliées.

Spécialisée dans les affaires classées, Frankie voit souvent ses enquêtes finir en tragédie. Mais cette fois, cela pourrait être différent.

Critique :
Aloha from Hawaii ! Puisque le ciel était bas et gris , aller enquêter sur un atoll, dans la région d’Hawaï, en compagnie de Frankie Elkin, était une super idée. Contrairement à elle, j’avais déjà les shorts, t-shirts respirants et plusieurs paires de Crocs (dont une a 20 ans) !

Mais qu’est-ce que je Frankie va faire, sur un atoll où l’on veut construire un écolodge pour les touristes friqués ? Elle a pour mission de retrouver la jeune soeur kidnappée, 12 ans aupravant et elle a été missionnée par l’avocate d’une détenue.

Après avoir été dans le quartier défévorisé de Mattapan, après avoir baroudé dans le trou du cul du Wyoming, avec sa tente, voilà notre nomade préférée qui se retrouve au paradis et moi, je pensais, à tort, pouvoir me la couler douce, au soleil, tout en faisant gaffe aux crabes des cocotiers (beurk).

Que nenni ! Si le début de cette enquête commence en douceur (tout étant relatif, bien entendu), ensuite, les escadrilles d’emmerdes vont arriver et il sera impossible de rester avec les doigts de pieds en évantail.

Une fois de plus, l’autrice ne se contente pas de nous écrire un roman policier, avec des passages plus thriller, plus rythmés. Non, elle pense aussi à soigner ses décors, ses personnages et son scénario en y ajoutant des faits de sociétés et des questions de maintenant, comme le fait de construire un complexe pour touristes sur un atoll, sans dégrader la nature, en respectant les lieux et les animaux qui y vivent.

Elle nous parlera aussi des gens qui, comme Frankie, sont des nomades, des solitaires, des asociaux, préférant vivre dans des endroits où ils cotoyent le moins de congénères possibles. Cette tribu était bien construite, les portraits étaient intéressants et certains étaient même attachants (les deux cuisinnières).

De plus, alors que je pensais que le récit allait suivre une ligne courrue d’avance, il a biffurqué et est parti dans un autre sens, à ma plus grande surprise. Et l’autrice a bien fait de ne pas aller sur un chemin convenu, mais de prendre les petits sentiers cachés, cela a donné plus de souffle au récit et ajouté un côté « frissons » qui était le bienvenu.

Frankie Elkin est un personnage qui mérite d’être connue, car elle évolue au fil de ses enquêtes, de ses recherches sur les personnes disparues et au moins, les romans qui la mettent en scène sont tous différents, ce qui évite que l’on se lasse.

Ce troisième tome peut-être lu indépendamment des autres, mais alors, vous perderiez l’évolution de Frankie, ainsi que des belles rencontres qu’elle a fait dans ses précédentes affaires.

Un roman qui se lit presque d’une traite (ben oui, il faut aller bosser, dormir, manger,…), tant il est addictif et prenant, sans manquer de profondeur.

Et puis, dans ce récit, aucun animal n’a été molesté et après le souvenir d’une chatte agressive (tome 1), je vais ajouter Wolfie l’araignée loup et Crabby, le crabe qui aimait les fleurs.

3,8/5

Les Enquêtes de l’inspectrice Josie Quinn – 02 – La Fille sans nom : Lisa Regan 🇺🇸

Titre : Les Enquêtes de l’inspectrice Josie Quinn – 02 – La Fille sans nom 🇺🇸

Auteur : Lisa Regan 🇺🇸
Édition : Bookouture (25/03/2024) – 324 pages
Édition Originale : The Girl With No Name (2018)
Traduction : Pauline Babin

Résumé :
Lorsque l’inspectrice Josie Quinn est appelée dans une grande maison à la périphérie de la petite ville de Denton, elle découvre une scène de crime d’une rare violence : verre brisé, meubles en pièces et sang répandu partout sur le sol.

La propriétaire, une mère célibataire, est entre la vie et la mort, et son bébé a disparu.

Une belle jeune femme surprise en train de fuir les lieux est la seule piste de Josie, mais lorsqu’on l’interroge, il semble que cette mystérieuse jeune fille ne sache pas qui elle est, d’où elle vient, ni pourquoi elle est si terrifiée…

Est-elle un témoin, un suspect, ou la prochaine victime ?

Critique :
Ayant envie d’un bon roman policier, je me suis dirigée vers une valeur sûre. Hercule Poirot ou Sherlock Holmes ? Non, je les ai lus…

J’ai choisi l’inspectrice Josie Quinn, qui, sans être Columbo, n’est pas mauvaise comme détective qui résout des enquêtes.

Celle-ci, elle était gratinée, notamment sa scène de crime, sans compter qu’un bébé a disparu, qu’on n’a pas son profil (ni son sexe) et qu’ensuite, notre Josie va devoir gérer une autre disparition, ainsi qu’une femme amnésique.

Josie a du pain sur la planche. Il y a des journées qui commencent mieux, je vous le dis. Heureusement que notre inspectrice a des bons adjoints, et non des bras cassés comme cela arrive souvent.

Si vous êtes à la recherche d’une lecture agréable, d’un policier qui se lit facilement, agréablement, qui possède de l’action, mais pas trop non plus et des recherches policières, ma foi, cette série est une bonne découverte.

Nos policiers ne trouveront pas la plaque d’immatriculation d’un suspect en analysant l’image hyper mal filmée d’un coin d’un rétroviseur, mais au moins, c’est plus réaliste.

Même si, dans cette deuxième enquête, ils bénéficieront de l’aide d’anges gardiens, puisque nos enquêteurs échapperont à des accidents et que, malgré leurs blessures, ils continueront d’avancer. Dans les romans policiers, pas de congés maladies, allez hop, au turbin. Ils sont indestructibles (je ne râlerai pas sur ce point là).

Les personnages sont crédibles et le Méchant avait un comportement de méchant pas beau, tout en restant crédible, lui aussi. Un comportement à la Musk : je suis blindé de fric, j’ai le pouvoir, je vous emmerde et je fais ce que je veux. Oui, je l’ai détesté d’emblée et l’autre mauvais aussi. Crédibles et détestables comme je les aime.

Pas de truc ouf dans la résolution, mais malgré tout, j’ai eu quelques surprises que je n’avais pas vues venir, étant partie dans une autre direction (je me suis plantée, mais pas de trop).

Non, ce roman policier ne restera pas dans ma mémoire, contrairement à certains romans de la Reine du Crime, cependant, je dois dire qu’il était efficace, rythmé, avec du suspense, des mystères et beaucoup de tensions.

L’intrigue était recherchée, complexe, sans l’être à l’exagéré et les personnages étaient réalistes, avec leur part d’ombre, leurs qualités, leurs défauts. L’autrice a mélangé, habilement, les moments consacrés aux différentes enquêtes et des scènes de la vie quotidienne de ses personnages.

Une fois que l’on a terminé ce deuxième tome, on est plus que tentée de commencer le troisième, mais bon, pas d’excès, je vais attendre un peu avant d’y revenir. Le retour se fera avec plaisir, ce qui est le gage d’une bonne série policière.